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JULES  FELLER 


NOTES  DE  PHILOLOGIE  WALLONNE 


JULES  FELLER 


NOTES 


DE 


PHILOLOGIE    WALLONNE 


°i 


1912 

IMPRIMERIE  LIBRAIRIE  ANCIENNE 

H.  VAILLANT-CARMANNE        HONORÉ  CHAMPION 

(S.  A)  EDITEUR 

8.    RUE    St-ADALBERT.    8  5.  QUAI   MALAQUAIS,  5 

LIÈGE  PAR,S 


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JUL  2  81967 

Y  OF 


Ce  volume  réunit  les  principales  études  que  M.  Jules  Feller 
a  consacrées  à  la  philologie  wallonne.  Il  est  publié  sur  l'initiative 
de  la  Société  Verviétoise  d'Archéologie  et  d'Histoire  et  de 
Verriers-Athénée,  à  l'occasion  du  vingt-cinquième  anniversaire 
d'enseignement  de  M.  .1 .   Feller. 

Le  Comité  organisateur  : 

Ed.  Peltzer  de  Clermont, 

Président  d'Imnueur. 

Km.  Fairon 
L.  Foulon 
H.  Gobbels 
G.  Hennen 
Em.  Jaeghers 
A.  Weber. 


COMITE    DE    PATRONAGE 


Dieudonné    Brouwers,    conservateur  des   Archives  de   l'État  à 

Namur. 
\.  Cley<  m  ns,  professeur  honoraire  de  l'Athéuéede  Verviers. 
Oscar  Colson,  directeur  de  Wallonia. 
Guili  m  mi    Crutzi  \.  professeur  à  l'Athénée  d'Anvers. 
Camille  Gillet,   professeur  à  l'École  supérieure  des  Textiles, 

membre  de  la  Commission  de  la  Bibliothèque  communale 

de  Yit\  iers. 
El  gène  Gillet,  professeur  à  l'Athénée  de  Verviers. 
Oscar  Grojean,  conservateur-adjoint  à  la  Bibliothèque  royale, 

secrétaire  de  la  Société  pour  le  progrès  des  études  philo- 

logiqu.es  et  historiques. 
Jean    Haust,  professeur  à  l'Athénée  de  Liège,  secrétaire  de  la 

Société  de  Littérature  wallonne. 
Nicolas  Lequarré,  professeur  émérite  de  l'Université  de  Liège, 

président  de  la  Société  de  Littérature  wallonne. 
Eugène    Monseur.  professeur  à  l'Université  libre  de  Bruxelles. 
Henri   Pirenne,  professeur  à  l'Université  de  Gand,  directeur  de 

la  Renne  de  l'Instruction  publique  en  Belgique. 
Jean     Roger,     conseiller     provincial,     directeur    de    la    Revue 

wallonne. 
Maurice  Wilmotte,  professeur  à  l'Université  de  Liège,  directeur 

de  la  Renne  de  Belgique. 
Victor  Wittmann,  professeur  à  l'Athénée  d'Ixelles,  secrétaire  de 

la  Fédération  des  professeurs  de  l'Enseignement  moyen 

officiel. 


LISTE  DES  SOLSCFIPTEL 


Miov    PERMANENTE    DI     IA    ; 

Mims:  ère  des  Sciences 
Ville  i>k  Lri  G 

Vn.i  e  de  Ver1. 


AnhhkR"  -  ue  <lu  l'ont  Léopold,  H 

\.  Henri,  docteur  en  médecine,  rue  du  Palai-.  u.  Verriers. 
Arnold,  <  >scar.  |irofessear  honoraire,  rue  -  22.  Verriers. 

Balac,    Sylvain,    membre     de    la    Commis*  île    d'Histoire,    cure    a 

Pepinster. 
Rarzin.  Léopold,  étudiant,  rue  du  Mai 

Pierre,  rue  Haute  Mezelle.  Verriers. 
Bastin.  Joseph,  al>lȎ,  r  a  l'Institut  Saint-Joseph,  Dolhain. 

Kastin.  Paul,  rue  Laourettx,  Verviers. 
Hwcit.  Alphonse,  professeur  a  l'Université,  rue  «les  Joyeuses  Entrées.  126, 

Louvain. 
Reaipain.  Marcel,  avocat,  place  du  Mar  - 

Reaipain.  Mathieu,  place  «lu  Marché.  4">-  Vervit    - 
Behrkns.  I)r  I)..  professeur  a  l'Université.  Wîlhelms       sse,  2       G     --en. 

-    A.,  rue  <le  Dison,  Vervier-. 
Beri.ierk.  R.-P..  iloni  Ursmer,  membre  de  la  Commission  royale  d'Histoire, 

à  l'abbaye  <k-  Maredsous. 
Bertrand,  J.,  préfet  de-  études  à  l'Athénée  royal.  Arlon. 
BÉTHCNE,    baron    François,    professeur  à   l'Université,   rue 

Louvain. 
Bettonville,   Alphonse,  industriel,  château  des  Tourelles,    Petit-Rechain. 

RlBI  K'THEQIE  1  <>MMl  NAIE    DE    VERVII      - 

Rirnbaum.  V..  professeur  à  l'Athénée  :  on. 

Ri.tTZ.  Gustave,  rue  des  Villa-.  Vervh    - 

Bodart,  Maurice,  professeur  à  l'Ecole  supérieure  des  Textiles  ssée  de 

Heusy,  190.  Verviers. 
Rody.  Albin,  archiviste,  à  Spa. 
Rûinem.   Jules,   professeur  a  l'Athénée   royal,  chaussée  de  Willemea 

Tournai. 
Roi  and.  Mathieu,  notaire,  rue  de  Rome.  10.  Verviei  - 
BoNJEAN,  Albert,  avocat,  rue  du  Palais.  124-  Verviers. 
BOCHY,  Jacques,  professeur  de  chant,  rue  Defays.  7.  Pepinster. 
Bouillenne,  Victor,  échevin,  rue  de  la  Paix.  17.  Verviers. 
Boclrouule,  L.,  professeur  à  lAthéné  - 


—    X    — 

|{(>\  n  ,   L,  docteur  en  médecine,  à  <  >uffet. 

Bci  ens,  l'i erre  Joseph,  professeur  à  l'Athénée  r<>\  al,  boulevard  Léopold,  75, 

rournai. 
Brictei  \.   Auguste,  professeur  à  l'Université  de  Liège,  Flémalle-Haute. 
Brouwkrs,  Dieudonné,  conservateur  des  archives  de  l'État,  rue  Lelièvre, 

\annir. 

Brunot,  Ferdinand,  professeur  ;i  la  Sorbonne,  rue  Leheveux,  8,  Paris. 

Cajot,  Alphonse,  professeur  à  l'Athénée  royal,  nie  «le  Séroule,  ;».  Verviers 

Centner,  Charles-Robert,  industriel,  avenue  Victor-Nicolaï,  5o,  Heusy. 

Centner,  Paul,  ingénieur,  à  Seraing. 

Centner,  Robert,  industriel,  à  Lambermont. 

Cercle  pédagogique  de  Verviers. 

Cercle  Verviétois  de  Bruxelles. 

Cerexhi  .  Jules,  rue  des  Messieurs,  p>.  Hodimont. 

Charlier,  Alfred,  professeur  à  l'Athénée  du  Centre,  place  Communale,  28, 

La  l lestre. 
(  harlier,  François,  rue  de  l'Harmonie,  (>4.  Verviers. 
CHARI  1ER,  Henri,  docteur  en  médecine,  à  Borgoumont. 
Chai  \in,  Victor,  professeur  à  l'Université,  rue  Wazon,  ."><>,  Liège. 
Chevalier,  Joseph,  professeur  à  l'Athénée  royal,  Anvers. 
Ci  1  yckens,  A.,  professeur  honoraire,  avenue  Royale  K"-.\larie.  5,  Bruxelles. 
Cloots,  Louis,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  Lemarchand,  4i<  Heusy. 
Cot  Q,  Fernand,  membre  de  la  Chambre  <les   Représentants,  rue  de  l'Arbre- 

Bénit,    32,    Ixelles. 
Cohen,  Gustave,  docteur  en   phil.  romane,  rue  Chasseloup.  7,  Paris,  XV. 
Collomb,  André  de,  rentier,  Ënsival. 

Colson,  Oscar,  directeur  de  Wallonia,  rue  Fond-Pirette,  14^.  Liège. 
(oui,    M.,  régente   à    l'École   moyenne  de  l'État,   rue  de  la   Concorde,   53, 

\  ci\  iers. 
Corbey,  Victor,  docteur  en  médecine,  rue  Delporte,  18,  Tirlemont. 
Counson,   Albert,  professeur   à   l'Université,   boulevard   des  Hospices,    i52, 

<  i.iud. 
Coi  rtoy,  Fernand,  conservateur-adjoint  des  Archives  de  l'État,  boulevard 

Frère-Orban,  i>.  Namur. 
Cozier,  Joseph,  professeur  a   l'École  moyenne  de  l'État,  rue  de   Liège,  Ko. 

\  'er\ iers. 
Cremer,  Alfred,  ingénieur  aux  Usines  de  Biache,  Saint-Vaast. 
Cremer,   Auguste,  rentier,  château  de  Petaheid,  Hodimont. 
Cri  1/1  \.  Emile,  professeur  à  l'Athénée  communal  de  Saint-Gilles. 
Cri  i/iv  François,  industriel,  avenue  du  Jardin-Ecole,  '5i>.  Dison. 
Cri  l'ZEN,  Guillaume,   professeur   à    l'Athénée  royal,  rue  Verte.  82,  Anvers. 
Cri  i'zen,  Nicolas,  industriel,  avenue  du  Jardin-Ecole,  4°>  Dison. 
Cumont,  Frantz,  professeur  à  l'Université,  rue  Montoyer,  7">,  Bruxelles. 
I)  V.rchambi  m  .  Célestin,  receveur  des  contributions,  Francorchamps, 
D  Avignon,  .iules,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  de  l'Évèque,  -24.  Anvers. 


—    XI     — 

Davister,  Guillaume,  libraire,  rue  du  Marteau.  n5,  Verviers. 

DechesnE,  Prosper,  juge  au  Tribunal  de  première  iustance,  Liège. 

Defays,  Lucien,  avocat,  rue  du  Palais,  56,  Verviers. 

De<;ey.  Henri,  rentier,  rue  des  Villas,  lit.  Verviers. 

Dejardin,  Adolphe,  étudiant,  rue  «le  Liège,  Verviers. 

Dejardin,  Léo.  étudiant,  rue  Rogier,  33,  Verviers. 

Delkortkie,  Georges,  étudiant,  rue  Tranchée,  35.  Verviers. 

DEMOULIN,  Charles,  rue  Godin,  21,  Ensival. 

Demoulin,  Hubert,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  des  Villas,  6,  Fluv. 

DEMOOMN-GOHY,  Maurice,  avenue  Hanlet.  12,  Verviers. 

DemouI/IN,  Victor,  constructeur,  rue  Neuve.  Dison. 

Depuessedx,  Henri,  entrepreneur,  rue  Calamine.  53,  Stembert. 

Depresseux,  Jean-Nicolas,  place  de  l'Abattoir,  23,  Verviers. 

Derchain,  Philippe,  avocat,  rue  de  la  Concorde,  Verviers. 

Deku-Simus,  Alexandre,  chaussée  de  Heusy,  199,  Verviers. 

lu    1  \i  ans.  Théophile,  avocat-avoué,  rue  du  Midi.  24.  Verviers. 

Despa,  Justin,  industriel,  rue  de  Bruxelles,  3o,  Verviers. 

Detim.ei  \.  Servais,  à  Heusy. 

Dewert,  .Iules,  professeur  a  l'Athénée  royal,  Ath. 

DEWEZ,  Emile,  industriel,  rue  du  Palais,  i$j.  Verviers. 

Di.wi.z.  Fanny,  rue  Bidaut,  2.  Verviers. 

Dewez,  Mariette,  rue  Bidaut,  2,  Verviers. 

DiscAïu.r.s.    Krnest,    membre    de    l'Académie  royale   de    Belgique,    avenue 

Louise.  4f)2,   Bruxelles. 
DOMBART,  Marcel,  étudiant,  rue  Sur  le  Tombeux,  Stembert. 
Dony,  Emile,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  «le  la  Réunion,  1,  Mons. 
Dony.  Léonce,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  Delescluze,   25,   Bercheni- 

Anvers. 
Doutrepont,  Auguste,  professeur  a  l'Université,  rue  Fusch,  5o,  Liège. 
Doutrepont,    Charles,    professeur   a    l'École   des    Cailets.    avenue    de    Sal- 

zinnes.  S2,  Namur. 
Doutrepont.    Georges,  prof,   a  l'Université,  rue  des  Joyeuses  Entrées.  2»i. 

Louvain. 
Driessen.  Emile,  étudiant,  rue  de  Bruxelles,  85,  Verviers. 
Drdmeatjx,  Arthur,  préfet  des  études  honoraire,  avenue  delà  Couronne.  191, 

Bruxelles. 
Dubois.  René,  secrétaire  communal,   Iluy. 
Duchesne.  Alfred,   docteur  en    philosophie  et    lettres,  rue  Vanderkindere, 

Uccle. 
Duchesne,  Eugène,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  Naimette,  Liège. 
Duckertz,  François,  professeur  à  l'Athénée  royal,  Verviers. 
Dleskerc;,  Albert,  architecte.  Heusy-Verviers. 
Dumont,  F.,  ihier  de  Cornillon,  Bressoux. 
Dumont,    Henry,  professeur  à  l'Athénée   royal   d'Ixelles,  rue  Montoyer.  66, 

Bruxelles. 


XT1     — 

Rrnst,  Gustave,  notaire,  Dolhain. 

Etienne,  Isidore,  pharmacien  militaire,  nie  de  l'Harmonie,  ri,  Verviers. 

Fabritius,  <)..  professeur  à  l'Athénée  royal,  Arlon. 

Fabry,  François,  rue  Wilson,  '>;>,  Bruxelles. 

Fairon,  Kniilo,  conservât eur-adjoinl  des  Archives  de  l'État,  Pepinster. 

Fassotte,  Noël,  instituteur  en  chef,  place  Neufmoulin,  .3.3.  Dison. 

FAYEN,  Louis,  avenue  de  Spa,  :>5,  Verviers. 

l'i  i.i  i  wi •:.  Prosper,  imprimeur,  rue  du  Collège,  5o,  Verviers. 

Fei/terre-Lenain,  Remacle,  peintre,  rue  de  la  Colline,  18,  Verviers. 

FETTWEISS,  Albert,  étudiant,  rue  de  Limbourg,  <S,  Verviers. 

FONSNY,  Henri,  étudiant,  rue  de  Bruxelles,  91,  Verviers. 

Fontaine,  Marie,  directrice  de  l'École  moyenne  de  l'État,  rue  des  Ecoles.  19, 

Verviers. 
Fonthier,   Félix,  professeur  à  l'École  normale  de  l'État,  rue  Donckier,  25. 

Verviers. 
FONTIGNY,    Edouard,    professeur  à   l'École  supérieure  des  Textiles,  rue  du 

Palais,  56,  Verviers. 
FOULON,  L..  professeur  a  l'Athénée  royal,  Verviers. 
Fraxsskn,  Gérard,  employé,  AVegnez. 
Franz.  Arthur,  1)'  phil.,  Keplerstrasse,  <),  Giessen. 

Fredericq,  Paul,  professeur  à  l'Université,  rue  des  Boutiques,  7,  Gand. 
Gaidoz,    II.,    directeur  à  l'École  des  Hautes  Etudes,    rue  Servandoni,  22, 

Paris. 
Gens,  Emile,  professeur  honoraire  de  l'Athénée  royal  de  Verviers. 
Gihoul,  Isidore,  professeur,  Mont-Dison. 
Gilbart,  Olympe,  publiciste,  rue  Fond-Pirette,  77,  Liège. 
GlIJCINET,  Alfred,  professeur  à  l'Université,  rue  Renkin,  Liège. 
GlLLET,  Alfred,  étudiant,  avenue  de  Spa,  19,  Verviers. 
GlLLET,   Camille,  professeur  à   l'École  supérieure  des  Textiles,   avenue   de 

Spa.  10,  Verviers. 
GlLLET,  Eugène,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  du  Brou.  Verviers. 
GlLLET,  Mathieu,  rue  Grandjean,  4o,  Verviers. 
GôBBELS,  Henri,  junior,  rue  de  Liège,  56,  Verviers. 
GOEDERS,  Auguste,   secrétaire-surveillant  de  l'École  supérieure  des  Textiles 

de  Verviers. 
GOEMANS,   L.,   inspecteur  général   de  l'enseignement  moyen,  avenue  Royale 

Sainte-Marie.  Bruxelles. 
GOHY,  Jules,  professeur  au  Collège  communal  de  Virton 
GOIRE,  Joseph,  employé,  boulevard  du  Jubilé,  87,   Bruxelles. 
Gorissen,  Emile,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  du  Palais,  38,  Verviers. 
GRANDJEAN,  Alfred,  fils,  rue  du  Collège.  Verviers. 
GRANDJEAN,  Henri,  avocat-avoué.  Verviers. 
GRAVEN,  Pierre,  rue  de  Ilodimont,  Verviers. 

Grégoire,  Antoine,  professeur  a   l'Athénée    royal,  agréé  a    l'Université  de 

Liège,  rue  des  Crépalles,  \\).  Huy. 


—    xm  — 

Grenade,  Albert,  négociant,  rue  de  Limbourg,  3.  Verviers. 

Grojean,    Oscar,    conservateur-adjoint   à    La    Bibliothèque    royale,    avenue 

Brugmann,  Uccle. 
Grosjean,   Edmond,  pharmacien,  avenue  de  Spa,  i3,  Verviers. 
Grosjean,  Léonard,  professeur  à  l'École  supérieure  des  Textiles,  Verviers. 
Gùnther,  Charles,  docteur  en  sciences  phj  siques  et  mathématiques,  chaussée 

de  Heusy,  i">4-  Verviers. 
Gordal,  Auguste,  pharmacien,  rue  Saint-Rem  a  cl  e,  34.  Verviers. 
Sans,  II..  docteur  en  médecine,  rue  de  Dison,  VTerviers. 
Hansenne,   Jean,   attache   a   la   Bibliothèque   royale,   rue  Américaine,   140. 

Ixelles. 

Hansez,  Adolphe  de,  avocat,  Theux. 

Harroy.  Léonie,  régente  de  l'École  moyenne  de  l'État,  rue  Laoureux,  22 

Verviers. 
Badst,  Jean,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  Fond-Pirette,  75,  Liège. 
Henen,   Mathieu,  professeur  à    l'Athénée    royal,  courte  rue  de  l'Autel.    10. 

Anvers. 
Bennen,   Guillaume,  attache  aux   Archives  de  l'Étal  à  Liège. 
H  ENS,  Joseph,  auteur  wallon.  Yielsalin. 

Hombert,  Joseph,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  Marnix,  ai,  <laud. 
H01  HKN.  Henri,  industriel,  avenue  de  Spa.  82,  Verviers. 
Hodben,  Louis,  étudiant,  rue  du  Palais,  -\,  Verviers. 

HDBY,  Edouard,  employé  aux  Ponts  et  (haussées,  rue  Mangomhroux,  Heusy. 
IL  1 .1  .EN,  Ilerinann.  rue  Armand  Simonis.  a3,  Verviers. 
Hdveneers,  Victor,  rue  de  Namur,  14.  Verviers. 
Institut  Archéologiqi  i.  Lu  geois. 

ISERENTANT,  professeur  a  L'Athénée  royal.  Malines. 
Jacqi  es,  Victor,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  Bassenge,  ">i>.  Liège 
Jaeghees.  Ein..  place  des  Minières,  Verviers. 
Jenicot,  Willy,  étudiant,  place  Verte,  38,  Verviers. 
JEDNEHOMME,  Léon,  instituteur.  Flemalle-Ilaute. 
JOPKEN,  Ernest,  préfet  des  études  honoraire,  rue  Rioul,  5,  Iluy. 
JUSTICE,    .Jean,    professeur    à    l'Athénée  royal,    chaussée    de    Bruxelles,   74. 
Ledeberg-Gand. 

Kavskk.  Walter,  étudiant,  rue  Grandjean,  i3,   Verviers. 

Koumoth,  Armand,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  d'Ensival,  G.  Verviers. 

Lacroix.  Edmond,  professeur,  place  des  Minières.   Verviers. 

Lacroix,  Léon,  imprimeur.  Pont-aux-Lions,  17,  Verviers. 

Lahaye,  Mathieu,  rue  de  Verviers.  2Ô.  Disou. 

Lallemand,  Alexis,    prof,  honoraire  de  L'Athénée  royal,  rue  de  Locht.   70, 
Bruxelles. 

Lambotte,  Emma,  rue  Louise,  28,  Anvers. 

Laxg,  Joseph,  industi'iel.  rue  du  Palais,  112,  Verviers. 

Lecat.  Eimest.  rue  Henripré,  Verviers. 

Leclercu..  Jean-Jacques,  rue  du  Prince,  20,  Verviers. 


XIV    — 

Leclère,  Constant,  professeur  à  L'Athénée,  rue  des  Vennes,  282,  Liège. 

Lecocq,  A.uguste,  instituteur,  rue  Longue.  124,  Dison. 

Lefèbvre,  Alphonse,  notaire,  rue  du  Midi,  Verviers. 

Lejear,  Jean,  docteur  en  médecine,  rue  Laoureux,  ">4.  Verviers, 

Lejear,  Jean,  architecte,  rue  Saucy,  19,  Verviers. 

Lejeune,  ALard,  docteur  en  médecine,  rue  Laoureux,  11,  Verviers. 

Lejeune,  Jean,  auteur  wallon,  villa  du  Rogier-Thier,  Jupille. 

LELARGE,  Gustave,   professeur   à    l'Ecole  supérieure  des  Textiles,   rue  des 

Minières.  3i,  Verviers. 
Lequarré,    Alphonse,    professeur    honoraire   de   l'Athénée  de   Verviers,   à 

Retinne. 
LEQUARRÉ,  Nicolas,   professeur  émérite  de  l'Université  de  Liège,  président 
de  ia  «  Société  de  Littérature  wallonne  »,  rue  André-Dumont,   37,  Liège. 
LHONEUX,  Joseph,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  Coupure,  <>i.  Gand. 
Li  ban  Clokk,  de  Namir. 

Liégeois,  L.,  instituteur  en  chef  pensionné,  Hollogne-aux- Pierres. 
Lierneux,  Ainédée,  étudiant,  rue  de  Bruxelles,  98,  Verviers. 
Lieutenant,  Henri,  rue  de  la  Concorde,  Verviers. 
Limbourg,  le  chevalier  Philippe  de,  Theux. 
Lobet,  Léon,  ingénieur,  rue  du  Palais.  i38,  Verviers. 
Loge  (la)  «  Le  Travail  »,  Verviers. 
Lonchay,  Henri,  professeur  à  l'Université,  rue  Van  de  Weyer,  38,   Schaer- 

beek-Bruxelles. 
Lundy,  Joseph,  étudiant,  rue  de  Bruxelles,  108,  Verviers. 
LURQUIN,  Auguste,  percepteur  des  Postes,  Verviers. 

MAGNETTE,  Félix,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  Saint-Gilles,  'r>8.  Liège. 
Marchand,  Arthur,  sous-chef  de  station,  rue  Bidaut,  ;><).  Verviers. 
Marcotte,  Eugène,  place  du  Centre,  5,  Verviers. 
Marcotte,  Paul,  place  du  Centre,  5,  Verviers. 
Marcotte,  Victor,  rue  Laoureux,  Verviers. 
Maréchal,  Alphonse,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  de  Dave,  54,  Jambes- 

lez-Namur. 
Maréchal,  Maurice,  directeur  de  l'Ecole  moyenne  de  l'État,  Waremme. 
Marneffe,  Alphonse,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  Léanne,  27,  Namur. 
Massange,  Jean,  industriel,  Stavelot. 

Massart,  Oscar,  docteur  en  médecine,  rue  Maréchal,  Ensival. 
MASSON,  Antoine,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  Pasteur,  14.  Liège. 
Masson,  Emile,  ingénieur,  avenue  Peltzer,  21,  Verviers. 
Materne,  Oscar,  préparateur  à  l'École  supérieure  des  Textiles.  Verviers. 
\1  \  11111.1  ,  Edouard,  rue  de  la  Montagne,  45,  Verviers. 
MAURY,    Alfred,    professeur  à  l'École   moyenne  de  l'État,    rue   de    Liège,  59. 

Yt'i\  iors. 
MELEN,  Eugène,  avocat,  rue  du  Palais,  118.  Verviers. 
Merten,  J.,  professeur  à  l'Athénée  royal,  Verviers. 
Mi  1  i;e.\s,  Gérard,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  de  l'Église.  1 37.  Anvers. 


XV    — 


Michel.  Charles,  professeur  à  l'Université,  avenue  Blonden,  42,  Liège. 

Michel.  Emile,  professeur  à  l'Athénée  royal,  Chimay. 

Michel,  Victor,  instituteur,  rue  d'Anvers,  10,  Verviers. 

Michoel,  Fr. -Antoine,  instituteur  en  chef  honoraire.  Sart-Iez-Spa. 

Moi.inghex.  Edmond,  ingénieur,  rue  Allard,  Marcinelle. 

Moi.ixghex,   Emile,   professeur  à  l'École   supérieure  des  Textiles,  rue  de  la 

Paix.  Verviers. 
MoLINGHEN,  Gérard,  employé,  avenue  des  Rogations.  S9,  Bruxelles. 
MoLiXGHEN.  P.-A.-J.,  chef  de  bureau.  Pepinster. 

Moi.iioK.  Lucien,  professeur  à  l'Athénée  royal,  quai  Mativa.  S.  Liège. 
Monsei  k,  Eugène,  professeur  à  l'Université,  avenue  Milcamps,  7"),  Bruxelles. 
MORAY,  Servais,  commis  des  chemins  de  fer,  rue  d'Andrimont,  G8,  Dison. 
Mullexdorii  .  Eugène,  bourgmestre,  place  des  Minières.   102.  Verviers. 
Miller.  Gustave,  rue  Lambert-,  28,  Welkenraedt. 
Navaux,  Maurice,  rue  des  Villas.  Verviers. 

Nicaise,  Maurice,  professeur  a  l'Athénée  royal,  rue  de  la  Culture,  24.  Ixelles. 
NlSSENNE,  .Iules,  employé,  rue  Renkin.  17.  Verviers. 
Nissenne,  Jules,  entrepreneur,  rue  Laoureux,  Verviers. 
NOKIN,   Jean,  marchand  de  laines,  rue  aux  Laines,  41,  Verviers. 
Oger,  Adrien,  conservateur  du  Musée  archéologique,  Namur. 
Ophovex,  Léon,  Stavelot. 

Parmentier,   Léon,  professeur  à  l'Université  de  Liège,   Hamoir-sur-Ourthe. 
Patar,  IL,  docteur  en  médecine,  rue  de  Linthout.  i(i(j,  Etterbeek. 
Pauliis.  Charles,  rue  des  Villas,  Verviers. 

PECQUEUR,  Oscar,  professeur  à  l'Athénée   royal,  rue  des  Anglais.  i(i,  Liège. 
Peltzer,  Pierre,  étudiant,  rue  de  la  Station.  9,  Verviers. 
Peltzer  de  Clerraont,  Edouard,  sénateur,  Verviers. 
Peltzer  de  Rossius,  Georges,  industriel,  Verviers. 

Peuteman.  Jules,  homme  de  lettres,  34.  route  de  Lambermont,  Verviers. 
Pietkln.  Nicolas,  curé  à  Sourbrodt  (Prusse  Rhénane). 
Piette,  Henri,  étudiant,  rue  Renkin,  23,  Verviers. 
PlGEOLET,  F.,  professeur  à  l'Athénée  royal,  Anvers. 
Pinto.  le  comte  F.  de.  propriétaire.  Maison-Bois,  Ensival. 
Pirari).    Louis,    échevin    de  l'Instruction    publique,    rue    de   l'Escalier.    6, 

Verviers. 
Pirexne.  Emile,  rentier,  rue  des  Vieillards,  8b,  Verviers. 

PlREXXE.  Henri,  professeur  à  l'Université,  rue  Neuve  Saint-Pierre.  [2G,  Gand. 
Pirexne,  Maurice,  conservateur  du  Musée  communal,  Verviers. 
Poetgexs,  Guillaume,  expéditeur,  rue  Tranchée,  107,  Verviers. 
Poetgexs.  Henri,  rue  Repos  du  Roi,  3,  Verviers. 
Polis,  J.-M.,  industriel,  avenue  du  Chêne,  195,  Heusy. 
Polis.  Sébastien,  employé,  rue  du  Progrès,  20,  Verviers. 
Preudhomme,  Léon,  professeur  à  l'Université,  rue  Nassau,  4,  Gand. 
Raxdaxhe,   S., docteur  en  médecine,  rue  César  Franck,  63,  Liège. 
Redixg,  J. -P. .professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  Km.  Banning,  5<),  Ixelles. 


—   XVI   — 

REMOUCHAMPS,  J.-M.,  avocat,  boulevard  d'Avroy,  280,  Liège. 

Ri<  «elle,  osée,  employé,  rue  Renkin,  25,  Verviers. 

RIVIÈRE,    Hubert,    professeur  à    l'Athénée    royal,    Longue    rue    Van    Ruus- 

broec,  110.  Anvers 
ROGER,  Jean,  industriel,  rue  de  Fragnée,   i55,  Liège. 
ROSMANT,  Fernand,  étudiant,  rue  de  Liège.  82.  Verviers. 
ROUILLER,  Charles,  agent  de  la  Banque  nationale  de  Belgique,  Verviers. 
ROUMEN,  Henri,  professeur  à  L'Athénée  royal,  rue  des  Agneaux.  8.  Anvers. 
Ruhl,  Gustave,  avocat,  membre  correspondant  de  la  Commission  royale  des 

Monuments,  boulevard  d'Avroy,  G7,  Liège. 
SAGE    Henry,  professeur  à   l'École  française  de  Droit  au  Caire,   rue   Km  ma 

N'iel,  Paris. 
SAGEHOMME,  Léon,  receveur  de  la  ville  de  Verviers. 
SASSERATH,  Simon,  avocat,  rue  Crespel,  24,  Bruxelles. 

Scharff,  Paul,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  de  Kinkempois,  4:!.  Liège. 
Schauer,  Louis,  étudiant,  rue  du  Centre,  91,  Verviers. 
Schouten,  M.,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  Haringrode.  43,  Anvers. 
Semertier,  Charles,  pharmacien,  rue  Sainte-Marguerite,  Liège. 
Simon,  Constant,  professeur  à  l'Athénée  royal,  rue  Bidaut.  22,  Verviers. 
Si, use,  René,  professeur  à  l'Athénée  royal,  chaussée  de  Heusy,  204,  Verviers. 
Société  d'Archéologie  de  Namur. 
Société  Verviétoise  d'Archéologie  et  d'Histoire 
Spinhayer,  Jules,  échevin  des  Travaux  publics,  Verviers. 
Stappers,  Jeanne,  régente   à  l'École   moyenne  de    l'Etat,  rue    des   Villas. 

Verviers. 
Stiels,  Arnold,  sub1  Auditeur  militaire,  rue  S'  Adalbert,  5,  Liège. 
Thibert,  Constant,  chirurgien-oculiste,  rue  des  Célestines.  G,  Liège. 
Thibert,  Jean,  chef  d'école  honoraire,  Sart-lez-Spa. 
Thimister,  Dieudonné,  pharmacien,  rue  Maréchal,  Ensival. 
Thirion,  Charles,  architecte,  rue  Tranchée,  14.  Verviers. 
Thomas,  Antoine,  professeur  à  l'Université  de  Paris,  avenue  Victor-Hugo, 

3;>,  Bourg-la- Reine 
Thomas,  Paul,  professeur  à  l'Université,  rue  Joseph  Plateau.  Grand. 
ThÔNET,  Jules,  juge  au  Tribunal  de  Verviers,  rue  de  l'Académie,  24.  Liège. 
Tihon,  Fernand,  docteur  en  médecine,  rue  de  la  Chaussée,  Theux. 
Tombeur.   Fr.,  prof,   à  l'Athénée  royal  d'Anvers,  avenue  de    la    Princesse 

Elisabeth.  5i,  Schaerbeek. 
Tourneur,  Victor,  professeur  honoraire,  rue  des  Minières,  127,  Verviers. 
Tourneur,    Victor,    conservateur-adjoint     à    la     Bibliothèque    royale,     rue 

Defacqz,  98,  Saint-Gilles  (Bruxelles;. 
TyoO,  Hyacinthe,  surveillant  à  l'Athénée,  rue  des  Gémeaux.  3a,  Anvers. 
Vai. kmin,   Georges,  préfet  des  études   à   l'Athénée   royal,   rue  Cottrel,    34, 

Tournai. 
V  vNDERLlNDEN,  Ilerinan.  professeur  à  l'Université  de  Liège, rue  de  Tirlemont, 
Louvain. 


—    XVII    — 

Van  DoOREN,  .).,  professeurà  l'Athénée  royal.  Arlon. 

Van   de   Vkld.  Ernest,   directeur-éditeur  de  la    Bibliographie  de  Belgique. 

avenue  de  la  Brabançonne,  12.  Bruxelles. 
Van  OlRBEEK,  professeur  honoraire  île  l'Athénée  de  Liège,  Brusthem. 
Van  Pee,  Paul,  docteur  en  médecine,  Hodimont. 
Van  Veerdeghem,  F.,  professeur  émérite  de  l'Université  de  Liège,  rue  de 

Chestret,  6,  Liège. 
VERCODLLIE,  J..  professeur  a  l'Université,  rue  aux  Draps,  Gand. 
Verken,  François,  étudiant,  avenue  Ilanlet,  25,  Heusy. 
Verviers-Athénée. 

Vom  IIai.kn.  Léon,  directeur  de  fabrique,  Czestochowa  (Pologne  russe  1. 
Wai  < omoni,    Thomas,    professeur   à    l'Athénée   royal   de   Mous,  Nimy-lez- 

Mons. 
Wattiez,   Adolphe,  président   de  la  «  Ligue  Wallonne  du  Tournaisis  ».  rue 

de  Courtrai.  2V  Tournai. 
WAUCQTJEZ,   Henri,    professeur  a  l'Athénée  royal,  rue  de  la  Brasserie,  12, 

Ixelles. 
WAUTERS,  Joseph,  professeur  à  l'Athénée  royal,  Ixelles. 
\\  1  i;i:h.  Armand,  ingénieur-opticien,  place  du  Martyr.  55,  Verviers. 
Weber.  Armand,  médecin-oculiste,  place  du  Martyr,  Verviers. 
Weerts,  Fernand,  étudiant,  rue  du  Brou,  6i,  Verviers. 

WEISGERBER,    Ernest,   prof,  à   l'Athénée  royal,   rue  de  Liège,  34,   Verviers. 
Wéve,  Louis,  directeur  de  l'École  supérieure  des  Textiles  de  Verviers. 
Wii.motth.     Maurice,   professeur  à  l'Université  de  Liège,   rue  de  Pavie,  4°- 

Bruxelles. 
Wirth.  Alfred,  pharmacien,  rue  Crapaurue,  Verviers. 
Wisimus.  Jean,  rue  de  Namur,  3,  Verviers. 

WlTMEUR,   Emile,   professeur  à   l'Athénée  royal  de  Liège,  Jupille. 
WiTT.MANN.  Victor,  professeur  à   l'Athénée  royal,  rue  Guillaume  Stocq,  34, 

Ixelles. 
Zurstrassen,  Louis,  industriel,  rue  Grandville,  io3,  Ensival. 


BIBLIOGRAPHIE 

des  travaux  cie  IMI.  «J.  Feller. 


(Signes  abréviatifs  :  RIPB  =  Revue  de  V Instruction  publique  en  Belgique; 
BSLW,  BDW,  ASI.W  désignent  respectivement  le  Bulletin  de  la  Société 
(liégeoise*  de  Littérature  wallonne,  le  Bulletin  du  Dictionnaire  wallon,  VA  n- 
nuairede  la  même  Société  :  BSVAH  =  Bulletin  de  la  Société  verviétoise  d'Ar- 
chéologie et  <i Histoire  :  RI'W  —  Benne  de  Folklore  wallon.  ('.  r.  =  compte 
rendu). 

Littérature. 

Dialogues  et  Lettres  pour  faire  suite  aux  Dialogues,  Tableaux  et  Types 
populaires.  Le  X*  Annuaire  du  Caveau  verviétois,  Conférences  de  Thil- 
Lorrain  sur  les  grandes épopées,  et<-.  :  dans  le  Journal  des  Soirées  populaires 
de  Verviers,  de  mai  r88(i  ù  i  s  ;  »  4  - 

Articles  dans  la  llevue-Journal  dirigée  par  Eugène  Monseur,  i 8<j4- 

Poésies  et  proses  dans  V Annuaire  et  le  Bulletin  du  Caveau  verviétois,  i8})3- 
99;  dans  l'Ame  wallonne  et  les  Heures,  revues  littéraires  vervietoises,  i8g5 
et  1897. 

Les  malentendus  de  la  critique,  Renne  de  Belgique,  août  1897. 

Préface  du  volume  de  Pierre  Gens,  Clartés  dame,  1902. 

Critique,   histoire  de  la  Littérature. 

Francis  N'ai  tkt  et  l'histoire  du  mouvement  littéraire  en  Belgique,  dans 
le  Coin  du  l'eu,  revue  littéraire  verviétoise.  4e  année,  11"  10(1893),  pp.  77  78. 

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RIPB,  t.  \o,  1S97.  p.  4i5. 

Cr.de    :    L.    BRUNSCHWICG,    Biaise    Pascal,    Opuscules  et   Pensées,    RIPB, 

t.  4».  1897,  pp.  411-12. 

C.  r.  de  :  A.  LESUEDR,  Maupertuis  et  ses  correspondants,  RI  PB.  t.  41. 
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Flaubert  jugé  par  Faguet,  RIPB.  t.  4V>,  1900.  pp.  i4"i9- 

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—    XX    — 

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t.  44'  [9°]  •  PP-  4^^-439. 

C.  p.  de  :  A.  ËTTLINGER,  Léo  Tolstoj,  eine  Skizze seines  Lebens  and  \\  irkens, 
RIPB,  t.  44,  1901,  p.  220. 

C.  P.  de  :  Km.  BOUTROUX,  Pascal,  RIPB,  t.  44,  1901,  pp.  279-81. 

C.  P.  des  vol.  de  SARCEY,  Quarante  ans  de  Théâtre,  RIPB,  t.  44»  19°1^ 
pp.  286-9;  t.  4"),   M)02.  pp.   126-7,  etc. 

C.  P.  de  :  A.  LEBRETON,  Le  Roman  français  an  XIXe  siècle,  1.  Avant  Balzac, 
Rll'li.  t.  45,  1902,  pp.  123-6;  //.  Balzac,  V homme  et  l'œuvre,  ibid.,  t.  495 
1906,  pp.  3i-3a. 

C.  r.  de  :  FERDINAND  BRUNETIÈRE,  Victor  Hugo,  RIPB,  t.  $5,  190-2, 
pp.  418-121. 

C.  P.  de  :  11.  PERGAMENI,  Histoire  de  la  Littérature  française,  RIPB,  t.  4^, 
1903,  pp.  336-9- 

L'évolution  littéraire  du  moyen  âge  au  xvne  siècle,  RIPB,  t.  4(i-  J9°3, 
pp.  3o5-i8  et  369-80. 

C.  r.  de  :  MASOIN,  Histoire  de  la  Littérature  française  en  Belgique  de  i8i5 
à  i83o,  RIPB,  t.  46,   1903,  pp.  274-6. 

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pp.  73-86. 

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Bou.mal.  Poèmes  en  deuil,  ibid.,  pp.  188-189. 

JEAN  Stecher,  notice,  avec  deux  portraits,  dans  Wallonia,  t.  XVIII,  1910, 
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siècle  :  Disciples  et  successeurs  de  'Théophile  ;  la  vie  et  les  poésies  libertines  de 
Des  Barreaux  et  de  Saint  Pavin.  RIPB.  t.  54,  1911,  pp.  i56-i6o. 

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Rôles  respectifs  de  la  mémoire  et  de  l'intelligence  dans  les  études  gram- 
maticales. Revue  des  Humanités,  1898. 

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Rapport  sur  les  améliorations  a  introduire  dans  l'enseignement  du  latin 
et  du  grec,  au  Congres  de  l'Enseignement  moyen  de  1901  à  Bruxelles;  dans 
le  Compte  rendu  officiel  du  Congrès,  pp.  56-59.  —  Compte  rendu  officiel  des 
séances  de  la  première  section  du  même  Congrès,  t.  II,  pp.  77"I7°- 

Une  douzaine  d'articles  de  grammaire  historique  et  logique  de  la  langue 
française,  dans  l'École  Xutionalc  de  VICTOR  MiRGUET,  ire  et  2e  année,  1902-3. 

La  question  de  l'Enseignement  moyen  devant  les  maîtres  de  la  pédagogie 
française,  RIPB.  t.  45.  1902.  pp.  217-239. 

C.   r     de   :   Oscar    Pecquei  R,    Manuel  de   la   dissertation  française,   RIPB, 

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française,  RIPB,  t.  48,  1905,  pp.  4oi"4o4- 


—    XXII    — 

c.  p.  .le  :  HENRI  MARET,  La  liberté  <lc  l'enseignement,  RIPB,  1.  48,  i9°5> 
V    [S. 

C.  r.  «le  :    \i(;.  DOECHAiN,  L'art  des  vers,  RIPB,  t.  5o,  1907.  pp.  4  •  -44- 

C.  r.  de  :  A.  W'ai.ui,  Anthologie  des  poètes  français  contemporains,  RIPB, 
t .  5o,  1907.  pp.  109-1  10. 

C  p.  de  :  A.LBERT  et  SODY,  Grammaire  française  à  l'usage  des  classes 
grecques-latines,  RIPB,  1.  5o,  1907,  pp.  329-333. 

C.  r.  de  :  FONSNY  et  Van  Dooren,  Anthologie  des  prosateurs  et  Anthologie 
illustrée.  RIPB,  t.  5l,    1908,  pp.   i4:5-,i- 

Notice  nécrologique  sur  lu  an  Fonsny,  RIPB,  t.  5i,  1908,  PP-  189-196. 

Quelle  place  le  wallon  doit-il  occuper  dans  renseignement  du  français  en 
Belgique  romane?  Question  traitée  au  2e  Congrès  des  professeurs  de  langues 
vivantes,  tenu  à  Liège  en  1909.  Compte  rendu  des  séances  du  Congrès, 
pp.  77-86. 

C.  r.  «le  :  FERD.  GACHE,  Mores  et  /ils,  et  Pour  tu  vie  familiale,  RIPB.  t.  ">4, 
191  1 .   i(i<>-9. 

La  stylistique,  RIPB,  t.  54,   1911,  pp.  219-241. 

Philologie  classique. 

C.  r.  de  :  LÉON  PARMENTIER,  Les  substantifs  et  adjectifs  en  -eç  dans  la  langue 
d'Homère  et  rf Hésiode,  dans  Revue  belge  de  Charles  Tilnian,  4''  année,   1891, 

»":4- 

C.  r.  de  :  P.  Ai.tenhovkn,  Thèmes  de  reproduction  sur  Cicéron,  Kl  PB, 
t.  4'*,  1900,  p.  1 13. 

C.  r.  de  :  BlDEZ  et  PARMENTIER,  Un  séjour  à  Patmos,  dans  Revue  des  Huma- 
nités, 1897. 

C.  r.  de:  L.  Loiseau,  traduction  des  A  nnales  de  Tacite,  RIPB,  t.  4^.  tgo5, 
1>.  416-18. 

C.  r.  de  :  II.  DE  i.a  Yili.k  DE  MlRMONT,  Le  poète  Lygdamus,  RIPB,  t.  48, 
[905,  p.  278. 

Courtes  notices  sur  des  manuels  et  des  éditions  classiques  dans  la  Chro- 
nique de  la  RIPB 

Philologie  romane  et  française. 

C.  r.  de  :  IIaask,  Syntaxe  française  du  XVIIe  siècle,  RIPB,  t.  42,  1899, 
pp.   1  1  5-  1  1  7. 

C.  P.  de  l'édition  de  la  Macette,  satire  de  Régnier,  par  FERD.  Brunot, 
RIPB,  t.  44.    1901,  pp.  357-361. 

C.  r.  de  :  Maksili.ai  .  Les  «  vraies  »  origines  de  la  langue  française.  RIPB. 
1 .  j.5,  1902,  ])]».  37  38. 

C.  l\  «le  l'édition  de  la  Deffense  et  illustration  de  la  langue  française,  par 
I.i  ON  SÊ(  111  .  RIPB,  t.  4s.  190.").  pp.  49-5o. 

C.  r.  de  :  .1.  BASTIN,  Précis  de  /thnné/iqne  et  rôle  de  l'accent  latin  dans  les 
verbes  français,  RIPB,  t.  48,  1900,  pp.  3oi-2. 


—    XXIII    — 

C.  P.  de  :  IIi  ',()  Hi  LTENBERG,  Le  renforcement  du  sens  des  adjectifs  et  des 
adverbes  dans  les  langues  romanes.  RIPB,  t.  4S-  f9o5,  p.  404-401;. 

Le  Français  et  les  dialectes  romans  dans  le  Nord-Est  ;  dans  les  Mémoires 
du  Congrès  international  pour  l'extension  et  la  culture  de  la  langue  française. 
tenu  à  Liège,  sept.  iik'">- 

C.  r.  de  :  N.  I.  A.POSTOLESCU,  L'ancienne  versification  roumaine.  RIPB, 
t.   52,    1909.  pp.   4<>4-(i. 

C.  r.  de  :  HENRI  CHAT]  t. un.  Recherches  sur  le  uers  français  au  XVe  siècle, 
RIPB,    i.    52,     1909,    pp.    55-58.    —Le    mystère    de    saint   Quentin,   édité   par 

Henri  Chatei  \iv  RIPB,  t.  32,  1909,  pp.  246-253. 

C.  r.  de  :  K.  BoORCIEZ,  Éléments  de  linguistique  romane,  RIPB,  t.  ">4.  1911, 
PP.  44-4!)- 

La  stylistique    RIPB,  1 .  54.   19  1  1 .  pp.  219-241 . 

Article-  d'étymologie  el  de  sémantique  dans  IîDW  ,  passim,  et  dans 
Mélanges  Kurth  :  la  préposition  ;/.  le  préfixe  6e-,  aubette,  orvet,  êquemôdre, 
hure,  burin,  hrousse.  broussin,  escarbille,  estaminet,  grimaud,  grouiller,  etc. 

Littérature  -wallonne. 

C.  P.  de  :  <>i,i\ii  1;  Dis>\  abbé  RENARD  ,  Les  aventures  de  Jean  d'  Moelles, 
dans  Revue  belge  de  Chari.es  Tilman,  1890. 

Vers  pour  fêter  la  5oo"  pièce  wallonne  de  H. -J.  Raxhox,  Bulletin  du  Caveau 
verviéiois,  r  8e  année,  1896,  p.   68. 

Rapport  sur  nue  œuvre  présentée  aux  concours  de  la  Société  liégeoise  de 
Littérature  wallonne,  tchiptèfyes  et  côps  d'éles,  BSLW,  t.  4--  1901,  PP-  i3-ig. 

Rapport  sur  an  Recueil  de  pensées  présente  a  la  même  Société.  BSLW, 
t.  4"'.  1905,  p.  209. 

Notice  sur  le  poète  lyrique  et  dramatique  wallon  Martin  Lejeune,  dans 
\sl.\V.  n"  12 1 .  1908,  pp.  67-126. 

Rapport  sur  le  12e  concours  de  IQOO  :  Huit  recueils  de  poésies  wallonnes, 
BLSW,  t.  5o,  [908,  pp.  111-119. 

Courte  notice  nécrologique  sur  11.  .1.  Raxhon,  poète  wallon  verviétois, 
ASLW,  n°  22,  1909.  pp.  i65-i68. 

Rapport  sur  le  22'  concours  de  [90K  :  Onze  recueils  de  poésies  wallonnes •; 
BSLW,  t.  5i,  1909,  43-5o. 

Rapport  sur  le  2<;p  concours  de  1907  :  Pièces  de  théâtre  en  plusieurs  actes 
(C'ésteiit  onsonfye,  Bordon  d'  vitesse),  BSLW,  t.  52,  1909,  pp.  79-90. 

C.  r.  de  HENRI  Ravei.INE,  Pou  dire  a  l'èserienne,  dans  Wallonia,  t.  XVII, 
1909.  pp.  208-9. 

C.  p  de  :  W.u.r.ONKix  (Jules  Sottiaux),  Walla,  dans  Wallonia,  t.  XVII, 
1909,  pp.  'ù  1-12. 

Pour  la  création  d'un  concours  de  folklore.  ASLW,  n"  a3,  1910,  pp.  38-67. 

Projet  de  révision  des  statuts  de  la  Société  liégeoise  de  Littérature  wallonne, 
ASLW,  n°  23,  1910.  pp.  9-39. 

Deux  notices  sur  Jkan  SïECHER,  voy.  Ilist.  de  la  LUI, 


—    XXIV    — 

Rapport  sur  Le  a3e  concours  de  190K:  Traduction  ou  adaptation  wallonne  de 
poèmes  étrangers,  I'.SI.W  .  i.  53,  [910,  pp.  273-281. 

C.  r.  de  :  LOUIS  MAUBEUGE,  Tchansons  di  ni  viyèfye,  dans  Wallonia, 
1.  XVIII,  rgio,  pp.  li'id-s. 

Le  mouvement  littéraire  wallon,  dans  VA  oant-garde,  n°  AJbum  1909-1910, 
pp.  48-5o. 

C.  r.  de  :  Jean  Lamoi  reux,  L'aous',  Vireûse;  .1.  Vrindts,  Vi  Lidje;  De  i.a 
FOURMILIÈRE,  les  fourni  iches,  dans  Wallonia,  t.  XIX,  1911,  pp.  1204-210. 

Prosodie  wallonne. 

Rapport  sur  une  œuvre  de  prosodie  wallonne,  BSLW,  t.  44i  i9o3, 
pp.  467-70. 

Prosodie  wallonne,  dans  Revue  Wallonne,  lre  année,  1906,  pp.  4I_4^> 
•2'  année.  1007,  pp.  ia5-i35,  149-104.  241-246;  3e  année,  1908,  117-121, 
1 07- 1 4-  ■  -41  -4'' ;   Ie  année,  1909,  177-183;   5e  année,  1910,29-35,53-57,  197- 

202,   261-267. 

Philologie  wallonne. 

a)   Orthographe. 

De  l'orthographe  wallonne,  dans  Journal  fies  Soirées  populaires  de  Yer- 
viers,  juillet  1890. 

Kssai  d'orthographe  wallonne.  BSLW,  1.  41-  ,,e  partie,  tgoo,  pp.  1-237. 

Règles  d'orthographe  wallonne,  présentées  à  la  Société  liégeoise  de  Litté- 
rature wallonne;  Ier  tirage  préparatoire  :  juin  1901  ;  2e  tirage  :  février  1902; 
3e  tirage  :  mai  1902,  identique  au  tirage  du  BSLW.  t.  \\ ,  2''  partie,  1902, 
pp.  4r)"!)'>-  —  2e  édition,  72  pages,  1900. 

Lettre  sur  la  question  de  l'orthographe  wallonne,  dans  l'Almanach  du 
journal  vervietois  le  Ire  Cougnoû,  pour  1902. 

A  propos  de  l'orthographe  wallonne,  polémique  dans  l'ASLW,  n°  18.  1905. 
pp.  51-78. 

L'orthographe  du  dialecte  de  Frameries,  BDW,  4'  année,  1909.  pp.   ^7-49- 

h)   Phonétique,  étymologie,  sémantique,  etc. 

Rapport  a  la  Société  liégeoise  de  Littérature  wallonne  sur  le  4''  concours 
de  189"!  :  Vocabulaires  locaux  ou  régionaux  1  Lexique  du  patois  gaumais 
d'Ki).  Liégeois),  BSLW,  t.  37,  1897.  pp.   1S.3-199. 

Phonétique    du    gaumais   et    du    wallon    comparés,    KSLW.   t.   37,    1N97, 

pp.    ^o")-282. 

Rapport  à  la  même  Société  sur  le  4'  concours  de  1897  :  Listes  de  mots  omis 
dans  les   dictionnaires  inallons,    BSLW,  t.  '59.   1899.  pp.  5-1  I. 

Rapport  à  la  même  Société  sur  le  3e  concours  de  1899  {Syntaxe  wallonne 
d'Au  red  Ch  irlier),  BSLW,  t.  43,  1903.  255-266. 

Rapport  a  la  même  Société  sur  le  5e  concours  de  1900  (Mots  mations  de  la 
vallée  du  b&S-Geer  el  Complément  an  lexique  du  patois  gaumais).  RSLW. 
I-     il,     2*  partie.    19012.  pp.  97-98. 


—    XXV    — 

Rapport  à  la  même  Société  sur  le  3e  concours  de  1900  :  Suffixes  nominaux 
wallons,  BSLW,  t.  43,  1902,  pp.   171-4. 

Rapport  à  la  même  Société  sur  le  3*  concours  de  1901  :  Su/fixes  wallons, 
BSLW.  t.  44.  1903,  pp    455-464. 

Rapport  à  la  même  Société  sur  le  4'  concours  de  1901  :  Mots  wallons  divers 
bslw.  t.  44,  i9o3.  pp.  4GV<;. 

Préface  du  Projet  de  Dictionnaire  général  de  la  langue  wallonne,  BSLW. 
t.  44-  l9°'l>  483-go  Collaboration  aux  articles  du  même  ouvrage,  1903-1904. 
(Auteurs  :  .T.  Dei.aiti:,  Ait;    DOUTREPONT,  J.  Haust,  J.  Feller). 

Rapport  sur  six  travaux  de  lexicologie  envoyés  hors  concours  en  1902, 
BSLW,  t.  4"'.  [go5,  pp.  271-83. 

Rapport  sur  l'étal  de  la  Philologie  wallonne,  au  Congres  wallon  de  Liège 
en  i9o5;dans  Wulloniu.  t.  XIII,  190").  pp.  382-38g  ou  dans  le  Compte  rendu 
officiel  du  Congrès,  pp    l'm  i>. 

Le  français  en  regard  des  dialectes  romans  dans  le  Nord-Est,  rapport  au 
Congrès  international  /«»;;/•  l'extension  cl  la  culture  de  la  langue  française 
(Cf.    su/ira.    Philologie  française). 

Collaboration  au  Bulletin  du  Dictionnaire  général  de  la  langue  wallonne, 
revue  de  philologie  wallonne.  190G-1911  :  instructions  à  nos  correspon- 
dants, questionnaires  systématiques  et  questionnaires  alphabétiques,  articles 
d'étymologie  et  de  sémantique,  chroniques  de  philologie  et  de  toponymie. 
(Co-auteurs  :  Ait;.  Dodtrepont,  .1.  Haust,  IL  Simon,  abbé  .1.  Bastin, 
A.RILLE   CARLIER,  S.   U.wi.wiu.   etc.) 

Rapport  sur  le  7'-'  concours  de  1904  :  ai  Glossaire  régional.  BSLW.  t.  49- 
19°~:  PI»-  1 4-  » " x 4- * ' ;  D)  Vocabulaire  du  règne  végétal  à  (,'00,  ibid.,  pp.  161-107; 
c)  Vocabulaire  technologique,  ibid..  19V19S. 

Notice  sur  un  glossaire  wallon  manuscrit  de  la  région  Stavelot-Malmedy, 
BDW,  3''  année,  1908.  pp.  35-38. 

Notes  d'étymologie  wallonne,  dans  les  Mélanges  Kurth,  1908,  t.  IL 
pp.  3o3-3i3. 

Rapport  sur  le  7e  concours  de  190")  :  Lexicologie,  recueils  de  mois  nou- 
veaux, BSLW,  t.  5o.  1909.  pp.  G4i-3. 

Édition  de  la  Phonétique  et  Morphologie  des  dialectes  de  VOuest-wallon,par 
Adki.in  Grignard,  S.J.,  avec  12  cartes.  BSLW,  t.  5o,  1909,  pp.  375-522. 

Rapport  sur  le  Dictionnaire  wallon,  au  XXIe  Congrès  de  la  Fédération 
archéologique  et  historique  de  Belgique,  tenu  à  Liège  en  1909.  Publié  au 
t.  II  des  Annales  du  XXIe  Congrès,  pp.  1 76- 199. 

Quelle  place  le  wallon  doit-il  occuper  dans  l'enseignement  du  français  en 
Belgique  romane  ?  (Cf.  supra.  Pédagogie). 

Édition  du  Glossaire  de  Fosse,  d'Al'G.  LURQUIN,  BSLW,  t.  52,  1910, 
pp.  105-173. 

Note  sur  le  mot  cirion,  U'alloniu.  t.  XVIII,  1910.  P-  174-  -  mosan  ou 
meusien.  ibid.,  p.  334- 


—    XXVI    — 

L'origine  du  wallon,  dans  u"  Noël  de  VAide  mutuelle  de  Verviers,  1909- 

Le  chai  volant  de  Verviers,  satire  en  dialecte  verviétois  de  164.1,  texte. 
introduction  et  notes,  dans  BSVAH,  t.  XI,  1910,  pp.  73-111. 

Chroniques  sur  la  philologie  du  dialecte  lorrain.  BDW,  4e  année,  i;)o<), 
PI).  67-68;  6e  année,  1911,  pp.  58-6i. 

(       Toponymie  et  Anthroponymie. 

Rapport    sur    le   concours    de   1896,    Xoms   de    lieux,    BSLW,    t.    3H,    1898, 

pp.  19-26. 

Les  noms  de  lieux  en  -ster,   étude  et  lexique,  BSVAH,  t.  Y,  i<)o4,  p.  i-i44- 

Conférence  sur  l'origine  et  la  signification  des  noms  propres  de  personnes 
spécialement  en  pays  wallon,  dans  Chronique  de  la  Société  veruiétoise  d'ar- 
chéologie et  d'histoire,   année  1905-6,   pp.  77-!)"' 

Pour  la  toponymie  wallonne,  BDW,  2e  année,  1907.  pp.  1-12. 

Rapport  sur  le  10''  concours  de  1906,  Glossaires  toponymiques  de  Jamoigne 
et  de  Forges-lez-Chimay,  BLSW,  t.  5i,  1909,  pp.  i>45-25i. 

Rapport  sur  le  11e  concours  de  1907,  Glossaire  toponymique  de  la  commune 
de  Beaufays,  BLSW,  t.  52,  12e  partie,  1910,  pp.  189-193. 

Chronique  de  la  toponymie,  BDW,  3e  année,  1908,  pp.  117-120;  f\v  année, 
1909,  pp.  65-67;  Ue  année,  1911,  pp.  54-58. 

L'état  des  études  toponymiques  en  Belgique,  rapport  présenté  au  XXL 
congrès  de  la  Fédération  archéologique  et  historique  de  Belgique,  tenu  à 
Liège  en  1909.  Imprimé  dans  les  Annales  du  XXIe  Congrès,  pp.  83i-853. 

Rapport  sur  le  11e  concours  de  1908,  Toponymie  de  la  commune  d'Ayeneux, 
BSLW,  t.  53,  2e  partie,  325-332. 

Le  suffixe  toponymique  -han,  étude  et  lexique.  BSVAH,  t.  XI,  191 1, 
pp.  245-321 . 

Folklore. 

Collaboration  au  Questionnaire  de  Folklore  wallon,  1891.  paru  sous  la 
direction  d'EuGÈNE  MoNSEUR. 

Les  superstitions  populaires,  neuf  articles  parus  dans  le  .Journal  des 
Soirées  populaires  de  Verviers,  n°  du  12  avril  1891  et  suivants. 

C.  r.  de  :  Albert  Meyrac,  Traditions,  coutumes,  légendes  et  contes  des 
Ardennes  (françaises)  ;  BFW,  t.  I,  1891,  pp.  62-(i(j. 

Flore  populaire  wallonne,  dans  BFW,  t.  I,  1891,  pp.  if>4  172;  t.  I,  [892, 
pp.  203-224.  277293;  t.  II,  1893,  pp.  101-122;  t.  II,  1S9").  pp.  207-218, 
293-309. 

C.  r.  de  :  GEORGE-LAURENCE  GOMME,  The  village  community,  BFW,  t.  II, 
[893,  pp.  162-165. 

C.  r.  de  :  W.  Sgiiwarz,  Xachklange  pràhistorischen  Yolksglaubens  im 
Homer.  BFW,  t.  IL   i8<)5.  pp.  282-285. 

C.  r.  d'ouvrages  <le  :  JULIO  Camus,  Réceptaire  français  du  XIV  siècle,  - 
Les  noms  de  plantes  du   Liure  d' Heures  d'Anne  de  Bretagne,  —  Historique  des 


—    XXVII    — 

premiers  herbiers.  —  Un  manuscrit  namurois  (noms  de  plantes)  du  XV  siècle 
BFW,  t.  II.  1895,  i>]>.  367-371. 

C.  r.  de  :  EUG.  Rolland.  Flore  populaire,  t.Ier, BFW,  t.  III.    1898,  pp.  5o-52 

('.  r.  de  :  E.  PÂQUE,  De  olaamsche  nolksnamen  der  planten  van  Belgiè 
BFW,  (.  III,  1898,  pi».  r>i>--»4. 

Collaboration  a  la  Flore  populaire  d'EuGÈNE  Rolland,  1.  II  à  VIII,  et  à  la 
Faune  populaire,  t.  VIII,  IX.  XI.  XII  el  XIII.  publications  eontinuées  par 
Henri  Gaidoz,  1896-1911. 

C.  r.  du  livre  de  I)i  1!  \  U)T  sur  les  Sobriquets  des  Communes  belges,  dans 
Jadis,  t.  XII,  avril   1908,  pp.  62-64. 

<'.  r.  de  deux  romans  folkloriques,  André  Malaise,  de  LUCIEN  COLSON, 
dans  Wallonia.  I.  XVII,  rgog,  pp.  209-210,  et  le  Puison  de  GEORGES  Willame, 
dans  BDW,   >'  année,   1908,  p.   116. 

Pour  la  création  d'un  concours  de  folklore  à  la  Société  de  Littérature 
wallonne,  ALSW,  n"  23,   19 10,  pp.  58-67. 

Archéologie  et  Histoire. 
Limbourg-Aduatuca,  critique  d'un  livre  de  Elisée  Harrov,  Les  Éburons 

à  Limbourg.  dans  Revue  Belge  de  CHARLES  TlLMAN,  n"  38,    1".  nov.    18S;). 

C.  r.  de  :  Cromlechs  et  dot  mens,  par  E.  Harroy,  dans  Revue  Belge,  n"  46, 
i5  mars  1890. 

La  communauté  de  village,  à  propos  du  livre  de  G.  L.  Gomme,  The  village 
community.  dans  Revue-Journal  d'EuGÈNE  MONSEUR,  n"  27,  [8g3. 

C.  r.  de  :  Y.  MiRGUET,  Histoire  des  Belges,  III PB,  1897. 

Collaboration  aux  publications  de  la  Société  verviétoise  d'Archéologie  et 
d'Histoire.  1897-1911   :  préface  du  Bulletin,  t.  I.  pp.  7-10; 

—  Chronique  de  la  Société  pour  les  années  1897-8  et  1898-9,  t.  I, 
pp.  263-283. 

—  Le  Bethléem  verviétois  ou  survivance  d'un  théâtre  religieux  de  marion- 
nettes, avec  planches,  t.  II,  1900,  pp.  1-60; 

—  Les  noms  de  lieux  en  -ster,  t.  V,  1904.  pp.  i-i44  (Cf.  Toponymie); 

—  Chronique  de  la  Société,  année  1906-6.  pp.  1-98;  édition  de  l'ensemble 
et  composition  des  articles  suivants  :  sur  le  nom  de  Soblehaye.  wall.  Nablé- 
hâye  =  Aublinhaie.  17  ;  sur  l'inscription  de  la  Vierge  d'argent  de  Walcourt, 
3o-33;  sur  le  nom  de  Walhère  =  Wohi.  Bohi,  70:  Conférence  sur  l'origine 
et  la  signification  des  noms  propres,  spécialement  en  pays  wallon.  77  !)" 
Année  1906-7,  pp.  1-44  :  Conférence  sur  la  conquête  de  la  Gaule-Belgique 
par  César.  43-58.  —  Année  1907-8  :  Observation  sur  l'origine  du  mot 
èéqwème  (quin  quagesimum)  et  son  emploi  dans  les  documents.  5-6; 
sur  hârkè,  18;  Conférence  sur  la  vie  et  les  œuvres  d'un  linguiste  verviétois. 
J.  F.  Hansay,  19-20. 

C.   r.  de   :    Pietkin.  La  germanisation  de  la  Prusse  wallonne,  RIPB,  I9<>5, 

pp.  44-45. 


XXVTII    — 


0.  r.  de  :  DD.  BHOUWERS,  Mémoires  de  Jean  de  llnynin.  Ier  vol.,  Wallonia 
t.  XIV.  [906,  pp.  105-107;  2evoJ  ,  ibid.,  t.  XV,  i<)07,  pp.  iu8-i.3o. 

C.  r.  de:  1)1).  Brouwers,  Le  Cartulaire  de  Dînant,  t.  VII  et  VIII.  Wallonia^ 
t.  XVI,  1909,  pp.  72-75. 

Le  Chat  volant  de  Verviers,  BSVAH,  t.  XI,  pp    7.3-1  n  (Cf.  Phil.  wall.). 

Le  suffixe  toponymique -Aan,  BSVAH,  t.  XI,  pp.  i»45-3ai  (Cf.   Toponymie). 


La  race  et  la  langue  wallonnes  ('). 

Idées  erronées  sur  l'origine  du  langage  wallon  ;  conséquences  de  ces 
erreurs  et  nécessité  de  les  combattre.  —  Les  mots  wallon,  gaulois, 
celte,  etc.  —  Premier  sens  du  mot  wallon  :  il  désigne  peuples  et  dialectes 
celtiques.  —  Second  sens  :  wallon  désigne  des  peuples  celtiques  et  des 
dialectes  romans.  -  Troisième  sens  :  wallon  désigne  des  dialectes  romans 
et  des  peuples  celto-germains.  —  Sens  linguistique  à  opposer  aux  sens 
historiques  précédents.  —  Pourquoi  ce  sens  linguistique  est  si  restreint. 
—  Sens  opposés  des  expressions  langue  wallonne  et  langue  française.  — 
Position  du  wallon  en  regard  du  français,  en  regard  de  l'allemand. 

11  ne  m'arriverait  pas  de  traiter  ce  sujet  tout  élémentaire  si 
je  n'étais  pas  soutenu  par  l'assurance  de  rectifier  quelques  erreurs 
trop  répandues.  Beaucoup  de  gens,  d'ailleurs  fort  instruits  et 
même  souvent  très  polyglottes,  n'ont  jamais  eu  l'occasion  de 
rencontrer  un  livre  qui  les  éclairât  sur  les  origines  de  leur  race 
et  de  leur  langue.  Aucun  manuel  d'histoire  ne  leur  a  dit  ce 
qu'étaient  les  Wallons;  aucune  grammaire  ne  leur  a  dit  d'où 
venait  le  wallon.  Quoi  d'étonnant  si  les  idées  sont  obscures  ou 
troubles  sur  cette  double  question,  si  l'on  divague  à  son  insu, 
quand  par  hasard  l'étrangeté  d'un  mot  ou  le  pittoresque  d'une 
expression  ramène  dans  la  conversation  le  problème  des  ori- 
gines? On  énonce  alors  les  conjectures  les  plus  extravagantes, 
basées  sur  quelque  vaine  et  fugitive  ressemblance  d'un  mot  ou 
deux.  J'ai  entendu  vingt  fois  des  amis  affirmer  que  le  wallon 
venait  du  provençal  !  Ils  avaient  lu  le  Tartarin  d'Alphonse 
Daudet,  où  revient  plusieurs  fois  l'expression  fan  dé  brut  ; 
comme  cette  phrase  ressemble  —  beaucoup  plus  dans  l'écriture 
que  dans  la  prononciation  —  au  wallon  verviétois  fans  de  brut, 
le  wallon  était  du  provençal  !  Tel  autre,  qui  connaît  l'espagnol, 
est  persuadé  que  notre  dialecte  vient  des  bords  de  l'Èbre.  A 
d'autres,  la  présence  de  quelque  mot  germanique  suffit  pour 
donner  la  persuasion   que  le  wallon  vient  de  l'allemand  ou  du 


C1)  Article  de  vulgarisation  composé  pour  le  n°  de  Noël  1909  de  la  Société 
verviétoise  l'Aide  mutuelle,  sous  le  titre  L'origine  du  wallon. 


flamand.  Et,  chose  étrange,  on  n'est  jamais  à  court  d'argument 
historique  pour  justifier  les  assertions  les  plus  hasardées.  C'est 
la  domination  espagnole  qu'on  invoque,  ou  la  domination  bour- 
guignonne, ou  la  conquête  franque,  ou  la  sujétion  de  la  Prin- 
cipauté de  Liège  à  l'Allemagne.  Cependant  la  croyance  courante 
et  en  quelque  sorte  officielle,  celle  qu'il  importe  le  plus  de 
combattre  et  de  déraciner,  c'est  que  le  wallon  est  du  français 
corrompu.  Les  antres  opinions  ne  sont  nuisibles  qu'à  leurs 
auteurs,  en  les  rendant  ridicules;  celle-ci  est  nuisible  au  wallon 
lui-même.  C'est  en  vertu  de  cette  erreur  pernicieuse  que  tant  de 
gens  méprisent  la  langue  de  leurs  pères  et  de  leurs  aïeux,  que 
beaucoup  d'instituteurs  basent  leur  enseignement  du  français  sur 
la  persécution  ou  la  prohibition  du  wallon.  Ils  substituent  le 
bon  français  au  français  corrompu  !  Enfin  c'est  une  croyance 
presque  générale  chez  les  Belges  que  le  wallon  est  moins  cor- 
rompu du  côté  de  la  frontière  française,  à  Bouillon,  à  Chimay, 
à  Mons  :  on  s'imagine  qu'au  delà  de  Quiévrain  et  de  Tournai 
règne  sans  partage  le  français  académique,  et  qu'il  teinte  de 
beau  langage,  par  endosmose,  les  heureux  habitants  de  la  Haine 
et  de  la  Semois.  Aussi,  chez  nous,  le  mot  wallon  est  employé 
couramment  dans  le  sens  de  patois  et  l'on  peut  entendre  dire 
que  le  flamand  est  un  wallon  (c'est-à-dire  un  patois)  de  l'allemand. 

Le  mot  wallon  a  la  même  terminaison  que  gascon,  breton, 
saxon,  teuton,  bourguignon  :  il  faut  retrancher  ce  suffixe  on 
pour  retrouver  le  vrai  nom  du  peuple.  Supprimons  donc  cette 
finale  chère  aux  écrivains  latins  du  moyen  âge  et  dont  ils  ont 
arrondi  beaucoup  de  noms  de  peuples,  et  wallon  nous  ramène 
à  wall-. 

11  s'agit  de  rechercher  d'où  vient  ce  wall-,  dont  le  w  semble 
accuser  une  origine  germanique.  Le  problème  serait  insoluble  si 
on  ne  retrouvait  pas  ce  mot  ailleurs  que  dans  notre  région. 
Mais  les  Allemands  et  les  Flamands  le  possèdent  aussi  :  on  peut 
comparer  les  formes  et  les  sens.  Les  Allemands,  eux,  ont  encore 
l'adjectif  wael-sch  ou  wel-scli,  qui  s'applique,  d'ordinaire  avec 
une  nuance  de  mépris,  à  tout  ce  qui  est  français  ou  italien. 
Pour  eux  die  welsche  Schweiz  est  la  Suisse  romande,  et  das 
welsche  Flandern  est  la  Flandre  française.  Les  Flamands  ont 
aussi  l'adjectif  waalsch,  relatif  aux  Wallons,  de  Wallon,  et  le 
substantif  neutre  waal,  l'idiome  wallon. 

Les    formes    de    l'adjectif    en    ancien -haut -allemand    étaient 


—  3  — 

valahisc,  walhisc,  walisc:  la  seconde  nous  montre  le  peu  de 
solidité  de  l'a;  la  troisième  est  sans  doute  une  forme  dialectale 
$n  avance,  puisque  le  moyen-haut-allemand  écrit  encore,  avec  h, 
oalhisch  et  welhisch.  On  aboutit  en  allemand  moderne  à 
velsch,  wàlsch.  Ce1  adjectif  est  dérivé  du  substantif  ancien-haut- 
illemand  Walah,  moyen-haut-allemand  Walch,  génitif  Walhes. 
[1  y  a  d'autres  graphies  qui  traitent  le  h  comme  une  survivance 
sans  valeur,  en  le  déplaçant  ou  en  le  supprimant  :  Wahle, 
Wale  (»). 

Toutes  ces  formes  nous  ramènent  donc  à  un  primitif  wal  ou 
vall  ou  walh,  dont  il  faut  rechercher  l'origine.  Pour  nous  aider 
lans  cette  recherche,  nous  savons  que  le  mot  est  susceptible  de 
lignifier,  suivant  les  lieux  où  on  l'emploie,  wallon,  français, 
•omand,  italien.  Or  aucun  autre  mot  ne  satisfait  à  ces  condi- 
ions  de  sens  que  le  mot  Gall-,  en  latin  Gallus,  qui  servait  à 
lésigner  les  Gaulois  ou  Celtes. 

Qu'est-ce  que  ce  nouveau  mot  Gallus  ?  Peut-on  l'identifier 
i.vec  le  wall  précité?  Au  point  de  vue  de  la  phonétique  indo- 
mropéenne,  le  g  latin  correspond  à  un  A*  germanique  (lat.  genu, 
ill.  knié)  ou  à  h  (lat.  cor,  canis,  ail.  herz,  hundj  ;  d'autre  part 
e  w  germanique  correspond  à  v  du  latin  (ail.  wissen,  lat.  videre; 
ill.  iveg,  lat.  via  ;  ail.  wagen,  lat.  vehere,  vehiculiimj.  Donc  la 
;onsonne  initiale  de  Gallus  et  celle  de  Walh  ne  se  correspondent 
>as.  Toutefois  il  serait  d'une  philologie  un  peu  courte  de  déclarer 
>our  cela  les  deux  mots  étrangers  l'un  à  l'autre.  Les  noms 
le  peuples  n'ont  pas  nécessairement  suivi  la  filière  indo-euro- 
)éenne  comme  le  nom  d'un  animal  domestique  ou  d'une  céréale; 
ls  sont  souvent  empruntés,  ils  passent  de  proche  en  proche  avec 
les  déformations  inattendues.  Il  n'y  aurait  donc  rien  d'étonnant 
.  ce  que  des  Germains  traduisissent  une  racine  celtique  *gwal- 
>ar  wall-  et  des  Romains  par  Gall-.  Nous  voyons  bien,  plus  tard 
apparemment,  le  nom  roman  de  la  noix,  gallica  nux,  en  picard 
<;aille  ou  gaye,  en  wallon  djaye  ou  djèye,  devenir  en  allemand 
valnuss,   en  ancien  nordique  walhnot. 

Germains  et  Romains  avaient  de  bonnes  raisons  pour  apprendre 
e  nom   des    Gaulois.    A  l'époque  où    les    essaims   germaniques 

avançaient  vers  les  barrières  du  Rhin  et  des  Alpes,  ils  relou- 
aient devant  eux  des  peuplades  de  race  celtique  ;  au  delà,  dans 


(')  H.   Paul,    Deutsches    WôrL,   p.  53i.    —    Weigand,  Deutsches     Worl., 
*  éd.,   1910,  col.   1238. 


-4  - 

les  régions  qu'ils  convoitaient,  ils  voyaient,  assises  et  florissantes, 
des  populations  celtiques,  les  Gaulois  de  l'ancienne  Belgique,  les 
Gaulois  des  plaines  du  Pô  (Gaule  cisalpine).  Partout  dans  les 
pays  où  ils  désiraient  aller,  il  y  avait  des  Gaulois. 

Ces  Gaulois  s'appelaient  Keltai  (');  les  Grecs,  qui  les  connais- 
saient à  leurs  dépens,  les  nommaient  Keltoi  ou  Keltai  ou  Galatai. 
Ainsi  la  Galatie  au  centre  de  l'Asie  mineure  est  une  province 
celtique.  Des  celtisants  timorés  se  refusent  a  comparer  Keltai  et 
Galatai.  Ces  deux  tonnes  cependant  présentent  simplement  la 
même  disparition  de  la  voyelle  a  que  walah,  walh,  le  même 
<(  umlaut  »  (pie  walsch,  welsch.  Quant  au  changement  de  l'initiale 
forte  ou  douce,  c'est  un  phénomème  très  commun.  Si  l'on  n'ose 
identifier  Keltai  et  Galatai,  à  plus  forte  raison  serait-il  téméraire 
de  rapprocher  Keltoi  et  Galli.  L'excellent  précis  de  Georges 
Dottin  (2)  se  eontente  de  traiter  ces  mots  comme  «  synonymes  », 
sans  poser  la  question  d'origine.  Cette  prudence  radicale  sup- 
prime les  pentes  dangereuses  qui  vous  font  glisser  des  Gaulois 
aux  Wallons,  des  Welsches  aux  Valaques  ou  Gaulois  de  Rou- 
manie, dont  le  pays  s'appelle,  avec  une  forte  aspiration  de  17?, 
Valahie,  puis  des  Welsches  aux  Yolkes,  puis  des  Volkes  aux 
Belges.  Au  reste  il  suffit  pour  notre  thèse  que  nous  voyions  hien 
quel  peuple  immense  désignait  dans  le  monde  germanique  le  nom 
de  Wallons.  Ce  peuple  était  le  peuple  celtique,  qui  remplissait  les 
iles  britanniques,  la  Gaule,  l'Espagne,  la  vallée  du  Pô,  la  plus 
grande  partie  de  l'Allemagne  actuelle.  11  est  bon  de  le  redire, 
les  Celtes  ont  habité  les  plaines  baltiques,  où  s'établirent  plus 
tard  les  Germains;  l'invasion  germanique  les  a  forcés  peu  à  peu 
de  franchir  le  Rhin,  et  il  n'est  pas  étonnant  que  César  ait  pris 
pour  des  Germains  ces  peuplades  belges  celtiques  dont  on  lui 
«lisait  qu'elles  venaient  d'au  delà  du  Rhin. 

Mais  quelle  langue  parlait  ce  peuple?  et  en  particulier  Ja 
fraction  «les  Gaulois  belges  ?  Les  Celtes  parlaient  une  langue 
commune,  le  celtique,  naturellement  différenciée  on  dialectes 
nombreux,  langue  pas  très  différente  du  latin,  ce  qui  explique  la 
facilité  avec  laquelle  ils  se  sont  plus  tard  romanisés.  Xos  Gaulois 
belges    parlaient   donc,   eux   aussi,   des  dialectes  celtes,    comme 


(!)  Au  témoignage  de  César  lui-même,   De  Iiello  Gallico  I,   i  ;   Qui  ipso- 
rum  lingua  Ueltae,  nostra   Gai.i.i  appellantur. 

(2)  Manuel  pour  servir  à  l'étude  de  l'Antiquité  celtique,    Paris.   II.   Cham- 
pion, 190U. 


-  5  - 

encore  aujourd'hui  les  Bretons  de  France,  les  Gallois  du  pays  de 
Galles,  les  Irlandais  et  les  Écossais.  Ainsi,  dans  la  langue  des 
Germains,  avant  César,  wull  désignait  à  la  fois  les  races  et  les 
dialectes  du  domaine  celtique,  dont  nous  faisions  partie.  C'est 
là  le  premier  sens  du  mot. 

Plus  tard  les  Romains  firent  la  conquête  des  Gaules.  La  Gaule 
cisalpine  (Italie  septentrionale)  céda  la  première,  entre  225  et  221 
avant  J.-C.  Nous  savons  assez  que  la  Grande  Gaule  fut  conquise 
par  César  entre  5a,  et  5i  avant  notre  ère.  Pendant  cinq  siècles  les 
Gaulois  eurent  le  temps  d'apprendre  la  langue  des  Romains. 
Cinq  siècles  représentent  quinze  générations  :  or  il  en  faut  trois 
seulement  pour  faire  qu'un  peuple  oublie  son  langage.  Les  néces- 
sités politiques,  L'intérêt  matériel,  la  contrainte,  la  supériorité 
morale  du  vainqueur  et  de  son  langage,  véhicule  de  civilisation, 
créent  en  un  siècle  ce  phénomène  troublant  de  l'oubli  total  d'une 
langue  par  un  peuple.  D'abord  la  première  génération  s'essaye  à 
baragouiner  l'idiome  de  la  population  ambiante  ou  des  étrangers 
vainqueurs;  déjà  la  seconde  génération,  si  son  intérêt  le  réclame, 
sait  mieux  la  langue  nouvelle  que  l'ancienne  ;  la  troisième  ne 
sait  ou  n'utilise  presque  plus  que  la  nouvelle.  D'ordinaire  le 
phénomène  ne  se  précipite  pas  avec  cette  rapidité,  mais  les 
années  dans  le  cas  particulier  des  Belges  n'importent  guère. 
Ils  eurent  cinq  cents  ans  pour  se  romaniser,  et  la  frontière  du 
Rhin,  où  s'échelonnaient  des  légions  et  des  camps,  dont  plusieurs 
devinrent  des  villes,  résonna  du  bruit  des  syllabes  fières  et 
sonores  du  parler  latin.  Les  Ménapiens,  les  Xerviens,  les 
Tongres,  les  Condruses,  les  Trévires  parlèrent  latin.  Le  latin, 
on  ne  saurait  trop  le  répéter,  fut  la  langue  parlée  dans  la 
Hollande  au  sud  du  Rhin  et  dans  tonte  la  Belgique  aujourd'hui 
flamande.  S'il  n'en  est  plus  ainsi  à  présent,  c'est  parce  que 
l'invasion  franque  a  repoussé  les  populations  gallo-romaines, 
et  le  flamand  n'est  autre  chose  que  la  forme  moderne  de  la  langue 
des  Francs  saliens. 

Ce  latin  de  soldat,  latin  vulgaire,  latin  déformé  et  barbarisé 
encore  par  les  populations  celtiques  des  Gaules,  prit  le  nom  de 
roman  (c'est-à-dire  romain),  mais  les  Germains  lui  continuèrent 
le  nom  précédemment  employé,  car  on  dénomme  souvent  la 
langue  d'après  la  race.  Ainsi,  après  la  romanisation  des  Gaules. 
wall  est  toujours  le  nom  dont  les  Francs,  les  Saxons,  les  Alamans 
et  autres  Germains  désignent  ici  le  roman  belge  des  bords  de  la 
Meuse,    là   le    roman   des  bords   de  la   Seine,  là  le    roman    des 


—  6  — 

plaines  du  Pô.  Tel  fut  le  second  sens  :  Wall  désigne  des  peuples 
celtiques  et  des  dialectes  romans. 

Mais  les  Germains  rompront  la  barrière.  Mêlée  de  races  et 
mêlée  de  langues.  Quand  l'accalmie  se  sera  produite,  on  verra 
les  Visigotlis  installés  dans  le  Sud  de  la  Gaule  (ancienne  Aqui- 
taine), les  Burgondes  dans  l'Est,  les  Alamans  au  nord  de  ceux-ci, 
les  Normands  dans  une  province  du  Nord-Ouest,  les  Lombards  dans 
l'Italie  septentrionale;  mais  tous  ont  adopté  la  langue  romane 
du  peuple  qui  les  entoure  et  délaissé  leur  idiome  national.  Les 
Francs  saliens  seuls  font  exception,  parce  qu'ils  émigrèrent  en 
masses  compactes  avec  toutes  leurs  familles  dans  des  plaines 
sans  doute  fort  peu  cultivées  et  de  population  clairsemée.  Telle 
est  l'origine  de  la  division  du  pays  belge  en  deux  langues.  Ce 
mouvement  de  peuples  crée  un  troisième  sens  du  mot  wall  :  il 
désigne  des  dialectes  romans  et  des  peuples  celto-germains,  ceux- 
ci  non  plus  d'après  la  race,  mais  d'après  la  langue.  Et  ce  sont 
les  populations  flamandes  et  allemandes  enveloppant  le  monde 
roman  qui  se  servent  de  ce  nom,  par  contraste.  Ils  en  affublent 
surtout  leurs  voisins  immédiats.  Les  gens  de  la  Flandre  française, 
de  la  Picardie,  du  Hainaut,  du  Namur,  du  Luxembourg,  de  la 
Lorraine,  de  la  Suisse  romane  ou  romande,  de  l'Italie  sont  des 
Wallons  ou  des  Welches.  On  se  doute  bien  quel  sentiment  de 
baine  ou  de  mépris  ils  incarnent  souvent  dans  ce  mot.  Les 
peuples  ainsi  désignés  ne  repoussèrent  pas  non  plus  ce  nom  : 
c'était  leur  vieux  nom  etbnique  traditionnel  ;  il  mettait  en  évi- 
dence la  vieille  race  et  la  langue.  Par  contraste  donc,  dans  la 
France  mérovingienne  et  carolingienne,  la  zone  septentrionale 
se  dit  wallonne  et  déclare  parler  le  wallon.  Flandre  française  et 
Flandre  wallonne  sont  deux  expressions  synonymes.  Dans  ce 
sens,  encore  usité  aujourd'hui,  Lille,  Douai,  Tournai,  Maubeuge, 
Reims,  Metz,  parlent  le  wallon.  Cette  zone  n'a  pas  de  limite 
géographique  :  elle  s'étend  jusqu'où  le  besoin  de  poser  l'indivi- 
dualité wallonne  en  contraste  avec  le  thiois  s'est  fait  sentir. 

Arrêtons-nous  un  instant  sur  ce  phénomène.  On  voit  combien 
le  sens  des  mots  est  changeant.  C'est  une  question  d'histoire  d'en 
préciser  la  valeur  suivant  le  siècle  et  la  région.  Il  n'y  a  peut-être 
plus  beaucoup  de  sang  gaulois  dans  nos  veines,  mais  nous  portons 
le  nom  de  gaulois.  Notre  langue  est  un  dialecte  latin  qui  a  subi  en 
vingt  siècles  bien  des  vicissitudes  :  elle  continue  à  porter  le  nom 
de  gaulois  sous  la  forme  germaniséede  wallon.  Rappelons  de  même 
à  certains  de  nos  concitoyens  que  le  mot  France  aurait  dû  désigner 


la  Flandre,  que  le  mot  de  langue  française  aurait  dû  désigner  le 
flamand  !  Mais,  les  bandes  flamandes  de  Clovis  ayant  jadis  con- 
quis la  Gaule,  l'antique  Gallia  devint  une  nouvelle  Francia  ;  seule- 
ment les  vainqueurs,  nullement  flamingants,  ont  adopté  le  langage 
des  Gaulois  romanisés.  S'ils  avaient  un  peu  plus  de  connaissances 
historiques,  nos  flamingants  verraient  que  leurs  ancêtres,  depuis 
Clovis,  ont  l'habitude  —  déplorable  !  —  de  lâcher  leur  idiome  pour 
adopter  le  riche,  clair,  élégant  langage  du  midi:  imprudents  papil- 
lons qui  se  lancent  tête  baissée,  de  génération  en  génération,  vers 
les  feux  séduisants  du  phare  électrique  ! 

Le  troisième  sens  est  le  sens  historique  et  large  du  mot  wallon 
à  notre  époque.  A  côté  de  ce  sens,  il  existe  un  sens  plus  restreint, 
plus  précis,  un  sens  linguistique,  dont  nous  devons  maintenant 
nous  occuper. 

Les  dialectes  de  France,  également  issus  du  latin,  le  bourgui- 
gnon, le  picard,  le  normand,  le  champenois,  le  lorrain,  ont  été 
cultivés,  écrits,  étudiés  plus  tôt  et  plus  intensément  que  le  nôtre. 
Si  nous  avions  eu  l'initiative  des  grammaires  wallonnes  et  des 
dictionnaires  wallons  et  si  nous  y  avions  englobé  tout  ce  qui  s'ap- 
pelait wallon  autrefois,  le  nom  de  wallon  se  serait  imposé  aux 
linguistes  modernes.  Ceux-ci  sans  doute  auraient  créé  les  mêmes 
divisions  dialectales  qu'ils  ont  créées,  ou  plutôt  reconnues,  mais 
ils  auraient  respecté  le  nom  de  wallon.  Ils  auraient  dit  le  wallon 
lorrain,  le  wallon  picard,  le  wallon  rouchi,  le  wallon  liégeois. 
Mais  il  est  arrivé  que  les  linguistes  français,  ayant  pris  les 
devants  dans  cette  étude,  n'ont  nullement  ressenti  le  besoin 
de  ce  terme  :  ils  ont  dénommé  les  espèces  linguistiques  roman 
lorrain,  roman  picard,  roman  champenois,  et  ainsi  de  suite,  on. 
plus  simplement,  ils  se  sont  contentés  de  dire  lorrain,  champe- 
nois, picard,  normand,  etc.  Il  ne  restait  donc  pluspour  être  dénom- 
més wallons  que  les  patois  inexplorés  de  la  Belgique  romane.  Et 
encore  !  Comme  les  traits  caractéristiques  des  parlers  de  la  Semois 
appartiennent  au  lorrain,  il  nous  faut  bien  enlever  ces  parlers  au 
wallon  et  dire  qu'ils  sont  lorrains  (l).  De  même,  comme  les  traits 
caractéristiques  des  dialectes  du  Hainaut,  au  delà  de  Charleroi, 
appartiennent  réellement  au  picard,  il  nous  a  fallu  en  frustrer  le 
wallon    et   les  restituer  au  picard.  Au  point  de  vue  linguistique, 


(l)  J'ai  essavé  jadis  de  déterminer  la  frontière  linguistique   .lu  cote  de  la 
Semois  dans  l'ouvrage  intitulé  «  Phonétique  du  wallon   et  du  gaumet  coin 
parés  »,  Bulletin  de  la  Société  liégeoise  de  Littérature  wallonne,  t.  ■>>-.  1897. 


—  8  — 

wallon  ne  désigne  donc  plus  que  les  dialectes  parlés  depuis  Sour- 
brodt  et  Faymon ville  dans  la  Prusse  rhénane  jusqu'à  Beaumont, 
Thuin  et  Nivelles  ('),  soit  donc  dans  le  petit  canton  de  la  Wallonie 
prussienne,  la  province  de  Liège,  les  trois  quarts  du  Luxembourg, 
le  Namurois,  le  Brabant  méridional  et  le  Hainaut  oriental. 

Pour  celui  qui  a  bien  saisi  l'exposé  qui  précède,  la  question  des 
origines  du  langage  wallon  est  déjà  résolue.  Insistons  cependant 
un  peu,  pour  rendre  plus  claire  la  relation  qui  existe  entre  wallon 
et  français. 

L'ensemble  des  dialectes  wallons  forme  une  unité  linguistique 
d'un  ordre  supérieur.  On  peut  convenir  d'appeler  cette  unité 
langue  wallonne  ou  wallon  ;  seulement  ce  ne  peut  être  au  sens  où 
l'on  dit  langue  française  ou  frauçais.  La  langue  française  est  une, 
dit-on,  et  sa  force  est  dans  son  unité.  Je  le  crois  facilement  :  la 
langue  française  n'est  rien  qu'un  dialecte,  un  seul,  celui  de  l'Ile 
de  France,  qui  a  fait  fortune.  Non  pas  que  ce  dialecte  fût  en  soi 
supérieur  aux  autres,  il  ne  valait  ni  plus  ni  moins  :  c'étaient  des 
grains  de  blé  du  même  sac.  Il  a  fait  fortune  parce  qu'il  fut,  à  partir 
de  l'avènement  des  Capétiens,  originaires  de  l'Ile  de  France,  la 
langue  de  la  famille  royale  et  de  la  cour.  Les  trouvères  ou  poètes 
du  Nord  se  mirent  à  composer  dans  le  dialecte  royal  ;  les  courti- 
sans de  toute  origine  se  mirent  à  parler  le  dialecte  royal.  C'était 
bien  naturel,  autant  qu'il  est  naturel  à  un  Verviétois  émigré  à 
Liège  d'imiter  les  belles  résonances  nasales  des  Liégeois.  Ainsi 
l'on  évite  d'être  moqué,  de  paraître  un  étranger,  et  on  fait  sa  cour 
au  pouvoir.  Auparavant,  à  l'époque  où  aucun  dialecte  n'était  pré- 
dominant, à  l'époque  féodale  des  dialectes,  les  poètes  avaient 
chanté  en  bourguignon,  en  normand,  en  picard,  en  champenois, 
en  lorrain,  en  wallon  ;  désormais  ils  essayeront  de  composer  leurs 
œuvres  en  dialecte  français.  Qu'est-ce  donc  que  le  français  ?  Un 
soldat  de  l'armée  des  dialectes  romans,  qui  est  devenu  général, 
un  brillant  soldat  de  fortune.  Qu'est-ce  que  le  wallon?  un  faisceau 
de  dialectes,  un  petit  corps  de  soldats,  qui,  placés  à  l'extrémité  du 
bataillon,  n'ont  pas  eu  l'occasion  de  se  distinguer.  Ils  sont  restés 
ce  qu'ils  étaient.  Ils  ne  sont  pas  devenus  des  Napoléon  ni  des 
Bernadotte,  mais  ils  ne  sont  pas  non  plus  des  descendants  abàtar- 


(l)  Ces  indications  sont  tout  à  l'ait  approximatives.  La  limite  est  précisée 
<l;ms  un  travail  de  notre  concitoyen  le  P.  Adelin  Grignard,  (pie  j'ai  édité  en 
1908.  Voyez  Bulletin  cité  ci-dessus,  t.  5o,  2e  partie,  1909. 


dis  de  quelque  César  impérial.  Ce  sont  des  soldats  de  la  grande  et 
respectable  armée  des  dialectes  romans. 

Le  français  est  une  langue  littéraire  planant  au-dessus  des 
dialectes.  Nous  apprenons  ainsi,  nous  autres  wallons,  deux  lan- 
gues, notre  wallon  et  le  français.  Dans  beaucoup  de  familles,  il 
est  vrai,  le  wallon  n'existe  plus  qu'à  l'état  de  souvenir  ;  le  français 
y  est  devenu  la  langue  familiale,  la  langue  des  nouvelles,  des 
effusions,  et  des  explications.  D'autres,  bourgeoises  ou  populaires, 
continuent  à  cultiver  religieusement  notre  vieil  idiome.  Il  ne  faut 
pas  croire  qu'il  en  soit  différemment  au  delà  de  la  frontière  fran- 
çaise et  qu'il  n'y  ait  point  deux  langues  en  présence  au  delà  comme 
en  deçà.  Frontière  française  signifie  frontière  de  domination  fran- 
çaise et  non  pas  de  la  langue  française.  Plus  loin  que  la  limite 
politique,  à  Metz,  à  Nancy,  à  Reims,  à  Péronne,  à  Douai,  à  Lille, 
à  Boulogne  ;  au  centre  même  de  la  France,  en  Saintonge,  en 
Poitou,  en  Bourgogne,  il  y  a  des  dialectes  romans  comme  langues 
naturelles  et  populaires,  puis  une  langue  cultivée,  littéraire,  politi- 
que, qui  plane  au-dessus.  Grâce  à  l'enseignement  des  écoles,  il 
est  certain  que  ce  français,  langue  artificielle,  deviendra  de  plus 
en  plus,  cbez  nous  comme  en  France,  la  langue  de  tout  le  peuple, 
de  tous  les  instants,  de  toutes  les  circonstances,  et  alors  les  patois 
s'éteindront  peu  à  peu.  Chez  nous,  cette  position  excentrique,  qui 
a  empêché  les  patois  wallons  de  faire  fortune,  les  empêchera  aussi 
de  succomber  si  tôt.  Le  fait  aussi  que  nous  sommes  soustraits 
politiquement  à  l'influence  française  prolongera  la  durée  du 
wallon.  La  renaissance  littéraire  dont  nous  sommes  témoins  est 
aussi  un  agent  de  longévité.  Enfin,  si  cette  vérité  que  le  wallon 
est  le  latin  de  chez  nous,  créé  ici  sur  place,  comme  le  français  est 
le  latin  de  l'Ile  de  France,  pouvait  un  peu  augmenter  notre  estime, 
cette  estime  prolongerait  aussi  la  vie  du  wallon. 

C'est  tout  ce  que  l'on  peut  espérer  aujourd'hui.  Jadis,  si  les 
Princes-Évêques  n'avaient  pas  été  des  étrangers,  mais  des  wallons, 
des  patriotes,  ou  si  les  Ducs  de  Bourgogne  n'avaient  pas  eu  une 
éducation  si  complètement  française,  Liège  ou  Bruxelles  auraient 
pu  devenir  des  centres  de  culture  littéraire  wallonne.  Mais  c'était 
déjà  trop  tard  peut-être  à  l'époque  de  Philippe-le-Bon,  qui  d'ail- 
leurs n'essaya  pas  et  favorisa  une  littérature  d'expression  fran- 
çaise. Aujourd'hui,  pour  réveiller  le  sentiment  linguistique  na- 
tional, il  faudrait  une  persécution  inouïe.  Il  faudrait  bien  d'autre: 
facteurs.  Car  comment  créer  une  unité  dialectale  ?  Ce  ne  sont  pa 
les  congrès   qui  l'imposent,  mais  les  nécessités  économiques.  Et 


—    10    - 

puis  comment  changer  une  langue  de  sentiments  élémentaires  et 
de  choses  concrètes  en  une  langue  d'idées,  d'abstractions,  de 
science  et  de  philosophie  ? 

Si  la  ressemblance  entre  le  wallon  et  le  français  ne  vient  pas  de  ce 
que  le  wallon  serait  du  français  dégénéré,  mais  de  la  commu- 
nauté d'origine,  on  peut  en  dire  autant  à  l'adresse  de  ceux  qui,  sur 
la  foi  de  quelques  mots,  se  hâtent  de  conclure  que  le  wallon  vient 
du  provençal  ou  de  l'espagnol  ou  de  l'italien.  Le  provençal  et  l'es- 
pagnol sont  aussi  des  langues  issues  du  latin,  comme  aussi  l'ita- 
lien, le  portugais,  le  roumain  et  Sa  Majesté  le  français.  Tel  mot 
wallon  ressemble  à  tel  mot  italien  ou  provençal  ou  espagnol  :  je  le 
crois  bien  !  Ces  mots  sont  un  seul  et  même  mot  latin  modifié 
différemment,  mais  toujours  reconnaissable  avec  un  peu  d'exer- 
cice. Ces  ressemblances  et  cette  parenté  font  que  l'on  peut  insti- 
tuer la  grammaire  et  le  dictionnaire  collectifs  de  tous  les  dialectes 
romans  parlés  depuis  la  Roumanie  jusqu'au  fond  de  l'Amérique 
méridionale.  Mais  que  l'on  comprenne  bien  que  cette  merveilleuse 
ressemblance  vient  d'une  parenté  collatérale  et  non  de  filiation. 

A  ceux  qui  songent  à  des  origines  allemandes,  ou  à  je  ne  sais 
quelle  infâme  mixture  de  français  et  d'allemand,  il  faut  répondre 
énergiquement  qu'ils  se  trompent.  Ils  posent  mal  le  problème.  Ils 
ne  savent  pas  la  valeur  relative  des  facteurs  qui  constituent  une 
langue.  Ce  qui  établit  une  parenté  entre  deux  langues,  ce  n'est  pas 
quelques  mots  empruntés.  La  parenté  provient  de  la  transmission 
ininterrompue  des  façons  de  parler,  de  décliner,  de  conjuguer,  de 
réunir  les  termes  en  phrases  vivantes.  Qu'est-ce  que  cinq  cents 
mots  empruntés,  sur  un  total  de  cent  mille  ?  Un  demi  pour  cent. 
On  peut  comparer  ce  mot  d'emprunt  à  quelque  fugitif  aliment 
qu'un  être  vivant  absorbe  et  digère.  Ou  encore,  en  êtes-vous  moins 
l'héritier  de  votre  père,  de  son  sang  et  de  sa  chair,  de  ses  qualités 
et  de  ses  défauts,  de  sa  ténacité,  de  son  amour-propre,  de  son  intel- 
ligence, parce  que  vous  avez  hérité  de  cinq  cents  francs  d'un 
étranger  ?  Voilà  de  quel  œil  il  faut  voir  les  choses  et  comment 
doit  se  poser  le  problème.  La  vie  du  langage  n'est  pas  dans  le  mot 
en  lui-même,  mais  dans  l'art  de  l'accommoder,  de  le  costumer,  de 
le  sertir  en  des  phrases.  Il  y  a  près  de  soixante-dix  pour  cent  de 
mots  d'origine  étrangère  dans  l'anglais  :  cela  n'empêche  pas  l'an- 
glais d'être  une  langue  germanique  et  non  romane,  parce  que  sa 
grammaire,  c'est-à-dire  la  vie  du  parler  anglais,  est  germanique. 
Quant  aux  mots,  ce  sont  des  flans  sur  lesquels  on  imprime  à  sa 
fantaisie. 


—  II   — 


Alors,  à  quoi  sert-il  de  rechercher  si  précieusement  l'étymologie 
des  mots  ?  D'abord  ce  n'est  pas  seulement  la  première  origine 
d'un  mot  que  l'on  recherche  sous  le  nom  d'étymologie,  comme  on 
le  croit  d'ordinaire,  c'est  toute  l'histoire  du  mot;  c'est,  outre  sa 
provenance,  la  transformation  des  sons  qui  le  composent  et  des 
significations  qu'il  a  revêtues.  Et  puis,  si  les  échanges  commer- 
ciaux entre  nations  ont  une  importance  historique,  pourquoi  les 
échanges  intellectuels  n'en  auraient-ils  pas  ?  Mais  ce  n'est  pas  ici 
le  lieu  de  montrer  la  valeur  de  cette  histoire  des  mots  et  les  béné- 
fices qu'on  en  retire  pour  l'histoire  des  idées,  des  institutions, 
des  religions,  des  coutumes,  des  littératures  et  des  arts.  Ren- 
voyons ce  sujet  à  une  autre  occasion.  Mon  désir  actuel  était  de 
montrer,  —  non  point  par  des  exemples,  parce  qu'il  en  faudrait 
trop  pour  prouver  réellement  quelque  chose,  — mais  simplement 
en  énonçant  les  faits  dans  leur  valeur  historique,  que  le  wallon 
doit  au  français  des  mots,  comme  à  l'allemand  et  au  flamand,  en 
échange  desquels  il  en  a  donné  à  son  tour,  et  que  ces  emprunts 
ne  créent  pas  une  filiation  ;  que  la  parenté  entre  un  dialecte 
wallon  quelconque  et  le  français  estime  parenté  de  frère  à  frère, 
le  père  commun  étant  le  latin.  Ou  plutôt,  comme  ces  termes  ne 
sont  que  des  métaphores  explicatives,  et  qu'il  n'y  a  point  dans 
l'espèce  de  père  et  de  fils,  de  mère  et  de  fille,  disons  que  le  wallon 
et  le  français  sont  toujours  du  latin,  du  latin  vivant,  évoluant 
comme  tout  ce  qui  vit,  transformé  par  vingt  siècles  de  vie  aventu- 
reuse dans  des  milieux  opposés. 

II. 
Le  français  et  les  dialectes  romans  dans  le  Nord-Est.  (') 

La  lutte  entre  le  roman  et  le  thiois  en  Belgique  et  dans  le  nord 
de  la  France  a  été  étudiée  en  dernier  lieu  par  M.  Kurth  dans  un 
livre  magistral  (*).  Quiconque  désire  connaître  cette  question  com- 
plexe doit  avant  tout  lire  et  méditer  l'ouvrage  du  savant  profes- 
seur de  Liège.  Ce  court  rapport  en  sera  le  plus  souvent  un    écho. 

En  France,  à  part  le  monde  savant  habitué  à  plus  de  précision, 


(')  Rapport  présenté  au  Congrès  pour  l'extension  et  la  culture  de  ht  langue 
française,  tenu  à  Liège,  io-i3  septembre  if)o5. 

(2)  G.  KURTH,  La  frontière  linguistique  en  Belgique  et  dans  le  nord  de  la 
France,  dans  Mémoires  couronnés  et  autres  mémoires  publies  par  J  Académie 
rovale  de  Belgique,  coll.  in-8,  t.  XL VIII,  '2  vol.  et  carte,  1895-98. 


—    12      - 

c'est  une  opinion  commune  et  invétérée  que  la  Belgique  est  fla- 
mande. Cette  erreur  tient-elle  à  ce  que  la  France  du  moyen  âge, 
dans  ses  démêlés  avec  le  Nord,  a  surtout  eu  affaire  aux  Flamands, 
tandis  que  la  région  mosane,  où  s'étendait  la  principauté  deLiège, 
relevait  de  l'Allemagne?  Faut-il  l'attribuer  aux  savants  eux- 
mêmes,  pour  qui  Belgicus  fut  trop  souvent  synonyme  de  flamand  ? 
Les  Français  qui  voyagent  chez  nous  ne  savent-ils  pas  distinguer, 
ce  qui  est  possible,  entre  les  patois  germaniques  et  les  patois 
wallons  ?  Toujours  est-il  qu'il  faut  profiter  de  l'occasion  éclatante 
d'un  congrès  pour  affirmer  que  la  moitié  de  la  Belgique  est  wal- 
lonne et  parle,  outre  le  français,  des  patois  romans. 

Il  serait  trop  long  d'indiquer  ici,  village  par  village,  la  délimi- 
tation actuelle.  Disons  en  résumé,  que  la  Wallonie  forme  un 
triangle  dont  la  base  est  la  frontière  française  et  dont  le  sommet 
tombe  sur  la  Meuse  en  aval  de  Visé.  Depuis  Bâle  jusqu'à 
Maestriclit  la  ligne  de  démarcation  entre  allemand  et  roman 
serpente  du  sud  au  nord  en  une  courbe  sinueuse,  qui,  dans  notre 
pays,  laisse  Arlon  à  l'allemand,  puis  suit  à  peu  près  les  limites 
entre  la  province  belge  de  Luxembourg  et  le  Grand-Duché, 
pénètre  en  Prusse,  laisse  au  wallon  l'ancien  domaine  de  l'abbaye 
de  Malmedy  et  s'infléchit  ensuite  pour  rentrer  dans  la  province  de 
Liège,  qu'elle  écorne  au  profit  de  l'allemand,  et  pour  se  diriger 
vers  la  Meuse  entre  Visé  et  Maestriclit.  La  limite  septentrionale- 
laisse  au  wallon,  en  bloc,  les  provinces  de  Liège,  Namur  et 
Luxembourg,  la  moitié  sud  du  Brabant,  le  Hainaut,  une  dizaine 
de  communes  de  la  Flandre  Occidentale  (1). 

A  la  prendre  en  général  et  sans  égard  à  de  minimes  fluctuations 
postérieures,  cette  limite  est  le  résultat  de  la  double  invasion  des 
Francs  saliens  et  ripuaires.  A  la  vérité,  la  conquête  linguistique 
romaine  s'était  étendue  plus  loin  au  nord  et  à  l'est  ;  elle  avait 
rayonné  jusqu'au  Rhin,  jusqu'à  Utrecht  et  Cologne.  Mais,  i°  faute 
de  population  gallo-romaine  assez  dense  dans  les  terres  basses  et 
marécageuses  de  la  Ménapie  et  de  la  Campine,  2°  par  suite  d'infil- 
trations successives  ou  des  transplantations  de  colons  germani- 
ques, 3°  par  l'invasion  des  Francs  au  ive  siècle,  la  langue  latine 
des  Gaules  s'arrêta  désormais  au  seuil  des  plaines  de  Belgique. 
Tout  le  pays  qui  s'étend  au  nord  d'une  ligne  tracée  de  Boulogne  à 


(')  Ou  trouvera  dans  l'ouvrage  cité  de  M.  Kurth  les  délimitations  absolu- 
ment précises  (t.  I.  pp.  17-26),  et  dans  la  carte  linguistique  qui  accompagne 
l'ouvrage. 


—  i3    - 

la  Meuse  fut  colonisé  en  masse  par  les  Francs  salieus,  dont  les 
Flamands  actuels  sont  les  descendants.  De  Maestricht  à  Boulogne, 
le  flot  salien  battit  la  région  gallo-romaine  sans  presque  ren- 
contrer d'obstacle  provenant  du  sol  ou  des  habitants.  Il  ne  s'arrêta 
que  quand  il  rencontra  la  chaussée  de  Bavay  à  Cologne,  route 
bien  fortifiée  et  sans  doute  bien  défendue,  et,  au  delà,  la  masse 
impénétrable  de  la  Forêt  charbonnière  (1).  A  l'est,  la  limite  est  due 
aux  Francs  ripuaires.  Là,  dans  un  pays  de  montagnes  et  de  forêts, 
l'occupation  du  sol  il  ut  se  faire  autrement.  Les  envahisseurs 
remontèrent  le  Rhin,  la  Moselle,  puis  les  moindres  affluents  de  la 
Moselle,  en  profitant,  j'imagine,  des  éclaircies  pratiquées  dans  les 
riantes  vallées  de  la  région  par  des  populations  celtiques  anté- 
rieures. Aussi,  de  ce  côté,  la  limite  a-t-elle  un  caractère  hydrogra- 
phique que  la  limite  septentrionale  n'a  pas.  Les  bassins  de  la 
Vesdre,  de  l'Amblève,  de  l'Ourthe,  de  la  Semois,  de  la  Chiers  sont 
wallons  ;  ceux  de  la  Geule,  de  l'Our,  de  la  Wiltz,  de  la  Sûre  sont 
allemands.  Seul  le  point  de  naissance  de  la  rivière  a  pu  être 
négligé,  ravin  encaisse  ou  simple  filet  d'eau,  trop  insignifiant  pour 
attirer  le  colon. 

Cependant  si  on  étudie  la  zone  que  nous  disons  être  restée 
latine  à  cette  époque  au  point  de  vue  de  la  toponymie,  on  s'aper- 
çoit d'une  violente  contradiction.  Une  foule  de  noms  géographi- 
ques de  cette  région  dissimulent  à  peine  sous  la  patine  romane 
leur  origine  germanique.  Le  thiois  aurait-il  pénétré  plus  profon- 
dément à  l'époque  mérovingienne?  Oui  et  non.  Cette  région  n'a 
pas  subi  d'occupation  en  masse,  mais,  après  les  conquêtes  royales 
qu'il  faut  distinguer  soigneusement  des  invasions,  elle  a  reçu  çà  et 
là,  sporadiquement,  des  seigneurs  et  des  colons  de  la  race  conqué- 
rante. Il  va  de  soi  que  ceux-ci  imposèrent  des  noms  germains  à 
leurs  villes,  à  leurs  domaines  ruraux.  Ces  noms,  les  populations 
romanes  répandues  autour  d'eux  les  adoptèrent. 

Cependant  il  faut  faire  une  importante  restriction.  De  même 
que  des  termes  romans  avaient  passé  la  frontière  linguistique  et 
avaient  été  adoptés  comme  noms  communs  significatifs  en  terre 
germanique,  de  même  un  grand  nombre  de  mots  germaniques 
étaient  usités  dans  tout  le  Xord  roman,  et  pouvaient  servir  à  fabri- 
quer en  roman  même,  dans  des  bouches  ne  parlant  (pie  le  roman, 
des  noms   de  lieux  dont  l'origine  franque  n'est  qu'apparente  (*). 


(1)  Kurth,  ouv.  cité,  t.  I,  p.  545. 

(2)  Kurth,  ouv.  cité,  t.  I,  pp.  4ai-428- 


-  i4- 

M.  Kurth  développe  longuement  cette  thèse  et  fournit  à  l'appui 
un  grand  nombre  d'exemples.  N'exagérons  rien  cependant.  Pour 
qu'uu  si  grand  nombre  de  termes  étrangers  soient  devenus  fami- 
liers aux  gallo-romains,  il  faut  que  ces  termes  aient  été  vivants 
et  présents  parmi  eux,  matérialisés  en  quelque  sorte  dans  la 
bouche  et  la  physionomie  de  gens  dont  ils  étaient  la  monnaie  cou- 
rante en  conversation.  Sans  une  population  germanique  fortement 
mêlée  aux  gallo-romains,  pas  d'emprunts  fréquents  et  multipliés 
aux  dialectes  germaniques.  Les  anciens  occupants  avaient  certai- 
nement des  mots  pour  désigner  les  accidents  de  terrains  et 
n'attendaient  pas  pour  se  tirer  d'affaire  une  infiltration  des 
vocables  du  nord.  Mais  ils  ont  docilement  adopté  ceux  des  vain- 
queurs quand  les  vainqueurs  ont  dénommé  de  nouveaux  lieux  en 
se  servant  de  leur  terminologie  thioise.  Bref,  l'abondance  des 
mots  germaniques  dans  la  géographie  du  Nord  roman  s'explique 
mieux  par  la  cohabitation  de  deux  peuples  mêlés  que  par  l'émigra- 
tion vers  le  sud  de  nombreux  vocables  étrangers.  Si  donc  il  est 
dangereux  de  conclure,  sans  autre  argument,  que  tel  établisse- 
ment de  nom  germanique  dans  la  zone  romane  fut  fondé  par  les 
Francs,  il  est  permis  de  croire  qu'il  existe  un  rapport  assez 
constant  entre  le  mélange  des  deux  peuples  et  le  mélange  des  deux 
sortes  de  noms. 

Au  reste,  ce  qui  caractérise  le  wallon  relativement  aux  dialectes 
plus  méridionaux,  est  une  preuve  nouvelle  de  cette  dualité  de 
langues  dans  une  marche  assez  étendue.  Le  wallon  se  distingue 
moins  par  un  certain  nombre  de  tours  syntaxiques  qui  sont  des 
germanismes  que  par  un  contingent  très  abondant,  encore  qu'im- 
parfaitement dénombré,  de  mots  d'origine  germanique.  Donc, 
comme  nous  avons  dû  le  constater  ailleurs  ('),  il  y  a  eu  une  lisière 
linguistique  où  les  langues  se  compénétrèrent,  voisinant  dans  une 
fraternité  d'usage  et  d'emprunts  dont  on  n'a  plus  d'idée  aujourd'hui. 
M.  Wilmotte  conclut  de  même:  «rien  ne  nous  interdit  l'hypothèse 
d'une  longue  période  de  bilinguisme  pour  la  partie  septentrionale 
du  pays  wallon  »  (•). 

Ainsi,  pendant  plusieurs  siècles,  le  Nord  roman  a  dû  être  le 
théâtre  de  phénomènes  intéressants  de  lutte  et  de  sélection  lin- 
guistiques. Deux  cas  ont  pu  se  présenter  :  i°  des  Francs  ne  connais- 


(')  .T.  Feller.   Les  noms  de  lieux  en  Ster,  dans  Bulletin  de  la  Société  ver- 
viéloise  d'Archéologie  et  d'Histoire,  t.  V  (1904).  p.  275. 

(2)  M.   Wilmotte,  Le  Wallon,  Bruxelles,  Rozez,  1898.  p.  35. 


10    


sant  que  la  langue  franque  sont  mélangés  à  des  populations 
romanes  ne  connaissant  que  le  roman  ;  2°  Francs  et  Gallo-romains 
mélangés  parlent  les  deux  langues.  Voilà  deux  sortes  de  bilin- 
guisme qu'il  ne  faut  pas  confondre.  Dans  le  premier  cas,  si  le  pays 
est  bilingue,  l'habitant  ne  l'est  pas  ;  il  tend  seulement  à  le  devenir. 
puisque  l'on  parle  pour  se  faire  comprendre.  Supposez  donc  le  cas 
de  seigneurs  francs  disséminés  dans  la  unisse  gallo-romaine,  c'est 
la  langue  de  la  majorité  qui  s'impose  à  eux.  Mais  si  le  nombre 
n'assure  pas  le  succès,  comme  il  arrive  à  la  frontière  où  un  groupe 
puissant  est  mêlé  par  les  nécessités  sociales  à  un  autre  groupe 
aussi  puissant,  il  doit  se  produire  un  enchevêtrement  de  popula- 
tions et  d'idiomes,  qui,  d'abord,  se  manifeste  largement  dans  la 
toponymie  et  le  langage  courant  ;  qui,  ensuite,  aboutit  au  recul  de 
l'une  ou  de  l'autre  des  langues  en  présence.  Dans  le  cas  actuel, 
est-ce  le  roman,  est-ce  le  germain  qui  a  reculé? 

Remarquez  d'abord  avec  M.  Kurth  que  le  barbare  n'y  met  point 
de  patriotisme  ni  de  sentimentalité.  Ce  facteur,  qui  est  aujour- 
d'hui capital,  étant  écarte  de  la  lutte,  la  langue  qui  doit  l'emporter 
est  la  plus  riche,  celle  qui  condense  dans  ses  mots  et  ses  tournures 
les  résultats  d'une  longue  culture.  Le  Germain  sentait  la  supério- 
rité de  la  civilisation  romane  ;  il  désirait  se  l'assimiler.  Or, 
prendre  les  idées,  les  mœurs,  les  jeux,  les  cérémonies  ne  va  point 
sans  prendre  les  mots. 

Mais  on  peut  adopter  les  termes  et  les  incorporer  dans  sa  langue. 
C'est  très  juste,  et  il  faut  faire  intervenir  encore  de  nouveaux 
agents  :  la  paresse  du  civilisé  à  étudier  la  langue  d'un  barbare  qu'au 
fond  il  méprise  ;  et,  concurremment,  l'avidité  chez  le  barbare  de 
s'assimiler  la  langue  d'un  peuple  qu'au  fond  il  admire.  Or,  comme 
le  dit  finement  M.  Kurth,  c'est  celui  qui  sait  deux  langues  qui 
finira  par  ne  plus  parler  la  sienne  (J).  C'est  ce  qui  explique  pour- 
quoi, sur  toute  la  frontière  du  nord  et  de  l'est,  le  germain  a  été 
absorbé  ou  a  reculé,  laissant  comme  témoins  de  son  passage  une 
masse  considérable  de  noms  géographiques  marqués  de  son  coin. 

Mais  c'est  assez  nous  reporter  aux  temps  lointains  d'une  Francia 
encore  voyageuse  et  fluide,  d'une  France  qui  ne  parle  pas  encore 
le  roman,  et  qui  l'adoptera  pourtant,  et  qui,  bizarrerie  de  la  poli- 
tique, lui  imposera  même  son  nom.  Dans  les  temps  postérieurs, 
une  fois  résorbée  la  couche  plus  ou  moins  épaisse  des  envahisseurs 
les  plus  avancés,  ce  qui  doit  nous  préoccuper,  c'est  la  lutte  inces- 


(')   Frontière  linguistique,  t.  II.  p.  "i- 


-li- 
sante et  pied  à  pied  entre  roman  et  thiois  le  long  de  la  ligne  fron- 
tière, lutte  qui  se  livre  depuis  le  tassement  des  populations  au 
moyen  âge  jusqu'aujourd'hui.  De  même  que  nous  avions  les  noms 
géographiques  pour  étudier  les  remous  des  peuples  à  l'origine,  de 
même  nous  avons  pour  l'étude  des  temps  postérieurs  la  masse 
énorme  des  termes  toponymiques  ou  lieux-dits. 

La  toponymie  est  une  science  jeune,  dont  la  méthode  ni  les 
principes  ne  sont  encore  exactement  fixés.  On  ne  peut  donc  exiger 
d'un  seul  homme  une  étude  complète  et  systématique  de  maté- 
riaux qui  ne  sont  encore  ni  recueillis,  ni  classés,  ni  datés. 
Cependant  les  listes  imparfaites  de  noms  rassemblées  par 
M.  Kurth  pour  son  travail  lui  ont  permis  de  tirer  des  conclusions 
d'ensemble  assez  significatives.  Elles  prouvent  que  le  thiois  est  en 
recul  à  peu  près  sur  toute  la  ligne.  Tantôt  ce  recul  est  de  l'épais- 
seur d'une  commune  ou  d'une  section  de  commune,  ce  qui  est 
le  cas  le  plus  général  ;  tantôt  il  est  d'une  plus  grande  étendue, 
par  exemple  au  nord  de  la  Berwinne,  où  quatre  communes, 
Dalhem,  Bombaye,  Warsage,  Berneau,  qui  ont  parlé  flamand 
autrefois,  sont  aujourd'hui  foncièrement  wallonnes.  Un  profane 
peut  constater  sans  peine  ce  progrès  du  roman  par  la  singu- 
larité de  villages  qui  sont  surnommés  Vallemand  et  qui  parlent 
le  français.  C'est  le  cas  pour  Dentsche-Riinibach  en  Alsace, 
Aiidun-le-Tige  (=  le  thiois)  en  Lorraine,  Meix-Ie-Tige  en 
Belgique  (province  de  Luxembourg).  Un  mot  comme  Roubaivaux 
à  Halanzy  dénonce  presque  aussitôt  la  superposition  du  roman 
à  l'allemand  (rot-bach  ~\-  vauj.  Un  examen  attentif  des  listes 
toponymiques  de  M.  Kurth  nous  amène  à  conclure  que,  loin 
d'exagérer  dans  le  sens  de  sa  thèse,  il  est  souvent  resté  discrète- 
ment bien  en  deçà.  Mais  il  serait  trop  long  de  signaler  ici, 
commune  par  commune,  les  noms  de  lieux  qui  nous  semblent 
attester  leur  germanicité  primitive,  partielle  ou  totale. 

Sur  deux  points  la  fluctuation  de  la  frontière  mérite  une 
mention  particulière.  Dans  la  Flandre  française,  le  flamand  a 
été  éliminé  sur  un  large  espace  (').  Saint-Omer,  Calais,  Dun- 
kerque,  Guines  et  leurs  entours,  localités  foncièrement  germa- 
niques à  l'origine,  devinrent  au  moyen  âge  des  villes  bilingues. 
Le  français  y  prit  une  place  prépondérante  à  mesure  que  s'intro- 
duisit  la  vie   littéraire  et  sociale   française.    De   la  bourgeoisie 


(*)  Les  causes  de  ce  phénomène  ont  été  étudiées  par  M.  Kurth,  ouvrage 
cité,  t.  II,  p.  72-8G. 


—  il- 


lettrée, par  esprit  d'imitation,  l'emploi  du  français  se  répandit 
dans  les  classes  inférieures.  Enfin  le  génie  centralisateur  et  unifi- 
cateur de  Louis  XIV  éloigna  le  flamand  des  tribunaux,  puis  la 
Convention  exigea  le  français  dans  tous  les  actes  publics.  Après  la 
Révolution,  quand  les  écoles  furent  rouvertes  dans  ce  pays,  on  n'y 
enseigna  plus  que  le  français.  De  là  date  la  mort  de  l'idiome 
indigène. 

Dans  la  Prusse  rhénane  il  existe  un  îlot  de  langue  wallonne 
réparti  en  quinze  villages  évalués  à  dix  mille  âmes,  dont  on 
attribue  la  formation  à  l'influence  de  la  double  abbaye  de 
Stavelot-Malmedy.  Le  wallon  s'y  est  conservé  jusqu'aujourd'hui, 
mais  il  est  menacé  dans  son  existence  par  la  politique  unificatrice 
allemande.  Cette  lutte  vient  d'être  racontée  d'une  façon  tics 
dramatique  par  M.  l'ietkin  (').  Retenons-en  ce  trait  invraisem- 
blable :  le  français  est  maintenant  enseigné  à  Malmedy,  en  terre 
wallonne,  comme  une  langue  étrangère,  c'est-à-dire  en  se  servant 
de  l'allemand  comme  langue  véhiculaire.  On  peut  prévoir  les 
bienfaits  que  cette  tactique  va  produire  à  bref  délai.  La 
nouvelle  génération  élevée  à  la  mode  allemande  dans  les  écoles 
désapprend  les  mœurs  et  le  langage  de  ses  pères.  Le  wallon  n'a 
plus  que  le  foyer  et  la  rue.  J'ai  noté  ailleurs  (-)  que  la  rue  même 
commence  à  lui  échapper;  et  le  foyer  même  est  bien  menace 
quand,  au  wallon  du  père,  le  fils  se  prend  à  répondre  en  allemand. 
Malmedy  en  est  au  point  où  se  trouvait  Dunkerque  au  sortir  de  la 
Révolution.  Cen'est  pas  qu'il  n'y  ait  des  protestataires:  il  y  a  même 
un  groupe  littéraire  wallon,  que  le  Congrès  aura  peut-être  l'occa- 
sion d'étudier  sur  place;  mais  ce  groupe  n'a  pour  lui  que  l'amour 
de  la  langue  et  des  mœurs  traditionnelles,  il  a  contre  lui  le 
vent  de  l'utilitarisme  moderne. 

Il  nous  reste  à  examiner  la  question  de  l'extension  romane 
sous  une  autre  forme  :  l'influence  de  la  langue  littéraire  française 
dans  le  Xord-Est. 

«  Dès  le  xme  siècle,  le  français  était  en  Flandre  comme 
une  seconde  langue  maternelle,  ou,  si  l'on  préfère,  une  seconde 
langue  nationale,  d'ordre  plus  relevé  que  la  première,  et  qui  était 
considérée  comme  la  vraie  langue  de  la  bonne  société  et  des  gens 


(1)  X.   Pietkix,    curé  de    Sourbrodt   (Malmedy),   La    Germanisation  de 
Wallonie  prussienne,  dans  la  revue  Wallonia,  t.  XII,  1904. 

(2)  El 
V Instructioi 


lie  prussienne,  dans  ta  revue  n  auoma,  1.  au,  13^. 

In   faisant  le  compte  rendu  du  livre  de  M.  Pietkin  dans  la  Revue  de 

uction  publique  en  Belgique,  t.  XLVIH  (i<)o5),  pp.  444>- 


—  I»  — 


cultivés  (')  ».  Il  en  était  de  même  à  la  cour  des  ducs  de  Brabant. 
A  Maliues,  à  Enghien,  dans  le  Luxembourg,  dans  le  pays  de 
Liège  le  français  s'installe  dans  les  salons  des  familles  nobles  et 
souvent  dans  les  actes  publics.  Le  français,  conclut  M.  Kurth, 
a  été  l'idiome  préféré  des  classes  supérieures  dans  nos  provinces 
de  langue  germanique;  et  l'on  peut  ajouter  qu'il  a  gardé  cette 
position.  Cependant  les  progrès  des  communes,  l'entrée  des 
classes  populaires  dans  la  vie  publique  mirent  en  honneur  les 
langues  populaires,  le  flamand  au  nord  à  partir  de  i3o2,  l'alle- 
mand à  l'est  dès  i34o.  De  cette  époque  date  l'éveil  du  patriotisme 
sous  sa  forme  linguistique,  mouvement  dont  on  connaît  à 
l'heure  actuelle  et  les  revendications  légitimes  et  les  prétentions 
exagérées. 

Dans  la  région  wallonne,  il  va  sans  dire  que  le  français  a 
toujours  été  en  honneur.  11  n'a  jamais  été  traité  en  langue  étran- 
gère. Mais  il  y  a  une  grande  différence  d'intensité  entre  son 
influence  actuelle  et  celle  qu'il  exerça  jusqu'au  xixe  siècle.  Sans 
doute,  avant  la  Révolution,  les  chancelleries  tenaient  à  posséder 
des  scribes  instruits,  assez  au  courant  des  formes  du  beau  lan- 
gage; mais  tout  le  monde  parle  sans  arrière-pensée  son  langage 
local.  L'aristocratie  du  xvme  siècle  se  complaît  aux  inventions 
du  téâte  lidjivès,  aux  traits  satiriques  des  èwes  di  Tongue;  le 
peuple  se  contente  des  pasquilles,  des  cramignons  et  des  chan- 
sons d'amour  importées  de  Champagne.  Comme  on  lit  peu,  l'in- 
fluence d'une  langue  centrale  ne  se  manifeste  guère.  Ceux  qui  se 
mêlent  d'écrire  emploient  des  formules  et  des  graphies  qui 
retardent  de  cinquante  ans.  Le  souffle  réformateur  du  xvme  siècle 
apporta  un  changement  à  cet  état,  dans  les  idées,  sinon  dans  la 
littérature.  Enfin  lorsque  la  tempête  révolutionnaire  aura  fait  de 
la  principauté  de  Liège  et  des  régions  voisines  les  départements 
français  des  Forêts,  de  l'Ourte  et  de  Sambre-et-Meuse;  lorsque 
les  journaux  commenceront  à  introduire  une  vie  politique  plus 
intense;  quand,  au  lieu  de  soldats  pillards,  il  nous  viendra  du 
midi  des  livres  et  des  idées,  le  français  se  superposera  peu  à  peu 
au  wallon  comme  langue  de  discussion,  de  conversation  dans 
la  société  instruite. 


(*)  Kurth,  ouvrage  cité,  II,  3i.  Sur  cette  question  le  lecteur  fera  bien  de 
lire  toute  la  savante  démonstration  de  M.  Kurth,  qui  va  de  la  p.  23  à  la 
p.  71. 


—  19  — 

Aujourd'hui,  l'école  et  le  journal  ont  pour  résultat  de  reléguer 
le  wallon  à  l'arri ère-plan.  Dans  les  meetings  le  peuple  a  parfois 
encore  des  orateurs  wallons,  mais  le  phénomène  devient  de  plus 
en  plus  rare.  Tout  instituteur,  surtout  à  la  campagne,  considère 
comme  un  de  ses  premiers  devoirs  d'extirper  le  wallon,  le 
«  patois  »,  en  faveur  du  français,  qui  peut  seul  conduire  à  des 
emplois  rémunérés.  Ne  faut-il  pas  en  effet  courir  au  plus  pressé? 

Nous  connaissons  mieux  que  personne  cette  déconsidération 
attachée  naïvement  au  wallon,  nous  qui  parcourons  le  pays 
pour  recueillir  des  documents  sur  les  patois  locaux.  Faire  com- 
prendre que  le  wallon  est  intéressant,  qu'il  n'est  pas  méprisable, 
qu'il  mérite  d'être  étudié  et  qu'en  fait  des  messieurs  savants,  des 
professeurs  d'université  l'étudient,  c'est  presque  tenter  l'im- 
possible. Le  paysan  se  défie  longtemps  et  flaire  une  fumisterie. 
Jugez,  par  ce  mépris  inintelligent  des  patois,  de  l'estime  où  l'on 
tient  le   français. 

La  désorganisation  des  patois  est  aussi  une  preuve  indirecte 
de  l'influence  du  français  et  un  moyen  de  mesurer  cette  influence 
en  profondeur.  La  constitution  intime  du  wallon  est  profondé- 
ment altérée  dans  sa  syntaxe  et  surtout  dans  son  vocabulaire  par 
l'introduction  du  français.  Pour  des  idées  nouvelles  il  faut  des 
mots  nouveaux.  Puis  les  termes  anciens  eux-mêmes  apparaissent 
grossiers  ou  familiers  :  on  leur  substitue  des  formes  nouvelles  ou 
des  termes  nouveaux.  Aussi,  en  présence  de  cette  disparition 
inquiétante  des  vocables  les  plus  caractéristiques,  les  philologues 
qui  ont  entrepris  de  composer  le  dictionnaire  général  des  patois 
romans  de  Belgique,  feront  bien  de  se  hâter  :  sinon  ils  courront  le 
risque  de  ne  plus  rencontrer  que  des  dialectes  apauvris  ou 
singulièrement  abâtardis.  Déjà  les  wallonisauts  qui  explorent  la 
région  ont  peine  à  trouver,  dans  leurs  enquêtes  à  travers  le 
pays,  des  gens  qui  sachent  la  vieille  langue.  Il  leur  arrive  même 
de  se  heurter  à  des  gens  qui  font  profession  de  l'ignorer.  Il  est 
arrivé  à  l'auteur  de  ces  lignes  et  à  son  ami,  M.  J.  Haust,  de 
passer  plusieurs  jours  à  Marche,  à  Bouillon,  à  Xeufchâteau 
sans  réussir  à  y  entendre  le  dialecte  de  la  localité.  Dans  le 
Luxembourg  central  et  méridional,  on  cache  son  patois  devant 
l'étranger,  non  comme  une  relique,  mais  comme  une  paysannerie. 
Cet  état  d'esprit,  que  je  regrette  en  ma  qualité  de  Wallon,  est 
éminemment  favorable  à  la  diffusion  du  français.  S'il  y  a  quelque 
chose  de  triste  à  voir  disparaître  les  parlers  locaux,  la  consola- 
tion gît  dans  ce  fait  que  le  français  ne  peut  prendre  leur  place 


—    20    — 

sans  apporter  avec  lui  des  idées  généreuses  et  humanitaires. 
On  y  gagne  en  culture  générale  ce  qu'on  perd  en  pittoresque. 

Cependant  la  littérature  wallonne  est  cultivée  plus  que  jamais  : 
comment  expliquer  cette  anomalie  ?  Est-ce  un  réveil  ?  Est-ce  le 
l'eu  concentré  et  nullement  artificiel  d'un  retour  d'âge?  Il  nous 
semble  que,  par  comparaison,  on  est  devenu  conscient  des  beautés 
d'un  idiome  qu'on  a  le  regret  d'avoir  trop  négligé  et  envers  qui  on 
se  sent  ingrat.  On  s'y  attache  avec  la  crainte  de  voir  disparaître 
quelque  chose  de  savoureux  et  d'original  (J).  Puisse  ce  félibrisme 
septentrional  durer  longtemps  !  La  culture  du  français  n'est  pas 
intéressée  à  sa  perte.  C'est  au  français  que  nos  littérateurs 
wallons  demandent  leurs  inspirations  poétiques  et  leurs  formes 
d'art,  quand  ils  veulent  s'élever  au-dessus  de  la  plaisanterie 
satirique  du  cru.  La  langue  française  est  une  sœur  aînée  qui  doit 
protéger  ses  sœurs  cadettes,  timides  Cendrillons  qui  n'ont 
•pas  osé  revêtir  la  robe  de  bal  et  les  souliers  blancs,  bien  qu'elles 
aient  des  grâces  cachées  et  des  naïvetés  charmantes. 

Quoi  qu'il  doive  en  advenir,  les  constatations  de  la  vie  actuelle 
sont  d'accord  avec  celles  de  l'histoire  relativement  à  la  diffusion 
de?  parlers  romans  et  du  français  en  particulier.  Elles  peuvent 
se  résumer  ainsi  :  pénétration  continue  et  progressive  du  fran- 
çais soit  en  étendue,  soit  en  profondeur,  dans  la  région  du  Nord- 
Est  soumise  à  notre  examen. 

III. 
Avertissement  pour   le   «  Projet  de  Dictionnaire  wallon  »  (4) 

Le  public  wallon  n'ignore  pas  que  la  Société  liégeoise  de  Litté- 
rature wallonne  a  toujours  considéré  comme  un  de  ses  devoirs 
principaux  de  dresser  l'inventaire  des  richesses  verbales  du  pays. 
Elle  a  favorisé  de  tout  son  pouvoir  la  composition  de  lexiques 
régionaux  ou  professionnels.  Certains  de  ses  membres  ont 
exécuté  dans  ce  sens  des  travaux  remarquables.  Depuis  plu- 
sieurs années  la  question  du  Dictionnaire  général  de  la  langue 
wallonne  est  entrée  dans  une  phase  nouvelle.  La  Société  a  recruté 


(1)  On  trouvera  les  archives  les  plus  abondantes  de  la  littérature  et  de  la 
philologie  wallonnes  dans  le  Bulletin  de  la  Société  liégeoise  de  Littérature 
wallonne,  1857-19 10,  5a  volumes. 

(2)  Publié  en  tète  du  Projet  de  Dict.  gén.  de  la  langue  wallonne,  Liège, 
Vaillant,  1904  et  dans  le  t.  44  du  Bulletin  précité. 


21    — 


un  noyau  de  philologues  qui  consacrent  leurs  loisirs  aux  opéra- 
tions préparatoires  de  cette  grande  et  patriotique  entreprise. 
Ils  ont  épluché  mot  par  mot  la  majeure  et  la  meilleure  partie 
des  œuvres  wallonnes  et  consigné  sur  des  fiches  séparées, 
faciles  à  classer  suivant  les  diverses  exigences  du  travail,  leurs 
remarques  sur  le  sens  des  mots,  leur  histoire,  le  dialecte,  la 
grammaire.  Le  moment  est  venu  de  tirer  parti  des  matériaux 
amassés.  Mais,  pour  y  arriver,  il  faut  à  la  Société  l'appui  des 
pouvoirs  publics,  celui  du  pays  tout  entier,  et  l'encouragement 
des  savants  étrangers.  C'est  pour  l'obtenir  que  nous  publions 
aujourd'hui  ce  spécimen  de  l'œuvre  à  exécuter. 

Avant  d'entrer  en  matière,  nous  devons  au  public  quelques 
détails  sur  l'opportunité  d'un  travail  semblable  et  sur  les 
moyens  de  le  conduire  à  bonne  fin.  Les  dictionnaires  wallons  ne 
manquent  pas.  Chacun  d'eux  a  des  qualités;  par  malheur  ils 
présentent  de  graves  défauts  qui  infirment  absolument  l'œuvre. 
L'un  imagine  de  transposer  les  mots  de  son  patois  natal  dans  un 
dialecte  qu'il  ne  connaît  pas;  un  autre  noie  d'excellent  wallon  du 
terroir  dans  une  profusion  de  termes  français;  tel  compose  un 
dictionnaire  wallon  pour  enseigner  la  langue  française,  afin 
d'extirper  le  wallon  ou  les  wallonismes  ;  tel  vise  à  l'encyclopédie 
scientifique  et  endosse  à  chaque  mot  wallon  tous  les  sens  qu'il 
trouve  au  mot  correspondant  dans  les  dictionnaires  français, 
brouillant  tout  d'ailleurs  au  point  de  ne  pas  comprendre,  par 
exemple,  le  mot  apétale  des  traités  français,  mot  qu'il  interprète 
par  à  pétale  en  une  foule  d'endroits.  Pourtant,  bien  que  leur 
science  soit  fort  trouble,  leur  grammaire  douteuse,  leur  ortho- 
graphe abominable,  il  faut  leur  savoir  gré  du  travail  qu'ils  ont 
fait.  Ils  nous  ont  conservé  des  richesses  de  langage,  et,  si  le 
peuple  belge  a  été  parfois  égaré  par  leurs  renseignements,  le 
savant  étranger  dérouté  par  leur  phonétique  ou  leur  grammaire 
fantaisistes,  ils  ont  malgré  tout  légué  aux  linguistes  wallons,  à 
qui  la  connaissance  de  la  langue  permet  de  les  consulter  avec 
critique,  d'utiles  documents.  Très  supérieurs  aux  dictionnaires 
proprement  dits,  les  lexiques  publiés  par  la  Société  de  Littérature 
wallonne  sont  la  partie  forte  de  ces  œuvres  préparatoires. 
Nous  mettons  hors  de  pair  le  Dictionnaire  étymologique  de 
Grandgagnage,  achevé  par  Scheler,  travail  scientifique  dont  les 
qualités  appartiennent  bien  à  ces  deux  savants  et  dont  les  défauts 
sont  ceux  de  la  science  même  à  leur  époque. 

Mais  la  Wallonie  attend  toujours  son  Littré. 


Il  est  grand  temps  d'agir.  Les  langues  mondiales  étendent  sur 
nous  leur  nappe  d'huile.  Les  dialectes  se  dissolvent.  L'intérêt 
de  la  patrie  et  de  la  science  nous  crient  impérieusement  de  ne 
point  laisser  ainsi  s'évaporer  la  saveur  du  plus  original  des 
parlers  romans.  Hâtons-nous  donc  de  rassembler  nos  richesses  et 
de  les  mettre  en  lieu  sûr.  Encore  qu'il  soit  légitime  de  résister  au 
courant  de  la  francisation  qui  nous  assaille,  on  ne  peut  songer 
sérieusement  à  combattre  l'emploi  des  mots  étrangers  qui  sont  le 
véhicule  nécessaire  des  idées  scientifiques.  Les  mots  sont  au 
service  des  idées.  Notre  but  n'est  pas  de  contrarier  les  change- 
ments que  créent  à  la  fois  une  éducation  plus  généreuse  des 
masses  et  une  expansion  scientifique  sans  précédent.  Mais  on 
peut  concilier  le  respect  du  présent  avec  le  culte  du  passé.  Si  le 
wallon  est  destiné  à  se  désagréger  de  plus  en  plus,  à  s'alourdir 
d'éléments  étrangers,  il  faut,  par  amour  du  passé,  se  hâter  d'en 
fixer  par  écrit  la  physionomie  et  l'histoire  ;  si  on  juge  qu'il  a 
mérité  de  vivre,  aussi  pur,  aussi  intact  que  possible,  il  faut  en 
fixer  les  traits  actuels  pour  l'enseignement  de  l'avenir.  Dans  les 
deux  hypothèses,  notre  œuvre  arrive  à  son  heure.  Vous  souhaitez 
que  le  wallon  vive  et  qu'il  soit  cultivé?  Une  langue  qui  a  produit 
quinze  cents  pièces  de  théâtre,  dont  quelques-unes  au  moins  sont 
des  chefs-d'œuvre,  qui  a  donné  l'essor  à  des  romans,  des  poèmes, 
des  satires  à  foison,  qui  a  créé  une  floraison  lyrique  dont  les 
fleurs  ne  pourraient  se  compter,  mérite  de  vivre  encore  long- 
temps, longtemps...  Eh  bien,  le  meilleur  moyen  de  la  faire  durer, 
c'est  d'en  rassembler  toutes  les  forces  en  un  livre  capable  de 
résister  aux  coups  de  bélier  des  assiégeants. 

Nos  compatriotes  de  langue  flamande  ne  peuvent  demeurer 
indifférents  à  notre  beau  projet.  Si  on  nous  présentait,  pour  les 
dialectes  flamands  et  allemands  de  Belgique  et  de  la  région 
environnante,  une  œuvre  analogue  à  celle  que  nous  entreprenons, 
avec  quelle  joie  nous  l'accueillerions  !  La  langue  des  Erancs 
saliens  et  des  Francs  ripuaires,  différenciée  en  dialectes  nom- 
breux, a  exercé  sur  la  partie  méridionale  du  pays  une  action 
puissante  et  prolongée;  de  même  le  pays  flamand  nous  a  fait 
depuis  seize  siècles  de  continuels  emprunts.  Or.  seuls,  des  dic- 
tionnaires scientifiques  des  dialectes  wallons,  flamands  et  bas- 
allemands,  sont  capables  de  mesurer  ce  phénomène  d'endosmose 
réciproque. 

Les  savants  étrangers  aussi  seront  sympathiques  à  notre  tenta- 
tive, à  moins  qu'ils  n'aient  vraiment  aucune  confiance  dans  la 


-    23    - 

valeur  de  l'exécution.  Il  y  a  plus  de  cinquante  ans  que  Diez 
encourageait  Grandgagnage  à  doter  la  philologie  romane  d'une 
œuvre  analogue  à  celle-ci.  Il  sentait  de  loin  l'originalité  puissante 
du  wallon  et  les  lumières  qu'un  semblable  travail  pourrait  jeter 
sur  cette  partie  des  études  linguistiques.  Ce  n'était  pas  non  plus 
pour  les  auteurs  wallons,  mais  pour  les  savants  étrangers  que  la 
Société  publiait  jadis  la  Parabole  de  l'Enfant  prodigue  dans  les 
principaux  dialectes  wallons,  que  Grandgagnage  s'attelait  au 
Dictionnaire  étymologique,  que  M.  Wilmotte  plus  tard  triait 
soigneusement  les  chartes  wallonnes  pour  sa  Dialectologie,  que 
M.  Aug.  Doutrepont  mettait  les  Noëls  wallons  en  orthographe 
phonétique  dans  la  Renne  des  Patois  gallo-romans.  Notre  ambi- 
tion, à  ce  point  de  vue,  serait  de  continuer  le  travail  scientifique 
de  nos  devancier-,  d'offrir  aux  linguistes  qui  étudient  notre 
langue  en  Allemagne,  en  France,  ailleurs,  des  réponses  à  leurs 
doutes,  des  arguments  pour  leurs  études  comparatives,  des  ren- 
seignements plus  complets  et  sûrs. 

Nous  avons  pris  comme  base  de  ce  travail  le  Dictionnaire 
général  de  la  langue  française  de  Hatzfeld,  Darmesteter  et 
Thomas.  On  ne  saurait  trouver  un  meilleur  modèle;  c'est  un 
chef-d'œuvre  de  concentration  et  de  science  que  tous  les  gens 
instruits  doivent  posséder.  L'ouvrage  de  Littré,  dont  la  partie 
étymologique  et  historique  a  vieilli,  mais  plus  complet  au  point 
de  vue  des  acceptions  diverses  des  mots,  nous  est  un  auxiliaire 
précieux.  Xotre  Dictionnaire  sera  pourvu  d'un  Traité  de  la 
formation  de  la  langue  wallonne  sur  le  plan  de  V Introduction  de 
Darmesteter,  où  seront  exposées  la  phonétique,  la  morphologie 
et  la  syntaxe  du  wallon.  Comme  l'inventaire  d'une  langue  à  nom- 
breux dialectes  doit  nécessairement  choisir  un  de  ces  dialectes 
pour  point  de  départ,  nous  avons  adopté  celui  qui  s'imposait  par 
sa  culture  plus  avancée,  le  dialecte  liégeois.  Les  formes  dissi- 
dentes, quand  elles  s'éloigneront  du  liégeois  par  leurs  lettres 
initiales,  se  trouveront  à  leur  ordre  alphabétique  avec  renvoi  aux 
formes  liégeoises  correspondantes.  Les  termes  particuliers  à 
d'autres  dialectes,  verviétois,  malmédien,  ardennais,  chestrolais, 
gaumais,  namurois,  condruzien,  brabançon,  carolorégien,  pour 
autant  que  nous  les  connaissons,  seront  traites  à  leur  place 
alphabétique.  On  pourra  juger  de  la  constitution  de  chaque  article 
par  les  exemples  qui  vont  suivre. 

Qu'on  veuille  bien  noter  que  nous  ne  donnons  pas  ces  article 
comme  définitifs.  Ainsi  l'étude  sur  le  suffixe-a,  dans  une  Intro- 


-  24  - 

(ludion  où  Cille  serait  préparée  par  les  paragraphes  antérieurs, 
se  réduirait  à  quelques  lignes.  La  liste  qui  accompagne  cette 
étude  n'a  d'autre  but  que  de  montrer  sur  un  exemple  probant  que 
le  wallon  a  des  richesses  à  lui,  des  procédés  propres,  des  termes 
originaux  et  pittoresques.  L'ensemble  des  articles  présentés  dans 
ce  Projet  a  pour  but  de  faire  comprendre  comment  nous  entendons 
notre  tâche. 

Nous  ne  sommes  plus  embarrassés  pour  le  choix  d'un  système 
orthographique.  An  reste,  pour  obvier  aux  insuffisances  d'un 
système  pratique,  nous  figurons  phonétiquement  entre  paren- 
thèses la  prononciation  de  chaque  mot. 

Tout  cela  sera  chose  facile.  La  grosse  difficulté  sera  de  repré- 
senter tous  les  dialectes  dans  le  dictionnaire.  Certes  nous  possé- 
dons une  somme  immense  de  renseignements.  Les  concours  de 
lexicologie  institués  par  la  Société  ont  provoqué  l'envoi  de  beau- 
coup de  recueils.  Il  existe  des  travaux  philologiques  sur  divers 
dialectes,  dans  les  Mélanges  wallons,  dans  le  Bulletin  de  la 
Société,  dans  la  Romania  et  les  Zeitschrift  de  Grober  et  de 
Behrens.  Des  œuvres  littéraires  nombreuses  ont  été  composées  en 
dialectes  non-liégeois.  Néanmoins  il  y  a  beaucoup  de  lacunes 
encore  dans  nos  connaissances.  Les  auteurs  de  lexiques  n'ont 
pas  toujours  précisé  avec  exactitude  l'aire  d'emploi  d'un  mot  ou 
son  sens.  Prosateurs  et  poètes  collectionnent  souvent  les  mots 
rares  et  les  enchâssent  dans  leurs  pièces  sans  se  préoccuper  de 
leur  état-civil,  sans  se  faire  scrupule  du  mélange  des  dialectes, 
créant  ainsi  peu  à  peu  une  xo'.vy,  dont  les  avantages  sont  visibles, 
mais  dont  le  lexicographe  n'a  pas  le  droit  d'abuser  pour  confondre 
les  lieux  et  les  temps.  Enfin,  bien  des  régions  sont  restées  isolées 
du  mouvement  littéraire,  sans  rapports  intellectuels  avec  les 
Sociétés  centrales.  Ce  sont  celles-là  dont  le  langage  est  demeuré 
le  plus  original.  Il  faut  l'atteindre  coûte  que  coûte,  soit  par  des 
voyages,  soit  par  un  système  d'information  habilement  dirigé. 

Nous  n'avons  négligé  ni  l'un  ni  l'autre  et  nous  continuerons  à 
perfectionner  nos  moyens  d'investigation.  Nous  avons  déjà  un 
certain  nombre  de  correspondants  dévoués  et  nous  faisons  appel 
encore  à  tous  les  amis  de  la  langue  wallonne  qui  liront  ces  lignes. 
S'ils  veulent  contribuer  à  l'œuvre  commune  et  prendre  rang  dans 
la  liste  de  nos  collaborateurs,  qu'ils  nous  envoient  leur  nom  et 
leur  adresse  en  nous  permettant  de  leur  transmettre  de  temps  à 
autre  une  courte  liste  de  questions.  Il  ne  leur  faudra,  pour  nous 
satisfaire,  ni   érudition,    ni  loisirs,  ni  belle   écriture,   ni   ortho- 


—    23    — 

graphe.  Il  ne  faut  que  savoir  son  patois,  avec  la  bonne  volonté  de 
répondre  à  des  demandes  comme  celles-ci  :  «  Connaît-on  tel  mot 
dans  votre  canton?  Quel  est  le  sens  exact  de  telle  expression? 
Mettez  ce  mot  dans  un  exemple».  Nous  procéderons  chaque  fois 
par  questions  semblables  sur  un  très  petit  nombre  de  termes,  de 
sorte  que  notre  correspondant  puisse  nous  renseigner  en  quelques 
minutes. 

Bref,  c'est  une  consultation  générale  de  la  Wallonie  que  nous 
voulons  organiser  pour  compléter  notre  collection  de  termes, 
de  sens,  de  variantes  phonétiques,  de  spots,  de  locutions,  afin 
d'embrasser  à  la  fois  toute  la  région  de  langue  wallonne  et  tout  le 
domaine  varié  de  la  vie  wallonne.  L'idéal  serait  que,  dans  chaque 
commune,  nous  eussions  un  ou  deux  correspondants  de  bonne 
volonté  parlant  le  dialecte  du  pays  et  désireux  de  nous  aider 
dans  notre  tâche.  On  le  voit,  nous  ne  sollicitons  pas  seulement 
des  encouragements  matériels  à  notre  œuvre,  nous  demandons  à 
tous  leur  contribution  intellectuelle. 

La  publication  de  cet  ouvrage  durera  plusieurs  années,  nous  le 
savons,  car  les  œuvres  consciencieuses  ne  s'improvisent  pas. 
Darmesteter  a  consacré  dix-sept  ans  au  dictionnaire  français 
dont  nous  faisions  tantôt  l'éloge;  il  ne  travaillait  pas  seul,  et  il 
est  mort  avant  d'en  voir  la  fin!  Nous  ne  dirons  pas  depuis 
combien  d'années  nous  travaillons  en  vue  de  notre  dictionnaire; 
nous  affirmons  seulement  que  nous  sommes  résolus  à  consacrer 
plusieurs  années  de  notre  vie  à  mettre  en  valeur  les  matériaux 
amassés  et  ceux  que  nous  récolterons  encore.  On  a  ri  des  lenteurs 
de  l'Académie  française.  Les  Sociétés,  en  effet,  sont  peu  expédi- 
tives  quand  elles  prétendent  faire  le  travail  en  séance.  Mais, 
quand  elles  nomment  une  commission  de  quelques  membres  à  qui 
elles  délèguent  leurs  pouvoirs  et  confient  le  travail,  la  besogne 
avance  plus  rapidement.  D'autre  part,  le  risque  de  voir  l'auteur 
manquer  à  une  œuvre  de  trop  longue  durée  est  réduit  au  mini- 
mum, parce  que,  dans  une  Société,  uno  avulso  non  déficit  alter. 

IV. 
Quelle  place  le  wallon  doit-il  occuper  dans  l'enseignement 

en  Belgique  romane  (')? 
La  question   du   wallon   dans  l'enseignement  paraît  mince  en 
comparaison  des  autres  questions  vitales  qu'on  vient  de  traiter  a 


C1)  Conférence  faite  au  Congrès  des  Professeurs  de   langues  vivantes  tenu 
à  Liège  du  20  au  22  septembre  1909. 


—    26    — 

cette  tribune  :  ce  n'est  là,  pourtant,  qu'une  apparence.  Elle  a  une 
portée  beaucoup  plus  générale  que  son  titre  ne  l'indique.  Elle 
pourrait  être  traitée  sans  citer  les  noms  de  wallon  et  de  Wallonie. 
Partout,  en  pays  de  langues  romanes  comme  en  pays  de  langues 
germaniques  et  ailleurs,  il  y  a  des  dialectes  locaux,  auxquels  la 
langue  littéraire  et  scientifique  vient  se  superposer.  Quelle  doit 
être  l'attitude  de  l'enseignement  des  langues  nationales  en  face 
des  dialectes  locaux  :  tel  est  notre  sujet  dans  toute  son  étendue. 
C'est  parce  que  nous  sommes  à  Liège  et  en  pays  wallon  que  nous 
l'envisageons  au  point  de  vue  spécial  du  français  et  du  wallon. 

("est  une  opinion  courante,  non  seulement  parmi  les  Belges 
peu  lettrés,  mais  encore  souvent  chez  ceux  qui  se  targuent  d'avoir 
de  la  littérature,  que  le  langage  wallon  est  un  français  abâtardi, 
corrompu.  Les  publications  philologiques  de  la  Société  de  Littéra- 
ture wallonne  ont  amélioré  les  idées  sous  ce  rapport  et  détruit 
dans  leur  cercle  d'influence  ce  préjugé  funeste.  Mais  tant 
d'esprits  échappent  encore  à  ces  efforts  multipliés!  Tant  de  gens 
instruits  demeurent  encore  étrangers  aux  plus  simples  questions 
de  langue!  Et  alors,  ils  restent  soumis  à  des  erreurs  étranges. 
Ils  s'imaginent  qu'autrefois  le  français  était  parlé  de  la  même 
façon  des  Pyrénées  au  Rhin,  mais  que  nous,  par  paysannerie, 
nous  avons  grossièrement  déformé  les  mots,  tandis  que  la  France 
les  a  conservés  purs.  Quand  donc  un  bon  bourgeois  substitue  chez 
nous  à  ses  formes  wallonnes  des  formes  françaises  ou  prétendues 
telles,  il  croit  faire  un  travail  d'épuration  et  d'assainissement  ; 
il  est  convaincu  fermement  qu'il  extirpe  le  sauvageon  en  faveur 
de  la  bonne  plante  légitime  ;  il  exerce  donc  ainsi  un  sacerdoce,  il 
est  ministre  du  droit  et  il  corrige  des  déviations  !  Cette  erreur, 
consciente  ou  non,  exprimée  ou  tacite,  est  à  la  base  de  toutes  les 
idées  qui  régnent  dans  le  public  sur  les  dialectes.  Elle  explique 
l'ostracisme  dont  le  wallon  est  la  victime  de  par  les  uns  et 
l'acharnement  même  que  d'autres  mettent  à  le  persécuter.  Elle 
explique  pourquoi  dans  certaines  régions  les  habitants  cachent 
leur  wallon  comme  une  infirmité.  Quand  un  wallonisant  va 
visiter  Marche,  Neufchâteau,  Bouillon,  l'indigène  répond  en 
français  à  l'étranger  qui  lui  parle  wallon.  Il  croit  qu'on  lui  parle 
wallon  par  condescendance  pour  se  mettre  à  son  niveau,  et  il 
tient  d'autant  plus  à  exhiber  sa  connaissance  du  beau  langage. 
Quand  on  lui  demande  de  répondre  en  wallon,  il  pense  qu'on 
veut  se  moquer  de  lui,  ou  qu'on  veut  insinuer  que  son  français  ne 
vaut  rien  et  qu'il  fera  mieux  de  patoiser.  Remarquez,  ce  n'est  pas 


—    2' 


de  l'emploi  du  français  que  je  me  plains,  c'est  de  l'état  d'esprit 
des  habitants,  état  d'esprit  peu  sensé  et  peu  généreux  vis-à-vis  de 
la  langue  maternelle. 

Dans  le  milieu  où  je  parle,  ce  serait  faire  injure  que  de  réfuter 
plus  longuement  l'opinion  commune.  Passons  tout  de  suite  aux 
conséquences  :  i"  Si  un  dialecte  wallon  est  un  langage  aussi 
légitime,  aussi  ancien,  aussi  naturel,  aussi  pur  en  soi  que  le 
français,  il  est  insensé  de  la  part  d'un  éducateur  d'inspirer  aux 
enfants  le  mépris  du  wallon,  en  le  faisant  passer  pour  du  français 
déchu  et  corrompu  ;  2°  Quand  même  le  français  serait  pins 
aristocratique,  plus  utile,  plus  artistique,  il  est  malhonnête 
d'assurer  le  succès  de  l'enseignement  du  français  par  la  com- 
pression du  wallon,  en  défendant  aux  écoliers  de  parler  leur 
langue  maternelle  entre  eux,  dans  la  rue  ou  aux  récréations. 

Que  l'instituteur  ait  ses  idées  particulières  sur  l'avenir  des 
langues,  sur  le  rôle  qu'elles  sont  appelées  à  jouer  dans  la  forma- 
tion intellectuelle  des  peuples,  sur  les  avantages  de  l'unification 
linguistique,  soit;  nous  avons  aussi  les  nôtres  sur  ce  point,  que 
l'amour  du  wallon  ne  nous  fait  pas  abdiquer.  Mais  s'il  croit 
favoriser  l'essor  des  langues  mondiales,  et  des  grandes  idées  dont 
elles  sont  les  véhicules,  en  poussant  l'élève  à  mépriser  sa  langue 
maternelle,  à  en  rougir,  à  la  cacher  devant  les  étrangers  comme 
une  tare,  il  fait  fausse  route. 

Laissons  à  d'autres  peuples  le  beau  système  de  coercition  et  de 
compression  des  langues  non  officielles.  Si  le  français  doit  triom- 
pher, que  ce  soit  par  sa  seule  supériorité  comme  instrument  de 
science  et  d'art.  Je  conçois  le  français  chez  nous  comme  un 
langage  qui,  au  fur  à  mesure  des  besoins  de  la  pensée,  se  super- 
pose au  wallon  et  le  continue.  Langue  universitaire  et  acadé- 
mique, langue  de  la  vie  politique  et  sociale,  qu'il  se  substitue  au 
wallon  dans  la  bouche  de  l'homme  du  peuple  ou  du  bourgeois  au 
moment  où  le  wallon  est  impuissant  à  exprimer  des  idées  trop 
abstraites,  devant  lesquelles  son  vocabulaire  est  en  détresse.  Mais 
si  un  brave  Ardennais  a  pour  langue  maternelle  le  pur  wallon  de 
ses  aïeux,  ce  serait  faire  une  action  ridicule  et  dangereuse  que  de 
lui  apprendre  à  endimancher  maladroitement  ses  idées  plé- 
béennes,  familiales  et  rurales,  et  de  lui  inspirer  le  sentiment  que 
ces  idées  seront  moins  pittoresques  et  moins  présentables  sous  la 
livrée  ardennaise. 

Enseigner  le  français  sans  nuire  ru  wallon,  l'enseigner  comme 
continuation  ou  prolongement  du  wallon,  faire  servir  le  wallon  à 


—    28    - 

l'étude  du  français,  et,  réciproquement,  —  pourquoi  pas?  —  profiter 
du  français  pour  mieux  faire  comprendre  le  wallon  :  tel  serait 
mon  programme.  On  peut  être  sans  contradiction  membre  de  la 
Société  pour  la  culture  et  l'extension  de  la  langue  française  et,  à  la 
fois,  membre  de  la  Société  de  Littérature  wallonne. 

Quelle  est  la  méthode  à  suivre  pour  que  les  deux  langues 
s'aident  au  lieu  de  se  combattre  ?  Le  premier  remède  est  de  réagir 
contre  le  préjugé  capital,  de  rendre  au  paysan  l'estime  du  wallon. 
11  en  a  encore  l'amour,  mais  un  amour  honteux  qui  ne  s'avoue 
pas,  l'amour  d'une  maîtresse  qu'on  croit  indigne.  Il  faudrait 
surtout  donner  cette  estime  à  l'instituteur.  C'est  chose  faite  dans 
la  région  liégeoise,  grâce  aux  efforts  de  MM.  Colson,  Frenay 
et  autres,  et  partout  où  pénètrent  les  études  entreprises  sur  le 
wallon  (l),  mais  le  revirement  est  loin  d'être  général.  C'est  à  la 
source  même,  à  l'école  normale,  que  le  futur  éducateur  doit 
apprendre  la  valeur  et  le  respect  des  dialectes  locaux.  Je  souhaite 
qu'on  lui  enseigne  là  combien  le  wallon  peut  lui  être  un  auxiliaire 
puissant,  combien  la  comparaison  de  deux  langues  est  précieuse. 
Au  lieu  de  bourrer  sa  mémoire  de  mille  et  une  règles  et 
exceptions  d'une  syntaxe  insipide  où  rien  n'est  justifié,  qu'on 
l'initie  par  l'histoire  de  la  langue  et  la  comparaison  à  l'intelli- 
gence des  phénomènes  du  langage.  Une  page  des  quatre  petits 
volumes  du  cours  de  Grammaire  historique  de  la  langue  fran- 
çaise (2)  vaut  plus  comme  initiation  que  tous  les  «  traités 
complets  »  et  toutes  les  «  grammaires  complètes  »  du  monde, 
dont  l'obésité  n'est  nullement  une  force.  Il  faut  changer  l'air  de 
l'école  normale,  pour  changer  l'air  de  l'école  primaire. 

Retournons  à  l'école  primaire.  Là,  l'instituteur  wallon  doit 
aimer  le  wallon.  Il  doit  le  considérer  comme  étant  la  forme  que  le 
latin  a  prise  dans  notre  pays.  Qu'il  réfléchisse  que  les  hasards 
politiques  seuls,  notamment  l'établissement  du  siège  de  la  royauté 
capétienne  à  Paris,  ont  favorisé  le  français.  Le  français  doit  être 
enseigné  avec  ardeur,  mais  le  wallon  doit  être  cultivé  comme 


(')  L'Annuaire  de  l'Enseignement  jirimaire  pour  le  département  des  Ardennes 
de  1896  contient  une  liste  de  mots  wallons  recueillis  par  les  instituteurs 
pour  l'inspecteur  primaire  de  Sedan,  M.  Hannedouche  (communication  de 
M.  Charles  Bruneau)  A  quand  pareille  initiative  dans  nos  revues  pédago- 
giques de  l'Enseignement  primaire/  —  Ajoutons  que  ces  enquêtes  tendent 
à  se  généraliser  dans  le  nord  de  la  France,  à  l'imitation  surtout,  croyons- 
nous,  de  notre  modeste  Bulletin  du  Dictionnaire  wallon.  Notre  correspondant, 
M.  Bruneau,  est  un  des  enquêteurs  les  plus  actifs. 

(2)  Par  Arsène  Darmesteter.  Paris,  lib.  Delagrave,  8  fr.  5o  les  4  volumes. 


—  29  — 

la  fraîche  églantine  à  côté  de  la  rose,  comme  l'œillet  des  champs, 
comme  le  rustique  géranium.  Mais  il  est  d'autres  arguments 
que  eeux  de  justice  et  de  sentiment,  il  y  a  des  arguments  de  péda- 
gogie et  de  raison  pure. 

D'abord,  quel  langage  faut-il  parler  au  bambin  wallon  que 
la  cinquième  ou  sixième  année  amène  sur  les  bancs?  On  lui  parle 
le  français.  Ne  récriminons  pas  sur  ce  point;  notons  seulement 
comme  un  excès  de  zèle  que  ce  soit  avec  une  exclusion  jalouse  du 
wallon.  Dès  (pie  le  jeune  élève  met  le  pied  sur  le  seuil  de  l'école, 
il  est  censé  n'avoir  été  élevé  qu'en  français,  n'avoir  d'autre 
vocabulaire  qu'un  vocabulaire  français  ;  il  a  déniché  des  nids  en 
français,  il  a  joué  en  français,  il  s'est  battu  en  français.  Combien 
il  faut  en  rabattre!  Sauf  dans  les  familles  bourgeoises  à  la  ville, 
les  termes  déjà  nombreux  dont  ces  enfants  désignent  toutes 
choses  sont  des  termes  wallons.  Qu'est-ce  que  la  logique  réclame 
impérieusement  de  l'instituteur  ? 

Mlle  demande  qu'il  ne  craigne  pas  de  faire  passer  le  wallon  là 
où  le  français  ne  peut  passer,  de  traduire  en  wallon  une  question 
qu'il  croit  ne  pas  avoir  été  comprise  dans  ce  nouveau  langage 
moins  familier,  de  comparer  souvent  wallon  et  français.  11  y  a 
mille  occasions  de  se  servir  du  patois.  La  meilleure  et  la  plus 
courte  explication,  quand  il  s'agit  des  objets  concrets  de  la  vie 
rurale,  des  outils  et  des  ustensiles  d'un  métier,  des  animaux  et 
des  plantes,  c'est  la  synonymie  wallonne.  Elle  aura  souvent 
l'avantage  de  souder  un  mot  français  à  un  mot  patois  de  même 
origine,  qui  aidera  à  le  retenir  ;  et  non  seulement  à  un  terme 
connu,  déjà  déposé  dans  la  mémoire,  mais  inscrit  dans  la  région 
intime  du  sentiment.  Le  mot  wallon  est  un  ami  pour  le  petit 
paysan.  Sans  qu'on  l'avoue,  ce  mot  est  aimé.  Un  mot  français 
rapproché  d'un  mot  wallon  et  reconnu  identique  cesse  d'être  un 
étranger,  un  intrus,  un  indifférent  :  il  est  le  frère  de  notre  ami. 
Puis,  par  ce  moyen,  on  échappe  aux  définitions  abstraites. 
L'objet  une  fois  reconnu  grâce  à  une  simple  juxtaposition  de 
mots,  on  peut  transformer  la  définition  en  une  description  inté- 
ressante de  l'objet,  dont  le  petit  élève  lui-même  fera  les  frais. 

Qu'on  rencontre  dans  une  lecture  à  l'école  primaire  les  mots 
putois,  blaireau,  écureuil  :  si  l'instituteur  ne  commence  point 
par  dire  :  :<  ce  sont  le  vècheù,  le  tasson  et  le  spirou,  que  vous 
connaissez  tous  »,  il  aura  beau  faire  des  descriptions  savantes  et 
des  distinctions  d'aspect,  de  taille,  de  fourrure,  il  n'obtiendra 
aucun    résultat.    Qu'il   traduise    chélidoine   par    yèbe    di    pores 


(herbe  aux  verrues)  et  scabieiise  par  fleur  di  tonire,  en  attendant 
qu'il  puisse  montrer  la  plante  elle-même;  ou,  même,  en  la  mon- 
trant :  les  noms  wallons  lui  seront  une  oecasion  d'expliquer  un 
usage,  de  combattre  une  superstition.  S'il  veut  graver  dans  les 
jeunes  mémoires  le  mot  coudrier,  qu'il  le  rapproche  de  côre  et  de 
cari.  11  rencontre  dans  la  grammaire  coi  et  coite  :  qu'il  ait  soin 
d'identifier  ces  mots  avec  le  wallon  keù,  féminin  keùte.  Ce  sera 
pour  lui  une  belle  occasion  de  montrer  que  cette  irrégularité 
reprochée  au  féminin  coite  existe  en  wallon  comme  en  français  ('). 
Faîne  comparé  à  farine  montrera  que  le  wallon  a  mieux  conservé 
les  syllabes  antiques,  comment  le  français  a  contracté,  qu'il  y  a 
des  raisons  d'écrire  faine  par  ai  et  même  par  ai.  Les  prétendues 
aberrations  de  l'orthographe  française  peuvent  souvent  être 
expliquées  au  jeune  écolier  intuitivement  en  inscrivant  le  corres- 
pondant wallon  à  côté  du  mot  français.  Ainsi,  pour  l'emploi  de 
l'accent  circonflexe,  il  suffira  de  rapprocher  au  tableau  pâte, 
passe;  maitre,  maisse  ;  gâteau,  wastê  ;  râteau,  ristê,  à  côté  de 
bateau,  batè;  ôter,  wèster;  côte,  cwèsse;  croûte,  crosse;  vôtre, 
vosse;  gite,  djisse;  verdàtre,  uerdasse  ;  boite,  bwèsse  et  beùsse; 
goût,  gos';  août,  awous'.  L'enseignement  insipide  de  l'orthographe 
peut  devenir  intelligent,  amusant,  source  d'observation.  En 
rapprochant  mai  de  may,  maire  de  mayeûr,  mère  de  mère,  on 
étaie  d'arguments  simples  et  visibles  les  graphies  françaises. 
Le  son  in  wallon  peut  servir  à  départager  les  an  et  les  en  du 
français:  wallon  vin  ,  donc  français  vent  et  non  vant;  wallon 
vinte,  donc  français  ventre  et  non  vantre;  wallon  infier,  rimpli, 
rinte,  trinte,  donc  français  enfler,  remplir,  rente,  trente.  Au  delà 
des  mots  et  de  l'orthographe,  on  donnera  du  piquant  et  du  pitto- 
resque aux  locutions  et  aux  proverbes  français,  en  les  rappro- 
chant des  locutions  et  des  proverbes  wallons  de  même  inspiration, 
de  même  sens,  de  même  rythme.  Peu  à  peu  le  français,  neutre  et 
insipide  comme  de  l'eau  claire  pour  nos  jeunes  paysans,  prendrait 
de  la  saveur,  de  la  couleur  et  de  la  vie  au  contact  du  wallon. 

Pour  retenir  l'attention  sur  les  phénomènes  du  langage,  le 
wallon  vaut  une  langue  étrangère,  et  vaut  même  davantage,  à 
cause  de  l'identité  du  fond.  C'est  ce  magnifique  instrument  d'en- 


(1)  Je  corrige  ici  ma  première  rédaction.  La  forme  régulière  «lu  féminin 
devait  être  cote  par  chute  du  t  média]  intervocalique  de  'quêta.  L'ancien 
français  en  effet  dit  cote,  coiement.  Le  français  roite  et  le  wallon  keùte  sont 
sans  doute  dus  à  l'analogie  d'adjectifs  comme  droit-droite,  étroit-étroite,  en 
wallon  dreùt-drcûte,  streiït-streûte,  où  la  présence  du  test  légitime. 


—  3i  — 

seignement  de  progrès  intellectuel  et  d'intérêt  que  la  majeure 
partie  des  instituteurs  rejettent  ou  méconnaissent. 

Cependant  à  peine  un  sur  vingt  de  leurs  élèves  continueront 
des  études  au  sortir  de  l'école  primaire.  Les  dix-neuf  autres 
seront-ils  donc  condamnés  à  oublier  le  langage  franc  et  instinctif 
qui  fleurissait  naturellement  sur  leurs  lèvres  pour  je  ne  sais  quel 
idiome  emprunté  et  maladroit,  qu'ils  écorchent,  dont  ils  ne 
connaissent  bien  ni  la  prononciation,  ni  la  syntaxe,  ni  les  vocables, 
ni  les  nuances,  et  qui  leur  va  comme  l'habit  de  gala  et  la  cravate 
blanche  un  jour  de  noces?  Elevés  dans  le  respect  de  leur  dialecte 
naturel,  ils  ne  seront  pas  vers  la  douzième  année  assis  entre 
deux  selles,  privés  de  la  langue  wallonne  dont  on  leur  aura 
inspiré  le  mépris,  privés  de  la  française  dont  ils  seront  loin  de 
posséder  une  connaissance  suffisante.  Ils  ne  ressembleront  pas 
à  ces  fransquillons  dont  on  s'est  tant  moqué  dans  les  pièces  de 
théâtre.  Quand  ils  auront  sucé  avec  le  lait  du  premier  enseigne- 
ment L'estime  et  l'admiration  des  deux  langues,  ils  tâcheront  de 
retenir  l'une  et  d'acquérir  l'autre;  et  ils  y  parviendront  parce 
qu'on  aura  déposé  en  eux  sous  forme  d'amour  et  de  curiosité  le 
levain  précieux  de  l'étude. 

A  mesure  que  l'élève  se  perfectionne  dans  la  connaissance  de 
la  langue  littéraire,  le  wallon  ne  doit  pas  être  abandonné,  ni  par 
les  maîtres  ni  par  les  élèves.  Dans  l'enseignement  moj'en,  au  lieu 
de  condamner  sans  phrases  les  wallonismes  que  les  collégiens 
introduisent  dans  leurs  écrits  et  leurs  conversations,  ne  serait-il 
pas  plus  utile  de  leur  expliquer  les  différences  des  tournures,  les 
origines  et  la  légitimité  de  chacune?  Le  respect  de  l'un  peut 
s'allier  avec  l'emploi  de  l'autre.  De  la  comparaison  des  choses  il 
ne  peut  sortir  que  du  bien,  une  connaissance  mieux  trempée  et 
plus  capable  de  résister  :  c'est  l'arrêt  sans  motif,  le  ne  dites  pas..., 
dites...  qui  est  déplaisant  et  stérile. 

Par  exemple,  puisque  le  français  dit  avoir  beau,  avoir  chaud, 
avoir  froid,  il  est  naturel  que  le  jeune  wallon  dise  avoir  bon  et 
avoir  facile.  Corrigez-le,  puisque  l'usage  est  la  loi  souveraine 
fermant  le  bec  à  toute  controverse,  mais  profitez  de  l'occasion 
pour  montrer  que  aveùr  bon  et  aveùr  âhèy  sont  tout  aussi  logi- 
ques; dites  que  beau,  chaud,  froid,  bon,  facile,  aisé,  sont  en  ce 
cas  des  adjectifs  neutres  pris  substantivement;  concluez  que  tout 
ce  qui  est  logique  n'est  pas  nécessairement  usité:  l'usage  est 
capricieux.  Cette  petite  comparaison  fera  mieux  retenir  les  choses 
qu'un  ordre  sans  critique  ni  analyse  ni  justification. 


—    32    — 

Vous  voulez  faire  comprendre  à  uu  jeune  homme  de  seize  ans 
qu'il  y  a  une  raison  pour  laquelle  roi  s'écrit  avec  oi  au  lieu 
d'un  wa  qui  serait  aujourd'hui  plus  logique.  Si  vous  lui  dites  que 
l'on  a  prononcé  jadis  ro-i,  il  ne  vous  croira  pas,  —  et  il  aura 
raison  :  la  crédulité  dans  les  choses  de  science  est  plus  sotte  que 
toute  autre  crédulité  — ;  mais  demandez-lui  comment  le  wallon 
liégeois  appelle  le  roi  au  jeu  de  cartes,  il  répondra  ro-y,  et, 
dès  lors,  il  aura  une  raison  de  croire  que  le  français  a  prononcé 
jadis  ro-i,  et  il  vous  suivra  avec  intérêt  si  vous  entreprenez  de  lui 
montrer  au  tahleau,  par  quelques  signes,  sans  y  insister  outre 
mesure,  comment  la  diphtongue  o-i  s'est  transformée. 

Dans  les  classes  latines,  là  où  on  peut  —  et  où  on  doit  —  profiter 
de  l'étude  du  latin  pour  faire  comprendre,  à  mesure  que  les  mots 
se  présentent,  l'évolution  lente  qui  a,  pendant  des  siècles,  accu- 
mulé les  menus  changements  phonétiques,  pourquoi  le  wallon, 
frère  du  français,  n'interviendrait-il  pas  maintes  fois  à  côté  du 
français,  soit  pour  corroborer  des  lois  phonétiques,  soit  pour 
apporter  des  exemples  que  le  français  ne  possède  pas?  Étreindre, 
étrenner,  écrire,  n'ont  plus  Y  s  du  latin  stringere,  strenna,  scr  ibère; 
mais  le  wallon  l'a  conservée  dans  strinde,  strumer,  scrîre;  c'est 
un  chaînon  dont  il  ne  faut  point  se  priver  dans  une  démonstra- 
tion. Vous  voulez  faire  deviner  ou  faire  retenir  texere  :  vous  avez 
le  wallon  tèhe,  plus  transparent  que  le  vieux  français  tistre, 
d'ailleurs  inconnu  à  l'élève.  Votre  collégien  liégeois,  confondant 
les  mots,  écrit  :  il  n'a  pas  eu  l'heure  de  vous  plaire;  il  s'étonne 
quand  vous  le  corrigez  :  profitez  donc  de  cet  heureux  étonnement 
pour  lui  expliquer  que  heur  ne  vient  pas  de  hora,  mais  de  augu- 
rium  ;  que  le  h  doit  être  mis  sur  la  conscience  des  demi-savants  du 
xve  siècle,  qui  se  sont  maintes  fois  trompés  en  étymologie  ;  et, 
comme  intermédiaire  pour  confirmer  cette  origine,  demandez 
comment  on  dit  heur,  heureux  en  liégeois;  aussitôt  aweûr, 
awoureûs  lui  seront  un  trait  de  lumière. 

Ces  sortes  d'exemples,  que  je  voudrais  multiplier,  piqueront 
l'attention  de  l'élève.  Il  sera  charmé  de  comprendre  enfin  que  ce 
wallon  de  son  enfance  vaut  quelque  chose,  remonte  à  une  noble 
origine,  et  qu'il  n'est  pas  obligé  de  l'extirper  de  son  cœur  et  de 
sa  mémoire  pour  satisfaire  à  la  loi  du  progrès.  Pour  intéresser 
l'élève  à  une  explication,  mieux  vaut  comme  terme  de  compa- 
raison un  mot  wallon,  que  l'élève  a  dans  les  moelles,  qu'un  beau 
mot  étranger  italien  ou  espagnol.  Pour  le  maître  wallon  aussi, 
si  je  puis  en  juger  d'après  moi-même,  c'est  une  véritable  volupté 


—  33  — 

de  transcrire  au  tableau,  lui  donnant  une  forme  et  une  âme, 
un  mot  wallon  afin  de  mieux  faire  saisir  et  retenir  tel  terme 
latin  ou  français.  Et  phonétique,  morphologie,  syntaxe,  séman- 
tique peuvent  y  passer  tour  à  tour.  Le  wallon  intervient  natu- 
rellement, à  moins  qu'on  ne  l'écarté  par  système,  comme  un  des 
chaînons  de  cette  analyse  multiple  et  incessante  du  langage  et  de 
la  pensée,  qui  est  le  nœud  vital  de  l'enseignement,  puisqu'elle  est 
la  continuelle  mise  sous  les  yeux  du  devenir  et  de  l'évolution  des 
idées  et  des  choses. 

A  plus  forte  raison,  dans  l'enseignement  supérieur  des  langues, 
le  wallon  mérite-t-il  d'être  estimé,  traité  en  langue  romane, 
étudié  chez  nous  comme  une  des  sources  les  plus  riches  et  les 
plus  suggestives  de  la  philologie  romane.  Je  ne  demande  pas 
qu'on  enseigne  a  parler  wallon  à  l'école  primaire,  mais  je  demande 
qu'on  étudie  nos  dialectes  romans  de  Belgique.  A  côté  du  pro- 
vençal, de  l'italien,  du  roumain,  du  catalan,  de  l'espagnol,  du 
sarde,  le  wallon  intervient  a  titre  comparatif  dans  les  travaux 
des  philologues,  comme  il  appert  des  grammaires  magistrales  de 
Diez  et  de  Meyer-Liiltke.  On  ne  se  contente  plus,  comme  aux 
premiers  temps,  d'étudier  le  groupe  roman  par  les  principales 
langues  littéraires  :  ce  serait  comme  si  on  était  réduit  aux 
variétés  à  fleurs  doubles  pour  étudier  une  famille  de  plantes. 
Les  plus  humbles  dialectes  valent  mieux  pour  cette  étude  que  les 
belles  langues  littéraires. 

A  vrai  dire,  on  ne  les  a  pas  négligés,  ni  ailleurs  ni  chez  nous, 
et  je  rends  hommage  ici  aux  efforts  de  M.  Wilmotte  en  faveur  de 
l'étude  scientifique  du  wallon.  Mais  l'enseignement  en  est  resté 
malgré  tout  occasionnel  et  arbitraire;  c'est  la  bonne  volonté  des 
maîtres  qui  supplée  au  silence  du  programme.  Serait-il  déraison- 
nable d'ambitionner  davantage?  Dans  chaque  pays,  l'enseigne- 
ment supérieur  fait  profession  d'étudier  plus  à  fond  ce  qui  est 
particulier  au  pays.  S'étonnera-t-on  que  le  vieil  anglais  soit  plus 
cultivé  à  Oxford  et  le  romanche  dans  une  université  suisse, 
qu'il  y  ait  des  chaires  consacrées  à  Dante  en  Italie,  à  Montai- ne 
ou  à  Rabelais  en  France?  De  même  si  la  dialectologie  wallonne 
doit  paraître  au  programme  d'une  université,  c'est  bien  à  celui 
d'une  université  belge,  au  centre  de  la  Wallonie.  Ce  progrès  n'a 
pas  encore  été  réalisé  en  Belgique.  L'étranger  nous  devance. 
Lille  vient  d'inscrire  ce  cours  à  son  programme  de  philologie. 
Quand  l'Université  de  Liège  fera-t-elle  de  même  ; 
Je  conclus  en  présentant  les  vœux  suivants  : 


-34- 

Que  les  autorités  compétentes  attirent  l'attention  de  l'institu- 
teur sur  l'importance  du  wallon  dans  l'enseignement  du   français; 

que  l'enseignement  du  français  dans  les  écoles  devienne  de 
plus  en  plus  historique  et  comparatif;  qu'il  soit  basé  sur  un 
enseignement  du  latin  conçu  en  prévision  de  l'étude  du  français  ; 
qu'il  s'appuie  latéralement  sur  la  comparaison  avec  le  wallon, 
sans  exclusion  d'autres  procédés  comparatifs; 

que  le  gouvernement  central  attire  l'attention  des  professeurs 
des  écoles  moyennes,  des  collèges  et  des  athénées  royaux,  sur 
l'importance  du  wallon  dans  l'enseignement  du  français; 

que  l'État  organise  en  pays  wallon,  à  la  section  de  philologie 
romane  de  l'Université  de  Liège,  des  cours  spéciaux  de  phoné- 
tique et  de  dialectologie  wallonnes  (l). 

V. 

La  Philologie  wallonne  (2). 

A  côté  de  l'art  wallon,  de  la  littérature  wallonne,  il  est  juste  de 
faire  une  place  à  la  philologie,  à  la  critique,  à  l'histoire,  au 
folklore  de  notre  pays,  à  toutes  ces  branches  d'étude  qui  se 
servent,  à  la  vérité,  du  français  comme  langue  véhiculaire  indis- 
pensable, —  de  la  même  façon  que  la  science  du  moyen  âge 
empruntait  le  latin,  —  mais  que  la  Wallonie  doit  revendiquer 
comme  siennes,  puisqu'elles  ont  pour  objet  le  peuple  wallon,  ses 
gestes,  ses  mœurs,  ses  œuvres,  son  langage. 

Je  ne  me  suis  chargé  en  cette  occasion  que  de  retracer  le  passé 
et  le  présent  de  la  philologie  wallonne;  mais  je  croirais  faire 
œuvre  trop  partielle  si  je  n'évoquais  pas,  au  moins  dans  le  loin- 
tain, si  je  ne  saluais  pas,  au  moins  collectivement,  avant  de 
passer  à  mon  sujet  propre,  tant  d'œuvres  et  d'hommes  qui  ont 
commenté  et  magnifié  notre  pays.  Dans  ces  rapports  officieux 
étrangement  tronqués  où  l'on  vante  la  Belgique  intellectuelle  en 
cet  anniversaire  de  1905,  avec  quelle  désinvolture  on  oublie  nos 
historiens,  nos  critiques,  nos  folkloristes,  nos  philologues,  comme 
aussi  cet  admirable  effort  de  nos  sociétés  archéologiques  pro- 
vinciales pour  exhumer  du  sol  ou  de9  archives  les  institutions,  les 


(!)  Cette  année   i<)io,  M.  Auguste  Doutrepout,   professeur  de    philologie 
mane  à  l'Université  de  Liège,  a  eu  l'heureuse  initiative   d'expliquer  la 


0 
ronii 

célèbre  pièce  wallonne  de  Remouchamps  Tètî  /'  pèriquî. 

(*)  Rapport  présenté  au  Congrès  Wallon  tenu  à  Liège  en   i<)o5.  à  l'occa- 
sion de  l'Exposition  universelle  de  Liège. 


—  35  - 

mœurs  et  les  grandes  figures  du  passé!  Nous  avons  des  histo- 
riens qui  appartiennent  à  l'histoire  internationale,  mais  d'autres 
savants  méritent  notre  hommage,  qui  se  sont  cantonnés  volon- 
tairement dans  l'étude  d'une  province,  d'une  ville,  d'un  ordre  de 
faits  particulier.  Leur  valeur  est  inscrite  dans  ces  bulletins  et  ces 
annales  de  nos  sociétés  dont  la  seule  table  des  matières  serait  un 
livre  d'or  d'une  richesse  insoupçonnée.  L'histoire  économique  et 
politique  de  la  Wallonie  est  là  en  monographies  patientes,  jamais 
trop  minutieuses  pour  des  yeux  amoureux  de  l'horizon  natal. 

L'étude  des  manifestations  si  variées  de  l'esprit  populaire,  du 
sentiment  populaire  s'est  surtout  concentrée  dans  Wallonia. 
Cette  revue,  qui  existe  depuis  plus  de  douze  ans,  élargissant  peu 
à  peu  son  cadre,  a  fait,  place  à  la  critique  littéraire  et  artistique. 
On  y  a  donc  vu,  chose  nouvelle  chez  nous,  des  études  sur  nos 
sculpteurs,  nos  peintres,  nos  auteurs,  par  des  critiques  de  notre 
pays.  Constantin  Meunier,  Rassenfosse,  Jaspar,  Krains,  Severin, 
l'électricien  Gramme  et  beaucoup  d'autres  ont  eu  les  honneurs  de 
ces  archives  wallonnes.  On  y  a  montré  ce  que  valaient  nos  poètes 
du  terroir  :  nul  n'a  mieux  parlé  du  lyrisme  de  Vrindts  que 
M.  O.  Gilbart;  nul  n'a  mieux  défini  Defrecheux  et  Henri  Simon 
que  M.  O.  Grojean;  nul  n'a  plus  finement  analysé  le  sentiment 
wallon  ni  raisonné  de  la  terre  wallonne  avec  plus  de  tendresse 
que  M.  Mockel  dans  Wallonia',  nul  ne  pouvait  mieux  y  raconter 
cette  lutte  dramatique  entre  wallon  et  allemand  dans  la  Wallonie 
prussienne  (pie  M.  le  curé  Piétkin;  et  nul  ne  s'y  est  plus  géné- 
reusement dépensé  en  excellents  travaux  de  toute  espèce  que  son 
directeur  M.  Oscar  Colson. 

Mais  venons-en  à  la  philologie. 

11  n'y  avait  point  de  philologie  wallonne  avant  Grandgagnage. 
Tout  au  plus  peut-on  citer  avant  lui  le  Liégeois  Simonon,  qui  fut 
scientifique  par  instinct,  mais  plus  original  que  pratique  dans  la 
recherche  d'une  orthographe  (1845).  Le  Namurois  H.  Chavée,  selon 
la  mode  de  1840,  se  perdit  dans  les  spéculations  de  l'étymologie 
abstraite  au  lieu  d'observer  avec  patience  les  phénomènes 
existants;  et  si,  en  1857,  il  publia  une  esquisse  de  grammaire 
wallonne  namuroise  sous  le  titre  Français  et  wallon,  ce  fut  sans 
doute  entraîné  par  l'exemple  de  Ch.  Grandgagnage.  L'année 
suivante,  Chavée  mit  une  préface  orthographique  à  la  troisième 
édition  des  Chansons  wallonnes  de  Charles  Werotte,  et  il  donna 
au  Bulletin  de  la  Société  liégeoise  de  Littérature  wallonne  (t.  111, 
mélanges,  pp.  27-31)  un  court  article,  d'une  légèreté  de  ton  qui 


—  36  — 

n'exclut  pas  la  pédanterie,  sur  une  maladie  chronique  de  la 
langue  wallonne  ;  il  s'agissait  tout  simplement  dans  cette  prose 
médicale  de  l'épaississement  en  consonnes  fortes  des  douces  qui 
suivent  la  voyelle  tonique  (rotche  pour  rodje,  âpe  pour  àbe). 
C'est  peu  de  chose  en  comparaison  du  travail  persévérant,  ardu  et 
souvent  perspicace  de  Grandgagnage. 

Grandgagnage  a  trouvé  dans  M.  Auguste  Doutrepont  un 
biographe  compétent  et  sympathique^).»  Ce  fut,  dit-il, un  savant, 
au  sens  sérieux  et  solide  du  mot...  A  l'étranger,  il  était  comme 
l'incarnation,  la  personnification  des  études  wallonnes.  C'était, 
par  excellence,  le  philologue  wallon,  le  linguiste  liégeois  auquel 
l'Europe  aimait  à  rendre  hommage.  La  meilleure  preuve,  d'ail- 
leurs, de  sa  valeur  scientifique,  c'est  que  son  œuvre  lui  a  survécu, 
et  que,  tout  insuffisante  qu'elle  soit  devenue  pour  nous,  nul  ne 
s'est  encore  senti  de  force  à  la  reprendre  pour  la  mettre  au  niveau 
de  la  science  actuelle.  Son  érudition  solide,  sa  critique  ingé- 
nieuse le  firent  remarquer  par  les  savants  les  plus  éminents  de 
France  et  d'Outre- Rhin.  Ce  fut  pour  récompenser  ses  travaux  de 
linguistique  que  le  duc  de  Saxe-Cobourg  Gotha  le  nomma  officier 
de  l'ordre  de  la  Branche  Ernestine  de  Saxe.  Les  plus  brillants 
représentants  de  la  philologie  en  Allemagne,  Diez,  Pott,  Diefen- 
bach,  Forsteniann,  le  tenaient  en  singulière  estime  et  le  citent 
comme  une  autorité  en  linguistique.  Il  était  en  relations  avec 
eux  :  Forstemann  l'appelle  son  ami  ;  Laurent  Diefenbach  inscrit 
son  nom  en  tète  de  ses  Origines  europeœ,  et,  dès  i856,  l'illustre 
Frédéric  Diez,  le  fondateur  de  la  philologie  romane,  l'appelle  un 
maître,  et  il  lui  dédie,  en  i865,  ses  Altromanische  Glossare.  » 
Les  divers  travaux  de  Grandgagnage  sont  trop  connus  pour  qu'on 
ait  besoin  de  les  citer  ici.  Ajoutons  encore  ce  trait  à  son  éloge 
qu'il  porta  son  attention  sur  l'onomastique  et  la  toponymie  en 
même  temps  que  sur  la  langue  wallonne  proprement  dite,  ce  qui 
n'est  pas  une  mince  preuve  de  sa  clairvoyance  et  de  l'étendue  de 
sou  esprit.  Enfin  il  fut,  en  décembre  i856,  un  des  fondateurs  de 
la  Société  liégeoise  de  Littérature  wallonne,  qu'il  présida  pendant 
plus  de  vingt  ans. 

A  partir  de  cette  époque,  l'histoire  de  la  philologie  wallonne  en 


(*)  Pour  ne  pas  multiplier  inutilement  les  références  bibliographiques, 
avertissons  le  lecteur  qu'il  les  trouvera  sans  difficulté  dans  le  Liber  memo- 
rialïs,  t.  XL VII,  du  Bulletin  de  la  Société  liégeoise  de  Littérature  wallonne, 
1907. 


-  37    - 

Belgique   se   confond   presque    avec   l'histoire  de    cette   Société 
jusque  vers  i885. 

A  la  Société  liégeoise,  Grandgagnage  avait  à  ses  côtés  François 
Bailleux,  Ulysse  Capitaine,  Ad.  Stappers,  Aug.  Hock,Ep.  Martial, 
Alph.  Leroy,  .Jean  Stecher,  St.  Bormans.  Ce  fut  une  période 
d'ardeur,  de  création,  d'excellente  besogne. 

Bailleux  éditait  des  pièces  anciennes,  entreprenait  la  première 
consultation  phonétique  de  la  Belgique  romane  en  faisant  traduire 
la  Parabole  de  l'Enfant  prodigue  en  56  dialectes,  étudiait  le 
pluriel  des  substantifs  et  des  adjectifs  dans  une  note  fameuse  qui 
a  longtemps  l'ait  autorité  et  que  Grandgagnagne,  on  ne  sait 
pourquoi,  ne  combattit  point. 

Ulysse  Capitaine,  bibliographe  érudit,  sans  cesse  à  l'affût  du 
livre  rare,  créa  la  bibliothèque  de  la  Société,  l'enrichit  infatiga- 
blement et  publia,  année  par  année,  dans  le  Bulletin,  la  liste  des 
acquisitions  nouvelles.  Sans  cesse  il  battait  le  rappel  pour  que 
chaque  auteur  envoyât  à  la  Société  ces  productions  éphémères  de 
La  verve  wallonne,  ces  feuilles  volantes  exposées  à  disparaître 
sans  laisser  de  trace. 

Aug.  Hock  versait  dans  les  Mélanges  du  Bulletin  des  notes  et 
des  souvenirs  de  folklore  et  de  parémiologie  «  Un  trait  de  mœurs 
un  peu  saillant,  disait  le  président  en  inaugurant  les  Mélanges, 
une  métaphore  un  peu  originale,  un  dicton  traditionnel  un  peu 
narquois,  quelque  vieux  refrain  exposé  à  l'oubli,  une  étymologie 
piquante  ou  curieuse,  quelquefois  même  une  simple  question,  un 
point  d'interrogation  à  propos  d'un  sujet  local,...  tout  est  suscep- 
tible d'intérêt.  Ne  sont-ce  pas  là,  en  effet,  les  marques  distinc- 
tives  de  notre  individualité?  »  Cette  exhortation  était  sage,  et 
Aug.  Hock,  N.  Del'recheux,  Jean  Stecher  donnèrent  l'exemple, 
qui  trouva  plus  tard  des  imitateurs  dans  Joseph  Defrecheux  et 
J.  Dejardin. 

Dès  1839,  Alph.  Leroy  proposait  la  rédaction  de  glossaires 
technologiques;  Ep.  Martial  préconisait  la  traduction  dans  les 
divers  dialectes  wallons  de  la  Parabole  de  l'Enfant  prodigue,  pour 
faire  suite  à  l'ouvrage  de  Schnakenburg  sur  les  patois  de  France; 
J.-H.  Bormans  proposait  de  dresser  une  carte  de  la  frontière  lin- 
guistique wallonne.  Ainsi  le  programme  s'élargissait  peu  à  peu. 

En  1861  parait  la  première  édition  du  Dictionnaire  des  spots  de 
Dejardin.  En  i863,  le  vice-président  de  la  Société,  J.-L.  Michiels, 
publie  une  Grammaire  élémentaire  liégeoise.  Jean  Stecher,  pro- 
fesseur à  l'Université,  le  plus   liégeois  des  flamands,  dans  ses 


-  38  - 

rapports,  ses  discours,  ses  préfaces,  ses  contributions  étymolo- 
giques toujours  très  étudiées,  t'ait  œuvre  de  linguiste  et  plus 
encore  de  promoteur.  Stanislas  Bormans  se  révélait  historien  et 
lexicographe  dans  son  ouvrage  sur  le  Métier  des  tanneurs,  son 
Vocabulaire  des  bouilleurs  liégeois,  son  Métier  des  drapiers.  Après 
la  mort  de  Bailleux,  Ch.  Grandgagnage  reprend  la  mise  au  point 
orthographique  des  versions  wallonnes  de  la  Parabole,  et  cette 
publication  difficile,  qui  a  toujours  été  faite  avec  soin,  sinon  selon 
toutes  les  exigences  de  la  critique  moderne,  a  certainement  rendu 
de  grands  services  aux  linguistes  étrangers.  Enfin,  dans  le 
tome  VIII,  M.  Albin  Body  inaugure  la  série  de  ses  précieux 
lexiques  par  celui  des  Menuisiers,  charrons  et  charpentiers. 
A  partir  de  ce  moment,  les  vocabulaires  se  suivent  d'année  en 
année.  Ainsi  se  constituait,  à  côté  des  œuvres  littéraires,  un 
trésor  très  riche,  unique  dans  l'espèce,  de  glossaires  technolo- 
giques. Les  auteurs  furent  St.  Bormans,  Mathelot,  Acb.  Jacque- 
min,  Kinable,  Lezaack,  J.  Defreclieux,  J.  Délai  te,  Semertier, 
Marchai,  Verteourt,  J.  Bury,  F.  Sluse,  J.  Closset,  Vict.  Willem, 
A.  Boubou,  Martin  Lejeune,  Jean  Lejeune,  G.  Paulus,  A.  Rigali 
et  E.  Jacquemotte. 

A  partir  de  1867,  le  feu  se  ralentit.  L'âge  héroïque  de  la  philo- 
logie wallonne  est  passé;  Grandgagnage  lui-même  est  isolé  et 
découragé.  La  Société,  assise  sur  de  fortes  bases,  continuait  à 
exercer  une  salutaire  influence  par  ses  concours,  mais  le  travail 
actif  lui  vient  trop  exclusivement  du  dehors.  Grandgagnage,  qui 
n'avait  point  publié  le  second  volume  de  son  Dictionnaire  étymo- 
log-i(]ue,  ne  désigna  ni  un  Wallon  ni  un  de  ses  collègues  de  la 
Société  pour  achever  son  œuvre  :  ce  fut  Auguste  Scheler  qui  eut 
cet  honneur,  et  il  s'en  acquitta  avec  un  soin  pieux,  et  il  y  mit  tout 
ce  qu'il  put  de  sa  science.  Cette  période  dura,  à  notre  avis, 
jusqu'en  1892. 

On  peut  compter,  dans  l'intervalle,  outre  les  glossaires  dont 
nous  avons  parlé,  un  essai  curieux  d'orthographié  wallonne  par 
J.  Delbœuf,  une  étude  très  minutieuse  et  très  érudite  sur  les 
wallonismes  du  puriste  I.  Dory,  des  recherches  étymologiques  sur 
divers  mots  wallons  par  Dory,  par  le  Dr  Jorissenne,  Alph.  Maré- 
chal; une  étude  personnelle  et  instructive  sur  les  noms  de  famille 
par  Albin  Body,  un  article  d'Emmanuel  Pasquet  sur  les  mots 
goupil  et  renart.  Body  publie  une  édition  critique  des  Aiwes  di 
Tongues,  .1.  Defrecheux  un  Recueil  de  comparaisons  populaires. 
A  côté  de  ces  bons  travaux,  la  Société  avait  la  faiblesse  d'imprimer 


-  39  - 

dans  son  Bulletin  un  soi-disant  Glossaire  d'anciens  mots  wallons 
venant  du  latin  et  dont  l'emploi  tend  à  disparaître,  lequel  ne 
contenait  pour  ainsi  dire  que  des  mots  communs,  dont  la  vie 
n'était  pas  du  tout  menacée. 

A  l'étranger,  sous  l'influence  de  la  science  allemande  et  fran- 
çaise, on  étudiait  les  patois  romans.  Grâce  à  Grandgagnage,  à 
Sigart,  à  Scheler,  et  en  dépit  d'une  documentation  assez  trouble 
puisée  à  nos  mauvais  dictionnaires  wallons  et  à  des  textes  d'une 
orthographe  décevante,  le  wallon  commençait  à  prendre  rang- 
dans  la  philologie  romane.  Trois  ou  quatre  eurent  la  chance  de 
pouvoir  se  renseigner  à  une  source  orale  :  Sturzinger  étudia  ainsi 
la  conjugaison  wallonne  dans  le  dialecte  de  Malmedy,  Horning 
eut  à  sa  disposition  uue  personne  de  Seraing,  Altenburg  put  faire 
son  enquête  phonétique  presque  sur  place  ('). 

A  la  fin  de  i883,  un  jeune  homme  qui  venait  de  passer  brillam- 
ment son  doctorat  en  philosophie  et  lettres  à  Liège,  alla  se  mettre 
à  l'école  de  Gaston  Paris,  de  Paul  Meyer  et  d'autres  savants 
renommés  dans  la  philologie  et  la  critique.  A  son  retour  à  Liège, 
il  fut  nommé  maître  de  conférences  à  l'Ecole  normale  des  Huma- 
nités, et  bientôt,  à  la  suppression  de  celle-ci,  professeur  de  philo- 
logie romane  à  l'Université  de  Liège.  En  même  temps  qu'il 
popularisait  le  wallon  au  dehors  dans  la  Romania,  dans  la  Revue 
des  patois  gai lo- romans,  dans  le  Moyen  âge  et  ailleurs,  M.  Wil- 
motte  formait  des  élèves.  11  sut  les  attirer  dès  le  début  et  les 
intéresser  hautement  par  des  études  vivantes  de  ces  chers  patois 
dédaignés;  il  fit  des  promenades  linguistiques  avec  eux;  il  les 
initia  aux  méthodes  d'observation  et  de  notation;  bref  il  fit  ce 
que  d'autres  autour  de  lui  n'avaient  jamais  réussi  ou  songé  à 
faire  :  il  fit  aimer  la  philologie  en  général,  et,  en  particulier,  la 
philologie  wallonne.  Son  attention  se  portait  même  sur  d'autres 
élèves  que  les  siens  propres;  il  recevait  chez  lui  tous  les  jeunes 
gens  de  bonne  volonté  et  les  initiait  aux  méthodes  scientifiques  ; 
et  cette  influence  s'étendait  par  ceux-ci  de  proche  en  proche. 

Les  fruits  de  cet  enseignement  se  montrèrent  bientôt.  Dès  1887, 
Aug.  Doutrepont  publiait  une  transcription  phonétique  des  Noëls 
wallons  dans  la  Revue  des  patois  gallo-romans;  en  1890,  Paul 
Marchot  publiait  des  Vocables  couvinois,  des  Notes  sur  le  patois 


(')  J.   STiiRZlXGER,   Remarks  on   the  conjuration  of  the  walloman  dialect^ 
dans  Transaction  of  the  modem  langnage  Association  in  America,  I,  204. 
Horning,   dans  la  Zeitschrift  fur  rom.  PhiL,  IX.      -  Altenburg,    Versuch 
einer  Darstellung  der  wallonischen  Muvdart,  Eupen,  1880. 


-  4o- 

de  Saint-Hubert  dans  la  Revue  de  philologie  française  et  proven- 
çale, des  études  phonétiques  sur  les  patois  du  Luxembourg 
central  et  du  Luxembourg-  méridional  dans  la  Revue  des  j>atois 
gallo-romans.  M.  Georges  Doutrepont  consacre  sa  thèse  de 
l'École  normale,  en  1890,  à  une  étude  linguistique  sur  Jacques  de 
Hemricourt  et  son  époque,  en  môme  temps  qu'il  présentait  aux 
concours  de  la  Société  wallonne  une  remarquable  étude  morpho- 
logique et  phonétique  sur  le  verbe  en  wallon.  Cette  étude,  publiée 
en  1892  dans  le  Bulletin,  est  le  prélude  d'une  période  nouvelle. 
A  la  même  époque  paraissait  le  Bulletin  de  folklore  wallon  sous 
la  direction  d'Eugène  Monseur,  et  un  groupe  d'élèves  et  d'amis 
offraient  à  Maurice  Wilmotte  les  Mélanges  wallons,  recueil  de 
linguistique  et  de  folklore. 

Dès  lors  l'élan  est  rendu  aux  études  philologiques.  Le  Bulletin 
de  1895  publie  une  phonétique  comparative  du  gaumais  et  du 
wallon,  en  même  temps  que  paraît  le  premier  lexique  régional,  le 
lexique  du  patois  gaumet  de  M.  Liégeois.  La  série  de  ces  voca- 
bulaires dialectaux,  plus  utiles  au  point  de  vue  de  la  phonétique 
et  de  la  morphologie  que  les  vocabulaires  technologiques,  se 
continuera  plus  tard  par  le  Complément  de  M.  Liégeois  (1902), 
par  le  Vocabulaire  du  dialecte  de  Stavelot,  de  M.  Haust  (1904), 
par  le  Vocabulaire  du  dialecte  de  Perwez  que  MM.  Dory  et  Haust 
ont  annexé  aux  Poésies  de  l'abbé  Courtois  (1905).  Nous  avons 
même  à  signaler  un  travail  de  phonétique  pure  :  la  Carte  linguis- 
tique de  l'arrondissement  de  Namur  par  M.  Alph.  Maréchal 
(1900)  (»). 

En  même  temps,  de  jeunes  savants  étrangers,  influencés  par  la 
faveur  dont  jouissaient  chez  nous  les  études  de  linguistique 
wallonne,  publient  des  notes  et  des  monographies  excellentes  sur 
nos  patois.  Ainsi  Zéliqzon  étudia  la  phonétique  de  la  Wallonie 
prussienne;  Niederliinder  profita  de  son  alliance  avec  une  famille 
namuroise  pour  étudier  sur  place,  et  très  profondément,  la  phoné- 
tique du  patois  de  Namur  (2). 

Toutes  ces  études  convergaient  vers  un  but.  La  Société  en  effet, 
sous  l'impulsion  d'éléments  nouveaux,  et  bien  secondée  par  son 


!!  faudrait  signaler  encore  nue  œuvre  importante,  qui  n'a  pas  été 
imprimée,  l'Etude  comparée  de  la  syntaxe  wallonne  et  de  la  syntaxe  française 
depuis  le  XVIIe  siècle,  thèse  présentée  en  189:1.  par  M.  A.  Charlier,  à  la 
faculté  «le  philosophie  et  lettres  de  Liège  en  section  romane,  puis  l'année 
suivante  à  la  Société  liégeoise  de  Littérature  wallonne,  qui  la  couronna. 

(*)  ZÉLIQZON,  Die  franz.  Mundart  in  der  preuss.  Wallonie,  dans  la  Zeit- 
schrift  fur  ro/n.  Pltil..  XVII.  —  .T.  NlEDERLAENDER,  Die  Mundart  uonXamur, 
ibid.,  XXIV. 


-  4i  - 

président,  M.  \.  Lequarré,  méditait  l'exécution  d'un  grand  dic- 
tionnaire général  dos  patois  romans  de  Belgique.  Il  fallait  donc 
songer  à  créer  un  système  d'orthographe  assez  pratique  pour 
convenir  aux  écrivains  wallons,  assez  scientifique  pour  ne  pas 
jeter  le  wallon  en  dehors  des  traditions  romanes.  De  là  l'Essai 
d'orthographe  wallonne  (t.  41-  fasc  I;  1901),  de  là  les  Règles 
d orthographe  wallonne  (t.  41»  tase-  H,  1902;  2e  édition  en 
août  1905)  et  plusieurs  belles  polémiques  sur  cette  question. 
Aujourd'hui  que  la  qnerelle  parait  définitivement  vidée, la  Société 
s'est  attelée  au  Dictionnaire.  En  même  temps  qu'elle  étendait  et 
systématisait  pour  le  dehors  la  série  de  ses  concours  annuels, 
qui  embrassent  maintenant  toutes  les  manifestations  littéraires  et 
philologiques,  elle  réorganisait  au  dedans  ses  différents  services, 
notamment  celui  des  publications  et  celui  de  la  bibliothèque,  elle 
chargeait  une  commission  de  lui  présenter  un  projet  spécimen 
du  Dictionnaire  de  la  langue  wallonne.  Le  Projet  a  paru  (1904), 
il  a  reçu  l'approbation  de  M.  Wilmotte  au  Congrès  de  Mons 
(août  1904),  de  M.  A.  Thomas,  professeur  de  philologie  à  la 
Sorbonne,  dans  Romania  (janvier  1905),  et  de  beaucoup  d'autres 
autorités.  La  commission  nommée  définitivement  continue  ses 
enquêtes  et  ses  travaux  préparatoires.  Composée  de  purs  wallons 
en  possession  chacun  de  trois  ou  quatre  dialectes,  qui  emploient 
leurs  vacances  à  parcourir  les  villages  du  pays  wallon,  pour 
étudier  sur  place,  pour  recruter  des  adhérents  et  des  correspon- 
dants, qui  consacrent  leurs  loisirs  depuis  vingt-cinq  ans  à  la  lin- 
guistique et  à  la  récolte  de  matériaux  en  vue  de  cette  œuvre, 
elle  est  capable  de  mener  l'ouvrage  à  bonne  fin. 

Mais,  pour  la  continuer  largement  et  dignement,  ils  demandent 
l'appui  de  la  Wallonie,  l'appui  de  la  Belgique  et  des  pouvoirs 
publics.  Nous  avons  quelque  droit  à  l'affirmer  :  il  existe  une 
école  de  philologie  wallonne  qui  mérite  d'être  encouragée  dans 
ses  travaux.  Cette  branche  si  importante  de  la  philologie  romane 
ne  doit  pas  être  abandonnée  aux  mains  des  savants  étrangers. 
Il  y  va  de  l'honneur  du  pays,  nous  semble-t-il,  de  la  faire  fleurir 
dans  la  capitale  même  du  monde  wallon. 

Quant  à  la  question  de  création  d'une  académie  wallonne,  n'est 
elle  pas  aux  trois  quarts  résolue?  Elle  existe,  cette  académie; 
elle  est  même  en  possession  du  nom:  il  n'y  manque  vraiment  que 
la  reconnaissance  officielle,  et  même  la  Société  wallonne  la 
posséderait  aujourd'hui,  n'avait  été  l'opposition  d'un  membre 
influent,   frondeur   par   caractère,   le   regretté  J.    Delbœuf,  qui 


-42  - 

pensait  beaucoup  de  mal  des  académies.  Plus  pénétré  des  devoirs 
et  des  sujétions  attachés  à  ce  titre  que  de  l'avantage  moral  que  la 
Société  en  retirerait,  Delbœuf  combattit  les  propositions  offi- 
cieuses faites  par  M.  de  Burlet.  Aujourd'hui,  nous  pensons  que 
l'opposition  de  .1.  Delbœuf  resterait  sans  écho.  Non  pas  que  le 
titre  d'académicien  nous  éblouisse,  mais,  s'il  peut  contribuer  à 
l'unité,  à  la  grandeur,  au  triomphe  du  mouvement  littéraire  et 
scientifique  wallon,  il  faut  en  user. 

VI. 
De  l'utilité  du  «  Dictionnaire  wallon  »  (') 

Messieurs, 

M.  Lequarré,  notre  dévoué  président,  vient  de  vous  souhaiter 
la  bienvenue  au  nom  de  la  Société  liégeoise  de  Littérature 
wallonne.  A  mon  tour,  je  vous  souhaite  la  bienvenue  au  nom  des 
membres  du  comité  spécial  du  Dictionnaire.  Vous  avez  bien 
voulu  venir  à  notre  appel,  quoique  nous  n'eussions  pas  imposé  de 
grosses  cotisations,  ni  promis  un  meeting  monstre  :  c'est  très 
méritoire  et  nous  vous  en  remercions  de  tout  cœur.  Nous  voulions 
une  réunion  intime,  sans  embarras,  sans  dépense,  sans  charla- 
tanisme, dans  notre  local,  qui  n'est  pas  grand,  ni  princier; 
mais  puisse-t-il  être  toujours  plein  de  vrais  amis  comme  aujour- 
d'hui ! 

Puisque  l'honneur  m'est  échu  d'ouvrir  le  feu  pour  vous  parler 
de  notre  cher  Dictionnaire,  afin  de  procéder  avec  ordre,  je  dois 
vous  entretenir  de  l'utilité  et  de  l'opportunité  de  cette  œuvre. 

Peut-être  pensez-vous  intérieurement  qu'il  n'est  guère  besoin 
d'en  démontrer  l'utilité.  Chacun  sent  vaguement  qu'une  pareille 
œuvre  est  utile.  Et  cependant,  dans  les  campagnes,  lorsque, 
commis-voyageurs  sans  marchandises,  sans  capital  et  sans 
revenus,  nous  annonçons  pudiquement,  à  mots  couverts  afin  de  ne 
pas  effaroucher,  pourquoi  nous  faisons  nos  tournées,  nous  sommes 
accueillis  soit  par  de  beaux  rires  qui  fendent  les  visages  d'une 
oreille  à  l'autre,  soit  par  quelque  lueur  discrète  du  regard  aussitôt 
réprimée,  mais  qui  signifie  :  «  Toi,  mon  garçon,  tu  n'es  guère 


(')  Discours  prononcé  à  la  première  réunion  des  correspondants  du  Dic- 
tionnaire wallon,  le  9  septembre  1900,  inséré  au  Hulletin  du  Dict.  général  de 
la  langue  wattonne,  I,  i5-2i. 


-43- 

sérieux.  Nous  ne  te  gobons  pas.  C'est  quelque  farceur  de  la  ville 
qui  vient  pour  se  moquer  de  nous,  pour  débaucher  nos  filles. 
Ouvrons  l'œil,  et,  en  attendant,  vendons-leur  beaucoup  de  chopes, 
de  cigares  et  d'almanachs  ».  Que  répondrez-vous,  chers  amis  et 
collaborateurs,  lorsque,  a  votre  tour,  vous  profiterez  de  vos 
courses  et  de  vos  rencontres  pour  poser  des  questions  ?  Il  faut 
que  vous  puissiez  répondre,  et  vous  justifier,  et  faire,  si  possible, 
un  peu  de  propagande  autour  de  l'œuvre  commune.  Il  faut  que, 
vous  aussi,  vous  releviez  un  peu  le  wallon  aux  yeux  des  campa- 
gnards. Or,  par  quels  arguments  leur  montrerez-vous  que  c'est 
sérieux  ? 

Il  y  a,  il  est  vrai,  l'argument  d'autorité.  Dire  que  des  hommes 
d'étude,  des  gens  en  lunettes  qui  ont  vieilli  sur  les  livres,  des 
professeurs  d'Université  comme  MM.  Aug.  Doutrepont  et  Nicolas 
Lequarré,  s'occupent  des  patois  et  y  consacrent  leurs  veilles, 
c'est  employer  un  argument  d'autorité,  et  c'est  souvent  le  seul 
possible.  La  difficulté  est  de  persuader  au  campagnard  que  c'est 
bien  vrai  ?  Aussi  est-il  bon  d'avoir,  dans  sa  serviette  ou  dans  sa 
marmotte,  quelques  spécimens  des  derniers  travaux  exécutés. 

A  cette  annonce  de  dictionnaire,  de  plus  instruits  croiront 
avoir  trouvé  une  utilité  suffisante  pour  ne  pas  vous  accueillir  par 
des  rires  incrédules  :  «  Un  dictionnaire  wallon?  de  tous  les  patois 
wallons?  Ah!  bien!  Charmant!  on  y  découvre  de  vieux  spots  de 
nos  grand'mères  qui  tombent  en  désuétude  et  qui  sont  cocasses. 
Il  y  en  a,  Dieu  me  pardonne,  de  très  décolletés.  Et  puis,  on 
s'amusera  de  voir  comment  parlent  les  Wallons  des  autres  pro- 
vinces! »  On  s'amusera,  soit!  Je  ne  recule  pas  devant  ce  résultat 
et  je  l'inscris  en  premier. 

Nous  ne  voulons  pas  nécessairement  faire  une  œuvre  funèbre. 
On  s'amusera  dans  ce  sens  qu'on  reprendra  contact  avec  la  naïveté 
savoureuse,  avec  la  grasse  et  rouge  matérialité  des  patois  du 
terroir  wallon.  Mais  s'il  n'y  avait  que  cette  utilité,  nos  professeurs 
en  lunettes  passeraient  la  plume  aux  rédacteurs  de  fabliaux  et  de 
journaux  wallons,  qui  s'acquitteraient  bien  mieux  qu'eux  de  la 
plaisante  besogne.  Il  y  a  donc  d'autres  raisons. 

Tous  les  auteurs  wallons,  tous  les  curieux  de  littérature  wal- 
lonne reconnaîtront  sans  peine  l'utilité  d'un  bon  dictionnaire, 
plus  méthodique  et  plus  complet  que  ceux  qui  existent.  Les  litté- 
rateurs puisent  plus  qu'ils  ne  l'avouent  dans  les  dictionnaires. 
Ils  sentent  que  leur  connaissance  de  la  langue  n'est  jamais  que 
fragmentaire  et,  amateurs  de  termes  anciens  frappés  au  bon  coin, 


-  44- 

d'expressions  pittoresques  ou  énergiques,  ils  étudient  les  recueils. 
'IV1  compose  su  palette  de  descriptif  à  l'aide  des  mots  rares 
entendus  dans  les  villages  ou  empruntés  au  dictionnaire.  Celui-ci 
s'est  fait  une  copieuse  collection  de  rimes.  Ce  chansonnier  possède 
vraiment  toutes  les  ressources  de  la  langue;  c'est  un  vieux  Wallon, 
un  fin  Wallon,  un  pur  Wallon.  Et  l'on  vous  étonnerait  beaucoup 
si  on  vous  disait  que  ce  pur  se  documente  dans  les  lexiques.  Il  sait 
parler  son  wallon  parce  qu'il  l'apprend.  Dites-moi  pourquoi  les 
mots  rares  que  vous  admirez  dans  telle  pièce  commencent  tous 
par  la  même  lettre?  C'est  parce  que  l'auteur  en  est  arrivé  à  cette 
lettre  dans  son  étude  systématique  du  dictionnaire.  Et  je  ne 
songe  pas  à  les  en  incriminer,  je  constate.  Il  me  semble  tout 
naturel  qu'on  apprenne  sans  cesse  ce  que  l'on  ne  sait  jamais 
qu'imparfaitement;  et,  à  ce  point  de  vue,  nous  veillerons  à  ce  que 
notre  dictionnaire  soit  beaucoup  plus  complet  et  plus  méthodique, 
donc  beaucoup  plus  instructif  que  tous  les  autres  réunis.  Nous 
voulons  qu'il  soit  le  trésor  du  wallonisant. 

Limité  à  ce  seul  but,  le  travail  vaudrait  déjà  la  peine  d'être 
entrepris  sur  des  bases  scientifiques.  Il  est  pourtant  une  utilité 
plus  haute,  plus  lointaine,  plus  générale.  Mais  ici  la  démonstra- 
tion devient  si  complexe  que  je  ne  sais  par  où  commencer. 

Le  discrédit  jeté  partout  sur  les  patois  wallons  provient  de  ce 
qu'on  les  considère  comme  du  français  corrompu.  C'est  le  plus 
funeste  des  préjugés  que  vous  ayez  à  extirper.  Le  wallon  n'est  ni 
un  bâtard,  ni  un  adultérin,  ni  un  avorton,  ni  un  enfant  qui  a  mal 
tourné.  C'est  un  fils  très  sain  et  très  digne  de  la  même  mère  que 
le  français.  Cette  mère  commune  est  la  langue  latine.  Le  wallon 
est  resté  dans  ses  terres  en  gentilhomme  campagnard,  tandis  que 
le  français  est  allé  faire  le  beau  à  la  cour.  Là  gît  tout  le  secret  de 
la  différence.  Le  wallon  est  resté  libre,  fruste,  solide;  il  n'a  pas 
acquis  les  fines  manières  et  les  richesses  de  son  frère  le  parvenu. 
Mais  il  est  aussi  noble  que  l'autre.  Le  latin  que  vous  chantez  à 
l'église  et  le  patois  que  vous  parlez  au  cabaret  sont  une  seule  et 
même  langue.  Un  dictionnaire  qui  étudie  non  seulement  le  présent 
des  mots,  mais  leur  passé,  le  démontrera.  11  rendra  au  wallon 
sa  dignité  aux  yeux  de  ceux  qui  le  méprisent. 

11  n'y  a  point  de  langues  méprisables.  Toutes  sont  parentes,  à 
des  degrés  divers.  Toutes  sont  des  produits  de  l'ingéniosité 
humaine  et  reflètent  les  idées,  les  sentiments,  les  croyances  des 
hommes,  dans  tel  siècle  et  à  telle  latitude.  L'histoire  d'un  mot  est 
bien  plus  importante  que  l'histoire  d'un  grand  coup  d'épée.  Si  vous 


-45- 

savez  considérer  l'histoire  comme  l'étude  de  tout  le  passé  humain, 
de  toutes  les  créations  humaines,  vous  serez  aussitôt  pénétrés  de 
ce  sentiment  que  les  langues  sont  des  philosophies  concrètes,  que 
les  mots  sont  des  êtres  psychiques,  symboles  de  nos  idées  vraies 
ou  fausses.  D'où  viennent-ils?  quelles  transformations  de  son  et 
de  sens  ont-ils  subies  pendant  leur  longue  carrière?  quel  état 
d'esprit,  quel  degré  de  civilisation  suppose  ce  proverbe  ancien,  ce 
conte,  cette  croyance,  ce  dicton  ?  Les  mots  sont  des  témoins  qui 
en  disent  bien  plus  long  que  les  médailles,  les  poteries,  les  fibules, 
les  lacrimatoires  de  nos  musées. 

Mais  un  mot,  une  langue  ne  peut  s'étudier  isolément.  C'est  par 
la  comparaison  qu'on  réussit  à  pénétrer  le  mystère  des  origines  et 
des  évolutions  du  langage.  Le  wallon,  frère  du  français,  l'est  aussi 
de  l'italien,  de  l'espagnol,  du  portugais,  du  provençal;  il  fait 
partie  du  groupe  des  langues  romanes,  c'est-à-dire  romaines  ou 
issues  du  latin.  Or  l'état  ancien  d'une  langue  ne  nous  est  connu 
que  par  les  œuvres  littéraires,  historiques,  etc.,  qui  nous  restent 
de  cette  langue,  et  ces  œuvres  ont  elles-mêmes  besoin  de  longues 
et  patientes  explications.  L'étude  des  œuvres,  des  langues,  des 
esprits  et  des  mœurs  d'autrefois  ne  peut  s'exécuter  que  par  com- 
paraison. On  complète  par  des  langues  voisines  des  séries  de 
phénomènes  qui  manquent.  Ainsi  on  demande  à  un  patois  d'ex- 
pliquer tel  mot  de  la  langue  de  Rabelais  que  le  français  n'a  pas 
conserve.  Un  humble  terme  wallon  peut  éclairer  les  origines  de 
vocables  et  partant  d'usages  ou  d'idées  de  provenance  obscure  en 
terre  française  ou  dans  d'autres  pays  romans.  Celui  qui  éclaircira 
les  origines  du  mot  houye,  hoye  (houille),  fournira,  en  faisant  de 
l'etymologie,  les  linéaments  d'un  chapitre  d'histoire  économique. 
Montrer  que  crompîre  a  une  origine  flamande,  n'est-ce  pas  infir- 
mer la  croyance  traditionnelle  que  la  parnientière  serait  venue  de 
France  dans  nos  provinces  de  l'Est?  L'existence  de  Bazin  et  de 
Baligand  dans  nos  dialectes  ne  témoigne-t-elle  pas  de  la  popularité 
de  certaines  chansons  de  gestes?  Où  peut-on  trouver  des  preuves 
de  l'occupation  franque  dans  le  Sud  et  doser  en  quelque  sorte 
le  bilinguisme  des  provinces  wallonnes,  sinon  dans  l'étude  des 
villas  et  des  cimetières  francs  d'une  part,  et,  d'autre  part  et 
surtout,  dans  l'étude  des  noms  de  lieux  qui  nous  restent  de  cette 
époque  ? 

Faire  de  l'etymologie  wallonne,  c'est  donc  tour  à  tour  faire  de 
l'histoire  politique,  de  la  toponymie,  de  l'histoire  économique, 
littéraire,  artistique,  de  la  philosophie;  c'est  travailler  pour 


-46- 

autres  langues,  romanes  et  même  germaniques  ;  c'est  travailler 
pour  la  philologie  classique,  dont  les  phénomènes  phonétiques  se 
comprennent  bien  mieux  à  la  lumière  des  phénomènes  observés 
dans  nos  humbles  patois  C'est  travailler  pour  le  français,  notre 
éminent  frère.  En  voulez-vous  un  exemple  saillant?  Voici  un  mot, 
le  mot  orvet,  que  le  savant  dictionnaire  de  Hatzfeld-Darmesteter- 
Thomas  présente  «  comme  de  même  famille  que  le  provençal 
aneduelh  ».  Les  auteurs  ont  beau  invoquer  les  variantes  arguei 
et  anioei,  le  berrichon  aneuil  ;  ils  ont  beau  insinuer  ensuite  que 
orvet  semble  une  forme  influencée  par  l'ancien  français  orb 
(aveugle)  :  la  conviction  ne  se  fait  pas  en  moi.  Or  un  jour  l'étude 
du  patois  de  Tintigny-Rossignol  (sud  du  Luxembourg)  me  fournit 
lourvége  =  orvet.  Notre  correspondant  de  Prouvy,  M.  Roger, 
note  dans  son  travail  que  le  nom  de  l'orvet  est  lôrvér  ou  ôrvér. 
Ôrvér,  c'est  un  peu  plus  proche  de  orvet  que  le  provençal 
aneduelh  !  Ne  me  faites  pas  dire  que  le  mot  français  vient  de 
Prouvy,  je  veux  simplement  montrer  que  c'est  le  même  mot 
de  part  et  d'autre.  Un  ver  se  dit  vége  à  Tintigny  et  vér  à  Prouvy. 
La  coexistence  des  formes  vége-lourvége,  vér-lôrvér  me  pousse 
à  conclure  que  j'ai  affaire  à  un  mot  composé  dont  la  dernière 
partie  signifie  ver.  Mais  que  signifie  la  première  ?  L'orvet  n'ayant 
rien  de  lourd,  bien  au  contraire,  il  fait  conclure  que  la  forme 
intégrale  est  ôrvér,  que  /  est  un  article  agglutiné  par  méprise  au 
substantif.  Il  ne  reste  donc  plus  qu'à  expliquer  ôr-,  qui  s'expli- 
quera comme  dans  orpiment,  orfèvre,  par  le  génitif  auri.  L'orvet 
est  donc,  par  étymologie  comme  dans  la  nature,  un  ver  d'or. 
Les  formes  provençales  citées  semblent  au  contraire  être  des 
dérivés  de  anguis.  Quant  au  français  orvet,  on  saura  quelque 
chose  de  précis  sur  son  lieu  de  provenance  quand  on  aura  trouvé 
dans  quelle  province  l'r  du  latin  verme(m)  s'amuït.  Il  suffirait  de 
chercher  dans  la  Faune  populaire  de  Rolland. 

Mais  c'est  trop  peu  dire  que  d'affirmer  l'utilité  de  l'étude  du 
wallon  au  point  de  vue  des  langues  romanes  :  la  position  du 
wallon  à  la  frontière  germanique,  la  longue  trituration  qu'il  a 
subie  par  suite  de  la  colonisation  franque  et  dans  sa  phonétique 
et  dans  son  lexique,  font  de  lui  un  champ  d'expériences  indispen- 
sable au  français  et  doublent  son  importance  dans  le  concert  des 
langues  romanes 

Laisserons-nous  les  étrangers,  Allemands  et  Français,  intro- 
duire à  l'envi  dans  leurs  revues  de  philologie  et  dans  leurs  uni- 
versités l'étude  de  ce  précieux  dialecte,  et  ne  ferons-nous   rien 


-47- 

pour  assurer  dans  la  mémoire  des  hommes  la  permanence  d'un 
idiome  qui  menace  de  s'éteindre?  Il  est  grand  temps  de  nous 
mettre  à  l'œuvre.  Le  commerce,  les  journaux,  l'école  primaire 
font  aux  patois  une  guerre  inconsciente  et  d'autant  plus  sûre. 
Il  faut  se  hâter  de  recueillir,  loin  des  centres,  dans  les  villages 
écartés,  à  l'abri  des  chemins  de  fer  et  des  grand'routes,  les  restes 
d'un  langage  qui  n'est  plus  destiné,  vraisemblablement,  à  vivre 
des  siècles.  C'est  pourquoi  nous  y  travaillons,  depuis  nombre 
d'années  déjà,  et  c'esl  pourquoi  nous  vous  convions  à  y  travailler 
avec  nous. 

VII. 
Instructions  à  nos  correspondants  du  Dictionnaire  wallon  ('). 

«  J'aime  le  wallon  ;  la  saveur  de  nos  dialectes  me  grise  ;  je  seus 
combien  le  wallon  est  riche,  et  j'ai  souvent  songea  en  recueillir 
les  dictons  caractéristiques  et  les  mots  les  plus  curieux:  mais  à 
quoi  bon?  Ce  que  je  recueillerais  serait  une  goutte  d'eau  de  la 
mer. 

—  Donnez-nous-la  quand  même,  votre  goutte  d'eau.  Elle  sera 
reçue  avec  recon naissance.  Devenez  donc  correspondant  du 
Dictionnaire  wallon.  » 

Protestations  d'amour  pour  notre  vieux  langage,  exhortations  à 
nous  aider  dans  l'œuvre  (pie  nous  avons  entreprise,  tel  est  le  schéma 
d'un  dialogue  que  nous  avons  provoqué  cent  fois.  «  Mais  à  quoi 
s'engage-t-on  ?  »,  dit  alors  la  personne  interviewée,  «  et  comment 
faut-il  s'y  prendre  ?  —  Et  quel  est  le  traitement  ?  »,  ajoutent  mali- 
gnement les  sceptiques.  C'est  pour  répondre  à  ces  questions  bien 
naturelles  que  nous  reprenons  la  parole. 

La  commission  du  Dictionnaire  ne  demande  à  ses  correspon- 
dants ni  connaissances  spéciales,  ni  engagements  à  long  terme,  ni 
promesses  formelles,  ni  devoirs  ardus.  Votre  nom  que  nous 
inscrivons,  signifie  que  vous  vous  intéressez  à  notre  œuvre  et  que 
vous  seriez  disposé,  le  cas  échéant,  à  nous  aider  de  vos  renseigne- 
ments. Il  y  aura,  évidemment,  plusieurs  catégories  de  correspon- 


C1)  Préface  composée  pour  le  premier  n°  du  Bulletin  du  Dictionnaire 
général  de  la  langue  wallonne  paru  en  janvier  1906.  Ce  bulletin,  rédigé 
par  MM.  Doutrepont.  Feller  et  Haust,  depuis  190G.  a  pour  but  de  tenir 
les  rédacteurs  du  Dictionnaire  wallon  en  rapport  constant  avec  leurs  corres- 
pondants, de  faire  peu  à  peu  l'éducation  linguistique  du  public  wallon,  de 
procurer  aux  philologues  étrangers  des  matériaux  d'étude  plus  sûrs  que 
ceux  des  dictionnaires  wallons  existants. 


-  48  - 

dants.  Les  nus  ne  comptent  pas  l'aire  acte  d'initiative,  mais  se 
déclarent  prêts  à  nous  fournir  des  renseignements  quand  nous 
leur  en  demanderons.  D'autres,  sans  doute  en  grand  nombre,  ont 
assez  de  zèle,  de  goût  et  de  loisir  pour  nous  donner  une  collabo- 
ration spontanée,  active  et  suivie.  Entre  ces  deux  espèces,  tous  les 
intermédiaires  sont  possibles.  Donc  vous  êtes  des  nôtres  du 
moment  que  vous  avez  le  désir  de  coopérer  à  une  oeuvre  dont  vous 
reconnaissez  l'importance  et  pour  laquelle  nous  affirmons  (pie 
vous  pouvez  nous  être  utiles. 

Surtout  qu'on  ne  laisse  pas  de  se  déclarer  par  crainte  d'être 
insuffisant  à  la  tâcbe.  Qu'on  ne  s'imagine  pas  que  nous  tenons  à 
la  lettre  moulée,  au  papier  glacé,  à  une  orthographe  impeccable. 
Nous  n'organisons  ni  un  concours  d'écriture,  ni  un  concours  de 
dictées.  Nous  ne  demandons  à  personne  de  danser  sur  une  corde 
tendue  entre  deux  précipices.  Nous  cherchons  simplement  des 
hommes  de  bonne  volonté.  Nous  insistons  sur  ces  points  parce 
que  nous  savons  qu'il  faut  dissiper  la  défiance  et  secouer  la  torpeur 
des  Wallons  de  nos  campagnes.  Pour  eux,  souvent,  par  suite  de 
préjugés,  écrire  une  lettre  est  une  terrible  affaire,  que  l'on  ajourne 
volontiers  aux  calendes  grecques.  Par  crainte  de  mal  faire,  ou  de 
mal  dire,  ou  de  mal  écrire,  on  diffère  toujours.  Nous  avons 
connu  des  paysans  qui  faisaient  six  lieues  à  pied  et  dépensaient 
une  journée  pour  une  commission  qui  ne  demandait  qu'une 
carte-correspondance.  Nous  voudrions  secouer  cette  inertie  et 
inspirer  une  confiance  telle  que  jamais  il  n'y  eût  ni  répugnance 
ni  hésitation  à  saisir  une  plume  ou  un  crayon  pour  correspondre 
avec  nous. 

Tel  est  instituteur.  Il  pourrait  nous  fournir  une  aide  précieuse, 
car  il  a  eu  l'occasion  de  comparer  le  patois  de  son  village  natal 
avec  celui  du  village  où  il  exerce  ses  fonctions.  Mais  il  n'ose 
prendre  sur  lui  de  nous  adresser  des  renseignements.  Il  craint 
d'être  critiqué  ;  il  s'imagine  que  nous  allons  éplucher  son  ortho- 
graphe wallonne,  incriminer  ses  définitions,  ses  explications. 
Donc  il  s'abstient.  Et  c'est  pourquoi  nous  ne  saurions  trop  insister 
auprès  de  lui.  Erreur,  erreur  !  lui  crions-nous.  Nous  ne  songeons 
pas  à  chercher  les  puces  dans  la  crinière  du  lion.  Nous  nous 
moquons  de  tous  les  excès  de  purisme.  Nous  avons  l'habitude  de 
correspondre  avec  des  ouvriers  plus  habiles  à  manier  la  faux  ou 
la  pioche  que  la  règle  et  la  plume,  et  nous  avons  toujours  re<:u 
avec  le  plus  vif  intérêt  leurs   communications. 


-  49- 
Siuons  étions  étrangers  aux  infinies  variétés  du  dialecte  wal- 
lon, nous  serions  forcés  de  pratiquer  la  prudence,  Nos  instructions 
seraient  d'autant  plus  défiantes  que  nous  nous  défierions  davan- 
tage de  nos  propres  connaissances.  Mais,  par  bonheur,  nous 
n'avons  pas  besoin  d'user  de  tant  de  précautions.  Chacun  de  nous 
sait  d'enfance  plusieurs  dialectes  wallons.  Par  l'étude,  par  des 
voyages  répétés,  nous  avons  acquis  l'expérience  des  autres  dia- 
lectes. Nous  ne  savons  pas  tout,  parce  qu'on  ne  peut,  en  voyage, 
interroger  sur  quelque  trente  mille  mots  dans  chaque  commune, 
—  et  c'est  justement  pourquoi  nous  faisons  appel  au  dévouement 
de  collaborateurs  ;  —  mais  nous  sommes  assez  familiers  avec  le 
monde  wallon,  nous  en  avons  assez  pétri  la  pâte  pour  avoir  le 
droit  de  compter  un  peu  sur  nous  et  exiger  d'autant  moins  de  nos 
correspondants.  Le  contrôle  des  matériaux  rassemblés  s'exer- 
cera souvent  par  comparaison  d'une  façon  presque  mécanique,  et, 
en  cas  de  doute,  nous  écrirons  à  nos  correspondants  pour  leur 
soumettre  la  difficulté,  ou  nous   irons  vérifier  sur  place. 

Nos  collaborateurs  amont,  pour  continuer  nos  enquêtes,  des 
facilités  que  nous  ne  pouvons  avoir.  Pour  opérer  cette  analyse 
du  patois  local  avec  l'ampleur  désirable,  ils  ont  devant  eux  les 
jours  et  les  soirs,  et  les  mois,  et  même  les  années,  —  car  notre 
œuvre  ne  se  fera  pas  en  un  an  !  Ils  sont  sur  les  lieux,  mêlés  à  la 
population,  qui  ne  se  gêne  pas  devant  eux  pour  filer  la  conversa- 
tion au  naturel,  en  reparties  mordantes,  en  termes  bien  frappés, 
tout  vifs  et  tout  crus.  Eux,  ils  inspirent  confiance.  On  leur  débi- 
tera des  contes,  des  fantaisies,  des  rîmes,  des  spots  qu'on  nous 
cacherait  soigneusement.  Xous,  messieurs  de  la  ville,  dont  le 
peuple  des  campagnes  se  fait  parfois  une  si  fausse  idée,  nous  ne 
pouvons  guère  atteindre  le  peuple  à  la  soirée,  au  jeu,  à  la  danse. 
On  se  contraint  devant  nous  ;  on  veut  être  conforme,  hélas  !  à  ce 
monde  sans  traditions  et  sans  poésie  que  nous  coudoyons.  Pour 
entrer  dans  les  bonnes  grâces  du  campagnard,  il  nous  faut  des 
ruses,  des  patelinages  qui  demandent  des  préparations  savante-. 
et  du  temps  !  Nos  correspondants  sont  débarrassés  de  tous  ces 
ambages.  On  verra,  eux,  qu'ils  ne  se  moquent  pas.  Une  fois  qu'ils 
auront  expliqué  le  but,  on  ira  au  devant  de  leur  désir.  Nous 
savons  des  endroits  où  le  wallon,  jusque-là  méprisé  comme  un 
infâme  patois,  est  maintenant  un  sujet  de  conversations  et  de 
remarques  incessantes,  depuis  qu'il  y  a  là  un  homme  du  pays 
affilié  à  la  puissante  société  de  Liège  et  qui  fait  au  vieux  jargon 

4 


-  5o  - 

l'honneur  de  le   coucher  par  écrit  dans  son  calepin  po  fé  on  live, 
po  fé  on  dicsioncre  ! 

Mais  supposons  le  principe  admis.  Qui  donc  sera  qualifié  pour 
prendre  cette  initiative  ?  Et  où,  et  quand  sera-t-il  le  plus  commode 
de  faire  ces  enquêtes  ?  Comment  s'y  prendre  ?  Sous  quelle  forme 
en  livrer  les  résultats  ?  Répondons  à  chacune  de  ces  questions. 

D'abord  notre  appel  s'adresse  à  quiconque  est  capable  de 
prendre  une  note.  Un  artisan  qui  connaît  bien  les  termes  de  son 
métier  pourrait  nous  être  un  auxiliaire  précieux  rien  qu'en  nous 
signalant  ces  termes.  Un  agriculteur  nous  rendrait  service  en 
inscrivant,  au  hasard  de  ses  idées  et  de  ses  loisirs,  la  langue  de  la 
vie  agricole  dans  son  canton.  Que  les  instituteurs  surtout  ne 
croient  pas  que  leur  dignité  ou  leur  apostolat  les  force  à  mépriser 
le  langage  de  leur  mère  et  de  leur  enfance.  Plus  que  les  autres, 
ils  sont  à  même  d'observer  les  phénomènes  linguistiques  (1).  S'ils 
sont  originaires  d'une  autre  commune,  ils  ont  eu  l'occasion  de 
remarquer  des  différences,  qui  nous  seraient  précieuses,  dans 
l'emploi  des  termes,  dans  la  signification,  dans  la  prononciation. 
Enfin  le  culte,  la  magistrature,  les  fonctions  municipales  laissent 
certainement  des  loisirs  qu'on  pourrait  employer  plus  mal  ou 
d'une  manière  moins  attrayante  qu'à  l'étude  des  moeurs,  des  cou- 
tumes, du  langage.  Nous  ne  voulons  point,  d'ailleurs,  répétons-le, 
que  l'acceptation  des  fonctions  de  correspondant  du  Dictionnaire 
wallon  soit  jamais  pour  quelqu'un  une  fatigue   ou  une  obsession. 

Que  faut-il  recueillir  de  préférence?  Quel  choix  faut-il  faire 
dans  la  masse  énorme  des  phénomènes  d'un  idiome  local  ?  Nous 
prions  nos  correspondants  de  noter  avant  tout  les  mots  rares,  ces 
vieux  mots  qu'on  ne  recueille  plus  guère  que  sur  les  lèvres  des 
vieillards,  les  termes  de  métiers,  les  proverbes  et  façons  de  parler 
caractéristiques.  Les  mots  de  la  langue  courante  peuvent  venir 
après,  en  rangs  plus  serrés,  sans  longue  explication.  Us  se  ren- 
contreront d'ailleurs  enchâssés  dans  les  exemples.  Il  va  de  soi  que 
des  notes  de  grammaire  et  de  prononciation  seront  bien  accueil- 
lies, en  attendant  que  nous  publions  un  questionnaire  phoné- 
tique auquel  il  suffira  de  répondre  mot  par  mot.  Au  reste,  si 
quelque  chose  nous  paraît  obscur  ou  douteux  dans  les  envois  de 


(')  Quelques-uns  nous  ont  procuré  des  contributions  de  haute  valeur. 
Ainsi  M.  A.  Servais,  instituteur  à  Salm-Château,  a  recueilli  d'après  nos 
conseils  des  listes  de  mots  usités  à  Cherain  et  dans  la  région  environnante. 
Il  s'est  servi  pour  ce  travail  du  Vocabulaire  de  Slavelol  de  M.  Haust.  —  M. 
Rfaury,  de  Chitiy,  instituteur  à  l'Ecole  moyenne  de  Verviers,  se  servant  du 
Lexique   gaumais  de  M.  Liégeois,  nous  a  fourni  des  milliers  «le  notes. 


—  5i  — 

nos  correspondants,  il  nous  sera  toujours  loisible  de  leur  deman- 
der un  supplément  d'explication. 

Le  langage  étant  une  marchandise  que  tout  le  monde  a  toujours 
sous  la  langue,  tous  les  instants  sont  propices  à  l'observation. 
Au  cabaret,  en  chemin  de  fer,  au  marché,  à  l'école,  à  la  prome- 
nade, à  la  veillée  pendant  les  longues  soirées  d'hiver,  aux  champs 
lors  des  grandes  opérations  de  l'année  agricole,  le  chasseur  de 
mots  trouve  son  gibier.  Il  suffit  de  la  présence  d'un  meunier  dans 
un  café  pour  qu'on  cause  grains  et  farines,  d'un  tanneur  pour 
qu'on  discute  cuirs  et  peaux.  Là  tous  les  métiers  défilent,  et  tous 
les  vocabulaires.  Quelle  moisson  ferait,  dans  ce  milieu  propice, 
un  observateur  de  bonne  volonté,  armé  d'un  calepin  et  d'un 
crayon.  On  le  plaisanterait  bien  un  peu,  au  début  ;  mais  bientôt 
on  s'habituerait  à  cette  «manie»  et  on  viendrait  spontanément 
lui  offrir  des  mots  rares  et  des  spots  du  vieux  temps.  Voici  un 
autre  cas  possible  :  dans  un  moment  d'enthousiasme  on  a  fondé 
une  société,  sous  prétexte  de  chant,  d'excursions,  de  causeries, 
d'enseignement  mutuel.  Mais  on  se  fatigue  de  la  chanson,  tou- 
jours la  même,  du  baryton  attitré.  On  a  tôt  fait  de  décocher  au 
plus  inoffensif  les  railleries  coutumières.  Dès  lors,  ne  sachant 
comment  s'amuser,  la  société  ne  bat  que  d'une  aile.  Les  membres 
s'amènent  tard  ou  pas  du  tout.  Je  lui  propose  pour  ces  moments 
d'accalmie  un  plaisir  précieux.  Qu'un  des  membres,  affilié  à  notre 
œuvre,  apporte  un  dictionnaire  wallon,  ou  mieux,  quelques 
feuilles  de  notre  questionnaire.  Aussitôt  vous  verrez  les  réponses 
s'entrecroiser,  réponses  diverses,  multiples,  contradictoires  peut- 
être.  Et  que  de  souvenirs  évoqués  !  que  de  discussions  intéres- 
santes !  Quelles  richesses  à  recueillir  pour  un  de  nos  correspon- 
dants décidé  à  extraire  la  quintessence  des  conversations  qu'il 
entendrait  !  (') 

Ce  qui  précède  implique  l'idée  que  nos  collaborateurs  ne  se 
contenteront  pas  de  noter  les  choses  qu'ils  savent,  mais  aussi  des 
choses  qu'ils  entendront  autour  d'eux  ou  qu'ils  demanderont  à 
l'occasion.  En  ceci  encore,  tous  les  degrés  sont  possibles  et  admis- 
sibles. Nos  affiliés  apprendront  bientôt  à  susciter  les  occasions, 
et,  pour  peu  qu'ils  persévèrent  dans  leurs  recherches,  ils  devien- 


(!)  C'est  dans  une  réunion  de  société,  à  Hotton,  que  la  version  hoton- 
nienne  de  la  Parabole  de  V Enfant  prodigue  a  été  rédigée  par  une  bande  de 
joyeux  lurons  ;  et  elle  n'en  est  pas  plus  mauvaise,  au  contraire. 


—    52    - 

dront  de  vrais  centres  linguistiques  :  les  amis,  acceptant  cette 
spécialité,  leur  réserveront  des  trouvailles. 

La  méthode  la  plus  naturelle  d'interrogation  est  de  procéder 
par  association  d'idées.  On  choisit  un  sujet,  en  raison  de  l'endroit 
et,  de  la  qualité  des  auditeurs.  Ceux  qui  connaissent  le  Diction- 
naire un  illogique  de  Boissière  comprendront  à  l'instant.  Suivant 
les  groupes,  les  âges,  les  métiers,  les  saisons,  les  préoccupations 
du  moment,  on  parle  amour  et  mariage,  chasse  et  pèche,  eaux 
et  forêts,  culture,  essartage,  sorcières,  remèdes  et  botanique 
populaires.  Tantôt  on  dirige  la  causerie,  tantôt  on  la  laisse  flotter  à 
la  dérive.  Nous  annexons  à  ces  remarques  cinq  ou  six  feuilles  de 
questionnaires  à  titre  de  spécimen.  Nous  en  rédigerons  d'autres 
si  celles-ci  produisent  de  bons  résultats.  Nos  correspondants  vou- 
dront bien,  espérons-le,  nous  dire  leur  avis  sur  ce  point  comme 
sur  maint  autre. 

Une  fois  en  possession  d'une  récolte,  le  correspondant  peut 
l'envoyer  à  l'un  de  nous  telle  qu'elle  est,  en  cahier,  en  farde, 
notes  isolées,  notes  réunies  et  enchevêtrées.  Il  ne  faut  pas  qu'une 
question  accessoire  de  mise  en  ordre  ou  de  mise  au  net  nous 
prive  longtemps  de  notes  précieuses,  ou  que  l'ennui  de  recopier 
retarde  un  correspondant  dont  les  loisirs  sont  comptés.  Toute- 
fois, pour  le  cas  où  il  tiendrait  à  faire  la  besogne  aussi  délicate- 
ment que  possible  et  à  nous  livrer  des  notes  immédiatement 
utilisables,  nous  lui  dirons  qu'il  y  a  un  système  préférable  à  tout 
autre.  Il  est  mieux  d'écrire  les  renseignements  relatifs  à  chaque 
mot  du  dictionnaire  sur  une  feuille  séparée.  La  grandeur  de 
cette  feuille  est  la  moitié  du  format  cahier  d'écolier,  ou  mieux 
encore  le  format  de  la  carte  postale  (1).  On  appelle  ces  paginettes 
des  fiches.  Sur  chaque  fiche  donc,  on  peut  coucher  le  mot  en 
guise  de  titre,  le  nom  du  village  où  il  est  recueilli,  un  ou 
plusieurs  sens  de  ce  mot,  une  ou  plusieurs  phrases  servant  d'exem- 
ples, puis  s'il  y  a  lieu,  des  observations  ou  explications,  voire 
aussi  des  questions  de  toute  espèce.  Le  travail  sur  fiches  ainsi 
fait  pourra  être  immédiatement  distribué  par  nous  entre  tous  les 
mots  du  dictionnaire,  chaque  fiche  allant  se  placer  à  côté  de  vingt 
ou  trente  autres  consacrées  au  même  sujet. 

Quant  à  l'orthographe  des  mots  wallons,  ceux  qui  voudront 
bien  nous  donner  leur  nom  recevront  une  brochure  explicative. 


(')  Nous  en  enverrons  aux  correspondants  qui  eu  désireraient  et  qui 
seraient  à  même  de  nous  faire  des  communications  d'une  certaine  impor- 
tance. 


—  53  - 

Pour  toute  recommandation  actuelle,  nous  leur  dirons  qu'il  suffit 
de  bien  distinguer  dans  la  notation  ch  et  tch,  j  et  fy,  les  voyelles 
ouvertes  ou  fermées,  in  et  an,  wé,  wè  et  wa,  les  graphies  fran- 
çaises en  et  ni  étant  proscrites  comme  équivoques. 

Ce  travail  que  nous  demandons  à  nos  collaborateurs,  nous 
n'avons  pas  du  tout  l'intention  de  nous  l'approprier.  Quiconque 
nous  enverra  des  notes  sera  inscrit,  comme  ayant  participé  à 
l'œuvre,  dans  le  rapport  annuel  de  la  commission  du  Dictionnaire 
et  l'on  dira  dans  quelle  mesure.  De  plus,  chaque  fascicule  du 
Dictionnaire  contiendra  la  liste  de  ceux  qui  auront  apporté  leur 
contribution.  Au  reste,  nous  nous  empresserons  de  répondre  à 
l'envoi  de  communications  par  l'envoi  de  brochures,  qui  serviront 
d'accusé  de  réception  d'abord,  qui  auront  en  outre  l'avantage  de 
tenir  nos  membres  éloignés  en  rapport  avec  le  comité  directeur. 
De  la  sorte,  les  correspondants  qui  ne  jugeront  pas  à  propos  de 
devenir  membres  effectifs  de  la  Société  pour  recevoir  toutes  les 
publications  annuelles,  auront  néanmoins  des  attaches  intellec- 
tuelles avec  nous.  Nous  ne  pouvons  pas  leur  offrir  de  rémunéra- 
tion pécuniaire,  le  travail  que  nous  entreprenons  n'étant  pas  du 
tout  une  entreprise  commerciale  de  librairie,  mais  une  œuvre 
nationale,  toute  de  dévouement  et  de  science,  sans  aucun  esprit 
de  lucre. 

VI11. 

Rapport  sur  le  Dictionnaire  -wallon  (]). 

Le  comité  directeur  du  présent  Congrès  a  pensé  qu'il  y  avait 
lieu  de  s'occuper  aussi,  aux  assises  de  Liège,  de  l'archéologie  du 
langage,  et  il  a  désiré  voir  publier  un  rapport  sur  l'élaboration 
du  Dictionnaire  wallon  annoncé  depuis  plusieurs  années.  Une 
explication  serait  assez  opportune,  en  effet,  car  le  public  com- 
mence à  accuser  le  comité  chargé  de  publier  ce  dictionnaire. 
Parmi  les  personnes  qui  veulent  bien  s'intéresser  à  cette  œuvre, 
il  en  est  qui  s'imaginent  que  la  Société  liégeoise  de  Littérature 
wallonne  compose  ce  travail  depuis  cinquante  ans.  qu'elle  le 
détient,  tout  fait,  en  portefeuille,  et  qu'il  ne  s'agit  que  de  l'im- 
primer. D'autres  ne  comprennent  pas  qu'il   faille  tant  de  temps 


(')  Présenté  au  Congrès  de  la  Fédération  archéol.  et  hist.  de  Belgique  tenu 
à  Liège  en  1909.  Inséré  dans  les  Annales  du  XXL  Congres  de  la  Fédération, 
t.  II,  p.  176-199. 


-54- 

pour  composer  un  ouvrage  sur  une  matière  dont  nous  avons  tous 
les  éléments  en  nous,  les  mots!  Même  il  ne  s'agit  à  leurs  yeux 
que  de  compléter  un  dictionnaire  existant.  Ils  nous  demandent 
donc,  avec  une  candeur  qui  nous  effraie,  à  quelle  lettre  nous  en 
sommes.  Jugez  du  scandale  lorsque  nous  répondons  :  «  à  la 
lettre  A  !  » 

—  «  Alors,  c'est  comme  à  l'Académie  française  !  »  nous  objecte 
aussitôt  le  questionneur. 

—  (.(  C'est  bien  pis  !  »  répliquons-nous  avant  d'entamer  des 
explications  sur  notre  «  paresse  ».  Mieux  au  courant  des  diffi- 
cultés de  l'affaire,  philologues  et  historiens  voudraient,  eux  aussi, 
savoir  ce  qu'on  a  produit  jusqu'ici,  ce  qui  reste  à  exécuter,  et 
comment  nous  procédons,  et  comment  s'opérera  la  publication. 
Le  présent  rapport  a  donc  pour  but  de  prévenir  les  désirs  des 
uns  et  des  autres  en  exposant  l'histoire  et  la  préparation  du  long- 
travail  entrepris. 

Ou  a  dit  maintes  fois  que  la  constitution  d'un  dictionnaire 
wallon  fut  un  des  objectifs  de  la  Société  liégeoise  de  Littérature 
wallonne  à  ses  débuts.  Cette  affirmation  peut  s'interpréter  de 
diverses  manières.  Le  public  l'a  prise  dans  son  extension  la  plus 
large,  sans  distinguer  entre  dictionnaire  liégeois  et  dictionnaire 
wallon,  entre  recueillir  des  matériaux  et  mettre  une  oeuvre  sur 
pied.  Comme  cette  affirmation,  aujourd'hui,  commence  à  se  re- 
tourner contre  nous,  il  importe  d'en  mesurer  l'envergure. 

La  Société,  prise  en  bloc,  ne  songeait  au  début  qu'à  la  culture 
du  liégeois.  Dans  son  esprit,  le  nom  de  Dictionnaire  wallon, 
qui  peut  recouvrir  bien  des  programmes  divers,  n'avait  guère 
alors  l'étendue  de  sens  actuelle.  L'article  V  des  statuts,  de  1857 
à  1898,  reste  libellé  comme  ceci  :  «  La  Société  réunit  les  maté- 
riaux du  dictionnaire  et  de  la  grammaire  du  wallon  liégeois  ». 
Voilà  ce  que  dit  l'officiel,  ce  que  l'on  crut  sagace  d'acter,  ce  que 
la  majorité  vota,  non  pas,  je  suppose,  sous  l'impulsion  des  plus 
timides,  mais  à  la  voix  de  ses  philologues  réputés. 

Qu'un  projet  plus  étendu  existât  dans  les  désirs  de  deux  ou 
trois  membres,  il  n'est  guère  permis  d'en  douter.  C'est  pourquoi, 
en  regard  du  texte  officiel,  on  voudrait  savoir  quelles  étaient  les 
visées  de  Charles  Grandgagnage  et  de  l'élite  en  ce  même  temps. 
On  peut  le  conjecturer  par  les  préfaces  du  Dictionnaire  étymo- 
logique et  par  les  rapports  ou  discours  qu'il  fit  à  la  Société 
même. 


—  55  - 

La  première  partie  du  Dictionnaire  étymologique,  qui  l'ut 
imprimée  d'octobre  1845  à  1847,  c'est-à-dire  dix  ans  avant  la 
naissance  de  la  Société,  ne  contient  pas  de  préface  explicative; 
mais,  dans  l'avertissement  de  la  seconde  partie  (i85o),  l'auteur 
nous  apprend  que  la  première  avait  été  précédée  d'un  prospectus 
dont  il  rappelle  un  passage  important  :  «  Nous  ne  voulions  faire 
autre  chose  en  commençant  qu'un  glossaire,  c'est-à-dire  un  recueil 
des  mots  que  nous  jugions  les  plus  remarquables,  en  nous  bornant 
à  peu  près,  quant  à  leur  explication,  à  la  recherche  des  corres- 
pondants; cela,  par  la  double  raison  que  nous  avions  un  autre 
ouvrage  sur  le  métier,  et  que,  nos  études  n'ayant  point  été 
dirigées  de  ce  côté,  nous  ne  citions  pas  pouvoir  entreprendre 
davantage  ».  C'est  en  préparant  la  rédaction  définitive  de  sa 
première  livraison  que  G-raudgagnage  sentit  «  que,  pour  être 
vraiment  utile,  il  fallait  embrasser  le  cercle  tout  entier  :  chose 
longue  et  difficile  !  Tout,  en  effet,  était  à  créer  :  recueillir  tous 
les  mots  des  différents  dialectes  et  des  différents  âges,  s'assurer 
les  formes,  de  la  vraie  signification  (ce  qui  est  bien  plus  malaisé 
qu'on  ne  le  croirait),  établir  une  orthographe  conséquente  sans 
qu'elle  blessât  ni  l'étymologie,  ni  l'œil,  comparer  les  mots  d'abord 
entre  eux,  puis  avec  ceux  des  autres  langues  et  idiomes  romans, 
enfin  rechercher  l'étymologie  dans  plusieurs  langues  différentes 
éparses  dans  une  quantité  de  livres.  Le  pis  est  que,  le  fond  même 
étant  pour  ainsi  dire  inépuisable,  les  matériaux  continuaient 
à  arriver  pendant  que  le  travail  d'élaboration  s'opérait,  de  sorte 
que  l'édifice  croulait  souvent  avant  d'être  achevé  ».  On  ne  saurait 
mieux  décrire  à  la  fois  le  programme  intégral  de  ce  qu'il  y  avait  à 
faire,  et  l'impossibilité  de  réaliser  ce  programme  sans  une  longue 
et  patiente  et  minutieuse  enquête  préalable.  Ce  passage  nous 
éclaire  pleinement  sur  le  but  que  Grandgagnage  assignait  à  ses 
efforts.  Il  l'a  poursuivi  à  travers  la  maladie,  les  afflictions  et 
l'indifférence  presque  totale  de  son  entourage. 

A  la  Société  même,  quelques  années  plus  tard  (discours  du 
i5  janvier  i858),  il  semble  que  Grandgagnage  ajoutait  au  but 
purement  philologique  affirmé  jadis  un  second  but  plus  pratique. 

11  parle  de  «  constituer  la  langue  wallonne  »  en  faisant  dans  un 
dictionnaire  l'inventaire  de  ses  richesses  ».  Ici  l'expression  de 
langue  wallonne  reste  indéterminée  par  rapport  à  son  étendue  ; 
mais  cette  idée  de  constituer  une  langue  par  un  dictionnaire  attri- 
bue au  dictionnaire  une  action  éducatrice  et  unifiante  qui  ne  cadre 
guère  avec  le  but  scientifique  d'une  étude  des  patois. 


—  56  - 

Un  autre  sociétaire,  Adolphe  Picard,  en  1859  (*),  dans  une 
séance  rnérale  devant  le  public  liégeois  rassemblé,  développait 
un  programme  plus  étendu  que  celui  de  l'article  V.  Toutefois  il 
n'osait  parler  que  de  matériaux  :  «  N'est-il  pas  intéressant  de 
recueillir  le  vocabulaire  de  tous  les  mots  qui  ont  eu  cours  parmi 
nous?....  Sans  doute  ce  ne  sont  là  que  les  matériaux  d'un  travail 
plus  sérieux,  mais  ces  matériaux  ne  sont-ils  pas  indispensables 
aux  savants  laborieux  qui  recherchent,  dans  l'origine  et  la  forma- 
tion des  langues,  une  des  phases  les  plus  intéressantes  de 
l'histoire?  Les  linguistes  les  plus  distingués  de  tous  les  pays 
n'ont  eu  garde  de  dédaigner  ces  ressources  et  les  Burguy,  les 
Diez,  les  Diefenbach,  les  Genin,  les  Chevallet,  etc.,  ont  consacré 
la  meilleure  partie  peut-être  de  leurs  travaux  aux  divers  patois 
de  la  langue  d'oïl.  Ce  sont  des  recherches  de  ce  genre  qui  ont 
valu  à  notre  honorable  président  [Grandgagnage]  une  légitime 
notoriété  (p.  21).  Le  but  de  la  Société  est  donc  bien  caractérisé  : 
elle  veut  encourager  les  études  sérieuses,  elle  veut  contribuer 
pour  une  part,  si  faible  qu'elle  soit,  aux  travaux  de  la  philologie 
française.  »  (p.  24). 

Non,  le  but  n'était  pas  très  bien  caractérisé  quant  à  l'étendue 
de  pays  qu'on  allait  explorer,  mais  il  l'était  par  rapport  à  l'esprit 
qui  animait  les  directeurs  de  la  Société,  et  il  dépassait  visible- 
ment la  conception  d'un  dictionnaire  liégeois.  Tel  n'était  pas 
l'idéal  de  tous  les  membres,  sans  doute  ;  cet  idéal  de  l'élite 
restait  lui-même  assez  flottant,  un  peu  trop  platonique.  On  compte 
sur  les  concours  beaucoup  plus  que  sur  l'effort  personnel  pour 
le  réaliser.  Au  reste,  dans  la  conception  même  des  philologues  de 
la  Société,  il  y  avait  de  singuliers  compromis  ou  de  singulières 
lacunes.  Ainsi  le  même  discours  d'Adolphe  Picard  (p.  26)  annon- 
çait que  la  Société  avait  résolu  de  publier  dans  son  Bulletin 
une  série  de  glossaires  technologiques.  Pour  justifier  cette  inno- 
vation, l'orateur  explique  que  le  but  est  d'apprendre  aux  ouvriers 
les  termes  français  de  leur  métier  et  de  leur  faciliter  la  lecture 
des  livres  français  qui  leur  dévoileront  les  secrets  de  leur  art. 
Initier  l'artisan  à  la  lecture  des  Manuels  Roret  !  J'avoue  que 
nous  avons  une  idée  fort  différente  de  l'utilité  des  glossaires 
technologiques.  Mais  peut-être  est-ce  un  argument  de  circon- 
stance, afin  de  populariser  ces  glossaires  ?  Nullement.  Pour  se 


1'1 1  Discours  prononcé  à  la  séance  de  la  distribution  des  prix  aux  lauréats 
du  Concours,  le  24  juin  iS5<).  Cf.  Bulletin  de  la  Soc.  liégeoise  de  Litt.  wall., 
3e  année  (18G0J.  pp.  21-2(5. 


-  57  - 

détromper,  il  suffit  de  se  reporter  à  la  parole  d'un  homme  compé- 
tent, J.-L.  Micheels.  Dans  un  rapport  adressé  à  la  Société 
même  ('),  où  il  n'y  avait  aucun  besoin  de  venir  humaniser  Pavai) 
tage  de  ces  glossaires,  Micheels  insistait  sur  les  mêmes  raisons  : 
«  Sur  la  proposition  de  M.  A.  Leroy,  vous  avez  décidé  la  rédac- 
tion de  glossaires  technologiques....  Ces  travaux  seront  d'une 
grande  utilité,  tant  au  point  de  vue  du  propriétaire  ou  de  l'in- 
dustriel qu'à  celui  des  ouvriers;  les  uns  et  les  autres  y  trouveront 
L'équivalent  du  terme  wallon  ou  français  qui  portera  dans 
l'ordre  c'est-à-dire  :  dans  les  commmandes],  la  convention  ou  le 
bordereau,  la  clarté  qui  est  indispensable  dans  les  relations 
d'affaires  >>  (*). 

Ll  serait  puéril  de  louer  ou  de  blâmer  les  sociétaires  d'alors  de 
limiter  ainsi  leur  programme.  La  plupart  furent  franchement  lié- 
geois, ils  n'eurent  point  de  lointaines  visées;  c'est  tout  ce  qu'il  faut 
noter.  Ce  n'est  que  progressivement  qu'ils  s'élevèrent  à  la  concep- 
tion d'un  but  scientifique  et  qu'ils  étendirent  leur  champ  d'inves- 
tigation. Particularisme  fâcheux,  si  on  se  place  au  point  de  vue 
de  l'exploitation  des  dialectes  wallons,  parce  qu'il  y  avait  peut- 
être  dans  les  parlers  de  1860  des  richesses  qui  ont  disparu 
depuis;  mais,  en  revanche,  ni  en  surface,  ni  en  profondeur,  on 
n'aurait  pu  conduire  alors  une  enquête  systématique.  On  aurait 
exploité  la  surface  comme  les  anciens  propriétaires  des  mines  du 
pays  de  Franchimont.  L'analyse  des  phénomènes  du  langage  a 
pris  de  nos  jours  une  précision  qui  eût  semblé  minutie  à  nos 
devanciers.  Fait  alors,  le  dictionnaire  aurait  été,  j'imagine,  un 
Forir  précédé  ou  plutôt  suivi  article  par  article  d'un  Grandga- 
gnage.  La  Société  aurait  pu  patronner  et  fusionner  ces  deux 
oeuvres?  Mais  elles  avaient  été  conçues  avant  son  existence  el 
en  dehors  d'elle.  Et  pourquoi,  d'autre  part,  aurait-elle  assumé 
une  tâche  identique,  puisque  deux  de  ses  hommes,  poursuivant 
leur  ouvrage,  composaient  l'un  la  partie  philologique,  l'autre  la 
partie  pratique  du  «  dictionnaire  wallon  »,  tel  qu'on  pouvait  le 
concevoir?  Pour  oser  entreprendre  un  plus  ample  travail,  les 
esprits  n'étaient  pas  mûrs,  ni  la  science.  C'est  pourquoi,  jus- 
qu'en 1898,  l'article  V  des  statuts  ne  prévoit  qu'un  dictionnaire 


C1)  Séance  du  i5  janvier  i859,  Bulletin,  t.  IV.  1"  livraison,  p.  2;. 

(»)  Quelle  illusion!  Les  patrons,  toujours  pratiques,  prêtèrent  s  adresser 
a  un  wallonisant  que  de  consulter  nos  glossaires.  J'ai  ete  appelé  ainsi  a 
donner  par  correspondance  maintes  consultations,  une  lois  par  exemple 
sur  le  mot  ahèsse.  dont  le  sens  était  contesté  dans  un  testament. 


-  58  — 

liégeois.  Le  sentiment  de  la  nécessité  philologique  n'entrait  pas 
en  ligne  de  compte.  On  songeait  plutôt  pratiquement  à  constituer 
la  langue,  à  faire  du  liégeois  une  v,owî;  que  les  autres  cantons 
adopteraient  peu  à  peu,  à  faire  des  auteurs  liégeois  les  four- 
nisseurs de  toute  la  Wallonie.  On  rêvait  de  ressusciter  la  fortune 
du  dialecte  attique  et  du  dialecte  de  l'Ile  de  France,  sans  songer 
à  la  différence  des  temps. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  ces  différences  notables  de  conception,  on 
doit  ajouter  que  jamais  la  Société  ne  se  montra  exclusive.  Elle 
accueillit  et,  probablement,  elle  provoqua  les  essais  littéraires 
et  philologiques  dans  tous  les  dialectes.  Le  travail  d'analyse 
nécessaire  à  la  création  du  dictionnaire  général  commença  donc 
assez  tôt  à  s'opérer.  Notons-en  les  étapes  principales. 

La  première  édition  du  Dictionnaire  des  Spots  de  J.  Dejardin 
paraît  au  tome  IV  du  Bulletin  (t86i),  avec  un  savant  rapport  de 
M.  J.  Stecher.  (''est  un  essai  de  dictionnaire  partiel,  dont  l'auteur 
ne  se  limitait  pas  du  tout  au  liégeois. 

Le  premier  glossaire  est  celui  des  termes  archaïques  donné  en 
annexe  à  l'histoire  du  Métier  des  tanneurs,  par  M.  St.  Bormans 
(t.  V,  1862). 

En  i863,  paraissait  chez  Renard  la  Grammaire  liégeoise  de 
L.  Mficheels],  membre  de  la  Société. 

Le  premier  glossaire  technologique  du  wallon  moderne  est  le 
Vocabulaire  des  houilleurs  liégeois,  le  second  est  celui  des 
drapiers,  dus  également  à  M.  St.  Bormans,  (t.  VI,  i863,  et  IX, 
1867). 

Le  premier  travail  de  linguistique  comparative  est  le  recueil 
des  Versions  wallonnes  de  la  Parabole  de  l'enfant  prodigue 
(t.  VII,  1870). 

Au  tome  VI  (1864),  Charles  Grandgagnage  continuait  ses 
études  dialectales  par  ses  extraits  annotés  du  dictionnaire  mal- 
médien  de  Villers.  Au  tome  VIII  (1866),  commence  la  série  des 
vocabulaires  d'Albin  Body,  esprit  curieux  et  encyclopédique,  qui 
exploita  surtout  les  parîers  de  l'Ardenne  liégeoise. 

En  1868,  t.  X,  paraît  le  premier  essai  d'orthographe,  par 
J.  Delbœuf,  appliqué  à  la  transcription  d'une  pièce  de  théâtre, 
li  Mâïe  neur  d'à  Cola.  Ce  système  ingénieux  aux  graphies  trop 
archaïques  ne  fut  d'ailleurs  pas  suivi. 

M.  I.  Dory  étudie  les  wallonismes  en  1878,  t.  XV.  Il  est 
également  le  premier  qui  compose  des  articles  d'étymologie 
(1878,  t.  XI),  suivi  bientôt  par  M.  G.  Jorissenne  (1879,  *•  XVII). 


-  59- 

L'examen  critique  des  dictionnaires  wallons  existants  fut 
entrepris  par  le  président  J.  Dejardin  (1886,  t.  XXII).  Cette 
œuvre  touche  de  trop  près  à  notre  but  pour  ne  pas  nous  arrêter 
un  instant.  Constater  les  parties  faibles  de  ce  qui  existe  est  une 
préparation  et  un  excitant  à  de  meilleurs  travaux  :  l'examen  de 
Dejardin  avait  donc  le  droit  d'être  sévère,  pourvu  qu'il  lût 
suggestif.  Il  ne  fut  ni  sévère,  ni  suggestif,  ni  critique.  L'essai  de 
Dejardin  ne  donne  guère  autre  chose  que  les  titres  des  diction- 
naires, deux  ou  trois  mots  de  biographie,  des  extraits  de  chaque 
préface  pour  montrer  le  but  de  l'auteur,  puis  une  partie  critique 
souvent  très  faible;  enfin,  à  titre  d'exemple,  l'article  herna  de 
chaque  ouvrage.  Il  ne  dit  pas  ce  qui  a  manqué  à  chaque  lexico- 
graphe pour-  faire  autre  chose  qu'une  œuvre  d'amateur  ou  de 
fantaisie.  [1  ne  s'occupe  qu'incidemment  de  l'orthographe  de  ces 
auteurs,  chose  pourtant  de  première  importance,  et  même,  à 
l'article  Hubert,  il  dit  n'avoir  pas  «  mission  »  de  s'occuper  de 
l'orthographe!  On  voit,  par  les  «  conclusions  »  (p.  357),  combien  la 
pensée  de  Dejardin  était  loin  de  la  philologie  romane  :  les  diction- 
naires y  sont  considérés  par  lui  comme  «  devant  servir  aux 
Liégeois  pour  rendre  exactement  en  français  les  mots  wallons 
qu'ils  emploient  ». 

La  première  étude  de  morphologie  est  le  Tableau  de  la  conju- 
gaison dans  le  wallon  liégeois,  par  M.  Georges  Doutrepont 
(t.  XXXII,  1902),  œuvre  d'un  romanisant  couronnée  au  Concours. 

Une  question  de  délimitation  linguistique  :  «  le  gaum[ais]  (l) 
est-il  du  wallon?  »  est  examinée  pour  la  première  fois  en  1896, 
dans  un  rapport  du  soussigné  sur  le  Lexique  du  patois  gaumais 
de  M.  Edouard  Liégeois.  L'esprit  avait  changé  :  à  la  demande 
de  l'assemblée  et  surtout  de  son  président,  M.  X.  Lequarré,  une 
partie  de  ce  rapport  fut  développée  en  un  mémoire  qui  exposait 
comparativement  la  phonétique  du  gaumais  et  celle  du  wallon 
et  où  l'on  essayait  de  tracer  la  limite  entre  wallon  et  lorrain 
du  côté  du  Sud  (t.  XXXVII,  p.  i85).  C'était  le  commence- 
ment de  l'analyse  phonétique  des  dialectes  en  vue  du  dictionnaire, 
comme  le  travail  de  M.  Liégeois  était  le  premier  lexique  régional, 
abstraction  faite  des  extraits  de  Villers. 


(')  J'ai  écrit  jadis  gaumet  à  l'imitation  «le  M.  Liégeois,  qui  se  basait  sur 
le  féminin  gaumète.  Mais  aucun  nom  ethnique  ne  se  termine  par  cl. 
L'ensemble  des  villages  gaumais  s'appelle  gaumachie.  Je  croîs  donc  que 
gaumais  doit  suivre  l'analogie  de  hamais-havnacher,  marais-maraîcher, 
anglais,  etc. 


—  6o 


Au  reste,  le  dictionnaire,  non  plus  partiel  et  liégeois,  mais 
général  désormais, entrait  dans  les  préoccupations  de  l'assemblée. 
«  11  convient,  dit  le  même  rapport  sur  le  lexique  gaumais 
(t.  XXXVII,  p.  186),  de  laisser  un  sens  assez  élastique  à  ce  mot 
de  dialectes  wallons  pour  n'exclure  aucun  des  villages  romans 
de  la  Belgique  ».  Celui  qui  dissertait  alors  sur  le  patois  gaumais 
était  bien  décidé  à  faire  triompher  le  projet  d'un  dictionnaire 
général  contre  ceux  qui  bornaient  le  but  de  la  Société  à  rapetasser 
l'œuvre  de  Forir.  D'ailleurs,  il  n'avait  été  nommé  membre  de  la 
Société  (mars  1895)  que  parce  qu'il  composait,  de  son  côté,  un 
dictionnaire  wallon.  Il  sentait  bien,  grâce  à  ce  qu'il  savait  des 
dialectes  du  Luxembourg,  qu'il  fallait  asseoir  les  recherches 
étymologiques  sur  des  bases  plus  larges  que  ne  l'avait  fait  Grand- 
gagnage.  Mais,  pour  composer  un  dictionnaire,  il  faut  une  ortho- 
graphe. Le  nouveau  venu  agita  dès  les  premiers  mois  cette  grave 
question.  L'appel  demeura  sans  écho,  et  le  manuscrit  lu  en 
séance  resta  pour  compte  à  l'auteur.  Tout  ce  qu'il  obtint  fut  de 
faire  ranger  la  question  dans  le  programme  des  Concours. 

L'expérience  était  acquise  que,  pour  faire  fleurir  la  philologie 
à  la  Société  autrement  que  par  les  Concours,  il  fallait  d'abord 
renforcer  le  contingent  des  philologues.  L'assemblée  voulut  bien 
se  prêter  à  cette  réforme  :  M.  Aug.  Doutrepont  fut  nommé  en 
avril  1896,  M.  Haust  en  avril  1897,  M.  Parmentier  en  mars  1898. 
Les  mots  de  «  grammaire  et  dictionnaire  du  wallon  liégeois  » 
qui  avaient  figuré  pour  la  dernière  fois  dans  le  Bulletin  de  1894 
(t.  XXXIV),  perdent  l'épithète  restrictive  dans  la  suivante  réim- 
pression (1898). 

Désormais  les  années  ingrates  étaient  franchies.  Pour  ramener 
l'attention  de  la  Société  et  du  public  sur  la  question  toujours 
pendante  de  l'orthographe,  le  soussigné  soumit  au  concours 
et  jeta  ainsi  dans  la  discussion  un  Essai  d'orthographe  wal- 
lonne ('),  qui,  vivement  critiqué  par  un  des  membres,  M.  J.  Delaite, 
eut  la  chance  d'obtenir  les  suffrages  du  jury.  La  question  était 
amorcée,  l'assemblée  nomma  une  commission  chargée  d'élaborer 
un  projet  d'orthographe  définitive  pour  le  dictionnaire  futur  et 
les  publications  de  la  Société,  comme  aussi  pour  les  écrivains  de 
la  Wallonie  qui  consentiraient  à  sortir  de  l'anarchie  et  de  l'igno- 
rance. Cette  commission  se  composait  de  l'auteur  du  mémoire 
couronné  et  de  MM.  Delaite  et  Doutrepont. 


(!)  T.  XXII,  fasc.  I,(i9oi). 


-  6i  - 

L'auteur  du  premier  travail  condensa  les  règles  proposées  en  un 
petit  traité  provisoire  (juin  1901)  («).  On  s'aboucha  avec  les  prin- 
cipales sociétés  littéraires  liégeoises.  On  fit  des  tentatives  de 
discussions,  —  sans  grand  succès,  la  phonétique  n'étant  pas  un 
article  courant.  —  Le  plus  ardent  adversaire  du  projet,  et  le 
plus  éclairé,  fut  M.  Delaite,  qui,  partant  de  principes  opposes  a 
ceux  de  ses  collègues,  devait  rester  irréductible.  L'assemblée 
ratifia  les  propositions  de  la  majorité.  On  peut  voir,  en  com [ta- 
rant les  solutions  préconisées  par  VEssai  et  celles  des  Règles 
d'orthographe  wallonne,  que  le  projet  de  M.  Feller  était  sorti 
indemne  de  l'aventure. 

C'est  que,  à  vrai  dire,  on  n'était  pas  ici  en  présence  d'un 
système  artificiel  auquel  on  pût  opposer  d'autres  systèmes  artifi- 
ciels. Il  se  posait,  au  contraire,  en  face  de  tous  les  systèmes  arti- 
ficiels comme  la  classification  naturelle  de  Jussieu  s'oppose,  en 
botanique,  aux  systèmes  antérieurs.  Il  était  simple,  il  voulait 
être  phonétique,  analogique  et  étymologique  exactement  là  où  il 
fallait  l'être  et  dans  la  mesure  où  il  le  fallait;  il  se  promettait  de 
respecter  les  lois  bien  constatées  de  la  formation  et  de  l'évolution 
des  sons  et  des  mots  dans  les  langues  romanes,  dont  le  wallon  fait 
partie,  l'analogie  n'étant  qu'une  façon  abrégée  de  respecter 
l'histoire  du  développement  linguistique;  enfin,  il  laissait  du  jeu 
aux  graphies,  admettant  certaines  tolérances  que  l'avenir  doit 
nécessairement  restreindre.  Une  couple  d'années  se  passa  encore 
à  favoriser  la  diffusion  du  système.  L'auteur  se  mit  à  la  dispo- 
sition des  poètes,  romanciers,  dramaturges,  qui  voulaient  se 
servir  de  la  nouvelle  orthographe  pour  la  publication  ou  la  réédi- 
tion de  leurs  œuvres.  D'autre  part,  M.  Haust,  nommé  secrétaire 
de  la  Société  et,  de  ce  chef  chargé  de  veiller  à  la  correction 
des  épreuves  de  toutes  nos  publications,  a  contribué  beaucoup, 
par  la  bonne  tenue  du  Bulletin,  à  montrer  les  avantages  du 
système. 

Ce  grave  problème  résolu,  on  pouvait  désormais  se  tourner 
vers  le  dictionnaire.  Il  fallait  d'abord  donner  une  idée  précise, 
adéquate,  de  l'ouvrage  qu'on  voulait  entreprendre.  On  peut 
affirmer  qu'au  sein  même  de  la  Société  peu  de  personnes  avaient 
conscience  de  la  richesse  inouïe  de  nos  parlers  romans  et  de  la 


0)  J.  Feller,  Règles  d'orthographe  wallonne,  ^'tirage  :  juin  1901  ;  2e  tirage 
janvier  1902  ;  3e  tirage  :  mai  1902.  Bulletin,  t.  XLI,  lus.-.  2.  Deuxième  édition. 
1905. 


—   62    — 

complexité  du  travail  ;  le  public  à  plus  forte  raison  ne  les  soup- 
çonnait pas.  Il  fallait  aussi  montrer  aux  pouvoirs  dirigeants, 
dont  on  devait  solliciter  l'appui,  le  genre  de  travail  qu'on  pro- 
jetait. Au  lieu  d'entamer  de  longues  explications,  la  Société 
chargea  l'ancienne  Commission  de  l'orthographe,  à  laquelle  avait 
été  adjoint  M.  Haust,  de  rédiger  un  spécimen  d'articles.  De  la 
est  né  le  Projet  de  Dictionnaire  général  de  la  langue  wallonne  (l). 
Un  mot  du  titre  d'abord.  C'étaient  bien  les  patois  de  la  Belgique 
romane  dont  on  annonçait  l'exploitation  ;  mais  le  mot  roman 
n'aurait  rien  signifié  aux  yeux  du  public  sur  lequel  on  avait 
besoin  de  s'appuyer  et  dans  l'esprit  duquel  nous  devions  d'abord 
populariser  notre  œuvre.  De  là,  l'emploi  du  vieux  terme  histo- 
rique wallon,  que  les  Hennuyers  peuvent  revendiquer  au  même 
titre  que  nous,  que  tout  le  nord  de  la  France  a  porté  et  continue 
à  porter.  De  là  aussi  le  terme  ambitieux  de  langue  wallonne, 
emprunté  à  Grandgagnage,  terme  qu'on  nous  a  reproché  avec 
plus  de  raison  que  de  finesse.  Les  romanistes  étrangers  ne  s'y 
trompèrent  pas  d'ailleurs.  On  ne  pouvait  nous  accuser  d'ignorer 
des  limites  que  nous  avions  contribué  à  déterminer.  Les  deux 
principaux  auteurs  du  Projet,  MM.  Feller  et  Haust,  ont  essayé 
d'y  traiter  des  exemples  très  divers,  des  cas  difficiles  :  mots  rares 
et  de  sens  même  controversable  (vièrlète),  mots  à  double  forme  et 
à  double  étymologie  (bètsâle,  bètôle),  mots  d'étymologie  obscure 
(hô,  chou,  consîre,  hèrlèye,  rèmîdrer),  mots  à  dialectologie 
curieuse  (pan,  arègne,  ranteûye,  p'tchï),  mots  remarquables  par 
la  variété  de  sens  ou  d'expressions  proverbiales  (pan,  êwe,  tchin), 
mots  surannés  rencontrés  dans  l'ancien  wallon  (èheù),  mots 
choisis  en  dehors  du  langage  liégeois  (êwée,  êwihas',  troufe=troc, 
sorfa),  mots  empruntés  à  la  toponymie  (fay,  fayit,  hièrdâve), 
particules  intéressantes  au  point  de  vue  grammatical  ou  par  leur 
archaïsme  (a,  mièr,  ins,  insè,  le  suffixe -a),  verbes  à  conjugaison 
forte  (sûre).  Grâce  à  ce  travail,  on  comprit  enfin  que  le  diction- 
naire valait  la  peine  d'être  entrepris,  et  la  Société  nomma  une 
Commission  définitive  du  Dictionnaire,  composée  de  MM.  A.  Dou- 
trepont,  J.  Feller  et  J.  Haust. 

Mais  la  rédaction  du  Projet  n'avait  été  qu'un  intermède,  ou,  si 
l'on  aime  mieux,  une  réclame,  —  une  réclame  qui  avait  coûté 
huit  mois  de  travail  à  plusieurs  collaborateurs.  Depuis  l'adoption 


(')  Liège,  Vaillant,  190^-1904. 


—  63  - 

des  règles  d'orthographe,  on  s'était  mis  résolument  et  systéma- 
tiquement à  l'ouvrage.  La  première  besogne  devait  être  de 
concentrer  à  p:ed  d'oeuvre,  sons  l'orme  alphabétique,  le  contenu 
des  nombreux  lexiques  épars  dans  les  Bulletins  de  la  Société! 
Pour  ne  pas  perdre  de  temps  à  recopier  ou  à  résumer  chaque 
article,  il  fallait  prendre  deux  exemplaires  de  chaque  glossaire, 
un  pour  en  utiliser  le  recto,  l'autre  pour  le  verso,  puis  découper 
chaque  article  et  le  coller  sur  une  fiche.  Ce  travail  de  démem- 
brement fut  conduit  par  les  soins  de  M.  Delaite.  Au  reste,  les 
glossaires  technologiques  ne  donnèrent  pas  tant  de  richesses 
qu'on  en  espérait.  Les  mêmes  noms  d'instruments  usuels  reviennent 
à  satiété  d'un  vocabulaire  à  l'autre.  Beaucoup  d'articles  ne  l'ont 
souvent  que  répéter  Remacle,  Lobet  et  Forir.  Il  faut  excepter  de 
cette  critique  et  mettre  hors  de  pair  les  glossaires  composés  par 
MM.  Albin  Body,  Jos.  Defrecheux,  Semertier,  Martin  Lejeune, 
dont  les  auteurs  doivent  être  rangés,  pour  cette  raison,  parmi 
les  plus  méritants  des  premiers  collaborateurs  du  Dictionnaire 
wallon. 

Les  dictionnaires  existants,  à  cause  de  leurs  mauvaises  gra- 
phies, doivent  être  traités  de  la  même  façon  que  les  glossaires, 
ou  bien  il  faut  renseigner  sur  des  fiches  spéciales  la  page 
exacte  où  chaque  mot  est  traité.  Il  fallait  repérer  de  même 
L'o aivre  de  Grandgagnage,  à  cause  de  ses  multiples  additions  et 
de  sa  façon  de  traiter  plusieurs  mots  en  un  seul  article.  Une 
bonne  partie  de  ce  triple  travail  est  maintenant  achevée  (1). 

Il  y  avait  ensuite  à  dépouiller  les  œuvres  littéraires  wallonnes, 
et  d'abord  les  chiquantes  volumes  du  Bulletin,  en  notant  tout  ce 
qui,  à  la  lecture,  frappait  l'esprit  comme  particulier,  original, 
obscur  et,  pour  suivre  une  règle  pratique,  tout  ce  qui,  en  général, 
ne  se  rencontrait  pas  dans  le  dictionnaire  de  Forir,  Pour  le 
Bulletin,  les  fiches,  établies  par  M.  Haust,  passèrent  à  MM.  Feller, 
Doutrepont,  Henri  Simon,  qui  y  ajoutaient  les  éclaircissements 
et  les  comparaisons  avec  d'autres  dialectes  que  leurs  connais- 
sances respectives  leur  suggéraient.  11  ne  fallait  pas  non  plus 
négliger  l'immense  fouillis  des  autres  publications  wallonnes, 
théâtre,  œuvres  lyriques,  romans,  journaux,  almanachs,  en  tous 
les  dialectes.  Est-il  nécessaire  de  dire  que,  malgré  d'incessantes 
lectures,  malgré  une  concentration  vigilante  de  tout  ce  qui  paraît 


C1)  Depuis  la  date  de  ce  rapport,  le  Grandgagnage  a  été  mis  sur  fiches 
par  M.  Haust,  Remacle  et  Forir  par  M.  Heuri  Simon,  le  manuscrit  de 
Maus  (dict.  du  patois  gaumais)  par  M.  Ed.  Liégeois. 


-64  - 

en  Belgique  et  même  au-delà  (Fumay,  Maubeuge,  Tourcoing),  nous 
n'avons  pas  réussi  à  épuiser  ce  fonds  réellement  inépuisable? 

Par  dessus  tout,  il  fallait  recourir  aux  sources  orales,  aller 
étudier  les  patois  là  où  on  les  parle  dans  leur  grâce  et  leur  naïveté 
coutumières,  noter  les  particularités  de  prononciation,  de  sens, 
les  spots  de  chaque  terroir,  les  formes  grammaticales,  les  idio- 
tismes.  Ce  travail,  MM.  Feller  et  Haust  s'y  appliquaient  avec 
ardeur  depuis  longtemps  :  le  premier,  depuis  1879,  notait,  à  la 
lumière  de  Grandgagnage,  Dasnoy,Lobet  et  autres  lexicographes, 
ce  qu'il  avait  appris  dans  son  enfance  des  dialectes  de  la  Semois, 
de  l'Ourthe  et  de  la  Vesdre  et  ce  qu'il  entendait  autour  de  lui  ; 
l'un  et  l'autre,  conjointement  depuis  1888,  consacraient  une  partie 
de  leurs  vacances  à  des  excursions  pour  étudier  la  linguistique 
et  le  folklore  wallons  (1). 

Mais  l'impossibilité  de  se  transporter  partout  pour  faire  de 
longues  et  profondes  enquêtes  à  la  fois  sur  le  phonétisme,  la 
morphologie,  la  syntaxe,  le  vocabulaire  de  chaque  dialecte;  la 
difficulté  de  s'ancrer  suffisamment  dans  un  endroit  pour  inspirer 
confiance  et  délier  les  langues;  la  nécessité  grandissante  de 
consacrer  le  plus  clair  des  vacances  aux  publications  elles-mêmes, 
ces  raisons  ont  amené  les  deux  enquêteurs  à  perfectionner  un 
organisme  qui  s'est  créé  tout  naturellement  par  la  force  des 
choses.  Ces  visites  dans  les  provinces  wallonnes  nous  faisaient 
des  amis,  qu'on  pouvait  interroger  au  besoin  par  écrit  et  qui 
même,  parfois  trop  rarement,  prenaient  l'initiative  de  nous  ren- 
seigner sur  des  mots  rares  ou  des  particularités  curieuses,  ou 
même  de  nous  questionner  sur  des  points  qui  les  intriguaient. 
Ainsi  s'est  formé  peu  à  peu  un  noyau  de  correspondants  qu'il  n'y 
a  eu  qu'à  augmenter  pour  créer  un  des  organes  les  plus  intéres- 
sants et  les  plus  nécessaires  de  l'œuvre.  Ce  fut  surtout  afin 
d'entretenir  des  relations  suivies  avec  ces  collaborateurs  éloignés 
que  fut  créé  le  Bulletin  du  Dictionnaire  wallon,  en  novembre  1905. 
11  débute  par  des  Instructions  à  nos  correspondants  dans  lesquels 
M.  Feller,  bon  connaisseur  des  mentalités  ardeunaises,  essayait 
de  stimuler  par  persuasion  les  activités  hésitantes,  de  dissiper 
les   défiances  naturelles  des  Wallons  de  nos  campagnes.   Il   se 


(')  1891  sqq.  :  J.  Feller,  Flore  populaire  wallonne,  dans  Bull,  de  Folklore 
wallon.  —  1892  :  Geoi'ges  Doutrepont  et  J.  Haust,  Les  parlers  du  nord  et 
du  sud-est  de  la  province  de  Liège,  dans  Mélanges  wallons.  —  Voyez  aussi 
dans  le  même  recueil  :  Aug.  Doutrepont,  Formes  variées  de  quelques  mots 
wallons. 


—  65  — 

continue  par  des  discours  et  des  rapports  de  MM.  Feller  et 
Haust  sur  le  but,  l'opportunité,  la  nécessité  de  l'œuvre  entre- 
prise et  sur  les  travaux  déjà  exécutés.  Puis  il  fournit  des  ques- 
tionnaires, les  uns  sur  des  sujets  aimés,  la  fenaison,  la  moisson, 
les  instruments  agricoles,  le  rouet,  le  foyer,  l'abeille,  le  jeu  de 
quilles  ;  les  autres  sur  des  mots  qui  doivent  venir  au  début 
du  dictionnaire,  sous  aa-,  ab-,  ac-,  ad-,  ae-,  a/-.  Ce  moyen  d'en- 
quête s'est  révélé  le  plus  puissant  et  le  plus  pratique;  son  seul 
défaut  est  d'être  très  exigeant.  Les  correspondants  reçoivent  des 
exemplaires  interfoliés  des  questionnaires.  La  plupart  répondent 
sur  des  feuilles  ad  hoc  avec  beaucoup  de  bonne  volonté  et  d'in- 
telligence. Et  ce  n'est  pas  un  mince  mérite,  car  les  vocabulaires 
qui  leur  sont  soumis  sont  très  long,  très  serrés  de  texte,  et.  pour 
gagner  de  la   place,  fourmillent  d'abréviations. 

On  nous  a  objecté  qu'il  est  dangereux  de  tabler  sur  des  maté- 
riaux ne  provenant  pas  de  pbilologues  ou  non  recueillis  person- 
nellement. Lu  principe,  rien  de  plus  vrai.  Mais  ce  n'est  vrai  que 
pour  les  pbilologues  étrangers,  souvent  réduits  à  étudier  le 
wallon  dans  les  Remacle  et  les  Lobet,  qui  leur  fournissent  des 
matériaux  moins  suis,  moins  bien  élaborés  que  ceux  de  nos 
correspondants.  Quand  nous  n'aurions  pas  d'autres  sources, 
l'avantage  serait  encore  de  notre  côté.  Mais  bâtons-nous  de  dire 
que  nous  avons  d'autres  sources.  Les  directeurs  de  l'entreprise 
connaissent  la  pbonétique  des  dialectes  sur  lesquels  ils  inter- 
rogent. Leurs  efforts  tendent  surtout  à  recueillir  plus  de  termes 
rares  et  tecbniques,  plus  d'expressions  pittoresques  et  prover- 
biales. La  comparaisou  des  renseignements  recueillis  n'est  pas 
non  plus  un  critérium  inopérant.  Enfin,  en  cas  de  doute,  le 
contrôle  est  facile  et  l'on  ne  craint  pas  d'en  user;  c'est  l'enquête 
personnelle  sur  les  lieux  au  premier  jour  de  liberté,  ou  l'enquête 
par  écrit,  simultanée,  auprès  de  divers  correspondants. 

Les  questionnaires  sur  la  vie  rurale  ont  été  faits  en  général 
par  M.  Eeller.  Les  vocabulaires-questionnaires,  œuvre  beau- 
coup plus  considérable,  qui  rassemblent  une  matière  déjà  beau- 
coup plus  ricbe,  plus  sûre  et  plus  scientifique  surtout  que  tous  les 
dictionnaires  wallons  réunis,  ont  été  composés  par  un  des  trois 
rédacteurs  à  tour  de  rôle,  et  revus,  corrigés,  augmentés  par  ses 
deux  collègues. 

Les  dépouillements  des  réponses  ont  été  faits  jusqu'ici  par  M. 
Haust,  à  qui  les  cabiers  sont  renvoyés  en  sa  qualité  de  secrétaire 
de  la  Société.  Le  classement  des  ficbes  au  siège  de  la  Société  est 


—  66  - 

surtout  fait  par  M.  Auguste  Doutrepont.  Ou  aurait  peine  à  se 
figurer  la  multitude  et  la  variété  de  formes,  de  significations 
inédites  et  même  de  mots  nouveaux  que  nous  apportent  ces 
enquêtes  de  tous  les  points  importants  de  la  Wallonie.  Le  classe- 
ment en  est  laborieux,  mais  la  récolte  vaut  largement  l'effort. 

Aux  milliers  de  fiches  ainsi  constituées  viennent  s'ajouter 
celles  qui  proviennent  de  communications  spontanées,  soit  de 
membres  de  la  Société,  soit  de  correspondants  doublement  actifs  : 
s'ajouter  les  notes  que  nous  prenons  en  dépouillant  non  seule- 
ment les  œuvres  littéraires,  mais  encore  les  documents  les  plus 
divers  :  vocabulaires  anciens  ou  nouveaux,  travaux  envoyés  aux 
concours,  anciennes  pièces  de  concours  restées  anonymes  et  iné- 
dites, textes  d'archives.  Ainsi  s'explique  le  fait  qu'en  la  seule 
année  1908,  nos  collections  aient  pu  grossir  de  près  de  3o.ooo 
fiches. 

A  sa  réception  chaque  fiche  nouvelle,  ramenée  au  format  dési- 
rable, est  soigneusement  contrôlée.  On  inscrit  en  tête  le  mot-type 
auquel  elle  se  rattache.  Enfin  gï'âce  à  un  travail  d'insertion  sys- 
tématique et  jamais  interrompu,  la  fiche  va  prendre  sa  place 
dans  l'un  de  nos  4°o  cartons  à  coté  d'autres  consacrées  au  même 
mot.  Chaque  mot  a  donc  son  dossier,  qui  s'enrichit  peu  à  peu.  Un 
carton  pourrait  recevoir  jusqu'à  mille  fiches,  si  certaines  notes, 
découpées  et  collées  n'augmentaient  pas  l'épaisseur  des  feuilles. 
Au  reste,  comme  la  même  feuille  reçoit  aussi  très  souvent  plusieurs 
renseignements,  il  y  a  compensation. 

Il  existe  encore  d'autres  provisions  de  fiches.  La  principale  est 
celle  qui  a  été  recueillie  par  le  signataire  de  ce  rapport  avant  et 
depuis  1895,  pour  servir  à  ses  études  de  philologie  wallonne.  La 
grande  majorité  d'entre  elles,  en  vue  du  Dictionnaire,  est  classée 
par  ordre  alphabétique  ;  le  reste,  qui  a  trait  à  la  phonétique 
et  à  la  morphologie,  est  classée  provisoirement  d'après  l'ordre 
usité  dans  le  traité  qui  précède  le  Dictionnaire  général  de  la 
langue  française.  Le  tout  comprend  environ  5o.ooo  fiches. 
Il  est  regrettable,  au  point  de  vue  de  l'unité,  que  cette  col- 
lection ne  puisse  dès  maintenant  être  versée  à  la  masse  au  siège 
de  la  Société.  Mais  ce  transfert  à  Liège  paralyserait  l'auteur, 
puisque  celui-ci,  résidant  à  Verviers,  serait  en  ce  cas  privé  d'un 
instrument  de  travail  auquel  il  doit  avoir  recours  à  tout  instant.  11 
y  a  là  une  dualité  fâcheuse,  à  laquelle  le  détenteur  remédie  par 
des  copies  et  des  extraits  au  moment  d'établir  les  vocabulaires- 
questionnaires. 


-67- 

Au  total,  on  peut  évaluer  à  3oo.ooo  fiches  le  nombre  de  notes 
actuellement  recueillies  et  classées  (').  Nous  indiquons  ces  chiffres 
uniquement  pour  la  curiosité,  car  il  est  plus  facile  de  se  faire  une 
idée  exacte  des  richesses  acquises  en  consultant  les  vocabulaires 
et  les  suppléments  publiés  dans  notre  petite  revue. 

Ainsi  la  documentation  se  fait  pour  tout  l'ouvrage  en  général, 
et  en  particulier  pour  les  premières  feuilles  à  imprimer.  Mais  le 
public  se  tromperait  s'il  croyait  que  le  dictionnaire  ne  comporte 
que  des  enquêtes  ou  des  opérations  de  classement  et  de  compila- 
tion. Ce  serait  oublier  que  l'étude  de  chaque  mot,  de  son  origine, 
de  l'évolution  qu'il  a  subie,  de  la  différenciation  dialectale,  de  la 
filiation  des  sens,  ne  se  fera  pas  mécaniquement,  par  simple  juxta- 
position des  documents  recueillis.  L'histoire  des  mots  exige  des 
connaissances  philologiques  très  étendues.  Elle  ne  peut  se  l'aire 
que  par  une  comparaison  incessante.  Or,  à  la  limite  linguistique 
où  nous  sommes  placés,  ce  ne  sont  pas  seulement  les  revues,  lexi- 
ques ou  autres  travaux  de  philologie  romane  ou  de  latin  médiéval 
que  nous  devons  manier  chaque  jour,  mais  aussi  les  œuvres  de 
philologie  germanique,  notamment  pour  ce  qui  concerne  les 
dialectes  flamands,  néerlandais  et  ceux  de  la  Prusse  rhénane.  La 
connaissance  de  la  technologie,  des  métiers,  de  la  vie  rurale,  de 
la  botanique,  de  la  zoologie,  ne  serait  pas  chose  superflue,  ne  fût-ce 
que  pour  empiéter  avec  intelligence,  apprécier  avec  justesse  les 
renseignements  reçus  et  définir  les  termes  avec  précision.  Pour 
mener  à  bien  le  Dictionnaire  général  de  la  langue  frc.içaise,  il 
n'a  pas  fallu  moins  qu'un  logicien  comme  l'était  Hatzfeld,  un  pho- 
néticien comme  Arsène  Darmesteter,  un  romaniste  comme  An- 
toine Thomas,  un  grammairien  comme  Léopold  Sudré.  Et  combien 
plus  facile,  leur  tâche  ! 

Le  dictionnaire  à  composer  ne  peut  guère  être  comparé  a  celui 
d'une  langue  littéraire  comme  la  langue  française.  La  langue  fran- 
çaise correspond  à  ce  qu'on  appellerait  en  botanique  une  «  variété 
cultivée  »  :  le  wallon,  (nous  ne  dirons  pas  ici  la  langue  wallonne  !  | 
nous  représente  toute  une  flore  de  dialectes  eb  de  sous-dialectes. 
Entre  une  langue  arrivée  à  l'hégémonie  et  une  juxtaposition  de 
dialectes,  il  y  a,  si  vous  aimez  mieux,  la  différence  que  présente 
raient  l'organisation  d'une  monarchie  bien  unifiée  et  celle  d'une 
agglomération  de  petits  états  féodaux.  Que  de  problèmes  ardus 
cette    féodalité    va   susciter  !    Pouvons-nous  créer  au   hasard   de 


(l)  Ce  nombre  s'est  encore  accru  considérablement    depuis    1909. 


—  68  — 

l'ordre  alphabétique  un  ouvrage  qui  sera  une  bigarrure  de  tous 
les  dialectes  ?  Certes  le  romaniste  ne  s'en  effrayerait  pas  plus  que 
de  celle  qui  existe  dans  Godefroy  ou  dans  Du  Cange  ;  mais  il  faut 
:mssi  que  le  dictionnaire  wallon  puisse  servir  aux  Wallons.  Donc, 
au  lieu  de  composer  un  article  sur  chaque  forme  d'un  mot  ou 
variante  dialectale,  il  vaudra  mieux  grouper  la  matière  relative  à 
un  mot  dans  un  seul  et  même  article.  Quand  le  mot  existe  eu 
liégeois,  la  forme  liégeoise  servira  de  tête  d'article,  et  les  signifi- 
cations, les  exemples  seront  rassemblés  à  cette  place.  Pour  éviter 
des  généralisations  erronées,  un  sens  particulier  à  une  région 
sera  indiqué  comme  appartenant  à  cette  région.  Les  autres  for- 
mes dialectales  d'un  même  mot,  celles  qui  seront  sensiblement 
différentes,  devront  être  inscrites  à  leur  ordre  alphabétique,  mais 
avec  simple  renvoi  à  l'article  principal.  Les  mots  qui  n'existent 
que  dans  un  dialecte  déterminé  auront  nécessairement  leur  article 
à  la  place  où  chacun  doit  être1  inscrit.  Ne  sera-t-il  pas  opportun 
aussi  de  distinguer  par  quelque  différence  typographique  les 
principales  régions  ?  On  a  le  choix  entre  une  différence  de  carac- 
tères affectant  tout  le  mot,  un  signe  conventionnel  précédant  le 
mot,  une  indication  dialectale  à  la  suite.  Cette  dernière  est 
en  tout  cas  nécessaire,  mais  sera-t-elle  suffisante  ?  Il  serait 
bon  que,  dans  les  quatre  colonnes  qui  formeront  deux  pages 
en  regard,  l'œil  pût  distinguer  instantanément  ce  qui  est  du 
dialecte  liégeois,  ce  qui  est  ardennais,  ce  qui  est  namurois, 
ce  qui  appartient  aux  dialectes  extra- wallons,  le  gaumais  et  le 
rouchi.  Ces  cinq  divisions  pourraient  suffire  pour  signaler  le 
genre  ;  l'indication  dialectale  après  le  mot  préciserait  l'espèce. 
Le  plan  idéal  d'un  article  consisterait  à  suivre  d'un  bout  à 
l'autre  l'évolution  phonétique  et  l'évolution  sémantique  d'un  mot. 
D'abord  devrait  venir  la  dialectologie.  Car  si  le  mot  mis  en  tête 
de  l'article  n'est  qu'un  titre  ou  un  constat  d'existence,  les  variantes 
devraient  l'accompagner  pour  la  même  raison.  D'ailleurs  les 
variantes  dialectales  forment  souvent  un  faisceau  d'arguments 
pour  aider  à  retrouver  l'origine  du  mot.  La  partie  sémantique,  de 
même,  devrait  présenter  les  sens  dans  leur  ordre  d'engendrement 
ou  filiation,  autant  qu'il  est  possible  de  le  découvrir,  et  non  dans 
l'ordre  de  fréquence  des  sens  ou  dans  un  ordre  arbitrairement 
imaginé  en  vertu  de  conceptions  logiques  subjectives.  On  pourrait 
considérer  la  partie  historique  et  la  partie  sémantique  comme 
étant  sans  liens  entre  elles,  et  adopter  pour  la  seconde  un  ordre 
purement  pratique,  sans  prétention  à  reproduire  l'arbre  généalo- 


-%- 

gique  des  sens.  Ce  procédé,  qui  est  à  peu  près  celui  de  Littré, 
serait  un  pis-aller.  Il  ne  peut  servir  que  dans  les  cas  où  l'étymo- 
logie,  et  par  conséquent  la  filiation  des  sens,  sont  inconnues. 

Quel  que  soit  d'ailleurs  le  caractère  donné  à  cette  seconde 
partie  des  articles,  elle  devra  contenir  des  exemples  significatifs, 
empruntés  a  divers  dialectes.  11  sera  plus  difficile  d'en  restreindre 
le  nombre  que  de  L'augmenter.  Elle  fera  bien  de  renvoyer  le 
lecteur  à  d'autres  mots  synonymes  ou  quasi-synonymes,  sans 
insister  sur  les  nuances,  puisque  le  rapprochement  des  définitions 
et  des  exemples  doit  suffire  pour  les  indiquer. 

Si  le  dictionnaire  était  fait  uniquement  à  l'usage  des  littéra- 
teurs, malgré  toutes  ces  précautions  pour  assurer  la  clarté  et 
l'ordre,  je  considérerais  comme  une  monstruosité  de  rassembler 
dans  un  même  ouvrage  et  de  mêler  dans  la  même  page  et  jusque 
dans  le  même  article  «les  formes  et  des  phrases  de  physionomie 
très  diverse.  Mais  ici  la  variété  est  partie  constitutive  de  l'œuvre. 
Le  dictionnaire  des  dialectes  romans  de  Belgique  s'adresse  à 
la  fois  aux  Littérateurs  et  aux  linguistes.  Aux  premiers,  il  faut 
donner  les  moyens  de  distinguer  soigneusement  ce  qui  appartient 
à  leur  dialecte  propre  de  ce  qui  revient  aux  dialectes  circon- 
voisins.  Sans  cette  précaution  ils  emprunteraient  de  toutes 
mains  des  formes  disparates,  car  les  poètes  sont  avides  de  mots 
nouveaux.  Notre  dictionnaire  ne  veut  pas  les  empêcher  d'em- 
prunter, de  naturaliser  un  mot  qui  leur  paraîtrait  de  bonne  prise, 
mais  il  veut  leur  permettre  d'emprunter  en  connaissance  de 
cause.  Aux  linguistes,  il  faut  offrir  le  recueil  comparatif  auquel 
ils  ont  droit,  destiné  à  remplacer  avec  avantage,  c'est-à-dire 
avec  plus  de  richesse,  de  méthode,  de  science,  ce  qui  traîne  épars 
dans  une  vingtaine  de  publications,  épars  et  fragmentaire,  le 
plus  souvent  erroné  et  antiscientifique,  ("est  seulement  par  la 
substitution  de  grands  recueils  méthodiques  au  nombre  infini  de 
lexiques  régionaux  sans  grammaire  et  sans  critique,  que  les 
études  comparatives  de  philologie  romane  pourront  s'étendre 
avec  sûreté  sur  des  aires  de  plus  en  plus  vastes.  Acceptons  donc 
de  bon  cœur  ce  voisinage  des  dialectes  dans  notre  œuvre. 
Il  est  bien  plus  étendu  dans  le  Thésaurus  de  Du  Cange,  où  les 
mots  prétendus  latins,  fabriques  par  quelque  moine  ou  quelque 
tabellion,  n'ont  souvent  de  latin  que  leur  terminaison  :  ce  sont 
des  vocables  saxons,  burgondes,  picards  ou  wisigoths  déguisés. 
Il  est  plus  étendu  aussi  dans  le  Dictionnaire  de  l'ancien  français 
de    Godefroy,    où    l'on    soupçonne    à   peine,    par    la    qualité    des 


—  70  - 

exemples  cites,  la  vraie  patrie  d'un  mot.  C'est  très  décevant  pour 
qui  savent  are  dans  ces  ouvrages  sans  fil  conducteur.  Heureuse- 
ment, ces  recueils  sont  de  vastes  nécropoles  de  termes  morts,  où 
le  publie  ne  pénètre  guère.  Nous  essayerons  de  donner  toujours 
a  chaque  mot,  à  chaque  forme  dialectale,  son  état-civil  exact, 
afin  d'éviter,  à  force  de  clarté  et  d'analyse,  ce  que  la  complexité 
.lu  sujet  pourrait  présenter  de  déroutant  pour  le  public. 

Une  œuvre  semblable  doit  être  publiée  non  en  une  fois,  mais  par 
fascicules  de  64  à  80  pages.  Attendre  qu'elle  soit  rédigée  en  entier 
pour  en  entamer  la  publication  ne  ferait  ni  l'affaire  du  public  ni 
celle  des  auteurs.  Ceux  qui  ne  verraient  rien  venir  accuseraient 
ou  soupçonneraient  les  auteurs  de  ne  pas  travailler.  X'est-ce  pas 
ce  (pie  le  public  pense  déjà  maintenant  ?  Que  serait-ce  si  nous 
tardions  vingt  ans  à  donner  le  premier  fruit  de  nos  recherches? 
Nous  essayerons  donc  dès  l'année  prochaine  de  livrer  le  premier 
fascicule  de  l'œuvre  (l).  Le  relevé  systématique  des  richesses  de 
nos  idiomes  doit  être  complété  par  une  grammaire  comparative 
des  dialectes  romans  de  notre  pays.  Les  Mélanges  wallons  dédiés 
par  des  élèves  et  amis  à  M.  Wilmotte,  la  Revue  des  patois  gallo- 
romans,  les  Bulletins  de  la  Société  contiennent  déjà  des  travaux- 
partiels  sur  la  phonétique  et  la  morphologie.  Il  ne  peut  être 
question  de  composer  une  œuvre  grammaticale  d'ensemble  avant 
de  recevoir,  du  moins  en  partie,  l'expérience  que  doit  donner  la 
composition  du  Dictionnaire. 

In  atlas  phonétique  est  le  complément  naturel  de  la  partie 
phonétique  de  cette  grammaire. 

Mais  l'histoire  des  mots  ne  peut  se  limiter  à  des  lois  en  quelque 
sorte  mathématiques  et  soustraites  aux  temps  :  le  vocabulaire 
de  l'ancien  wallon,  dont  Grandgagnage  a  donne  un  noyau  en 
cent  pages  à  la  fin  de  son  dictionnaire  étymologique,  doit  être 
exploité,  recueilli,  venir  en  témoignage  dans  la  partie  historique 
de  notre  oeuvre.  Que  d'autres  travaux  importants  ou  nécessaires 
se  rattachent  encore  à  celui  du  Dictionnaire,  attendant  chacun 
son  ouvrier!  Il  y  aurait  lieu  d'étudier  la  langue  de  chaque  auteur 
wallon  ancien,  ou  assigné  au  domaine  wallon,  comme  M.  Georges 
Dont  repont  l'a  fait  pour  Hemricourt,  de  les  étudier  à  tous  les 
points  de  vue,  vocabulaire,  idiotismes,  grammaire,  orthographe 


(l)  Cette   promesse  n'a  pu  être  tenue,  faute  de  ressources.  Une  pétition, 
datée  'I"  iti  janvier  191 1.  vient  d'être  adressée  au  gouvernement  belge. 


-  7i  - 

et  phonétisme,  en  des  monographies  ou  en  des  éditions  plus 
critiques  que  les  anciennes. 

Nous  voici,  je  pense,  a  la  fin  de  notre  explication.  Le  diction- 
naire est  donc  fait  ou  il  n'est  pas  fait,  suivant  ce  que  l'on  exige  de 
nous.  Plus  exigeants  que  nos  propres  amis,  nous  ne  pouvons 
nous  résoudre  à  produire  une  compilation  comme  il  en  existe 
tant,  entreprises  par  des  gens  qui  centralisent  des  notes,  mais 
(pii,  incapables  d'en  faire  la  critique,  impriment  tout  pêle-mêle. 
Ces  gens  ne  donnent  l'illusion  qu'ils  sont  des  auteurs  (au  sens 
réel  du  latin  auctures.  parent  de  auctoritas  et  de  augere)  qu'aux 
lecteurs  incompétents  et  crédules;  les  autres  reconnaissent  à 
l'ensemble  et  a  mille  détails  le  résultat  de  compilations  mal 
faites,  où  rien  n'est  à  sa  place,  ni  interprété  sainement,  où  même 
souvent  le  compilateur  n'a  pas  su  tenir  compte  avec  intelligence 
des  notes  de  ses  correspondants.  Nous  espérons  que  pareil 
reproche  ne  s'adressera  pas  à  notre  œuvre.  Si  nous  voulions  faire 
une  rhapsodie  de  ce  genre,  elle  est  laite  et  bien  au-delà  :  il  ne 
reste  plus  qu'à  numéroter  4.00.000  fiches  et  imprimer  !  Si  nous 
voulons  créer  une  u  livre,  (die  est  a  composer  tout  entière,  avec 
une  sage  activité,  et  il  ne  faudra  pas  moins  de  l'esprit  critique, 
des  connaissances  diverses  et  des  talents  particuliers  de  ses  trois 
rédacteurs,  aidés  de  leurs  collègues  de  la  Société  de  Littérature 
wallonne  et  d'une  armée  de  deux  à  trois  cents  correspondants, 
pour  la  mener  à  bonne  fin.  11  y  aurait  un  moyen  pratique  de 
presser  le  travail  et  de  terminer  trois  fois  plus  tôt.  Ce  serait  que 
chacun  composât  le  tiers  de  l'ouvrage.  Mais  nous  n'entendons 
pas  ainsi  la  collaboration.  Que  l'un  ou  l'autre  des  trois  ait  pris 
l'initiative  de  charpenter  un  article,  il  faut  que  son  travail  suit 
examiné,  complété,  raccourci,  remanié  par  ses  collègues.  Mais 
tout   heureusement  ne  comporte  pas  discussion   et   controverse. 

M'arrèterai-je  ici  sans  parler  des  circonstances  vitales  de 
personnes,  d'impression,  de  dépenses?  Ce  serait  volontairement 
rester  incomplet.  Pour  réaliser  le  Dictionnaire,  il  faut  plus 
qu'un  beau  plan  et  un  beau  programme.  Il  faut  une  somme  que  je 
n'oserais  pas  évaluer  sans  faire  jeter  les  hauts  cris,  une  demi- 
fortune.  D'abord  l'œuvre  exige  un  matériel  d'impression  tout  à 
fait  particulier, 'qu'un  éditeur  ne  se  procure  pas  sans  des  garanties 
sérieuses.  Xous  devons  compléter  notre  bibliothèque  romane  et 
germanique.  Jusqu'ici  les  auteurs  y  ont  pourvu,  grâce  au  budget 
ordinaire  de  la  Société  et  surtout  de  leurs  propres  deniers.  Sous 
le  rapport   des   dépenses,    il  n'y  a  pas  à  craindre  d'être  laissé 


—  72   - 

découverl  i1).  L'État,  les  Provinces,  les  Villes,  déjà  sur  la  simple 
appréciation  des  travaux  commencés,  le  Projet  et  le  Bulletin 
<lu  Dictionnaire,  rivalisent  pour  nous  envoyer  leur  cotisation 
annuelle.  Des  particuliers  tiennent  à  honneur  d'être  inscrits 
parmi  les  protecteurs  de  cette  œuvre.  Quant  aux  hommes,  il  y  a  à 
craindre  l'âge,  la  maladie,  les  découragements,  les  dissenti- 
ments, l'absence  de  loisirs.  .le  passe  très  vite  à  dessein  sur  ces 
causes  de  retard,  dont,  quelques  unes  existent  réellement  et 
devront  être  vaincues.  En  dépit  des  obstacles,  le  Dictionnaire 
se  fera,  certes;  mais  il  importe  aussi  qu'il  se  fasse  vite,  qu'il  se 
l'aise  bien,  couvé  par  la  chaleur  de  ceux  qui  l'ont  conçu,  et,  pour 
y  arriver,  il  ne  faut  escompter  rien  moins  qu'une  synergie  par- 
faite de  toutes  les  forces,  de  toutes  les  aptitudes  et  de  tous  les 
dévouements. 

IX. 

Principes  d'orthographe  wallone  (8) 

La  Wallonie  souffre  de  ce  «pie  l'écriture,  telle  qu'elle  est  prati- 
quée par  la  majorité  des  auteurs  wallons,  ne  reproduit  fidèlement 
ni  les  sons,  ni  les  formes,  ni  les  rapports  syntaxiques.  On  ne  lit 
pas  les  œuvres  wallonnes,  on  les  devine  plutôt.  Le  but  que  nous 


(')  Cette  prévision  volontairement  optimiste  ne  s'est  pas  réalisée  en  entier. 
Les  publications  actuelles,  Bulletin  général,  Bulletin  du  Dictionnaire, 
Annuaire,  Bibliothèque  de  philologie  wallonne,  les  récompenses  affectées 
aux  vingt-cinq  Concours  annuels  absorbent  toutes  nos  ressources  et  nous 
laissent  en  déficit.  Ce  n'est  pas  que  la  Province  et  les  Villes  nous  aient 
marchandé  leur  appui,  mais  la  subvention  efficace  doit  venir  de  l'État.  [A 
cette  date  du  S  mai  1911,  l'intervention  de  l'État  n'est  pas  venue  sous  la 
tonne  que  nous  espérions,  malgré  les  efforts  persévérants  de  notre  ami  et 
collaborateur  Â.ug.  Doutrepont.  L'État  ne  manque  pas  de  lionne  volonté 
envers  notre  œuvre,  mais  il  entre  difficilement  dans  nos  vues  et  n'a  pas  le 
sentiment  des  nécessités  qui  nous  entravent  :  et  peut-être  craint-il  aussi 
pour  sa  générosité  des  remontrances  flamingantes...  Pour  mettre  l'œuvre 
en  train  et  couvrir  les  frais  d'impression  du  premier  fascicule,  nous  axions 
besoin  d'une  dizaine  de  mille  francs,  que  la  Société  endettée  par  sa  propre 
activité  ne  pouvait  fournir  :  M.  le  Ministre  nous  propose  un  subside  de 
t,5oo  francs  par  fascicule  à  charge  d'envoyer  4°-  exemplaires  de  l'ouvrage 
au  ministère.  11  n'a  point  calculé  que  ces  401:  exemplaires  nous  conteront 
1,200  francs  et  que  l'État  ne  fait  ainsi  qu'une  souscription.  Or  chaque 
fascicule  nous  contera  i.ooo  francs  de  papier  el  d'impression,  et  nous 
aurions,  si  l'État  maintenait  ses  conditions,  a  fournir  douze  cents  exem- 
plaires au  public  (800  6X.  promis  aux  sociétaires.  400  au  ministère)  avant 
d'en  mettre  un  exemplaire  en  vente!  Et  puis  nous  restons  toujours  dans 
l'impossibilité  «le  démarrer]. 

Chapitre  détaché  des  Règles  d'Orth.  wall..  2'  édition,  tgo5,  pp.  14-16. 


•  73- 

nous  sommes  fixé,  en  élabornnt  ce  système  d'orthographe,  peut  se 
résumer  de  la  façon  suivante  : 

r.  Représenter  plus  exactement  les  sons  de  la  langue  parlée  : 
notre  orthographe  sera  donc,  autant  que  la  pratique  le  permettra, 
phonétique. 

2.  Respecter  la  parenté  qui  unit  les  dialectes  wallons  au  fran- 
çais :  notre  orthographe  sera,  autant  que  la  phonétique  le  per- 
mettra sans  danger,  analogique. 

3.  Respecter  les  différences  dialectales  et  les  analogies  dialec- 
tales, aussi  exactement  que  la  pratique  le  permettra.  On  y  arrive 
d'ailleurs  en  se  conformant  aux  principes  d'analogie  et  de  phoné- 
tisme  énoncés  plus  haut.  Notre  système  ne  sera  donc  ni  liégeois, 
ni  verviétois,  ni  namurois;  il  doit  servir  pour  tous  les  dialectes 
wallons;  il  doit  permettre  à  un  poète  liégeois  d'être  lu  fidèlement 
par  un  Ardennais,  un  Malmédien,  un  Brabançon,  voire  par  un 
étranger  qui  connaît  les  habitudes  graphiques  du  français.  Tout 
artiste  wallon  comprendra  l'avantage  d'une  orthographe  qui  ne 
trompe  pas  le  lecteur.  Unifier  l'orthographe,  c'est  faire  des 
règles  telles  que  les  mêmes  sons,  dans  les  mêmes  mots,  soient 
écrits  par  tous  de  la  même  façon  ;  que  des  sons  différents  soient 
écrits  différemment.  A  différence  phonétique  (assez  sensible  pour 
être  exprimée  par  l'écriture),  il  faut  une  différence  graphique. 
Certains  auteurs,  mus  par  un  sentiment  patriotique  excessif, 
préféreraient  un  système  purement  liégeois,  ne  prévoyant  que  les 
prononciations  liégeoises,  étouffant  les  autres  prononciations 
dialectales.  Cette  politique,  soyez-en  sûrs,  ne  pourrait  donner  au 
liégeois  qu'une  catholicité  artificielle.  C'est  par  l'excellence  des 
œuvres,  non  par  des  équivoques  de  prononciation,  qu'il  faut 
assurer  à  un  dialecte  la  supériorité  sur  les  autres. 

4.  Respecter  les  lois  bien  constatées  de  la  formation  et  de  l'évo- 
lution des  sons  et  des  mots  dans  les  langues  romanes,  dont  le 
wallon  fait  partie.  Méconnaître  ces  lois  par  des  graphies  fantai- 
sistes, c'est  rejeter  le  wallon  en  dehors  du  cycle  des  langues 
romanes.  Quand  nous  refusons  d'écrire  bai  pour  bé,  c'est  parce 
qu'il  ne  nous  est  pas  du  tout  prouvé  que  l'on  ait  jamais  prononcé 
en  wallon  ba-i,  bay.  Bai  s'éloignerait  donc  du  phonétisme  sans 
raison  analogique  ni  historique. 

L'analogie  ou  imitation  des  graphies  françaises  n'est  qu'une 
façon  abrégée  de  respecter  l'histoire  du  développement  linguis- 
tique du  wallon.  Un  homme  qui  n'a  pas  le  temps  ou  les  moyens 
d'apprendre  le  pourquoi  et  le  comment  d'un  acte,  se  tire  d'affaire 


-  :4- 

on  imitant  le  voisin  qui  est  mieux  au  courant;  de  même,  nous 
autres  Wallons,  tante  de  connaître  par  une  suite  continue  de 
documents  la  transformation  du  latin  en  wallon,  nous  allons 
demander  au  français  les  résultats  d'une  transformation  parallèle. 

Os  considérations  sur  la  valeur  de  l'orthographe  analogique, 
qous  permettront  de  nous  affranchir  au  besoin  de  l'analogie.  Le 
français  a  des  graphies  mauvaises,  inutilement  compliquées,  dues 
an  pédant isme  on  à  l'ignorance.  Il  faut  savoir  en  secouer  la 
tyrannie,  en  wallon,  pour  se  rapprocher  de  ce  qu'exigent  la  pho- 
nci  ique  et  l'histoire. 

5.  Quand  on  doit  obéir  a  plusieurs  néeessités  à  la  t'ois,  il  faut 
établir  une  subordination  entre  elles.  Qui  l'emportera  de  la 
phonétique,  ou  de  l'analogie  brutale,  ou  de  l'analogie  corrigée  et 
simplifiée  par  l'histoire?  \  notre  avis,  la  phonétique  doit  primer 
tout.  On  pourra  donc  aller,  dans  les  concessions  analogico-histo- 
riques,  aussi  loin  seulement  que  le  permettra  cette  nécessité  de 
représenter  exactement  les  sons  de  façon  à  ne  pas  tromper  le 
lecteur. 

Beaucoup  de  ceux  qui  demandent  à  un  système  orthographique 
<l'etre  facile,  sans  plus, confondent  l'orthographe  et  la  grammaire 
Tout  système  présuppose  la  connaissance  de  la  grammaire,  c'est- 
à-dire  une  certaine  habileté  dans  l'analyse  du  langage.  L'espèce 
de  facilite  qu'on  demande  surtout  a  un  système  orthographique, 
celui-ci  ne  peut  la  donner.  On  voudrait  qu'il  dispensât  de  savoir 
diviser  le  discours  en  mots,  de  savoir  distinguer  un  sujet,  un 
verbe,  une  négation,  un  subjonctif,  un  homonyme,  un  rapport 
syntaxique.  Aucun  système  ne  peut  en  dispenser.  Qu'on  ne  mette 
donc  pas  au  compte  du  système  orthographique  les  difficultés  de 
la  grammaire  générale  et  de  la  logique  II  faut  appeler  simple  et 
facile  tout  système  permettant  a  qui  connaît  la  grammaire  de 
transcrire  sa  pensée,  sans  avoir  à  trembler  pour  chaque  mot 
devant  les  exceptions  et  les  caprices  de  l'usage. 

X. 

L'orthographe  du  dialecte  de  Frameries   (1). 

M.  Louis  Dufrank  a  eu  l'heureuse  idée  de  faire  paraître,  en 
annexe  aux  œuvres  de  Joseph  Dufrane,  un  Vocabulaire  conte- 
nant   lu   plupart   des  mots   framerisons   (—   de    Frameries)  prv- 


I  m ra n   du   Jjull.  du  DicL  de  lu  langue  wall.,  4e  année,  1909,  pp.  37-49. 


-  75  - 

sentant  une  particularité.  Ce  vocabulaire  a  87  pages  et  contient 
plus  de  1100  articles.  C'est  une  bonne  contribution  à  la  lexico- 
graphie du  Hainaut.  Nous  n'examinerons  pas  le  lexique  en  lui- 
même  ;  nous  en  tenons  les  renseignements  pour  excellents,  car  ils 
émanent  d'un  connaisseur  amoureux  de  sou  dialecte.  C'est  sur  un 
autre  point  que  nous  voudrions  attirer  l'attention. 

Le  Vocabulaire  est  précédé  d'une  note  sur  l'orthographe,  qui 
appelle  la  discussion.  En  voici  le  premier  paragraphe  : 

«  L'orthographe  adoptée  par  .lus.  Dufrane  dans  ses  dernières  œuvres  se 
rapproche,  mitant  qu'il  est  possible,  des  régies  fixées  par  la  Société 
liégeoise  de  Littérature  wallonne.  Nous  avons,  dans  la  présente  édition, 
accentué  encore  le  rapprochement,  mais  en  respectant  scrupuleusement 
L'étymologie  dont  Les  Liégeois  s'écartaient  trop,  au  sens  de  Bosquktia  ('). 
Toutefois,  nous  n'avons  pu  suivre  aveuglément  toutes  les  règles  imposées; 
il  y  en  a  qui  auraient  rendu  notre  dialecte  illisible  en  lui  donnant  l'aspect 
d'une  langue  artificielle.  <>n  pourra  on  juger,  car  nous  avons  placé  entre 
parenthèses,  à  la  suite  de  chaque  mot,  l'orthographe  telle  que  l'exigerait  la 
Société  liégeoise.  » 

Ce  préambule  nous  plaît.  Nous  avons  affaire  ici  à  gens  de  bonne 
foi.  Or  nous  sommes  de  bonne  foi  nous-même;  nous  ne  deman- 
dons pas  mieux  que  d'apprendre  les  étymologies  dont  nous  nous 
éloignons,  bien  à  notre  insu,  et  nous  ne  prétendons  pas  qu'on 
suive  aveuglément  nos  régies.  Nous  sommes  donc  dans  de  bonnes 
conditions  pour  nous  entendre,  d'autant  plus  que,  paraissant 
d'accord  sur  les  principes,  nous  n'avons  qu'à  examiner  les  points 
particuliers  sur  lesquels  l'honorable  éditeur  de  Bosquètia  fait  des 
réserves. 

1.  «  Une  quantité  de  mots  se  prononcent  de  deux  façons  : 
faudra-t-il  deux  orthographes  pour  ces  mots?»  -  L'ancien  fran- 
çais n'hésitait  pas  à  écrire  une  gent,  des  gens:  un  enfant,  des 
enfans;  une  clef ',  des  clés;  un  buef,  des  bues  (bœufs),  parce  que 
la  consonne  finale  du  singulier  ne  se  prononçait  pas  devant  Vs  au 
pluriel  ou  se  combinait  avec  elle.  Aujourd'hui  encore,  on  écrit 
cheval  et  chevaux  différemment  parce  qu'ils  se  prononcent  diffé- 
remment, et  personne  ne  réclame  l'uniformité  graphique  sous 
prétexte  d'unité  ou  de  simplicité.  Donc,  logiquement  et  en  théorie, 
à  prononciations  diverses  doivent  répondre  des  graphies  diverses. 
Dans  la  pratique  (car,  dans  un  système  d'orthographe  populaire, 
nous  distinguons  toujours  la  pratique  de  la  théorie,  et  nous 
cherchons   des  tempéraments    pour  concilier   la  logique  avec  la 


C1)  Pseudonyme  de  Joseph  Dufrane. 


-  76  - 

tradition,  les  aises  on  la  faiblesse  des  lecteurs),  il  y  a  lieu  de  peser 
les  avantages  des  deux  procédés. 

Vous  propose/  d'uniformiser  «huis  l'écriture  des  formes  d'un 
même  mol  différentes  par  la  prononciation.  Comme  il  n'est  pas 
vrai  que  jusqu'ici  nous  ayons  exigé  une  orthographe  strictement 
phonétique,  nous  comprenons  très  bien  le  désir  de  Bosquètia 
d'écrire  Armand  ou  Annan  dans  tous  les  cas.  Cela  ne  gène  pas 
les  Framerisons.  Ils  prononceront,  dans  les  cas  divers  d'euphonie 
syntaxique,  selon  les  liabitudes  acquises,  et  ils  n'ont  pas  besoin 
d'être  avertis  par  récriture  pour  bien  prononcer.  Mais  la  question 
est  de  savoir  si  M.  Dufrane  se  contente  d'être  lu  par  ses  voisins. 
N'écrit -il  pas  aussi  pour  nous,  qui  ne  sommes  point  de  Fra- 
meries  ?  S'il  veut  (pie  les  oeuvres  de  Bosquètia  soient  lues  par 
nous  et  savourées  par  nous  dans  leur  vraie  prononciation,  — 
je  ne  dis  pas  seulement  comprises,  car  comprendre  est  un  mi- 
nimum, je  dis  savourées  avec  leur  plein  goût  de  terroir,  —  il 
doit  nous  aider  à  les  bien  prononcer.  La  solution  dépend  donc  du 
but  ;    ce  n'est  pas  nous  qui  vous  l'imposons,  c'est  votre  but. 

Supposons  donc  <pie  les  écrivains  wallons  de  Frameries  ne 
dédaignent  pas  d'être  goûtés  par  ceux  de  Liège.  En  ce  cas,  ils 
ont  le  devoir  de  nous  faciliter,  par  des  graphies  fidèles,  la  pronon- 
ciation exacte  du  dialecte  qu'ils  aiment,  et  dont  ils  sont  fiers  à 
bon  droit,  et  qu'ils  ont  consacré  par  quelques  jolis  chefs-d'œuvre. 
Tirons  les  conséquences. 

Vous  dites,  —  permettez-moi  seulement  de  traduire  un  peu,  — 
que  maison  se  prononce  avec  la  voyelle  nasale  pure  on  devant 
consonne,  tandis  que,  devant  voyelle  ou  à  la  fin  d'un  membre 
de  phrase,  maison  se  prononce  avec  voyelle  orale  o  suivie  d'une 
consonne  nasale  gutturale.  Vous  voulez  l'écrire  de  la  même  façon 
dans  les  deux  cas.  Cela  ne  vous  est  pas  défendu,  même  par  notre 
système,  mais  vous  y  gagnerez  (pie  tous  vos  lecteurs  étrangers 
ignoreront  cette  particularité  dialectale  et  prononceront  maison. 
Le  verviétois,  qui  présente  une  différence  analogue,  n'hésite 
pas  a  écrire  tché,  né,  vét,  ré  (chien,  pas,  vient,  rien)  et  tchin,  nin, 
vint,  rin  :  !fu  n'n  ré  vèyou  (je  n'ai  rien  vu),  mais  r/ii  n'vou  rin 
(je  ne  veux  rien).  A  la  vérité,  cette  dernière  graphie  est  mau- 
vaise et  ne  correspond  pas  a  la  réalité,  car  on  prononce  ce  rm 
précisément  connue  a  Frameries,  mais  nous  voulons  acter  ici  que 
le  principe  des  deux  graphies  est  observé  a  Verviers  sans  que 
nous  soyons  intervenu.  De  même,  je  n'hésiterais  pas,  si  j'avais  à 
écrire  le  langage  de   Frameries,  à  adopter  le  principe  des  deux 


-  77  — 

graphies,  représentant  les  mots  tantôt  avec  des  an,  on,  in  purs, 
tantôt  avec  le  signe  de  la  nasale  gutturale.  Est-ce  à  dire  que  nous 
imposons  cette  nasale  gutturale?  Pas  plus  à  Frameries  qu'à 
Verviers.  Nous  avons  jusqu'ici  toléré  rin  pour  rè»  et  tchin  pour 
tchéw  a  Verviers,  ce  qui  n'est  pas  le  signe  d'une  grande  tyrannie, 
ce  qui  démontre  que  nous  ne  sommes  pas  les  théoriciens  intran- 
sigeants et  irréductibles  que  croit  M.  1).;  mais  enfin  nous  avons 
bien  le  droit  d'exprimer  une  préférence  et  de  dire  comment  nous 
écririons,  en  ce  qui  nous  concerne. 

M.  D.  dessert  notre  orthographe  sans  le  savoir  en  nous  prêtant 
des  graphies  barbares.  11  s'imagine  (pie  nous  écririons  marchanng, 
Armanng,  maisonng:  C'est  nous  écraser  sous  le  coup  du  ridicule. 
Jamais  nous  ne  voudrions,  a  aucun  prix,  de  ces  graphies  horribles, 
et  nous  prions  M.  I).  de  ne  pas  nous  les  endosser  dans  son 
Vocabulaire- 
Quel  sera  le  signe  adopté  ? 

A  petite  différence  phonétique  doit  répondre  une  petite  diffé- 
rence graphique,  assez  Légère  même  pour  que  les  lecteurs  peu 
délicats  ou  distraits  ne  l'aperçoivent  pas,  — ne  l'apercevant  pas, 
ils  n'en  seront  pas  gênés,  —  mais  suffisante  pour  que  le  lecteur 
délicat  soit  averti  de  la  différence.  Je  représenterais  donc  Yn 
guttural,  non  par  nng,  mais  par  une  n  légèrement  modifiée,  soit  ». 
Les  lecteurs  vulgaires  prendront  la  boucle  inférieure  pour  une 
fioriture  ;  la  fantaisie  des  imprimeurs  de  prospectus  et  la  mode 
leur  présentent  des  déformations  de  caractères  bien  plus  grandes, 
qui  ne  les  déroutent  guère.  D'autre  part,  les  lecteurs  étrangers, 
qui  veulent  lire  le  framerison  en  framerison  et  non  en  français, 
sauront  gré  à  l'auteur  d'avoir  si  élégamment  résolu  un  petit 
problème  d'orthographe.  Nous  écririons  donc  fil  maison,  tju 
m'in  von. 

On  autre  avantage  de  cet  n,  c'est  qu'il  permet  d'écrire  les 
consonnes  finales  et  de  respecter  scrupuleusement  l'étymologie, 
que  nous  prétendons  respecter  plus  exactement  que  Bosquètia. 
Xous  n'écririons  donc  pas  marchan  et  marchanng-,  mais  marchand 
et  marchand  ;  non  pas  inuchan  et  muchanng,  mais  muchant, 
muchant  (méchant).  Cela  nous  permettra  de  conserver  Vs  du 
pluriel  :  vous  hésiterez  à  écrire  maisonngs,  nous  n'hésiterons  pas 
à  écrire  discrètement  maisons.  Cela  nous  permettra  encore  de 
conserver  les  désinences  personnelles  des  verbes  :  il  in  vont  a 
Paris  et  non  pas  i7  in  vonng  a  Paris. 

Vous  ne  voulez  pas  de  mou  n   sous  prétexte  que   je  n'ai  pas 


-  78*- 

hésité  à  inventer  un  signe  spécial.  De  grâce  nous  ne  nous  dispu- 
terons pas  pour  cela.  Tournez  la  boucle  à  droite  et  n'en  parlons 
plus  !  Mais  avoue/  que  notre  »  ne  rendra  pas  trop  pénible  la 
Lecture  des  mots  framerisons  et  verviétois,  qu'il  ne  tire  pas  l'œil, 
qu'il  a  des  qualités. 

•2.  On  prononce  à  Frameries  Icù  (loup)  devant  consonne,  leuy 
devant  voyelle.  Nous  avouons  le  désir  de  voir  employer  les  denx 
graphies.  Que  M.  D.  ne  nous  prête  pas  l'idée  d'écrire  en  ce 
dernier  cas  leuïe,  car  nous  ne  mettons  pas  l'e  final  à  tort  et  à  tra- 
vers. Leiïie  serait  doublement  fautif,  et  par  sa  terminaison  fémi- 
nine et  par  l'emploi  de  ï  en  fonction  de  y. 

3.  Dans  les  terminaisons  -et,  -é,  -ais,  -ez,  la  voyelle  se  prononce  à 
Frameries  comme  l'e  des  mots  français  le,  nie,  te,  se,  de.  On  peut 
représenter  ce  trait  intéressant  de  prononciation  par  eu,  par  œ, 
par  un  e  pointé  ou  simplement  par  un  e  en  caractère  différent  du 
reste  du  mot.  Il  suffira  donc  d'imprimer  muguet,  maquet, 
assoume,  café,  astez,  pied,  ou  muguet,  maquet.  assoume,  cale, 
astez,  pied.  Le  masculin  restera  ainsi  aussi  conforme  que  possible 
au  féminin,  et  aussi  aux  graphies  françaises  dont  on  désire  ne 
pas  s'écarter. 

4-  Si  parti,  banni  se  prononcent  parte,  banè,  il  faut  écrire  parte, 
banè,  sous  peine  de  mal  faire  prononcer  les  mots. 

5.  On  prononce  à  l'infinitif  fumé  devant  consonne,  fumèy  dans 
les  autres  cas.  Nous  écrivons  fumer,  fumèy.  A  vrai  dire,  l'r  de 
fumer  nous  a  été  arrachée  par  un  désir  de  rester  le  plus  possible 
d'accord  avec  le  français.  Nous  regrettons  bien  cette  concession 
à  l'analogie,  parce  qu'on  ne  prononce  pas  fumer  partout,  et 
que  l'alternance  des  formes  dialectales  fumé,  fumé,  fumèy,  est 
plus  logique.  Mais,  fumer  ou  fumé,  la  différence  ne  touche  pas  ici 
à  la  prononciation,  et  l'on  peut  tolérer  les  deux.  Ce  qu'on  ne 
peut  accorder,  c'est  qu'on  adopte  entre  fumé  et  fumèy  un  moyen 
terme,  une  graphie;  fumei  qui  est  mauvaise  dans  tous  les  cas, 
puisqu'elle  se  prononcera  fumé.  Les  questions  de  phonétique  ne 
se  résolvent  pas  comme  les  questions  de  vente  et  d'achat,  en  «  cou- 
pant la  différence  en  deux  ». 

6.  L'e  aigu  nasal  est  très  fréquent  en  framerison.  Ce  son  est 
absolument  inconnu  en  français.  L'auteur  conclut...  qu'il  ne  faut 
pas  le  figurer  dans  l'écriture  ;  que,  si  on  le  figurait,  le  plus 
patoisant  des  Framerisons  ne  pourrait  plus  lire  couramment  deux 
lignes.  Ainsi,  chose  bizarre,  quand  les  auteurs  écriront  malén, 
don  vén,  magazén,  gobén,    les  lecteurs  dépaysés  ne  parviendront 


-  79  - 

plus  cà  lire  !  Il  faut  absolument  que  les  auteurs  écrivent  malin  on 
malin  pour  que  les  lecteurs  prononcent  malén  !  Bref,  nous  nous 
butons  toujours  au  même  procédé  :  écrire  les  choses  en  français, 
le  lecteur  les  devinera  et  les  prononcera  en  wallon.  Nous 
affirmons,  au  contraire,  que,  au  bout  de  cinq  lignes,  sans  aver- 
tissement préalable,  le  lecteur  comprendra  la  valeur  et  le  bien- 
fondé  des  graphies  en  on. 

La  graphie  malén  n'est  pas  disgracieuse.  Elle  n'est  pas  irrépro- 
chable, puisqu'on  peut  l'interpréter  mal  et  lire  malé-n:  mais  c'est 
un  défaut  qui  lui  est  commun  avec  les  autres  signes  des  voyelles 
nasales.  Elle  est  certes  plus  exacte  que  malin,  et  elle  est  moins 
sujette  à  erreur,  car  -in  n'existe  pas  non  plus  en  français  et,  par 
conséquent,  on  sera  tente  de  le  prononcer  î-n.  Une  fois  le  prin- 
cipe admis  que  le  signe  compose  en  représente  une  voyelle  nasale, 
la  prononciation  s'ensuit  :  en  est  la  voyelle  nasale  de  é.  Mais,  une 
fois  le  principe  admis  que  le  signe  in  est  une  voyelle  nasale,  la 
prononciation  qui  en  résulte  est  simplement  in,  c'est-à-dire  la 
voyelle  nasale  de  è  et  non  celle  de  é. 

7.  Suivant  en  cela  une  habitude  du  Hainaut  qui  est  déplo- 
rable, l'auteur  change  les  in  en  ein  et  en  ain.  Les  écrivains 
hennuyers  s'imaginent  rester  plus  fidèles  à  l'étymologie  quand  ils 
écrivent  bonlaintyie  à  cause  de  l'a  de  boulanger,  teimpète  à  cause 
de  l'e  de  tempête,  deint  à  cause  de  l'e  de  dent.  C'est  sans  doute 
en  cela  qu'ils  estiment  que  nous  nous  écartons  de  l'étymologie. 
Hélas,  ils  ne  savent  pas  que  les  graphies  ain,  ein  ont  une  histoire 
particulière  et  qu'il  n'y  a  pas  de  rapport  entre  ain  et  an,  entre 
ein  et  in.  Si  l'on  écrit  aujourd'hui  main,  j>ain,  plein  en  français, 
c'est  parce  que  l'on  a  prononcé  jadis  mayn,  payn,  pleyn  :  corré- 
lativement, M.  D.  est-il  sûr  que  l'on  a  prononcé  jadis  en  frame- 
rison  bonlayntjie,  teympète,  deynt  ?  Nous  sommes  certain  du 
contraire,  et,  par  conséquent,  ce  qui  respecte  l'étymologie,  c'est 
d'écrire  boulinfyiy,  timpète,  dint.  On  doit  être  intransigeant  sur  ce 
point.  Cette  habitude  des  ain  et  des  ein  est  empruntée  à  quel- 
ques vieux  auteurs  sans  connaissances  grammaticales.  Le  plus 
grand  service  qu'un  écrivain  hennuyer  pourrait  rendre  à  sa  région 
serait  l'échenillage  de  ces  a  et  de  ces  e  parasites. 

8.  Il  paraît  que  nous  proscrivons  d'une  façon  absolue  les 
consonnes  parasites,  mais  sans  fournir  aucune  règle.  Si  l'auteur 
avait  lu,  dans  VEssai  d'orthographe  wallonne  ou  dans  les  Règles, 
les  passages  relatifs  à  cet  objet,  il  saurait  qu'il  s'agit  ici  non  des 
consonnes  finales  qu'exigent  la  déclinaison  et  la  conjugaison,  si 


—  bo  — 

du  veut  rester  dans  le  cercle  des  langues  romanes,  mais  de 
consonnes  ridiculement  introduites  par  les  grammairiens  do  \  Ve 
et  du  XVIe  siècle,  au  mépris  des  lois  du  langage,  qu'ils  igno- 
raient. .1  ai  cité  jadis  vingt  ai  doigt  comme  étant  les  plus  carac- 
téristiques de  ces  bévues.  Le  latin  viginti,  qui  contient  un  g- en 
effet,  est  devenu  à  peu  près  viyinti,  vinti,  vint;  digitum 
est  devenu  a  peu  près  deyt',  puis  doyt'  (de-if,  do-if). 
Les  grammairiens  français  de  la  fin  du  moyen  âge,  en  écrivant 
vingt  et  doigt,  ont  introduit  un  g  qui  était  mort  ou  transformé 
en  y  depuis  dix  siècles  et  plus  !  Et,  pour  comble,  ils  l'ont  intro- 
duit à  une  mauvaise  place,  après  n  de  vingt,  c'est-à-dire  après  le 
n  de  viginti  !  Ces  Messieurs  les  grammairiens,  beureuse  incon- 
séquence !  —  n'ont  pas  pensé  à  introduire  ce  même  g  dans  froid, 
de  t'rigidum,  dans  roide  de  rigidam.  Il  est  étonnant  qu'ils 
n'écrivent  pas  roig  à  cause  de  regem  et  loig  à  cause  de  legem. 
Mais  ils  nous  ont  doté  de  scier  à  cause  du  c  de  secare,  qui  s'était 
aussi  changé  en  y  quelques  siècles  auparavant,  et  de  sçavoir  à 
cause  de  scire,  bien  que  savoir  vienne  de  sapere  et  non  de 
scire.  Partant  nous  devons  nous  féliciter  de  ce  que  les  gallo- 
pbiles  ue  nous  ont  pas  encore  réclamé  sçoyî  au  lieu  de  soyî  et 
sçaveùr  au  lieu  de  saveur. 

Notre  système  à  nous  est  de  suivre  l'analogie  du  français 
partout  où  c'est  plausible,  de  ne  pas  la  suivre  dans  ses  verrues  et 
ses  polypes.  Au  moment  où  nous  nous  occupions  d'agencer  une 
réforme  cohérente,  la  réforme  de  l'orthographe  française  était 
dans  l'air.  Nous  espérions  que  les  romanistes  français  réussi- 
raient à  balayer  certaines  consonnes  ridiculement  introduites  : 
ils  ont  échoué  contre  la  routine  et  l'incompréhension  des  acadé- 
miciens. Us  ont  échoué;  mais  nous,  qui  sommes  libres,  pourquoi 
irions-nous  jusqu'à  imiter  les  verrues  d' autrui?  Nous  nous 
sommes  permis  d'écrire  vint  et  doit,  et.  chose  plus  grave,  nous 
avons  supprimé  Vs  que  le  français  a  introduite  à  la  première 
personne  du  singulier  dans  toute  la  conjugaison,  écrivant^/  von 
à  cause  de  volo,  tyi  so  à  cause  de  su  m,  fyi  vin  (venio),  fyi  prind 
(  prendo),  fyi  voleû  (volebam),  dfèsteù  (stabam). 

9.  La  graphie  wa  n'a  pas  eu  l'heur  de  plaire  à  M.  D.  Pour- 
quoi? Est-ce  parce  que  la  voyelle  a  précédée  d'un  w  s'exprime 
mieux  par  oi?  Non,  mais  Frameries  prononçant  wa  comme 
le  français,  on  n'y  sent  pas  la  nécessité  de  changer  oi  français. 
Le  raisonnement  est  excusable,  mais  ce  n'est  pas  se  soucier 
beaucoup   de  ce    qui    correspond    à  oi   français   dans   les  autres 


il  — 


dialectes  wallons.  Ceux  qui  prononçaient  wè,  wé,  prétendaient 
aussi  conserver  oi  (').  De  sorte  que,  dans  tout  ce  qui  s'est  écrit 
en  wallon  eu  dehors  de  notre  orthographe,  il  n'y  a  pas  moyen 
de  savoir  ce  que  l'auteur  prononce  quand  il  écrit  oi  1  II  n'y  a 
qu'un  seul  remède  à  cet  abus  de  la  graphie  oi  :  c'est  de  faire 
écrire  wé,  wè,  ma,  ivâ,  wo  suivant  la  prononciation  locale. 

io.  L'abus  des  signes  w  et  k  donnerait,  dit-on,  aux  dialectes 
wallons  un  aspeci  germanique.  —  C'est  répéter  ce  que  nous 
avons  dit  nous  même;  nous  sommes  donc  d'accord  sur  le  principe. 
Mais  où  est  l'abus?  M.  I).  a-t-il  jamais  vu  écrit  du  picard  ancien? 
Sans  doute.  Il  sait  «loue  que  les  dialectes  romans  du  Nord 
ne  répugnaient  pas  a  remploi  de  w  et  de  k.  Le  texte  picard 
d'Aucassin  et  Nicolete  écrit  ki  à  côté  de  qui,  kaitif  à  côté  de 
caitif,  manke  et  non  manque,  waucrer,  waumoner.  Philippe 
Mouskès  écrit  enkor,  ki.  arceveskes,  rike  (riche),  clokète,  triuwe 
(trêve),  lieiiwe  (lieue),  waiter  guetter),  wès  (us).  Les  exemples 
foisonnent  dans  les  écrits  namurois  et  liégeois.  L'emploi  de  w 
et  A"  se  justifie  doue  par  la  tradition.  Au  reste,  nous  n'abusons  pas 
de  ces  deux  lettres,  puisque,  partout  où  le  français  emploie  c  et 
(]ii,  nous  en  usons  de  même.  Il  n'y  a  qu'une  exception  à  cette 
règle  de  bonne  analogie  :  c'esl  lorsque  le  c  dur  se  trouverait  en 
wallon  devant  c,  /".  Si  commencer  se  dit  comincher  en  Hainaut, 
cumincî  en  verviétois,  il  est  kiminct  à  Liège  et  nous  ne  pouvons 
pas  écrire  ciminci,  ni  quiminci,  ni  cuimincî.  Xos  graphies  nous 
sont  dictées  par  des  circonstances  plus  fortes  que  nous,  tandis 
que  nos  contradicteurs  s'imaginent  toujours  que  nous  les  choisis- 
sons par  caprice,  pour  taquiner  les  habitudes  reeues  et  barba- 
riser  les  textes.  En  conséquence,  il  faut  employer  le  k  ailleurs 
encore  que  dans  les  mots  d'origine  étrangère,  dans  uake,  kèryi 
(charrier),  kèrki  (charger),  keude  (coudre),  kèyére  (chaise),  keuy 
(chu),  qui  ne  présentent  qn  ni  en  français  ni  en  latin.  Pour  le  w, 
nous  n'approuvons  pas  plus  scouatei  que  ouallon  :  c'est  sewatèy, 
walon,  wé,  watyûre  (2)  qui  s'imposent. 

il.  M.  D.  loue  notre  emploi  de  la  demi-consonne  y.  Cependant 
il  ne  se  fait  pas  une  idée  tout-à-fait  adéquate  de  son  emploi  (s). 
Sans  quoi  décrirait  leny,  fuinèy,  aiwéye  (aiguille),  ab"yi  (habillé). 


(*)  Un  correspondant  hennuyer  nous  écrivait  un  jour  que,  dans  sa  loca- 
lité. «  connaître  »  se  disait  counoite.  Invité  à  préciser  quel  était  Le  son  qui 
se  dissimulait  sous  cette  graphie  équivoque,  il  transcrivit  counwote  ! 

(2)  M.  D.  écrit  par  inadvertance  wadgnre  avec  1111  g. 

(5)  Jamais  notre  y  n'équivaut  à  ii. 


(i 


—   82    — 

Il  ne  proposerai  pas  de  conserver  ///  pour  y,  juste  au  moment  où 
en  France  le  signe  de  /  mouille  vient,  de  perdre  le  son  de  /  mouillé. 
Le  signe  y  esl  si  commode,  si  simple  que  les  Français  devraient 
l'adopter;  le  signe  /'//  est  si  incommode,  si  compliqué,  si  équi- 
voque enfin  que  les  Français  devraient  le  rejeter.  Cet  ///.disions- 
nous,  •  a  toujours  été  une  cause  d'embarras;  il  ne  correspond 
plus  a  la  réalite  ».  M.  D.  nous  l'ait  l'honneur  de  nous  citer,  puis 
il  conclul  a  la  conservation  de  /'//.  Nos  arguments  ont  donc, 
glissé  sur  lui. 

Les  Borains  n'ont  aucune  raison  d'adopter  ly,  dit-il,  puisque, 
dans  aucun  de  leurs  mots,  il  n'existe  d'ill  mouillé  «  proprement 
dit  ».  M.  I).  a  l'air  de  comprendre  (pie  nous  lui  conseillons 
d'écrire  papilyon  quand  il  prononce  papiyon.  Eh  bien!  pas  du 
tout.  Si  vous  prononcez  milyon,  écrivez  milyon;  si  vous  pro- 
noncez papiyon,  écrive/,  papiyon.  Ce  que  l'on  déconseille,  c'est 
d'écrire  papillon,  parce  que  personne  ne  sait  si  vous  prononcez 
cela  comme  les  Français  d'aujourd'hui  ou  comme  les  Fiançais 
d'hier;  parce  que  les  provinces  n'ont  pas  encore  adopté  la  mode 
parisienne  et  que  ill,  en  conséquence,  est  équivoque.  Vous  aurez 
beau  me  citer  le  gl  italien  et  le  //  espagnol;  cet  argument  ne  me 
touche  guère,  puisque  vous  ne  proposez  pas  d'écrire  papiglon. 
Ce  qui  est  plus  grave,  vous  citez  la  «  tradition  »  boraine;  c'est 
la  prononciation  boraine  qui  a  «  prévalu  »;  c'est  une  «  abdi- 
cation »  de  supprimer  le  signe  ill  «  puisqu'aujourd'hui  tous  les 
peuples  latins  le  prononcent  comme  les  Wallons  l'ont  toujours 
prononcé  ».  M.  D.  voudra  bien  nous  accorder  que  #7  et  //  ne  sont 
pourtant  pas  ill,  en  sorte  que  le  français  seul  se  sert  de  ill,  et  non 
tous  les  peuples  latins.  Le  patriotisme  fait  faire  à  l'auteur  une 
confusion  entre  les  signes  et  les  sons.  Si  d'autre  part  le  borain 
prononce  y  aujourd'hui  un  groupe  qui  a  été  (' /  ou  gl.  puis  yl, 
pour  devenir  ly  (/  mouillé),  il  a  subi  la  même  évolution  que  les 
autres  peuples;  il  n'a  imposé  sa  prononciation  à  personne;  et, 
quant  à  la  façon  de  figurer  cette  prononciation,  si  l'italien  en  est 
resté  au  stade  gl  et  le  français  à  il,  ill  qui  représente  la  pronon- 
ciation yl  d'il  y  a  dix  ou  douze  siècles,  ce  n'est  pas  une  raison 
pour  adopter  ce  gl  ou  cet  ill;  au  contraire.  Ce  serait  affubler  un 
jeune  homme  d'une  défroque  de  vieillard  Ce  serait  abdiquer  sa 
jeunesse  et  le  droit  de  renouveler  le  vieux  costume  graphique 
des  mots.  De  quel  côté  serait  l'abdication? 

12.  De  même,  c'est  parce  (pie  le  français  a  tort  d'écrire  nous 
portions  et   des  portions  que  je  désire  supprimer  cette  équivoque 


—  83  — 

en  wallon.  Puisque  l'espagnol  et  l'italien  touchent  M.  I).,  qu'il 
regarde  comment  le  -tion  français  s'écrit  dans  ces  deux  langues 
(il.  venerazione,  propagazione,  ambizione;  esp.  narracion,  cor- 
rupcion,  émotion),  il  sera  moins  fasciné  par  la  graphie  française; 
il  ne  craindra  ni  constitution,  ni  portion,  ni  action  ou  acsion. 

i3.  Pour  liyon,  M.  D.,  emboîte  l'argument  contraire.  Tantôt 
il  voulait  conserver  -ill-  et  -tion  parce  que  la  prononciation 
boraine  est  conforme  au  français.  Ici  il  prétend  conserver  la 
graphie  française,  bien  que  la  prononciation  soit  différente, 
C'est  parce  que,  en  fait,  M.  D.  se  guide  d'après  des  répugnances 
et  des  sentiments.  Son  siège  est  fait,  son  parti  pris  avant  qu'il 
n'argumente.  Répétons  donc  pour  le  cas  de  lion  ce  que  nous 
avons  déjà  dit  :  si  vous  l'écrivez  comme  en  français,  je  le  pro- 
noncerai comme  en  français,  en  une  syllabe,  soit  lyon.  Si  vous 
l'écrivez  liyon,  vous  m'apprendrez  qu'il  y  a  une  syllabe  li  et  une 
syllabe  on,  liées  par  un  y  qui  se  prononce  plus  ou  moins  suivant 
les  régions  et  suivant  les  individus.  Vous  êtes  libre  d'écrire 
comme  vous  voulez  et  de  me  tromper  par  vos  graphies,  mais  je 
veux  avoir  le  droit  de  prononcer  ce  que  je  vois  écrit. 

Les  exemples  fournis  par  M.  D.  ne  prouvent  donc  pas  que  nous 
ayons  préconisé  des  règles  incompatibles  avec  le  génie  de  son 
dialecte.  Aucun  d'eux  ne  démontre  que  les  créateurs  de  l'ortho- 
graphe wallonne  n'ont  pas  une  connaissance  suffisante  des 
dialectes  hennuyers.  Pour  adapter  une  graphie  à  un  son,  il  n'est 
pas  nécessaire  de  savoir  tous  les  mots  d'un  dialecte.  Celui  qui 
sait  moins  de  mots  et  plus  de  phonétique  est  beaucoup  mieux 
préparé  pour  déterminer  l'orthographe  d'un  dialecte  que  celui  qui 
sait  plus  de  mots  et  moins  de  phonétique. 

Au  fond,  n'y  a-t-il  pas  quelque  malentendu  entre  M.  D,  et 
nous?  Pour  M.  D.  notre  orthographe  se  confond  avec  l'ortho- 
graphe phonétique.  De  là  certaines  erreurs  de  son  Vocabulaire. 
Certes  nous  tendons  au  phonétisme,  mais  avec  bien  des  atté- 
nuations. Ainsi  nous  écrivons,  tout  aussi  bien  que  M.  D.,  clicotia, 
blaria,  èscoiwion  au  lieu  de  -ya,  -yon.  Nous  conservons  les 
lettres  finales  muettes  qui  attestent  l'étymologie  du  mot;  au  lieu 
des  graphies  blouk,  bideu,  catwar,  crabo,  gado,  corau,  qu'il 
nous  attribue,  nous  écrivons  blouke  (fr.  boucle),  bidet,  catwâre, 
cras-bos,  gadot,   corô   ou  corde  (fr.    courroie)     (')•    En   revanche 


-  (')  Le  liégeois  prononce  et  écrit  corûye.  haye;  le  framerison  prononce 
et  peut  écrire  corô,  «.  mais  il  peut  aussi  conserver  I'e  muet  du  français 
courroie,  haie. 


-84- 


nous  repoussons  pusse  pour  pus'  (puits),  colibète  pour  quolibet'. 
Nous  conservons  la  douce  finale  dans  dalâge,  pwalâge,  iêve 
(lièvre),  cachîve,  ga.de,  m'atind-je,  mâgue,  (maigre),  parée  qu'elle 
est  étymologique  et  qu'elle  se  prononce  douce  dans  certains  cas, 
par  exemple  devant  une  voyelle  initiale.  Nous  écrivons,  tout 
comme  M.  I).,  (fiiiue,  dèsconcanèy,  et  non  kine,  dèskonkanèy, 
mais  aussi  broke  (fr.  broche),  et  non  broquc.  Nous  notons  soi- 
gneusement la  voyelle  longue  et  fermée  dans  skeùie  (secouer), 
cèmintiêre  (cimetière),  etc. 

Voici  d'autres  mots  où  l'orthographe  de  l'éditeur  et  la  nôtre, 
bien  enseignée  cette  fois,  sont  en  présence.  Nous  ne  craignons 
pas  d'en  offrir  la  comparaison  à  tout  lecteur  non  prévenu. 


Orth.  Dukrane 

aroïie 

arrousette,  barrette 

artoile 

assayie 

bauffe  (petite  cave) 

bauillie 

bèrdouille 

billettes 

bi'n-aise 

brain 

busïe 

causse 

cerque 

couaille 

coueillie 

doûgt  (doigt) 

dueil,  sueil 

eindamei 

t'ourbillïe 

gaillie 

habeille 

mouiat 

pouail 

saillette 

waillin 


Orth.  de  la  Soc.   Wall. 

aroyî 

arousète,  barète 
artwal  (fr.  orteil) 
assayî 

bôfe 

bôyi 

bèrdouye 
biyètes 
binaise 

brin  (fr.  bren,  embrener) 

busyî  (  =  bus'yîj 

eau  s'  (chaux) 

cèrke  (cercle) 

cwaye  (caille) 

cwèyî  (cueillir) 

dont 

dwèy  (deuil),  swèj7 

indamèy  (intaminare) 

fourbiyî 

gayî 

abèye 

mouya  (liég.  mouwè 

pway  (poil) 

sayète 


wayen 

Notre  orthographe  n'a  certes  pas  la  prétention  d'être  impec- 
cable, puisqu'elle  n'est  pas   exclusivement  phonétique  et  qu'elle 


comporte  une  certaine  somme  de  transactions.  Encore  convient- 
il  de  ne  pas  lui  attribuer  par  erreur  des  vices  qu'elle  a  pris  soin 
d'éviter.  Le  système  que  nous  préconisons  est  le  fruit  d'une  étude 
approfondie;  une  pratique  de  plusieurs  années  en  a  l'ait  ressortir 
les  avantages.  Nous  reconnaissons  toutefois  qu'il  est  susceptible 
de  s'améliorer  et  de  se  compléter.  C'est  ainsi  que  M.  D.  nous 
révèle  l'existence  à  Frameries  d'un  œ  fermé  nasal  qu'il  transcrit 
par  un  :  pûn  (pomme;,  inrùn  (discorde),  d'rûnbèy  (dérober  . 
Cette  graphie  est  parfaitement  acceptable. 

Nous  serions  heureux  si  les  explications  qui  précèdent  pou- 
vaient dissiper  chez  M.  D.  ses  dernières  préventions  contre 
l'orthographe  dite  «  liégeoise  »  et  lui  faire  voir  que  nous  sommes 
bien  près  de  nous  entendre. 

XI 

La  zone  picarde-wallonne  (') 

étudiée  par  le  R.   P.   Grignard. 

L'œuvre  couronnée  du  P.  Grignard  sur  les  patois  de  l'Ouest- 
wallon  n'a  pas  eu  la  chance  d'être  corrigée  et  remaniée  amou- 
reusement par  lui  pour  la  publication  dans  nos  Bulletins.  Sa 
vocation  l'a  conduit  aux  Indes,  où  il  évangélise  les  Faharias  ou 
les  Lepchas  à  la  mission  de  Kurséong,  au  pied  de  l'Himalaya,  au 
lieu  de  peser  des  syllabes  picardes  ou  wallonnes  à  Charleroi.  Peu 
avant  son  départ,  il  avait  bien  commencé  une  refonte  de  son 
premier  manuscrit,  dont  les  grandes  pages  pleines  de  surcharges, 
d'additions  aux  marges,  de  notes  intercalées  en  des  temps  divers, 
n'étaient  pas  déchiffrables  pour  un  imprimeur.  Mais  il  n'a  pas 
eu  le  loisir  de  pousser  très  loin  ce  travail.  Il  s'est  arrêté  au  début 
de  la  lettre  o,  et  encore  renvoie-t-il  souvent  du  second  manuscrit 
au  premier, compliquant  ainsi  la  publication  au  lieu  de  la  faciliter. 
Quant  aux  trois  autres  quarts,  il  a  dû  se  contenter  de  biffer 
au  crayon  des  mots,  des  exemples,  des  membres  de  phrase  incri- 
mines par  le  jury  et  d'ajouter  des  numéros  aux  paragraphes.  Or, 
on  a  vu  par  le  rapport  de  M.  A.  Doutrepont  que  le  jury  aurait 
désiré  une  mise  en  valeur  beaucoup  plus  intime  et  plus  labo- 
rieuse des  précieux  matériaux  accumulés.  La  mission  m'est  échue 
d'opérer  ce  travail.  Je  dois  donc  dire  en  quoi  j'ai  respecté  l'œuvre 


(')  Préface  de  la  Phonétique  et  Morphologie  des  dialectes  île  l'Ouest-wallon. 
par  Adelin  Grignard,  S.  J..  éditée  par  J.  Feller,  dans  Bull,  de  la  Soc  lié»-. 
de  Littér.  wall.,  t.  5o,  2e  partie,  1909. 


86  — 


première,  en  quoi  j'ai  cru  devoir  la  transformer,  à  mes  risques  et 

aux  risquer  de  l'auteur  —  absent  et  consentant. 

L'œuvre  de  M.  Grignard  a  l'avantage,  ou  la  disgrâce,  suivant 
le  point  de  vue,  qu'elle  n'expose  pas  l'étude  d'un  dialecte  wallon 
naturellement  délimité,  offrant,  à  tous  les  endroits,  sur  tous  les 
points  importants  de  son  vocalisme,  le  même  traitement  presque 
invariable,  n'ayant  que  des  variations  légères  de  détail,  comme 
de  tchantnut  a  tchantneiit  ou  demwart  à  mwtrt.  La  région  étudiée 
ici  n'a  pas  d'unité.  C'est  une  zone  de  transition  où  se  croisent  et 
s'entrecroisent  deux  dialectes.  Les  esprits  purement  spéculatifs 
objecteront  que  toutes  les  régions  sont  intermédiaires,  que  dans 
toutes  se  présentent  des  limites  phonétiques,  en  deçà  et  au  delà 
desquelles  les  mêmes  mots  ne  sonnent  plus  du  même  son.  Nous 
leur  répondrons  qu'il  y  a  différences  et  différences  :  il  ne  faut  pas 
seulement  les  compter,  mais  les  peser.  Les  unes  sont  presque 
négligeables,  les  autres  sont  radieales,  et,  accumulées,  impriment 
la  sensation  bien  nette  du  passage  d'un  idiome  à  un  autre.  Telle 
est  la  région  explorée  ici.  Deux  espèces  appartenant  à  des  genres 
différents,  le  rouchi,  du  domaine  picard,  et  le  namurois,  du 
domaine  wallon,  s'y  rencontrent  et  s'y  entrepénètrent.  Ce  n'est 
pas  un  centre  d'où  les  eaux  gonflées  s'avancent  rythmiquément 
en  ondulations  successives,  c'est  un  détroit  où  s'entrelieurtent 
les  derniers  flots  de  deux  mers  opposées. 

Voilà  ce  qui  rend  si  compliquée  la  description  phonétique  de 
ce  soi-disant  dialecte  de  l'Ouest-wallon.  Cette  description,  l'auteur 
l'avait  commencée  sans  avoir  une  vue  bien  nette  des  oppositions 
qu'il  aurait  à  mettre  en  relief.  Il  a  cru  qu'il  lui  suffirait  d'em- 
prunter le  moule  d'un  travail  analogue  fait  sur  le  dialecte  de 
Namur  et  d'introduire  les  variantes  dialectales.  Mais  le  dialecte 
de  Namur  est  homogène  :  il  n'y  a,  pas  d'homogénéité  dans  la 
région  qui  s'étend  de  Waterloo  à  Chimay  et  de  Walcourt  à  Thuin. 
A  mesure  qu'il  avançait  dans  sa  description,  l'auteur  s'en  est 
aperçu.  A  la  fin,  il  en  avait  acquis  la  claire  intuition  et  c'est 
alors  qu'il  a  rédigé  cette  introduction  S3rnthétique  à  laquelle  nous 
nous  sommes  gardé  de  toucher.  Il  en  résulte  que  l'exposé  des 
traits  dialectaux  est  resté  assez  lent  et  confus.  L'auteur  y  mettait 
un  peu  toutes  les  questions  au  même  plan.  Il  faisait  la  chasse 
aux  exemples  rares  et  d'étymologie  douteuse,  tandis  que  pareille 
démonstration  réclame  des  exemples  communs  et  non  contrô- 
ler sables.  Puis  il  arrivait  que  certains  mots  choisis  à  cause  de 
leur   singularité    avaient  besoin    d'exhiber   tout   un  état-civil  de 


-  87  - 

variantes  et  de  dérivés.  Tous  ces  détails,  sollicitant  l'attention  en 
même  temps,  empâtaient  le  sujet  principal.  D'autre  part,  trop 
peu  étonné  des  résultats  de  son  enquête,  l'auteur  enregistrait  les 
variations  profondes  et  les  superficielles  avec  la  même  sérénité, 
sans  une  phrase  qui  mît  le  lecteur  en  arrêt  et  l'avertît  de  l'impor- 
tance du  phénomène.  Mon  premier  rôle  a  donc  été,  dans  ce 
travail  de  mise  au  point,  de  supprimer  des  causes  d'encombre- 
ment et  de  confusion,  de  sacrifier  certains  exemples,  de  délester 
l'œuvre  des  remarques  de  syntaxe  et  de  lexicologie  inopportunes, 
de  clarifier  et  de  raccourcir  les  délimitations  géographiques  des 
sons,  de  donner  çà  et  là,  par  quelque  phrase  ou  quelque  mot 
précis,  la  sensation  qu'on  avait  affaire  à  une  zone  de  transition  et 
à  un  caractère  différentiel  important. 

Forcé  de  respecter  autant  que  possible  la  conception  d'autrui, 
je  n'ai  pu  m'en  affranchir  aussi  complètement  que  j'aurais  voulu. 
Il  est  souvent  plus  difficile  de  remanier  une  œuvre  que  d'en  com- 
poser une  nouvelle.  Ainsi,  quoi  que  nous  ayons  fait  pour  rendre 
plus  saillants  les  traits  spéciaux  et  réduire  la  place  des  caractères 
génériques  et  communs,  nous  avons  conscience  de  n'avoir  réussi 
que  très  imparfaitement  Nous  avions  contre  nous  à  la  fois  le 
sujet,  trop  composite  pour  se  prêter  à  une  rapide  analyse,  et 
la  crainte  de  trahir  notre  auteur,  trop  éloigné  pour  nous  donner 
sur  chaque  innovation  son  opinion  définitive.  Puissent  mes  deux 
collègues  du  jury,  qui  ont  étudié  attentivement  l'original,  estimer 
que  six  mois  d'un  travail  intensif  n'ont  pas  nui  à  l'œuvre  con- 
sciencieuse du  P.  Grignard. 

Les  changements  opérés  portent  tantôt  sur  la  forme  et  tantôt 
sur  le  fond.  J'ai  déjà  parlé  du  travail  d'élagage  dans  les  exemples  : 
il  en  reste  souvent  trop,  mais  le  lecteur  peut  s'arrêter  en  cela  au 
bout  de  deux  ou  trois  exemples  probants,  et  négliger  les  excep- 
tions et  explications  qui  remplissent  le  reste  du  paragraphe.  J'ai 
séparé  dans  la  mesure  du  possible  les  phénomènes  généraux  des 
variations  particulières.  Les  indications  des  limites  ont  été  sou- 
vent mises  à  part,  afin  que  le  lecteur  puisse  les  sauter  ou  les 
consulter  attentivement,  suivant  son  objet.  L'auteur  n'a  pas 
craint  la  copieuse  énumération  des  communes  formant  la  limite 
de  chaque  phénomène.  Il  faut  lui  en  savoir  gré,  et  l'on  peut  être 
sur  qu'il  a  déterminé  ces  limites  avec  soin  et  presque  toujours 
sur  place.  Quand  ces  listes  faisaient  double  emploi  avec  une 
carte,  je  les  ai  abrégées;  celles  qui,  au  contraire,  remplaçaient 
une  carte,  ou  qui  contenaient  des  considérations  théoriques,  une 


—  88  — 

façon    particulière    de   présenter   les  faits,    je  les    ai  conservées. 

Parfois  l'auteur  ne  donnait  que  des  titres  et  des  exemples  : 
j'ai  dû  alors  interpréter  les  résultats  et  les  classer.  Parfois  je  n'ai 
pris  que  les  exemples  et  j'ai  refait  tout  le  cadre  de  l'exposé 
théorique.  Il  en  est  arrivé  ainsi,  notamment,  dans  la  partie  relative 
aux  consonnes.  Le  jury  aurait  voulu  une  disposition  à  peu  {très 
semblable  à  celle  de  la  grammaire  de  Meyer-Lûbke  :  je  n'ai  pas 
osé  opérer  une  reconstruction  aussi  complète;  mais,  conservant 
chaque  famille  de  consonnes,  j'ai  refait  à  peu  près  chaque  chapitre. 
L'auteur  commençait  par  des  accidents  phonétiques  sans  impor- 
tance, mélangeait  les  cas  des  consonnes  simples  et  des  consonnes 
doubles,  des  groupes  d'origine  latine  et  des  groupes  d'origine 
romane,  ce  qui  ajoutait  une  anarchie;  nouvelle  à  l'anarchie  natu- 
relle1 du  langage  composite  de  cette  région.  Il  faisait  venir  au 
même  plan  et  dans  la  môme  liste  des  phénomènes  très  distincts 
comme  la  dénasalisation  de  c  dans  tchèrpètî  (charpentier)  et  la 
disparition  de  n  dans  ministerium.  J'ai  tâché  de  présenter  un 
tableau  complet  des  destinées  de  chaque  consonne,  les  prenant 
d'abord  entre  voyelles  ou  simples,  comme  initiales,  médiales  pro- 
toniques et  posttoniques,  finales;  ensuite  doublées  ;  puis  en  groupe 
avec  d'autres  consonnes,  groupe  latin,  groupe  roman,  consonnes 
précédant  et  suivant,  groupe  initial,  médial,  final.  C'est  dans 
cette  partie,  où  je  croyais  d'abord  n'avoir  rien  à  changer,  que  j'ai 
dû  innover  le  plus. 

Partout  j'ai  essayé  d'accentuer  les  différences  entre  l'Est  et 
l'Ouest  du  pays  exploré,  entre  la  région  wallonne  proprement  dite 
et  le  domaine  du  rouchi.  Rarement  l'auteur  mettait  en  opposition 
les  deux  usages.  Certes  nous  savons  ce  qu'il  y  a  d'artificiel 
dans  cette  action  d'individualiser  par  un  nom  un  idiome  local, 
mais  nous  savons  aussi  combien  c'est  plus  clair  et  plus  com- 
mode pour  le  lecteur.  Ici  d'ailleurs  on  peut  parler  de  dialectes 
différents  sans  courir  le  risque  d'errer  et  de  prendre  des  varia- 
tions insignifiantes  pour  des  caractères  différeneiels  tranchés. 
Sur  ce  point  il  n'est  pas  possible  que  je  sois  en  contradiction 
avec  l'auteur.  Il  a  lui-même  synthétisé  son  opinion  dans  le  cha- 
pitre d'introduction  :  je  n'ai  fait  que  la  répartir  en  détail  dans  les 
divers  paragraphes.  C'est  un  soulignement,  tout  au  plus. 

l 'iiil'ois  cependant  j'ai  dû  me  mettre  en  opposition  avec  des 
idées  de  l'auteur  et  je  n'ai  pas  toujours  indiqué  en  note  ces 
divergences,  pour  ne  pas  me  poser  en  critique  de  l'œuvre  savante 
que  j'avais   à   publier.  Ainsi  j'avertis  ici  que   l'auteur,  dans  une 


longue  note  ajoutée  au  §  82  (L  +  consonne)  et  que  j'ai  fondue 
dans  ce  paragraphe,  croit,  avec  son  guide  Xiederlànder,  que  / 
est  tombée  après  e  dans  bellum  :  bia,  sans  se  vocaliser  en  u. 
Je  lui  ai  endossé  dans  mon  texte  l'opinion  contraire  :  «  dans  le  ia 
namurois,  qui  est  pour  iau,  u  s'est  résorbé  »  (§  82).  Je  dois  donc 
assumer  la  responsabilité  de  divers  changements  de  rédaction 
qui  impliquent  une  autre  façon  d'interpréter  les  faits.  Peut-être 
aurais  je  dû  avertir,  comme  je  l'ai  fait  dans  une  note  à  la  fin  du 
§  36  pour  a  représentant  in  et  in  de.  Mais  la  théorie  en  tout 
ceci  n'est-elle  pas  une  chose  accessoire?  Ce  que  le  linguiste  recher- 
chera dans  ce  travail,  ce  n'est  pas  une  explication  conjecturale, 
ee  sont  des  faits,  des  faits  nombreux  et  classés  avec  ordre. 

J'ai  ajouté  une  couple  de  cartes,  une  pour  où  :  wè  (frou,  f'rwè, 
frigidum),  une  pour  doûr  :  dwam  (dorm(i)o),  qui  montrent 
la  distribution  géographique  de  deux  traits  d'une  importance 
capitale.  J'ai  essayé  de  rendre  plus  parlantes  certaines  autres 
cartes,  par  exemple  celle  de  l'imparfait,  celle  de  la  seconde  per- 
sonne du  pluriel  en  -èz,  -éz,  -iz,  -ôz,  -ouz,  celle  de  la  troisième 
personne  en  -tè,  -et,  -mit,  -liât,  -net. 

Le  mot  mis  entre  parenthèse  après  un  exemple  wallon  a  sim- 
plement pour  but  de  faire  reconnaître  facilement  par  un  étranger 
l'identité  du  mot  wallon,  et  non  de  fournir  au  linguiste,  qui  n'en 
a  pas  besoin,  l'étymologie  du  mot.  Pour  y  arriver,  nous  choisis- 
sons tantôt  la  forme  latine,  pleine  ou  syncopée  suivant  l'oppor- 
tunité, tantôt  la  forme  française  collatérale.  Quand  il  n'y  a  pas 
d'erreur  possible,  nous  omettons  toute  traduction.  Pour  alléger 
le  texte  propre,  nous  avons  rejeté  souvent  dans  cette  même 
parenthèse  des  variantes  dialectales,  que  le  lecteur  pourra  délais- 
ser s'il  est  plus  désireux  de  trouver  une  suite  de  formes  concor- 
dantes que  curieux  de  divergences  et  d'exceptions. 

L'auteur  n'a  pas  choisi  pour  ses  exemples  une  orthographe 
purement  phonétique.  Il  a  cru,  et  personnellement  nous  aurions 
mauvaise  grâce  à  lui  en  faire  un  reproche,  il  a  cru  devoir  adopter 
celle  de  la  Société  de  Littérature  wallonne,  en  se  rapprochant 
toutefois  du  phonétisme  et  en  laissant  les  tolérances  analogiques 
permises.  Ainsi  son  travail  sera  plus  accessible  à  toute  une  caté- 
gorie de  lecteurs.  Quant  aux  philologues,  il  n'y  a  pas  pour  eux 
d'erreur  possible  de  lecture  dans  ce  système,  s'ils  veulent  bien 
retenir  que  l'e  non  marqué  d'accent  représente  Ve  muet  du  fran- 
çais, que  les  consonnes  finales  non  suivies  de  la  minute  (')  sont 
muettes,    que   la   consonne   douce   et   sonore   finale  est  forte  et 


—  9°  — 

sourde  dans  la  moitié  dos  cas,  que  les  voyelles  nasales  sont  écrites 
comme  en  français.  On  a  d'ailleurs  averti  de  la  prononciation 
dans  le  texte,  quand  on  prévoyait  une  confusion  possible. 

Il  nous  restera,  au  cours  de  l'impression,  à  dresser  un  index 
des  mots  wallons  cités. 

Une  dernière  réflexion,  au  sujet  du  titre.  Cette  région  étudiée, 
l'auteur  l'appelle  Ouest-wallon  :  je  la  nommerais  volontiers  zone 
picardo-wallonne.  La  raison  de  cette  différence  gît  dans  la  façon 
d'interpréter  les  faits.  L'auteur  choisit  une  limite  séparative 
(c  -f-  a,  voir  l'Introd.)  en  décidant  qu'elle  est  la  plus  importante 
et  que  le  wallon  commence  à  cette  limite.  A  notre  avis,  on  tombera 
dans  l'arbitraire  chaque  fois  qu'on  voudra,  en  fait  de  délimitation 
dialectale,  choisir  pour  frontière  une  ligne  et  non  une  zone. 
Il  ne  faut  pas  adopter  de  ligne-limite.  Les  partisans  des  solutions 
simplistes  y  trouvent  leur  compte,  non  la  vérité.  L'expérience 
nous  montre  que  les  dialectes  se  compénètrent  à  leurs  confins 
comme  les  ondulations  de  l'eau  parties  de  deux  centres  voisins. 
Une  lutte  pour  la  vie  se  produit  là  entre  les  phonèmes  syno- 
nymes, et  le  résultat,  c'est  la  bigarrure  dont  nous  tenons  ici  un 
superbe  exemple.  Le  faisceau  des  limites  importantes,  depuis 
la  plus  occidentale  jusqu'à  la  plus  orientale,  enserre  une  bande 
de  terre  qui  est  la  vraie  limite,  la  marche  commune  entre  les 
deux  dialectes. 

L'auteur  avait  commencé,  en  attendant  l'opinion  du  jury  sur 
le  présent  travail,  une  Phonétique  et  Morphologie  des  dialectes  de 
la  Haine.  Il  n'en  a  fait  que  la  phonétique,  et  pour  la  morphologie, 
des  tableaux  de  conjugaison.  Il  nous  a  livré  son  manuscrit, 
précieux  bien  qu'inachevé.  Peut-être  aurons-nous  quelque  jour  le 
loisir  de  le  compléter  et  de  le  publier. 

XII. 
Pour  la  Typonymie  wallonne. 
Comment  faut-il  faire  la   toponymie  d'une  commune  ?  (l) 
C'est  surtout  en  toponymie  que  les  concurrents  nous  donnent 


(')  l'aies  détachées  d'un  rapport  lu  à  la  séance  <le  mai  1907.  sur  deux 
travaux  de  toponymie,  et  inséré  dans  le  Bulletin  du  Dictionnaire,  2e  année. 
1907,  p.  1-10.  L'assemblée  avait  décidé  de  publier  incessamment  cette  partie 
générale,  qui  pouvait  être  utile  dès  cette  année  aux  participants  du 
10e  concours.  —On  sait  que  la  Société  liégeoise  de  Littérature  wallonne 
inscrit  au  programme  de  ses  concours,  depuis  plusieurs  années,  une  «  Étude 
sur  la  toponymie  d'une  commune  wallonne  ». 


—  9i  — 

—  très  savamment  parfois  —  ce  dont  nous  n'avons  que  faire, 
quittes  à  ne  pas  nous  fournir  ce  (pie  nous  demandons.  Comme 
d'autres  auteurs  sont  déjà  tombés  dans  ce  défaut  (2),  il  sera 
peut-être  d'un  intérêt  assez  général  de  préciser  le  but  du  con- 
cours, de  tracer  dans  ses  grandes  ligues  le  programme  des 
recherches  à  faire,  de  délimiter  une  bonne  fois  pour  les  concur- 
rents futurs  ce  qui  est  indispensable,  ce  qui  est  suffisant,  ce  qui 
est  facultatif. 

Lorsque  la  Société  a  inscrit  la  toponymie  parmi  ses  questions 
de  concours,  elle  a  été  mue  par  les  considérations  suivantes. 

En  soi,  par  son  contenu,  la  toponymie  relève  plus  de  la  linguis- 
tique que  de  l'histoire  proprement  dite.  Elle  prête  à  l'historien 
des  matériaux  dont  il  peut  tirer  des  conséquences  historiques, 
mais  c'est  le  philologue  qui  doit  étudier  les  noms  de  lieux.  Ou 
plutôt,  comme  ces  qualités  de  philologue  et  d'historien  sont  des 
abstractions  et  peuvent  se  rencontrer  réunies,  à  des  degrés  divers, 
chez  les  savants,  disons  que  c'est  faire  œuvre  de  philologue  que 
de  recueillir,  définir  et  expliquer  les  noms,  œuvre  d'historien 
d'en  tirer  des  arguments  et  des  conséquences.  Une  société  qui  a 
inscrit  la  philologie  à  son  programme  ne  peut  se  désintéresser  de 
la  masse  énorme  de  termes  qui  ont  servi  dans  notre  région  à 
dénommer,  depuis  vingt-cinq  ou  trente  siècles,  les  eaux  et  les 
bois,  les  monts  et  les  vaux,  les  lieux  habités,  les  lieux  cultivés, 
tous  les  accidents  de  terrain,  tous  les  phénomènes  de  colonisation 
et  d'appropriation  du  sol.  Ces  termes  font  partie  du  langage;  ils 
évoluent  dans  leur  phonétique  et  leur  signification  au  même  titre 
que  les  autres.  Ce  qui  les  différencie,  c'est  qu'ils  sont  plus  diffi- 
ciles à  observer  et  à  recueillir.  Parfois  même  ils  n'existent  que  par 
unité.  Or  ces  termes  ne  sont  explicables  et  significatifs  qu'à  deux 
conditions.  D'abord  il  faut  bien  connaître  la  nature  de  l'objet 
dénommé,  dans  le  présent;  et,  cet  objet  étant  immeuble,  on  doit 
aller  à  lui  pour  le  connaître  ou  bien  avoir  recours  aux  lumières 
des  indigènes.  Ensuite  il  faut  pouvoir  remonter  dans  le  passé  des 
lieux  et  de  leurs  habitants. 

Une  société  comme  la  Société  liégeoise  de  Littérature  wallonne, 
un  philologue,  un  historien  ne  peuvent  se  transporter  partout, 
pour  étudier  à  loisir  les  lieux  et  les  dénominations.  Us  ne  peuvent 
que   s'évertuer    sur   les    matériaux    fournis   par   les    travailleurs 


(2)  Les  auteurs  des  toponymie*  de  Francorehamps.  de  Spa,  de  .Tupille.  de 
Jamoigne. 


—    Ç)2    — 

locaux.  Ils  demandent  donc  ces  matériaux  aux  gens  instruits  et 
de  bonne  volonté  qui  connaissent  à  fond  la  topographie  de  leur 
commune.  Que  faut-il  doue  savoir  et  quel  travail  faut-il  exécuter 
pour  être  à  même  de  fournir  à  la  Société  wallonne  une  contribu- 
tion utile?  Nous  allons  essayer  de  le  dire,  de  point  en  point,  en 
suivant  un  ordre  presque  chronologique  des  opérations. 

§  i. 

La  première  condition  est  de  connaître  la  région  à  décrire  par 
le  menu.  On  ne  doit  pas  se  contenter  de  puiser  dans  sa  mémoire 
ou  dans  quelque  liste  cadastrale  :  il  faut  aller  visiter  les  lieux, 
pour  se  rendre  compte  de  visu  de  la  nature  et  des  qualités  de 
l'endroit.  Quelles  sont  les  dimensions  approximatives,  l'altitude, 
les  limites,  les  lieux  avoisinants,  la  nature  du  sol?  Cette  visite 
doit  aboutir  à  une  description  topographique  précise,  courte,  de 
l'objet;  elle  pourrait  se  réduire  à  deux  ou  trois  lignes  de  texte, 
souvent  a  moins  quand  il  s'agit  de  prés,  de  labours,  de  propriétés, 
à  condition  qu'on  ait  soin  de  tracer  de  bonnes  cartes. 

Les  cartes  sont  indispensables.  Celui  qui  entreprend  de  décrire 
sa  commune  doit  s'en  faire  une  carte  étendue  et  complète.  D'ordi- 
naire l'hôtel  de  ville  de  la  commune  en  possède  une  de  grande 
dimension.  Mais  c'est  un  plan  cadastral  se  préoccupant  beau- 
coup plus  des  limites  des  propriétés  que  des  noms  originaux. 
11  ne  contient  qu'une  minime  partie  des  noms  à  relever.  En 
outre,  il  ne  dit  rien  du  relief  du  sol  qui  joue  un  si  grand  rôle 
dans  les  dénominations.  Le  relief  du  sol  sera  donné  par  la  Carte 
de  l'Institut  cartographique  militaire  au  vingt  millième.  A  l'aide 
de  ces  deux  cartes,  le  concurrent  devrait  fabriquer  une  carte 
toponymique  assez  grande  pour  être  bien  lisible,  qui  indique  à  la 
fois  le  relief  du  sol  avec  les  lignes  hypsométriques  de  cinq  en  cinq 
mètres,  et  qui  retienne  de  la  division  cadastrale  des  terres  ce  qu'il 
juge  utile  comme  argument,  sans  exagération  de  détail.  La  numé- 
rotation cadastrale  des  propriétés  n'aura  que  rarement  de  l'impor- 
tance. Ce  travail  préparatoire  achevé,  l'auteur  inscrira  les  noms 
fidèlement,  soigneusement  et,  si  j'ose  dire,  calligraphiquement, 
avec  la  pensée  que  sa  carte  devra  être  gravée  et  reproduite  par 
l'impression.  Qu'il  soit  bien  pénétré  de  cette  idée  que  la  recherche 
des  noms  est  sa  besogne  fondamentale,  et  que  l'inscription  précise 
de  «es  noms  en  bonne  place  sur  la  carte  équivaut  à  un  procès- 
verbal  d'identité  entre  le  nom  et  le  lieu.  Tout  le  reste  est  commen- 
taire, éclaircissement,  démonstration. 


-93  - 

Jusqu'ici,  le  travail  n'est  guère  une  œuvre  dé  philologue  ou 
d'historien;  c'est  plutôt  une  œuvre  de  géographe,  avec  cette 
différence  capitale  toutefois  que  le  géographe  ne  donne  le  nom 
que  comme  un  moyeu  facile  de  reconnaître  le  lieu,  tandis  que  le 
toponymiste  donne  les  indications  topographiques  pour  définir  et 
expliquer  le  nom. 

Tous  les  renseignements  ainsi  rassemblés  contiendront  déjà  la 
solution  de  maintes  questions  de  linguistique  et  d'histoire.  Il  est 
cependant  des  termes,  et  ce  sont  les  plus  anciens  et  les  plus  inté- 
ressants, qui  ne  se  laisseront  expliquer  qu'en  remontant  dans  le 
passé.  Ici  le  procédé  d'exploration  est  tout  autre,  et  moins  à  la 
portée  de  tous  les  concurrents.  Il  consiste  à  chercher  dans  les 
archives  manuscrites  des  traces  de  l'ancienne  toponymie  commu- 
nale, à  consulter  les  anciens  plans  terriers,  les  vieilles  listes 
cadastrales,  les  registres  aux  tailles,  aux  contributions  foncières, 
les  recueils  aux  œuvres  et  procès  relatifs  à  la  propriété,  les  procès- 
verbaux  de  uisitation  et  cirquemanage,  à  noter  (avec  la  date  de 
l'acte  et  les  indications  de  registres  pour  rendre  toute  vérification 
facile)  les  faits  intéressants  relatifs  aux  lieux  et  surtout  les 
anciennes  formes  de  ces  noms  curieux  dont  il  s'agit  de  déchiffrer 
l'origine  et  de  suivre  l'évolution. 

Cette  partie  historique  ne  peut  se  résumer  par  une  carte.  C'est 
pourquoi  tout  nom  qui  ne  s'explique  pas  de  soi-même  en  raison 
de  sa  modernité  doit  avoir  son  article,  plus  ou  moins  touffu 
suivant  la  qualité  du  nom  lui-même,  suivant  l'abondance  ou  la 
pénurie  des  documents.  On  ne  demande  pas  aux  auteurs  de 
bourrer  leurs  articles  de  conjectures  sans  preuves  et  d'exercices 
de  haute  voltige  étymologique  :  on  leur  demande  plutôt  des  faits, 
et  on  les  laisse  libres  d'abandonner  aux  philologues  de  profession 
le  soin  de  tirer  de  ces  faits  des  conjectures  et  des  conclusions 
scientifiques. 

Dans  cette  recherche  à  travers  le  passé  toponymique  d'une 
région,  il  se  présentera  bien  des  noms  tombés  en  désuétude, 
qui  ne  pourront  trouver  leur  place  sur  la  carte,  et  faute  d'iden- 
tification précise,  et  parce  qu'il  n'est  pas  bon,  sur  une  carte,  de 
confondre  le  passé  avec  le  présent  :  ces  noms  devront  aussi  avoir 
leur  article,  qui  sera  d'autant  plus  intéressant  et  plus  précieux. 
La  toponymie  d'une  commune  ne  doit  pas  se  limiter  volontaire- 
ment à  retracer  l'état  présent;  elle  doit  essayer  d'atteindre  le 
passé.  Ainsi  la  reproduction  des  cartes  anciennes,  d'anciens  plans 
serait  une  bonneaubaine,  qui  enrichirait  singulièrementun  travail. 


-  94- 

Si  un  concurrent  se  trouve  avoir  les  connaissances  nécessaires 
pour  faire  la  description  topographique  de  sa  commune,  sans 
avoir  le  goût  ou  les  aptitudes  nécessaires  pour  consulter  les  cartu- 
laires  ei  les  archives,  rien  ne  l'empêche  de  s'associer  à  un  colla- 
borateur à  qui  le  travail  oppose  serait  plus  accessible.  Il  y  a  dans 
nos  dépôts  d'archives  assez  de  jeunes  savants  formés  aux  bonnes 
méthodes,  qui  savent  à  quelles  conditions  un  travail  local  peut 
contribuer  a  un  ensemble;  il  y  a  dans  nos  écoles  des  maîtres 
d'histoire  «pie  la  lecture  de  poudreux  manuscrits  ne  rebuterait 
pas  :  les  uns  et  les  autres  ne  demanderaient  pas  mieux  (pie  de 
contribuer  pour  leur  part  à  un  travail  de  ce  genre.  Je  souhaiterais 
(pie  toute  œuvre  de  toponymie  communale  fût  le  produit  de  la 
coopération  d'un  habitant  de  la  commune,  instituteur,  secrétaire 
communal,  desservant,  arpenteur,  garde-forestier,  etc  ,  et  d'un 
spécialiste  archiviste.  (') 

Être  aussi  complet  et  aussi  précis  que  possible  dans  les  rensei- 
gnements, consulter  tour  a  tour  le  sol  et  les  vieux  écrits,  c'es-1 
tout  ce  qu'il  faut  pour  produire  un  travail  utile  à  la  science.  Que 
les  concurrents  cessent  de  s'imaginer  que  nous  leur  demandons, 
à  la  place  ou  à  côté  de  ces  renseignements,  des  tours  de  force 
étymologiques.  Ils  font  fausse  route  s'ils  considèrent  ce  sport 
dangereux  comme  le  tout  ou  le  principal  de  leur  œuvre.  S'ils  ne 
savent  rien  du  celtique,  qu'ils  laissent  dormir  le  celtique,  qui  n'est 
pas  d'ailleurs  du  ressort  de  la  toponymie  locale.  11  y  avait  dans 
l'ancien  libellé  du  concours  une  clause  qui  recommandait  la 
comparaison  des  noms  découverts  avec  les  noms  présumés  iden- 
tiques d'autres  endroits  :  cette  clause  a  été  rapportée;  elle  ne 
figure  plus  depuis  plusieurs  années  dans  le  libellé.  Non  pas  (pie 
la  méthode  comparative  soit  prohibée,  mais  elle  exige  plus  que  de 
la  bonne  volonté.  L'un  va  chercher  ses  analogies  dans  l'Hérault 
ou  le  Tarn  au  lieu  de  regarder  autour  de  lui;  l'autre  étale  du 
celtique  parce  que,  au  premier  nom  de  cours  d'eau,  il  peut  copier 


f1)  Tout  archiviste  ou  employé  d'archives,  désireux  de  servir  la  science. 
devrait  d'ailleurs  prendre  la  bonne  habitude  de  noter  au  passage,  dans  ses 
lectures  de  documents,  les  noms  de  lieux  qu'il  rencontre.  Ces  indications 
rapidement  jetées  sur  fiches  et  centralisées  peu  à  peu  formeraient  des 
répertoires  inestimables.  On  objectera  (pie  les  documents  sont  utiles  à  bien 
des  points  de  vue.  et  que,  si  on  devait  s'astreindre,  au  cours  d'une  recherche. 
a  noter  tout  ce  qui  se  rencontre  d'intéressant,  l'accessoire  étoufferait 
souvent  le  principal.  Je  le  sais,  et  pourtant  j'insiste.  Toute  notation, 
même  générale,  signalant  simplement  la  richesse  toponymïque  de  tel 
registre,  sera  une  indication  utile  aux  chercheurs  futurs. 


-  95  - 

d'Arbois  de  Jubain ville  on,  plus  simplement,  la  partie  parue  de  la 
Toponymie  namuroîse  de  Roland  :  niais,  arrivé  a  la  partie  romane, 
il  divague  si  follement  qu'on  s'aperçoit  bien  alors  que  toute  cette 
science  celtique  était  du  plaquage,  de  l'emprunt  plus  on  moins 
adroit,  et  que  les  principes  les  plus  élémentaires  de  la  phonétique 
lui  font  défaut.  Laissant  donc  aux  linguistes  et  aux  historiens  de 
profession  l'examen  de  ces  problèmes,  nous  ne  demandons  réel- 
ment  au  toponymiste  local  que  la  précision,  l'exactitude,  l'abon- 
dance des  matériaux.  Xous  le  laissons  libre  de  faire  de  l'étymo- 
logie,  mais  nous  ne  lui  en  faisons  pas  une  obligation  ni  ne  lui  en 
donnons  même  le  conseil:  et  que.  au  lieu  de  faire  graviter  tout  le 
monde  celtique  ou  roman  autour  de  son  village,  il  veuille  bien 
se  rappeler  qu'on  lui  demande  un  deux-mille-six-cent-vingtième 
du  dictionnaire  toponymique  de  la  Belgique. 

Qu'importe,  pourrait-on  dire,  tout  ce  fatras  étymologique,  si 
on  vous  le  donne  par  surcroît,  si  le  reste  est  bon?  D'abord,  celui 
qui  use  son  temps  a  fournir  ce  superflu  fournit  rarement  le 
nécessaire;  nous  le  savons  par  expérience.  Ensuite  le  mauvais 
jette  le  discrédit  sur  le  bon.  Autant  une  conjecture  discrète,  une 
explication  ressortant  de  la  topographie  bien  observée  de  l'en- 
droit sont  légitimes,  autant  les  suppositions  en  l'air,  les  vagues 
analogies  sans  base  sérieuse  encombrent  et  enlaidissent  de  leurs 
verrues  énormes  un  travail  consciencieux. 

Il  reste  à  dire  aussi  un  mot  relativement  a  la  quantité  des 
indications  requises  ou  demandées. 

La  toponymie  d'une  commune  ne  se  compose  pas  seulement 
des  noms  que  contiennent  les  cartes  ou  les  dictionnaires  géogra- 
phiques. A  côté  des  noms  de  lieux  habités,  utiles  au  service  des 
postes,  il  y  a  des  centaines  de  noms  de  ebamps,  prés,  bois,  haies, 
sources,  fontaines,  arbres,  rochers,  ravins,  qu'il  importe  de  nous 
indiquer.  Un  grand  nombre  de  ces  désignations  ne  contiendront 
peut-être  qu'un  banal  nom  de  personne  :  c'est  possible;  mais 
alors,  cités  sans  commentaire,  ils  ne  tiendront  pas  dans  le  travail 
plus  de  place  qu'ils  ne  méritent.  La  toponymie  locale  doit  souvent 
se  résigner  à  donner  trop  pour  donner  assez.  Philologues  et 
historiens  chercheront  leur  butin  dans  cette  mine  copieuse,  mais 
il  serait  dangereux,  pensons-nous,  de  laisser  au  toponymiste  local 
le  soin  de  faire  lui-même  l'élimination  des  non-valeurs. 

§  2. 
Sur  le  plan  général  de  l'ouvrage  et  la  constitution  de  chaque 
article,  il  y  a  aussi  des  recommandations  à  faire. 


96 

La  disposition  alphabétique  ne  paraît  désirable  qu'en  sous- 
ordre,  1"  dans  le  détail,  pour  classer  des  désignations  de  même 
valeur,  2°  pour  récapituler,  en  un  index  nécessaire,  le  contenu  du 
travail.  Dans  le  corps  de  l'œuvre,  il  faut  établir  une  classification 
logique  basée  sur  la  qualité  des  lieux.  Cet  ordre  n'a  rien  d'im- 
muable encore.  Cependant  on  est  à  peu  prés  d'accord  pour 
observer  le  principe  de  classification  suivant  :  traiter  des  objets 
et  accidents  naturels,  cours  d'eaux,  collines,  forêts,  ete.,  avant 
de  traiter  des  objets  et  accidents  qui  proviennent  de  l'industrie 
humaine,  hameaux,  chemins,  Termes,  châteaux,  moulins,  prés  et 
terres.  L'index  alphabétique  corrigera  du  reste  ce  qu'il  pourrait 
y  avoir  de  différence  sous  ce  rapport  entre  un  auteur  et  un  autre 
auteur.  11  faut  éviter  en  tout  cas  de  placer  dans  le  même  chapitre 
des  choses  disparates.  Un  chapitre  Lieu.x  dits,  bois  et  chemins 
est  absolument  factice  :  lieux  dits  est  un  terme  générique;  il  n'y 
a  pas  de  rapport  entre  bois  et  chemins.  Le  chapitre  consacré  à 
l'hydronymie  doit  contenir  tout  ce  qui  est  cours  d'eau,  étangs, 
fontaines,  viviers,  mais  non  tel  nom  de  village  sous  prétexte  que 
son  étymologie  rappelle  le  nom  de  la  rivière.  Le  caractère  hybride 
do  certains  lieux  peut  seul  faire  hésiter  :  faut-il  classer  les  fagnes 
parmi  les  prés  ou  parmi  les  bois  ou  à  part?  C'est  à  celui  qui  étudie 
les  terrains  à  prendre  parti. 

Chaque  article  devrait  être  construit  de  façon  invariable.  Ce 
que  nous  avons  dit  plus  haut  des  recherches  à  faire  nous  per- 
mettra ici  d'être  bref.  Un  article  de  toponymie  doit  fournir  : 

i"  le  nom  indigène  et  le  nom  officiel.  Lequel  devra  servir  de 
tête  d'article,  de  l'orthographe  officielle  ou  de  la  prononciation 
locale  ?  Pour  les  neuf  dixièmes  des  cas,  la  solution  est  tout 
indiquée  :  il  n'y  a  pas  de  forme  officielle,  parce  que  le  nom  n'est 
connu  que  des  habitants  de  la  commune.  Pour  les  autres,  il  est 
préférable  de  partir  encore  de  la  forme  wallonne,  qui  est  la  seule 
vraie  et  authentique;  la  l'orme  francisée  figurera  d'ailleurs  dans 
l'index  alphabétique  avec  renvoi  à  l'article.  Quant  aux  noms 
anciens  sans  équivalents  modernes,  il  est  évident  qu'ils  ne  peuvent 
figurer  que  sous  la  forme  ancienne.  S'il  y  a  plusieurs  variantes 
anciennes,  il  faudra  choisir  comme  tète  d'article,  non  la  première 
en  date,  mais  la  graphie  la  plus  rationnelle. 

2°  les  indications  relatives  à  l'emplacement;  les  autres  notions 
topographiques,  s'il  y  a  lieu  d'en  donner. 

3°  les  formes  découvertes  dans  les  chartes,  et  la  date  de  cha- 
cune ;  des  formules  abrégées,  aussi  peu  encombrantes  que  possible, 


—  97  - 

pour  désigner  les  volumes  et  registres  «l'archives  où  on  les  a 
trouvées.  Ici  encore  le  choix  est  nécessaire.  Accumuler  des  pages 
de  variantes  trop  peu  distinctes  ne  ferait  pas  avancer  le  problème 
philologique. 

4°  s'il  y  a  lien,  la  discussion  des  formes  recueillies,  la  mention 
d'autres  formes  analogues  à  titre  de  comparaison,  le  tout  présenté 
en  vue  d'éclairer  la  signification  du  nom.  D'autres  arguments  de 
nature  historique  pourront  aussi  être  invoques,  cela  va  sans  dire; 
des  citations  et  des  renvois  précis  aux  travaux  toponymiques  les 
plus  récents  seront  parfois  désirables  ou  nécessaires,  mais  il 
importe  (pic  l'auteur  voie  bien  que,  dans  un  pareil  travail,  tout 
converge  vers  l'explication  intégrale  du  mot.  Quand  même  il  ue 
conclurait  pas  lui-même  et  ne  ferait  qu'exposer  les  pièces  du 
procès,  la  même  disposition  s'impose. 

Ajoutons  enfin  qu'il  ne  faut  pas  se  battre  les  flancs  pour  créer 
de  longs  articles  sur  des  désignations  toutes  modernes  que  tout 
le  inonde  comprend.  Souvent  même  une  simple  mention  suffira. 

§  3. 

Les  considérations  et  le  programme  qui  précèdent  ont  pour 
but  de  guider  les  futurs  concurrents  et  d'endiguer  en  quelque 
sorte  un  zèle  trop  susceptible  de  s'égarer.  Nos  recommandations 
relatives  à  l'étymologie,  nous  en  avons  bien  conscience,  sont  plus 
prudentes  que  généreuses.  Qu'on  nous  pardonne  ces  défiances  en 
raison  du  résultat  d'ensemble  qu'il  s'agit  d'obtenir.  Le  Diction- 
naire de  lu  Langue  wallonne  ne  peut  laisser  de  côté  les  noms 
communs  toponymiques,  et  même  nous  caressons  le  projet  de 
publier  plus  tard  un  Glossaire  toponymique  général  de  la 
Wallonie.  Un  de  nous,  M.  Baust,  en  a  même  fait  dernièrement 
à  la  Société  la  proposition  formelle.  C'est  donc  le  sentiment 
profond  du  but  à  atteindre  qui  nous  donne  la  hardiesse  de  tracer 
des  règles,  afin  d'éviter  autant  que  possible  les  déperditions  de 
forces. 

Les  recherches  étymologiques  exercent  une  puissante  attrac- 
tion. Parmi  nos  correspondants,  plusieurs  ne  se  croiront  payés  de 
leurs  peines  que  s'ils  ont  découvert  eux-mêmes  le  sens  des  noms 
de  lieux  qu'ils  enregistrent.  A  ceux-là,  nous  conseillons  de  ne 
point  se  livrer  au  jeu  séduisant  des  conjectures  sans  avoir  médité  : 
i°  pour  leur  éducation  phonétique,  le  Traité  de  la  formation  de  la 
langue  française  qui  accompagne  le  Dictionnaire  général  de 
Hatzfeld-Darmesteter-Thomas;  2°  pour  leur  orientation  en  science 


-  98  - 

toponymique,  la  Frontière  linguistique  de  M.  Kurtli  (l).  Ces 
livres  leur  procureront  pour  plusieurs  années  ample  matière 
à  méditation.  Le  dernier  leur  fournira  une  bibliographie  excel- 
lente, qui  les  guidera  dans  leurs  investigations  ultérieures,  qui  les 
mettra  en  garde  par  quelques  jugements  sommaires  contre  les 
ouvrages  surannés.  11  sérail  injuste  de  ne  pas  citer  ici  la  Topo- 
nymie namuroise  de  M.  le  chanoine  Roland,  mais  le  premier 
volume,  le  seul  qui  a  paru  jusqu'ici,  traitant  uniquement  des 
noms  les  plus  anciens,  sera  moins  utile  que  les  volumes  suivants 
pour  l'étude  des  lieux  dits  :  il  peut  servir  au  même  titre  que  la 
Frontière  linguistique  à  l'éducation  générale  des  concurrents 
en  toponymie.  Les  quelques  travaux  de  toponymie  communale 
exécutés  avant  ceux  (pie  nous  publions  dans  nos  Bulletins, 
sont  également  notés  dans  l'ouvrage  de  M.  Kurtli.  Nous  pourrions 
compléter  ces  indications  par  quelques  exemples  d'articles,  mais 
nous  pensons  que  la  Toponymie  de  Jupille  (-'),  éditée  par 
M.  llaust,  fournira  un  nombre  suffisant  de  modèles  variés. 

XIII. 

L'État  des  Études  toponymiques  en  Belgique  (3). 

1.  — A  diverses  reprises,  dans  les  introductions  de  leurs  tra- 
vaux; de  toponymie,  nos  auteurs  ont  jugé  bon  de  démontrer 
l'utilité  de  cette  science  encore  neuve  et  d'en  rappeler  les  antécé- 
dents. En  coordonnant  ces  notes  fragmentaires,  il  serait  facile  de 
composer  une  histoire  de  la  toponymie  en  Belgique.  Mais,  bien 
que  courte,  elle  dépasserait  le  cadre  de  ce  rapport.  Xous  nous 
contenterons  d'indiquer  ici  les  passages  où  les  curieux  pourront 
se  documenter. 

i°  L;i  Frontière  linguistique  de  M.  Kurth  (t.  I,  p.  6)  rappelle 
la  grosse  question  posée  par  l'Académie  royale  en  1822,  sur 
l'origine  de  la  différence  de  langue  en  Belgique,  le  mémoire  de 
Uaoux,  la  réplique  de  Meyer.  En  somme,  cette  question  de  1822, 
prématurément  posée,  aboutit  au  livre   de  M.  Kurth,  qui  en   est 


(')  KORTH,  La  Frontière  linguistique  en  Belgique  et  dans  le  .Von/  de  lu 
France,  dans  les  Mémoires  couronnés  de  V Académie  Royale  de  Belgique. 
collection  in-8°,  (omeXLVIII;  vol.  1.  i8<p;  vol.  II,  iS<,s. 

(2)   Elle  .1    paru  dans    le    tome  49   du    Bulletin. 

(6)  Rapport  présenté  au  Congrès  de  la  Fédération  areh.  et  hist.  de  Belgique 
tenu  à  Liège  en   1909.   Inséré  dans  les  Annales   du    XXIe  Congrès  de  la  Fédé 
ration,  t.  II,  pp.  S.'{  1  853. 


—  99  - 

une  réponse  éloignée  de  soixante-quinze  ans.  Preuve  qu'il  n'est 
pas  toujours  mauvais  d'attirer  l'attention  sur  des  questions  pré- 
maturées. 

■2"  A. -G.  Chotin,  dans  les  Prolégomènes  à  ses  Études  sur  les 
noms  de  villes,  bourgs,  villages,  hameaux,  rivières  et  ruisseaux 
du  Brabant,  publiées  en  1859,  remémore  les  appels  faits  par  le 
ministre  de  l'Intérieur  aux  Commissions  provinciales  de  statis- 
tique en  1843,  les  mémoires  de  Willems,  de  J.-J.  de  Smet  en  i85o, 
puis  le  concours  ouvert  par  la  Société  provinciale  des  sciences,  arts 
et  lettres  du  Ilainaut  pour  obtenir  une  toponymie  du  Ilainaut.  On 
ne  visait  alors  que  les  noms  géographiques  et  on  ne  songeait  pas 
encore  à  une  exploration  toponymique  minutieuse.  Chotin  eut  le 
prix.  Son  mémoire,  imprimé  en  1857,  est  refait  en  1868,  après 
une  seconde  étude,  celle  du  Brabant,  qui  est  de  1859. 

3°  Dans  l'intervalle,  avaient  paru  les  deux  travaux  de  Grand- 
gagnagne,  le  Mémoire  sur  les  anciens  noms  de  lieux  de  la  Belgique 
orientale,  1854,  et  le  Vocabulaire  des  mêmes  noms,  1859.  Signa- 
lons ici,  dans  le  même  ordre  d'idées,  le  remarquable  travail  de 
Piot  sur  les  pagi  de  la  Belgique,  1876. 

4°  La  même  introduction  de  M.  Kurth  (p.  11)  signale  une 
proposition  faite  en  1877  par  le  curé  Sulbout  à  l'Institut  archéolo- 
gique du  Luxembourg,  tendant  a  faire  recueillir  en  détail  la 
toponymie  de  cette  province.  Le  dixième  volume  des  Annales 
de  rinstitut  archéologique  du  Luxembourg  (1878,  pp.  vm-ix), 
retrace  cet  épisode  et  la  fin  de  non-recevoir  opposée  à  Sulbout. 

5°  Les  appels  réitérés  de  M.  Kurth  depuis  i885,  en  vue  d'obtenir 
des  sociétés  d'archéologie  du  pays  des  glossaires  toponymiques 
de  communes,  sont  présents  à  la  mémoire  de  tous.  Ils  ont  été 
rappelés  dans  la  même  introduction  de  La  Frontière  linguistique, 
dans  celle  du  Glossaire  toponymique  de  Tongres,  par  Ulrix  et 
Paquay  (1908),  laquelle  ne  mentionne  même  que  les  efforts  de 
M.  Kurth  son  Glossaire  toponymique  de  la  Commune  de  Saint- 
Léger  et  son  intervention  dans  ce  sens  à  la  Société  d'Art  et 
d'Histoire  du  Diocèse  de  Liège 

6°  Enfin  la  propagande  entreprise  par  la  Société  liégeoise  de 
Littérature  wallonne  a  été  récemment  mise  en  lumière  par 
M.  Emile  Dony  dans  son  article  intitulé  :  Pour  la  toponymie 
{Revue  des  Humanités,  mars  1908)  et  par  la  bibliographie  que 
fournit  sur  la  question  le  Liber  memorialis  de  la  même  société 
{Bulletin  de  la  Société  liégeoise  de  Littérature  wallonne,  t.  XLVI1; 
1908,  pp.  58-59). 


IOO    — 


En  réunissant  ces  divers  écrits,  le  lecteur  qui  le  désire  aura 
mu'  idée  des  aspects  variés  sous  lesquels  on  a  envisagé  la  ques- 
tion «les  recherches   toponymiques  en  Belgique  et  des  faits  qui 

jalonnent  cette  histoire.  L'étude  des  noms  de  lieux  peut,  en 
effet,  se  faire  de  diverses  manières  et  à  divers  points  de  vue. 
Elle  peut  être  entreprise  en  vue  d'une  démonstration  d'ordre 
historique,  comme  celle  des  pagi  ou  de  la  Frontière  linguistique. 
Elle  peut  se  proposer  une  fin  linguistique,  l'explication  des  noms 
eux-mêmes,  dont  l'historien  et  l'archéologue  pourront  ensuite 
tirer  parti,  à  leur  tour,  pour  étayer  leurs  thèses,  telle  la  Topo- 
nymie nnmuroise  de  Roland.  Elle  peut  se  proposer  simplement 
de  dresser  le  catalogue  systématique  des  noms  de  lieux  d'une 
commune,  d'une  province,  d'un  pays.  Ce  qui  a  été  reconnu  le 
plus  immédiatement  nécessaire,  c'est  ce  dernier  genre  de  travaux. 
Un  des  meilleurs  conseils  qu'on  puisse  donner  à  des  chercheurs 
en  quête  de  sujets  est  celui-ci  :  «  Faites-nous  le  glossaire  topony- 
mique  de  votre  commune  ».  C'est  ce  qu'a  prêché  longtemps 
M.  Kurth  et,  après  lui,  la  Société  wallonne. 

11.  —  C'est  un  lieu  commun,  aujourd'hui,  de  démontrer  l'utilité 
de  ces  glossaires  aux  historiens  et  aux  linguistes;  ce  n'en  est  pas 
un  du  tout  de  la  démontrer  aux  autres,  à  ceux  précisément  qui 
auraient  les  loisirs,  les  connaissances  requises  pour  composer  ces 
recueils.  Et  c'est  depuis  peu  même  que  les  sociétés  archéolo- 
giques, en  général,  sont  converties  à  l'utilité  et  à  la  possibilité  de 
l'entreprise.  Ecoutez-en  l'exemple  instructif  :  il  expliquera  pour- 
quoi les  meilleures  idées  doivent  subir  un  si  long  stage  avant  de 
produire  des  fruits. 

Sulbout  avait  donc  proposé,  en  1877,  que  l'Institut  archéolo- 
gique du  Luxembourg  s'adressât  aux  instituteurs  afin  d'obtenir 
la  désignation  des  lieux-dits  et  des  petits  cours  d'eau  sous  leur 
prononciation  locale.  Le  secrétaire,  M.  Dupont,  dans  son  rapport 
d'octobre  1877,  publié  quelques  mois  après  la  mort  de  Sulbout, 
reflète  l'opinion  du  comité  permanent  de  la  façon  suivante  : 

« Messieurs,  nous  vous  ferons  observer  d'abord  qu'il  y  a 

une  quantité  innombrable  de  lieux-dits,  et,  dans  notre  province, 
montueuse  par  excellence,  un  nombre  considérable  de  cours  d'eau. 

»  Réunir  tous  les  noms  de  ces  ruisseaux  et  de  ces  endroits 
exigerait  un  travail  énorme;  et  quel  serait  le  fruit  d'un  tel  labeur? 
Nul  n'ignore*  Messieurs,  que  la  plupart  des  lieux-dits  doivent  leur 
nom  a  des  circonstances  fortuites,  à  des  accidents  ou  à  des  événe- 
ments le  plus  souvent  sans  importance;  qu'endroits  et  ruisseaux 


IOT    — 


tirent  leur  dénomination  presque  toujours  de  leur  aspect,  de  leur 
situation,  de  la  nature  du  sol  ou  de  celle  de  l'eau  :  en  un  mot  ils 
l'empruntent  généralement  à  des  faits  qui  n'offrent  guère  d'in- 
térêt ni  de  caractère  historique,  et  il  serait  téméraire  de  tirer  de 
ces  appellations  des  inductions  a  l'aide  desquelles  on  prétendrait 
éclairer  le  passé  ! 

>:  Il  faudrait,  en  outre,  compulser  des  montagnes  d'archives  et 
faire  des  recherches  infinies  à  travers  les  anciens  registres  de 
l'enregistrement  et  des  hypothèques;  car  ces  dénominations 
changent  fréquemment  de  génération  en  génération,  preuve  mani- 
feste qu'il  ne  s'y  attache  le  plus  souvent  que  peu  de  valeur  histo- 
rique; enfin  beaucoup  de  ces  noms  se  sont  altérés  dans  la  bouche 
du  peuple,  au  point  qu'il  est  impossible  de  les  reconstituer  dans 
leur  état  primitif. 

»  J'ajoute,  pour  terminer  ce  point,  que  les  noms  des  lieux-dits, 
dont  la  dénomination  aurait  quelque  importance  par  le  fait  qu'elle 
se  conserve  à  travers  les  âges,  sont  consignés  pour  la  plupart 
dans  les  atlas  cadastraux  et  dans  ceux  des  chemins  vicinaux,  où 
il  est  facile  de  les  trouver. 

»  Ainsi,  Messieurs,  le  Comité  permanent  ne  méconnaît  pas 
l'utilité  que  pourrait  offrir  le  recensement  général  réclamé  par 
notre  regretté  confrère;  mais  il  est  d'avis  qu'il  est  impraticable 
à  cause  de  l'infinité  de  ces  noms,  de  leurs  variations  continuelles 
et  de  la  difficulté  qu'il  y  aurait  à  contrôler  les  indications  four- 
nies par  les  instituteurs.  Il  serait  plus  pratique  de  se  borner  à 
demander  des  indications  sur  les  noms  locaux  paraissant  avoir 
un  sens  véritablement  historique  :  c'est  une  question  à  examiner 
ultérieurement.  » 

Bien  que  la  toponymie  eût  fait  son  entrée  dans  le  monde  avant 
1877,  ne  soyons  pas  trop  sévères  pour  cette  fin  de  non-recevoir 
opposée  à  l'intelligente  initiative  de  Sulbout  Trente  ans  se  sont 
écoulés  depuis  :  trouverait-on,  aujourd'hui,  un  beaucoup  plus 
grand  nombre  de  lettrés  qui  comprissent  l'importance  et  le  rôle 
de  la  toponymie  ?  Le  rejet  de  la  proposition  ne  nous  scandalise 
pas;  ce  qui  nous  a  semblé  hautement  intéressant,  ce  sont  les 
considérations  du  refus,  qui  sont  toujours  d'actualité.  Remercions 
donc  les  honorables  archéologues  qui  se  sont  dévoués  pour 
donner  une  formule  —  excellente,  ma  foi,  —  à  des  objections 
topiques,  qui  n'ont  pas  encore  cessé  de  refleurir  fidèlement;  puis 
examinons-les.  Nous  échapperons  ainsi  à  l'ennui  de  parler  dans  le 
vide  et  de  paraître  tisser  des  lieux  communs  sur  l'utilité  et  sur  la 


—    102    — 

possibilité  dos  recueils  toponymiques.  Le  premier  ordre  d'argu- 
ments se  rapporte  à  la  difficulté  du  travail  «  Quantité  innom- 
brable   ouvrage  énorme..  ..,  compulser  des  montagnes  d'ar- 
chives  ,  recherches  infinies »,  tel  est  le  premier  cri.  Mais 

pourquoi  les  savants  se  réunissent-ils  en  sociétés,  sinon  pour  oser 
des  travaux  (pie  redouteraient  la  faiblesse  individuelle  et  la 
brièveté  d'une  seule  vie?  A  moins  qu'on  ne  fasse  alliance  pour 
supporter  à  quarante  le  travail  d'un  seul  et  n'encourir  que  le 
quarantième  de  responsabilité! 

«  Difficulté  de  contrôler  les  indications  fournies  par  les  institu- 
teurs ».  Ainsi  ce  sont  les  instituteurs  qui  travailleront,  et  la 
société  scientifique,  n'ayant  dans  cette  hypothèse  que  la  charge 
de  contrôler  leur  travail,  la  jugerait  encore  trop  lourde!  Cette 
besogne  ne  sera  pas  trop  lourde  :  elle  sera  facile  ou  impossible; 
facile,  si  le  contrôleur  sait  son  métier  de  philologue;  impossible, 
s'il  ne  le  sait  pas. 

Pourquoi  demande-t-on  aux  instituteurs  (j'ajouterai  aux  prêtres, 
aux  secrétaires  communaux,  aux  gardes  forestiers,  aux  géomètres 
du  cadastre,  aux  notaires  ou  agents  des  notaires)  de  dresser  des 
listes  toponymiques?  Ce  n'est  point  dans  l'intention  de  faire  faire 
par  les  étrangers  l'œuvre  de  la  Société.  Cette  œuvre  se  divise  en 
trois  parties.  La  première,  qui  est  la  collecte  sur  place,  est  impos- 
sible à  la  Société  sans  correspondants  dévoués  :  celle-ci  ne  peut 
sérieusement  songer  à  se  transporter  dans  les  2.620  communes 
belges,  à  étudier  longuement  le  territoire  et  à  interroger  cent 
mille  personnes.  Au  contraire,  ce  travail,  réduit  à  une  commune, 
est  un  jeu  pour  celui  qui  vit  dans  sa  commune  et  la  connaît 
depuis  quarante  ans.  Il  n'a  qu'à  parler  de  ce  qu'il  sait,  il  n'a 
qu'une  commune  à  décrire.  Demander  les  matériaux  bruts  à  celui 
qui  détient  les  matériaux,  c'est  croyons-nous,  une  démarche  et 
une  dépendance  nécessaires,  honorables  pour  celui  qui  fournit  ces 
renseignements,  nullement  honteuses  pour  celui  qui  les  reçoit. 
Ce  n'est  pas  un  édifice  tout  construit  qu'une  société  demande  à 
eel  homme  expert,  mais  seulement  de  quoi  le  bâtir.  Et  même, 
comme  ces  matériaux  sont  de  deux  sortes,  modernes  et  anciens, 
il  conviendra  de  partager  la  besogne,  de  demander  les  noms 
modernes  aux  topographes,  les  anciens  aux  archivistes.  Qu'un 
archiviste  s'abouche  avec  un  ami  qui  est  sur  les  lieux,  ou  que  le 
connaisseur  des  lieux  s'abouche  avec  un  archiviste,  ou  qu'un 
homme  soit  assez  compétent  pour  assumer  les  deux  ouvrages,  ou 
•  pic  la  Société  suggère  le  travail  à  deux  personnes  qu'elle  associe, 


-   io3  — 

ou  enfin  qu'elle  consente  à  recevoir  deux  ouvrages  partiels  poul- 
ies coordonner  elle-même,  ce  sont  des  arrangements  accessoires 
qui  peuvent  se  plier  à  diverses  variations. 

La  seconde  opération  peut  s'appeler  le  contrôle  des  matériaux. 
La  troisième  est  le  travail  de  mise  en  œuvre.  L'une  et  l'autre  sont 
du  ressort  d'une  société  archéologique.  Le  contrôle  exige  un 
concours  de  connaissances  diverses,  topographie,  paléographie, 
philologie  avant  tout.  Il  y  faudra  de  la  psychologie  aussi  :  disons 
plus  simplement  l'expérience  des  fautes  que  les  correspondants 
peuvent  commettre,  car  il  faut  leur  reconnaître  le  droit  de  se 
tromper. 

On  parait  douter  ensuite  de  l'utilité  de  l'entreprise  ou  du  moins 
on  affirme  que  le  résultat  ne  serait  point  en  proportion  du  labeur. 
On  insinue  (pie  ce  qui  a  seul  quelque  valeur  est  connu  par  les 
atlas  du  cadastre  et  des  chemins  vicinaux,  que  le  reste  est  fugitif, 
fantaisiste,  sans  portée,  et  d'ailleurs  corrompu.  Que  d'erreurs  en 
peu  de  mots!  Les  atlas  précités  sont  utiles,  mais,  faits  souvent 
par  des  étrangers,  ils  estropient  les  noms  d'une  façon  si  naïve 
qu'elle  déride  les  fronts  les  plus  moroses.  Chez  eux,  ans  scotons 
devient  Hausse  coton  (Vonèche)  et  petit-tiêr  devient  Petit-Hier 
(le/- Vielsalm).  Ce  sont  des  documents  bons  à  consulter,  rien  de 
plus;  ils  ont  d'ailleurs  été  composés  pour  enseigner  les  voies  et 
las  biens,  nullement  pour  enseigner  les  noms. 

Que  les  noms  changent,  est-ce  une  raison  pour  ne  pas  les 
recueillir?  Si  on  veut  dire  par  là  qu'ils  subissent  des  variations 
phonétiques,  c'est  un  malheur  qui  leur  est  commun  avec  tout  être 
existant,  animal,  plante,  idée,  vocable.  Si  on  veut  dire  par  la 
qu'ils  ont  une  vie  très  éphémère  et  que  la  toponymie  d'une  com- 
mune se  transforme  complètement  à  chaque  génération,  c'est 
prendre  l'exception  pour  la  règle  :  la  vérité  est  que  la  plupart  des 
désignations  sont  stables.  Et  pourquoi  d'ailleurs  l'éphémère  ne 
contiendrait-il  pas  en  soi  un  enseignement? 

Enfin  il  faut  relever  cette  idée  que  les  noms  historiques  seuls 
contiennent  un  enseignement  historique.  Je  crains  de  découvrir 
en  cela  quelque  immense  illusion.  Les  grands  noms  ne  recèlent 
rien  de  plus  poétique  ni  de  plus  mystérieux  que  les  petits;  les 
anciens,  rien  de  plus  que  les  modernes.  Rhône  et  Rhin  signi- 
fient cours  d'eau;  Latium,  Campanie,  Champagne  et  Flandre 
signifient  plaine  ;  Gand,  Coudé,  Coblenz,  Gemûnd  signifient 
confluent;  Bruxelles  doit  son  nom  à  quelque  bois  marécageux; 
un  gué,  un  pont,  un  bouquet  d'arbres,  une  colline,  une  source 


—  k>4  — 

ont  suffi,  autrefois  comme  aujourd'hui,  à  dénommer  les  lieux. 
Bref,  ce  ne  sont  pas  les  résidus  étymologiques  que  peuvent  laisser 
les  analyses  «les  noms  qui  ont  le  plus  d'importance  pour  l'histo- 
rien, ce  sont  les  circonstances  qui  entourent  le  t'ait  même  de  la 
dénomination;  ce  sont  les  renseignements  qui  résultent  de  groupes 
de  noms  identiques.  Ce  ne  sont  donc  pas  nécessairement  les  noms 
obscurs  et  anciens  qui  ont  seuls  quelque  chose  à  nous  apprendre. 
D'humbles  matériaux  sans  importance  pour  le  linguiste  peuvent 
donner  à  l'histoire  d'utiles  indications  sur  le  régime  de  la  pro- 
priété, sur  les  époques  de  défrichement  et  de  colonisation,  sur 
l'industrie,  sur  l'aspect  ancien  du  pays  aujourd'hui  asséché, 
essarté  et  fertilisé,  sur  la  nationalité  des  occupants  d'une  région. 
Il  y  a  deux  ans,  au  Congrès  de  Gand,  un  habile  archéologue, 
M.  Louis  Stroobant,  a  montré  victorieusement  comment  des  noms 
encore  parfaitement  intelligibles  pour  les  Campinois  peuvent 
être  révélateurs  d'anciens  bois  sacrés  ou  de  nécropoles  histo- 
riques. Combien  de  fois  le  nom  de  lieu  n'a-t-il  pas  inspiré  ou 
guidé  l'archéologue  dans  ses  fouilles  ?  Les  tombeux,  les  hostert, 
les  paradis  ou  hemel,  les  wérixhas,  les  -sart,  les  -hem,  les  -lo,  les 
-lé,  les  -ville  nous  instruisent  à  la  façon  des  médailles  et  des 
urnes.  Un  groupe  de  noms  insignifiants  aura  sa  signification 
ethnologique  ou  économique  à  des  yeux  avisés. 

Nous  sommes  donc  peu  touchés  de  cet  argument  que  beaucoup 
de  noms  de  ruisseaux,  de  champs,  de  prés,  de  bois  seront  d'une 
grande  banalité.  D'abord,  ils  ne  prendront  pas  dans  un  recueil  plus 
de  place  qu'ils  ne  valent.  Il  en  est  qu'il  suffira  de  citer.  Ensuite 
il  n'importe  pas  que  les  glossaires  toponymiques  des  2.620  com- 
munes de  la  Belgique  soient  publiés  à  part  et  forment  une  littéra- 
ture immense  :  il  importe  que,  pour  un  travail  d'ensemble,  une 
société,  la  Société  wallonne  ou  toute  autre,  possède  en  manuscrit 
le  relevé  des  désignations  toponymiques  des  communes  belges. 

III.  —  S'il  s'agit  maintenant  de  dénombrer  ce  qui  a  été  fait 
jusqu'aujourd'hui  dans  ce  sens,  je  ne  puis  compter  comme  glos- 
saires de  communes  les  travaux  trop  partiels  de  de  Smct,  de 
Chotin,  de  Tarlier  et  Wauters,  de  Tandel;  ni  les  listes  qu'on 
trouve  dans  divers  dictionnaires  topographiques,  tels  ceux  de 
Delvaux  de  Fouron,  dedeHyckel,  de  Vandermaelen,  de  Jourdain 
et  Van  Stalle  :  il  ne  s'agit  ici  que  de  glossaires  de  communes. 
Nous  avons  donc,  a   ma  connaissance  du   moins,    Le  Rœulx  ('), 


(i)  .1.   MONOYER,  Les  noms  de  lieux  du  canton  du  Rœulx,  Mous,  1879. 


—   io5  — 

Saint-Léger  ('),  Saint-André  lez-Bruges  (*),  Braine-le-Comte  (3), 
Bilsen  (4),  Francorchamps  (5),  Jupille  (fi),  Spa  (7),  Tongres  (8), 
Gouy  lez-Piéton  i"),  Forges  lez-Chimay  ("'),  Beaufays  (ll),  Aye- 
neux  (l2).  Les  histoires  des  communes  contiennent  souvent  un 
chapitre  plus  ou  moins  copieux  consacré  aux  noms  de  lieux. 
Pour  ne  pas  remonter  jusqu'aux  travaux  de  Tarlier  et  Wauters 
sur  les  communes  du  Brabant,  et  de  Tandel  sur  les  communes 
luxembourgeoises,  citons,  par  exemple,  le  glossaire  toponymique 
annexé  à  V Histoire  de  la  bonne  ville  de  Waremme,  par  M.  A. 
de  Ryckel  (l8);  la  table  des  lieux  dits  et  la  carte  que  M.  Louis 
Darras  a  insérées  dans  sa  Xotiee  sur  Vogenée  lez-Walcourt  ;  le 
chapitre  consacré  aux  lieux  dits  dans  Y  Histoire  de  la  ville  de 
Limbourg,  par  M.  J.  Thisquen  (u).  Dans  les  Communes  namu- 
roises,  excellentes  monographies  historiques  publiées  depuis  1905 
sous  la  direction  de  MM.  C.-G.  Roland  et  L.  Lahaye,  un  chapitre 
de  topographie  fournit  un  certain  nombre  de  noms  pour  Auvelais, 
Arsimont,  Hemptinne.  Nous  souhaitons  que  les  auteurs  ne 
craignent  pas  de  donner  une  extension  plus  grande  à  leurs  listes 
pour  les  monographies  ultérieures. 

D'autres  glossaires  sont  en  formation.  MM.  Ulrix  et  Paquay 
annoncent  dans  leur  Toponymie  de  Tongres,  p.  36,  un  glossaire 
de  Berg,   et,  p.    65,  un  glossaire  de  s'Heeren   Elderen.   Le  titre 


(')  G.  KuRTH.  Glossaire  toponymique  de  la  commune  de  Saint-Léger, 
Namur,  1887. 

(2)  Aug.  VAN  SPEYBROUCK,  dans  Annales  de  la  Société  d'Émulation.  Bruges, 

1889. 

f:))   C.  Du  JARDIN  et  J.  CROQUET,    Toponymie  de  Braine-le-Comte,    i8y3. 

(*)  C.  HUYSMANS  et  J.  CUVELIER,  Toponymische  studie  over  Bilsen,  iS<j-. 
Publié  par  l' Académie  flamande. 

(s)  A.  COUNSON.  Glossaire  toponymique  de  Francorchamps,  dans  Bull,  de  la 
Soc.  liég.  de  Littérature  wallonne,  t.  XLVI,  i<)°^- 

(6)  Edm.  Jacquemotte  et  Jean  Lejeune.  Glossaire  toponymique  de  la  com- 
mune de  Jupille.  même  collection,  t.  XLIX,  1907. 

(7)  A.  Bonv,  Toponymie  de  Spa,  même  Société,  inédit.  1904. 

(8)  E.  Ulrix  et  .1.  PAQUAY,  Glossaire  toponymique  de  la  ville  de  Tongres. 
Tongres.  1908. 

(9)  L.-J.  JAQUET,  dans  la  Semaine  religieuse  de  Gouy,  1908. 

(,0)  Em.  DOXY.  Toponymie  de  Forges-lez-Chimay.  dans  Bulletin  de  la 
Société  liégeoise  de  Littérature  wallonne,  t.  LI,  1909. 

(")  Jean  Lejeune,  Edm.  Jacquemotte  et  Ed.  Monseur,  Glossaire  to[,o- 
nymique  de  la  communne  de  Beaufays,  dans  Bull,  de  la  Société  de  Littérature 
wallonne,  t.  LU,  2e  partie,  1910. 

C2)  Jean  Lejeune.  inédit,  Paraîtra  dans  le  Bull,  de  la  Soc  de  Littérature 
wallonne  en  191 1 . 

(13)  Dans  Bull,  de  la  Soc.  d'Art  et  d'Histoire  du  diocèse  de  Liège,  t.  \  . 
p.i66-i85.  Sur  ce  glossaire,  cf.  Kurth.  Front,  ling..  t.  I,  p.  137. 

(")  Dans  Bull,  de  la  Soc.  verviéloise  d'arch.  etd'hist..  t.  X,  1908.  p.  247-278. 


—  io6  — 

d'ailleurs  promel  encore  davantage  et  le  plan  imprimé  du  travail 
d'ensemble  comportait,  outre  Tongres,  la  toponymie  de  dix  com- 
munes. M.  Jean  Lejeune,  de  Jupille,  continue  ses  excursions  à 
travers  les  communes  voisines  de  son  lieu  natal  et  le  dépôt  des 
Archives  de  Liège.  M.  l'abbé  J.  Bastin  compte  nous  donner  pro- 
chainement la  toponymie  de  Malmedy.  Deux  autres  auteurs  ont 
entrepris  le  glossaire  de  la  commune  de  Polleur.  Nous  comptons 
refaire  celui  de  Jalhay,  ébauché  jadis  par  l'eu  J.-S.  Renier  ('). 
11  est  donc  permis  d'espérer  que  l'impulsion  donnée  ne  s'arrêtera 
plus. 

Le  travail  d'ailleurs  deviendra  d'autant  plus  facile  crue  les 
auteurs  auront  plus  de  modèles  entre  les  mains.  La  Société  lié- 
geoise de.  Littérature  wallonne  ne  ménage  ni  les  récompenses  ni 
ses  peines.  Les  rapports  critiques  qu'elle  publie  depuis  1895 
abondent  en  conseils  à  l'adresse  des  auteurs  éventuels. 

lies  glossaires  toponymiques  les  plus  difficiles  à  composer  sont 
ceux  des  communes  dont  remplacement  est  occupé  par  quelque 
grande  ville,  ancienne  et  pleine  de  souvenirs,  comme  Liège  et 
Tongres.  Là,  en  effet,  l'histoire  locale,  dans  ce  qu'elle  a  de  plus 
minutieux,  peut  seule  rendre  raison  des  dénominations  multiples 
que  les  rues,  les  places,  les  monuments,  les  maisons  importantes 
ont  reçues  dans  la  suite  des  temps.  C'est  avec  les  archives  surtout 
que  ces  glossaires  doivent  être  composés,  et  ils  ne  peuvent  être 
de  simples  glossaires.  D'autant  plus  faut-il  savoir  gré  de  leur 
œuvre  aux  deux  auteurs  de  la  Toponymie  de  Tongres,  et,  à 
M.  T.  (iobert,  de  son  énorme  et  savant  travail  sur  Les  Rues  de 
Liège. 

IV.  —  Mais,  pour  être  fécond,  le  travail  doit  être  bien  organisé. 
Qu'a-t-on  fait  pour  guider  dans  leur  œuvre  les  chercheurs  de 
bonne  volonté?  Dans  cette  question  de  méthode,  il  y  a  trois  choses 
a  examiner  :  1"  quels  matériaux  recueillir?;  20  comment  procéder 
pour  les  recueillir?;  3°  comment  les  exposer  en  un  ouvrage?  On 
paraît  beaucoup  mieux  d'accord  sur  les  deux  premiers  points  que 
sur  h;  troisième. 

Ier  point.  —  11  s'agit  donc  de  composer  une  œuvre  surtout  ou 
exclusivement  documentaire.  Il  y  a  à  recueillir  les  noms  actuels, 
les  formes  anciennes  des  noms  actuels,  les  noms  anciens  qui  sont 


(')  Voyez  le  rapport  sur  ce  travail  inséré  dans  le  Bull,  de  la  Soc.  liég.  de 
Littérature  wallonne,  t.  .'58.  p.  1  j)-i>C>.  Le  mémoire,  rendu  à  l'auteur,  n'a 
jamais  été  remanié  ni  imprimé.  Quand  la  Soc.  wall.  est  rentrée  en  posses- 
sion de  ce  travail,  à  la  mort  de  l'auteur,  le  ms.  était  à  moitié  carbonisé. 


—  107  — 

tombés  dans  l'oubli,  sous  leurs  diverses  formes;  à  identifier  le 
nom  et  l'objet;  à  expliquer  la  convenance  du  nom  à  l'objet.  Ce 
dernier  article  a  seul  besoin  d'éclaircissement. 

Si  les  recherches  sur  le  nom  avaient  pour  but  de  mieux  faire 
connaître  le  lieu,  le  travail  serait  d'ordre  topographique,  ou  géo- 
graphique, ou  cadastral.  Mais,  en  ce  cas,  il  est  visible  que  le  nom 
ne  serait  qu'une  des  caractéristiques  du  lieu,  une  des  moins 
importantes  peut-être.  Ici,  au  contraire,  les  renseignements  rela- 
tifs au  lieu  n'ont  d'autre  but  que  d'éclairer  le  nom  ;  ils  sont  subor- 
donnés au  nom;  le  travail  est  d'ordre  linguistique.  Sans  doute 
le  nom  seul,  sans  la  connaissance  de  l'objet,  nous  intéresserait 
moins,  il  serait  moins  clair.  Le  nom  a  besoin,  comme  on  dit, 
d'être  identifié  avec  l'objet.  Le  toponj^miste  doit  donc  nous  mon- 
trer l'objet  juste  assez  pour  nous  intéresser  au  nom,  et  par  les 
attributs  qu'il  juge  à  même  d'éclaircir  la  désignation. 

2e point.  —Les  noms,  on  les  recueille  à  des  sources  diverses:  à  la 
tradition  orale,  pour  l'usage  actuel  ;  à  la  tradition  écrite  pour  le 
passé.  Les  sources  de  la  tradition  orale  sont  :  les  connaissances 
propres  de  l'auteur  en  première  ligne  ;  l'enquête  auprès  des  gens 
experts,  des  vieux  habitants  du  pays,  de  ceux  qui,  par  métier, 
doivent  mieux  le  connaître,  par  exemple  les  secrétaires  commu- 
naux, les  gardes-forestiers  et  les  gardes-champètres.  Les  sources 
écrites  sont  les  chartes,  les  documents  d'archives,  les  cartes,  les 
livres  concernant  la  région. 

L'identification  se  fait,  pour  les  noms  modernes,  sur  le  terrain. 
en  s'aidant  des  connaissances  des  gens  experts  cités  plus  haut,  en 
s'aidant  des  cartes  existantes,  en  faisant  pour  mémoire  des  cro- 
quis sur  place.  La  vue  du  terrain  suggérera  nombre  d'explications 
topographiques  et  autres  qui  trouveront  place  dans  l'articule! 
consacré  à  chaque  nom. 

Pour  les  noms  anciens  périmés,  l'identification  ne  peut  se  faire 
que  pour  autant  que  les  documents  fournissent  des  points  de 
repère.  Il  ne  suffit  pas  de  parcourir  rapidement  les  archives  pour 
ne  recueillir  que  les  formes  ;  il  faut  souvent  prendre  note  du  con- 
texte qui  mentionne  les  lieux  voisins,  le  propriétaire,  l'étendue,  la 
nature  du  sol,  ou  d'autres  particularités  utiles. 

L'objet  étant  dénommé  en  raison  de  ses  attributs,  non  de  tous, 
mais  de  l'un  ou  de  l'autre,  qui  peut  être  fort  accessoire  ou  fort 
extrinsèque,  ce  serait  maigre  de  se  contenter  d'inscrire  un  nom  à 
une  certaine  place  sur  une  carte  :  il  faut  expliquer,  si  on  le  peut, 
le  rapport  entre  le  nom  et  l'objet. 


—  108  — 

.')''  point.  —  Il  s'agit  maintenant  d'exposer  les  renseignements 
recueillis.  Nous  n'irons  pas  jusqu'à  (lire  qu'un  glossaire  topony- 
mique  est  formé  d'un  certain  nombre  d'articles,  tous  sur  le  même 
type.  Avant  de  nous  introduire  dans  le  détail  des  noms  de  lieux, 
il  convient  que  l'auteur  crée  des  chapitres  d'ensemble  qui  nous 
orientent,  en  nous  montrant  la  commune  par  ses  traits  essentiels 
ri  à  vol  d'oiseau,  en  nous  faisant  connaître  l'état  actuel  du  pays  et 
même  un  peu,  s'il  est  possible,  son  passé.  Nous  avons  besoin  de 
ces  chapitres  généraux  pour  nous  intéresserai!  sujet. 

Dans  le  corps  de  l'ouvrage,  quel  type  d'article  et  quel  ordre 
adopter?  On  peut  réduire  à  deux  les  types  d'article  que  nous 
offrent  les  travaux  imprimés.  L'un  est  celui  des  toponymies  de 
Saint-Léger,  de  Francorchamps  et  de  Forges  ;  l'autre  est  celui  de 
la  toponymie  de  Jupille.  Chacun  a  ses  avantages  particuliers  ;  le 
premier  mode  condense  moins  la  matière  et  se  laisse  lire  plus  faci- 
lement. Le  second  mode,  imaginé  par  M.  Haust  pour  l'édition  qu'il 
a  donnée  de  la  toponymie  de  Jupille,  a  le  mérite  de  mieux  préparer 
les  matériaux  en  vue  d'un  classement  général.  L'écueil  à  éviter 
dans  le  premier  cas,  c'est  la  diffusion  ;  dans  le  second  cas,  c'est  la 
sécheresse.  Peut-être  y  aurait-il  moyen  de  combiner  la  forme 
méthodique  du  second  mode  avec  l'allure  plus  humainement  nar- 
rative et  descriptive  du  premier.  Quelque  système  qu'un  auteur 
adopte,  il  doit  vous  donner  des  articles  significatifs  et  qui  se  prê- 
tent à  la  lecture.  Ce  serait  un  leurre  de  composer  maintenant  un 
travail  illisible  avec  l'espoir  que,  dans  cinquante  ans,  on  s'en  ser- 
vira plus  facilement  pour  une  œuvre  d'ensemble.  Il  faut  que  les 
auteurs  se  donnent  la  peine  de  rédiger,  d'exposer  clairement,  sans 
verbiage  et  sans  concentration  trop  savante,  des  renseignements 
qui  seront  très  variés  d'ailleurs,  et  d'autant  plus  intéressants  que 
souvent  ils  auront  été  recueillis  sur  place  et  non  empruntés  à  des 
livres. 

Voici  le  minimum  de  ce  que  doit  contenir  un  article  : 

En  tète,  le  nom  moderne,  dans  la  langue  du  terroir,  accom- 
pagné du  nom  officiel  francisé,  s'il  y  en  a  un.  Si  l'on  croit  néces- 
saire de  donner  la  priorité  au  nom  officiel,  comme  étant  un  nom 
universellement  connu  (ex.  :  Charleroi),  nous  n'y  voyons  pas  d'in- 
convénient. L'ordre  des  articles  seul  en  sera  peut-être  parfois 
légèrement  modifié.  Mais  si  le  nom  n'a  de  traduction  que  les 
traductions  souvent  maladroites  ou  fantaisistes  des  tabellions  et 
des  géomètres,  il  faut  adopter  la  forme  patoise,  qui  a  le  mérite, 
elle,  d'être   vivante.  Enfin,   quand  les   formes  anciennes    seules 


—  109  — 

existent,  faut-il  choisir  la  plus  ancienne?  Elle  est  respectable, 
certes,  mais  elle  peut  être  singulièrement  altérée,  soit  par  igno- 
rance du  scribe,  soit  par  quelque  autre  accident.  Il  vaut  mieux, 
à  notre  avis,  choisir  la  plus  fidèle,  qui  ne  sera  pas  très  difficile 
à  déterminer,  pour  peu  qu'on  ait  des  variantes.  L'arbitraire, 
qui  risque  de  fausser  parfois  le  choix,  nous  paraît  moins  dan- 
gereux que  la  nécessité  de  suivre  une  graphie  qui  peut  être 
absurde,  qui  d'ailleurs,  étant  la  plus  ancienne  aujourd'hui, 
pourrait  être  détrônée  par  quelque  autre  forme  antérieure  demain. 
En  second  lieu  vient  le  tableau  des  variantes  du  nom  recueillies 
dans  les  anciens  textes  imprimés  et  manuscrits.  Ce  tableau  n'a 
d'autre  but  que  de  fournir  une  idée  approximative  de  l'ancienneté 
du  nom,  chose  dont  l'historien  peut  se  servir,  et  de  donner  les 
éléments  comparatifs  pour  la  restitution  exacte  et  l'explication 
d'un  nom  obscur.  Il  faut  en  tout  cas  s'assurer  de  l'accord  entre 
les  noms  modernes  et  la  tradition,  car  des  noms  modernes  qui 
apparaissent  a  priori  très  clairs  et  très  simples  sont  parfois  dus  à 
des  déformations  par  étymologie  populaire  (exemples  :  Pont-de- 
loup,  issu  du  Funderlo  de  840;  Saint- Vincent,  issu  de  Saivinsart). 
Celui  qui  entreprend  ces  recherches  à  travers  les  archives 
n'a  pas  besoin  qu'on  lui  dise  dans  quelles  pièces  et  dans  quelles 
collections  il  a  chance  de  rencontrer  de  nombreuses  formes  et 
indications  toponymiques.  S'il  n'est  archiviste  lui-même,  il  sera 
renseigné  à  souhait  par  les  archivistes  de  nos  grands  dépôts. 
Peut-être  sera-t-il  bon  ici  de  mettre  les  néophytes  en  garde  contre 
les  excès  de  zèle,  les  lectures  fastidieuses  sans  utilité  réelle.  S'il 
est  intelligent,  par  exemple,  de  noter  que  telle  forme  est  isolée, 
accidentelle,  et  que  telle  autre  est  la  forme  ordinaire,  ce  ne  serait 
guère  comprendre  le  but  de  ces  recherches  que  de  compter  com- 
bien de  centaines  de  fois  une  forme  se  rencontre  dans  les  quatre- 
vingts  volumes  des  registres  aux  œuvres  d'une  commune.  Dans  le 
travail  définitif,  ces  indications  se  donnent  par  la  date  et  par  la 
mention  de  la  collection,  du  registre  et  de  la  page  en  abréviations 
convenues,  assez  claires  pour  renseigner  celui  qui  désire  vérifier, 
pas  assez  étendues  pour  arrêter  le  profane  qui  cherche  dans  pareil 
ouvrage  des  connaissances  plus  simples.  De  même  que  la  synony- 
mie, le  reste  de  l'article  a  pour  but  d'éclairer  le  terme  en  appor- 
tant ce  que  la  topographie  et  l'histoire  locale  peuvent  fournir. 
Quelle  est  la  nature  de  l'objet?  Où  est-il  situé  exactement?  N'a-t-il 
pas  subi  des  changements  d'attribution  ou  de  forme  ?  Quelles  sont 
les  particularités  intéressantes  qui  le  concernent?  Celui  qui  vise 


—    110    — 

à  fournir  Lui-même  une  explication  du  nom  et  qui  est  capable  d'éty- 
mologie  saura  facilement  quels  traits  il  doit  choisir.  Au  contraire, 
celui  qui  veut  se  borner  a  la  mission  plus  modeste  de  recueillir 
des  notes  el  des  arguments  utilisables,  prévoit  plus  difficilement 
ce  qui  peut  servir  dans  les  cas  les  plus  obscurs,  qui  sont  aussi  les 
plus  intéressants.  11  faut  alors  (pie  ce  dernier,  en  attendant  que 
l'expérience  lui  vienne,  ne  craigne  pas  d'en  dire  trop  pour  en  dire 
assez. 

Quelques  auteurs  demandent  en  outre  des  noms  comparatifs, 
des  analogies  de  toute  sorte,  qui  sont  du  ressort  de  la  philologie. 
11  nous  parait  (pie  ces  rapprochements  ne  seront  faits  avec  succès 
par  les  auteurs  de  glossaires  que  dans  les  cas  tout  à  t'ait  faciles, 
c'est  à-dire  quand  ils  seront  inutiles.  Dès  lors,  à  quoi  bon  embar- 
rasser de  ces  comparaisons  élémentaires  les  glossaires  topony- 
miques  demandés? 

Les  articles  constitués,  dans  quel  ordre  devront-ils  être  rangés? 
Disons  d'abord  que  l'auteur  fera  bien  de  laisser  ces  articles  en 
pages  séparées,  pour  laisser  à  lui  et  aux  autres  la  faculté  d'amé- 
liorer l'ordre  choisi  Jusqu'ici,  sur  la  façon  de  coordonner  et  de 
présenter  la  toponymie  d'une  commune,  les  avis  sont  assez  diver- 
gents. Certes,  il  n'est  nullement  nécessaire  que  tous  les  travaux 
de  ce  genre  soient  coulés  dans  le  même  moule.  Il  n'y  a  pas  grand 
mal  à  ce  que  les  monographies  présentent  quelque  variété  par  la 
rédaction,  la  disposition,  voire  par  les  préoccupations  favorites 
de  l'auteur.  Indiquons  les  divers  types  proposés  et  examinonsdes. 

L'un  voudrait  que  l'on  étudiât  d'abord  le  nom  de  la  commune, 
puis  ceux  des  hameaux,  des  rues,  des  chemins.  La  première  partie 
serait  ainsi  consacrée  aux  ouvrages  de  l'homme.  Dans  une  seconde 
partie  viendraient  les  cours  d'eau,  les  accidents  de  terrain,  les 
cultures,  bois,  bruyères,  marécages. 

Cependant,  les  cultures,  les  prairies  sont  aussi  des  œuvres  de 
L'homme.  Puis  n'est-il  pas  plus  juste  de  commencer  par  ce  qui  ne 
dépend  pas  de  l'homme  et  est  antérieur  à  son  installation  :  le  sol, 
L'hydrographie  et  l'orographie;  de  continuer  par  les  bois,  naturels 
plus  souvent  qu'artificiels;  puis  par  les  lieux  qui  dépendent  du 
travail  de  l'homme,  chemins,  prés,  terres  arables;  enfin  par  les 
constructions  humaines  :  fermes,  églises,  rues,  monuments,  ponts, 
viaducs,  chemins  de  fer?  C'est  suivre,  autant  qu'il  est  possible, 
un  ordre  chronologique  des  choses  et  des  noms. 

A  ces  deux  types  s'en  oppose  un  troisième,  l'ordre  alphabétique 
pur  et   simple.  Nous  en  avons  dit  un  mot  tantôt,  en  tant  que  le 


—  III  — 


plan  de  l'ouvrage  influe  sur  la  rédaction  des  articles.  Ce  système 
a  deux  qualités.  Il  fait  venir  sous  le  même  titre  tout  ce  qui  con- 
tient le  même  nom,  quelles  que  soient  les  différences  de  destination 
des  objets.  Ainsi  corti  Zabê,  pré  Zabê  et  fontaine  Zabê  seront  pla- 
cés kZabê.  Tout  se  dispose  ainsi  mécaniquement  en  vue  d'un  grand 
recueil  de  toponymie  ou  belge  ou  wallonne.  L'inconvénient  prin- 
cipal de  cette  méthode,  c'est  qu'elle  sacrifie  l'avantage  immédiat  a 
un  avantage  ultérieur.  On  lira  toujours  plus  facilement  et  avec 
plus  de  plaisir  un  ouvrage  qui  essaye  de  retracer  la  physionomie 
de  la  commune  et  qui  n'éparpille  point  l'intérêt  topographique  et 
historique  au  hasard  de  l'ordre  alphabétique.  Nul  doute,  cepen- 
dant, que  cet  ordre  ne  soit  de  mise  dans  chaque  chapitre,  pour 
classer  des  étangs,  «les  fontaines,  des  prés  dont,  logiquement,  la 
place  est  indifférente;  nul  doute  qu'un  index  final  ne  doive 
rassembler  ce  que  l'expose  systématique  a  dû  séparer;  il  y  a  du 
moins  accord  sur  ce  point.  Les  amateurs  d'une  disposition  réaliste 
pourraient  aussi  se  rapprocher  de  la  disposition  alphabétique  en 
multipliant  moins  les  subdivisions.  Inutile  de  mettre  à  part,  en 
effet,  les  haies  et  les  heids,  dénominations  souvent  confondues. 
C'est  faire  du  zèle  de  distinguer  en  chapitres  séparés  des  prés, 
des  prairies,  des  assises.  Cn  chapitre  cultures  pourrait  envelop- 
per tout  ce  qui  est  prés  et  terres,  d'autant  que  l'un  se  transforme 
en  l'autre  assez  facilement.  Voilà  des  concessions  possibles  en  vue 
de  l'utilisation  ultérieure  du  glossaire.  Je  ferai  remarquer  aussi, 
relativement  à  l'ordrealphabétique.que  rien  en  réalité  ne  s'y  prête 
moins  que  les  dénominations  toponymiques.  Ainsi  Zabê,  qui  con- 
centre diverses  expressions,  n'est  pas  un  nom  de  lieu,  c'est  un 
prénom  de  femme.  C'est  donc  bien  à  corti  que  doit  se  trouver 
corti  Zabê,  à  supposer  que  ce  nom  demande  autre  chose  qu'une 
simple  mention.  A  Zabê,  qui  sera  dans  l'index  final,  il  ne  doit 
y  avoir  qu'un  rappel  ou  un  renvoi.  Sinon,  tous  les  noms  de  per- 
sonnes viendront  se  ranger  par  ordre  alphabétique  dans  un 
dictionnaire  toponymique.  Il  y  a  des  cas  où  le  classement  alpha- 
bétique devient  presque  impossible;  c'est  lorsque  l'expression 
contient  une  préposition,  un  adjectif  faisant  partie  intégrante  du 
nom.  Disos  V  tiêr,  a  pi  de  tiér,  est  un  autre  lieu  que  le  tièr.  Si 
on  fait  un  sort  à  la  préposition  dans  le  classement  de  Derricre- 
Coronmeuse  (Vottem,  Herstal),  Dessous-les  Bois  (Erezée),  Devant- 
le-Pont  (Visé),  à  l'adjectif  dans  Diêrin-patàr  (Hollogne-aux- 
Pierres,  Baisy-Thy.  Vogenée),  que  fera-t-on  des  innombrables 
locutions  commençant  par  a,  al,  è,  so  ou  soit  Elles  ne  se  caseront 


—    112    — 


pas  sans  classement  arbitraire  el  sans  beaucoup  de  renvois. 
Tels  sont  les  avantages  et  inconvénients  de  chaque  système.  Nous 
conseillons  aux  interesses  de  les  étudier  en  détail  dans  les 
œuvres  publiées  avant  de  choisir  une  disposition,  mais  nous  ne 
prétendons  exclure  aucune  des  dispositions  proposées. 

Tout  glossaire  toponymique  doit  être  accompagné  d'une  carte 
de  la  commune,  sans  exclusion  d'autres  cartes  partielles.  Les 
auteurs  devraient  toujours  adopter  pour  base  de  leur  travail  les 
cartes  de  l'Institut  cartographique  militaire  au  vingt-millième, 
qui  donnent  exactement  le  relief  du  sol  et  tous  les  accidents  de 
terrain  ;  quittes  à  en  amplifier  le  format,  s'ils  le  jugent  nécessaire. 
(  "est  dans  ce  cadre  fidèle  et  lisible  qu'ils  devraient  inscrire  les 
noms  de  lieux,  avec  tout  le  soin  qu'on  donne  à  un  travail  qui  doit 
être  gravé  ou  reproduit  par  la  photogravure.  Qu'on  ne  cesse  de 
prêcher  aux  futurs  auteurs  :  «  Faites-nous  de  bonnes  cartes  ».  Une 
bonne  carte  dispense  de  tant  d'explications  !  Si  on  possédait  déjà, 
sans  texte  explicatif,  les  4^7  planchettes  de  la  (Jarte  de  I>elgi<jiic 
soigneusement  élaborées  au  point  de  vue  des  noms  de  lieux,  la 
question  du  répertoire  toponymique  de  notre  pays  serait  bien  près 
d'aboutir  ! 

V.  —  La  culture  de  la  toponymie  dans  notre  pays  n'a  pas  seule- 
ment produit  des  recueils  de  noms  :  elle  a  eu  quelquefois  l'ambition 
de  fournir  des  théories,  des  explications,  des  démonstrations.  Sans 
s'aventurer  aussi  profondément  dans  le  passé  que  H.  d'Arbois 
de  Jubainville,  elle  a  souvent  appliqué  à  la  Belgique  ou  critiqué 
avec  bonheur  les  hypothèses  heureuses  ou  hasardées  de  la  science 
française  et  germanique.  M.  Knrth  a  étudié  en  détail  par  la  topo- 
nymie les  fluctuations  de  la  limite  linguistique  en  Belgique,  et, 
débordant  beaucoup  de  sou  cadre,  il  a  fait  de  sou  livre,  par  l'appa- 
reil de  démonstration  et  les  listes  de  noms,  une  vraie  bible  du 
toponymiste  belge.  Dans  le  premier  volume  de  sa  Toponymie 
namuroise,  le  chanoine  C.  G.  Roland  a  savamment  étudié  les  plus 
anciennes  couches  de  noms  géographiques  de  sa  province.  Avant 
eux,  dans  la  Wallonie  prussienne,  M.  Quirin  Esser  avait  donné  de 
nombreux  articles  de  toponymie  celtique  qui  intéressent  aussi 
notre  région  (').  On  peut  signaler  ensuite  des  monographies  rela- 


Les  articles  antérieurs  à  [885  sont  réunis  dans  une  brochure  :  Beitràge 
sur  gallo-keltischen  Namenkun.de,  Malmeuy,  1SS4  :  d'autres  ont  paru  dans 
le  Kreisblatt  fur  <U-n  Kreis  Malmedy,  imprimé  à  Saint- Vith,  dans  VAachener 
allgemeine  Zeitung  (Lousberg,  Salvador,  etc.). 


—  n3  — 

tives  à  des  suffixes,  à  des  préfixes,  à  des  termes  fréquents  ou 
curieux  :  le  travail  de  M.  Paul  Errera  sur  les  Waréchaix  (l)  ;  une 
Etude  critique  sur  le  nom  de  Mons  (2),  par  É.  Dony  et  I.  Fonsny  ; 
les  notes  de  Vanderkindere  sur  Meer  et  Belle,  et,  plus  récemment, 
sur  Dieweg  et  Diestelle  (3)  ;  un  travail  du  rapporteur  soussigné  sur 
les  noms  en  -ster  (*),  l'article  de  l'abbé  J.  Bastin  sur  le  préfixe 
Chin-  (s)  ;  des  articles  de  M.  G.  Ceyssens  dans  Leodium  (6)  ;  des 
études  de  toponymie  flamande  dans  la  petite  revue  flamande 
Biekorf  (1908)  ;  le  vif  débat  qui  eut  lieu  entre  MM.  Kurth  et  Gobert 
à  propos  de  Merchoul  et  Legia  ('■)  ;  l'article  du  chanoine  Roland 
sur  Astanetum  (8)  ;  celui  de  M.  A.  Vincent  sur  Willerieken  et  su 
légende  (')  ;  celui  de  M.  Lucieu  Roger  sur  la  toponymie  du  pays 
Gaumet  et  spécialement  de  Jamoigne  (10)  ;  telles  sont  les  traces  les 
plus  récentes  des  préoccupations  linguistiques  appliquées  aux 
noms  de  lieux.  Il  faudrait  étendre  de  beaucoup  cette  liste  si  l'on 
voulait  citer  les  travaux  historiques  à  base  toponymique  comme 
les  Origines  de  la  ville  de  Liège,  de  M.  Kurth  (n),  contre  lesquelles 
M.  J.  Schrciber  vient  récemment  de  rompre  sa  lance  (12)  ;  les  études 
de  D.  Jonckheere  sur  YOrigine  du  nom  de  Flandre  (13),  et  de 
Vanderkindere  sur  les  Origines  de  la  population  flamande  (u).  le 
Majeroux  de  M.  Kurth  (15),  des  articles  de  M.  Victor  Tourneur 
sur  la  mythologie  ou  l'archéologie  gauloise  dont  la  toponymie  n'est 
pas  exclue  (l6). 


(l)   Dans  Annales  de  la  Soc.  d'arch.  de  Bruxelles,  1894,  t.  VIII,  2'  liv. 

(-)   Daus  Annales  du  Cercle  arch.  de  Mons,  t.  XXIX,  1899. 

(3)  Dans  Annuaire-Bulletin  pour  le  progrès  des  études  philologiques  et  histo- 
riques, 1899  et  1904. 

(')  Dans  Bull,  de  la  Soc.  verviétoise  d'arch.  et  d'hist.,  t.  Y,  1904  ;  reproduit 
ci-après  dans  ce  volume. 

(5)  Dans  Leodium,  1907. 

(6)  Leodium,  1908,  1909- 

(7)  GOBERT,  sur  Merchoul  dans  Bull,  de  l'Institut  archéologique  liégeois, 
t.  XXXV,  189k.  —  Kurth,  La  Legia,  avec  appendice  relatif  à  Merchoul,  même 
Bulletin,  t.  XXXVII.  —  GOBERT,  Merchoul  et  Matricula.   1907. 

(8)  Dans  Mélanges  Kurth,  t.  II,  289-293. 

(9)  Dans  Revue  de  l'Université  de  Bruxelles,  juin-juillet  1910. 

(10)  Dans  Annales  de  l'Institut  arch.  du  Luxembourg,  t.  XLV,   1910. 

(»)  Dans  Bull,  de  la  Soc.  d'art  et  d'histoire  du  Diocèse  de  Liège,  t.  II,  [882. 

(12)  Dans  le  Bull,  de  la  Soc.  scient,  et  lilt.  du  Limbourg,  t.  XXVI.  1908. 
pp.  19-67. 

(13)  Dans  Revue  catholique,  1 882-83. 

(u)   Dans  Bull,  de  l'Acad.  roy.  de  Belgique,  i885. 

(15)  Daus  Annales  de  l'Institut  arch.  du  Luxembourg,  t.  XVII. 

(16j  Dans  le  Musée  belge. 


-    II/5    - 


\vec  de  la  patience  ël  de  la  concordance  dans  les  efforts,  on 
peut  arriver  à  recueillir  les  désignations  de  tout  genre  des 
cadastres  aiïcien  et  actuel.  Mais,  pour  faire  le  triage  et  tenter 
l'explication  de  ce  qui  mérite  l'attention  du  linguiste  dans  cette 
masse  énorme  el  superfétatoire,  il  faut  autre  chose  que  de  la 
patience.  En  eeci,  le  toponymiste  belge  ne  saurait  faire  oeuvre 
scientifique  sans  se  tenir  au  courant  des  meilleures  publications 
étrangères  qui  présentent  un  intérêt  général.  Les  conclusions 
trop  radicales  d'Arnold  dans  l'application  de  la  toponymie  à 
l'ethnographie  sont  battues  en  brèche  depuis  1890.  Arnold  a 
ouvert  le  champ  à  l'appréciation  scientifique  des  noms  de  lieux, 
mais  dans  le  détail  ses  théories  sont  à  reviser.  Elans  YYitte  ('), 
Adolf  Schieber  (2),  Georg  Heeger  (3),  Franz  Cramer  (*)  ont 
repiis  l'une  ou  l'autre  question  et,  par  des  comparaisons  méticu- 
leuses, ont  réduit  les  affirmations  aventureuses,  mais  fécondes, 
d'Arnold. 

Nous  aurions  pu  allonger  cette  liste,  mais  la  liste  des  ouvrages 
ne  donne  pas  la  manière  de  s'en  servir.  On  ne  saurait  trop  répéter 
que  la  toponymie  est  une  partie  de  la  linguistique,  la  plus  difficile 
à  exploiter,  la  plus  ingrate  et  la  plus  décevante.  On  pourrait  dire 
encore  à  ceux  qui  désirent  s'y  aventurer  que,  dans  l'état  actuel, 
où  tant  de  grandes  hypothèses  ont  été  lancées,  la  science  a  sur- 
tout besoin  de  travaux  critiques  partiels,  de  démonstrations 
patientes,  qui  aient  pour  résultat  de  ruiner  définitivement  celles 
des  grandes  synthèses  prématurées  qui  encombrent  et  illu- 
sionnent. Prenons  un  exemple  relatif  à  notre  pays.  Vous  savez 
quelle  importance  M.  d'Arbois  de  Jubainville  donne  aux  Ligures, 
dont  il  fait  les  prédécesseurs  des  Gaulois  dans  une  grande  partie 
de  la  Gaule.  On  attribue  aux  Ligures  les  noms  de  suffixe  -asco, 
-osco,  -usco,  le  thème  aliso.  Or,  on  prétend  signaler  leur  habitation 
en  Belgique  par  un  Stabelasco  de  69,3  (Stavelot),  par  un  Geningha 
Thriusca  (Drieseh  sous  Waereghem,  Flandre  occ),  par  le  nom  du 


(')  D'abord  dans  Jahrbuch  der  Gesellschaft  fur  lothringische  Geschichte, 
iS|)o.  p.  278;  puis  dans  Cher  Deutsche  niul  Keltoromanen  in  Lothringen, 
Strasburg,  Trubner,  itt<ji  (-îngen,  -weiler). 

(2)  Dans  la  même  revue  lorraine,  t.  XII,  1900  (-îngen,  -heim)\  t.  XIV. 
i!>"'-^  1»-  U9- 

(3)  Die  germanische  Besiedlung  der  Vorderpfalz  an  der  //.nid  der  Ortsna- 
iiii-n.  Programme  du  gymnase  de  Landau,  [900. 

Die   Ortsnamen  auf-weiler   im   Aachener  Bezirk.   dans    Zeitachrift  des 
Aachener  Geschichtsoereins,  t.  XXIX.  190-. 


-   n5  — 

Condroz  :  Condruscus  pagus  (l).  Ces  formes  isolées  sont-elles  de 
mauvaises  lectures  ou  non?  Les  mots  de  terminaison  -sco  sont-ils 
nécessairement  assignables  aux  Ligures?  Des  études  critiques  de 
ce  genre,  sur  des  points  bien  délimités,  peuvent  rendre  les  plus 
grands  services.  Signalons  comme  des  modèles  à  suivre,  en  ce 
sens,  les  études  d'Antoine  Thomas  sur  la  formation  du  nom  du 
pays  de  Comenge,  sur  les  noms  de  rivières  en  -ain,  sur  le  «  plomb  n 
du  Cantal,  sur  la  formation  du  nom  de  la  ville  (F Arles,  sur  aise  et 
aisance  (*),  les  Notes  critiques  .sur  la  toponymie  gauloise  et  gallo- 
romaine  (3).  Le  Manuel  de  Vantiquité  celtique  de  G.  Dottin  (4) 
est  aussi  un  livre  de  science  prudente  qui  n'égarera  pas  les 
travailleurs. 

Mais  aux  toponymistes  il  ne  faut  pas  seulement  des  livres  de 
linguistique:  il  faut  des  recueils  comme  ceux  de  Forstemann,  de 
Holder,  et  surtout  des  cartulaires  bien  faits,  comme  ceux  de 
Saint-Hubert  (Kurtli),  de  Stauelot-Malmedy  (Roland  et  Halkin), 
comme  le  Cantatorium  de  Saint-Hubert  (Hanquet),  pour  ne  citer 
que  des  textes  relatifs  à  notre  région,  où  les  auteurs  ont  dépensé 
des  trésors  de  sagacité  et  d'érudition  pour  identifier  et  expliquer 
les  noms  propres  de  leurs  textes.  Peut  être  serait-il  désirable 
qu'un  recueil  critique  général  d'onomastique  et  de  toponymie 
belge  fournît  à  pied  d'œuvre  aux  historiens  et  aux  linguistes  les 
matériaux  de  cette  nature  disséminés  dans  une  foule  de  publica- 
tions, au  moins  depuis  les  auteurs  anciens  jusqu'à  l'époque  où 
commencent  nos  archives. 

XIV. 

Les  origines  et  la  signification  des  noms  propres  de  personnes, 
spécialement  en  pays  wallon  (5). 

On  étonne  beaucoup  les  gens  simples  quand  on  leur  dit  (pie  les 
noms  propres,  noms  de  lieux  et  de  personnes,  ont  à  l'origine  un 
sens,  tout  comme  les  noms   communs   et  les  noms  qualificatifs. 


(')  ZANÀRDELLI,    Toponymie  fluviale,  cité  dans  Raoul  de  FÉLICE,  Les  noms 
de  nos  rivières.  Paris,  H.  Champion,  i!)07,  p.  ôa. 

(2)  Recueillies  dans  les  Essais  de  philologie  française,  Paris,  Bouillon,  1898. 

(3)  Dans  Nouveaux  essais  de  philologie  française,  Paris,   Bouillon,    i<)o~>, 
pp.  34-62. 

(*)   Paris,  H.  Champion,  1906. 

{*)  Conférence  faite  à  la  Société  verviétoise  d'archéologie  et  d'histoire,  et 
insérée  dans  la  Chronique  de  cette  société,  u"  5  (juin-juillet  1906),  p.  77"93- 


—  n6  — 

Actuellement,  en  effet,  ils  servent  à  distinguer,  comme  une 
étiquette,  un  endroit  d'un  autre,  un  individu  d'un  autre,  sans 
indiquer  de  qualification  particulière.  Parmi  les  noms  de  per 
sonnes,  ceux  mêmes  qui  ont  conservé  un  sens  visible  ne  désignent 
pas  l'objet  en  raison  de  la  qualité  indiquée.  Leblond  peut  être  le 
nom  d'une  femme,  comme  d'un  homme,  et  ne  désigne  pas  néces- 
sairement un  blond.  De  même  il  y  a  des  noires  qu'on  appelle 
Blanche,  des  évaporées  qu'on  appelle  Sophie,  des  gens  détestables 
([u'on  appelle  Désiré. 

Il  faut  distinguer  dans  un  nom  :  i°  l'objet  qu'il  désigne  ou 
signifie;  2°  la  qualité  à  l'aide  de  laquelle  ce  nom  est  signe  de 
l'objet,  signifie  cet  objet.  Stuart-Mill  (Cf.  Logique  t.  I)  dirait,  à 
l'imitation  des  anciens  logiciens,  que  le  nom  dénote  un  objet  et 
connole  une  qualité.  C'est  par  la  connotation  (pie  la  dénotation 
est  rendue  possible.  Par  exemple  le  mot  bluct  signifie  ou  dénote 
telle  fleur,  telle  plante  dont  la  flore  énumère  tous  les  attributs;  ce 
mot  ne  désigne  cependant  cette  plante  qu'en  énonçant  ou  conno 
tant  une  seule  qualité  de  la  fleur,  sa  couleur.  De  même  sanglier  a 
été  adjectif,  il  signifie  solitaire,  et  le  wallon  dit  encore  on  pourcê 
single.  C'est  cette  habitude  de  vivre  isolé  qui  a  servi  à  l'origine  à 
dénommer  le  porc  des  bois.  C'est  uniquement  la  couleur  de  la 
fleur  qui  a  servi  à  l'origine  à  dénommer  le  bluet.  Nous  disons  à 
l'origine,  car  bien  des  gens  se  servent  aujourd'hui  du  mot  sans 
penser  à  la  couleur  bleue.  Il  en  est  ainsi  de  la  plupart  des  noms 
communs,  et  l'oubli  du  sens  est  si  bien  la  régie  chez  un  peuple  que 
l'étude  de  la  langue  est  en  partie  l'étude  des  qualifications  oubliées 
cpie  renferment  les  noms.  Apprendre  le  sens  de  âme,  esprit,  frag- 
ment, trait,  fait,  livre,  ville,  c'est  apprendre  beaucoup  d'histoire  et 
même  de  philosophie,  mais  c'est  avant  tout  apprendre  la  valeur 
exacte  des  mots. 

Les  philosophes  qui  ont  le  génie  mathématique  ou  qui  raisonnent 
sur  les  abstractions,  comme  Auguste  Comte,  se  réjouissent  de 
cette  perte  du  sens  connotatif,  en  raison  de  ce  qu'ils  y  trouvent 
de  fugitif  et  de  fortuit.  Ils  craignent  de  voir  le  sens  attributif 
ancien  projeter  son  ombre  sur  la  signification  objective  moderne. 
C'est  que  ces  messieurs  ne  font  pas  l'histoire  des  idées,  sans  quoi 
ils  sauraient  que  l'histoire  des  idées  est  inscrite  dans  les  mots. 

Au  reste,  l'oblitération  du  sens  attributif  des  noms  peut  avoir 
ses  avantages  comme  elle  a  ses  désavantages  :  ce  n'est  pas  ici 
le  lieu  de  traiter  cette  question.  Nous  voulons  nous  borner  à 
constater  qu'il  y  a  deux  choses  que  l'on  confond  d'ordinaire  sous 


I  I 


lion  ou  sens  d'un  nom,  qu'une  seule  i 
bien  «rivante      l'ap  >n   à  an   objel  |  que 

l'autre  disparaît  pen  à  ; 

PI  ifi  nom  commun,  le  nom  propre  se  vide        -      -  conno- 

tatif  initial.  ■  -  l'une  autre    - 

Qom  de  pers  pase  l'autre;  la  qualité  que  le 

nom  était  de*  chez  le  nouveau  pos 

-.•m- du  nom.  A       -  tout  Muet  reste  bleu,      -       scendants 

Lelongg  pew  -  sRousseaux  tourner  au  noir. 

La.  quai  ste,  il  se  transmet   indéfiniment, 

simpl        _  spourvo 

Il   est  pourtant   in1  îhercher  l'orighn 

propres.    Leur  immense  variété  vous  intrigue.  Puis  on  se  doute 
bien  qu'il  y  a  un  grand  ensehj  ut  à   tirer  de  l'étude  des  cir- 

constances multiples  entourai 

D'abord  <]  ■  -  L'un  nom  propre,  individuel?  Le 

prennent-ils  eux-mêmes  ou  le  leur  in.      -  -  Qui  aurait  qualité 

pour  se  donn<  voir,  imposer  un  nom?  Pourquoi,  ou.  quand, 

a  quelle  occasion  se  fail  éation  de  noi 

Pois  vient  l'étude  «lu  nom  propre  en  lui-même.  Quelles  qualités 
exprime-t-il  les  ?    La   linguistique   peut- 

elle  arriver  à  retrouver   l'id  sentiment  qui   a  présidé  à  la 

g  nation  ? 

Enfin,   limitant  le  problème  au  domaine  roman  et  particuli 
lut-ut  wallon,  il  y  a  lieu  aguer  divei  ses  es  de  noms 

propres,  de  -uivant   leurs  origin< 

fournir  chemin  faisant  de  nombreux  exemph 

I.  —  L  -   communs  sonl   .  -         5pécifiqn< 

-  les  individus  d'une     -  -         pas  d'un  nom  indivi- 

duel, leur  appartenant  en  propre.  Tel  chêne  vénéré  a  rer;u  un  nom 
ju'on  lui  prêtait,  tous  1  •■-  S  n'ont  point 

reçu  un  culte  et  un  nom.  Les  petites  lonnent  des  noms 

-  laboureurs  3  boeufs,  les  chasseurs  a  leurs 

chiens,  les  cochers  à  leur.-.  situation  particu- 

le rapport-  plus  intimes  avec  l'homme  qui  ont  prov< 
ippellations  individuelles.  A  plus  raison  les  lieux,  les 

tribus    et    les    hommes    ont-ils  •    de    bonne    heure    des    noms 

distinctifs.  Ces  non.-  >nt  chez  les  peuplades  sauvages.  A  la 

vérité,  ils  ne  peuvenl  nporaii- 

tations  du  langage.  Les  interjections  nomatopi  mots 

si  mal  dénommé-  pronom-,  c'est-à-dire  le  démonstratifs  et 


—   nS 

adverbes  pronominaux,  bon  nombre  de  noms  tour  à  tour  qualifi- 
catifs el  verbes  ont  dû  exister  avant  les  noms  propres,  puisque 
ceux-ei  sont  à  l'origine  des  noms  qualificatifs.  Néanmoins  l'in- 
vention du  nom  individuel  remonte  bien  au  delà  des  temps  histo- 
riques. 

Un  individu  prend  rarement  lui-même  un  nom.  Ce  nom  lui  vient 
d'autrùi,  étant  (oui  d'abord  un  pur  moyen  pratique  de  distinguer 
dans  le  discours  une  personne  d'une  autre  personne.  L'usage  de 
donner  un  nom  officiel  à  l'entant,  à  sa  naissance,  est  une  systéma- 
tisation (pie  la  raison  nous  dit  bien  postérieure,  pour  laquelle  il 
faut  une  sorte  de  baptême,  une  cérémonie  de  la  naissance,  une 
inscription  obligatoire.  Les  autres  noms  sont  des  sobriquets 
donnés  par  les  parents,  les  voisins,  amis  ou  ennemis.  Le  même 
individu  peut  évidemment  en  recevoir  plusieurs.  Il  les  reçoit  en 
fait,  sans  les  accepter,  sans  leur  donner  valeur  officielle.  Lui- 
même  se  dénomme  d'un  de  ces  noms  ou  d'un  nom  qu'il  se  fabrique, 
mais  ce  dernier  cas  doit  être  rare.  Comment  vous  nommez-vous'! 
et  comment  vous  appelle-t-oni  sont  donc  deux  questions  fort 
différentes. 

Aujourd'hui,  à  l'état-civil,  chaque  personne  a  un  nom  de  famille, 
un  nom  individuel  souvent  composé  d'une  kyrielle  de  prénoms. 
L'identité,  la  distinction  de  tout  autre  individu  est  assurée  par 
l'adjonction  de  qualifications  de  lieu  d'origine,  de  date  d'origine, 
de  profession. 

Dans  la  vie  courante  sociale,  chacun  est  désigné  au  moins  par 
deux  noms;  dans  la  vie  de  famille,  le  cercle  étant  plus  restreint 
et  les  confusions  moins  possibles,  un  seul  nom  suffit,  celui  qui 
différencie  un  membre  de  l'autre,  le  prénom.  De  môme  autrefois, 
chez,  les  Grecs,  le  nom  individuel  était  suivi  du  nom  du  père  et 
du  nom  du  dème  ou  bourg  d'où  l'on  était  originaire.  Mais  dans 
la  vie  ordinaire  le  nom  individuel  suffisait.  Il  n'y  avait  point 
de  nom  de  famille  transmissible  de  génération  en  génération. 
Chez  les  Romains,  au  contraire,  les  gentes  patriciennes  avaient 
un  nom,  dont  elles  étaient  fières,  nous  en  reparlerons  tantôt,  — 
de  sorte  (pie  le  nom  gentilice,  précédé  du  praenomen,  souvent 
suivi  du  cognonem  indiquant  telle  branche  de  la  famille,  formait 
lf  nom  officiel  d'un  Romain  de  race.  Dans  l'intimité  seulement, 
If  terrible  citoyen  répondant  en  public  aux  noms  de  Titus  Annius 
Milo,  se  contentait  d'être  Annius  ou  Milo  ou  Titus  tout  court. 

Les  personnages  gaulois  cités  par  César  n'ont  qu'un  seul  nom. 
On   ne   voit  pas   qu'il   en   soit   des   Germains   autrement  que  des 


-   rig    - 

Celtes.  Cependant  pareille  indétermination  me  semble  impro- 
bable. Officiellement  le  nom  individuel  devait  être  renforcé  par- 
tout du  nom  du  père  et  du  nom  de  la  tribu.  Attila  est  de  la  famille 
des  Baltes,  Hamilcar  de  la  famille  Barca. 

En  effet,  donner  des  noms,  c'est  l'aire  de  la  classification.  Les 
noms  n'étant  pas  en  nombre  infini,  une  fois  que  les  générations  se 
sont  multiplie..-,  il  y  a  plus  d'individus  que  de  noms  différents.  Il  y 
a  nécessairement  des  personnes  qui  portent  le  même  nom.  Pour- 
tant, dans  les  relations  réciproques,  il  faut  éviter  des  confusions 
possibles.  Je  ne  vois  pas  d'autre  moyen  que  le  moyen  usité  en 
zoologie  ou  en  botanique.  La  juxtaposition  de  deux  ou  trois 
noms  enlève  seule  toute  équivoque.  On  peut  ne  considérer  comme 
nom  propre  que  le  nom  individuel,  mais  les  autres  cependant, 
noms  patronymiques  ou  gentilices,  noms  de  tribus  et  de  terres, 
noms  de  qualité,  de  profession,  de  résidence,  tendent  au  même 
but,  qui  est  de  classer,  de  différencier  sans  cesse. 

II.  —  Il  est  temps  d'étudier  le  nom  propre  en  lui-même  pour 
savoir  ce  qu'il  signifie  et  quelles  sont  les  liabitudes  diverses  des 
nations  à  ce  sujet. 

Chez  les  Hindous,  les  Grecs,  les  Celtes,  les  Germains,  les  noms 
sont  en  général  poétiques,  longs,  harmonieux.  Les  poèmes  de 
l'Inde  nous  offrent  des  noms  comme  Brahmadatta  (donné  par 
Brahma),  correspondant  des  Diodotos  et  des  Théodotos  du  grec  ; 
comme  Yadjnadattn  (donné  au  sacrifice),  correspondant  du  grec 
hagiodotos  ;  comme  Sâvitrî  (la  créatrice).  Les  Grecs  portent 
volontiers  des  noms  tirés  du  nom  d'un  dieu,  ou  exprimant  quelque 
chose  de  noble  et  d'élevé,  parlant  des  aspirations  de  la  jeunesse, 
de  vaillance,  d'habileté  à  manier  les  armes  et  les  chevaux,  d'in- 
fluence politique.  On  connaît  assez,  par  l'histoire  ou  la  littérature, 
les  noms  de  Diodôros  (don  de  Zens),  Diogenês  (né  de  Zeus),  Apol- 
lodôros  (don  d'Apollon),  Athênadôros  don  d'Athêna,  la  Minerve 
grecque),  Apollônios  (fils  d'Apollon),  Dêmêtrios  (fils  de  Dèmêter, 
Cérès),  Themistoclês  (gloire  de  la  justice),  Héraclès  (gloire  de 
Hèra,  Junon).  Ou  bien  on  s'appelle  Timothée  (qui  honore  Dieu), 
Philothée  (qui  aime  Dieu),  ou,  moins  religieusement,  Alciphrôn 
(cœur  de  cerf),  Damnippe  (dompte-chevaux),  Arisie  (excellent), 
Aristobule  (bon  conseiller).  Les  femmes  s'appellent  Iphigénie, 
Eugénie  (bien  née),  Iphianasse  (fortement  reine),  Aspasie  (bien- 
venue), Mélanie  (la  noire),  Thérèse  (la  tendre),  Arsène  (la  mâle), 
Glycère  (la  douce). 

Les  Grecs  concevaient  leurs  dieux  comme  bienfaisants  et  pro- 


—    120    — 

tecteurs  ;  peuple  gai,  optimiste,  heureux  de  vivre,  aimant  la 
nature  et  la  divinisant.  Les  Romains,  eux,  craignent  leurs  dieux, 
qu'ils  imaginenl  colères  et  méchants.  Ils  ne  pouvaient  doue  songer 
à  donner  a  leurs  enfants  les  noms  de  ces  dieux  redoutés,  qui 
seraient  des  noms  de  sujétion,  de  défiance,  de  crainte.  Nous 
n'appelons  pas  nos  enfants  Satan,  ni  Démon,  ni  don  du  diable,  ni 
tison  d'enfer  :  nous  réservons  ces  termes  pour  l'exécration  de  nos 
ennemis.  Les  noms  de  personnes  chez  les  Romains  ont  donc  un 
autre  caractère.  L'esprit  pratique  et  prosaïque  du  Romain  de 
vieille  roche,  avant  l'influence  grecque,  s'y  reflète  étonnamment. 

D'abord  le  père  de  famille  romain  a  plaisir  à  désigne]-  mathé- 
matiquement par  des  noms  ordinaux  :  Quintus  (mon  numéro 
cinq  !),  Sextu.s  (sixième),  Septimus  (septième),  Oelavus  (huitième), 
Decimus  (dixième),  Secundus  (le  puîné).  Et  ces  mêmes  noms  indi- 
viduels sont  devenus  noms  de  familles  (noms  de  gens  ou  genti- 
lices)  par  le  suffixe  -ius  :  Sextius,  Septimius,  Octauius,  Nonius, 
Decius. 

En  second  lieu,  le  Romain,  en  cela  comparable  au  wallon,  aime 
à  remarquer  les  défauts  physiques  ou  les  imperfections  morales,  à 
traduire  en  sobriquets  son  observation  des  tics,  des  attitudes,  de 
la  démarche,  de  la  couleur  des  cheveux,  de  la  forme  de  certains 
organes.  De  là,  les  noms  de  Albus  (blanc),  Ru  fus  (roux»,  Rufw 
(gros  roux),  Plancus  (pieds  larges),  Plot  us  et  Pedo  (pieds  plats), 
Varus,  Varo  et  Valgius  (cagneux),  Claudius  (boiteux),  Flaccus 
(qui  vacille),  Sulla  (petits  mollets,  de  sur'la  diminutif  de  sura, 
mollet),  Capito  (grosse  tête),  Fronto  (grand  front),  Mento  (gros 
menton),  Naso  (gros  nez),  Stilo  (goutte  au  nez,  morveux),  Labeo 
(grosse  lèvre),  Rucco  (grosse  bouche),  Rarbo  (grande  barbe), 
Dentio  (dents  longues)  Ralbus  (bègue),  Turpio  (laid),  Lurco  (glou 
ton),  Strabo  (louche),  P>œtus  (qui  cligne  des  yeux),  Cal  vus 
(chauve),  Glabrio  (glabre,  chauve),  Crispus  (crépu),  Crassus  (gros), 
Dorso  (gros  dos,  bossu),  Tubero  (bossu),  .S7o/o  (grosse  bête), 
Naevius  (qui  a  des  naevi,  taches  de  naissance  ou  grains  de  beauté). 
De  ces  noms  individuels  naissaient  ensuite  des  noms  de  familles  : 
les  Albii,  les  Rnfii.  les  Rutilii,  les  Livii,  les  Caesii,  les  Fulvii,  les 
Nigidii,   les  Claudii. 

Voici  une  troisième  espèce  de  noms,  pour  laquelle  deux  expli- 
cations   sont    possibles.   D'après  les  philologues  classiques  (')  ils 


(')  C'est   l'explication   de   F.  <>.  Weise,  Les  caractères  de  la   langue  lutine, 
trad.  de  l'allemand  par  F.  Antoine  ;  Paris,  Klincksieck,  1896. 


—    121    — 

reflètent  l'amour  des  Romains  pour  la  vie  rustique,  l'agriculture 
et  l'élevage.  Fabius  serait  l'homme  qui  cultive  spécialement  les 
fèves  (faba),  Lentiilus  serait  l'homme  aux  lentilles  (lens),  Piso 
l'homme  aux  pois,  (licero  l'homme  aux  pois  chiches,  Caepio 
l'homme  aux  oignons.  Il  y  a  des  Taurus,  des  Asellio,  des  Bubul- 
cus.  Le  temporiseur  Quintus  Fabius  Maximus  fut  surnommé  Ooi- 
cula  (petite  brebis),  sans  doute  à  cause  de  sa  douceur.  L'élevage  de 
tel  ou  tel  animal  en  quantité  ou  de  préférence  à  d'autres  espèces 
aurait  donné  naissance  aux  familles  des  Porcii,  des  Asinii,  des 
Vitellii  (oituliis,  vitellus,  veau),  des  Ovidii  (puis,  brebis),  des  Canii 
et   Canidii  (canis,  chien,),  des  Caprarii  (capra,  chèvre). 

À  cette  explication,  des  folkloristes  et  mythologues  modernes  (') 
substituent  celle-ci  :  les  Fabii,  les  Porcii,  les  Asinii,  etc.  sont  de 
vieux  clans  romains  qui  avaient  pour  totem  la  fève,  le  pore,  l'âne, 
etc.,  et  qui  ont  pris,  comme  il  est  de  règle,  le  nom  de  leur  totem. 
Le  tabou  ou  sanctification  de  la  fève  est  en  effet  bien  antérieur 
aux  doctrines  pythagoriciennes.  On  le  retrouve  chez  les  Orphiques, 
en  Egypte,  en  Italie.  A  Rome  même,  le  flamen  dialis  ne  devait  ni 
manger  ni  même  nommer  une  fève.  Cette  explication,  plausible 
pour  les  noms  de  clans  (gentes),  n'est  pas  d'ailleurs  applicable  à 
des  surnoms  individuels  comme  Ovicala  (brebis),  Lentiilus 
(lentille),  Caepio  (oignon),  Anser  (oie),  Gallus  (coq),  qu'il  est  plus 
prudent  d'interpréter  comme  des  sobriquets  moqueurs. 

Chez  les  Celtes,  les  noms  sont  d'ordinaire  composés  de  deux 
ternies.  Le  déterminant  précède  le  déterminé,  comme  en  grec  et 
en  germain.  Les  noms  expriment  soit  une  filiation  divine,  soit  un 
rapport  totémique,  soit  quelque  particularité  physique  ou  morale, 
notamment  la  valeur  guerrière.  A  la  première  catégorie  appartien- 
nent, par  exemple,  Esugenos,  fils  du  dieu  Esus,  Camulogenos,  fils 
de  Camulus,  Divogenos,  fils  de  Dieu  ;  Divogena,  fille  de  Dieu  ; 
Esunertos,  force  d'Esus.  L'affiliation  totémique  se  laisse  devi- 
ner (2)  dans  Artigenos  et  Malugenos,  fils  de  l'ours  :  Urogenos, 
fils  de  l'unis  ;  *Brannogenos,  fils  du  corbeau  ;  Boduognatos,  fils 
de  la  corneille  ;  *  Vidage  nos,  fils  de  l'arbre  ;  *Vernogenos,  fils  de 
l'aune.  On  trouve  des  qualités,  mais  sans  intention  satirique,  dans 
Nertomaros,  grand  par  la  force  ;  Dagodubnos,  profond  par  la 
bonté  ;  Dubnotalos,  front  profond  ;  Dubnorix  ou  Dumnorix,  roi 


(')   Sai.omox  Reixacii.  Cultes,  mythes  et  religions.  I,  4(J-4~- 
(2)  Quant  au  totémisme  des  anciens  Celtes,  cf.  SALOMON  ReïNACH,  Cultes. 
mythes  et  religions,  I,  3o-"8. 


—    122    — 

ilu  profond  (du  monde)  ;  dans  les  noms  guerriers  Catugnatos,  né 
pour  le  combat  ;  Catnmaros,  grand  dans  le  combat  ;  Caturix, 
roi  du  combat  ;  Albiorix,  roi  du  inonde  ;  Çingetorix,  roi  des 
guerriers  ;    Vercingetorix,  roi  des  grands  guerriers  ;  Orgetorix, 

roi  des  tueurs  ;  Eporedorix,   roi  des  cavaliers  (sur  ehar)('). 

Chez  les  Germains  aussi,  les  noms  de  personnes  ont  quelque 
chose  d'héroïque  el  de  fort.  La  guerre  y  tient  la  première  place. 
Au  lieu  d'ailleurs  d'en  parler  d'une  façon  théorique,  il  vaudra 
mieux  de  vous  montrer  des  échantillons  de  ces  racines  adjeetives 
qui  entrent  dans  la  composition  des  noms  germaniques  et  d'ana- 
l\  ser  quelques-uns  de  ces  noms.  Adal  qu'on  retrouve  dans  Adalbert, 
signifie  noble  ;  bald,  qu'on  retrouve  dans  Baudouin,  signifie 
hardi  :  berht  de  Bertrand  =  brillant  ;  daghe  de  Dagobert  =  épée  ; 
et  de  même  citons  rapidement  eghe,  subtil  ;  frid,  paix  ;  gund, 
combat  ;  hard,  brave  ;  helm,  bouclier:  her,  guerrier  ;  hilpe,  secou- 
ruble  ;  hlode,  brillant  ;  hramn,  vigoureux  ;  hrode,  parleur  ou 
conseiller  ;  hug,  prévoyant  ;  karl,  robuste  ;  mund,  chel  ou  protec- 
teur ;  rad,  prompt  ;  rand,  bouclier  ;  rik,  /br<  ;  swind,  agile;  wite, 
sage. 

Voulez-vous  voir  ces  racines  en  composition  ?  Il  me  suffira  de 
vous  citer  quelques  noms  pris  au  hasard  dans  la  masse  énorme  de 
noms  mérovingiens  et  carolingiens  que  l'histoire  nous  a  trans- 
mis, et  dont  un  grand  nombre  vivent  encore  aujourd'hui,  trans- 
formes, il  est  vrai,  et  souvent  méconnaissables.  Clovis  s'appelait 
Hlodo-vech,  et  un  chroniqueur  ancien,  Ermold  le  Noir,  nous 
expliquera  lui-même  ce  nom  :  «  nempe  sonat  hluto  praecla- 
rum,  wigch  quoque  mars  est  ».  Mars  brillant,  c'est-à-dire 
guerrier  brillant,  voilà  ce  que  signifiait  il  y  a  quinze  siècles 
le  nom  qui  est  devenu  Louis  en  français,  Ludwig  en  allemand. 
Daghebert,  Dagobert  signifiait  brillant  par  iépée,  dague  existe 
encore  en  français  au  sens  de  épée.  Swindebald,  Zwentibold  est 
formé  de  deux  racines  qui  signifient  agile  et  hardi.  Merevig, 
Mérovée  =  éminent  guerrier;  Carlemann  =  homme  robuste; 
Adalbert  =  brillant  ]>ar  la  noblesse;  mais  Witekind  est  un  sage 
enfant  et  Godefroid  est  la  paix  de  Dieu.  Le  fameux  pharamund 
qu'on  a  longtemps  considéré  comme  le  premier  roi  des  Francs  esl 
un  nom   commun   signifiant  chef  de  clan.  Le  moderne  Bertrand 


I    <J.   DOTTIN,    Manuel  j>our    servir;)  l'étude   de  V  Antiquité   celtique.   Paris, 

II.  Champion,  i;)o<>,  pp.  83-g6. 


—    123    - 

peut  provenir  f1)  de  Berht-rand  :  brillant  bouclier,  ou  de  Berht- 
hraban  :  brillant  corbeau:  le  corbeau  (allemand  moderne  :  Rabe) 
était  l'oiseau  sacré  de  Wodan  ou  Odin,  et  le  nom  d'animal  ici 
invoqué  ne  procède  nullement  du  môme  esprit  satirique  qui  a  fait 
créer  le  latin  Cornus  ou  Corvinus. 

ITT.  —  Mais  il  est  temps  d'examiner  plus  en  détail  les  origines 
du  régime  des  noms  propres  existant  encore  chez  nous.  Il  date 
évidemment  du  moj-en  âge.  La  question  se  présente  assez  com- 
pliquée :  i°  en  raison  de  la  variété  des  populations  qui  s'implan- 
tèrent sur  le  territoire  de  la  Gaule;  2"  en  raison  des  diverses 
classes  de  la  population  que  la  hiérarchie  féodale  délimita  plus 
strictement  que  jamais. 

Avant  les  invasions  régnait  l'usage  romain  des  deux  noms  chez 
les  Gallo-romains  habiles  à  copier  la  coutume  des  vainqueurs; 
mais  les  Germains,  soit  Visigoths,  soit  Saliens,  soit  Ripuaires, 
soit  Alamans,  soit  Normands,  apportèrent  avec  eux  une  énorme 
quantité  de  noms,  qui  furent  bientôt  à  la  mode  parmi  les  descen- 
dants des  vaincus.  Tl  faut  dire  que  les  vainqueurs  adoptèrent 
aussi  des  noms  gallo-romains,  en  sorte  que  le  nom  n'est  pas  du 
tout  un  sur  indicateur  de  la  race.  Cet  état  dura  jusqu'au  moment 
où  le  régime  féodal  de  la  possession  territoriale  fut  bien  établi. 

Au  xie  siècle,  les  propriétaires  de  fiefs  se  mirent  à  bâtir  des 
forteresses,  à  joindre  à  leur  nom  personnel  un  surnom  tiré  de 
leur  terre.  Chez  les  Romains,  le  possesseur  imposait  son  nom  à  la 
terre;  dans  le  système  féodal,  c'est  la  terre  qui  impose  son  nom 
au  seigneur. 

Donc,  avant  cette  époque  le  nom  était  personnelle  nom  de 
famille  ou  n'existait  pas  ou  se  formait  peu  à  peu  par  la  transmis- 
sion du  nom  personnel  aux  descendants.  Au  xne  siècle  le  seigneur 
a  un  nom,  le  nom  de  son  baptême,  plus  un  surnom  qui  est  le  nom 
de  son  fief.  A  mesure  que  le  nom  du  fief  deviendra  plus  stable,  il 
passera  de  l'état  de  surnom  à  celui  de  nom  de  famille,  et,  corré- 
lativement, le  nom  individuel  ou  de  baptême  passera  au  rang  de 
prénom.  Maintenant  encore,  en  wallon,  le  nom  de  famille  s'appelle 
sorno,  témoin  de  l'ancienne  coutume. 

Mais  avant  que  le  nom  de  terre  pût  acquérir  assez  de  stabilité 
pour  être  le  nom  distinctif  de  la  famille,  le  régime  féodal  devait 


(•)  Remarque  faite  par  M.  Schweisthal,  Une  loi  phonétique  de  lu  langue 
des  Francs  Saliens,  p.  120.  —  Dans  le  t.  XLIII  des  Mémoires  COURONNÉS  ET 
autres  mémoires  p.  p.  l'Académie  roy.  de  Belgique;  Collection  in-8°,  1889. 


—    124   — 

évoluer.  D'abord  le  nom  de  terre  ne  peut  être  porté  que  par  l'en- 
fant qui  hérite  :  les  autres  enfants  n'ont  point  droit  à  ce  nom  et  il 
n'y  a  point  d'unité  de  nom  qui  soit  le  signe  de  l'identité  familiale. 
Ensuite,  une  terre  étant  perdue,  le  nom  en  était  perdu  pour  la 
famille  de  celui  qui  l'avait  possédée.  Enfin  quand  un  seigneur 
était  investi  d'un  fief  plus  important,  il  prenait  le  nom  de  ce  fief 
nouveau.  Dans  cette  première  période  le  nom  implique  une  rela- 
tion, il  est  réel,  il  procède  de  la  chose  possédée  {res);  il  passe, 
avec  la  terre,  d'un  propriétaire  à  l'autre,  (''est,  i°,  la  stabilité 
dans  la  transmission  des  biens  de  père  en  fils  et,  2°,  l'habitude  de 
désigner  une  famille  par  le  même  nom  durant  plusieurs  généra- 
tions qui  rendirent  les  noms  de  terres  personnels,  de  réels  qu'ils 
étaient  d'abord. 

Ce  que  nous  venons  de  dire  ne  concerne  que  les  nobles.  Mais  les 
autres,  les  bourgeois,  les  vilains,  les  serfs,  d'où  tirèrent-ils  leurs 
noms?  Du  nom  de  leur  père  ou  de  leur  mère;  ou  de  la  fonction 
qu'ils  remplissaient,  du  métier  manuel  qu'ils  exerçaient;  de  la 
ferme  qu'ils  exploitaient;  de  la  province,  ville,  quartier  ou  localité 
d'où  ils  étaient  originaires; -de  l'enseigne  de  leur  boutique;  enfin 
de  quelque  particularité,  soit  morale,  soit  surtout  physique,  soit 
qualité,  soit  surtout  défaut.  Il  me  reste  à  vous  fournir  des 
exemples  nombreux  pour  ces  diverses  catégories  de  l'onomastique, 
en  les  puisant  de  préférence  dans  les  noms  usités  en  pays  wallon, 
et  à  donner,  chemin  faisant,  les  explications  désirables  sur  leur 
sens  (').  Nous  ne  nous  arrêterons  pas  à  ceux  qui  existent  encore 
comme  noms  communs,  à  moins  que  leur  origine  ne  soit  due  à 
quelque  particularité  difficile  à  deviner.  Nous  irons  de  préférence 
aux  noms  obscurs,  soit  qu'ils  aient  disparu  du  langage  courant, 
soit  qu'ils  proviennent  d'autres  régions  et  ne  soient  pas  connus 
ici  dans  leur  vraie  signification. 

Noms  provenant  de  fonctions  officielles  ou  de  dignités.  —  Bailly, 
Doyen,  (doyen  de  corporation  ou  de  métier),  Schepen  (flam.  de 
scabinus,  échevin),  Drossart,  Lemaire,  Commun  et  ses  variantes 
(chef  de  la  Keure  ou  commune  flamande),  Coster,  Coister,  Le- 
costre,  Lecuistre  (sacristain),  Lesuisse,  Lemoine,  Dam  seau,  Capi- 
taine, Gouverneur,  Prévôt,  Probst. 


(')  Les  lecteurs  qui  désireraient  plus  de  détails  et  des  listes  plus  copieuses, 
pourront  se  servir  du  livre  suivant  de  M.  Albin  Body,  où  nous  avons  beau- 
coup puisé  :  Étude  sur  les  noms  de  familles,  dans  le  Bulletin  de  la  Société 
liégeoise  de  Littérature  wallonne,  t.  17  (ou  2e  série  t.  IV).  1879. 


—    125    — 

Noms  provenant  de  fonctions  ou  de  dignités  passagères.  —  Les 
jeux  dramatiques,  les  jeux  de  l'oie,  de  l'arc,  de  l'arquebuse,  de 
l'arbalète,  très  en  honneur  chez  nos  ancêtres,  ont  été  une  source 
de  surnoms  :  Leroy  (celui  qui  a  remporté  le  prix  du  tir),  Lempe- 
reur,  De  KLeyser,  De  Koning,  Bischoff,  Riscop. 

Noms  provenant  de  professions.—  Chandelon  (fabricant  de  chan- 
delles); Corbisier  (cordonnier,  en  wallon  cwèb'hî);  Fabri,  Lefèvre, 
Lefebvre,  Lefeburc  (où  Vu  n'est  autre  qu'un  u  à  l'ancienne  mode); 
Feron,  Ferron,  Fairon  ;  Lecoq,  Lekeu,  Lequeu,  etc.  (cuisinier  ;  on 
dit  encore  maître-queux  sur  les  navires;  du  latin  coquus);  Lecre- 
nier  (wallon  scrinî);  Parmentier  (wallon  parmètî,  tailleur);  Cha- 
puis  (charpentier);  Cambier  (brasseur);  Manderlier  (vannier); 
Lemonnier  (wallon  li  mounî,  meunier);  Blavier  (marchand  de 
blé  ;  Foulon  (et  le  flamand  de  Volder);  Pasteger;  Tordeur  et 
Stordeur;  De  Cuyper  (flamand,  tonnelier)  ;  Textor  (nom  retraduit 
en  latin,  comme  Fabri  de  plus  haut,  tisserand);  Métivier  (mois- 
sonneur), Weissgerber(allem., tanneur  en  blanc), Serwy  (serrurier). 

Noms  provenant  de  lieux  autres  <jue  le  fief  seigneurial.  —  a)  Ce 
lieu  est  le  pays  ou  la  province  d'origine  :  Dallemagne,  Defrance, 
Deflandre,  Degueldre,  Dardenne,  Dartois. 

b)  Ce  même  nom  de  lieu  peut  être  sous  la  forme  adjective  : 
Lallemand,  Cambresier,  Baiwir  (bavarois),  Catalan,  Langlois  ou 
Langlais,  Westphal,  Lardinois. 

c)  Ne  pas  confondre  avec  ces  derniers  ceux  qui  indiquent  que 
le  sujet  a  fait  un  pèlerinage  à  Rome  ou  en  Espagne  :  Romain, 
Lespagnard,  Paignard. 

d)  Ce  lieu  est  une  ville  ou  localité  qui  n'a  jamais  été  fief  :  Davi- 
gnon,  Déliasse  (de  Hasselt,  en  liégeois  Has),  Deherve,  Degand, 
Detheux,  et,  sans  la  préposition  de  :  Namur,  Pepinster,  Laroche, 
Thimister,  Vervier,  Durbu  (de  Durbuy);  ou  sous  la  forme  adjec- 
tive :  Malmendier  (de  Malmedy),  Saint- Viteux  (de  Saint-Vith), 
Liégeois. 

e)  Ce  lieu  est  un  quartier,  une  rue,  un  endroit  particulier  de  la 
commune  :  Dethier,  Détienne  (tièr,  tienne,  tienne  =  tertre), 
Deruisseau,  Deru,  Dery,  Duruy,  Durieu,  Derouau,  Depré,  Dubois, 
Dumoulin,  Delvenne,  Detry  et  Detrixhe,  Delrue,  Dufour,  Del- 
waide,  Delheid,  Duvivier,  Delestang,  Dussart,  Dethiou  et  Dutil- 
leul,  Defawe,  Defresne,  Dechesne,  Delbrouck ,  Delbruyère , 
Delmotte,  Dumonceau,  Dewez,  Delbovier,  Dedoyard;  et,  sans  la 
préposition  de  :  Falise,  Noirfalise,  Lamotte 


—    126    — 

/*)  Noms  provenant  d'enseignes  :  Deloye  (de  l'oie),  Deposson, 
Dosoleil,  Delaigle,  Delelocke,  Leeoffre,  Deléstoile,  Létoile,  De- 
lancre,  Delcroix,  Delange. 

Il  résulte  de  la  classification  qui  précède  que  le  de  n'est  ni  un 
signe  ni  une  présomption  de  noblesse.  Cette  erreur  moderne  sur 
la  particule  est  un  bruit  que  les  particules  font  courir.  Bien 
des  familles  de  vieille  noblesse  n'ont  pas  et  n'ont  jamais  eu  le 
fameux  de.  Énumérons  donc  les  diverses  valeurs  de  cette  particule 
de  {del,  du,  des,  de)  : 

i)  de  indique  un  rapport  primitif  de  possession,  le  mot  suivant 
désignant  le  fief  possédé  jadis  :  Godefroid  de  Bouillon. 

2)  de  indique  le  lieu  d'origine,  de  naissance  ou  de  domicile,  la 
paroisse,  le  quartier,  la  rue,  voire  l'enseigne  de  la  maison.  C'est 
le  cas  le  plus  ordinaire,  soit  dit  sans  affliger  ceux  dont  le  nom 
commence  par  la  lettre  D.  Delbrouck  se  traduit  en  latin  par  a 
palude. 

3)  de  est  patronymique  :  il  introduit  le  nom  du  père  :  Charles 
de  Bernard  signifie  Charles  fils  de  Bernard  ;  De  Béranger 
signifie  fils  de  Béranger.  Les  registres  paroissiaux  étant  rédigés 
en  latin,  la  filiation  était  souvent  indiquée  en  mettant  le  nom  du 
père  au  génitif  :  c'est  l'origine  des  noms  en  i,  y,  is  :  Nicolaï, 
Frédérici,  Bernardy,  Huberty,  Laurenty  et  Laurency,  Lamberty 
Roberti,  Simonis.  Dans  notre  pays  se  rencontrent  aussi  pour 
marquer  la  filiation  les  noms  d'origine  germanique  en  son,  sen, 
kin,  ken,  les  noms  en  s  qui  sont  des  génitifs  germaniques.  Il 
serait  difficile  de  dire  si  Simons  est  une  abrévation  de  la  forme 
latine  Simonis  ou  un  génitif  germanique,  mais  Lorentz,  Lamberts, 
n'ont  rien  de  latin.  Disons  enfin,  pour  être  complet,  que  Vs  pourrait 
encore  parfois  être  Vs  de  l'ancien  nominatif  roman  :  Eudes, 
Hughes. 

4)  de,  dans  notre  pays,  peut  être  tout  simplement  l'article 
flamand  :  de  .long,  de  Cock,  de  Volder,  ce  qui  donne  parfois  lieu 
à  de  singulières  méprises  en  France.  C'est  par  fausse  étymologie 
aussi  que  le  wallon  prononce  dèdjon  le  nom  flamand  de  Jong  :  il 
n'y  a  point  de  jonc  dans  l'affaire. 

Noms  provenant  de  sobriquets  :  i)  un  adjectif  est  accolé  au  nom 
individuel  :  Petitjean,  Grandjeàn,  Grosjean,  Bonjean,  Petitsimon, 
Grospierre,  Grandcolas,  Langclaes. 

2)  le  nom  est  formé  d'un  adjectif,  précédé  ou  non  de  l'article  : 
Legrand,  Legay,    Léveillé,   Lefrane,   Legentil,   Lelong,   Lepetit, 


—  127  — 

Leroux,  Lenoir,  Lequarré,  Lebeau,  Lebon,  Ledoux,  Lelarge, 
Hardy,  Moray,  Neuray,  Doucet,  Rousseau. 

3)  le  nom  est  formé  d'un  nom  d'animal  au  autre,  impliquant  une 
qualification  :  Leporc,  Leoeau,  Ledaim,  Lebœuf,  Leloup,  Verken, 
Mouton,  Lagneau,  Lognay. 

Soins  de  familles  dérivés  des  anciens  noms  individuels  latins  et 
germaniques.  -  Les  anciens  noms,  dans  l'état  actuel,  sont  passés 
à  l'état  de  prénoms.  Mais  on  comprend  que  souvent  ils  soient 
restés  comme  noms  de  famille.  Ils  ont  pu  être  conservés  sans 
autres  modifications  que  les  modifications  phonétiques  subies  par 
tous  les  mots  au  cours  des  siècles  :  souvent  aussi  ils  ont  subi 
d'autres  transformation-  dont  il  faut  brièvement  indiquer  les 
causes  et  les  effets. 

La  nécessité  de  distinguer  plusieurs  personnes  jouissant  du 
même  nom,  et  d'abord  de  distinguer  le  fils  du  père  ;  le  désir  d'in- 
diquer des  nuances  augmentatives,  diminutives,  péjoratives,  ad- 
miratives  ;  le  sentiment  maternel,  qui  se  manifeste  encore  aujour- 
d'hui dans  l'amenuisement,  l'amignotement  des  noms  de  baptême, 
ont  agi  depuis  dix  ou  douze  siècles,  avec  leur  force  inconsciente, 
au  point  qu'ils  ont  multiplié  d'une  façon  presque  incalculable  la 
masse  déjà  nombreuse  des  anciens  noms  latins  et  germaniques. 
La  liste  en  serait  immense  et  toujours  incomplète.  Les  fantaisies 
graphiques,  pour  ne  pas  dire  orthographiques,  des  scribes  de  tout 
acabit  ont  contribue  ;i  cette  différenciation  à  l'infini. 

La  transformation  s'est  faite  par  adjonction  de  suffixe,  par 
réunion  de  deux  noms,  par  addition  d'un  suffixe  patronymique, 
par  aphérèse  ou  retranchement  de  syllabe  initiale,  par  apocope  ou 
retranchement  de  syllabe  finale,  par  redoublement,  par  l'emploi 
simultané  de  plusieurs  de  ces  moyens. 

i)  Quels  sont  les  suffixes  les  plus  usités  dans  notre  pays?  Il  y  a 
d'abord  les  anciens  composants  germaniques,  comme  -harcl,  -bald, 
-mund,  -inger,  -wolf,  -frid,  dont  l'un  ou  l'autre,  par  exemple  -harcl 
sous  la  forme  -ard,  -wald  sous  la  forme  -aud,  sont  restés  vivants. 
11  y  a  les  anciennes  terminaisons  diminutives  du  latin,  -anus, 
-inus,  qui  avaient  donné  Antonin,  Paulin,  Augustin,  Justin,  et 
qui  ont  servi  à  former  d'autres  noms  sur  le  même  modèle.  Il  y  a 
les  suffixes  bien  connus  du  français,  quelle  que  soit  leur  origine  : 
-et,  -ot,  -on,  -el,  -eau,  -at.  11  y  a  les  suffixes  déjà  signalés  de  source 
flamande  ou  allemande  :  -kin,  ken,  -quen,  -son,  -sen.  Plusieurs 
de  ces  suffixes  peuvent  se  rencontrer  à  la  fin  d'un  mot,  non  pas 
qu'ils  aient   été  ajoutés    en    même   temps,   mais  on  peut  toujours 


—    128    — 

opérer  sur  un  mot  dérivé  comme  on  a  opéi'é  sur  un  mot  primitif. 

Nous  aurons  donc  des  finales  -el-in,  -el-ot,  -el-at,  -in-el,  -in-et,  -in- 
ot,  in-on,  -in-at,  kin-et,  kin-on,  ard-ot,  etc.  Exemples  : 

Aubertin,  Joséphin,  Jacquemin,  Thomassin,  Michelin,  Simonin, 
Philippin,  Guillemin,  Jeannin,  Bernardin,  Conradin. 

Deniset,  Michelet,  Paulet,  Simonet,  Philippet,  Willemet,  Guillau- 
met,  Stievenet,  Bertholet. 

Michelot,  Willemot,  Jeannot,  Pierrot,  Gillot,  Jacquemot,  Amelot. 

Amelart,  Houard  (Hue  =  Hughe),  Stievenart,  Willemart. 

Frankin,  Fraikin,  Gilkin,  Pierkin,  Andrissen,  Antœnissen, 
Franssen. 

Gilkinet,  Franquinet,  Julsonnet,  Franssinet. 

N  ieolardot,  Jacqueminot. 

Les  féminins  en  -otte  s'expliquent  par  ce  fait  que,  dans  mainte 
région,  la  femme  est  désignée  par  le  nom  du  mari  féminisé.  Si 
la  mère  devient  veuve  ou  si  elle  a  une  influence  prépondérante,  la 
forme  en  otte  peut  l'emporter.  De  là  Counotte,  Francotte,  Jaque- 
motte,  Marcotte,  Pierotte,  Pirotte,  Phlipotte,  Wérotte,  Wilmottc. 

2)  Nous  nous  sommes  abstenu,  dans  les  listes  qui  précèdent, 
d'introduire  des  noms  déformés  par  aphérèse  ou  apocope  ;  mais 
à  mesure  qu'un  nom  s'accroît  par  la  fin,  il  a  tendance  à  être  dimi- 
nué par  le  commencement;  et  d'autre  part  pour  ajouter  les 
suffixes  terminaux,  il  faut  parfois  faire  disparaître  du  primitif  des 
phonèmes  gênants.  Ainsi  par  aphérèse,  Alexandre  devient  Santé, 
Zunde  ;  Augustin  devient  Gustin  ;  Thomassin  devient  Massin, 
Deniset  devient  Nizet  ;  Eustache  ou  Istasse  se  change  en  Stas, 
Stasse.  Par  apocope,  on  obtient  Lambin,  Hubin,  Collin.  Supposez 
maintenant  ces  causes  de  transformation  agissant  successivement 
sur  le  môme  primitif  et  vous  devinerez  à  quels  résultats  étonnants 
on  peut  aboutir.  En  voici  quelques-uns  à  titre  de  curiosité.  Nous 
ne  pouvons  les  laisser  de  côté  :  ce  sont  les  plus  intéressants, 
ce  sont  ceux  dont  l'explication,  si  elle  apparaît  satisfaisante, 
récompense  le  mieux  le  linguiste,  —  et  aussi  l'auditeur,  —  des 
lenteurs  inévitables  de  ces  méthodes  de  comparaison,  de  dissection 
et  d'analyse. 

Drèze,  Dresse,  Dries,   Drissen  sont  des  formes  flamandes    qui 
viennent  de  André,  Andries. 

De  Mathieu,  ou  plutôt  de  Mattheus  viennent  le  flamand  Mathijs, 
d'où  Thijs,  Theis,  This,  Thissen,  Thiskin,  Tisken,  Thisquen. 

Thomas  a  donné  Massin,  Massart,  Masset,  Massillon,  Masscau, 
Massât,  Massenet,  Massinet,  Sinet. 


—  129  — 

A.lexandrea  donné  Saut.',  Sandrart,  Santkin,  Zanneqiiin,  Zander. 

Amel  a  donne  Amelot,  Mélot,  Mélotte,  Amélart,  Mélart. 

Eustache,  Estasse  a  donné  Stasquin,  Tasquin,  Stassart,  Stassin. 

Tonnart  vient  de  Antoine;  Parotte  de  Gaspar  ;  Monet  de 
Simon  ;  Kinet  de  Franquinet  ou  de  Gilkinet  ou  de  quelque  autre 
nom  an  double  snffixe-.fr/ne/  :  Linon  de  quelque  nom  en  -lin  comme 
Paulin,  Michelin,  Adelin.  augmenté  d'abord  du  suffixe  -on  ;  Binet 
de  Robin,  Bubin,  Aubin  on  Lambin;  Xisard  de  Denis;  Lardot 
de  Nicolas. 

IV.  —  Ll  y  a  des  noms  réputés  beaux  et  d'autres  laids.  Quelque- 
fois, cela  peui  tenir  à  une  simple  rencontre  de  syllabes,  mais  négli- 
geons ce  cas  d'euphonie.  Le  plus  souvent,  l'impression  qu'un  nom 
esl  beau  ou  laid  tient  d'une  raison  plus  profonde.  Les  noms 
propres,  —  il  s'agit  suri  ont  ici  de  ceux  qui  servent  actuellement 
de  prénoms  et  qui  peuvent  être  objet  de  choix,  —  perdent  conti- 
nuellement leur  signification  étymologique,  mais  ils  en  revêtent 
sans  cesse  de  nouvelles.  Un  nom  prend  une  couleur  et  un  sens 
aux  yeux  de  celui  qui  connaît  un  être  porteur  de  ce  nom.  Hugo, 
Lamartine,  Voltaire  sont  .les  noms  qui  éveillent  en  vous  des  idées, 
celles  des  qualités  que  possédaient  les  illustres  porteurs  de  ces 
noms,  pour  autant  que  vous  les  connaissiez.  Les  saints  évêques 
Lambert  et  Hubert  ont  protégé  le  nom  qu'ils  portaient.  Au  con- 
traire, tout  imbécile,  tout  mauvais  gueux  t'ait  du  tort  à  son  nom 
dans  un  certain  cercle  autour  de  lui.  Tel  proposait  de  baptiser  son 
fils  du  nom  île  Bruno  :  sa  femme  lui  répondit  que  c'était  un  nom 
de  chien.  Elle  connaissait  par  malheur  un  chien  de  ce  nom,  et 
ignorait  d'autre  part  le  célèbre  fondateur  de  l'ordre  des  Chartreux. 
Les  noms  choisis  par  les  romanciers  et  les  auteurs  dramatiques 
influent  beaucoup  sur  la  mode.  Il  n'y  a  plus,  par  le  fait  des  auteurs 
comiques,  de  NIcaise,  de  Xicodème,  de  Péronelle,  de  Catin. 
d'Agnes.  En  wallon,  il  n'y  plus  de  Waltrou  (Waltrude), de  Marôye, 
de  Magrite,  de  Zabê,  de  Djile,  de  Matî.  On  laisse  tomber  les  noms 
souillés  par  leurs  porteurs  dans  la  région  où  ceux-ci  ont  sévi. 
On  rajeunit  ceux  qui  ont  passé  par  des  bouches  trop  vulgaires. 
Aujourd'hui  il  est  très  visible  que  le  wallon  aime  à  substituer  des 
prononciations  françaises  ou  mi-françaises  aux  vieilles  prononcia- 
tions wallonnes  des  prénoms.  On  ne  dit  plus  nosse  Matî  mais 
nosse  Mathieu;  on  a  remplacé  Houbièt  par  Honbèrt  ou  Hubert, 
Djuhan  par  Jan,  Magrite  par  Marguerite,  Lorint  par  Lorant, 
Linâ  par  Lèyonard,  et  Djètrou  par  Gèrtrûde.  Cette  francisation 

rend  du  lustre  aux  noms  vulgaires. 

9 


—  i3o  — 

Le  nom  perd  donc  son  sens  primitif;  il  en  prend  un  nouveau, 
l'ait  des  qualités  de  celui  qui  le  porto,  soit  dans  le  monde,  soit 
dans  la  vie  artificielle  du  roman  ou  du  théâtre.  Ainsi  celui  qui 
désire  que  son  nom  soil  respecte  Fera  bien  d'y  insuffler  les  qua- 
lités d'une  vie  honnête.  Le  nom  le  plus  roturier,  le  plus  maussade, 
le  pins  hétéroclite  deviendra  peu  à  peu  familier,  doux,  avenant, 
sacre,  c'est-à-dire  pins  noble,  si  celui  qui  le  porte  est  un  homme 
d'honneur,  de  probité,de  cœur,  d'esprit,  de  générosité  et  de  sacri- 
fice. Chacun  pétrit  son  nom  comme  il  pétrit  son  âme. 

XV. 

Inscription  de  la  Vierge  de  Walcourt. 

In  des  rares  monuments  de  l'orfèvrerie  du  xive  siècle  est  la 
Vierge  en  argent  repoussé  et  ciselé  conservée  dans  l'église  de 
Walcourt.  Elle  porte  une  courte  inscription,  que  M.  Jos.  Destrée 
reproduit  en  note  dans  son  article  sur  l'orfèvrerie  (')  au  Cata- 
logue  de  l'exposition  de  F  Art  ancien  au  Pays  de  Liège.  (Liège, 
A.  Bénard,  1905).  M.  Destrée  lisait  ainsi  :  Likvaus  •  me-fist  •  don  ■ 
liaivt,  et  ajoutait  :  «  les  deux  derniers  mots  n'ont  pas,  que  je 
sache,  été  interprétés  jusqu'à  présent  ».  Sur  ces  données,  je  tentai 
une  explication  de  la  fin  de  l'inscription  dans  la  Chronique  de  la 
Soc.  veru.  d'Arch.  et  d'Hist.,  1905-1906,  p.  3o.  A  la  suite  de  cet 
article,  M.  Destrée  eut  la  gracieuseté  de  m'envoyer  une  photo- 
graphie de  la  base  sur  laquelle  repose  la  statue  et  dont  la  bande 
supérieure  porte  l'inscription.  Cette  communication  précieuse, 
dont  je  remercie  le  savant  archéologue,  me  permet  d'améliorer  la 
lecture  et  la  traduction  de  ces  quelques  mots,  auxquels  s'intéresse 
l'histoire  de  l'orfèvrerie  au  pays  de  Liège. 

L'inscription  est  en  capitales  gothiques,  avec  l'A  coiffé  en  haut 
d'une  longue  barre,  l'Ai  aux  premier  et  dernier  jambages  bien 
contournés,  le  T  arrondi  en  O  incomplètement  fermé  et  surmonté 
d'une  barre  en  forme  d'accent  circonflexe.  L'E  est  arrondi  et 
totalement  fermé  à  droite,  de  même  que  le  (';  il  a  de  plus  que  le  C 
la  barre  médiane,  qui  est  grosse  et  se  prolonge  jusqu'au  filet  de 
droite  L'examen  des  lettres  nous  force  à  lire  comme  snit  : 

LICVARS  •  ML  •  F1ST  •  DOV  •  LIAIVT 


')   Article  intitule  L'Orfèvrerie  sur  les  bords  de  ht  Meuse.  ]>.   XI. 


-  i3i  - 

Donc  il  faut  rectifier  la  leçon  précédente  en  deux  points  :  le 
premier  mot  serait  Licvars  au  lieu  de  Lievars,  le  quatrième  dou 
au  lieu  de  don. 

Le  premier  mot  révèle  le  nom  de  l'auteur,  ("est  la  statue  elle- 
même  qui  est  censée  parler  :  Licvars  me  fist.  La  forme  Licvars 
sourira  peut-être  moins  que  celle  de  Lievars,  qu'on  avait  cru  lire 
jusqu'ici.  A  la  vérité,  ni  l'une  ni  l'autre  ne  nous  révèlent  une  forme 
connue  de  nom  de  personne.  Us  finale  est  celle  du  nominatif 
roman;  elle  a  l'ait  disparaître,  comme  d'ordinaire  (clerc,  nominatif 
clers),  la  consonne  terminale  du  nom  :  cette  restitution  de  con- 
sonne donnerait  Licvart  ou  Licvard,  par  analogie  avec  Edouard 
et  d'autres  noms  à  suffixe  -ward,  -wart  (gardien).  Si  le  u  compte 
pour  un  //,  il  faudra  lire  Licuart  ou  Licuard.  Est-ce  un  nom  d'ori- 
gine germanique,  Lic-ward,  garde  de  corps?  Est-ce  un  sobriquet 
d'origine  picarde  ou  normande,  Li-coart  ou  Li-cuart,  le  couard 
(cuart  est  la  forme  du  Roland  3335)?  La  question  est  difficile  à 
t  rancher. 

La  suite  de  l'inscription  n'est  pas  aussi  claire  que  ce  Licuart 
me  fit.  M.  Destrée  n'en  connaissait  en  1905  aucun  essai  d'inter- 
prétation. 11  y  en  avait  un  cependant,  proposé  en  1846,  au 
tome  III  des  Annales  de  la  Soc.  arch.  de  Namur.  On  y  traduit 
I><) Y  •  LIAIVT  par  Dov  me  dessinai  Sans  doute  on  flairait 
quelque  ancêtre  de  Gérard  Dow  dans  le  premier  mot  et  on  voyait 
dans  liaivt  un  delineavit  !  Combien  M.  Destrée  avait  raison  de  ne 
pas  connaître  cette  interprétation  facétieuse  ! 

Une  première  remarque,  aussi  nécessaire  que  simple,  est  que 
l'a  vaut-dernière  lettre  doit  se  lire  u.  Un  mot  français  ne  peut  pas 
se  terminer  par  vt. 

La  finale  -ut  nous  donne  une  syllabe  de  plus,  qui  nous  permet 
de  reconnaître  une  symétrie  dans  l'inscription.  Elle  est  rythmée,  il 
faut  la  scander  4  -f  4  :  Lic-vars-me-fist,  -  dou-li-a-iut.  Cette 
lecture  permet  à  un  romanisant  de  retrouver  sans  grande  diffi- 
culté dans  liaiut  deux  mots  :  i°  U  =  fr.  lui;  20  aiut  =  latin 
adjutet,  fr.  aide,  le  subjonctif  aide.  Ajoutons  un  brin  de  démons- 
tration à  l'adresse  des  archéologues. 

Le  verbe  aider,  anciennement  aidier,  vient  du  latin  ajutare 
pour  adjutare.  Un  substantif  ajutam  (une  aide)  se  trouve  dans  les 
Serments  de  Strasbourg  sous  la  forme  aiudha,  dans  le  poème 
d'Alexis  sous  la  forme  aiude  (lisez  a-iu-de).  L'indicatif  adjutai 
doit  donner  les  mêmes  résultats  à  la  même  époque;  plus  tard 
aiude  doit  devenir  aine.  «  Ren  qu'il  face  ne  li  aiue  »,  est-il  dit  dans 


—    l32    — 

Tristan,  littéralement:  «rien  qu'il  fasse  ne  /«/aide».  Mais  au  sub- 
jonctif,   la    forme    latine   adjutet,   ne  contenant  pas  <!';<  dans  sa 
dernière  syllabe,  ne  donnera  point  aiude,  mais  ai  ml  ou  ni  ut. 
On  trouve  aiud  dans  le  Suint -Léger  : 

Il  nos  a/'«d  ol>  ciel  senior  (tju'il  nous  aide) 

por  cui  sustinc  tels  passions. 

On    trouve  aiut  dans  la   Chanson    de   Roland,    vers  781    : 

Si  li  truvez  ki  très  bien  li  aiut. 
On   trouve  ajut   dans   la   Chronique   de   Normandie,   v.   ion3  : 

Qu'il  li  ajut  vers  ceus  de  France. 
Enfin,  au  xnie  sièele,    Rutebeuf  écrit  (Édit.   Jubinal,  II,   120): 

Or  est  mestiers  Diex  les  aïut. 

Ajoutons  que  cet  aiut  a  une  forme  simplifiée,  ait,  qu'on  emploie 
longtemps  dans  l'expression  si  m'ait  Dieus  (ainsi  m'aide  Dieu). 

Reste  le  mot  don.  La  version  sur  laquelle  j'ai  travaillé  jadis 
présentait  don,  qui  m'a  forcé  à  des  conjectures.  En  l'interprétant 
par  le  relatif  dont,  j'étais  arrivé  au  sens  que  donne  précisément 
don.  C'est  pourquoi  je  n'ai  pas  cru  nécessaire  d'entretenir  le 
«  monde  épigraphique  »  de  cette  variante  qui  ne  changeait  rien  au 
sens.  Aujourd'hui  que  l'occasion  se  présente  de  rectifier,  disons 
que  DOV  =  dou,  c'est-à-dire  d'où,  employé  à  la  mode  latine  au 
sens  de  de  quoi,  dont.  L'interprétation  est  donc  :  Licuart  me  fit, 
d'où  lui  soit  aide. 

C'est  un  naïf  souhait  d'artiste  ajouté  à  la  signature.  Il  désire 
que  son  œuvre  religieuse  contribue  à  son  bonheur  et  surtout  à  son 
salut.  Cette  interprétation  ne  nous  dit  rien  sur  Licuart,  et  d'au- 
cuns sans  doute  eussent  préféré  pins  d'histoire  et  moins  de  piété. 
11  faut  se  résigner,  car  le  sens  de  liniut  n'est  pas  contestable. 

Encore  une  remarque  cependant,  relativement  à  cette  date  du 
xiv  siècle  assignée  à  la  Vierge  d'argent  de  YValcourt.  La  trans- 
formation de  l'ancien  français  chant  (latin  canto,  cantem,  caniei) 
en  chante  se  manifeste  déjà  au  xne  siècle  pour  l'indicatif,  et 
s'effectue  pour  le  subjonctif  dans  la  seconde  partie  du  xuie  siècle. 
La  vieille  forme  aiut  se  présente-telle  encore  au  xiv'  siècle,  date 
assignée  à  la  statue?  Ou  la  formule  de  souhait  dou  li  aiut  a-t-elle 
persisté  plus  longtemps?  En  tout  cas,  au  point  de  vue  linguistique, 
rien  n'empêche  de  faire  remonter  l'œuvre  à  la  fin  du  xnr  siècle. 
C'est  l'examen  artistique  qui  doit  trancher  la  question. 


—  i33  - 

X  V I . 

Le  Bethléem  verviétois. 
Une   survivance    d'ancien    théâtre  religieux   de   marionnettes 

Il  serait  difficile  de  trouver,  dans  le  pays  de  Vervi  ers,  un  second 
spectacle  au  —  ,  populaire  que  ce  petit  théâtre  appelé  le  Bethléem. 
Chaque  année,  à  Noël,  ou,  pour  être  plus  précis,  de  la  mi- 
décembre  à  la  mi-janvier,  il  l'ait  les  délices  des  petits  et  la  joie 
Inavouée  des  grands.  Mais  il  esl  à  craindre  que  le  courant  impi- 
toyable 'le  la  mode  ue  l'entraîne  à  bref  délai.  S'il  subsiste,  il  ten- 
dra de  plu:-  en  plus  ;i  se  moderniser.  Ces  raisons  auraient  suffi 
pour  non-  engager  à  fixer  dans  ces  pages  la  physionomie  du  Beth- 
léem; pourtant  il  en  est  une  plus  puissante  :  c'est  que  nous  avons 
affaire  ici  a  autre  chose  qu'un  jeu  fortuit  et  isolé,  un  banal  et 
puéril  objel  de  curiosité.  Le  Bethléem  est  une  survivance  d'art 
populaire.  11  nous  apparaît  comme  un  spécimen  d'un  genre  disparu 
et  certainement  peu  connu.  Si  mince  donc  (pie  puisse  être  en  soi 
la  valeur  artistique  de  ce  petit  drame,  il  a  une  valeur  relative  ou 
de  comparaison  qui  ne  nous  semble  pas  à  dédaigner.  Voilà  ce  qui 
nous  a  décidé  à  donner  une  idée  exacte  de  cette  survivance,  que 
qous  devons  ranger  dans  l'art  dramatique  populaire,  au  rayon 
modeste  du  théâtre  des  marionnettes. 

('«•s  mots  profanes»  étonneront  peut-être  les  pieux  visiteurs  du 
Bethléem.  Eabitués  à  considérer  ce  spectacle  par  son  coté  pure- 
ment religieux  et  édifiant,  ils  n'y  voient,  en  somme,  qu'une  crèche, 
comme  on  eu  dispose  encore  dans  certaines  églises,  à  Noël.  En 
écoutant,  en  regardant,  ils  ne  songent  ni  a  un  théâtre,  ni  à  des 
marionnettes.  La  comparaison  s'impose  pourtant,  et  elle  ne  doit 
scandaliser  personne.  L'art  dramatique,  en  France  et  ailleurs, 
n'a-t-il  pas  commencé  par  être  exclusivement  religieux?  La  pre- 
mière scène  au  moyen  âge  n'a  t-elle  pas  été  l'église  elle-même? 
Les  pièces  représentées  n'ont-elles  pas  été  empruntées  à  l'Ancien 
Testament,  aux  Évangiles,  aux  légendes  des  Saints?  Ce  qui  est 
avéré  des  représentations  par  personnages  vivants  pourrait  être 
vrai  aussi  des  représentations  par  figurines  articulées.  On  a  insi- 
nue que  le  nom  de  marionnette  lui-même  avait  une  origine  reli- 


f1)  A  paru  dans  le  Bull,  de  la  Soc.  verv.  d'Arch.  et  d'Hist.,  t.  II  f  1900).  Ici 
nous  avons  pu  mettre  l'appendice  à  sa  place  dans  le  texte,  et  nous  avons 
supprimé  des  détails  d'intérêt  trop  exclusivement  local. 


—  i34  - 

gieuse  (').  Si  ce  dernier  point  étail  prouvé,  il  ne  resterait  rien  de 
profane  dans  les  termes  en  apparence  irrévérencieux  dont  nous 
usons  pour  définir  le  Bethléem. 

Il  importe;  doue,  pour  remettre  ce  petit  théâtre  en  valeur  et  ne 
pas  le  présenter  comme  un  amusement  d'enfants  purement  local, 
de  remonter  un  peu  haut  dans  le  passé.  Nous  essayerons  d'abord 
de  fixer  les  rapports  du  Bethléem  avec  le  théâtre  mécanique  des 
marionnettes  en  général:  nous  chercherons  ensuite  si  le  sujet  lui- 
même,  la  Nativité,  n'a  pas  eu  des  analogues  dans  le  passé;  enfin 
nous  aborderons  le  Bethléem  verviétois  pour  l'analyser  en  ses 
divers  cléments,  en  étudier  le  caractère,  en  publier  le  modeste 
scénario,  en  faire  revivre  autant  que  possible  les  scènes  princi- 
pales. 

I.  —  Marionnettes  et  jeux  de  marionnettes  sont  une  chose  très 
ancienne  (pue  le  moyen  âge  n'avait  pas  eu  besoin  d'inventer.  Les 
petits  acteurs  mécaniques  étaient  un  legs  de  l'antiquité.  Ces  infini- 
ment petits  de  science  et  d'art  populaires  se  transmettent  plus 
sûrement  que  tout  le  reste,  en  dépit  des  révolutions.  Ils  existaient 
longtemps  auparavant  chez  les  Égyptiens,  chez  les  Grecs,  chez  les 
Romains  et  sans  doute  ailleurs  (2).  Nodier  a  dit  avec  esprit  que  la 
première  poupée  est  contemporaine  de  la  première  petite  fille  :  il 
n'en  est  pas  nécessairement  ainsi  de  la  poupée  dure  et  articulée  ; 
mais  on  a  retrouvé  dans  les  tombeaux  égyptiens,  grecs  et  romains, 
assez  de  poupées  d'ivoire,  de  métal,  de  terre  cuite  ou  de  bois,  à 
membres  et  à  tète  mobiles,  pour  qu'on  puisse  affirmer  la  haute 
antiquité  des  figurines  articulées.  Les   historiens  et  les  mytho- 


(')  Charles  Magnin,  Histoire  des  Marionnettes  en  Europe,  depuis  l'antiquité 
jusqu'à  nos  jours  :  12e  édition,  Paris,  M.  Lévy,  1862.  —  Cfr.  pp.  108  et  8.  —  Il 
y  aurait  beaucoup  à  dire  sur  ce  mot  de  Marionnette.  Magnin  a  tenté  de 
prouver  qu'il  a  servi  à  désigner  des  statuettes  de  La  Vierge  avant  de  prendre 
[e  sens  actuel  de  figurines  articulées.  Mais  il  n'esquisse  qu'un  semblant  de 
démonstration.  Il  est  certain,  comme  il  le  dit,  que  Mariole  était  le  terme 
ordinaire  (v.  Du  Cange,  v°  Afariola);  mais  il  a  tort  d'étendre  cette  acception 
à  tous  les  diminutifs  du  nom  de  Marie  :  marietie,  mariole.  marote.  mariole 
et  marionnette.  Ni  le  dictionnaire  de  Trévoux  (qui  s'est  contenté  en  ce  point 
de  copier  Du  Cange),  ni  dom  François,  ni  Lacurne,  ni  enfin  Godefroy  ne 
donnent  à  marionnette  le  sens  de  statue  de  la  Vierge.  Des  textes  romans  nous 
offrent  le  nom  de  Marionnette  comme  diminutif  affectueux  du  nom  officiel 
de  Marie.  Ce  diminutif  a  pu  être  donné  par  des  fervents  à  la  Vierge  Marie  : 
la  tendresse  religieuse  a  do  ces  effusions;  mais,  quand  ce  point  serait  acquis, 
il  se  s'ensuivrait  pas  encore  que  les  madones  aient  porté  ce  nom,  encore 
moins  i|iie  les  bateleurs  aient  tiré  de  ce  sens  religieux  le  nom  si  populaire 
<le  leurs  figurines. 

(2)  Les  preuves  ont  été  réunies  par  Un.  Magnin,  ouvr.  cité.  Il  suffit,  pour 
ce  qui  concerne  les  Grecs,  de  lire  l'article  neorospastos  du  Thésaurus  de 
Henri  Estienne. 


—  i35  — 

graphes  parlenl  souvent  de  statuettes  et  de  statues  qui  meuvent 
les  bras,  tournent  la  tête,  roulent  les  yeux,  pour  frapper  davan- 
tage l'imagination  populaire  dans  les  cérémonies  du  culte. 

El  l'antiquité  ne  connut  pas  seulement  les  marionnettes  sous 
forme  de  jouets  isoles,  de  pointées  et  d'idoles.  Il  y  avait  à  Athènes, 
aux  temps  d'Enripide  et  .le  Ménandre,  des  jeux  de  marionnettes. 
les  uns  plus  aristocratiques,  les  autres  plus  populaires  (').  A 
l'Epoque  macédonienne,  les  acteurs  de  bois  d'un  bateleur  nommé 
Potliin  donnèrent  des  représentations  a  Athènes  dans  le  théâtre 
même  de  Dionysos,  on  avait  tant  de  fois  retenti  la  voix  de  Promé- 
tliée,  d'Œdipe  et  d'Agamemnon.  Euripide  en  fut  obscurci  (2).  A 
Rome,  il  n'en  esl  pas  tout  a  fait  de  même.  La  gra  v  itas  roman  a  n'a 
point  favorise  le  développement  des  spectacles  de  marionnettes 
dans  les  banquets  el  les  fêtes  de  la  vie  aristocratique;  mais  il  y 
eut,  en  revanche,  «les  marionnettes  populaires,  que  les  sévères 
Marc-Aurèle  regardaient  du  haut,  de  leur  philosophie  (3).  Xous 
n'entrerons  pas  Ici  dans  les  détails  de  costumes,  de  caractères,  de 
scénario,  notre  but  étant  simplement  de  faire  constater  l'existence 
de  figurines  articulées  dans  l'antiquité  et  le  groupement  de  ces 
figurines  pour  représenter  des  scènes  diverses. 

La  popularité  des  marionnettes  ne  fit  que  grandir  à  mesure  que 
disparaissaient  la  tragédie  et  la  comédie  classiques.  La  panto- 
mime avait  usurpé  la  place  des  chefs-d'œuvre  de  Sophocle  et  de 
Ménandre,  de  Plante  et  de  Térence.  La  pantomime,  avec  un  simple 
canticum  explicatif,  débité  par  l'enunciator,  convenait  aussi  bien, 
ou  même  mieux,  à  des  acteurs  de  bois  qu'à  d'autres  acteurs.  S'il 
n'est  pas  démontré  que  les  pantomimes  furent  adaptées  aux  pou- 
pées articulées,  tout  au  moins  sait-on  que  le  théâtre  des  marion- 
nette continuait  à  gesticuler.  Ainsi  Synesius,  évoque  de  Ptolémaïs 
au  ve  siècle,  Jean  Philoponos  le  grammairien  au  viie,  Eustache. 
archevêque  de  Thessalonique  au  xne,  décrivent  par  occasion,  avec 
complaisance,  le  jeu  des  marionnettes.  Pour  l'Occident  les  textes 
manquent,  ou  bien  l'on  n'a  peut-être  pas  examiné  à  ce  point  de 
vue  la  vaste  littérature  épico-narrative  du  moyen  âge.  Mais 
Magnin  cite  une  miniature  du  Hortus  deliciarum,  manuscrit  de  la 
fin  du  xiie  siècle,  où  les  marionnettes  ont  servi  de  symbole  pour 
montrer  la  vanité  des  prétentions  humaines.  Comment  les  marion- 


C1)  Xénophon.  Symposia  IV.  55. 

f2)  Athénée.  Deipnosophistes,  I.  XVI.  19,  E. 

(3)  Horace,  sat.  II.  7,  82.  Aulu-Gelle  XIV.  1.  g  2.3.  Marc-Aurèle  VII,  3. 


-  i36  - 

nettes  eussent-elles  servi  de  symbole,  si  elles  n'avaient  pas  t'ail 
partie  «les  amusements  populaires  à  cette  époque? 

(  'es  jeux  innocents  de  la  névrospastie,  comme  disaient  les  Grecs, 
ont  pu  se  t  rausinet  t  re.  sans  interruption,  du  inonde  païen  au  monde 
chrétien.  Les  dogmes  de  la  pureté  des  mœurs  n'étaient  pas  inté- 
ressés à  leur  suppression.  Les  Pères  de  l'Eglise  sont  pleins  d'in- 
dulgence à  leur  égard  (1).  Clément  d'Alexandrie,  Tertullien,  Syné- 
sius  lancent  bien  l'anathème  contre  la  corruption  du  théâtre  de 
leur  temps;  mais  les  marionnettes,  plus  sans  doute  par  leur  pueri 
lité  que  par  leur  innocence  —  et  un  peu  à  la  façon  de  Manneken- 
pis  —  échappent  aux  invectives  et  aux  condamnations.  Quand  les 
écrivains  chrétiens  parlent  d'elles,  c'est  uniquement  pour  établir 
des  comparaisons,  se  ménager  des  réflexions  morales,  sans  un  mot 
de  réprobation.  Pourtant  il  s'agit  toujours  bien  alors  des  marion- 
nettes des  représentations  païennes.  Les  sujets  chrétiens,  comme 
notre  Bethléem,  ne  pouvaient  venir  que  plus  tard  et  d'ailleurs  par 
une  autre  voie. 

L'invention  d'un  théâtre  chrétien  de  marionnettes  peut  s'expli- 
quer de  diverses  façons.  On  peut  supposer  que  ce  théâtre  naît  très 
tard,  à  une  époque  où  des  forains  auraient  pu,  sans  scrupule,  faire 
servir  leurs  marionnettes  profanes  à  des  scènes  religieuses  de  leur 
invention.  Empruntant  les  sujets  au  grand  théâtre  des  mystères, 
ils  les  auraient  adaptés  et  réduits  aux  proportions  de  leurs  acteurs 
de  bois.  Mais  l'histoire  dément  ce  système.  Ce  sont  des  religieux 
et  non  des  bateleurs  que  nous  voyons  d'abord  en  possession  d'un 
Bethléem,  et,  si  l'on  doit  admettre  qu'ils  aient  utilisé  l'invention 
de  la  névrospastie  pour  étendre  et  perfectionner  le  spectacle,  on 
ne  comprend  guère  qu'ils  eussent  créé  d'emblée  une  cérémonie 
d'édification,  rien  qu'avec  des  éléments  profanes  et  disqualifiés. 
Puis  cette  évolution  serait  en  tout  opposée  à  l'évolution  du  théâtre 
par  personnages  vivants,  lequel,  entièrement  religieux  d'abord, 
se  laïcise  seulement  peu  à  peu.  Il  faut  donc  se  rabattre  nécessaire- 
ment sur  une  seconde  hypothèse  :  quelque  chose  de  préexistant 
dans  l'église  a  donné  l'idée  de  ce  petit  théâtre  minuscule;  le  théâtre 
religieux  des  marionnettes  a  une  origine  religieuse  que  nous  vou- 
drions pénétrer  malgré  l'absence  de  documents. 

Quels  sont  donc  les  cléments  préalables  que  postule  l'apparition 
d'un  petit   spectacle  d'édification  du  genre  du  Bethléem?  Il  faut 


(*)  Références  dans  Magnin,  ouvrage  cité,  p.  4"J- 


13' 


d'abord  qu'il  y  ait  eu  des  marionnettes  au  moyen  âge,  et  nous 
venons  d'en  démontrer  l'ancienneté.  En  second  lieu,  il  faut  que  les 
chrétiens  n'aient  pas  repoussé  l'idée  de  transposer  en  représenta- 
tions les  narrations  des  livres  saints.  Or  ee  second  point  se  trouve 
résolu  dans  les  moindres  traités  de  littérature  française  ou  alle- 
mande. On  fait  remarquer,  au  contraire,  que  le  moyen  âge  conçoit 
tout,  même  l'histoire,  sous  une  forme  dramatique  et  que  les  céré- 
monies liturgiques  sont  toutes  en  processions,  en  dialogues,  en 
drames  symboliques  ou  réalistes.  Mais  il  faut  une  troisième  condi- 
tion; c'est  que  des  chrétiens  aient  eu  l'habitude  de  représenter 
les  personnages  sacrés  des  livres  saints  dans  des  cérémonies  du 
culte  par  des  statues,  statuettes  ou  figurines.  Sans  l'existence  de 
cette  habitude,  l'invention  des  marionnettes-madones  aurait  paru 
une  profanât  ion.  Xi  des  clercs,  ni  même  des  bateleurs  n'auraient 
use  se  la  permettre.  A  quelle  époque  donc  les  statues  deviennent 
elles  populaires?  et,  en  particulier,  quelles  figures,  quel  groupe  a 
pu  donner  l'idée  du  Bethléem? 

Cette  question  est  intimement  liée  à  l'histoire  de  la  sculpture 
chrétienne.  Pour  qu'il  existât  îles  statuettes  religieuses,  il  fallait 
d'abord  que  les  arts  plastiques  eussent  la  permission  de  sortir  d\\ 
symbolisme  primitif  et  de  matérialiser  enfin  par  l'image  sculptée 
les  !  raits  'le  Jésus,  de  la  Vierge  et  des  saints.  Or  cette  orientation 
nouvelle  de  l'art  ne  se  produisit  que  relativement  tard,  lorsque  le 
christianisme  désormais  sans  rival  sérieux,  put  s'humaniser  et 
n'eut  plus  besoin  de  dérober  ses  sentiments  sous  des  symboles. 
Il  fallait  en  outre  que  la  sculpture  eût  osé  se  détacher  des  surfaces 
auxquelles  elle  se  contentait  de  donner  le  relief,  pour  traiter  la 
statue  ou  statuette  isolée.  Ce  fut  la  une  étape  plus  tardive  encore. 
La  période  latine  i\  -vu  siècle)  nous  donne  bien  des  sculptures 
de  sarcophages,  décorations  Me  chapiteaux,  des  ivoires  d'évangé- 
liaires,  des  diptyques,  des  reliquaires,  des  crucifix,  des  pièces  d'or- 
fèvrerie et  d'émaillerie,  mais  pas  de  statues  proprement  dites.  Il 
faut  attendre  l'époque  romane  (vnr-xiC  siècle)  pour  trouver  des 
statues  de  la  Vierge,  et  même  la  fin  de  cette  période  (l).  C'est  à 
partir  du  xme  siècle  seulement  que  la  statuaire,  sortant  enfin 
d'une  longue  torpeur,  orne  les  cathédrales  d'une  profusion  de 
statues  réellement  artistiques.  .Mais  ici,  ee  n'est  pas  le  côté  artis- 
tique qui  nous  intéresse  :  il  n'est  pas  besoin  qu'une  statue  de  la 


(')  Cf.  Reusens,  Éléments  d'archéologie  religieuse,  2e  édition,  I,  pp.  80.  Si , 
u5,  124,  555  ;  II,  5o8,  599. 


—  i38  — 

Vierge  ou  de  Joseph  soit  une  œuvre  d'art  pour  attirer  les  fidèles 
el  exciter  leur  ferveur  :  les  naïves  statues  de  bois  de  La  période 
romane  suffisaient  à  la  piété. 

Dès  qu'il  y  eut  des  statues  dans  les  églises,  elles  n'y  restèrent 
pas  inertes.  La  même  ferveur  qui  les  avait  créées  les  voulut  unis- 
santes et  leur  donna  un  rôle  dans  les  cérémonies.  Parmi  toute 
l'Europe,  il  y  a  eu  des  statues,  et  même  des  statues  mécaniques, 
soit  dans  les  églises,  soit  aux  processions  strictement  religieuses, 
soit  à  ces  cortèges  mi-pieux,  mi-profanes  que  nos  ancêtres  ont 
tant  affectionnés.  Il  serait  oiseux  et  hors  de  notre  sujet  de  les 
énumérer  ici.  Qu'il  nous  suffise  de  renvoyer  les  curieux  aux 
histoires  particulières  des  villes  un  peu  anciennes,  ou,  pour  la 
Belgique,  au  Calendrier  de  Reinsberg-Duringsfeld  ('),  ou  enfin 
tout  simplement  au  livre  de  Ch.  Magnin  déjà  cité. 

Cette  habitude  de  traiter  la  statue  comme  un  personnage  vivant 
n'est  (prune  face  de  la  grande  dramatisation  des  cérémonies  chré- 
tiennes au  moyen  âge.  On  sait  comment  les  récits  des  livres  saints 
se  sont  peu  à  peu  transformés  en  scènes  dans  la  liturgie  du  ixe  au 
xi'  siècle,  et  comment  les  siècles  suivants  ont  développé  en 
immenses  mystères  ces  primitifs  et  embryonnaires  essais.  Donc 
l'idée  était  dans  l'air,  comme  on  dit,  de  créer  aussi  dans  les  églises 
des  tableaux  dramatiques  en  rapprochant  des  statuettes  séparées. 
Ce  qu'on  appelle  vulgairement  la  crèche  est  un  de  ces  tableaux, 
et  nous  verrons  que  la  crèche  est  le  noyau  du  Bethléem. 

II.  --  Toute  l'histoire  de  Jésus  se  cristallisait,  dans  le  travail 
de  simplification  populaire,  autour  de  deux  points  :  la  Nativité  et 
la  Passion.  Nous  n'insisterons  pas  sur  le  sombre  drame  de  la 
Passion,  qui  est  en  dehors  de  notre  sujet.  Quant  à  la  Nativité,  les 
scènes  des  Evangiles  qui  s'y  rattachent,  scènes  si  propres  à  exciter 
les  émotions,  si  propres  aussi  à  se  modifier  suivant  les  naïves 
conceptions  du  peuple,  n'ont  pas  manqué  d'être  figurées  dans  les 
églises.  Mais  si  les  Mystères  qui  nous  restent  montrent  que  la 
Nativité  a  été  jouée  dans  presque  toutes  les  villes  par  des  person- 
nages vivants,  il  s'agit  de  savoir  si  elle  a  été  représentée  aussi 
par  des  figurines.  Cela  nous  paraît  hors  de  doute.  On  ne  conçoit 
pas  un  drame  liturgique  de  la  Nativité  représenté  dans  une  église 
sans  la  présence  d'une  crèche,  c'est-à-dire  de  figures  groupées  de 
façon  à  représenter  la  naissance  de  Jésus.  Certains  personnages  à 


Publié  ensuite  sous  le  titre  de    Traditions  cl  légendes  de  lu  Belgique. 
Bruxelles,  Claassen,  1870.  2  vol.  in-8°. 


—  i39  - 

coup  sûr  ne  sont  pas  des  «'-très  vivants.  Il  y  a  un  Jésus  en  bois 
couché  dans  un  berceau  ou  dans  une  mangeoire  sur  de  la  vraie 
paille.  Joseph  cl  Marie  prient  a  chaque  côté,  êtres  vivants  ou  figu- 
rines. On  n'oublie  point  l'âne,  ni  le  bœuf,  de  si  populaire  mémoire. 
Cette  représentation  muette  me  paraît  être  le  centre  et  le  noyau 
non  seulement  du  drame  vivant,  mais  aussi  du  drame  minuscule 
que  ligure  notre  Bethléem.  En  raison  de  sa  naïveté  même,  de  la 
facilite  a  la  concevoir  età  l'exécuter,  de  son  importance  exception- 
nelle dans  le  corps  des  croyances  chrétiennes,  il  faut  lui  assigner 
une  existence  antérieure  à  celle  des  jeux  ou  mystères  de  la 
Nativité.  Ceux  qui  savent  que  les  premiers  essais  dramatiques 
remontent  au  \i  siècle,  admettront  sans  peine  l'existence  à  cette 
époque  de  ce  minimum  de  figuration  qui  est  la  crèche.  Ceux  qui 
se  défient  des  raisonnements  seront  satisfaits  sans  doute  d'en 
retrouver  la  trace  des  l'année  1223,  et  disposés  à  lui  assigner  une 
origine  antérieure  m  cette  date.  Voici  le  fait. 

Le  frère  Valentin  Marée,  vicaire  du  couvent  de  Bolland,  a  publié 
en  i656  un  Truite  tics  conformités  du  disciple  avec  son  maistre, 
c'est-à-dire  de  Suint  François  avec  Jésus-Christ.  Il  raconte,  d'après 
Saint  Bonaventure,  que  le  pieux  François  d'Assise  rêvait  de  renou- 
veler chaque  année  le  bonheur  de  la  nuit  de  la  Nativité,  au  point 
qu'il  aurait  voulu  toutes  [es  campagnes  parsemées  cette  nuit-là  de 
bon  froment  pour  la  nourriture  des  bêtes  sauvages,  double  portion 
pour  les  animaux  domestiques  sans  les  obligera  aucun  travail, 
que  tous  les  hommes  eussent  la  table  bien  fournie  de  viande,  et 
non  seulement  les  nommes,  mais  voire  même  les  murailles  et  les 
parois,  si  elles  avaient  été  capables  d'en  manger.  Il  prenait  un 
plaisir  singulier,  dit-il,  à  rappeler  ainsi  la  mémoire  de  la  pauvre 
naissance  de  Jésus  «  dans  des  petits  estables  que  luy-mesme 
et  de  ses  propres  mains  souloit  bastir  à  cest  éffect  ».  Trois  ans 
avant  sa  mort,  la  nuit  de  Noël  de  l'an  1223,  voulant  célébrer  cette 
fête  avec  une  solennité  inusitée,  il  se  transporta  au  château  de 
Grecio.  dressa  son  étable  en  une  galerie  ancienne,  se  fit  apporter 
une  crèche  qu'il  remplit  de  foin,  puis  amener  un  vrai  bœuf  et  un 
vrai  âne,  personnages  vivants,  sans  doute  destinés  à  remplacer 
les  animaux  de  bois  et  d'étoupe  des  autres  années.  On  complète  la 
scène  par  des  statues.  Les  gens  des  alentours  arrivent  avec  des 
flûtes,  des  cornemuses  et  autres  instruments.  Au  milieu  de  la 
musique  et  des  flambeaux  allumés,  le  saint  «  estoit  incessamment 
portant  les  deux  prunelles  de  ses  yeux  fichées  sur  trois  belles 
figures,  ou  trois  dévotes  Images  de  bois,  qui  luy  représentoient  la 


—  i4<>  — 

Vierge  Marie,  s.  Joseph  e1  le  petit  Sauveur;  devant  lesquelles 
on  avait  pareillement  allumé  grande  quantité  de  flambeaux,  qui 
estoient  disposés  à  dessein,  el  d'un  tel  artifice,  que  le  spectacle 
donnoit  de  la  dévotion  à  tous  les  assistants.  La  minuict  enfin 
venue,  il  ne  restoit  plus  que  de  commencer  le  Saint-Sacrifice  de 
la  Messe.  .  >>  La  messe  est  célébrée  sur  une  table,  avec  la  pierre, 
rehaussée  au  dessus  de  la  crèche.  François  d'Assise  se  revêtit  en 
diacre,  chanta  l'évangile,  puis  prêcha  au  peuple  assemblé,  avec 
une  suave  tendresse  de  003111",  le  petit  enfant  de  Bethléem  ('). 

Tout  ce  dispositif ,  la  crèche,  les  statues,  les  animaux,  les  instru- 
ments de  musique,  les  flambeaux,  la  messe,  ne  sont  pas  sortis  en 
une  nuit  du  cœur  embrasé  de  François  d'Assise.  Quiconque  se  rend 
compte  de  la  lenteur  des  créations  populaires,  n'hésitera  pas  a 
conclure  que  cette  estable,  «pie  Saint  François  souloit  bastir  a  la 
fin  du  xii'  siècle,  a  une  origine  bien  antérieure. 

Viennent  maintenant  des  esprits  inventifs,  dont  les  regards  et 
la  piété  ne  se  contentent  plus  d'un  groupe  immobile,  qui  entre- 
prennent de  représenter,  outre  la  scène  de  l'étable,  les  événements 
qui  ont  précédé  et  qui  ont  suivi,  de  dramatiser  ces  tableaux  par 
la  parole,  par  le  chant,  par  quelque  mouvement  des  figures,  vous 
aurez  là  tout  notre  Bethléem.  La  scène  de  la  Nativité  en  est  le 
centre,  comme  le  nom  lui-même  l'indique.  Le  jeu  s'est  développé 
par  addition  de  scènes  connexes  autour  de  ce  noyau  central.  Ft  la 
naïveté. l'indigence  même  oserai-je  dire, du  spectacle,  me  semblent 
être  le  meilleur  garant  de  son  ancienneté. 

III.  —  Ainsi,  peu  a  peu,  dans  les  églises,  dans  les  couvents,  la 
statuaire  mécanique  avait  été  utilisée  aux  diverses  fêtes  de  l'année 
pour  figurer  les  actions  du  Sauveur,  de  la  Vierge,  les  vies  des 
Saints  et  des  Martyrs.  Cet  usage  s'est  perpétué  à  peu  près  jusqu'à 
la  fin  du  xvie  siècle,  malgré  les  prescriptions  canoniques  du  concile 
de  Trente  et  du  Synode  d'Orihucla  (1600).  Quand  ils  furent  enfin 
exiles  des  églises,  ces  sortes  de  spectacles  continuèrent  au  dehors. 
La  légende  dorée,  les  histoires  bibliques  et  par  dessus  tout,  dit 
Charles  Magnin  (ii3-ii5),  la  pastorale  de  Bethléem  et  la  tragédie 
du  Calvaire  ne  cessèrent  d'être  présentées  aux  yeux  par  des  figu- 
rines de  bois  ou  de  carton,  principalement  dans  les  campagnes  ou 
dans  les  villes  de  moindre  importance,  qui  n'avaient  pas,  comme 
:  andes  cites,  de  vraies  représentations  par  personnages.  Files 


(*)   Marée.  'Uniformité. . .  pp.  3l-34.  L'auteur  renvoie  lui-même  à   S1  Roua 
veuture,  c.  10.  Wading,  ii>-:<.  n°  20. 


-  141  - 

subsistèrent  même  à  côté  de  celles-ci  dans  les  grandes  métropoles, 
à  Rouen,  à  Lyon,  à  Paris,  devant  la  porte  des  riches  monastères 
et  dans  le  parvis  des  cathédrales.  Pour  ne  parler  que  du  Bethléem, 
les  religieux  théatins,  installes  à  Paris  par  Mazarin,  se  servaient 
de  petites  figures  à  ressorts  pour  attirer  le  peuple  au  pied  de  la 
Crèche,  qu'ils  représentaient  à  la  porte  de  leur  couvent.  Ces  reli- 
gieux théatins  montraient  doue  un  Bethléem  (').  Les  représenta- 
tions pieuses  de  ce  genre  passèrent  souvent  aux  mains  des  laïques, 
mais  ne  cessèrent  pas  d'édifier  et  d'amuser  le  peuple  dans  les 
environs  des  églises.  A  Paris  même,  en  plein  xvnr  siècle,  des 
figures  de  cire  mou  vaut. -s  attiraient  et  retenaient  la  foule  devant 
les  scènes  «h-  la  Passion  et  de  la  Crèche  sur  le  pont  de  l'Hôtel- 
Dieu.  Et  les  affiches  du  temps  (2),  après  avoir  vanté  la  dignité  du 
spectaele,  terminent  leur  réclame  ainsi  :  «  C'est  toujours  sur  le 
pont  de  l'Hôtel-Dieu,  rue  de  la  Bûcherie,  où  de  tout  temps  s'est 
représentée  la  Crèche  ».  Remarquez  en  passant  que  le  sujet  s'ap- 
pelle la  Crèche,  le  tableau  de  la  crèche  apparaît  donc  encore  ici 
comme  le  noyau  central  du  petit  drame  si  bien  dénommé  par 
Magnin  la  pastorale  de  Bethléem. 

En  dehors  de  France,  le  même  jeu  dramatique  se  retrouve  en 
Allemagne,  en  Pologne,  en  Russie,  en  Hollande,  en  Italie. 

((  En  Pologne,  en  temps  de  Noël,  on  donnait  au  peuple  dans 
beaucoup  d'églises,  surtout  dans  celles  des  monastères,  entre  la 
inesse  et  les  vêpres,  le  spectacle  en  action  de  la  szopka,  c'est-à- 
dire  do  l'étable.  Dans  ces  espèces  de  drames,  les  lalki,  poupées 
de  bois  ou  de  carton,  représentaient  Marie,  .Joseph,  Jésus,  les 
anges,  les  bergers,  les  trois  rois  mages  avec  leurs  offrandes,  sans 
oublier  le  bœuf  et  l'âne  et  le  mouton  de  Saint-Jean-Baptiste  (3). 
Venait  ensuite  le  massacre  des  Innocents,  au  milieu  duquel  le  fils 
d'Hérode  périssait  par  méprise  (4).  Le  méchant  prince,  dans  son 
désespoir,  appelait  la  mort,  et  la  mort  se  présentait  aussitôt  sous 
la  forme  d'un  squelette  qui  lui  tranchait  la  tète  avec  sa  taux.  Puis 


(')  Cette  troupe  de  religieux,  comme  l'indique'  une  mazarinade  citée  par 
Magnin,  p.  114.  aurait  bientôt  émigré  en  Flandre,  on  ne  dit  pas  dans  quelle 
ville,  et  sans  doute  y  transporta  également  son  Bethléem. 

(2)  Magnin  en  cite  une  de  1741;.  page  n5.  —  Il  s'agit  ici  d'une  affiche 
pour  le  spectacle  de  la  Passion.  Si  on  prend  la  peine  d'y  rappeler  celui  de 
la  crèche,  c'est  une  preuve  «le  plus  de  la  popularité  du  Bethléem. 

(3)  Nous  n'avons  dans  le  Bethléem  verviétois  ni  le  mouton,  ni  saint  Jean- 
Baptiste. 

(4)  Nous  n'avons  pas  non  plus  ce  trait  excellent.  —  et  combie.i  moral  !  - 
de  la  mort  de  l'enfant  d'Hérode,  enveloppé  dans  le  massacre  des  Innocents. 
ni  celui  de  la  mort  d'Hérode  lui-même. 


—  142  — 

survenait  un  diable  noir  à  la  langue  ronge,  ayant  des  cornes  poin- 
tues et  une  longue  queue,  qui  ramassait  le  corps  du  roi  et  l'em- 
portait en  enfer  au  bout  de  sa  fourche  (l).  —  Des  représentations 
du  même  genre,  exécutées  par  des  personnes  vivantes  ou  par  des 
marionnettes,  a'étaient  pas  moins  fréquentes  dans  les  églises  du 
rite  grec.  »  (2)  La  szopka  n'a  cessé  de  l'aire  partie  des  offices  qu'en 
1739,  à  cause  de  certaines  additions  d'allure  trop  profane  pour  le 
lieu  saint.  Le  résultat  de  cotte  interdiction  fut  que  des  jongleurs 
ambulants  s'emparèrent  du  petit  drame  et  le  colportèrent  dans  les 
hameaux  de  la  Pologne,  de  l'Ukraine  et  de  la  Lithuanie  (3). 

Les  crèches  provençales  et  napolitaines  présentent  aussi  des 
groupes  divers  venus  pour  fêter  l'enfant  Jésus.  En  1903,  M.  Gau- 
dois  a  exposé  à  Paris  une  crèche  napolitaine.  «  Deux  cents  paysans 
en  poupées,  dit  un  chroniqueur  du  Gaulois  (4),  escortaient  à  tra- 
vers les  rocailles  et  les  villages  les  trois  rois  mages  en  route  vers 
l'étable  où  dort  le  nouveau-né  ».  La  description  est  certainement 
très  écourtée  ;  tous  les  personnages  ne  gravitent  pas  autour  des 
mages  ;  néanmoins  nous  reconnaissons  à  travers  ces  quelques 
mots  nos  personnages  traditionnels.  Le  chroniqueur  ajoute  un  trait 
différentiel  :  «  dans  les  crèches  italiennes,  les  personnages  sont 
des  pécheurs,  des  lazzaroni;  dans  les  crèches  flamandes,  ce  sont 
des  menuisiers,  des  dentellières,  des  laboureurs;  tout  s'y  localise 
et  s'y  spécialise  ».  L'auteur  a  peut-être  voulu  dire  wallonnes  au 
lieu  de  flamandes  :  quoi  qu'il  en  soit,  le  fond  de  son  observation 
est  vrai. 

Un  article  de  M.  Charles  Beauquier  sur  les  Mois  en  Franche- 
Comté  (s)  nous  fournit  un  curieux  chapitre  attestant  l'existence 
d'un  Bethléem  à  Besançon,  et  donnant  de  cette  survivance,  que 
l'auteur  appelle,  lui  aussi,  un  «  écho  des  mystères  »  du  moyen  âge, 
une  description  assez  minutieuse.  La  voici  tout  entière  à  titre  de 
comparaison  : 

A    Besançon,  la  vieille  capitale  de  la  Comté,  s'est  conservé,  à  l'occasion 


(';  Ce  trait  nous  rappelle  le  spectacle  forain  de  la  Chaudière,  sorte  de 
pièce  à  tiroirs.  On  t'ait  comparoir  tour  à  tour  des  êtres  généraux  représen- 
tant des  vices  divers,  des  personnages  célèbres,  des  hommes  politiques 
contemporains;  l'énonciateur  leur  fait  leur  procès  sommaire,  et  invaria- 
blement les  condamne  au  l'eu.  Viennent  alors  des  diablotins  qui  emportent 
le  condamné  a  la  Chaudière.  Les  spectateurs  voient  flamber  le  coupable. 

(2)  Magnin,  ouvrage  cité,  p.  286. 

Magnin,  ouvrage  cité,  pp.  280-290. 

(*j  X"  du  Gaulois,  14  juin  igo3. 

(■')    Renne  des  traditions  populaires,  déc.   i8<jy. 


—  i43  — 

(le  Noël,  comme  an  écho  dos  mystères  du  moyeu  âge;  c'est  la  Crèche  dont 
les  représentations  commencent  en  décembre  et  se  poursuivent  jusqu'à  la 
fin  de  janvier.  Des  marionnettes,  des  mounins  de  bois  figurent  la  naissance 
de  Jésus-Christ  dans  l'étable  de  Bethléem  et  l'adoration  des  bergers  et  des 
rois  Mages.  Ce  naïf  spectacle  que  les  vignerons  de  Battant  et  d'Arènes 
avaient  autrefois  le  privilège  d'organiser  est  encore  suivi  chaque  année  par 
un  nombreux  auditoire  d'enfants  et  même  de  grandes  personnes.  Il  y  a 
quelquefois  plusieurs  de  ces  petits  théâtres  qui,  sous  des  noms  divers  la 
Crèche  bisontine.  VÉtable  de  Bethléem,  la  Crèche  orientale,  rivalisent  entre 
eux  d'attractions.  Généralement  ils  s'installent  dans  un  hangar,  au  fond 
d'une  cour  ou  dans  un  magasin  inoccupe. 

Il  n'\  a  pas  encore  ires  longtemps,  c'était  presque  un  devoir  pieux  d'as- 
sister a  la  Crèche;  les  représentations  en  étaient  affichées  aux  portés  des 
églises  et  promettaient   •  tout  ce  «pii  peut  amuser  et  édifier  les  fidèles.  » 

Le  texte  de  la  pièce,  mélange  de  prose,  de  vers  et  de  chants,  écrit  pour 
une  grande  partie  en  patois,  es(  l'œuvre,  dit-on,  de  quelque  abbé  du 
XVIIIe  siècle  :  on  prétend  qu'un  imprimeur,  nommé  Gauthier,  qui  vivait  à  la 
même  époque,  y  aurait  collaboré. 

Les  principaux  personnages  de  ce  petit  drame  liturgique  sont  le  vigneron 
■  Barbizier  »  portant  le  chapeau  à  cornes,  l'habit  de  camelot  à  la  française. 
la  culotte  courte  et  les  bas  rayés;  sa  femme,  la  «  Naitoure  »,  constamment 
rabrouée  par  son  mari,  el  le  compagnon  Verly  qui  essaie  toujours  de 
remettre  la  paix  dans  le  ménage. 

Le  rideau  se  lève  sur  un  décor  champêtre;  la  toile  du  fond  représente  la 
citadelle;  on  entend  le  (ïloriu  in  excelsis  et  l'on  voit  passer  au-dessus  de  la 
scène,  au  milieu  des  nuages,  des  anges  qui  annoncent  en  chantant  la  nais 
sauce  de  l'Enfant-Jésus.  Barbizier.  le  bousbot  raisonneur,  ne  peut  en  croire 
ses  oreilles  :  il  exprime  ainsi  sa  surprise  : 

1  ne  peut  mettre  en  mai  çarvelle 
Qu'y  set   bin  vrà  ce  qu'on  mai  dit. 
Qllin  roi  passant  soit  ne  de  ne  pucelle. 
Que  l'haibitant  dans  in  pouere  taudis. 

Mais  il  faut  bien  qu'il  se  rende  a  l'évidence  :  une  brillante  étoile,  qu'il 
n'avait  jamais  vue.  apparaît  a  ses  yeux.  Pour  enlever  complètement  ses 
doutes,  il  va  consulter  l'Ermite,  qui  est  un  savant  astrologue.  Convaincu  par 
lui  de  la  vérité  de  la  surprenante  nouvelle,  de  sceptique  il  devient  un  propa- 
gandiste des  plus  chauds  :  et  c'est  lui  qui,  jouant  le  rôle  du  compère  île  nos 
revues  de  fin  d'année,  conduit  à  la  Crèche  différents  visiteurs  en  les  cinglant 
de  sa  verve  mordante. 

Ces  personnages  sont  des  types  empruntés  à  peu  près  à  toutes  les  classes 
de  la  société  vers  la  fin  du  siècle  dernier  :  ce  sont  l'avocat,  le  magistrat,  la 
vieille  dévote,  le  juge,  le  négociant,  la  coquette,  le  magnin  (chaudronnier), 
le  ramoneur,  etc. 

Les  acteurs  depuis  quelques  années  ne  craignent  pas  d'introduire  dans  la 
pièce  des  individus  connus  de  toute  la  ville  et  parfois  même  les  représen- 


-  *44  - 

tants  de  l'autorité.  La  critique  malicieuse  «lu  Pasquino  bisontin  s'attaque 
parfois  aussi  assez  volontiers  aux  incidents  de  la  vie  municipale. 

Barbizier  incarne  l'esprit  frondeur  et  gouailleur  des  Franc-Comtois  :  de  là 
sa  grande  et  persistante  popularité,  ("est  un  vigneron,  comme  son  compère 
Verly,  un  dévot  de  la  dive  bouteille  au  moins  autant  que  du  divin  offant 
|  entant  i  ;  et  <|iii.  aussi  bien  à  jeun  que  dans  les  vignes  du  Seigneur,  a  son  franc 
parler  sur  les  hommes  et  les  choses.  Sa  femme,  la  Naitoure,  est  particulière- 
ment l'objet  de  sa  critique  acerbe.  Voici  comment  il  la  traite  devant  l 'Enfant- 
Jésus,  à  qui  elle  a  eu  l'audace  de  demander  que  son  mari  boive  moins  et  soit 
d'humeur  plus  douce  avec  elle. 

L'écoutâs  vous.'  cot  ne  tète  de  mule; 
l 'écoutas  vous?  elle  baibille  prou; 
elle  ot  olla  ait  l'écoulé  as  Oursoules  : 
elle  n'ait  ran  aippris, 

mon  Due,  mon  Due,  elle  n'ait  point  d'esprit. 

On  a  fini  par  intercaler  dans  le  spectacle  de  la  Crèche  toutes  sortes  de 
liors-d'œuvre,  des  dioramas,  des  chromatropes,  des  marionnettes  ingénieu- 
sement articulées.  L'attrait  tout  moderne  de  la  mise  en  scène  etde  la  figura- 
tion n'y  est  même  pas  négligé.  Ainsi  on  représente  aux  yeux  ravis  du  public 
enfantin  le  grand  et  brillant  défilé  de  la  Procession  générale  de  toutes  les 
églises  de  la  ville  passant  sur  le  pont  de  Battant  ;  et  ces  splendeurs  sont 
applaudies  avec  autant  de  conviction  que  s'il  s'agissait  des  apothéoses  du 
Grand  Opéra.  Aussi  la  Crèche  n'a  jamais  cessé  d'être  au  premier  rang  îles 
récompenses  alléchantes  promises  aux  bambins  des  deux  sexes  qui  ont  été 
bien  sages. 

Des  Noéls  au  sens  satirique  du  mot,  qui  se  chantent  en  patois  dans  ces 
représentations,  sont  en  extrême  faveur  auprès  île  la  population  tout  entière. 
Il  y  a  quelques  années  encore  les  vieilles  daines  de  la  bourgeoisie  les 
savaient  par  cœur  et  les  chantaient  sans  passer  un  mot  ni  une  note.  Aussi 
lorsque  chaque  année  ramène  le  spectacle  île  la  Crèche,  on  y  voit  affluer  non 
seulement  les  enfants  mais  bon  nombre  de  grandes  personnes  qui  s'amusent 
de  la  joie  des  petits  et  viennent  là  rajeunir  leurs  souvenirs,  tout  en  riant 
pour  leur  propre  compte  des  facéties  traditionnelles  et  parfois  nouvelles 
île  Barbizier. 

On  le  voit,  notre  Bethléem  verviétois  n'est  pas  un  amusement 
isolé,  une  puérilité  dont  l'invention  soit  due  au  hasard  :  il  remonte 
a  une  respectable  antiquité  soit  par  lui-même,  soit  par  ses  élé- 
ments constitutifs:  il  a  eu,  et  il  a  encore  (')  des  analogues  dans 


(')  Il  n'y  a  pas  longtemps,  un  couvent-école  de  Henri-Chapelle  a  fait 
construire  pour  son  usage  un  Bethléem  semblable  au  Bethléem  verviétois 
de  Ville.  -  M.  François  Mullendorff.  lieutenant- colonel  en  retraite  a 
Verviers,  se  rappelle  que  dans  son  enfance,  il  y  avait  un  Bethléem  à  Luxem- 
bourg. A  Liège,  il  y  a  de  nombreux  théâtres  de  marionnettes,  dans  les 
quartiers  populaires,  surtout  consacrés  à  faire  revivre  les  héros  des  romans 
du   moyen   âge.  Mais  on   y  joue  aussi   la  naissance  a   Noël   et   la  passion   à 


—  145  — 

divers  pays  de  l'Europe.  C'est  donc  fournir  une  contribution  — 
modeste,  mais  non  inutile,  à  l'histoire  de  l'art  dramatique  popu- 
laire, que  de  fixer  la  physionomie  de  ce  petit  drame,  tel  qu'il  a 
survécu  chez  nous. 

IV.  —  A  Verviers  même,  le  Bethléem  est  certainement  très 
ancien.  Consulté  par  moi,  le  R.  P.  Halin  conjecture  qu'il  a  été 
introduit  à  Verviers  par  les  religieux  Récollets,  ces  enfants  de 
saint  François,  grand  constructeur  de  crèches,  comme  nous  l'avons 
vu  tantôt.  Or  les  Récollets  se  sont  installés  à  Verviers  en  1627. 
Par  les -documents,  il  est  impossible  de  remonter  au-delà  de  notre 
siècle.  La  question  n'a  plus  d'ailleurs  qu'un  intérêt  local  du 
moment  que  l'existence  de  ce  genre  de  théâtre  vient  d'être  cons- 
tatée en  France,  en  Italie,  eu  Allemagne  et  jusqu'en  Pologne  et 
en  Russie.  Nous  nous  contenterons  donc  de  feuilleter  les  souvenirs 
des  anciens  qui  vivent  encore  ('). 

Ceux-ci  rappellent  l'existence,  au  commencement  du  xixe  siècle, 
du  Bethléem  Wisslet,  détruit  par  le  feu  d'une  lampe  qui  se  commu- 
niqua aux  ramilles  de  la  scène;  le  Bethléem  Lange,  vers  i83o,  qui 
était  proclamé  «  plus  beau  »  que  les  autres,  parce  qu'on  en  regar- 
dait les  figurines  à  travers  des  lentilles  grossissantes;  le  Bethléem 
que  notre  historien  Xautet  a  montré  dans  sa  jeunesse,  composé 
d'images  et  non  de  figurines,  et  dont  le  tableau  central  était  l'ado- 
ration des  mages;  le  Bethléem  Bourguignon,  installé  déjà  vers 
1820,  «  moins  beau  »,  c'est-à-dire  plus  archaïque  que  celui  de  Lange  ; 
enfin  le  Bethléem  de  Ville,  ouvert  en  décembre  1862,  reconstitué 
en  1898  par  M.  Rodolphe  Closset  pour  attirer  la  foule  à  une  fête 


Pâques.  Lisez  sur  ces  marionnettes  liégeoises  un  article  de  M.  Demblon, 
dans  la  revue  Wallonia,  t.  III  (1895),  p.  1 17-124;  la  pièce  de  M.  Tilkin,  lue 
Sise  âx  Marionnettes.  Liège,  AYathelet,  1897;  et  enfin  l'Histoire  du  célèbre 
théâtre  liégeois  de  Marionnettes,  par  Rodolphe  de  Warsage,  Bruxelles,  Van 
Oest,  igo5.  Le  Bètchèin(=  Bethléem)  montois,  malgré  son  titre,  ne  joue  plus 
que  des  piécettes  profanes  :  La  consigne  est  de  ronfler,  les  deux  voleurs,  etc. 
Tournai  a  aussi  son  vieux  théâtre  de  marionnettes. 

\Y.  Ilone,  ancient  mysteries,  «  attribue  à  un  théâtre  de  marionnettes  une 
pièce  fort  grossière  sur  la  naissance  de  Jésus-Christ  qui  fil  quelque  bruit  sur 
le  port  de  Dieppe  en  1822.  Cette  rhapsodie  était  jouée  par  des  acteurs 
vivants.  11  aurait  été  facile  â  l'habile  critique  de  citer  d'autres  exemples. 
En  i85i,le  grand  théâtre  mécanique  de  Montpellier  a  lait  représenter  /«■< 
Naissance  de  Xotre-Seigneur  et  l'Adoration  des  Bergers,  pièce  pour  les  marion- 
nettes. Elle  est  imprimée  et  porte  le  nom  de  M.  A.  Bartro.  »  (Magnin,  p.  1  i(i, 
note). 

(!)  Nous  supprimons  ici  des  indications  relatives  aux  divers  Bethléem 
verviétois  du  xixe  siècle,  comme  étant  seulement  d'intérêt  local.  On  pourra 
toujours,  si  on  le  désire,  se  reporter  â  l'édition  du  Bulletin  de  la  Société  ver- 
viétoise  d'Archéologie  et  d'Histoire,  t.  II  (1900),  pp.  1G-20. 

10 


—  i46  — 

de  bienfaisance.  A  force  de  patience,  d'ingéniosité,  de  recherches, 
de  démarches  el  de  dépenses,  M.  Clossel  réussit  à  restaurer  le 
petit  théâtre  en  entier,  à  rétablir  le  scénario  de  L'exhibition,  et 
la  fête  eut  un  plein  succès.  Après  la  saison,  le  matériel  passa  au 
patronage  de  Saint- Joseph,  qui  le  montre  chaque  année,  de  Noël 
a  l'Epiphanie  Mais  un  antre  Bethléem,  celui  de  la  Jeunesse  de 
Saint-Antoine, rajeuni,  modernisé,  lui  l'ait  la  concurrence.  Je  m'en 
suis  tenu  au  plus  archaïque  des  deux;  je  l'ai  visité  plusieurs 
années  consécutives  en  l'olkloriste  :  c'est  lui  qui  m'a  fourni  les 
cléments  de  la  présente  description. 

V.  —  Qu'on  se  figure  d'abord  un  entablement  courant  autour 
des  quatre  murs  d'une  salle.  Les  scènes  diverses  sont  figurées  par 
autant  de  groupes  disposés  a  la  suite  l'un  de  l'autre  sur  cette 
estrade,  le  long  des  quatre  murs.  L'imprésario  conduit  son  monde 
<l'une  scène  à  l'autre  en  débitant  quelques  paroles  de  boniment 
pour  annoncer  le  sujet.  Fendant  que  l'une  ou  l'autre  poupée  ma- 
nœuvre et  que  les  spectateurs  regardent,  des  gamins  dissimulés 
derrière  la  scène  entonnent  des  couplets  de  vieux  noëls.  Tels  sont 
en  général,  pour  donner  d'abord  une  idée  d'ensemble,  les  premiers 
cléments  du  minuscule  théâtre  que  nous  nous  proposons  d'étudier 
maintenant  en  détail. 

Cet  hiver  (1898-99),  l'installation  est  faite  dans  la  grande  salle 
de  tètes  et  de  conférences  de  la  Société  Le  Foyer.  L'entablement 
a  été  fabriqué  d'une  façon  très  ingénieuse.  On  ne  savait  où  remiser 
les  longs  bancs  a  dossier  qui  garnissent  d'ordinaire  cette  salle. 
En  alignant  ces  bancs  deux  à  deux,  face  à  face,  on  obtint,  sans  dé- 
ménagement du  mobilier,  sans  encombre  et  sans  frais  (ce  qui  n'est 
pas  à  dédaigner),  une  assise  solide  sur  laquelle  on  établit  le  plan- 
cher du  Bethléem,  plancher  spécial  dans  lequel  certaines  rainures 
sont  ménagées  pour  le  maniement  de  diverses  figurines. 

La  scène  élevée  ainsi  à  hauteur  de  la  main,  pas  trop  haute  pour 
des  regards  d'enfants,  a  environ  un  mètre  de  profondeur.  Le  fond 
actuel  est  formé  de  toiles  qui  ont  été  brossées  en  1893,  avec  la 
naïveté  et  l'inachevé  absolument  nécessaires,  par  le  peintre  ver- 
\  iétois  Félix  Ymart,  pour  la  fête  de  charité  dont  nous  avons  parlé. 
hateaux  arabes  aux  murs  blancs  sur  des  montagnes  plus  ou 
moins  iduméennes, des  minarets,  des  mosquées,  des  arcades  et  des 
tours  de  style  égyptien,  les  hauteurs  de  Jérusalem  et  la  montagne 
de  Sion,  tout  cela  prolongeant  la  perspective  de  la  petite  scène 
forme  un  charmant  décor  qui  complète  l'illusion  sans  forcer  l'atten- 
tion   du    spectateur.   Nos   gravures    en    donneront   d'ailleurs    une 


—  *47  — 

idée  plus  exacte  que  nous  ne  pourrions  la  donner  par  une  descrip- 
tion (*). 

L'éclairage  se  l'ait  au  pétrole.  Il  y  a  un  quinquet  minuscule  dans 
chaque  maisonnette.  D'antres  sont  disposés  ça  et  là  sur  la  petite 
scène  pour  éclairer  les  groupes. 

Sur  le  plancher,  de  la  sciure  de  bois.  Par  endroits,  du  varech 
entoure  les  groupes,  simulant  la  verdure.  Aux  angles  et  a  diverses 
places,  il  y  a  des  arbustes,  soit  du  houx  fraîchement  coupé  avec 
ses  baies  rouges,  arbuste  de  Noël,  soit  un  sapin,  véritable  arbre 
de  Noël,  «pii  est  illuminé  et  orné  dans  la  nuit  du  24  décembre  pour 
une  représentation  extraordinaire.  Ce  sapin  est  un  intrus  d'ori- 
gine germanique,  qui  n'a  d'ailleurs  qu'une  valeur  ornementale. 

Le  lecteur  étranger  a  ce  spectacle  aura  déjà  deviné,  a  certains 
traits  qui  précèdent,  le  mode  de  disposition  du  matériel.  Au  lieu 
d'imaginer,  pour  la  vingtaine  de  tableaux  à  reproduire,  vingt  chan- 
gements de  décors  et  de  ligures  a  effectuer  sur  place  devant  une 
assemblée  assise;  et  immobile,  les  tableaux  sont  juxtaposés  tout  le 
long  des  quatre  murs  et  c'est  le  spectateur  qui  se  déplace,  en  évo- 
luant de  gauche  à  droite,  suivant  l'usage  ordinaire  en  une  foule  de 
cas  analogues.  Le  même  phénomène  se  produit  pour  les  stations 
du  Chemin  de  la  Croix  dans  les  églises,  et  pour  celles  de  ces  autres 
chemins  de  la  croix  installés  en  plein  vent,  au  penchant  des  col- 
lines, et  qu'on  appelle  des  calvaires.  Le  spectateur  ne  regarde  point 
passer,  il  passe  les  marionnettes,  si  on  peut  risquer  ce  wallonisme. 
Les  tableaux,  au  lieu  d'être  successifs,  sont  donc  simultanés  ;  c'est 
au  spectateur  à  se  mobiliser  pour  les  rendre  successifs.  Les  grands 
théâtres  religieux  du  moyen  âge  n'ignoraient  d'ailleurs  pas  cette 
naïve  mais  commode  disposition.  Moue  et  Froning,  dans  leurs 
ouvrages  sur  les  mystères,  donnent  le  plan  de  la  scène  à  Donaues- 
chingen.  Les  spectateurs,  massés  à  droite  et  à  gauche  de  l'im- 
mense rectangle  de  la  scène,  avancent  à  mesure  que  l'action  se 
déplace  (2). 

Bien  que  casé  seulement  à  quelques  centimètres  de  ses  voisins, 
chaque  tableau  a  donc  son  individualité  propre.  Le  lieu  de  l'action 
est  réduit  à  la  taille  des  petits  acteurs  et  d'une  architecture  sui 


(!)  M.  F.  Ymart  est  le  même  qui  a  écrit  et  illustré  cet  intéressant  Carnet 
d'un  flâneur,  notes  et  croquis  du  vieux  Verviers  (Vinche,  1894,  81  p.  in-S). 
Il  n*a  pas  manqué  d'y  consacrer  deux  ou  trois  pages  humoristiques  au 
Bethléem.         Pour  les  gravures  annoncées,  voir  la  première  édition. 

(2)  F.-.I.  Moue,  Schauspiele  des  Mitteliriters,  2  vol.,  2e  édition,  Mannheini. 
i852.  Cf.  II,  p.  i56.  —  Ur  R.  Froning,  dus  Drama  des  Mittelalters,  1891, 
Stuttgart.  Cf.  p.  27G. 


—  i48  - 

o-eneris.  Les  veux  naïfs  peuvent  admirer  sans  la  moindre  hésita- 
tion  l'église  où  Joseph  a  épousé  Marie,  le  palais  d'Hérode,  la 
maison  de  la  nativité  a  Bethléem,  une  auberge,  un  moulin,  un 
atelier  «le  charpentier,  le  temple  même  où  Jésus  va  prêcher  au 
milieu  des  docteurs.  Aucun  souci  d'ailleurs  de  reconstitution 
archéologique.  Les  temples  juifs  sont  figurés  par  des  églises  de 
village.  L'oratoire  de  la  Vierge  es1  une  sorte  de  berceau  de  ver- 
dure, —  moins  la  verdure,  —  coiffé  d'une  pyramide  fort  drôle.  La 
maison  de  Joseph  et  de  Marie  a  Nazareth  reproduira  un  intérieur 
de  famille  wallonne  :  rideaux,  meubles,  berceau  de  l'enfant,  poêle, 

cruche  au  lait,  tout  est  le  diminutif  exact,  et  coquet  cette  fois,  de 
la  vie  journalière  dans  nos  villages.  Lien  n'y  manque, pas  même  le 
rouet,  un  amour  de  rouet,  tout  mignon  a  la  quenouille  chargée 
de  chanvre.  Dernièrement  un  amateur  en  a  offert  quinze  francs. 
H  mi  a  été  pour  ses  offres  :  le  rouet  de  la  Vierge  n'est  pas  a 
vendre.  Le  palais  d'Hérode  a  des  colonnes,  des  draperies,  des 
laquais  galonnés.  L'atelier  de  Joseph  présentera  un  ban  de  menui- 
sier, des  outils  divers:  Joseph  aura  la  scie  en  main  et  sciera  une 
planche.  Bref,  tout  h'  spectacle  est  conçu  dans  une  note  très  réa- 
liste, mais  la  réalité  que  les  auteurs  ont  représentée  est  celle  de 
leur  temps.  Il  en  résulte  «pie  les  pièces,  les  costumes,  les  figures 
du  petit  théâtre  se  modernisent  sans  effort  à  mesure  qu'il  faut  les 
renouveler.  Cette  année  même,  j'ai  été  témoin  de  l'addition  d'un 
temple,  nommé  église  de  la  messe  de  minuit,  une  pièce  en  grès 
toute  ajourée  dans  laquelle  une  petite  lampe  simule  a  la  perfection 
les  illuminations  féeriques  de  matines  ('). 

Des  figurines  anciennes,  il  reste  peu  de  spécimens  dans  le  théâtre 
actuel.  Le  Bethléem  est  un  peu  comme  le  couteau  de  Jeannot, 
toujours  sensiblement  le  même,  bien  que  toujours  renouvelé  Par 
malheur,  ce  sont  les  plus  intéressantes  pièces,  les  mobiles,  les 
articulées  qui  se  disloquent  le  plus  vite.  La  mâle  Magrite,  de  si 
populaire  mémoire,  a  sans  doute  reçu  sur  sa  pauvre  maquette  de 
trop  libérales  volées  de  coups  de  bâton  :  on  a  dû  rattacher  sa 
vieille  tète  en  morceaux  par  un  cercle  de  fil  de  fer.  Nous  pouvons 
citer  encore,  parmi  les  anciennes  figures:  le  mari  de  Magrite,  digne 
pendant  de  sa  noble  épouse,  avec  sa  face  plate  sculptée  à  la  serpe 


1 1  A  la  suite  île  cette  constatation  —  émise  par  nous  dans  une  contérenec 

préalable  sur  le  Bethléem  -  les  auteurs  de  l'addition  annoncent  l'intention 
île  supprimer  ce  numéro,  comme  contraire  à  lu  tradition.  Ce  scrupule  les 
honore,  niais  il  leur  est  tout  loisible  d'innover. 


—  x49  — 

et  les  trois  goitres  hideux  qui  lui  servent  de  cou;  le  Saint-Joseph 
de  la  fuite  en  Egypte,  le  Saint-Pierre  en  train  de  pécher.  Ces 
vieilles  tètes  sont  plus  grossières,  plus  fortes,  décolores,  presque 
noires,  et  pourtant  ne  manquent  pas  d'expression.  Parmi  les  figu- 
rines plus  récentes,  il  y  a  aussi  d'ailleurs  des  tètes  originales  : 
deux  ou  trois  de  la  Vierge,  en  cire,  très  fines;  celle  du  meunier, 
celle  du  suisse  au  premier  tableau,  deux  petites  tètes  de  vieillards 
toutes  en  nez  et  en  menton  :  eelles  encore  des  pharisiens  qui 
écoutent  prêcher  Jésus  :  le  sculpteur  leur  a  fait  un  air  inintelligent 
et  ahuri  qui  réjouit  tous  les  spectateurs. 

Le  mécanisme  est  aussi  fort  simple,  ce  qui  est  encore,  à  notre 
avis,  une  preuve  intrinsèque  d'ancienneté.  Le  plus  grand  nombre 
des  figurines  sont  des  poupées  immobiles,  habillées  et  coloriées, 
destinées  à  formel- des  groupes.  Celles  qui  se  meuvent  reçoivent 
le  mouvement  de  gamins  dissimulés  sous  la  scène.  Il  faut  distin- 
guer les  mouvements  suivants. 

D'abord  certains  groupes  tournent,  d'une  manière  très  simple  : 
ils  sont  rangés  en  rond  sur  une  bande  circulaire  de  fer-blanc,  et 
c'est  la  platine  qui  se  meut,  entraînant  les  personnages  de  bois 
qui  sont  en  réalité  immobiles.  Ainsi  sont  disposés  les  soldats  du 
roi  Hérode.  Au  moment  marqué  par  le  scénario,  les  soldats  doivent 
sortir  du  palais  :  demi-tour  de  la  platine  qui  fait  arriver  de  l'inté- 
rieur devant  la  porte  la  petite  armée  en  colonnes.  On  interroge  le 
laboureur,  et,  en  suite  de  sa  réponse  trompeuse,  l'armée  reçoit 
l'ordre  de  rentrer  au  palais  :  second  demi-tour  qui  fait  rentrer  les 
soldats  par  une  seconde  porte.  La  même  disposition  a  été  adoptée 
pour  figurer  les  rondes  des  bergers  et  bergères  qui  dansent  pour 
se  réjouir  de  la  naissance  du  Messie  :  ce  sont  tout  simplement  des 
poupées  se  donnant  la  main  et  disposées  en  rond  sur  une  platine 
tournante.  Magnin  dit,  p.  79,  que  ce  système  a  été  inventé  par  un 
mécanicien  italien,  Bartholomeo  Xeri.  C'est  possible,  mais  n'est- 
ce  point  là  une  de  ces  inventions  qui  peuvent,  en  raison  de  leur 
simplicité,  s'être  produites  plusieurs  fois  séparément? 

Il  y  a  des  personnages  qui  doivent  marcher.  Ceux-ci  s'avancent 
dans  une  rainure  du  plancher  de  la  scène  et  le  petit  machiniste 
caché  derrière  ou  dessous  n'a  qu'à  faire  avancer  ou  reculer  la  pièce 
par  un  prolongement  de  fil  de  fer  visible  pour  lui  seul.  C'est  par 
ce  procédé  que  la  mâle  Magrite  sort  de  son  hôtellerie  pour  chasser 
les  deux  saints  voyageurs,  Joseph  et  Marie;  c'est  ainsi  que  son 
mari,  occupé  à  l'angle  de  l'auberge,  vient  à  la  rencontre  de  sa 
femme  pour  la  raclée  traditionnelle.  De  la  même  façon,  le  meunier 


—    I  ;>o 


monte  an  moulin,  la  Vierge  grimpe  à  la  maison  d'Elisabeth.  Les 
bergers  qui  descendent  de  la  montagne  pour  se,  mêler  à  la  ronde 
n'ont  pas  «l'antre  moyen  de  locomotion  :  ils  sont  à  la  file,  et  il  est 
aussi  facile  d'en  faire  descendre  dix  qu'un  seul.  La  sciure  de  bois, 
le  varech,  des  garde-fous  et  de  faux  escaliers  dissimulent  tant  bien 
((ne  mal  le,  mécanisme,  ("est  encore  par  le  même  procédé,  un  peu 
modifié,  qu'on  t'ait  marcher  côte  à  côte  deux  personnages.  Quand 
Marie  et  Joseph  vont  à  l'hôtellerie  ou  quand,  partis  à  la  recherche 
de  Jésus,  ils  arrivent  devant  le  temple  où  disserte  leur  jeune  fils, 
les  deux  personnages  sont  placés  de  front  sur  une  rondelle  de 
bois,  et  h;  centre  de  la  rondelle  s'engrène  dans  la  rainure.  Si  la 
main  qui  ment  cette  rondelle  est  soigneuse,  elle  peut  non  seule 
ment  faire  avancer  les  deux  personnages,  mais  aussi  les  faire 
tourner  légèrement  aux  détours  de  la  route  pour  qu'ils  restent  de 
front,  leur  ménager  une  façon  naturelle  de  rebrousser  chemin. 
Mais  comme  il  y  a.  en  ce  cas,  dans  le  maniement  de  la  rondelle  une 
combinaison  de  deux  mouvements,  le  petit  compère  oublieux  laisse 
souvent  repartir  Joseph  et  Marie  à  reculons.  Déjà,  dans  le  cas 
précédent,  quand  la  ficelle  ou  le  bout  de  fil  d'archal  qui  sert  à  faire 
monter  un  personnage  cesse  d'être  maintenu,  la  figurine  redescend 
a  reculons  au  point  de  départ.  Mais  les  spectateurs  sont  alors 
occupés  a  regarder  le  tableau  suivant.  Il  n'y  a  que  les  attardés  qui 
s'en  aperçoivent  et  ils  sont  pleins  d'indulgence  pour  excuser  les 
procédés  primitifs  de  la  mise  en  scène  et  les  insuffisances  de 
l'illusion. 

11  y  a  peu  de  jambes  et  de  bras  articulés.  Le  puri  biùrfyi  (berger 
paresseux)  qui,  restant  couché,  doit  «  montrer  le  chemin  avec  son 
pied  »,  a  la  jambe  droite  articulée  :  un  simple  fil  de  fer  la  lève  et 
l'abaisse.  Le  prêtre  qui  donne  la  bénédiction  nuptiale  fait  le  geste 
facile  de  bénir.  Le  vieux  «  saint  Pierre  qui  pèche  »  n'est  pas  plus 
compliqué,  il  n'a  qu'à  baisser  et  lever  un  bras;  Joseph,  à  son  établi, 
fait  marcher  nue  scie;  mais  la  figurine,  au  lieu  de  vraies  jambes, 
a  seulement  une  gaine  recouverte  d'un  tablier  de  menuisier  ;  c'est 
à  l'intérieur  de  cette  gaine  que  passe  la  ficelle  destinée  au  mouve- 
ment des  liras. 

L'armée  du  roi  Hérode,  à  cheval,  poursuivant  les  fugitifs,  a  reçu 
le  mouvement  par  un  autre  stratagème.  Quelques  chevaux  ont  les 
jambes  postérieures  montées  sur  ressort;  celles  de  devant  sont 
levées.  La  moindre  secousse,  au  besoin  donnée  par  la  baguette  de 
l'imprésario,  imprime  au  cheval  un  mouvement  d'inclinaison  en 
avant  qui  simule  assez  bien  la  progression  du  cheval. 


-   i5i  — 

Le  chameau  et  l'éléphant  qui  accompagnent  les  Rois  mages  ont 
la  tète  mobile,  mais  il  faut  que  l'imprésario  les  touche  lui-même 
de  sa  baguette  pour  leur  imprimer  un  balancement  d'arrière  en 
avant. 

Le  coloris  des  figurines  est  celui  que  reçoivent  d'ordinaire  les 
poupées  communes  en  bois.  Les  quelques  vieilles  pièces  signalées 
plus  haut  ont  depuis  longtemps  perdu  toute  couleur  et  on  se  garde 
bien  de  les  rajeunir.  Conformément  a  la  tradition,  l'un  des  Rois 
mages  a  un  visage  de  nègre. 

Quant  au  costume,  on  a  quelquefois  visé  —  et  c'est  dans  les 
pièces  les  plus  nouvelles,  —  à  reproduire  les  vêtements  étrangers. 
Les  prêtres  des  tableaux  i  et  n  ont  des  tiares  et  des  dalmatiques 
orientales.  Le  nouveau  groupe  des  rois  mages  (car  il  y  en  a  deux 
pour  le  moment)  parait  suffisamment  arabe.  Il  va  de  soi  (pie  les 
>old;its  sont  costumés  en  soldats;  les  exécuteurs  du  massacre  des 
Innocents  vous  portent  des  casques  de  pompier  et  des  uniformes 
soignes.  Les  mariés  ont  aussi  notre  costume  usuel,  noir  pour  le 
fiancé,  blanc,  complète  d'un  voile  fin,  pour  la  fiancée.  Tout  le  reste, 
bergers  et  bergères  ont  des  costumes  de  fantaisie  où  l'on  n'a  eu  en 
vue  (pie  la  variété  des  couleurs  et  des  formes. 

L'interprète  esl  du  cote  des  spectateurs  et  les  guide.  C'est  une 
bonne  vieille  femme,  année  d'une  baguette,  qui  conduit  le  public 
de  scène  en  scène,  montre  les  détails  des  tableaux,  prononce  les 
paroles.  Ces  paroles  sont  d'un  caractère  très  simple.  Il  n'y  a  pas 
ici  des  diverbia  ou  dialogues  entre  plusieurs  figures  par  le  même 
interprète,  donc  aucun  déguisement  de  la  voix  pour  simuler  les 
tons  de  personnages  différents.  Le  scénario  est  une  simple  expo- 
sition narrative,  en  quelques  mots,  du  sujet  de  chaque  tableau. 
Le  ton,  légèrement  chantant,  rappelle  le  par-cœur  des  élèves  à 
l'école  ou  des  enfants  de  chœur  à  l'église.  Le  langage  au  reste  n'a 
rien  de  lyrique;  c'est  au  contraire  le  plus  humble  sermo  pedes- 
tris.  On  y  trouve  ce  mélange  singulier  de  wallon  et  de  français 
qui  existe  aussi  dans  nos  vieux  noëls  et  dans  maintes  chansons  à 
deux  personnages.  Mais,  dans  les  noëls,  le  mélange  paraît  moins 
bizarre,  français  et  wallon  vivent  côte  à  côte  dans  des  couplets 
différents.  Les  anges,  la  Vierge,  Joseph  s'expriment  en  français 
parce  qu'il  a  semblé  aux  naïfs  auteurs  de  noëls  que  les  saints  per- 
sonnages devaient  avoir  un  langage  plus  noble  que  leur  patois  de 
tous  les  jours.  Dans  le  Bethléem,  la  phrase  semble  vraiment  maca- 
ronique  ou  farcie.  En  réalité  le  fond  est  wallon,  et  le  wallon  se 
transforme  en  français,  à   certains  moments  de  la  phrase,  pour 


—    l52    — 

citer  plus  respectueusement  les  noms  des  saints  personnages,  ou 
pour  énoncer  quelque  texte  de  l'évangile,  ou  encore  quelque  débris 
lyrique  antérieur. 

Il  faut  pourtanl  citer  d'autres  interprètes.  Les  petits,  dissimulés 

derrière  et  sous  la  scène  pour  faire  mouvoir  les  figures,  ne  se 
contentent  pas  de  jouer  ce  rôle  de  machiniste.  A  certains  moments, 
ils  chantent  aussi  des  fragments  de  vieux  noëls,  ils  représentent  le 
chœur  des  bergers  et  sont  ainsi  mêlés  à  l'action. 

On  a  souvent  constaté  la  naïveté  des  noëls  wallons.  Au  premier 
plan  viennent  toujours  les  préoccupations  gastronomiques.  Certes 
la  piété  éclate  bien  dans  cette  ardeur  (pie  mettent  les  bergers  et 
bergères,  les  paysans  et  paysannes  à  s'élancer  vers  l'humble  chau- 
mière où  reniant  divin  vient  de  naître.  Mais  une  fois  en  régie  de 
ce  côté,  on  ne  reste  pas  confit  en  dévotion;  le  caractère  divin 
disparaît,  on  ne  songe  plus  qu'à  une  accouchée  et  à  un  enfant  à 
qui  il  faut  des  vivres,  des  couvertures,  du  bois  pour  une  flambée 
joyeuse;  on  s'entraîne,  on  s'excite  à  aller  voir  le  marné  poupâ 
(bien-aimé  poupon).  L'esprit  du  peuple,  jamais  très  fort  en  archéo- 
logie, unit  dans  sa  chanson  de  Noël,  le  choeur  et  les  visites  des 
bergers  à  Bethléem  avec  la  visite  qu'il  fait  réellement  au  Beth- 
léem de  son  église;  la  joie  des  anges  et  des  bergers  se  confond 
avec  ses  réjouissances  aux  bouquetés  (crêpes  de  sarrazin)  et  aux 
tripes  (boudins).  Le  drame  que  nous  analysons  ici  a  la  même 
naïveté  réaliste.  Rien  de  tragique,  pas  même  le  massacre  des  Inno- 
cents. Tout  le  sombre  est  laissé  au  drame  de  la  Passion.  L'esprit 
wallon  n'a  pas  non  plus  exploité  les  faits  poétiques  qu'il  aurait  pu 
trouver  dans  les  légendes  ou  dans  les  évangiles  de  l'Enfance. 
Aucun  souvenir,  par  exemple,  des  oiseaux  de  terre  glaise  qu'un 
souffle  de  Jésus  enfant  anima.  Il  s'est  complu,  au  contraire,  à 
créer  des  traits  et  des  types  dont  les  livres  saints  ne  lui  ont  pas 
donne  l'idée,  la  mille  Magrite,  lu  pùri  bièrtji,  cuzé  Djilèt,  (cousin 
Gillet)  qui  joue  de  la  flûte  sur  un  sifflet,  la  cruche  au  lait  fermée 
a  l'aide  d'un  navet,  .lesus  se  reposant  des  travaux  de  menuiserie 
en  jouant  avec  la  robète  (lapin).  Noms  wallons,  mœurs  wallonnes, 
types  wallons,  dont  on  voudrait  connaître  les  origines.  Et  quels 
savoureux  anachronismes !  Les  temples  juifs  sont  des  églises,  le 
prêtre  es1  à  l'autel,  il  unit  Joseph  et  Marie  suivant  le  rite  chrétien; 
la  Vierge  chez  elle  a  un  livre  de  prière;  on  s'étonne  de  ne  pas  voir 
sur  son  armoire  une  madone  et  un  crucifix.  Je  ne  voudrais  pas 
jurer  qu'ils  n'ont  pas  figuré  jadis  dans  l'ameublement. 

L'élément  comique  du  Bethléem  s'est  développé  peu  à  peu,  inté- 


—  i53  _ 

rieurement,  par  la  destination  quasi  enfantine  de  ce  drame  de 
marionnettes.  Là  où  la  tyrannie  de  la  tradition  évangélique  ne 
pouvait  s'exercer,  l'esprit  wallon  s'est  chargé  de  broder  quelques 
inventions  profanes.  C'est  ce  qui  est  arrivé  aussi  au  drame  reli- 
gieux par  personnages  vivants,  en  Allemagne  et  en  France,  même 
des  l'époque  liturgique  du  théâtre  (1). 

Le  spectacle  débute  par  le  mariage  de  Joseph  et  de  Marie  et  se 
clôt  par  le  premier  prêche  de  Jésus  au  temple  et  l'exhibition  de 
saint  Pierre  en  train  de  pêcher.  Il  embrasse  donc  tout  ce  qui  est 
antérieur  à  l'apostolat  de  Jésus.  Enfermé  dans  ce  cercle,  il  a  une 
unité  évidente  qui  prédispose  bien  en  sa  faveur,  et  qui,  nous 
semble-t-il,  n'est  pas  le  fait  d'un  vulgaire  montreur  de  marion- 
nettes. Ce  plan  doit  avoir  été  emprunté  à  quelque  mystère.  Dire 
lequel  nous  serait  impossible.  Et  ce  n'est  pas  que  nous  n'ayons  pas 
cherché  :  nous  avons  parcouru  les  recueils  de  Michel  et  Monmer- 
qué,  deMone,  de  Froning  sans  rien  découvrir  qui  ait  avec  ce  specta- 
cle-ci d'autres  affinités  que  cellesqui  proviennent  des  textes  sacrés 
et  l'habitude  de  corser  la  représentation  de  traits  et  d'épisodes 
comiques.  La  comparaison  de  ces  inventions  extra-religieuses  est 
pourtant  le  meilleur  procédé  pour  déterminer  la  filiation.  Voici 
encore  un  caractère  qui  pourra  servir  à  cette  recherche.  Il  y  a  un 
moment  où  le  scénario  sort  de  sa  sécheresse  désespérante  et  cite 
des  vers!  des  vers  qui  apparaissent  bien  là  comme  un  emprunt  à 
quelque  œuvre  antérieure  restée  dans  la  mémoire.  Hérode  inter- 
roge un  moissonneur  sur  la  fuite  de  Joseph  et  de  Marie  : 

Laboureur,  dis,  dessur  ton  àme. 

N "as-tu  pas  vu  passer  une  blanche  daine? 

—  Si  fait,  Hérode,  dessur  mon  âme. 

J'ai  vu  passer  une  blanche  dame. 

Elle  a  passé  que  je  semais  mon  blé, 

Et  à  présent  je  vais  le  couper. 

Hérode,  qui  ne  comprend  pas  que  le  blé  a  mûri  en  une  heure  par 
miracle,  croit  les  fugitifs  hors  d'atteinte.  Il  se  retourne  vers  ses 
soldats  : 

Faisons,  faisons  la  ritournée, 

Disait  Hérode  à  son  armée  ; 

Si  j'attrape  Marie  et  son  fi 

Dune  cruelle  mort  je  le  ferai  mouri. 


(l)  M.  Wilmotte.  Les  Passions  allemandes  du  Rhin,  p.  10. 


-  i54  — 

D'où  sont  tirées  ces  naïvetés?  Non  pas  d'un  dialogue  réel;  car, 
que  signifierait  cotte  formule  de  narrateur  «  disait  Hérodè  à  son 
armée  »?  formule  qui  est  bien  dn  vieux  texte,  la  rime  en  témoigne 
assez.  Tout  ce  que  nous  avons  trouve  de  plus  approchant  est  un 
passage  des  Benediktbeurer  ('),  ainsi  conçu  :  «  deinde  Herodes 
iratus  dieat  ad  milites  suos  : 

Ite,  ite  pariter 
Manu  juncta  gladio. 
Etas  adhuc  tenera 
Nulli  parcat  filio.  » 

("est.  comme  on  voit,  le  même  mouvement  :  ite,  ite... —  faisons, 
faisons..,  mais  là  s'arrête  la  ressemblance,  puisque  dans  le  texte 
latin,  Hérode  commande  le  massacre  des  Innocents. 

L'épisode  de  la  fuite  en  Egypte  présente  encore  quelques  vêts 
de  la  même  provenance  et  du  môme  temps,  avec  une  partie  nar- 
rât ive  : 

Marie  en  entrant  dans  le  bois 

Entendit  nu  si  beau  ramage! 

«  Chantez,  chantez,  oiseau  joli, 

Pour  réjouir  mon  petit  fi. 

Chantez,  chantez,  oiseau  des  bois. 

Pour  réjouir  le  roi  des  rois.  » 

Peut-être  tout  le  Bethléem  a-t-il  été  jadis  en  vers  de  huit  syllabes 
el  le  scénario  moderne  n'en  a-t-il  retenu  que  ces  deux  échantillons. 
Peut-être  aussi  ces  vers  ne  sont-ils  qu'un  souvenir  d'ancien  mys- 
tère relatif  à  Hérode  et  à  la  fuite  en  Egypte,  intercalé  ici  comme 
les  vers  de  la  sibylle  dans  le  drame  liturgique  des  Prophètes  du 
Christ. 

Les  chœurs  (car  il  y  a  des  chœurs  qui  sont  des  fragments  de 
vieux  noëls),  suscitent  des  questions  du  même  genre.  Ces  noëls 
ont-ils  été  composés  pour  la  pièce,  ou  sont-ils  un  emprunt  habile- 
ment fait  à  la  lyrique  populaire  pour  égayer  de  musique  ce  petit 
drame?  Il  semble  bien  ici  «pie  cette  seconde  alternative  soit  la 
vraie.  Les  noëls  chantés  au  Bethléem  existent  toujours  dans  la 
mémoire  du  peuple  sous  une  forme  plus  complète.  Dans  le  draine, 
ils  apparaissent  écourtés,  blocs  étrangers  réduits  aux  dimensions 
du  petit  édifice.  Mais  L'introduction  de  ces  couplets  étrangers  dans 


Froning,  das  Drama  des  Mittelalters,  Stuttgart,  189 1.  —  Cf.  eh.  IV  : 
Weinachts- uiid  Dreikônigsspiele.  Les  vers  cités  plus  haut  sont  extraits  de 
la  page  8y5. 


—  i55  — 

le  spectacle  est-elle  contemporaine  de  la  composition  première,  ou 
sont-ils  une  agrémentation  ajoutée  longtemps  après  coup?  Il  est 
probable  qu'on  a  dû  sentir  très  tôt  la  nécessité  d'égayer  la  pièce 
par  des  chants.  L'introduction  de  ces  couplets  n'est  pas  une  amé- 
lioration de  la  dernière  heure.  Dans  les  mystères  les  plus  anciens, 
il  y  a  des  chants,  les  propres  chants  de  la  liturgie  latine,  alléluia, 
te  ileiim  ou  de  profundis,  suivant  les  situations  et  les  sentiments 
des  personnages.  Si  cette  identité  de  composition  n'est  point  for- 
tuite, elle  est  ancienne  et  non  moderne.  On  a  pu  ajouter  ou  retran- 
cher à  ces  chants,  les  masser  en  trois  ou  quatre  places  ou  les 
diviser  davantage,  car  la  constitution  du  Bethléem  n'a  jamais  été 
si  définitivement  fixe  qu'on  n'ait  pu  introduire  des  variantes  soit 
dans  les  chœurs,  soit  dans  les  paroles,  ou  même  dans  le  nombre 
et  la  succession  des  tableaux.  Les  représentations  mêmes  de  cet 
liiver  (1898-99)  le  prouvent,  puisqu'on  a  intercalé  une  église  de 
minuit  où  l'on  chante,  à  pleine  voix,  le  noël  français  d'Adam  : 
«  Minuit,  chrétiens,  c'est  l'heure;  solennelle...  »  On  a  aussi  ajouté 
cette  année,  pour  régler  les  chants  et  soutenir  les  voix,  un  harmo- 
nium, afin  de  rendre  la  petite  représentation  aussi  artistique  que 
possible. 

Les  couplets  chantes  sont  les  plus  connus,  les  plus  populaires 
des  noëls  wallons  ;  et  l'on  ne  saurait  dire  si  le  peuple  verviétois 
se  rappelle  mieux  ces  couplets  parce  que  le  Bethléem  leur  donne 
un  regain  de  vie,  ou  si,  à  l'inverse,  le  Bethléem  se  contente  de 
servir  au  peuple  ce  qui  est  resté  le  plus  populaire.  L'un  d'ailleurs 
n'exclut  pas  l'autre. 

Il  est  impossible  de  noter  au  complet,  à  la  volée,  le  texte  de 
cette  explication  narrative  des  tableaux  du  Bethléem.  Nous  avons 
essayé  plusieurs  fois  sans  succès.  On  regarde,  on  écoute,  on  sourit, 
et  l'on  oublie  de  noter.  Heureusement  nous  avons  pu  obtenir  ce 
texte  d'un  des  enfants  qui,  pour  quelques  sous,  se  tiennent  en 
permanence  derrière  la  toile  du  fond  ou  sous  la  scène  afin  de 
tourner  quelque  mécanique  au  moment  opportun  et  de  chanter  les 
fragments  de  vieux  noëls.  Nous  tenons  de  la  môme  source  le  texte 
des  chants.  De  la  sorte  il  ne  nous  restait  plus  qu'à  vérifier.  Une 
seconde  version  très  ancienne  nous  a  été  transmise  par  le  R.  P. 
Tlahn,  qui  la  tenait  de  la  famille  Bourguignon  dont  nous  avons 
parlé.  Seulement  elle  est  en  français  et  j'ai  peine  à  croire  que  ce 
ne  soit  pas  une  traduction  que  les  vieux  Bourguignon  se  sont 
évertués  à  faire  en  considération  du  lettré  qui  les  avait  inter- 
viewés. Un  plan  précieux  qui  l'accompagne  donne  la  disposition 


—  i56  — 

et  Le  schéma  de  chaque  tableau.  Pne  troisième  version,  recueillie 
jadis  par   M.   Poetgens,  existe   sous  doux   formes   :    i"  en  petits 

dessins  en  couleurs,  exécutés  l'an  i856,  sous  chacun  desquels  se 
trouve  le  texte;  2"  en  une  copie  des  mêmes  textes,  ("est  celle-là 
qui  a  servi  avec  d'autres,  en  1893,  quand  M.  Rodolphe  Closset  en- 
treprit île  reconstituer  le  boniment. 

Nous  distinguerons  de  .M.  Closset,  un  cahier,  oeuvre  de  recons- 
titution préparatoire,  et  une  copie  laite  pour  fixer  le  boniment 
de  [893. 

Notre  texte  est  celui  qui  a  été  prononcé  en  1K97-98  et  dans  les 
années  antérieures.  Mais  quand  nous  avons  voulu,  en  janvier  1899, 
contrôler  une  dernière  fois  ce  scénario  de  l'année  précédente, 
l'imprésario  avait  été  changé,  le  boniment  n'était  plus  le  même. 
Interrogée  par  nous  sur  les  variantes  qu'elle  introduisait  dans  l'ex- 
plication, l'interprète  a  déclaré  être  une  fille  du  sieur  Ville  qui 
avait  longtemps  exhibé  un  Bethléem  au  thier  du  Spintay.  Elle 
disait  donc  comme  elle  avait  appris  à  dire  dans  sa  jeunesse.  Mais 
elle  s'en  tenait  aux  textes  bibliques  presque  exclusivement  et  avait 
expulsé  les  éléments  facétieux  du  drame.  Nous  donnerons  ci-après 
les  diverses  versions  que  nous  avons  pu  recueillir.  Elle  sont  des- 
tinées à  se  compléter  l'une  l'autre,  à  s'éclairer  mutuellement  :  il  y 
a  des  traits  de  la  version  moderne  qui  n'offrent  de  sens  que  par 
l'ancienne.  Puis  le  lecteur  pourra  juger  par  lui-même  de  l'ampli- 
tude des  variations  qui  ont  pu  se  produire  dans  les  représentations 
du  petit  théâtre  en  l'espace  de  trois  générations.  Ces  textes  mon- 
treront aussi  comment,  et  jusqu'à  quel  point,  dans  une  même  ville, 
un  scénario  dramatique  très  simple  peut  varier.  Cette  constatation 
ne  sera  peut-être  pas  dénuée  d'intérêt  pour  ceux  qui  se  préoc- 
cupent des  problèmes  de  filiation  d'œuvres  littéraires  anciennes, 
dont  les  éléments  échappent  à  l'observation  directe. 

Textes  et  commentaires 

TABLEAU  I 

Le  texte  Bourguignon  (1820?)  porte  simplement  :  L'église  du 
mariage  de  In  suinte  Vierge. 

La  version  Poetgens,  i856,  n'a  pas  ce  tableau. 

La  version  Closset,  i8g3,  porte  :  Voci  l'église  du  saint  Simèon, 
wice  quu  Djôsèfèt  Marie  ont  r'çu  Vbènèdiceion. 


—  157  — 

Texte  de  1897  :  Voci  l'église  Saint-Simèon,  ivice  quu  la  sainte 
Vierge  et  suint  Djôsef  qu'a  r'çu  la  bènèdicion  ('). 

Siméon  est  le  grand-prêtre.  On  le  canonise  naïvement,  et  même, 
dans  la  dernière  version,  on  a  l'air  d'en  faire  le  patron  de  l'église. 
Le  temple  juif  est  devenu  une  église  chrétienne. 

II 

Bourguignon  :  Oratoire  de  la  Sainte  Vierge.  —  Voici  l'ange  du 
Seigneur  (jui  annonce  à  Marie  qu'elle  sera  la  mère  du  Sauveur. 

Poetgens  :  Voci  l'adôratoire  :  c'est  la  quu  la  su-inte  Vierge  fève 
ses  priyircs  qwand  l'andje  vét  li  anoncer  qu'èle  sèrc  lu  mère  de 
Christ.  Ele  Ii  dit  :  je  suis  lu  servante  du  Seigneur,  qu'il  nie  soit 
fait  selon  votre  parole.  —  Çou-voci  vu  mosteûre,  mes  èfants,  quu 
vos  d'véz  je  vos  priyircs  tos  lès  d'joûs  et  bè  hoùter  vos  père  et  mère, 
comme  l'a  fait  la  suinte  Vierge. 

Christ  n'est  guère  du  langage  populaire  :  c'est  la  seule  fois  que 
ce  mot  apparaît  dans  ces  divers  textes. 

Remarquez  le  mot  adoratoire.  La  seconde  phrase  ne  sert  qu'à 
traduire  ce  mot  inconnu  au  peuple. 

Closset  (cahier)  :  Voici  l'oratoire  de  lu  suinte  Vierge.  —  (L'ange 
descend)  :  Voici  l'ange  du  Seigneur  (jui  vient  unnôcer  à  Marie 
qu'elle  sera  la  mère  du  Sauveur.  La  suinte  Vierge  rèspond  :  qu'il 
me  soit  fait  selon  votre  parole.  —  (Le  Saint  Esprit  descend.)  Elle 
a  côçu  par  l'opération  du  Suint  Esprit. 

Closset  (texte  de  i8o,3)  :  Voci  l'adôratoire  du  la  sainte  Vierge. 
C'est  la  qu'île  fève  ses  priyircs.  Voci  l'ange  du  Seigneur  qui  vint 
annôcer  à  Marèie  qu'èle  sèrè  la  mère  du  Sauveur.  Lu  suinte  Vierge 
rèspond  :  qu'il  me  soit  fait  selon  votre  parole.  Et  elle  a  côcu  pur 
l'opération  du  Saint  Esprit,  et  le  Verbe  s'est  fait  chair  et  il  n-t-hô- 
bité  pur  mi  nous. 

Texte  de  1897  :  Voci  l oratoire  de  la  Sainte  Vierge  :  C'est  la  qu'ile 
fève  ses  priy ires.  L'ange  du  Seigneur  vint  (=  vient)  annoncer  à 
Marie  qu'elle  sera  la  mère  du  Sauveur.  —  Et  voci  l'Saint  Esprit. 

Le  Saint-Esprit  est  en  1897  une  colombe  descendant  obliquement 
le  long  d'un  fil  jusqu'à  la  fenêtre  de  l'oratoire.  Il  y  a  une  colombe 
et  un  ange  dans  la  photographie  de  1893. 


(•)  Nous  avertissons  que  ees  textes  ne  doivent  pas  être  pris  en  qualité  de 
textes  wallons.  Ils  passent  sans  transition  du  wallon  au  français  et  du  fran- 
çais au  wallon.  Ajoutez-y  un  troisième  langage  :  le  français  prononce  à  la 
verviétoise  (anôcer  pour  annoncer,  côçu  pour  conçu).  Nos  graphies  essaient 
autant  que  possible  de  se  modeler  sur  ces  variations. 


—  i58 


m 


Bourguignon  :  Moulin  ù  vent.  —  Voici  le  meunier  qui  moud  son 
grain.  Le  domestique  conduit  auecson  une  lu  farine  ù  domicile. 

Ce  tableau  ne  paraît  nullement,  ainsi  annoncé,  se  rattacher  à  la 
vie  «le  Jésus.  Les  versions  suivantes  sont  plus  explicites. 

Poetgens  :  Vola  lu  molin  n  vint.  \'os  vèyez  la  lu  moûnî  qui  va 
monde  de  grain  po  pwèrter  h  Bethléem  po  fé  dès  bolêyesà  Vèfani 
Jésus. 

Closset  (cahier)  :  Vola  Vmolin  a  vint  (jui  moud  de  grain  po-z-alez 
;i  Bethléem.  Vola  l'moûnî  <jiii  monte  so  s'gurnî  avou  dès  sètehs. 

Déjà,  avant  qu'il  ne  naisse,  on  se  préoccupe  de  lui  faire  <le  la 
bouillie!  Naïf  anachronisme  qui  suppose  connu  tout  ce  qui  sera. 
Cela  l'ait  songer  à  la  chanson  moderne  où  Napoléon  tout  puissant 
dit  avec  mélancolie  :  «Sans  avoir  décoré  Talma  j'irai  mourir  à 
Sainte-Hélène». 

La  copie  Closset  pour  1893  porte  :  Voci  Vmolin  a  vint.  Vos 
vèyéz  Vmoûnî  —  qui  monte  so  s'gurni  —  po-z-aler  monde  de  grain 
—  po  fé  dèl  f arène  —  po  pwèrter  a  Bethléem  —  po  fé  dèl  holèye  à 
Vèfant  Jésus.  On  a  visiblement  corsé  le  texte  en  vue  de  la  repré- 
sentation au  Globe. 

Mon  texte  de  1897  porte  simplement  :   Le  moulin  au  vint.  - 
Voci  Vmoûni  —  qui  môte  so  s'gurni  —  po  fé  dèl  bolèye  —  a  Vèfant 
Jésus. 

(Bourg.  4) 

Bourguignon  compte  ensuite  comme  tableau  séparé  une  ber- 
gerie adjacente  au  moulin,  avec  l'annonce  :  Voici  la  bergerie  du 
meunier.  Ce  tableau  formait  un  petit  groupe  destiné  à  l'amuse- 
ment des  enfants.  Comme  il  était  sans  utilité,  et  n'avait  pas  pour 
se  soutenir  le  pittoresque  du  langage,  il  a  disparu. 

IV  (Bourg.   5) 

Bourguignon  :  Voici  la  montagne  de  Zaeharie.  Au  dessus  se 
trouve  la  maison  de  sainte  Elisabeth.  —  El  voici  la  Vierge,  accom- 
pagnée de  saint  Joseph,  qui  vont  lui  rendre  visite. 

Poetgens  :  Vola  la  sainte  Vierge  et  saint  Djôsef  qui  vôt  rède 
(vont  rendre)  visite  a  leû  cusène  sainte  Elisabeth. 

Closset  :  ]'oci  Vmôtagne  d'Isaï  wice  quu  Notru-Dame  va  rinde 
visite  a  s'eusène  Elisabeth.  (La  sainte  Vierge  s'arrête  ù  une  petite 
distancede  lu  porte)  :  Mettez  co  <>'})auc,  suinte  Vierge! 

Notre  texte  de  1897  est  conforme  au  précédent,  sauf  un  mol  :  la 


-   159  - 

Vierge  va  visiter  sa  sœur  Elisabeth.  De  part  et  d'autre  la  mon- 
tagne est  appelée  montagne  d'Isaïe.  ("est  une  corruption  évidente 
provenant  de  ce  que,  si  Elisabeth  est  populaire,  Zacharie  ne  l'est 
nullement.  Son  nom,  oublié,  est  devenu  par  assonance  Isaïe. 

Il  y  a  un  escalier  à  gravir  pour  pénétrer  dans  la  demeure.  Marie, 
aussi  visiblement  lourde  que  dans  certain  tableau  de  Rubens, 
s'arrête  an  milieu  de  l'escalier.  Et  la  vieille  interprète,  s'improvi- 
sant  actrice  dans  le  drame,  l'encourage  d'un  mot  familier,  non 
sans  y  mettre  une  pointe  de  malice  :  mutez  èco  ô  pane,  Sainte 
Vierge!  Alors  la  Vierge  lait  un  effort  et  gravit  les  dernières 
marches.  Ce  trait  ne  manque  jamais  son  effet  sur  l'assistance. 

Cette  montagne  de  Zacharie  est  actuellement  constituée  par  une 
maison  ouverte  qui  laisse  voir  Elisabeth  assise  au  milieu.  Cette 
maison  repose  sur  un  amas  de  rochers  où  l'on  a  rassemblé  une 
foule  d'animaux  assez  disparates,  des  chèvres,  des  vaches,  des 
lions,  des  serpents,  toute  la  faune  du  paradis  terrestre  et  de  l'arche 
de    Noé. 

Y  (Bourg.  <i 

Bourguignon  :  Voici  F  hôtellerie  de  la  méchante  Magrite.  La 
sainte  Vierge  vient  a  passer,  demande  à  logis,  et  (elle)  lui  refuse 
en  lui  donnant  des  coups  de  balai.  Son  mari  indigné  vient  par  la 
fenêtre,  frappe  sa  femme  avec  un  bâton. 

La  scène  doit  être  à  Bethléem  lors  du  recensement.  C'est  chose 
étrange  comme  les  tableaux  sont  mal  liés  et  combien  peu  de  peine 
l'on  s'est  donnée  pour  indiquer  au  spectateur  les  circonstances  de 
temps  et  de  lieu.  Pareille  négligence  ne  se  comprendrait  pas  si  le 
public  ne  connaissait  pas  d'ailleurs  les  détails  omis.  C'est  ce  qui 
corrobore  notre  hypothèse  (pie  le  spectacle  du  Bethléem  procède 
de  quelque  mystère  de  la  nativité.  Les  autres  versions  ne  sont  pas 
plus  explicites. 

Poetgens  :  Yoci  lu  maie  Magrite  avou  s'ramon.  C'est  qwand 
saint  Djôsef  et  la  sainte  Vierge  li  vôt  d'mander  a  lodjis,  qu'île  lès 
tchèsse  èvôye.  Mais  s' bouname  qu'est  pu  charitàve  quu  lève,  èl 
vét  corèdji. 

Closset,  copie  pour  i8o,3  :  Voci  Vmanhon  dèle  mâle  Magrite. 
(Le  cahier  ajoute  des  indications  scéniques  :  Saint  Joseph  et  la 
sainte  Vierge  savancent  sur  le  seuil.)  —  Saint  Djôsef  et  la  Vierge 
vunèt  dniander  a  lodjî,  mais  l'male  Magrite  lès  heûve  èvôye  avou 
s'ramon.  (Cahier  :  Magrite  sort  et  balaie.)  —  Voici  s' bouname, 
qu'est  co  pus  charitàve  quu  lève  :  i  vint  V corèdji  avou  s'bordon. 


—  160  — 

Textede  1897  :  Voci  l'mâhon  dèle  mâle  Magrite.  Saint  Djôsèf  et  la 
suinte  Vierge  vinèt  iV miauler  l'hospitalité;  mais  T maie  Magrite  lès 
tchèsse  èvôye  avou  s'ramon,  Su  bouname,  pu  charitâve,  ki  vét 
Vcorèdji  avou  s'bordon. 

Mâle  Magrite  est  un  sobriquet  bien  populaire.  On  sait  que  les 
prénoms  employés  dans  tin  sens  péjoratif  sont  communs  et  que 
les  femmes  de  mauvaise  conduite  ou  de  méchant  caractère  ont 
souvent  uni  aux  prénoms  qu'elles  portaient.  Voyez  au  Voc.  des 
poissardes  d'Albin  Body  (')  les  mots  Magrite.  Marôye,  Djètrou, 
Muïon,  Agnès,  Daditte,  Djâquelène,  Djihène,  Madelinne,  Zabai. 
A  Liège,  Tchantchè  (=  François)  signifie  factotum.  Mathî  est  un 
sot.  Le  français  dit  un  Alphonse,  une  Agnès. 

L'origine  de  cette  légende  nous  reste  inconnue. 

A-t-on  remarqué  cette  variante  de  mise  en  scène,  que,  dans  le 
plus  ancien  texte,  le  mari  vient  par  la  fenêtre'!  Qu'on  ne  croie  pas 
qu'il  se  contente  de  passer  le  bras  par  la  fenêtre.  Nous  avons  des 
dessins  accompagnant  la  version  Bourguignon  et  la  version  Poet- 
gens.  Dans  cette  dernière,  en  effet,  le  mari  se  contente  d'appa- 
raître à  la  fenêtre  armé  d'un  très  longbâton.  Mais  dans  le  Betliléem 
Bourguignon,  le  dessin  montre  l'homme  s'élançant  par  la  fenêtre, 
le  bâton  levé,  une  jambe  déjà  en  debors.  Comme  ce  mouvement 
devait  être  difficile  à  exécuter,  on  le  supprima.  Actuellement  le 
mari  est  dehors,  sur  un  des  côtés  de  l'auberge;  il  s'avance  au 
moment  propice  par  une  rainure. 

VI  (B.  7,  P.  G,  C.  6) 

Bourguignon  (t.  7)  :  Voici  le  berger  paresseux  couché  par  terre. 
—  Grand-Pére  vient  à  passer,  lui  demande  le  chemin  pour  aller  à 
Bethléem.  Trop  paresseux  pour  se  lever,  (il  le)  lui  montre  avec- 
son  pied. 

Poetgens,  (t.  6)  :  Vola  li  pùri  bèrdji.  C'est  qwand  quécôq  (quel- 
qu'un) li  vét  demander  V  vôye  po-z-aler  a  Bethléem,  quu  V  pùri 
bèrdji  li  mosteùre  avou  s'pi.  «  C'èst-là!  »  dist-i. 

Closset (cahier)  :  Tableau  VI,  représente  le  upûri  bièrdji  »  couche 
mi  boni  d'une  route.  Explication  :  Voici  des  j>aysans  qui  vont  à 
Bethléem.  I  d'mandèt  Vvôye  à  pùri  bièrdji  i/u'èst  si  piiri  qu'èlzi 
acsègne  avou  s'j)i.  La  copie  du  scénario  de  i8g3  omet  l'indication 
scénique  du  début  et  dit  à  la  fin  :  ...  a  pùri  bièrdji  qu'èlzi  acsègne 
avou  s'pi...  C'èst-là! dist-i. 


(l)   Bulletin  de  lu  Société  liégeoise  de  Littérature  wallonne,  t.   XI.   1868. 


-   i6i   - 

Le  texte  de  1897  est  identique  à  celui  de  189,3. 

Le  pûri  bièrdji  qu'acsègne  lu  vôye  avou  s'pi  est  resté  proverbial 
dans  le  canton  de  Verviers  pour  qualifier  une  paresse  excessive. 
Cette  fois,  il  est  facile  de  voir  que  ce  n'est  pas  le  drame  qui  a 
emprunté  au  peuple  le  type  tout  créé.  Il  est  peu  probable  que  le 
peuple  eût  choisi  justement  un  berger  comme  type  de  la  paresse. 
("est  le  drame  qui  avait  besoin  ici  d'un  berger  :  c'est  lui  qui  a  créé 
et  popularisé  \r  type.  (V  proverbe  ne  se  trouve  pas  dans  le  Dic- 
tionnaire des  spots  de  Dejardin. 

Vil    H.  s.  p.  :.  c.  -, 

Avec  l'apparition  des  bergers  commencent  les  chœurs.  Ici  il  y 
a  des  variantes  plus  nombreuses,  des  omission-  et  des  transposi- 
tions d'un  texte  a  l'autre. 

Bourguignon  ne  parle  pas  de  chants.  On  ne  lui  avait  sans  doute 
demandé  que  les  paroles.  Son  texte  porte  (t.  8)  :  Voici  la  montagne 
de  frère  Ernout.  Les  bergers  font  la  ronde  pour  se  réjouir  de  la 
venue  du  Messie. 

Poetgens,  sous  le  dessin  colorié  qui  représente  une  ronde  au 
premier  plan  dans  une  prairie,  et,  en  haut,  un  ermite  devant  la 
porte,  de  son  ermitage, inscril  sans  explication  préalable  un  couplet 
de   Noël  : 

Djans.  corans-î  tôt  dansant, 

Veye  lu  mirôke  du  eist-èfant 

<,>ui  est  né  d'one  pucèle. 

Duhôbe-tu,  mère,  ay,  nosse  Djuhan, 

Duhôbe-tu  <l<">.  bôcèle. 

Puis  il  ajoute  :  La  a  d'zeûr  c'est  frère  Non.  Lisez  fré  Renou,  et 
ne  soyez  pas  étonne  de  voir  un  frère,  c'est-à-dire  un  religieux,  un 
moine  avant  le  christianisme.  Fré  Renou  est  un  peu  parent  de 
saint  Siméon. 

Closset  (cahier)  introduit  le  chœur  par  quelques  mots  :  tableau?, 
représente  des  bergers  dansant  en  rond  sur  la  montagne;  une 
bande  de  bergers  qui  doit  descendre  pins  tard.  Toc/  ïdanse, 
corans-î  tôt  dansant.  Quand  la  danse  commence,  on  chante  les 
couplets  suivants.  Suivent  en  effet  les  quatorze  couplets  d'un  noël 
wallon  commençant  par  le  vers  :  Choufl  chouf '!  Marèie,  ki  fait-i 
freu!  Ce  chœur  est  copié  du  recueil  liégeois  de  noëls  imprimé  chez 
L.  Grandmont-Donders,  qui  se  vendait  a  Verviers  avec  la  men- 
tion :  Verviers,  chez  A.  Remacle,  imprimeur  libraire,  remplaçant 
la  mention  de  l'imprimeur  liégeois.  Ce  cahier  contient  également 

11 


—    ï6'2    — 

la  copie  fidèle  de  la  musique  «  1  * '  celle  ('dit ion,  ligne  pour  ligne.  Ces 
transcriptions  ne  prouvent  pas  que  tout  le  noël  était  alors  chanté 
an  Bethléem.  M  Closset,  qui  s'est  servi  de  ce  cahier  pour  sa  copie 
définitive  de  1893,  ne  conserve  qu'un  seul  des  quatorze  couplets, 
le  huitième,  celui  que  nous  avons  transcrit  plus  haut.  Enfin,  en 
[897,  <oi  chaule  a  cet  endroit  les  couplets  un,  trois  et  six  (édition 
Grandmonl  ou  Remacle,  11.  5,  7,  4  de  l'édition  Dontrepont).  11 
semble,  a  première  vue,  (pie  ces  variations  du  chant  témoignent 
d'une  extension  du  chœur  à  mesure  qu'on  se  rapproche  de  l'état 
actuel.  Xous  n'en  croyons  rien  cependant.  Il  y  a  dans  les  versions 
Bourguignon  et  Poetgens  des  personnages  dont  la  présence  ne 
s'explique  que  par  les  couplets  de-  ce  même  noël.  Quest-ce  «pie 
Grand-Pére  dans  la  première  version?  Qu'est-ce  que  Fré  lie  non 
ou  Frère  l'.rnon  (Arnould)  dans  la  seconde?  Le  premier  est  un 
personnage  cité  dans  le  sixième  couplet;  le  second  apparaît  au 
septième  : 

<; 

Grand-pére,  vos  pwèteréz  bin  l'fisik  (fusil!) 

So  vosse  nez  mètez  des  bèrikes  (besicles) 

Et  s'ioukiz  èl  potale, 

Tôt  â  coron  di  nosse  botique  : 

Vos  trouverez  des  brocales  (allumettes). 

7 
Cuzèue  Marôye,  vinez  avou  ; 
Nos  passerans  po  mon  (m*)  fré  Èrnou, 
Qui  nos  mône  al  valêye  : 
I  fait  si  spès  qui  dj'a  paon 
Qui  nos  n'sèyansse  d'robèyes. 

Donc,  ou  il  faut  admettre  que  tous  ces  personnages  étaient 
archi  connus  du  peuple  soit  par  légende,  soit  par  des  représenta- 
tions de  mystères,  ou  il  faut  admettre,  ce  qui  est  en  tout  cas 
beaucoup  plus  simple,  que  le  noël  en  question  était  anciennement 
chanté  au  Bethléem  ou  en  totalité  ou  en  grande  partie.  Les  scéna- 
rios qui  ne  donnent  plus  qu'un  seul  couplet  ont  réduit  le  chœur  a 
une  portion  bien  exiguë.  Celui  que  nous  avons  note  en  1897  a 
conservé  au  moins  trois  couplets  en  cet  endroit  et  en  a  réservé 
d'autres  pour  un  tableau  suhséquent.  Les  voici  : 


('j  ("est  le  second  noël  liégeois  du  recueil  publié  dans  la  Revue  des  patois 
gallo-romans  par  A.  Doutrepont.  Mais  l'ordre  des  couplets  adopté  par  Don- 
trepont n'est  pas  le  même. 


i63 


Tchouf,  tchouf,  Marèye,  qui  fait-i  freûd  ! 
Lès  dints  m'eakèt,  rlj'a   ma  d'ines  deûts. 
I  rc  du  I)iu.  queue  djalèye  : 
Cist-èfant  sèrè  inwèrt  <lu  freûd  : 
Pwèrtans  li  po  'ne  blamèye. 

l'or  mi.  dju  li  pvvèterè  m'cotrè 
Po  le  des  fahes  è(  «les  lignerès, 
l'.t  a  l'mére  des  tchâssètes. 
Vos  lezi  keûseréz  bîn,  s'i  v'  plait, 
Dj'a  de  li  è  m'taliète. 

G 

Grand-père,  \<>  pwèterez  i»i h  lïisik,  etc. 
(voir  ci-dessus, 

VIII   (B.  ii,  P.  s.  C.  7   [suite]  ). 

La  suite  naturelle  de  ce  même  tableau  contient  dans  les  deux 
plus  anciennes  versions  des  traits  que  les  suivantes  ont  laissé  se 
perdre. 

Bourguignon  (t.  9)  :  Voici  les  bergers  qui  apportent  leurs  pré- 
sents, l'un  des  pommes  de  terre,  l'autre  des  fagots,  l'autre  pour 
faire  des  langes.  Berger  Jacob,  qui  ne  possède  qu'une  brebis, 
l'apporte  à  l'enfant  Jésus. 

'  Poetgens  (t.  8)  :  \'oci  les  djins  (jui  vont  à  Bethléem  :  vos  vèyez 
Marèye  qui  pwète  des  fahes  et  des  lignerès:  one  aute  pwète  one 
dj usse  sutopêye  avou  ô  navè.  Vos  vèyez  so  lu  d'vanl  lu  pauve 
bèrdji  avou  s'mouton  :  c'est  lu  qu'èst-arrivé  lu  prumi  a  Bethléem. 

Le  trait  de  la  cruche  de  lait  bouchée  à  l'aide  d'un  navet  se 
retrouve  dans  les  versions  postérieures  au  tableau  suivant.  Mais 
on  a  tout  à  l'ait  oublié  le  pauvre  berger  ou  berger  Jacob  qui  offre 
à  Jésus  son  unique  brebis. 

D'autre  part  on  a  signalé  plus  tôt  l'apparition  de  l'étoile,  ce  qui 
est  assez  conforme  aux  données  bibliques.  Voici  donc  la  lin  de  ce 
tableau  dans  les  plus  récentes  versions  : 

Closset  (cahier)  :  Vola  lu  steùle  a  caive  qui  mosteûre  (Copie 
qiïaesègnc)  a  bièrdjis  V  vôye  po-z  aler  a  Bethléem.  Vos  lès  vèyez 
la  turtos  quid'hiendèt  Vmôtagne.  (Les  bergers  descendent). 

Version  de  1897  :  Vos  vèyez  one  assimblèye  du  bièrdjis  qui  d'hen- 
dèt  Vmôtagne.  Quant  à  la  comète,  on  la  présente  sans  cérémonie 
du  bout  de  la  baguette,  et  mon  transcripteur  de  1897  l'a  oubliée. 


—  i64  - 

Mais  je  vois  qu'un  prospectus  de  la  même  année  en  fait  un  huitième 
tableau  nue  l'on  compte  à  part.  Comme  tableau  séparé,  c'est  évi- 
demment un  peu  maigre. 

IX  (B.  ro  et  n,  P.  9,  C.  8.) 

Bourguignon  (tabl.  10)  :  Voici  la  crèche  de  l'enfant  Jésus.  Au 
dessus  se  trouve  lange,  tenant  dans  ses  mains  le  Gloria  in  excelsis 
Deo.  De  côté  se  trouve  rétoile  à  queue,  guide  des  bergers  pour 
leur  montrer  l'étable  où  l'enfant  Jésus  est  né.  (Tableau  11)  :  \oici 
la  maison  du  cousin  Gillet  qui  joue  si  bien  sur  son  sifflet.  Puis 
l'auteur  écrit  naïvement  dans  un  carré  :  Ici  se  trouve  une  table 
ronde,  avec  un  verre  au  milieu.  Cousin  (iillet  avec  son  compagnon 
sont  aux  deux  côtés.  Comprenez  qu'ils  sont  installés  dans  une 
guinguette  adossée  à  la  maison  de  la  nativité  et  qu'ils  boivent  la 
goutte  en  l'honneur  de  l'enfant  Jésus.  Suivant  l'ancien  usage,  il 
n'y  a  qu'un  verre  pour  tous. 

Poetgens  (tabl.  9)  :  Voci  l'enfant  Jésus  <jui  vint  au  mode.  Vos 
vèyéz  quu  l'bon  Diu  estent  bé  pauve,  ca  i  vint  à  mode  duvin  ô  p'tit 
stave.  I  n'a  qu'ô  pô  du  strin  po  s'coûki.  0  bon  et  on-àgne  èl 
rèsichâfèt.  Vos  vèyéz  la  Vierge  et  saint  Djôsef  a  costé.  C'èst-alôrs 
quu  l' and  je  vét  dire  as  bièrdjis  :  Gloria  in  excelsis  Deo. 

Closset  (cahier)  :  tableau  8,  représente  une  étable,  la  crèche. 
Voci  lu  stave  wice  quu  l'bô  Diu  a  v'nou  a  mode,  inte  l'âgne  et  l'boù, 
qui  rèstchâfèt  l'èfant  avou  leù-z  alêne.  —  Vos  vèyéz  Notre-Dame 
(copie  :  la  sainte  Vierge)  la  so  V  costé,  et  saint  Djôsef  èst-èl  cwène. 
—  Voci  Vcuzé  Djilet  qui  djowe  lu  flûte  avou  ô  huflèt  ;  è  l'aute  costé 
vo  vèyéz  one  djusse  du  lèssè  stopêye  avou  ô  navê. 

Remarquez  les  rimes  Gillet  :  hufflet  et  lessai  :  navai  qui  sont 
peut-être  des  traces  d'ancienne  versification  dont  nous  aurions 
déjà  pu  signaler  plus  haut  des  exemples  :  bierdji  :  pi  :  dis-ti,  et 
mounî  :  gurni. 

Version  de  1897,  tabl.  9  :  Voci  lu  p'tit  Jésus  vinou  a  mode.  Vos 
vèyéz  Vsainte  Vierge  so  l 'costé,  saint  Djôsef  èl  cwène,  (en  montrant 
de  la  baguette)  :  lu  cuzé  Djilet  qui  djowe  lu  flûte  avou  ô  huflèt,  et 
one  djusse  du  lessè  stopêye  avou  ô  navê. 

Le  chœur  des  bergers  entonne  ensuite  des  actions  de  grâces. 
Poetgens,  dans  ses  dessins,  représente  ici  des  gens  attablés,  en 
train  de  l'aire  le  réveillon.  Ce  tableau,  le  dixième  pour  lui,  est 
accompagné  du  couplet  suivant,  (qui  est  sauf  l'omission  des  vers  3 
et  4.  le  sixième  couplet  du  n"  1  de  Doutrepont,  le  deuxième  du 
n"  24  de  Grandmont  et  de  Remacle)  : 


-  i65   - 

Qwand  n's  âraus  stu  a  deùs  treùs  messes. 
Nos  vêrans  chai  magni  dès  cwèsses  (du  chou), 
Si  magn'rans-ne  ine  aune  di  tripe. 
Vest-i  nin  vrèy,  cusène  Magrile? 

Qwand  n's  âraus  bu  deùs  ou  treus  bôs  côps  : 
Gloria  in  e.xcelsis  Deu. 

Le  cahier  Closset  ne  porte  aucune  mention  de  ce  chant,  mais  la 
copie  répare  cet  oubli  en  inscrivant  le  même  couplet  que  ci-dessus, 
introduit  par  la  mention  :  vola  one  assimblêye  du  bièrdjis.  La 
représentation  de  185)7  t'ait  ici  la  part  plus  large  au  chœur.  Après 
l'annonce  :  voci  one  assimblêye  du  bièrdjis,  on  chante  les  couplets 
suivante  : 

/"    Couplet. 

(Ed.  Graudmont  et  Reinacle,  uu  20,  couplet  8.  Doutrepont  II,  2.) 

Djans,  corans-î  tôt  dansant 

Vèye  lu  inirâke  du  cist-èfant 

Qui  est  né  d'one  pucèle. 

Duhombe-tu,  Dj'hène,  duhombe-tu.  Dj'han. 

Duhombe-tu  don.  bôcèle. 

//.    (G.  R.  i3:  D.  II.  i3.) 

Moussans  d'vins,  su  nos  adjunans: 

Nos  ira ns  adorer  l'étant 

Kt  li  offri  nosse  eoùr-e. 

C'est  çou  qu'i  vont,  l'divin  étant 

Qu'est  la  couki  so  l'foûr-e. 

///.   (G.  R.  12:  D.  II.  14.) 

Diè-wàde,  dègne  mère  et  li  e'pagnèye  : 
Les  andjes  nos  ont  dit  des  mèrvèyes. 
Nos  ont  fait  si  binàhes. 
Du  cist-èfant  quu  nos  v'nans  vèye. 
Vu  plait-i  bin  qu'  djèl  bâhe  ? 

IV.  (G.  R.  i3;  D.  II.  i5.) 
(La    Vierge.) 
—  Oh  oui  !  bergère,  en  l'adorant. 
Baisez  les  pieds  de  cet  enfant 
Qui  est  né  entre  les  bètes. 
Il  est  le  fils  du  Tout-Puissant  : 
Honorez  bien  sa  fête. 


—  i66  — 

V.  (G.  R.  14.  />■  //•  16.  I 

Houle/  donc,  mère,  qu'ile  parole  bin! 
Loukis  cissc  boke,  ei  bê  maintien  .' 

Nu  diri/  \  e  nin  on  aixlje  ? 

Neimi,  ciele.  mère,  11'enn'  alans  nin. 

Vssians-nos  so  eisse  plautche. 

X   (B.  ii.I'.  1  1.  ('.  9.) 

Apres  la  crèche  vient  le  tableau  des  rois  mages.  Le  texte  Bour- 
guignon, qui  en  est  au  tableau  iu,  se  contente  de  l'annoncer  en 
trois  mots  :  Voci  l'adoration  des  mages  :  les  trois  rois  mages 
arrivent  avec  leurs  présents. 

Le  texte  Poetgens  (tabl.  11)  entre  davantage  dans  le  détail  : 
Voci  lès  treùs  rwès  :  Gaspar,  Menchale  et  Balthazar.  I  sot  v'nou 
tos  les  treùs  po-z  adorer  Vbô  Diè.  I  s'sôt  rèscôirés  tos  lès  treûs  po 
n'ini  n  Bethléem,  et  vola  lu  steûle  h  caive  oui  lès  i  a  aminés.  I 
pwèrtint  tos  les  trais  <lès  présints,  du  Vôr,  du  Vencens,  et  d'ia 
myrrhe.  L'eu-  c'est  po  mostrer  qu'il  est  rwè,  l'encens  c'est  po  mos- 
Irer  qu'il  est  dieu,  et  la  myrrhe  po  mostrer  qu'il  èst-homme.  —  Lu 
rwè  Hérode  lèsi  n  dit  d'èl  vini  r'vèye  tôt  r'passant.  Mais  comme  i 
savèi  qu'i  voreût  tourner  Vbô  Diè,  i-ènnè  r'vonl  p'one  aute  vôye. 

Olosset  cahier,  tabl.  9  :  Voci  les  treùs  saints  rwès  Gaspar,  Mel- 
chior  et  Balthazar,  apwèrtant  turtos  leûs présints,  Vôr,  Vencens  et 
In  myrrhe.  Y-a  Vchameau  et  Vdômesti<iue  la-podrî. 

La  copie  de  189.3  intercale  comme  ci-dessus  la  signification  des 
trois  présents  ;  a  la  fin,  (die  ajoute  la  recommandation  d'Hérode 
et  la  décision  contraire  des  mages  dans  les  mêmes  termes  que 
plus  haut. 

Enfin  notre  texte  de  1897,  plus  laconique,  se  contente  d'énumé- 
rer  les  noms  des  rois  et  leurs  présents  :  Voci  le  treùs  saints  rwès 
qui  n'nèl  adorer  Vèfant  Jésus,  Melchior,  Gaspar  et  Balthazar, 
qui-ofrèt  à  Vèfant  Vôr,  l'ècins  et  la  mère  (myrrhe). 

Pendant  ce  temps,  le  choeur  se  hâte  de  liquider  le  reste  des 
couplets  qu'il  tient  en  réserve,  relativement  à  la  naissance  de 
Jésus,  car  les  tableaux  qui  suivent  n'ont  plus  rien  de  gai  et  ne 
permettenl  guère  la  joie  et  les  chants.  Les  autres  versions  ne 
parlent  plus  de  noëls,  sauf  le  cahier  Closset  qui  lui  consacre  le 
tableau  10.  Celui-ci  -..représente  des  bergers  assis.  On  dit  le  couplet 
suivant  :  Qwand  n's  ârans  stu  u  deus  treùs  messes...  Gloria  in 
excelsis  I  eo  1  voyez,  plus  haut).  Notre  copie  des  chœurs,  qui  contient 
eu  tout  quatorze  couplets,  dont  les  derniers  sont  réservés  pour  la 


-  i67  - 

fin  du  spectacle,  a  donc  encore  quatre  couplets  en  réserve  pour 
cette  circonstance.  Ce  sont,  d'abord  le  même  que  dans  le  cahier 
Closset,  Qtvand  n's  ârans  stu...  Gloria  in  excclsis  Z)eo,  puis  les  trois 
suivants  (Grandmont  et  Remacle,  n°  22;  U.  1,  3,  7  ;  Doutrepont  II] 

Vous-se  vini.  cuzène  Marèye, 
A  Bethléem  avou  mi  ? 
Nos  i  veùrans  dès  mèrvèyes, 
si  c'est  veûr  ç.ou#qu'ô  m'a  dit. 
—  Po  qwèfé?  ]to  wiee  aller? 
Qu'i-ny-a-t-i  qu'èst-arrivé? 

L'ange  Gabriel  amèy-nute 
Aux  tchamps  l'zi  a-t-anonci, 
È<  le-  antljes  avou  leùs  flûtes 
Djowit  del  musique  à  l'mi. 
Grand  Dieu,  dj'ènnè  saveù  rin, 
Djans.  eorans  1  tôt  vitemint. 

Bondjoù,  binamé  gros  mâye 
El  binamé  gros  godon. 
Sèrè-t-i  vos  qui  frè  nosse  paye. 
Qui  nos  obtinrè  l'pardon? 

Mei-e  di  Diu.  èl  voléve  bin. 
Qui  djèl  bàhansse  ô  momint. 

Ces  fragments  de  noëls  wallons  montrent  assez  qu'il  n'y  a  pas 
tin  lien  indissoluble  dans  le  Bethléem  entre  les  chants  et  les 
paroles  :  on  pouvait  ajouter  facilement  à  ces  couplets  ou  en  retran- 
cher. L'essentiel  était  d'égayer  le  spectacle  avec  un  certain  a 
propos. 

XI  (B.  i3,  P.  i3,  C.  11.) 

Ce  tableau,  dit  le  prospectus,  représente  le  «  temple  de  la  cir- 
concision »;  mais,  la  circoncision,  étant  une  cérémonie  dont  le 
peuple  n'a  nulle  idée,  disparait,  et  ce  tableau  est  tout  simplement, 
dans  l'esprit  populaire,  «  lu  ramèssèdje  »  (les  relevailles)  de  la 
sainte  Vierge. 

Bourguignon  (t.  i3)  :  Voici  la  grande  église  de  la  Purification. 
Saint  Siméon  tient  l'enfant  Jésus  dans  ses  bras  et  dit  :  Maintenant, 
Seigneur,  vous  pouvez  laisser  mourir  votre  serviteur  en  paix.  Le 
plan  du  Bethléem  Bourguignon  contient  en  outre  cette  description  : 
«  L'autel  est  tout  garni.  S'y  trouve  une  couple  de  jeunes  tourte- 
relles. Saint  Siméon  tient  l'enfant  Jésus  sur  ses  bras.  La  Vierge 


—  i68  — 

et  saint  .Joseph  sont  là  qui  attendent.  Il  y  a  aussi  un  enfant  de 
chœur  »., 

Poetgens  t.  12)  :  Voci  la  sainte  Vierge  <jui  r'va  a  messe.  Cèst- 
alôrs  quil  l'saint  vieillard  Simèon  dit  tôt  Vnant  l'èfant  Jésus  :  (Test 
maintenant...  paix.  Vos  vèyez  so  l'âté  deùs  tourturèles  :  c'èsteùt 
I'  présint  <}u<>  fève  du  ci-timps-la  qwand  ô-z  alléve  rumèrei  l'bô 
Diu. 

Closset  (cahier  1.  11):  Représente  le  temple  de  la  circoncision.  — 
Voci  l'église  de  /' purification.  Sainte  Marie  met'  si  èfantso  l'âté.  — 
\'<>s  vèyez  les  deux  p'titès  tourtèrèles  a  eosie. 

Closset  (copie  pour  1893)  :  Voci  l'église  du  saint  Siméon,wicequu 
la  sainte  Vierge  va  rnmèssi.  Ile  met'  si  èfant  so  l'âté.  C'èsUalôrs 
quu  saint  Simèon  dit  :  ...  paix.  Vos  vèyéz  so  Vâté  ...  bô  Diu. 
1  Y.  plus  haut,  version  Poetgens.) 

La  version  de  1897  se  contente  de  «lire  :  Voci  Saint-Simèon, 
wice  quu  V sainte  Vierge  a  s'tu  ramèssi.  La  bonne  vieille  qui 
dépêche  le  boniment  dit  Saint-Siméon  comme  nous  disons  Sainte- 
(indule  ou  Saint-Remacle.  Cela  devient  un  nom  d'église. 

(B.  14) 

Ici  l'ancien  Bethléem  Bourguignon  introduisait  encore  un  petit 
intermède  de  mœurs  wallonnes  :  Ici  se  trouvent  cousine  Garite  et 
son  mari,  assis  à  une  table.  Il  y  a  un  j>lat  de  boudin,  une  bouteille 
et  deux  verres.  Il  est  à  peine  besoin  d'ajouter  que  cette  cuzène 
Garite  est  un  personnage  connu  par  les  noëls  wallons,  et  sans 
doute  autrefois  le  choeur  chantait  encore  en  cet  endroit  quelques 
couplets. 

XII  (B.  i5,  P.  i3,  C.  12.) 

Bourguignon,  i5  :  Voici  la  maison  de  la  sainte  Vierge.  Vous 
noyez  ici  qu'elle  coud,  file  sur  son  moulin  à  cariot,  lit  dans  son 
livre  de  prières  en  berçant  l'enfant  Jésus. 

Poetgens,  i3  :  Voci  lu  manèdje  du  la  Vierge.  Voz  vèyéz  corne  i  fait 
net  !  C'èst-one  leçon  j)os  vos  autes,  mes  èfants,  quu,  qwand  vos 
serez  grands,  vos  d'véz  avou  tére  tot-a-fait  bé  prôpe. 

Closset,  cahier,  12  :  représente  la  maison  de  la  sainte  Vierge.  — 
l'or/  V manèdje  du  la  sainte  Vierge.  Vos  vèyéz  qu'i  n'i  manque  rin. 
)'  a  minme  lu  pot  d'tchambe  duzo  Vlétf  (Trait  effacé  au  crayon 
comme  étant  de  mauvais  goût,  mais  bien  authentique.)  Mes  enfants 
c'est  pour  vous  moirer  à  travailler.  Voyez  la  sainte  Vierge  qui  file 
su  lin  et  bosse  l'èfant  Jésus  avec  sô  pied. 


—  t6o   - 

Closset  (copie i  :  Voci  l'manèdje.du  la  suinte  Vierge.  Vos  vèyéz 
corne  i  fait  net  !  La  suinte  Vierge  file  sô  lin  et  hosse  Vèfant  Jésus 
noce  sô  pied.  C'èst-one  leçon  po  vos  unies,  mes  èfants,  qwand  vos 
serez  grands.  C'est  p<>  v's  aprinde  à  travailler  et  à  tére  tot-a-fait  bé 
prôpe. 

1897  :  Voci  l' million  de  Vsainte  Vierge.  Vos  vèyez  comme  i  fait 
prôpe.  Lu  sainte  Vierge  fait  l'cylin  et  hosse  Vèfant  Jésus  avec  son 
pied.  —  Lu  seule  cupagnèye  de  i  sainte  Vierge  èst-on  tchèt  s'one 
passète  (un  chat  sur  un  escabeau).  Outre  ce  dernier  trait  réaliste, 
mon  transcripteur  en  a  introduit  un  autre  par  contre-sens.  NC 
connaissant  ni  le  lin  ni  le  filage  du  lin,  au  lieu  de  fêle  su  lin,  ee 
brave  fils  de  repasseuse  et  de  couturière  a  compris  fait  l'cylin, 
fait  la  calandre,  repasse  du  linge  à  la  machine  à  ealandrer!  J'ai 
conservé  son  interprétation  pour  montrer  comment  des  choses 
très  simples  peuvent  se  dénaturer  dans  l'esprit  populaire,  dès  que 
les  mœurs  ne  servent  plus  de  commentaire  vivant  et  impérieux  à 
une  expression. 

XIII-XVI. 

Nous  réunirons  les  quatre  tableaux  suivants,  d'abord  parce 
qu'ils  constituent  un  épisode  particulier,  celui  d'Hérode  et  de  la 
fuite  en  Egypte,  mais  surtout  parce  qu'il  se  présente  ici  d'un  texte 
a  l'autre  des  interversions  gênantes  pour  notre  exposé. 

Bourguignon,  16  :  \'oici  le  massacre  des  Innocents  :  les  soldats 
coupent  la  tête  à  tous  les  enfants  au-dessous  de  douze  ans  (sic.) 
17    :    Voici  le   château    du    roi  Ilérode  :   Hérode,    voyant   que  ses 
soldats  n'avaient  pas  tué  l'enfant  Jésus,  arrive  avec  son  armée, 
voit  le  laboureur  dans  son  champ,  et  lui  dit  : 

Laboureur,  dis.  dessin*  ton  âme. 

N'as-tu  pas  vu  passer  une  blanche  dame?(l) 

Si  fait,  Hérode.  dessur  mon  àme, 

J'ai  vu  passer  une  blanche  dame. 

Elle  a  passé  que  je  semais  mon  blé, 

Et  à  présent  je  vais  le  couper. 


(•)  Dans  un  article  intitule  Noëls  wallons  (Patriote  et  National  du 
25  décembre  1898)  et  signé  A  do  har  (Adolphe  Hardy),  on  ajoute  après  ce 
second  vers  : 

Avec  un  vieillard  (?)  sur  son  àne. 
Et  après  mon  quatrième  vers  : 

Avec  un  enfant  sur  son  àne. 
Quoique  je  n'aie  jamais  entendu  ce  vers,  je  le  note  ici  parce  qu'il  peut 
avoir  existé  dans  quelque  version  antérieure. 


—  170  — 

Hérode,  croyant  que  lu  suinte  Vierge  avait  passé,  dit  : 

Faisons,  faisons  la  retournée, 

Dit  Hérode  à  son  armée, 

Si  j'attrape  Marie  et  son  fils 

D'une  cruelle  mort  .je  le  terni  mourir. 

Le  plan  Bourguignon  contient  en  outre  cette  description  :  A 
l'intérieur  (<lu  palais)  se  trouve  le  roi  Hérode  et  son  armée.  L'ar- 
mée se  compose  de  six  couples  de  soldats.  Au  moyen  d'une  mani- 
velle, on  les  fait  venir  par  une  porte  et  rentrer  par  l'autre.  —  Il  y 
a  ensuit*;  un  tableau  sur  le  plan  pour  le  laboureur.  Ce  tableau 
n'est  pas  compté  dans  le  texte,  parce  qu'il  n'était  pas  accompagné 
de  paroles. 

Le  tableau  de  la  fuite  ne  vient  qu'en  dernier  lieu  ;  18  :  Voici  la 
fuite  en  Egypte.  Suint  Joseph  avec  son  une  est  accompagné  de  la 
sainte  Vierge  et  Venfant  Jésus.  S'ont  caché  derrière  la  haie  pour 
laisser  passer  Hérode,  qui  ne  les  voit  pas.  La  sainte  Vierge  est  sur 
Vàne  et  saint  Joseph  les  conduit  en  Egypte. 

Poetgens,  14  :  Voci  lu  massake  des  Innocents.  C'est  qwand  lu  rwè 
Hérode  vèya  quu  lès  treùs  rwès  l'avit  trôpé  qui  fit  massacrer  tos 
les  p'tits  èfants  qui  n'avit  né  co  deùs  ans.  —  i5  :  Voci  F  palais  de 
rwè  Hérode.  C'est  qwand  Hérînle  vét  dire  a  bèrdjî  :  dis  donc,  berger, 
n'as-tu  pas  vu  passer  une  blanche  dame'/  —  Si  fait,  Hérode,  je  l'ai 
vu  passer  quand  je  semais  mon  blé,  à  présent  je  vas  le  couper.  I 
n'vèyit  né  quu  c'èsteut  0  miràke  et  Hérode  en  colère  dit  : 

Faisons,  faisons  la  retournèye, 

A  dit  Hérode  à  son  armèye. 

Si  nous  trouvons  Marie  et  son  fils, 

D'une  cruelle  mort  nous  les  ferons  mourir. 

1  èyéz-ve  la  lu  soyeù  qui  sôye  (le  faucheur  qui  fauche)  ? 

Le  tableau  16.  de  la  fuite  en  Egypte,  manque. 

On  reconnaîtra  facilement  la  supériorité  de  la  première  version. 
La  seconde  défigure  les  vers;  elle  ne  sait  plus  que  c'est  au  fau- 
cheur lui-même  que  s'adresse  Hérode,  et  pourtant  elle  conserve  le 
faucheur. 

L'ordre  des  tableaux  n'est  plus  le  même  dans  Closset  ni  dans 
!<■  spectacle  actuel.  Le  tableau  de  la  fuite  en  Egypte  précède,  puis 
vient  le  massacre  des  Innocents,  puis  la  poursuite  d'Hérode  et  le 
laboureur.  Cet  ordre  est  moins  rationnel  :  la  fuite,  étant  une 
conséquence  du  massacre,  le  massacre  devrait  précéder,  comme 
<lans  les  deux  premières  versions.  De  même  la  poursuite,  étant  la 


—     171 


conséquence  de  la  fuite,  devrait  venir  après  dans  les  deux  pre- 
mières versions.  Ce  qui  a  été  cause  des  interversions  de  tableaux, 
le  voici  a  notre  avis  :  quant  au  premier  point,  ce  qui  doit  précéder 
la  fuite  n'est  pus  tout  à  fait  le  massacre,  mais  l'ordre  de  massacrer 
donné  par  Hérode.  Quand  le  massacre  se  produit,  la  sainte  Famille 
a  disparu.  Mais  cette  disposition  un  peu  compliquée  :  ordre  de 
massacrer,  fuite,  massacre,  est  devenue  soit  massacre,  fuite,  soit 
fuite,  massacre.  Quant  au  second  point,  il  faut  remarquer  que  la 
fuite  est  une  action  de  longue  durée  simultanée  à  la  poursuite 
<1' Hérode.  Cette  action  a  commencé  avant  la  poursuite  :  raison  de 
la  mettre  avant  ;  mais  elle  a  continué  après  la  poursuite  :  raison 
suffisante  pour  la  classer  après.  Cette  hésitation  se  manifeste  très 
bien  dans  le  cahier  Closset  :  l'ordre  était  primitivement  celui  de 
Bourguignon;  les  scrupules  de  la  réflexion  l'ont  fait  biffer  pour  en 
adopter  un  autre. 

Outre  cette  différence  de  classement,  il  y  a  dans  la  version 
Closset  quelques  vers  précieux  inconnus  à  Bourguignon. 

Closset  (cahier),  i3  :  Voci  l'fuite  en  Egypte.  S'  Joseph  mène 
Vàgne  (jui  pwète  Marie  avou  s' fi.  Le  groupe  s'éloigne).  Quand  il 
est  disparu,  l'explication  dit  : 

Mario,  en  passant  dans  le  bois, 
Entendit  un  si  beau  ramache! 
«  Chantez,  chantez,  z'oiseau  joli, 
Pour  réjouir  mon  petit  fi. 
(hantez,  chantez,  z-oiseau  des  bois, 
Pour  réjouir  le  roi  des  rois  ». 
14  :  Voci  Vmassake  des  Innocents.  (La  copie  ajoute  ceci  :  Lu  rwè 
Hérode,  notant   tourner  l'efant  Jésus,  fit  massacrer  tos  les  p'tits 
èfantsqui n'avit  nin  codeus  ans.  Vèyéz-vel  vola  dédia  deùsnuvérts!) 
i5  :  (Représente  le  palais  (V Hérode;  un  peu  plus  loin,   un  fau- 
cheur. Explication  :  Voci  Vpalais  de  rwè  Hérode.  Il  arrive  avou  si 
àrniêye,  (l'armée  avance),  porsuhant  lu  sainte  famile,  l'èfant  Jésus 
oyant  échappé  a  massake.  16  :  /  rèscôteure  ô  laboureu  et  li  dit  : 
Laboureû,  sur  ton  âme, 

(Copie  :  dis-mois,  lab...) 
N'as-tu  pas  vu  passer  une  blanche  dame? 

(Copie  :  Si  tu  n'as  pas..  ) 
Si  t'ait,  dit  l'iaboureu, 

(Copie  :  Si  fait,  roi  IL.  ditle  lab..  ) 
Quand  elle  a  passé,  je  semais  1116  blé, 
A  présent  je  le  vas  couper. 
(Copie  :  je  vas  le...). 


—  172  — 

Lu  rwè  II.  nu  vèyéoe  né  qu'aveùt  oyou  ô  mirâke.  Si  vite  quu 
lu  s;iiulc  Vierge  aueùt  passé,  lu  grain  qu'ô  v'néve  du  semer  aveût 
crèliou,  et  èsteiit  titnpsdè  Vcôper.  (Hérode  s'en  un). 

Faisons,  faisons  la  ritournèye, 
Disait  Hérode  à  son  ormèye 

Si  je  rencontre  Marie  et  so  fi  (nous...) 
D'une  cruéle  mort  je  les  ferai  nionri  (nous...) 

En  comparaison  «le  ces  trois  versions,  le  boniment  de  1897  est 
en  pleine  décadence  :  [3  :  Voci  V fuite  en  Egypte.  Vos  uèyez  saint 
Djôsef qui  mène  Vigne  et  V  sainte  Vierge  aoou  l'èfant  Jésus  soVâgne. 

rj  :  Voci  V massacre  des  Innocents.  Hoùtez  comme  les  mères  plorèi  ! 
Ce  dernier  mot,  que  j'ai  souvent  entendu,  vaut  mieux  que  le  vola 
déjà  deûs  mwèris  du  scénario  précédent.  r5  :  Voci  Vàrmèye  de 
l' sainte  /'ami le  (sans  doute  tin  lapsus)  qui  fait  V poursuite  po  les 
attraper.  Cette  explication  si  écourtée  de  1897  ne  parlait  pas  même 
du  faucheur  qui  formait  un  16e  tableau.  Aussi  j'ai  été  bien  aise 
de  voir  en  1898-99  que,  le  guide  ayant  changé,  on  en  était  revenu 
à  une  explication  moins  sèche  et  plus  respectueuse  de  la  tra- 
dition. 

XVII  (K.  19,  P.  17,  C.  1;). 

Bourguignon,  i9  :  La  maison  de  saint  Joseph.  —  }'oici  saint 
Joseph,  qui  travaille  à  Jérusalem  (sic).  L'enfant  Jésus  est  au  banc 
de  menuisier,  qui  travaille  avec  son  père. 

Poetgens,  17  :  Voci  saint  Djôsèf  arrivé  en  Egypte.  Po  gangni  po 
viker,  i  fait  lu  scrini.  Vo  Vvèyéz-la  qui  sôye.  La  sainte  Vierge  fêle 
po  fé  des  habits  po  lu  p'tit  manèdje.  L'èfant  Jésus  djowe  avou  one 
robète. 

Closset  (cahier),  17  :  représente  la  maison  de  saint  Joseph.  — 
VociVmanhon  du  saint  Djôsèf  qui  fait  Vtchèpti  (charpentier).  Su 
fi  li  dane  ô  côp  d'main  a  s'mèsti.  Vola  saint  Djôsèf  qui  sôye. 

Closset  (copie)  :  Voci  saint  Djôsèf  arrivé  en  Egypte.  Po  gang  ni 
po  viker,  i  fait  Vtchèpti.  Vèyéz-ve  S'  Djôsèf  qui  sôye'.'  Su  fi  li  donne 
<>  côp  d'main,  et,  du  limps  in  timps,  i  djowe  avou  Vrobète. 

1897  :  Voci  V sainte  Vierge  et  l  saint  Djôsèf  arrivés  en  Egypte. 
I  fait  Vtchèpti  po  viker.  VoV  vèyéz  la  qui  sôye.  L'èfant  Jésus  lès 
aide,  et,  tèsintimps,  i  djowe  avou  Vrobète. 

Les  variantes  sont  donc  insignifiantes,  sauf  que  le  premier 
installe  Joseph  et  Marie  à  Jérusalem. 


-  i73  - 

XVIII  (B.  20.  P.  18.  C.  18.) 
Bourguignon,  20  :  Voici  le  temple  de  Jérusalem.  L'enfant  Jésus 
étant  perdu,  la  sainte  Vierge  et  saint  Joseph  le  cherchent  et  le 
retrouvent  dans  le  temple  prêchant  a  l'âge  de  douze  ans.  «  Mon 
fils,  pourquoi  nous  avez-vous  quittés?  »  dit  la  Vierge.  L'enfant 
Jésus  répond  :  <c  Je  travaille  pour  le  royaume  de  mon  père,  ma 
mère.  » 

Le  plan  Bourguignon  fournit,  sous  le  dessin  du  temple,  l'expli- 
cation suivante  qui  nous  intéresse  au  point  de  vue  de  la  mise  en 
scène  d'autrefois  Au  fond  se  trouve  une  espèce  de  table  de  com- 
munion où  l'entant  Jésus  debout  prêche,  à  l'âge  de  douze  ans,  au 
milieu  des  docteurs  qui  sont  au  nombre  de  six.  La  sainte  Vierge 
et  saint  Josepb  entrent  dans  le  temple.)' 

Poetgens,  [8  :  Voici  le  temple  de  Jérusalem  :  Vèfant  Jésus  estant 
pierdou,  la  Vierge  et  saint  Djôsef  qwèrèt  après  pindant  treus 
djoûs.  A  la  (in,  èl  rutrovinrent  è  temple  du  Jérusalem,  où  i  pré- 
tchîve  au  milieu  des  docteurs,  qui-èstint  tôt  èspawtés  d'ètinde  on 
èfant  èsi  parler  si  bin. 

Closset  (cahier),  18  :  représente  le  temple  des  Pharisiens.  —  Voci 
l'temple  des  Pharisiens,  wice  quu  Vbô  L)iu  a  siu  prétchi  duvant  lès 
docteurs  a  l'adje  du  doze  ans. 

La  copie  Closset  de  1893  efla  version  de  1897  en  reviennent  au 
texte  de  Poetgens.  En  décembre  1898,  j'ai  surpris  une  singulière 
variante  :  .Jésus  répond  aux  reproches  de  la  Vierge  :  «  Je  travaille 
pour  le  salut  de  mon  père,  ma  mère  ». 

XIX  (B.  ai,  F.  19,  C.  ni. 

Bourguignon,  21  :  Voici  saint  Pierre  qui  pèche. 

Poetgens,  19  :  Vola  saint  Pire  qui  pèhe.  A  quoi  la  version 
Closset  et  la  nôtre  ajoutent  :  et  qui  v'va  d 'né  de  Vbèneute  èwe  po 
une  râler.  Enfin  notre  version  ajoute  encore  :  louki,  mes  èfants, 
tos  les  bès  p'tits  i>èhons.  Saint  Pierre  fait  patch  dans  l'eau,  les 
curieux  sont  éclaboussés,  rire  général  des  petits  et  des  grands  ('). 
C'est  fini.  On  a  fait  le  tour  et  011  se  retrouve  près  de  la  porte  d'en- 
trée.  Dans  le  plan    Bourguignon,  il  y  a  au-dessus  de  la  porte  un 


(!)  Saint  Pierre  fait  penser  au  fameux  coq  annonçant  les  trois  reniements 
de  l'apôtre  épeuré.  Aussi  je  lis  dans  un  compte-rendu  de  1890  (Coin  du  feu, 
signé  Escamilla,  et  dans  un  autre  des  Souoelles  verviétoises  du  7. janvier  [899 
qu'ici  le  eoq  de  saint  Pierre  claironne  trois  fois  son  cokerico  retentissant. 
C'est  la  une  anticipation  d'un  goût  douteux  qui  n'existe  pas  dans  nos  ver- 
sions, bien  que  le  coq  existe  dans  le  tableau. 


—  174  - 

petit  ermitage,  auquel  on  a  fait  généreusement  un  sort  en  lui 
donnant  le  nom  de  vingt-deuxième  tableau  :  ici  se  trouve  la  porte, 
au-dessus  se  trouve  un  petit  hermitaige.  C'est  aussi  le  vingtième 
et  dernier  tableau  de  Poetgens.  Depuis  lors  l'ermitage  a  disparu. 
Par  contre  les  assistants  ne  s'en  iront  pas  sans  musique.  On  a 
ingénieusement  réservé,  en  guise  d'adieu  et  de  recommandation, 
ileux  couplets  du  dernier  noël  chanté  (Grandraont  et  Remacle, 
n°  22:9  et  il  ;  Doutrepont,  III,  14  et  16)  qui  expriment  précisément 
les  adieux  des  bergers  a  la  maison  de  Bethléem  : 

Dji  voreûs  <]iiu  risse  djoûrnêye 
Dur  ah  e  qwinze  saze  heures  ht  djoû. 
No  fris  in  houe  rigolêye, 
No  fricasseris  l 'paye  et  l'oû. 
Dunans  vite  eou  quu  n's  avans. 
Il  est  tard,  nos   une  rîrans. 

Duvant,  djowansine  ôhâde 
So  nos  flûtes  et  nos  haul>wès. 
Vinéz  chai,  cusin  Erâde, 
Qui  djowe  si   hin  de  huflet. 
Turlututu,  turlututu, 
Adieu,  hinamé  Jésus. 


XVII. 

PRÉFIXES  ET   SUFFIXES  (J). 

1.  w    afî-ce  qui 

«  Afin  que  »  est  très  souvent  rendu  en  liégeois  par  afis'  qui, 
dont  on  explique  l's  par  le  pluriel  latin  ad  fin  es,  aussi  légitime 
en  ce  sens  (pie  le  singulier  ad  fi  ne  m.  Il  faut  au  contraire  écrire 
afi-ce,  comme  le  démontrent  les  textes  suivants. 

Nous  trouvons  en  effet  dans  le  Mistère  de  saint  Quentin,  récem- 
ment publié  par  M.  Henri  Châtelain  (Sc-Quentin,  1908),  plusieurs 
passages  contenant  afin  ce  <jue,  avec  un  ce  qui  forme  syllabe  et  ne 
peut  être  confondu  avec  s  désinentielle  : 

vers   12969  :  Affin  ce  qu'il  ne  se  transporte 

Hors  de  nos  mettes  et  nos  royes... 

vers   12980  :  Affin  ce  qu'il  erainde  ton  nom... 

vers  17067  :  Affin  ce  qu'on  les  adnichile... 

vers   18099  :  Affin  ce  qu'en  mortel  oraige 
binent  leurs  jours 

vers  2i5oo  :  Affin  ce  qu'on  le  puist  bénir.... 

vers  23322  :  Affin  ce  que  nostre  empereur.... 

Le  pronom  ce  n'a  pas  dans  cette  locution  de  fonction  justifiable. 
Selon  toute  probabilité,  il  s'est  introduit  là  par  analogie  des  cas 
où  ce  venait  après  une  préposition  :  par  ce  que,  pour  ce  que.  On 
trouve  dans  le  même  mistère  avant  ce  que,  vers  240:11  :  Avant  ce 
qu'on  y  chante  ou  lise. 

Cette  constatation  est  de  nature  à  expliquer  bon  nombre  de 
locutions,  wallonnes  ou  de  dialectes  voisins  du  wallon.  Quand  des 
écrivains,  peu  soucieux  d'orthographe  et  d'ailleurs  peu  capables 
d'analyse,  nous  servent  des  usqui,  des  dousqui,  des  aïusqui,  des 
quoissqui,  etc.,  il  faut  reconnaître  un  pronom  ce  dans  la  sifflante 
qui  précède  le  qui  ou  que.  U  faut  donc  comprendre  et  orthogra- 
phier :  ù-ce  qui  c'est?  (Wavre)  :  oû-ce  que  c'est?  (Perwez);  d'oû-ce 


(')  Articles  qui  out  paru,  sauf  indication  contraire,  dans  le  Bulletin  du 
Dictionnaire  wallon.  Ils  contiennent  «les  corrections  et  additions  nom- 
breuses. 


—  176  — 

qui  to  DÎns?  (Laroche);  oû-ce  qu'est  ç'  tè  là?  (gaumais,  où  est  ce 
temps  là?);  a-y-û-ce  qu'il  a  brichôdé  tout  s    bié  (Quevaucamps, 

/'.</«•</>.,  i3);  èoû-ce  qui  i><>s  couroz?,  de  où-ce  <jui  vos  div'noz? 
(Namnr);  tôt  qwa-ce  qu'on  wat;  dijozqwa-ce  qui  00s  v'ioz  (Nainur); 
tant-ce  qu'a  ça  (Fraraeries  :  .1.  Dufrane,  Œuvres,  t.  III,  p.  5); 
tant-cequ'a  m'  mère  (Mon s,  De  la  Fourmilière,  Lés  four  miches, 
p.  i(Ji);  in  riéce  qui  ce  sivat  (Mons,  Parab.,  29).  On  trouve  même 
ce  après  un  premier  ce  :  tout  çô  ce  qu'il  avoun  (Bassilly,  Parab.,  121, 
à  moins  qu'il  ne  Taille  iei  se  rabattre  sur  un  ancien  cest. 

Après  les  interrogatifs,  ce  a  peut-être  une  l'onction  originel  h; 
différente  II  semble  qu'il  faille  non  seulement  rétablir  ce,  mais  'ce 
provenant  de  est-ce.  On  peut  hésiter  sur  ce  point,  parce  que  l'on 
retrouve  rarement  dans  le  mot  qui  précède  ce  une  trace  d'un 
ancien  est.  Le  gaumais  dit  :  coumèt-ce  qiïèle  put  tant  causèy?;  le 
framerison  :  combié-ce  qu'il  a  bié  d'  tamps  qu'il  est  o'nu  au  monde'/ 
Mais  quand  Namur  dit  :  fyi  se  bin  què-ce  qu'îrè  (Colson,  Œuvres 
[).  65,  écrit  qu'ess'),  là  où  il  faudrait  logiquement  qui-ce  qu'îrè, 
je  crois  devoir  conclure  à  une  fusion  de  qui  est-ce  en  qu'est-ce.  Le 
wice  qu'on  prononce  de  Montegnée  à  Weismes  ne  me  semble  pas 
pouvoir  être  expliqué  autrement  :  j'y  vois  un  où-est-ce  devenu 
w-est-ce,  weee,  wice. 


3.    L>e  suffixe    -aricius    en    wallon 


Il  y  a  dans  les  Nouveaux  Essais  de  Philologie  française  de 
M.  Antoine  Thomas,  p.  62-110,  un  article  très  documenté  sur  le 
suffixe  composé  -aricius.  C'est  un  suffixe  formé  à  l'origine  par 
addition  de  -ici us  à  un  mot  en  -aris  ou  en  -arius.  Exemple  : 
munera  sigillaricia,  cadeaux  pour  les  fêtes  sigillaires.  Plus 
tard,  -aricius  a  vécu  d'une  vie  propre  :  il  a  été  ajouté  en  bloc 
a  un  grand  nombre  de  thèmes.  Annal u s  sigillar i ci u s  signi- 
fie :  un  anneau  —  destiné  à  servir  de  cachet;  donc  l'adjectif  ici, 
différent  de  celui  du  premier  exemple,  vient  de  sigillum  -f- 
-arieius.  M.  Thomas  a  montré  que  le  développement  de  ce 
suffixe  est  beaucoup  plus  considérable  que  Horning,  Tobler  et 
Meyer-Lûbke  ne  le  croyaient.  Avec  une  ingéniosité  et  une  préci- 
sion d'analyse  admirables,  écartant  tout  ce  que  l'on  pourrait 
assigner  indûment  au  domaine  de  -aricius,  rappelant  au  con- 
traire   des     mots    méconnus    par    d'autres    romanistes,    comme 


-  177  — 

banneret ,  ou  assignés  à  d'autres  suffixes,  comme  certains  noms 
en  -eret,  -erette.  il  a  dressé  une  liste  imposante  d'environ 
270  mots  français  et  dialectaux  où  il  retrouve  ce  suffixe.  Un  grand 
nombre  de  ces  mots  étaient  restés  jusqu'ici  peu  ou  mal  expliqués. 
Le  Dictionnaire  général  de  Hatzfeld-Darmesteter  n'a  point 
poussé  au-delà  des  apparences. 

Dans  ee  qui  suit,  nous  avons  l'intention  i°  de  faire  connaître 
aux  wallonisants.  et  surtout  à  ceux  qui  lisent  les  vieux  textes,  ce 
suffixe  que  Grandgagnage  n'a  pas  reconnu  une  seule  fois;  20  de 
compléter  au  point  de  vue  du  wallon  la  liste  de  M.  Thomas,  soit 
par  le  nombre  des  termes,  soit  par  une  documentation  plus  précise 
et  plus  décisive  sur  quelques-uns.  Le  savant  philologue  français  a 
noté  très  soigneusement  presque  tout  ce  que  Grandgagnage 
recelait,  même  à  des  places  inattendues.  D'autres  sources  dialec- 
tales nous  fourniront  a  leur  tour  un  certain  contingent  de  mots 
inexpliqués  jusqu'ici. 

Rappelons,  a  l'usage  «les  lecteurs  à  qui  cette  matière  ne  serait 
pas  familière,  (pie  la  terminaison  -erèsse  affuble  deux  sortes  de 
dérivés  d'origine  et  de  sens  bien  différents.  Il  y  a  en  réalité  -erèsse 
et  -erèce.  Le  premier  est  un  suffixe  composé  de  -ator  -| — issa, 
-eur  -esse.  Il  sert  essentiellement  et  originairement  à  former 
le  féminin  des  nom-  substantifs  et  adjectifs  en  -eûr,  eu  :  minteûr, 
miiiterèsse:  voleur,  volerèsse;  coreû,  coûrerèsse;  feû  (faiseur), 
frèsse;  vindeû,  vinderèsse  ;  tapeù,  taperèsse;  lanïcineû,  luiricine- 
rèsse.  Il  a  servi  aussi,  en  wallon  seulement,  à  former  le  féminin 
de  beaucoup  de  noms  de  métiers  en  -/,  anciennement  -îr,  franc, 
-ier,  -er,  lat.  -arius.  Mais  ici  la  formation  ne  remonte  pas  au 
latin,  elle  apparaît  analogique;  sinon  il  faudrait  ranger  à  part 
encore  cet  -erèsse,  -irèsse  né  de  -ariu  +  -issa  :  ex.  bolefyî, 
bolefyirèsse:  coti  ou  cotieù,  cotirèsse  :  botî,  boterèsse;  vatchî, 
vatcherèsse:  ardennais,  pivartchî,  pwatcherèsse  ;  cinsî,  cinsercs.se; 
crâssi,  crâsserèssc  :  vî-ivari,  m-warerèsse  ;  mèssèfyî,  mèssèfye- 
rèsse. 

Ces  noms  en  -erèsse  désignent  la  personne  qui  fait  le  métier  ou 
l'action  indiquée  parle  masculin  correspondant  ou  par  le  radical  : 
vinderèsse  est  celle  qui  vend,  vatcherèsse  est  celle  qui  garde  les 
vacbes.  Tel  n'est  pas  du  tout  le  sens  des  noms  de  la  deuxième 
catégorie,  des  noms  en  -erèce.  Ceux-ci  sont  proprement  des 
adjectifs  indiquant  la  destination  de  l'objet  qu'ils  qualifient.  Une 
plantche  hatcherèce  n'est  pas  une  planche  qui  hache,  car  les 
planches  ne  hachent  pas;  c'est  une  planche  qui  sert  d'accessoire  au 


—  178  — 

hachoir  quand  on  veut  hacher,  plus  simplement  :  une  planche  — 
destinée  à  hacher,  servant  à  hacher,  et  faite  de  façon  à  concourir 
à  ce  but,  car  c'est  surtout  en  vertu  de  la  l'orme,  appropriée  au  but, 
que  L'objet  prend  une  désignation  particulière.  Une  sèle  buerèce 
(gaumais)  n'est  pas  une  selle  qui  lessive,  niais  une  selle  ou  trépied 
destiné  à  buer. 

L'adjectif  en  -  a  ricins  peut  devenir  substantif  par  suppression 
du  nom  de  l'objet  qualifié.  Alors  il  faut  deviner  le  premier  terme 
pour  rétablir  la  filiation  des  sens.  Une  fagnerèce  est  un  objet 
propre  à  la  «  fagne  »  :  ce  pourrait  être  une  faux  de  forme  particu- 
lière adaptée  au  sol  ou  a  l'herbe  de  la  fagne;  et  l'action  incluse 
dans  l'idée  de  destination  serait  celle  de  faucher.  En  fait,  c'est  un 
oiseau,  la  litorne,  que  le  mot  fagnerèce  signifie,  et  l'analyse  de 
l'expression  donne  :  grive  —  adaptée  à  la  fagne,  à  vivre  dans  la 
fagne. 

C'est  surtout  sur  l'analyse  sémantique  qu'il  faut  compter  pour 
distinguer  les  noms  féminins  en  -erèce  de  ceux  en  -erèsse.  Les 
graphies  anciennes  ne  font  la  distinction  qu'au  début.  Celles  de 
nos  archives  présentent  invariablement  -erèsse  :  elles  peuvent 
donc  fournir  des  mots,  —  et  les  inventaires,  les  comptes  de  gens 
de  métiers  en  contiennent  beaucoup,  —  mais  elles  ne  fournissent 
pas  le  critérium  distinctif. 

Malgré  la  différence  de  sens  originelle,  il  reste  des  cas  douteux. 
On  hésite  i°  quand  le  sens  de  l'attribution  s'est  atténué;  20  quand 
il  existe,  ce  qui  arrive  assez  fréquemment,  un  masculin  en  -eu  ou 
en  -i  du  même  thème  verbal;  3"  quand  les  exemples  anciens  ne 
sont  point  là  pour  offrir  un  sens  plus  précis  ou  pour  fournir  le 
nom  générique  spécifié  par  le  nom  en  -erèce. 

On  comprend  facilement  pourquoi  la  confusion  entre  -erèce  et 
-erèsse  s'est  produite.  C'est  que  souvent  l'objet  destiné  à  hacher, 
à  courir,  à  couper,  n'est  pas  un  ustensile  accessoire  de  l'action, 
mais  l'ustensile  principal,  qui  hache,  court  et  coupe  réellement. 
Si  une  sèle  buerèce  ne  lessive  pas,  si  une  plantche  hatcherèce  ne 
hache  pas,  une  scie  destinée  à  couper,  donc  côperèce,  coupe  réelle- 
ment, en  quoi  elle  est  côperèsse,  coupeuse;  une  varlope  courerèce 
court  réellement;  une  manne  purerèce  épure  réellement.  11  en 
résulte  que  l'adjectif,  inventé  pour  noter  la  destination  et  la  forme 
particulière  afférente  à  cette  destination,  paraît  ensuite  désigner 
Tact  ion.  On  peut  donc  hésiter  sur  l'explication  et  l'orthographe 
de  couuerèsse  en  présence  du  français  couveuse,  sur  le  nom  de 
la    scie   appelée   ricèperèsse,  mais   aussi   rîcèpeû.    Nous  espérons 


—  i79  — 

montrer  que  l'on  confond  même  sous  la  terminaison  -erèsse  des 

homonymes  qui  sont  réellement  des  mots  différents. 

Il  faut  encore  songer  à  ceci.  Depuis  la  confusion  de  -erèce  et 
-erèsse,  des  mots  nouveaux  ont  été  formés.  A  quel  suffixe  allons- 
nous  les  assigner?  Pour  répondre  victorieusement  à  cette  question, 
il  faudrait  savoir  d'abord  si  la  confusion  qui  se  produisait  dans 
l'écriture  était  dans  les  cerveaux  en  même  temps,  savoir  ensuite 
quelle  est  l'époque  de  création  de  chaque  mot.  Au  moins  il  n'v  a 
point  de  doute  sur  les  plus  récents.  L'industrie  mécanique  a 
remplacé  certaines  personnes  par  des  machines  ou  organes  de 
machines.  En  ce  cas,  le  nom  de  la  personne  a  passé  analogique- 
ment a  la  machine,  sans  conteste  possible,  et  les  noms  modernes 
ainsi  employés  sont  en  -erèsse. 

Mais  nous  n'avons  parle  jusqu'ici  que  des  noms  féminins  issus 
delà  forme  féminine  -aricia.  La  difficulté  s'accroît  quand  il  s'agit 
de  retrouver  les  masculins.  Se  seraient-ils  tous  évanouis?  Xon, 
mais  leur  terminaison  ancienne  -erez,  devenue  de  bonne  heure 
-ré,  -rê,  -ret,  s'est  confondue  avec  celles  des  mots  en  -é  (-eau)  et 
en  -et.  L'e  protonique  a  cessé  d'être  écrit,  IV  a  passé  pour  inter- 
calaire. Entre  mossai  et  mosrai,  comme  on  écrivait  ces  mots,  il 
n'y  avait  vraiment  (prune  variation  dialectale  sans  signification  et 
sans  importance.  Ainsi  ont  passe  pour  des  dérivés  en  -ellum  ou 
en  -ittum  les  termes  gauinais  ou  chestrolais  bouchré,  chitré, 
coupirê,  fourchré,  houpré  ou  houpperai,  mousré,  pateré,  pètré, 
chapitré,  chantre,  les  termes  du  nord  clouktrai,  cocrai,  costrai, 
cotraî,  coistrai,  dosrai,  findrai,  fouyerai,  hachrai,  hitrai,  houtrai, 
laurai,  leherai,  leiivrai,  lignerai,  titrai,  livrai,  màdrai,  macrai, 
murai  ou  muret,  nokrai,  péterai,  piquerai  ou  picrai,  plastrai, 
pocrai,  poitrai,  spitrai,  tastrai,  tindrai,  vautrai,  vètrai  :  autant 
d'énigmes  sous  leur  livrée  populaire;  car,  pour  beaucoup,  le  suffixe 
ne  devient  si  facilement  explicable  qu'au  détriment  du  radical. 
qui  s'obscurcit  d'autant. 

D'autres  confusions  se  sout  produites  en  wallon  comme  en 
français.  Dès  que  le  suffixe  -erez  a  commencé  à  perdre  son  sens 
précis,  on  dirait  qu'il  s'affole.  Comme  une  bête  égarée  qui  a  perdu 
son  maître,  il  se  met  à  courir  d'un  passant  à  l'autre,  il  adopte  un 
maître  de  hasard.  On  pourrait  encore  comparer  ces  mots  de 
terminaison  incertaine  et  amorphe  au  bernard  l'hermite  qui  loge 
son  arrière-train  dans  une  coquille  de  rencontre.  Mais  effaçons 
ces  métaphores  interdites  au  philologue  et  disons  que.  par  méprise 
ou  par  essai  d'étymologie  populaire,   on   rapproche   inconsciem- 


—    i«o   — 

ment  le  suffixe  rare,  ou  compliqué,  ou  troublé,  de  quelque  autre 
suffixe  commuu  el  d'intelligence  facile.  Ce  rapprochement  et  la 
confusion  finale  ont  été  favorisés  par  le  voisinage  des  dialectes, 
par  les  à-peu-près  de  traduction  et  de  rétroversion  d'un  dialecte  à 
L'autre.  Ainsi  coquerez,  g raterez,  grimperez,  hotterez,  ont  pu  être 
compris  comme  ayani  le  suffixe  -et,  soit  dans  une  région  où  -ez  et 
-cl  se  i  rononçaienl  avec  é  fermé,  soit  là  où  ils  se  prononçaient 
tous  deux  avec  è  ouvert.  Retraduits  par  des  tabellions,  des 
greffiers,  de  leurs  patois  en  français  approximatif,  des  mots  sem- 
blables peuvent  devenir  coquerel,  grimperel,  listreau,  liureau, etc. 
Il  arrivera  même  à  quelques-unes  de  ces  formes  dialectales  de 
faire  fortune  et  de  passer  dans  le  courant  du  langage,  tels  coste- 
reau,  gritnpereau,  hottereau.  Ailleurs,  il  arrivera  que  -et  se 
confonde  avec  -ais  du  suffixe  collectif  -etum,  ou  avec  -oè,  eu  issu 
du  même  suffixe  -etum  en  d'autres  régions,  lequel  -eu  sera  retra- 
duit analogiquement  en  -ois,  exemple  *faverez,  faveret,  /'avérais 
ou  [aurais,  fanerois.  Tout  n'a  pas  encore  été  découvert  sous  ce 
rapport  et  il  n'est  pas  môme  possible  de  tout  découvrir,  ni  de  tout 
démontrer.  Néanmoins  nous  n'avons  pas  voulu  fuir  les  sugges- 
tions et  les  conjectures  lorsque  la  phonétique  ou  la  sémantique 
militaient  contre  l'explication  superficielle  courante  en  faveur 
d'un  primitif  en  -erez. 

('es  diverses  confusions  ne  sont  pas  de  la  même  date  ni  de  la 
même  région.  Ainsi  on  confond  la  forme  féminine  et  la  forme 
masculine  dans  eoq  bruereche  ( i3 17),  sou  èwerèee,  malien  fole- 
reche,  banneresse  (porte-bannière),  chevalier  bannereche  (i4<j3, 
Mons)  :  cette  confusion  a  dû  se  produire  pendant  que  le  masculin 
se  prononçait  encore  en  articulant  la  sifflante  finale.  Au  contraire 
-erez  n'a  pu  être  interprété  comme  -eret  qu'à  l'époque  où  la 
consonne  finale  2  était  amuïe.  Alors  naissent  bouveret,  baveret, 
cierg'eret,  ce  qui  rend  possible  des  féminins  en  -elle  :  baverète, 
èscumerète,  chauferète,  passerète.  De  même  -erez  n'a  pu  être 
confondu  avec  -erel  qu'à  l'époque  et  dans  les  dialectes  où  -erel 
s'amuïssait  en  -erê,  et  cette  erreur  a  rendu  possibles  des  féminins 
en  -erelle,  ailleurs  des  masculins  en  -eria,  -erea,  -ereau.  Des 
déformations  plus  vilaines,  mais  donnant  une  idée  de  l'amplitude 
de  ces  variations,  sont  fournies  par  castrètche  et  castrèfe  pour 
casirerèce. 

En  même  temps  que  la  forme  vacille,  le  sens  fléchit  déplus  en 
plus.  <  'e  qui  était  adjectif  n'est  plus  compris  dans  sa  précision  : 
rente  chambrerece  devient  «  rente  de  chambereehe  »  ;  le  wallon 


-  i8i  - 

clâ  cwastrê  devient  «  clâ  iV  cwastrê  ».  Alors  l'histoire  du  mot  est 
impossible  à  reconstituer,  si  l'on  ne  trouve  pas  des  témoins  des 
étapes  intermédiaires.  Nous  n'avons  pas  la  prétention  d'avoir 
résolu  tous  les  petits  problèmes  de  ce  genre,  ni  rencontré  toutes 
les  preuves.  Notre  série  d'articulets  aura  du  moins  le  mérite 
d'attirer  l'attention  sur  des  formes  étudiées  superficiellement 
jusqu'ici. 

M.  Thomas  a  partagé  sa  liste  eu  deux  grandes  classes,  thèmes 
nominaux  et  thèmes  verbaux,  comportant  chacune  les  subdivi- 
sions en  adjectifs,  substantifs  masculins,  substantifs  féminins. 
Cette  disposition  en  six  catégories  a  ses  inconvénients  et  ses 
avantages.  D'abord,  comme  l'auteur  l'avoue,  il  est  parfois  difficile 
de  décider  si  l'on  a  affaire  à  un  thème  nominal  ou  à  un  thème 
verbal.  Ensuite  le  même  mot  peut  exister  sous  deux  ou  trois 
espèces,  comme  adj.,  comme  subst.  masc.,  comme  subs.  fém., 
de  sorte  que  les  doubles  emplois  se  multiplient.  Cette  disposition 
nécessite  donc  des  renvois  et  fragmente  la  démonstration.  En 
revanche,  elle  a  l'avantage  de  présenter  des  listes  plus  homogènes. 
A  tort  ou  a  raison,  nous  nous  sommes  contenté  de  ranger  notre 
moisson,  ou  plutôt  notre  glane,  par  ordre  alphabétique. 

Xous  conservons  dans  notre  liste,  entre  crochets,  des  noms  en 
-erèsse  issus  de  -ator  -f  -issa.  et  des  noms  en  -erê  issus  de 
-er-f-  -ellu,  lorsque  nous  avons  douté  de  leur  origine  et  que 
nous  avons  dû  les  soumettre  a  un  examen  pour  décider  de  leur 
suffixe.  Xous  avons  seulement  écarté  les  mots  trop  nombreux  de 
ce  genre  qui  n'avaient  aucune  forme  wallonne  correspondante  à 
celles  des  recueils  de  Du  Cange,  Godefroy,  etc.,  et  pour  lesquelles 
nous  n'avions  rien  de  spécial  cà  fournir.  La  présence  de  mots 
comme  amerèsse  dispensera  les  chercheurs  de  croire  que  ces  mots 
n'ont  pas  été  examinés  et  ont  été  omis  à  tort.  —  Xous  insérons 
aussi  dans  notre  liste  des  mots  d'anc. -franc,  non  recueillis  par 
M.  Thomas  dans  son  article  des  Nouveaux  essais  de  philologie 
française,  p.  78-110  et  359-362. 

Dans  les  articles  qui  suivent,  j'impose  aux  mots  wallons,  pour 
lesquels  j'ai  les  mains  libres,  l'orthographe  rationnelle  que  me 
suggère  l'étymologie.  Les  mots  d'ancien-wallon  ont  la  graphie  des 
documents.  Les  mots  d'ancien-français  et  les  mots  dialectaux 
des  provinces  de  France  ont  la  graphie  des  lexiques  ou  des  docu- 
ments dont  ils  proviennent,  sauf  quand  les  variantes  me  permet 
taient  de  poser  hardiment  en  tète  d'article  le  primitif  en  -erez,  ou 


—    182   — 

quand  l'en-tête  eût  présenté  mie  forme  trop  barbare  (voy.  ferrerez, 
foûrerèce). 

II.    LEXIQUE  (l). 

abaltrîche  ou  albaltrîche,  wall.  de  Fosse  lez-Namur,  espèce 
d'hirondelle  appelée  martinet,  Ce  mot  est  formé  de  arbaleste  e1  <lu 
suffixe  -erèce.  Difficultés  de  forme  :  i°  on  a  la  variante  -eriche 
au  lieu  de  -erèche  comme  dans  livriche,  bourriche,  brasserich; 
ce  sont  des  terminaisons  picardes;  2°  on  s'attendrait  à  trouver  en 
rouchi  (sous-dialecte  picard  «lu  Eainaut)  *arbal'terèche,  avec  Isi 
réduit  à  //,  en  wallon  *arbasierèce  ou  iibasterèce,  avec  Ist  réduit 
à  st.  Ainsi  à  Bastogne  la  compagnie  des  arbalétriers  s'appelait 
confrérie  de  Varbastrie  (Tandel,  Communes  Luxembourgeoises, 
t.  IV,  p.  128).  Les  formes  t'ossoises  précitées  sont  donc  empruntées 
au  rouchi,  comme  il  arrive  souvent  à  Fosse.  Nous  n'en  avons  pas 
encore  trouvé  d'autres.  Voyez  toutefois  le  mot. suivant  àbastreû. 
—  Difficulté  de  sens  :  le  sens  premier  serait  donc  :  (oiseau  ou 
hirondelle)  qu  i  ressemble  à  une  arbalète.  Il  y  a  en  effet  une 
comparaison  analogue  dans  le  mot  wallon  signifiant  martinet  : 
cet  oiseau  s'appelle  à  Verviers  êrtchî,  littéralement  archer,  non 
pas  dans  le  sens  du  français  archer,  mais  dans  le  sens  adjectival 
de  *arcarius,  en  arc,  en  forme  d'are. 

àbastreû,  wallon,  dans  Gggg.,  II,  494  :  (<  système  de  bascule 
dans  une  machine  à  vapeur  ».  Est-ce  un  système  arbasterez, 
c'est-à-dire  en  arbalète?  En  ce  cas  il  faut  sans  doute  prononcer 
àbastreû.  Je  préfère  supposer  une  déformation  du  suffixe  -erez 
en  -ereu  que  de  rattacher  eu  à  -et uni  on  à  -e(n)sem  au  mépris 
de  la  sémantique. 

abaterèce,  i°  wall.  liégeois  :  terme  de  mineur,  sorte  de  have- 
rèce  pour  abattre  le  charbon;  2"  wallon  de  Givet,  Dailly,  Scry- 
Altce  :  cognée  de  bûcheron  ;  3°  à  Stoumont  :  espèce  de  faux  longue 
et  étroite,  BD  1908,  p.  102.  —  Mot  de  suffixe  différent  de  abate- 


\  l>ré\  iations    :     B    =   Bulletin  de  la  Soc.  liég.  de  Litt.  wallonne. 
BD  =  Bulletin  du  Dictionnaire  wallon. 

MM.  Ilaust  et  Doutrepont  ont  relu  mon  premier  manuscrit  et  m'ont  signalé 
diverses  corrections  et  additions.  Je  dois  à  M.  Ilaust  notamment  les  mots 
Bèvrèsse,  Piètrèsses,  bouterèce,  rèperèce,  f'uheréce,  (rouwale)  folerêce,  (Ion/) 
hoûlerèsse,  plazerê,  ReceDrèsse.  M.  Doutrepont  m'a  suggéré  une  meilleure 
explication  de  fueresse ;  M.  Dewert  m'a  rectifié  d'après  le  ms.  l'explication 
de  pineresse. 

Ajoutons  eu  outre  (pie  M.  Belirens  a  insère  dans  sa  Revue  quelques  articles 
'pli  avaient  échappé  a  M.  Thomas,  «pie  M  Ilaust  en  note  encore  une  dizaine 
dans  la  Renie  de  Dialectologie  romane,  n°  >. 


-  i83  — 

rèsse,  i°«  chanterelle  placée  à  une  certaine  distance  en  avant  du 
filet;  2°  faucheuse.  Voy.  HD  1906,  p.  5i  et  90. 

ameresse,  anc. -franc,  et  anc. -wallon.  Les  ex.  de  Godefroy, 
v°  ameor,  montrent  (pie  ce  mot  est  d'abord  adjectif,  féminin  de 
a  nie  or,  anieur,  par  le  suffixe  -issa.  Aux  ex.  de  Godefroy. 
ajoutons  celui-ci,  du  Liégeois  Hemricourt  :  «  en  temps  qu'il  avoit 
environ  de  70  ans  d'eage,  ilh  s'acontat  d'unne  strangne  femme..., 
.une  povre  ameresse  pour  amours...  »,  édit.  C.  de  Borman  et 
A.  Bayot,  n"  845. 

?  ameret,  franc  dialectal.  On  trouve-  petit  ameret  ou  petit 
dameret,  pomme  de  blanc»  dans  Rolland,  Flore  pop.,  t.  V. 
p.  io5.  Le  premier  terme  reste  douteux,  parce  qu'il  semble  être 
une  déformation  du  second.  Le  second  est  bien  en  -aricius  et  a 
été  note  par  M.  Thomas,  p.  75. 

armerez,  anc. -français.  Godefroy  traduit  armer  et  par:  «qui 
a  la  passion  des  armes  et  de  la  gloire  ».  Le  mot  existe  sous  la 
forme  armeret  dans  Du  C  avec  une  fausse  définition  : 
«  galant,  poli,  qui  cherche  a  plaire  »,  laquelle  montre  que  l'auteur 
rattachait  ce  mot  a  a  in  are!  Au  Gloss.  latin,  v"  amaratus. 
il  y  a  un  texte  de  Froissart  où  armeret  suit  amoureux  : 
(c  noble,  frisque,  sage,  amoureux  et  armeret  avoit  esté  ».  La 
qualité  de  galant  étant  exprimée  par  amoureux,  armeret  doit 
nécessairement  signifier,  pour  compléter  le  portrait  :  propre  aux 
armes,  destine  aux  armes,  adonne  aux  armes.  Voyez  d'autres 
ex.  dans  Godefroy. 

apoyerèce,  wall.  de  Viesville,  étançon,  littéralement  :  (perche) 
«  appuyeréce  ». 

avalerèce,  wallon.  Toutes  les  définitions  données  sont  gauches 
ou  fautives:  il  faut  les  comparer  pour  atteindre  le  primitif.  Gggg. 
définit  par  «  bure  (pie  l'on  avale,  c'est-à-dire  que  Von  est  occupé 
à  creuser  »,  mais  il  ne  s'aperçoit  pas  que  on  avale  a  le  sens  passif 
de  est  avalée,  et  que  le  mot.  avec  le  suffixe  -erèsse  qu'il  lui  prête, 
ne  peut  signifier  que  l'actif  a  val  eu  se.  Bormans,  Voc.  des  houil- 
leurs  liégeois,  écrit  avaleresse  et  définit  ainsi  :  «  nom  donné  à  la 
fosse  pendant  qu'on  la  creuse;  riprinde  i avaleresse  d'on  beur,  en 
continuer  [?]  la  construction,  l'enfoncement  ».  Louvrex,  II,  241. 
dit  :  «  c'est  un  nouveau  [?]  bure  que  l'on  commence  [?|  à  tra- 
vailler ».  Delmotte.  lassai  d'un  glossaire  wall.  (montois),  I,  5o  : 
«  puits  creusé  pour  parvenir  à  la  première  veine  ou  couche  d'une 
houillère.  Quand  le  puits  coupe  une  ou  plusieurs  veines,  on  le 
nomme    bure    ».    Ar.    Carlier   (Charleroi)   traduit   par    «   puits 


-   i84  — 

d'aérage,  fosse  d'air  ».  Que  conclure,  de  là?  Riprinde  Vaûaleresse 
don  beiïr  doit  signifier  :  entreprendre  par  contrat  la  partie  ou  la 
besogne  avalerèce  d'une  bure,  c'est-à-dire  la  besogne  de  creuse- 
ment en  aval,  suivanl  la  ligne  verticale.  Le  sens  adjectival  est  : 
qui  concerne  le  creusement  en  aval,  qui  concerne  l'action  d'avaler 
ou  profonder,  connue  dit  encore  l'ancien  liégeois.  Puis  la  partie 
avalerèce  est  à  la  t'ois  le  travail  d'avalement,  et  le  puits  vertical 
qui  en  résulte.  Donc,  du  thème  verbal  :  avaler  -f-  -aricia.  — - 
Le  mot  a  passé  du  pays  liégeois  dans  le  Hainaut,  témoin  le  texte 
de  Delmotte  ci-dessus,  mais  il  s'est  déformé  en  avarèsse  à 
Baudour,  I'resles,  etc.,  forme  notée  par  Doxy,  B.,  t.  5o,  p.  517. 

averè,  wall.  de  Charleroi,  t.  de  bouilleur,  pioche.  C'est  la  forme 
masculine  du  liégeois  hnverèce  (voy.  ce  mot),  preuve  que  l'un 
n'est  pas  plus  un  diminutif  en  -et  que  l'autre  n'est  un  substantif 
d'action  en  -er-èsse. 

aygreret,  anc. -franc.,  Godefroy;  mesure  spéciale  de  grains 
dans  le  Louduuois,  redevance  d'une  telle  mesure,  etc.  Variantes 
graphiques  du  mot  :  aygreret,  aggreyret,  eguerret, 
esgarret,  esgayrreyt!  il  me  semble  que  ces  variantes 
cachent  un  *agrerez,  servant  pour  les  champs,  relatif  aux  champs, 
peut-être  à  un  champ  de  surface  déterminée  (acre?),  dont  le  rende- 
ment a  pu  servir  d'unité  de  mesure.  Du  Cange  donne,  dans  le 
même  sens,  agi*  ère,  agrier,  a  g  ri  ère,  et  il  n'a  pas  les  formes 
notées  ci-dessus. 

bachereche,  anc. -wall.,  préposée  à  un  bac  :  «  a  femme  qui  fut 
Clamen,  jadit  bachereche,  et  a  ses  hoirs  »,  i438,  Jos  Halkix, 
Le  bon  métier  des  vignerons  de  la  cité  de  Liège,  p.  33  (=  B.,  t.  36, 
p.  39). 

baignerèche,  anc. -franc.,  qui  sert  pour  le  bain.  Godkfroy  a 
l'expression  «  une  cuve  baignerèche  »  dans  un  compte  de  Aralen- 
ciennes  de  1434. 

bancherèce,  anc. -franc.;  dans  le  Gloss.  franc,  de  Du  Cange, 
p.  54,  on  trouve  «  coignée  bancheresse  :  certaine  cognée  à  l'usage 
des  charpentiers  et  charrons  ».  Carpentier,  dans  le  Gloss.  lat. 
de  Du  ('.,  l'ait  venir  bancheresse  de  bancart,  ce  qui  n'a 
guère  de  vraisemblance.  L'exemple,  repris  par  Gon.,  est  :  «  le 
suppliant,  tenant  une  coignée  bancheresse,  de  laquelle  il 
t'ai  soi  1  ung  essieu  de  charrete  »,  1448-  J'interprète  dans  ce  sens 
que  cette  espèce  de  cognée  est  opposée  à  celle  du  bûcheron;  c'est 
une  cognée  propre  a  travailler  au  banc  de  menuisier.  —  Cf. 
Godefroy,  v°  bancheresse,  et  Thomas,   v"  bancherez,  p.   73. 


I»3     — 


banneresse,  anc. -wallon,  porte-drapeau.  Gggg.  ne  l'enregistre 
que  dubitativement  (II,  p.  555),  mais  nous  le  retrouvons  dans 
Halkin,  Le  bon  métier  des  vignerons  r/e  la  cité  de  Liège, 
p.  :>7  (=  B.,  t.  36,  p.  35)  :  «  le  porte-drapeau  ou  banneresse, 
dont  la  fonction  consistait  a  porter  la  bannière  du  métier  lorsque 
celui-ci  sortait  en  corps»;  dans  Poncelet.  Le  bon  métier  des 
merciers  de  lu  cité  de  Liège,  p.  6o  (=  B.,  t.  5o,  p.  298),  qui  a 
un  paragraphe  sur  le  banneresse  et  qui  renvoie  au  Bull,  de 
rinstitut  arch.  liégeois,  t.  26.  p.  53.  La  graphie  des  documents  est 
doublement  fautive,  puisqu'il  faudrait  -erèce  au  lieu  de  -erèsse, 
et  la  l'orme  masculine  -erez  au  lieu  de  -erèce.  Comparez  (coq) 
bruereche.  Cette  graphie  prouve  que  le  masculin  se  prononçait 
jadis  comme  le  féminin.  L'exemple  de  Godkfkoy,  chevalier 
bannereche,  1  p> ■>.  Mous,  a  aussi  la  forme  féminine.  —  Ne  pas 
confondre  avec  banneresse,  femme  du  banneret. 

barbierez,  qui  sert  à  <  barbier  »  (bârbi),  propre  à  faire  la 
barbe.  Thème  verbal.  Exemple  de  Du  Cange,  v°  barbescere, 
repris  par  God.  :  <•  De  fait  le  dit  sergent  print  le  bassin  barbierez 
du  suppliant,  dont  il  se  aidoi!  à  user  de  son  mestier  ».  i388. 
Godefroy a  les  variantes  barbieret,  barbiret,  barberech, 
dont  la  dernière,  ne  contenant  pas  d'i,  peut  aussi  dériver  de 
ba  r  ba  :  propre  à  la  barbe,  pour  la  barbe. 

baterel;  batrel,  picard, dans  leMistere  de  saint  Quentin,  v.  12896, 
édition  H.  Châtelain  :  «  assommer  d'un  batrel».  Ce  batrel  doit 
être  un  pilon.  Le  mot  est-il  un  vrai  diminutif?  C'est  douteux: 
le  sens  est  plutôt  :  (bâton)  pour  battre,  c'est-à-dire  pour  con- 
casser. Le  pilon  de  la  baratte  est  aussi  un  diminutif  en  wall.  : 
bateroùle. 

baverèce  ou  baverète,  1  bavette,  20  bavarde,  à  Prouvy 
(pays  gaumais,  partie  lorraine  du  Luxembourg  méridional;;  bave- 
rète, bavette,  à  Gosselies,  B.,  t.  45,  p.  100,  GIoss.  de  Wyns;  id. 
à  Charleroi,  à  Neufchâteau.  Sens  premier  adjectival  :  qui  sert 
pour  baver  ou  plutôt  quand  on  bave;  d'où  bavette.  Comparez 
èscumerèce,  èsemnerète  pour  le  passage  de  -èce  îi-ète.  —  Si  le  sens 
de  bavarde  n'est  pas  dérivé  de  l'autre,  il  faut  inscrire  baverèsse, 
fém.  de  buveur,  à  côté  de  baverèce,  toile  ou  linge  pour  baver. 

bergerez,  anc. -franc.,  qui  sert  aux  brebis,  de  brebis.  Se  trouve 
dans  Dv  Cange,  y"  bergerius  :  «  baston  bergerez,  pastorale 
pedum,  vulgo  houlette»,  texte  de  1398.  Godefroy  donne  seulement 
bergeret,  petit  berger,  et  bergerois,  de  berger.  Thomas,  p.  88,  a 
seulement  bergerece,  bergerie,  ce  qui  est  bien  la  forme  féminine, 
avec,  comme  nom  sous-entendu,  le  mot  étable. 


—  186  - 

Bèvrèsse,  lieu  où  est  situé  le  cimetière  de  Malmedy  (.1  rm. 
dol  saméne,  Bdalmedy,  1908,  p.  3g).  Il  faut  écrire  bèurèce  et  expli- 
quer le  mol  par  :  (place)  propre  aux  bièvres.  La  commune  voisine 
de  ce  lieu  s'appelle  Bévercé,  en  wallon  Béuurcé.  Bèvrèce  serait 
simplifié  <lc  bèurerèce,  comme  piètrèce  et  d'autres. 

bloeret,  anc. -franc.,  drap  bleu,  Godefroy.  Dérivé  de  bloe, 
bloi,  bleu,  employé  substantivement;  (drap)  tirant  sur  le  bleu. 
L'exemple  de  Gou.  a  bloerez  :  «  petites  rayes  et  bloerez  d'icelle 
ville  ». 

bosqueret,  anc.  franc.,  donne  par  God.  1  omme  signifiant  petit 
bosquet  Ce  serait  un  diminutif  singulièrement  fabriqué.  11  serait 
au  contraire  tout  à  t'ait  régulier  de  l'interpréter  par  bosquerez, 
(bois)  en  forme  de  bosquet. 

bourriche,  fiançais.  On  trouve  dans  le  gloss.  franc,  de  Dr  C. 
les  formes  hétéroclites  berroiche,  borroche,  bourroche, 
bouresche,  boueresche,  bourrache,  bourroiche,  bu- 
rache,  avec  des  définitions  peu  variables  :  ce  sorte  de  panier; 
instrument  en  forme  de  panier,  propre  pour  pêcher  ».  Tous  ces 
articles  renvoient  au  gloss.  lai.  v°  bertavellus,  où  l'on  peut 
mieux  se  faire  une  idée  de  l'objet  par  les  exemples.  1827  :  item 
li  courgnon  [nasse]  des  eliees  [d'éclisses]  que  l'en  dit  bourroiche 
ne  corra  point  en  nulle  saison  »  —  «  borroche,  cistae  speeies  : 
une  borroche  de  jonc  plaine  de  poupées  de  lin  et  du  lin  filé  ».  — 
«  Le  suppliant  print  une  pleine  borroche  de  prunes,  laquelle  il 
getta  à  l'encontre  de  son  frère  ».  La  terminaison  -iche  de  bour- 
riche, que  l'on  constate  d'ailleurs  si  variable  par  les  formes 
précédentes,  n'est  pas  irréductible  à  -èche.  -èce.  On  trouve  de 
même  brasserich  pour  brasserech  (Thomas,  p.  95),  brasse- 
rich    id.  74)  et,  dans  notre  liste,  abaltriche,  livriche. 

boutcheré,  gaumais,  Liégeois,  Com.pl.  du  lex.  gauin.,  p.  23. 
Il  ne  s'agit  point  d'une  petite  bouche,  mais  d'un  exanthème  propre 
à  la  bouche,  venant  autour  de  la  bouche. 

bouterèce,  wall.  du  Condroz,  sarcloir  à  manche  employé  dans 
les  semis  en  lignes  (eomm.  de  M  Henri  Gaillard,  de  Xeuville- 
sous-Huy).  Dérivé  du  verbe  bouter.  Ce  sarcloir  est  ainsi  dénommé 
sans  doute  parce  qu'on  le  pousse  devant  soi  par  petites  secousses. 
Ailleurs  on  l'appelle  rèperèce.  Voy.  ce  mot. 

1.  bouveret,  un  des  noms  du  bouvreuil  ou  pyrrhule  vulgaire. 
On  trouve  aussi  bouvier,  bouvereuil,  bouveron,  bouve- 
reu  x  .  Gaston  Paris  a  écrit  un  articulet  sur  ce  mot  (cf.  Mélanges 
linguistiques  publiés  par  Mario   Roques,  p.   5i5).   Le  bouvreuil. 


—   18-   — 


dit-il,  n'est  point  par  son  nom  un  petit  bœuf,  mais  un  petit 
bouvier.  Je  crois  qu'on  peut  aller  plus  loin  et  voir  dans  bouve- 
ret,  bouvereux,  etc.,  des  divergences  d'un  primitif  bouverez. 
L'oiseau  bouverez  (bovaricius)  est  l'oiseau  qui  accompagne  le 
bœuf.  C'est  moin-  poétique,  il  est  vrai,  que  le  petit  bouvier  de 
<L  Paris,  mais  c'est  certainement  plus  juste  que  le  petit  boeuf 
de  Littré. 

2.  bouveret,  anc.-franç.,  terrain  propre  à  être  labouré  par  des 
bœufs.  Carpentier,  dans  Di  C,  v°  boverius,  définit  ainsi  : 
<c  ipsa  agrorum  cultura,  quia  bobus  exercetur  »  (une  couture,  en 
ce  qu'elle  est  labourée  par  des  bœufs).  Les  exemples  qu'il  donne 
ne  laissent  aucun  doute  sur  le  sens  ni.  par  conséquent,  sur  le 
suffixe  :  «  trois  courvées  de  cherrue  l'an,  pour  aidier  à  faire  nostre 
bouveret  de  Joinville  »  u354)  :  «  cinq  corvées  de  bras  è> 
bouveres  d'icellui  prieur  »  (I491)-  —  Lorrain  :  bouverot.  — 
M.  Thomas,  p.  88,  a  bovareza,  chemin  des  bœufs,  et  bove- 
recc,  bouverie.  —  Le  Bouveret,  village  sur  la  cote  S.-E.  du 
Léman. 

bozerez,  de  Thom  \s.  p.  74.  existe  sous  les  formes  i°  Boseret, 
2°  Bosret  comme  nom  de  famille  d'un  chansonnier  namurois,  et 
3°  Bosseret,  nom  de  famille  à  Namur,  dans  Halkix,  Le  bon 
métier  des  vignerons,  p.  6<).  Le  sens  donné  par  Godefroy,  «  sali 
de  bouse»  du  thème  bouse,  wallon  bosse  (boue),  ne  rend  pas 
compte  du  suffixe.  Il  faut  partir  de  :  t'ait  pour  la  boue,  qui  aime  à 
jouer,  à  se  vautrer  dans  la  boue.  Mais  le  sens  a  vite  passé  de  la 
destination  au  résultat.  Il  s'en  est  suivi  un  verbe  se  bouserer . 
On  ne  peut  en  tout  cas  considérer  boseré  comme  le  participe 
passé  de  ce  verbe  :  les  anciennes  graphies  bouseret,  bou- 
serez  (cf.  God.)  s'y  opposent. 

bruereche,  anc.-wall.,  de  bruyère.  Le  mot  est  dans  la  Lettre 
des  Venalz  (  1 3 1 7 ) ,  étudiée  par  Gggg.,  B.,  t.  VIII,  ne  partie,  p.  7. 
Il  note  les  variantes  coq  bruereche,  cocq  bruerece,  kock 
brureche.  kok  broueche  et  cok  brieche.  Dans  les  deux 
dernières,  un  re  en  abréviation  a  dû  échapper  aux  copistes.  Les 
ex.  de  Louvrex,  qui  ont  tant  intrigué  Gggg.,  kockeuerele,  etc., 
se  résolvent  aussi  en  cocbreuerece  et  les  conjectures  de  Gggg. 
sont  inutiles.  —  On  confond  déjà  en  i3i7  la  forme  féminine  avec 
la  forme  masculine  —Je  trouve  dans  J.-S.  Renier,  Histoire  du 
Ban  de  Jalhay,  t.  II,  p.  254,  que  le  coq  de  bruyère  est  appelé 
broultea  ou  coq  de  fangne.  Ce  broultea  a  bien  l'air  d'un 
brouerece  mal  lu.  —  bruerez  est  pour  ::br  uye  rerez  :  il  y  a 
superposition  des  deux  re. 


-  188  - 

bucheret,  anc. -franc,  instrument  pour  pêcher.  Synonyme 
buckière.    Dv  C.    v°  bnchia,  a  l'exemple  :«  lesquels  tirèrent 

ai ii    ta    aef  au    chable  pour   pescher   au    bucheret  »,    i47-- 

ti 3FROY    définit    buchière  par  «    bramail,  engin  de  pèche  », 

mais  bucherel  manque.  Le  sens  primitif  reste  indéterminé; 
le  thème  est-il  le  germ.  bue,  comme  dans  trébuchet,  ou  de  la 
même  racine  que  1)  ù  c  h  e  ? 

bûrèce  ou  bû"'erèce,  patois  gaumais  (lorrain  du  Luxembourg 
méridional  .  dans  l'expression  sèle  bùrèce,  LIÉGEOIS,  Lex.  1^:111- 
mais,  p.  171.  trépied  pour  lessiver  (buer).  —  Ajoutez  les  notes  de 
M.  Thomas,  p.  o,5  et  102.  —  A  distinguer  de  bûrèsse,  lessiveuse, 
usité  en  gaumais,  en  rouchi  (Sigart,  p.  io3);  en  wallon  boive- 
rèsse,  bouwerèsse. 

cendresse,  anc. -franc,  ad/.,  de  couleur  de  cendre,  Godefroy. 
Est-ce  le  féminin  de  cendrier,  cendré,  adj.?  ou  est-ce  une 
réduction  de  cendrerèce,  tiré  de  l'expression  de  couleur 
cendrerèce,  de  couleur  relative  à  celle  des  cendres?  L'exemple 
suivant,  de  Godefroy,  ré  ont  le  problème  en  faveur  de  la  seconde 
hypothèse  :  »  Si  vint  un  hom  qui  portoit  pain  —  Si  coin  de 
cendresse  couleur  »,  De  S'  Brandan,  Jubinal,  p.  116. 

chambereche,  anc. -franc.,  est  défini  par  le  gloss.  franc,  de 
Du  C,  p.  87,  «  cens  ou  rente  que  la  Chambre  du  seigneur  lève 
sur  les  terres  de  ses  vassaux  »;  par  Godefroy,  «  so:te  de  cham- 
belage  payé  pour  la  terre  elle-même  ».  Le  sens  propre  est  : 
(rente)  relative  à  la  Chambre,  et  la  forme  devrait  être 
chambrereche.  On  peut  saisir  sur  l'exemple  suivant  le  moment 
où  le  sens  adjectif  se  brouille  :  «  Encor  i  a  li  cuens  rente  de  terre 
k'on  apie'e  de  chambereche  »,  1289,  Lille. 

chauderet  et  chaudret,  IV. ,  Dict..  gén.  d'après  Savary,  Dict. 
'lu  Commerce,  1723.  On  ajoute  qu'il  «  semble  dérivé  de  chau- 
dière ».  Au  contraire,  il  n'y  a  pas  la  moindre  analogie  de  signifi- 
cation. Le  sens  est  :  <  cahier  de  feuilles  de  baudruche  (var.  de 
velin,  v°  eaucher)  entre  lesquelles  on  place  les  feuilles  d'or, 
d'argent,  déjà  amincies  par  deux  battages  successifs  (cf.  v°  eau- 
cher. ca/care),  qu'on  enferme  dans  une  enveloppe  de  parchemin 
pour  les  soumettre  a  un  troisième  battage  ».  Ce  sens  fait  penser 
a  une  dérivation  de  chauder  ou  chaude.  —  Il  n'en  est  pas  de 
même  de  chauderete  (God),  petite  chaudière.  —  Quant  a  chau- 
drette  et  caudrette,  définis  par  le  Dict.  gén.  «  filet  en  forme  de 
poche,  monte  sur  un  cercle,  qui  sert  à  pécher  le  crabe,  le 
homard,  etc.  ».  il  es1  possible  que  par  analogie  de  forme  le  nom 
de  «  petite  chaudière  »  ait  été  donné  au  filet  cerclé. 


-  i89  - 

chaufferette,  franc.;  côfrète,  Calvados;  eschauferetie  Gode- 
froy. Le  diminutif  paraît  aussi  peu  justifiable  que  dans  cheu- 
merette  ou  passerète,  mais  trouve-t-on  dans  quelque  patois 
chaufferesset 

cheûverèce,  wallon,  dans  l'expression  fwate  (?)  cheûverèce, 
que  le  dict.  namurois  de  Pirsoul  t.  I,  p.  274,  définit  «  grande 
fourche  en  bois,  à  deux  dents,  dont  se  sert  le  batteur  en  grange 
pour  relever  la  paille  ».  Faut-il  lire  fwane  cheûverèce,  fourche 
destinée,  non  à  chover  (balayer),  puisqu'on  ne  balaye  pas  avec  une 
fourche,  mais  a  relever  les  cheûves  (fanes  ou  tiges)?  Ou  y  a-t-il 
une  méprise  plus  forte?  Cf.  fènerèce  et  heùrèce. 

chiter^,  gaumais,  basse  carte,  a  Virton  :  Mais,  Dict.  manus- 
crit; à  Tintigny  :  Liégeois,  Lex.  gaum.,  p.  110.  Du  verbe  chiter, 
foirer,  on  du  substantif  chite,  diarrhée.  Ce  mot  énergique  devrait 
signifier  :  papier  destine  a  la  chite.  —  Cf.  hiterc. 

ciergeret,  anc. -franc.,  chandelier  pour  cierge,  Godefroy.  Le 
diminutif  n'a  aucune  raison  d'être;  il  faut  rétablir  ciergerez, 
instrument  pour  supporter  des  cierges.  Un  ciergeret  diminutif 
ne  pourrait   signifier  que  petit   cierge. 

clouk'terê,  wallon  du  Condroz  et  de  i'Ardenne,  alytes  obstetri- 
cans,  litt'  grenouille  ou  crapaud  propre  à  clouk'ter.  Cf.  Gggg., 
II,  43,  v"  lurtai,  et  Defrecheux,  ]'oc.  des  noms  wall.  d'animaux, 
v°  lurtai. 

colèrèce,  anc. -franc,  et  franc,  dialectal,  dans  paelle  coul- 
ler esse,  ustensile  qui  sert  à  couler  1111  liquide.  Thomas,  p.  76, 
a  placé  par  mégarde  colère/,  parmi  les  thèmes  nominaux:  il  a 
d'ailleurs  colèrèce  parmi  les  thèmes  verbaux,  p.  107.  Il  signale 
en  patois  actuel  de  Pont-Audemer  cou  1er  esse  ou  couler  et  te, 
passoire.  La  l'orme  couleresse  existe  aussi  dans  le  Dict.  gén. 
de  Hatzfeld  et  Darmesteter  avec  le  sens  de  «  cuve  employée 
dans  les  raffineries  ».  —  Godefroy  a  encore  coulerel,  coulisse, 
où  le  suffixe   et  n'est  guère  justifiable  et  ne  paraît  pas  primitif. 

côperèce,  i°  wallon,  scie  horizontale  des  scieurs  de  long, 
A.  Body,  Voc.  des  charrons,  etc.,  p.  78.  Le  sens  est  scie  destinée 
à  couper.  C'est  une  scie  à  deux  manches  verticaux,  à  dents 
très  espacées,  plus  destinée  à  couper  qu'à  scier.  —  20  On  trouve 
dans  Haillant,  Flore  des  Vosges  :  herbe  de  copresse  et 
herbe  de  copesse  pour  désigner  Vachillea  millefolium  L.  Le 
premier  terme  parait  être  le  résultat  d'une  contamination  de 
herbe  côperèce,  h.  pour  quand  on  se  coupe,  avec  h.  de 
côpèsse,  h.  de  coupure. 


—  190  — 

côpera'-fiêr,  à  Faymonville-Weismes,  Wallonie  allemande,  dans 
.1.  Hast  in,  Vocab.  de  Fa,ymonville,  p.  u3,  (=  Bull.,  t.  5o,  p.  555). 
Bastin  le  définit  :  «  Passe-partout,  grande  seie  avec  une  simple 
poignée  à  chaque  extrémité,  scie  de  long  horizontale  ».  Littérale- 
ment «  fer  couperez  »,  destiné  à  couper. 

coquerez,  existe  sous  les  tonnes  coqueret,  -ette,  elle,  etc., 
en  wallon  coquerê  ou  cokrè,  avec  des  sens  multiples.  —  coquerê 
i°  le  séneçon  vulgaire,  senecio  uulgaris  L.,  qu'on  donne  à 
manger  aux  oiseaux  en  cage;  -2°  le  champignon  appelé  chante- 
relle; 3°  la  pièce  en  métal,  en  forme  de  coq,  qui  surmonte  le 
clocher  d'une  église;  4°  le  gros  chien  d'un  fusil  a  pierre,  qui 
avail  la  forme  d'un  coq  :  Bury,  Gloss.  des  graveurs  sur  armes, 
dans  1!.,  t.  2<),  p.  3i4-  Définition  et  dessin  dans  le  Compl.  nu  voc. 
de  l'armurerie  liégeoise,  de  J.  Closset,  B.,  t.  34,  p.  18G.  — 
Pour  le  ti°  1,  le  sens  originel  est  :  destiné  au  coq;  pour  le  n°  1, 
la  chanterelle  ou  girolle  est  en  forme  de  coupe,  elle  est  jaunâtre, 
elle  est  comestible  :  rien  là  de  particulier  au  coq;  mais  Baujiin, 
Pinax,  071,  l'appellait  fungus  angulosus  et  uelut  in  lacinias 
dissectus  :  c'est  parce  qu'il  devient  lacinié  en  crête  de  coq  qu'il  a 
reçu  le  nom  de  coquerê;  pour  les  nos  3  et  4,  le  sens  est  :  en  forme 
de  coq.  Le  Dict.  gaum.  tus.  de  M  vus  traduit  par  «  petit  coq  »,  en 
wallon  coque  :  c'est  alors  diminutif.  —  coqueret  =  i°  senecio 
uulgaris,  Rolland,  Flore  pop.,  t.  VII,  p.  24;  2°  une  espèce  de 
pomme,  ibid.,t.  V,  p.  180;  3°  une  pièce  de  montre  à  verge,  Paulus, 
\'oc.  de  l'horlogerie,  B.,  t.  42«  P-  377.  Le  manuel  Koret  de  l'hor- 
loger, plus  explicite,  appelle  coqueret  :  i°  une  petite  pièce  de 
laiton  ajustée  sur  le  coq  et  dans  laquelle  est  le  trou  où 
pivote  le  pivot  du  balancier;  20  une  petite  plaque  d'acier  servant 
a  fixer  sur  le  coq  un  contre-pivot  en  pierre  ou  servant  elle- 
même  de  contre-pivot.  Dans  les  montres,  le  coq  est  la  plaque 
qui  recouvre  le  balancier;  elle  est  en  forme  de  coq  ;  mais  le 
coqueret  n'est  pas  un  petit  coq  par  la  forme;  son  nom  provient  de 
ce  qu'il  accompagne  le  coq  et  s'ajuste  sur  lui.  —  coquerette  = 
cardamine  des  prés,  dans  le  Haut-Maine,  Roland,  Flore  pop., 
t.  I,  p.  239.  Le  sens  doit  être  :  herbe  pour  les  coqs,  interpréta 
tion  justifiée  par  d'autres  noms  de  la  cardamine  pratensis  :  pain 
d'oiseau,  pain  d'alouette,  ("est  une  crucifère  de  la  nature  du 
cresson.  —  coquerelle,  coqueret,  coquerette  est  l'anémone  pul- 
satille,  i>uls;iiilhi  vulgaris  Mill.,  dans  l'Aube,  la  II"'  Marne,  la 
<  ôte  d'Or.  Dans  la  Meuse  on  dit  couchiri,  coucheriu,  -cricu, 
■cru,  -ereu,  -eriol,    Rolland,    Flore  pop.,  t.  1,  p.   16.  Toutes  ces 


-  I91  - 

formes  nous  montrent  coque  rez  passant  à  d'autres  suffixes.  — 
Le  wallon  câcarète  est  peut-être  encore  une  forme  de  coqué- 
rette. 

côrèce,  wallon,  dans  rêne-côrèce,  grenouille  verte.  Le  liégeois 
dit  rêne-côrèce  on  côrète.  Gggg.  I,  125  enregistre  comme  namurois 
côrète  ou  côrase.  Le  gaumais  dit  réne-côtète,  Liégeois,  Lex. 
»-au m  ,  p.  118  et  Compl.,  p.  in  ;  r.  cawrète  à  Musson.  Le  cham- 
penois et  le  lorrain  ruine  côrasse,  le  normand  raine  coudrette, 
Rolland,  Faune  pop.,  t.  HT,  p.  74.  Voyez  d'autres  indications  au 
t.  XI,  p.  146.  notamment  caurresse,  ane. -français.  Defbecheux, 
Yoc.  des  noms  wall.  d'animaux,  a  aussi  coiirresse,  mais  sans 
indication  de  localité.  11  n'est  pas  douteux  que  ces  formes  ne 
soient  issues  de  corylus,  coudre,  en  wallon  côre  -f-  le  sutï. 
-aricia.  Le  sens  est  donc  :  grenouille  qui  fréquente  les  coudriers. 
(T.  Thomas,  p.  7").  v°  eoldrerez.  Delmotte,  II,  p.  569,  qui 
fournit  la  forme  raine  corache,  ne  manque  pas  d'ajouter  que  ce 
surnom  vient  a  la  rainette  de  son  coassement*.  —  Corette  ou 
corrette,  anc. -wallon,  gelinotte,  gallina  corylorum,  est  en  réalité 
le  même  mot  que  le  précédent.  On  le  trouve  :  1"  dans  la  Lettre 
<les  Venalz  de  1017,  dont  Gggg.  s'est  occupé  dans  B.,  t.  8,  2e  partie, 
p.  8.  Variantes  des  manuscrits  :  coerrette,  corcette,  corecte, 
coret,  courette;  20  dans  J.-S.  Renier,  Hist.  du  Ban  de 
Jalhay,  II,  p.  <)2  :  «  Etant  allé  vers  un  créancier  pour  le  fléchir 
en  portant  six  poulets,  il  les  a  estimes  a  rien  et  m'a  rebouffé  très 
bien.  Lui  représentant  les  misères  des  guerres,  maladies  et 
dissenteries,  il  me  dit  que,  si  je  lui  faisais  présent  de  six  corettes, 
il  aurait  patience  »,  i683. 

costeret,  anc.-franc,  charge,  panier,  Godefroy  ;  costeré, 
espèce  de  vaisseau  ou  hotte  pour  la  vendange,  Du  ('.  Je  conjec- 
ture qu'il  s'agit  d'un  pani  er  eosterez.  qui  se  porte  sur  le  côté, 
laissant  les  deux  mains  libres  pour  cueillir  les  grappes.  Godkfroy 
donne  encore  costereau,  celui  qui  est  a  côté,  où  le  diminutif  n'a 
que  faire  et  peut  être  une  maladroite  francisation,  et  costeret, 
costerot,  (cousteret  en  plus  dans  Dr  Ci,  mesure  de  vin,  d'huile 
ou  d'autre  liquide,  sur  Lesquels  il  est  plus  difficile  de  motiver  un 
jugement.  —  Comparez  cwèsterè. 

[costrê,  wallon,  trésorier  d'église.  -Mot  de  même  racine  que 
l'anc. -franc,  coustre,  marguillier,  du  lat.  custor  =  custos.  Est-ce 
un  diminutif  en  -ellum,  ou  une  réduction  de  costrerez,  au  sens 
de  :  relatif  au  marguillier  ou  au  sacristain?  Costrerez  se  compren- 
drait mieux  de  choses  afférentes  à  la  personne  du  coustre;  d'autre 


-  *92  — 

part,  il  semble  que  le  sut  fixe  -é  a  simplement  pour  but  de  donner 
du  corps  au  mot .] 

coterê,  wallon  :  i"  cotillon  ;  2°  toison,  Dasnoy,  p.  295  ; 
;  épervier,  espèce  de  grand  filet  affectant  la  forme  d'un  cône 
tics  évasé,  A.  Jacquemin,  Voc.  du  pêcheur,  B.,  t.  29,  p.  256. 
L'ancien  wallon  dit  cot  rcal  :  Bormans,  Le  bon  métier  des  dra- 
piers, p.  toi,  Documents  divers,  B.,  t.  (i,  p.  107;  l'ancien  français 
dit  coterel.  cotte;  d'arme;  il  est  donc  possible  que  coterê  soi  1 
un  diminutif  en  -er  -ellum.  Le  sens  3  n'y  répugne  pas  :  le 
filet  de  pèche  a  pu  être  comparé  à  un  de  ces  jupons  courts  et 
«vases  de  paysanne.  Néanmoins  j'en  doute. 

coûrerèce,  wallon  :  r°  rifflard  ou  demi-varlope,  Ggug.,  I, 
p.  342;  repris  par  M.  Thomas,  p.  107  ;  Body,  Voc.  des  charrons, 
dans  B.,  t.  S,  p.  79,  donne  des  explications  sur  ce  sens.  De  même 
Mathelot,  Voc.  de  V artisan-maçon,  B.,  t.  11,  p.  77,  définit  par 
demi-varlope,  servant  à  enlever  la  superficie  grossière  du  bois. 
20  Outil  en  fer  muni  d'un  manche  pour  tracer  des  moulures  sur  le 
moyeu,  Body,  o.  c,  ibid.  ;  3°  Grande  carde  que  l'on  employait 
pour  dresser  le  poil  d'une  étoffe.  Bormans,  Le  bon  métier  des 
drapiers,  même  Bull.,  p.  253.  —  Bormans,  qui  part  du  sens  de 
varlope,  voit  dans  le  terme  du  drapier  un  emploi  analogique.  11 
fallait  partir  du  sens  adjectival  :  destiné  à  courir.  Tout  usten- 
sile, approprié  pour  courir  sur  un  certain  fond,  si  variés  que 
soient  sa  forme  et  ses  effets,  peut  être  dénommé  courerez  ou 
coûrerèce. 

courseret,  anc.-franç.,  voiturier,  roulier,  Godefroy.  Sens 
premier  :  pour  faire  des  courses,  pour  courir. 

coûterèce,  wallon  liég.,  verv.,  état  de  ce  qui  est  trop  court; 
employé  surtout  dans  l'expression  coûterèce  d'alêne,  haleine 
courte.  Sigart,  p.  i32,  écrit  courteresse  ;  Delmotte  de  même,  avec 
le  sens  de  déficit; Vermesse  courtreche  eteourtresse.  M.  Thomas, 
j).  36o,  donne  corterecc  comme  un  mot  à  suffixe  -aricius. 
Deux   choses  cependant  contrarient    cette    opinion  : 

i°  Le  mot  serait  formé  d'un  adjectif,  non  d'un  substantif  ou  d'un 
verbe;  20  le  sens  est  le  sens  abstrait  des  mots  en  -esse,   -i  s  s  a. 

La  première  objection  atteint  encore  les  mots long'ueresse, séche- 
resse, forteresse.  Mais  e° pour  forteresse,  les  Bénédictins  ont  ajouté 
au  Du  ('ange  primitif  un  fortaricia  latin  de  l'an  1210,  un  fortareza 
provençal  de  vers  1173.  Le  mot  semble  donc  de  formation  bas- 
latine  et  tiré  —  non  directement  de  l'adj.  n.  pi.  devenu  subst. 
1.  s.,  qui  aurait  donné  forcerece,  —  mais  du  singul.  forte,  c'est-à- 


-  I93  — 

Jire  d'un  adjectif  à  valeur  substitutive,  une  époque  où  l'on  sentait 
Micore  forte  dans  Eortia;  2°  pour  sécheresse,  il  va  l'italien  secche- 
reccio,  qui  signifie  d'abord  bois  sécherez;  et  je  ne  sais  au 
surplus  si  le  français  sécheresse  doit  lui  être  assimilé  et  n'est  pas 
plutôt  un  mot  abstrait  en  -esse;  3°  longucresse  est  un  ternie  de 
sarrier  —  non  abstrait  —  qui  n'est  pas  nécessairement  le  même 
.pue  longuesse,  bien  qu'on  ait  pu  souvent  les  confondre.  Est-il  tiré 
Je  longueur,  avec  le  sens  :  suivant  la  longueur,  ou  de 
long  substantifié?  Le  cas  de  courterèce  paraît  ressembler  beau- 
coup a  celui  de  sécheresse.  Le  mot  n'est  pas  un  terme  si  abstrait 
que  les  dictionnaires  wallons  le  t'ont  croire.  Il  est  aussi  adjectif. 
On  peut  dire  d'un  asthmatique  :  il  est  coûtràc(e)  d'alêne,  e'est-à- 
lire  il  est  —  tirant  sur  le  court  —  au  point  de  vue  de  l'haleine. 
À.  côté  de  c<  coûtress  d'aleinn  »,  Remacle2,  I,  p.  404,  écrit  sans  s'y 
arrêter  <>  coûtress-ideinn  »  :  remarquons  à  sa  place  que  coùterêce 
-st  encore  adjectif  dan-  cette  expression,  mais  nous  achemine 
vers  le  substantif  au  point  que  Remacle  ne  perçoit  pas  de  diffé- 
rence. De  même,  en  italien,  secchereccia  a  bien  passe  jusqu'au 
Stade  de  substantif  abst  rail  :  car.  ,-i  l'on  peut  douter  que  coûtrèsse, 
3.  I'.,  soit  le  même  mot  que  coùterêce,  adj.  m.  et  fém.,  on  ne  peut 
louter  en  italien,  parce  qu'il  n'y  a  pas  moyen  de  confondre 
aricia  devenant  -ereccia  avec  -itia  qui  devient  -ezza. 

cramerèce,  wallon,  Charleroi;  t.  de  mouleur  :  palette  en  fer 
ivec  laquelle  on  enlève  les  scories  hors  de  la  poche.  L'ouvrier 
j'appelle  crameû  (écrémeur);  il  se  sert  de  la  palette  cramerèce. 
J  emparez  houmerèce. 

coveret,  franc.,  dans  Lanessan,  Botanique,  p.  2  :  «On  place 
>ar  dessus  le  tout  la  lame  mince  de  verre  connu  sous  le  nom  de 
'oueret  ».  Le  mot  n'existe  ni  dans  Goi>.  ni  dans  le  Dict.  gén., 
îi  dans  Mo/.tx.  C'est  sans  doute  un  terme  dialectal  élevé  par 
[uelque  savant  à  la  dignité  de  terme  technique.  Pour  coorerez, 
lestiné  à   couvrir,  bien  que  n'ayant  pas  la  forme  d'un  couvercle. 

crènerèce,  wallon.  En  combinant  les  renseignements  partiels 
le  Lobet,  3ii  (repris  par  Gggg.  II,  3o2.  v"  ricranner);  Body, 
Voc.  des  couvreurs,  B.,  t.  11,  p.  i5o;  Body,  Voc.  des  tonneliers, 
B.,  t.  10,  p.  243;  Jacquemin,  Voc.  du  serrurier,  B.,  t.  16,  p.  224, 
m  peut  répartir  en  deux  sortes  les  outils  de  ce  nom  :  i°  outil  des 
ouvriers  du  fer  et  autres  métaux  appelé  scie  à  refendre  :  hune 
le  fer  ou  d'acier,  dentée,  munie  d'un  manche  pour  fendre  et 
liviser  la  tôle,  le  zinc,  les  tuyaux  de  plomb,  etc.  Cf.  ricranerèce: 
2°  feudoir  des  ouvriers  du  bois,  etc.,  vanniers,  cordiers,  jardi- 

i3 


-  i94  - 

niers.  Lobet  donne  encore  :  fil  de  fer  avec  lequel  le  potier  de 
terre  détache  l'ouvrage  de  dessus  le  tour.  Mais  c'est  l'habitude 
de  Lobet  de  copier  et  de  donner  comme  sens  ù  un  mot  wallon 
lout  ce  qu'il  trouve  de  significations  à  un  ternie  français  corres- 
pond, int  Le  sens  général  est  donc  outil  destiné  a  faire  un 
cran  ou  entaille.  11  faut  sous-entendre  laine  ou  sôye. 

crèsterèce,  wall.,  brique  faîtière  de  forme  particulière,  litté- 
ralement :  propre  à  faire  la  crête,  crèsse. 

cueilleret,  anc. -français,  registre  du  receveur,  Godefroy. 
L'expression  première  doit  être  registre  cueillerez,  registre 
pour  le  cueillage  ou  levée  des  impôts,  par  opposition  à  des 
registres  d'autres  attributions. 

cwèsterê,  liég.,  verv.,  mal  m.,  cwasterê,  ard. ,  correspond  à 
l'anc. -franc,  costerez,  fém.  costerèce,  que  M.  Thomas  explique 
p.  75,  83,  89.  Le  sens  général  est  :  formant  côte,  disposé  à 
la  façon  de  la  côte  embranchée  à  l'épine  dorsale,  puis  formant 
côté,  ce  qui  est  déjà  une  divergence.  È  cwèsse  en  wall.  signifie 
de  travers,  en  travers,  obliquement,  de  côté,  en  anc. -franc,  coste- 
rècement,  qui  est  dans  Baudouin  de  Condé.  Sens  spéciaux  : 
M.  Thomas  signale  deux  sens  (pie  nous  n'avons  pas  encore 
retrouvés  en  wallon  :  i°  les  côtes  de  l'aile  du  moulin  à  vent;  20  les 
madriers  faisant  partie  d'un  métier  de  haute  lice,  plus  précisé- 
ment :  les  côtes  des  deux  ensubles,  qui  soutiennent  ces  ensubles  à 
leurs  extrémités;  3°  quant  à  cotret,  que  M.  Mosenviller  fait  venir 
de  courteret  (Cf.  J.  Haust  dans  Mélanges  Knrth,  II,  p.  319, 
n.  i),  et  dont  le  Dict.  gén.  déclare  ignorer  l'origine,  bien  qu'il 
note  les  formes  anciennes  coteret,  costeret,  M.  Thomas  n'a 
pas  de  peine  à  y  retrouver  un  primitif  costerez.  Je  crois 
seulement  que  la  filiation  des  sens  doit  être  modifiée  ainsi  : 
branchettes  qui  sont  les  côtes  des  branches  et  que  le  bûcheron 
détache  pour  en  faire  des  fagots  de  menu  bois.  C'est  au  pluriel 
que  le  mot  signifie  collectivement  fagot. 

Le  wallon  possède  cwèsterê  dans  le  sens  de  clou  à  tète  allongée 
et  à  deux  pointes  dont  ou  ferre  souvent  le  talon  et  le  bout  des 
gros  souliers  de  travail,  Trillet,  Voc.  du  cloutier,  B.,  t.  5o,  p.  G3i. 
L'abbé  Bastix,  Voc.  de  Faymonville,  B.,  t.  5o,  p.  557,  note  plus 
étymologiquement  qu'on  en  garnit  les  bords  des  semelles  et  des 
talons.  En  effet,  on  place  au  centre  des  clous  à  une  pointe.  Mais, 
ce  qu'il  faut  surtout  dire,  c'est  que  ces  clous  à  deux  pointes  sont 
places  transversalement  au  bord.  La  définition  de  Kinable, 
Gloss.    du    cordonnier,    B.,   t.  i>4,  p.  281,   est  en   partie  erronée. 


—  i95  — 

Ce  cwèsterè  est  originairement  adjectif  :  son  substantif  nous  est 
fourni  par  une  expression  clà  cV  cwèstrê,  --  déformation  évi- 
dente declà  cwèstrê,  —  que  donne  Body,  Voc.  des  charrons,  etc., 
B.,  t.  8,  p.  74. 

cwèsterèce,  liég.  ;  cwasterèce,  nam.  ;  costerèce,  rouchi  : 
Sigart,  p.  i3o:  costerèce,  Frameries  :  J.  Dufrane.  Sens  spé- 
ciaux :  i°  terme  de  mineur  :  des  définitions  vagues  ou  embar- 
rassées de  Louvrex,  II,  p.  242;  Bormans,  Voc.  des  houilleurs 
liég.,  B.,  t.  6,  p.  176;  Delmotte,  Essai  d'un  gloss.  wall.,  p.  i54; 
Sigart,  p.  i3o,  nous  inférons  que  les  voies  dites  cwèsterèces  sont 
des  voies  qui  débouchent  transversalement  sur  une  voie  princi- 
pale, montée  ou  vallée.  Sur  ce  dernier  point,  Louvrex  distingue 
des  coistresses  de  montée,  II,  p.  252,  et  des  coistresses 
de  vallée,  II,  p.  2"î3.  Les  cwèsterèces  sont  reliées  aux  galeries 
principales  comme  les  côtes  sont  reliées  à  l'échiné.  —  20  ternie 
de  charpente  :  arêtier,  pièce  de  bois  qui  forme  l'arête  de  la 
croupe  d'un  comble.  Viène  di  cwèsterèce,  panne  d'arêtier,  Body, 
Voc.  des  charrons,  etc.,  II.,  t.  8,  p.  76.  A  Hervé,  on  dit  aussi 
plantche  di  cwèstî.  —  3°  terme  de  couvreur  :  angle  saillant  d'un 
toit,  bords  latéiaux  de  la  toiture,  Body,  Voc  des  couvreurs,  etc., 
B.,  t.  11,  p.  148.  —  4°  rampe  à  jour  d'un  escalier  portatif, 
Gggg.,  I,  120;  II,  5i6,  067.  C'est  simplement  la  partie  de  côté  de 
l'escalier.  —  5"  pomme  à  côtes,  Gggg  ,  I,  120;  calville  des  prairies 
d'après  Bastin,  \~oc.  de  Faymonville;  espèce  de  pomme  sure, 
dit  vaguement  Pirsoul  sous  la  forme  namuroise  cwasterèce, 
écrite  coist cesse.  A  Charleroi,  d'après  Ar.  Carlier,  on  dit  juin 
d'  castrèsse,  eastrètche,  cwast cesse,  castrèfe.  —  6°  employé  adver- 
bialement, par  ellipse,  dans  a)  d"  oisèy  costerèce,  parler  à  côté  de 
la  question,  parler  sans  savoir  de  quoi  il  s'agit  :  Frameries, 
L.  Dufrane;  b)  tapèy  costerèce,  t.  de  mineur  :  dans  des  bou- 
veaux  trop  étroits,  abattre  le  charbon  en  frappant  avec  le  pie 
derrière  soi  par  dessus  l'épaule  :  Frameries,  id. 

dismeret,  pour  dismerez,  ane. -franc.,  Godefroy;  relatif  a  la 
dîme.  «  Veau  dismeret  »  dans  Du  Fail.  --  dismeresse,  pour 
dismerèce,  où  l'on  recueille  la  dîme,  Du  Cange.  —  dismeré, 
subst.  :  «  Nous  avons  un  petit  dismeré  au  ban  d'Aul fiance,  dit  le 
petit  dismeré  de  Villers  »,  17/p.  Terrier  de  l'abbaye  d'Orval,dans 
Tandel,  Communes  luxembourgeoises,  t.  III,  p.  n65. 

djamberèce,  wallon,  t.  de  batellerie,  syn.  de  plat-boûrd,  en 
franc,  plat-bord  (Charleroi,  Ar.  Carlier,  Dict.  wallon,  dans  le 
journal    L'  coq  d'awous').  Gugg.,  II,  p.  53i,  définit  ainsi  :  «  Jam- 


—  196  — 

bresez  [au  pluriel],  planches  mises  à  plat,  qui  forment  le  bord 
supérieur  d'un  bateau  et  qui  débordenl  vers  l'intérieur  »  ;  il 
donne  comme  syn.  fyondrèce.  Le  mot  donc,  p.  522,  est  défini 
.<  bois  servant  à  revêtir  les  j'noz  et  à  soutenir  la  jambrèse  ». 
L'article  plat-bord  de  A.  Jal.,  Glossaire  nautique,  t'ait  voir 
que  fyondrèce  n'est  pas  syn.  de  fyamberèce.  —  Cf.  gamberé. 

djèrberèce,  guumais,  i°  dans  j'enéte  fyèrberèce,  Liégeois,  Compl. 

au  lex.  gaum.,  p.  63,  fenêtre  propre  à  rentrer  les  gerbes,  ou  faite 

pour  rentrer  les  gerbes;  2°  dans  fône  fyè'rberèce,  fourche  à  deux 

dents,   assez   rapprochées,  pour  manier  les  gerbes.   -      Thomas, 

p.  36o,  a  noté  jerberez. 

djonderèce,  wallon,  i"  donné  par  Gggg.  comme  ayant  le  même 
sens  que  fyamberèce,  voy.  ce  mot.  —  2°  grand  rabot,  varlope  : 
Pirsoul,  I,  349;  Dasnoy,  3j7  ;  Gggg.,  1,  257.  —  3"  colombe, 
espèce  de  varlope  renversée  et  portée  sur  quatre  pieds,  ("est 
l'outil  qui  est  immobile  et  la  pièce  à  raboter  qui  est  manœuvrée 
par  l'ouvrier,  Body,  Voc.  des  charrons,  etc.,  B.,  t.  8,  p.  98,  et 
Voc.  des  tonneliers,  etc.,  B.,  t.  10,  p.  265.  —  4°  tenaille  plate 
servant  aux  forgerons.  Plate  signifie  qu'elle  s'applique  parallè- 
lement sur  les  faces  de  l'objet  à  prendre  :  c'est  une  tenaille  pour 
j  oindre  l'objet.   Le  sens  premier  du  mot  est  :  propre  à  joindre. 

dobulrèce,  wallon  verviétois,  dans  rize  dobulrèce,  Lobet,  493  : 
second  versoir  de  charrue  destiné  à  doubler  le  premier, 
afin  de  verser  deux  sillons  a  la  fois.  Lobet  écrit  rize  d'obul- 
resse  (!);   Body,  Voc.  des  charrons,  p.  84,  risse  dobelresse. 

dosserê,  wallon,  enfant  de  chœur.  Lobet,  i58,  écrit  dozerai 
et  traduit  par  castrat;  Remacle,  21'  éd.,  I,  527,  donne  les  formes 
dosrai  et  geosraî,  enfants  qui  chantent  au  choeur.  Dosseray 
existe  comme  nom  de  famille.  Il  est  difficile  d'admettre  l'étymo- 
logic  de  Gggg.,  I,  181,  et  de  séparer  ce  mot  de  dosseret  dérivé 
de  dos  au  sens  de  dossier,  qui  signifiait  en  anc. -franc,  dossier 
d'un  dais  et  le  dais  lui-même.  Le  sens  premier  serait-il  acolytes 
ou  chanteurs  qui  entourent  le  dais?—  Cf.  Dict.  gén.,v°  dosseret  : 
Thomas,  p.  84  dosserez  et  89  dosserece,  et  Hàust  dans  les 
Mélanges  Kurth,  p.  3i8  fin. 

[<(  échardrounnette,  i°  instrument  qui  sert  à  échardonner  ; 
20  chardonneret,  oiseau  »,  H.  Baudon,  Le  patois  des  environs 
de  Rethel.  Le  mot  semblerait  une  déformation  par  métathèse  de  r, 
•  le  échardounerète,  dont  le  suffixe  irrationnel  -crête  aurait  rem- 
placé un  primitif  -erece  (comparez  les  diverses  formes  de  houme- 
rèce):  mais  comme  il    existe  aussi   un   verbe  échardrouner,  il  est 


-   197   - 

plus  prudent  do  considérer  à  la  fois  ce  verbe  et  notre  substantif 
comme  de  simples  dérivés  dechardron,  lequel,  comparé  au  wallon 
ardennais  tchèdron,  exprime  deux  fois  IV  de  cardon  ein  (cf. 
scandalum  :  esclandre)]. 

*effacerèce,  anc. -français,  Godefroy  :  effaceresse,  qui  sert  à 
effacer. 

escrevicerez,  âne-français,  qui  marche  à  reculons  (Godefroy), 
qui  a  rapport  a  la  marche  de  l'écrevisse. 

esteret,  anc. -français.  God.,  sorte  de  pâtisserie.  Est-ce  un 
(h)  a  star  ici  us? 

*èwerèce,  anc.-wall.,  forme  que  je  rétablis  d'après  un  texte 
liégeois  cité  par  Godefroy,  y  sou  2  :  un  sou  eauiveresse,  i585, 
et  repris  sous  le  mot  everez  par  M.  Thomas,  p.  76.  La  façon 
d'écrire  .sou  sans  accent  et  le  féminin  eauweres.se  ont  empêché 
M.  Thomas  de  s'expliquer  l'expression.  Il  faut  lire  soii,  seuil. 
Eauiveresse  est  une  francisation  maladroite,  un  monstre  comme 
les  demi-lettrés  du  moyen  âge  en  ont  fabriqué  par  milliers.  De 
plus,  son  réclame  le  masc.  èwerez;  si  un  texte  de  i585  s'y  est 
trompé,  c'est  qu'il  s'agit  d'une  vieille  expression  (v.  baneresse, 
qui  est  dans  le  même  cas).  Le  sens  est  :  seuil  pour  puiser  de 
l'eau;  il  s'agit  de  degrés  établis  à  l'endroit  de  la  rivière  où  les 
ménagères  vont  soit  puiser  l'eau,  soit  battre  le  linge.  —  Le 
correspondant  italien  acquereccia,  aiguière,  signifie  (cruche)  pour 
contenir  l'eau. 

fagnerèce,  wallon,  dans  grive  fagnerèce,  litorne,  grive  qui 
séjourne  dans  les  taillis  proches  des  «  fagnes  ».  Il  va  de  soi  qu'on 
dit  aussi  substantivement  fagnerèce,  Thomas,  p.  89. 

faherèce,  wall.  ;  dans  un  passage  des  Noëls  wallons  d'Auc 
Doutrepont,  p.  141  :  fyi  creù  qiï  fyèl  oeù  d'oins  'ne  faherèce. 
Le  mot  doit  s'interpréter  à  l'aide  du  vers  suivant  :  Non  fait, 
c'est  'ine  cripe  as  moutons  (une  crèche).  L'opposition  veut  qu'on 
écarte  le  sens  de  bande,  lange,  pour  adopter  celui  de  corbeille 
destinée  à  contenir  le  maillot,  les  langes.  Peut-être  le  mot  est-il 
encore  usité  dans  certains  villages,  mais  nous  ne  connaissons  que 
fahe  ou  fâche  et  fahète  ou  fachète  (maillot). 

«  faneret,  fenaison  »,  H.  Baudon,  Le  patois  des  environs  de 
Rethel;  pour  :  (mois)  fanerez,  mois  propre  à  faner,  comme  on 
dit  en  wallon  fènâ-meùs. 

faverèce,  ancien  lieu-dit  du  ban  de  Gérouville,  arr.  de  Virton. 
prov.  de  Luxembourg,  mentionné  au  cartulaire  Rouyer  (i636-i664) 
des   archives    paroissiales    de   Gérouville,  (Tandel,    Communes 


-   i98   - 

luxembourgeoises,  t.  III,  p.  162).  Il  n'y  a  pas  d'indication  topo- 
graphique  plus  précise  sur  ce  mot,  transcrit  d'ailleurs  sous  la 
tonne  «  à  la  favresse  »,  niais  nul  doute  qu'il  représente  un  *faba- 
ricia,  terreaux  lèves.  Compare/  Vacherèce  et  Porcherèce. 
Il  y  a  des  noms  de  lien  identiques  dans  Thomas,  Nouveaux  Essais, 
p.  89. 

Le  masculin  Faverez  a  dû  exister  aussi  comme  nom  de  lieu 
(champ  faverez);  sans  quoi  on  ne  saurait  expliquer  Favrais  et 
Favereau,  (Tam>i;l.  0.  c,  t.  IV,  p.  53  et  passim),  deux  noms 
de  famille  d'origine  toponymique,  dont  le  premier  est  une  mau- 
vaise francisation  de  faverez.  M.  Thomas  ne  cite  que  fa vero is 
(p.  84),  qui  semble  être  du  suffixe  -et uni. 

fecheret  ou  fequeret,  lieu-dit  à  Sugny,  arr.  de  Neufchâteau, 
prov.  de  Luxembourg-  (Tandel,  Communes  luxembourgeoises, 
t.  VI,  pp.  708,  716,  721).  Le  wallon  fètchîre  vient  de  i'ilicaria; 
fecheret,  qui  ne  peut  s'expliquer  parle  sens  diminutif,  doit  corres- 
pondre à  *fil'caricius.  Peut-être  le  wallon  fètchereù,  fougeraie, 
est-il  aussi  une  déformation  de  *fètcherê. 

fènerèce,  gaumais,  dans  fane  fènerèce,  Liégeois,  Lexique 
gaum.,  p,  i3i  et  Compl.,  p.  63,  v°  fourchette;  BD  1908,  p.  72 
et  78.  Fouine  à  deux  dents  et  à  long  manche  pour  charger  et 
décharger  les  récoltes.  Sens  primitif  :   fourche  destinée  à  faner. 

*ferrerez.  On  trouve  au  Gloss.  français  de  Du  C,  v°  pain, 
l'expression  v  pain  ferez,  par  ex.  gauffre  ».  Il  me  paraît  évident 
qu'il  faut  comprendre  :  pain  fabriqué  avec  le  fer  et  lire  ferrez  ou 
fererez.  (''est  un  de  ces  mots  où  les  deux  syllabes  en  re  se  sont 
superposées.  Le  mot  est  synonyme  de  waufrerez. 

finderê,  wall.,  i°  hache  avec  laquelle  on  divise  le  bois  destiné 
à  faire  des  bêles,  Bormans,  Voc.  des  houdleurs  liég.,  dans  B.,  t.  6, 
p.  192.  —  20  t.  de  tonnelier  :  fendoir,  espèce  de  hache,  à  manche 
en  équerre,  qui  sert  à  refendre  les  douves  sur  leur  épaisseur. 
Elle  s'applique  sur  la  douve  et  on  la  fait  entrer  dans  le  bois  à 
l'aide  d'un  maillet,  Body,  Voc.  des  tonneliers,  B.,  t.  10,  p.  25i.  — 
On  trouve  à  Rethel  fendret,  fendoir,  couperet,  H.  Baudon,  Le 
jmtois  des  environs  de  Rethel;  dans  Godefroy,  fenderet,  syno- 
nyme de  couperet,  encore  deux  pseudo-diminutifs.  D'ailleurs, 
le  wall.  a  aussi  la  forme  féminine  finderèce,  qui  garantit  l'expli- 
cation de  ftndcrc  par  -a  ricin  s. 

finderèce,  wallon,  i°  cochoir,  sorte  de  hache  destinée  à  faire 
des  encoches  sur  les  cercles,  Body,  For.  des  charrons,  B.,  t  8, 
]».  85;    Voc.  des  tonneliers,  B.,  t.   10,  p.  252;  Pirsoul,  I,  267. — 


—  T99  — 

2"  hache  de  charpentier,  Mathelot,  \'or.  de  l'art,  maçon,  B., 
t.  ii,  p.  88.  -  3°  hache  de  boucher,  grande  hache  à  lame  rectan- 
gulaire qui  sert  à  fendre  la  tête  de  l'animal,  Semertier,  \'oc.  de 
/a  boucherie,  B..  t.  35,  p.  39. 

flotcherèce,  wall.  de  Stavelot;  terme  de  tannerie  :  couteau 
d'ouvrier  écharneur,  J.  Haust,  Voc.  du  dial.  de  Stavelot,  B.,  t.  44. 
p.  507.  Littéralement  :  lame  pour  enlever  les  fJotches  ou  nœuds 
de  chair  adhérents  à  la  peau. 

floterèce,  anc. -français  ;  dans  Godefroy,  floteresse  :  sur 
laquelle  on  flotte. 

folerez,  anc. -wallon,  pour  fouler  les  draps.  Xe  se  rencontre 
cpie  sous  la  forme  folereche,  bien  que  se  rapportant  à  un  nom 
masculin.  Ex.  «  molendinum  iiinini  cura  suis  appendiciis  uni- 
vrersis  nuneupatum  le  molien  folereche,  contiguum  molendino 
tanatorum  leodiensium»,  1 373,  Échevins  de  Liège,  dans  Bormans, 
Le  bon  métier  des  tanneurs,  p.  404.  (qui  a  le  tort  d'écrire  moulin 
de  Folereche  dans  le  titre).  Une  pièce  du  métier  des  drapiers,  de 
i365,  contient  les  expressions  mollin  follereiche  et  mollin  folle- 
reçhe,  Bormans,  Le  hou  métier  des  drapiers,  p.  202.  Ces  graphies 
sont  d'imitation  picarde.  La  forme  féminine  est  encore  usitée 
dans  rouwale  folerècc,  1.  d.  de  Jupille.  Voy.  Top.  de  Jup.,  B., 
t.  49.  P-  '-67,  où  l'explication  donnée  n'a  que  la  valeur  d'une  tradi- 
tion orale.  —  Cf.  folerez  dans  Thomas,  p.  96. 

fonderèce,  anc.-franç.,  dans  l'expression  rue  fonderèce,  (rue 
de  S'-Quentin)  1290,  c'est-à-dire  rue  destinée  aux  fondeurs,  où 
sont  cantonnés  les  fondeurs.  Cf.  Godefroy. 

forceret,  anc.-franç.,  petit  fort,  d'après  Godefroy;  coffre, 
cassette,  d'après  Du  Caxge.  Construction  ou  engin  pour  servir 
de  coffre-fort.  Ex.  «villes,  chastelx  et  foreeretz  »,  i357  (Lettre 
d'Edouard  III).  Ce  forcerez  est  un  syn.  de  forterece  tiré  -le 
f  ortia  ou  f  orcia  .  Pour  le  second  sens,  Godefroy  renvoie  à  for- 
geret.  Là,  deux  exemples  donnent  forgeret,  un  donne  force- 
ret. Ce  ne  peut  être  le  même  mot  qu'en  passant  par  for  cher  et; 
mais  ce  qui  empêche  ce  forgeret  d'être  un  dérivé  de  forger,  c'est 
que  forgerez  ne  pourrait  désigner  qu'un  outil  on  une  matière 
destinée  à  forger,  non  le  produit  de  la  forge. 

fourtcherè,  wallon  chestrolais,  fourchette,  c.-à-d.  «  pièce  de 
bois  en  forme  d'Y,  qui  assujettit  la  flèche  [du  char]  au  train  de 
derrière,  au  moyen  d'un  ressort  de  bois  appelé  garot  »,  Dasnoy, 
p.  84.  —  fourtcherè,  gaumais,  arrière-train  du  char,  arrière-train 
du  cheval  (Prouvy-Jamoigne,  note  de  L.  Roger).  Sens  primitif  : 
en  forme  de  fourche. 


200 


foûrerèce,  anc.  wallon.  Mol  rétabli  d'après  l'exemple  suivant 
noté  par  M.  Thomas,  p.  96  :  <<  vint  boniers  et  set  verges  fueresses 
en  terre  à  la  mesure  de  Liège»,  1248,  Romania,  XIX,  86.  De 
fuerre,  wall.  foùre,  loin,  fourrage.  Il  ne  s'agit  pas,  comme  le 
conjecture  M.  Thomas,  de  (verges)  dont  on  se  sert  pour  mesurer 
les  terres  fouies;  c'est  l'étendue  de  terre,  comprenant  20  bonniers, 
7  verges,  qui  est  qualifiée  de  fueresse,  *foderaricia,  c'est-à-dire 
propre  à  donner  du  loin. 

foûsserèce,  wallon.  Gggg.,  II,  526,  note  l'expression  carpe 
fousseresse,  carpe  ceuvée.  Il  rapproche  de  ce  mot  le  franc,  du 
Centre'  carpe  forcière,  carpe  qu'on  garde  pour  la  reproduction. 
Mais  forcière  ne  vient  pas  de  forcer  :  c'est  une  mauvaise 
graphie  de  l'orsière,  foursière,  dérivé  de  l'anc. -franc,  fourser. 
Sous  sa  valeur  substitutive,  forcière  est  mentionné  dans  le 
Dict.  gén.,  avec  le  sens  de  «  petit  étang  où  l'on  fait  multiplier  le 
poisson  ».  —  Thomas,  v°  forserece,  p.  96,  l'a  placé  dans  les 
théines  nominaux.  Il  semble  que  le  sens  est  :  destiné  à  fourser, 
que  le  thème  est  verbal,  et  que  forcière  est  un  co-dérivé  syno- 
nyme. 

fouyeret,  wallon  de  Solières  (Huy),  rameaux  feuillus  qu'on  a 
plantés  sur  le  parcours  de  la  procession.  On  les  recueille,  on  en 
met  dans  le  foin  pour  qu'il  ne  se  gâte  pas  et  pour  le  préserver 
des  rats.  On  peut  interpréter  ce  mot  en  sous-entendant  vain 
(rameau);  alors  le  sens  premier  de  fouyerê  sera  «  garni  de 
feuilles  »,  par  opposition  aux  rameaux  recueillis  pour  être  brûlés 
ou  pour  ramer  les  pois. 

foyerèce,  wal!.,  t.  de  menuiserie  :  rabot  ou  bouvet  à  faire  les 
feuillures,  Body,  Voc.  des  charrons,  etc.,  dans  B.,  t.  8,  p.  87; 
Mathelot,  Voc.  de  l'artisan  maçon,  B.,  t.  11,  p.  88.  De  foyi, 
fouiller,  et  non  de  foye,  feuille,  comme  l'a  très  bien  démontré 
M.  Thomas,  o.  c,  à  l'article  feuiller,  p.  271. 

gamberé,  rouchi,  dans  Sigart.  p.  192,  «  gambré  :  planche 
épaisse  servant  de  pont  pour  arriver  dans  les  bateaux  »;  dans 
L.  Dufrane,  ]'oc.  de  F rameries  :  «  gainbrét,  plan  incliné  en 
planches  ».  Dérivé  de  gambe,  jambe,  au  sens  de  planche  ou  plan- 
cher destiné  aux  jambes  ou  à  enjamber.  Cf.  //am bercée. 

gaterèce,  wallon,  t.  de  sabotier  à  Lavacherie-sur-Ourthe  : 
couteau  ou  plutôï  lame  tranchante  recourbée  en  crochet  et 
adaptée  à  un  manche  coudé,  pour  achever  d'évider  l'intérieur  du 
sabol .  (  f.  graterèce. 

goymerez,  ceux  qui  doivent   des  corvées  avec  le  goy  ou  serpe, 


—    201    — 

Dr  C,  Gloss.  franc.  —  Goy,  d'après  les  additions  de  Carpentier, 
est  une  serpe  de  bûcheron,  ou  une  serpe  à  tailler  les  vignes,  ou  à 
arracher  les  buissons  (syn.  uougesse).  —  Pour  goymerez,  forme 
singulière  que  (rODEFRov  ignore,  un  texte  latin  d'une  charte  de 
i3ig  encadre  ainsi  le  mot  :  «  De  xj.  libris  et  xv.  solidis  Turon. 
annui  census,  quem  Petrus  de  Dyciaco  miles  habet  et  percipit 
super  bomines  qui  vocantur  les  goy  nierez  et  les  bandons  [sujets 
d'un  ban]  ». 

grateré,  franc,  dialectal,  Vosges,  galium  aparine  L.,  appelé 
ailleurs  gratteron,  gratereau,  Rolland,  Flore  pop.,  VI,  p.  242. 
Le  sens  est  herbe  à  gratter,  propre  à  gratter  :  thème  verbal  -f 
-erez;  il  n'y  a  pas  de  sens  satisfaisant  dans  les  diminutifs,  qui 
doivent  être  des  déformations.  —  grateret,Hte-Marne,  raniinculns 
aruensis  L.,  ibid. ,  I,  p.  53.  Signifie  :  pour  gratter,  à  cause  des 
épines  qui  garnissent  le  fruit.  Les  carpelles  du  fruit  de  cette 
renoncule  sont  munis  de  longues  pointes  sur  les  faces.  —  graterais, 
à  Semur,  Côte-d'Or,  ibid.,  I,  p.  54. 

graterèce,  wall.  de  Bourlers,  région  de  Chimay.  Syn.  gate- 
rèce,  wall.  de  Lavacherie  sur-Ourthe.  Terme  de  saboterie,  outil 
pour  aplanir  le  talon  du  sabot  en  dedans  :  H  graterèce  po  nètiè 
V  talon.  —  Je  crois  que  gaterèee  est  une  déformation,  et  que  la 
saboterie  de  Lavacherie  est  originaire  de  l'Entre-Sambre-et- 
Meuse,  comme  il  appert  d'autres  mots. 

grimperé,  picard,  Corblet,  p.  /\3i;  en  fr.  grimpereau.  Comme 
le  suffixe  -eau  du  français  est  également  -eau  en  picard,  il  faut 
bien  interpréter  grimperé  par  -eret  ou  par   erez. 

grôyerèce,  wallon  de  Monstreux  lez-Nivelles,  dans  fauchèle 
grôyerèce,  faucille  de  forestier.  Syn.  fièrmint  a  biïse.  —  grôye- 
rèce, à  Clermont-Thimister,  est  substantif  et  signifie  :  serpe  à 
long  manche  pour  gruyer  les  haies,  c'est-à-dire  pour  couper  les 
branchettes  du  bas.  BD  1907,  p.  21. 

hadrê,  anc- wallon.  i°  sorte  de  chaudron  :  1780  :  «  quattre  mar- 
mittes  de  fer  coulé,  deux  chaudrons  hadrays  et  un  grand  à  la 
lecive  »  Reg.  aux  Œuvres  de  Sprimont,  n°  66,  p.  252,  (citation 
eonim.  par  M.  Jean  Lejeuxe,  de  Jupille).  -  2°  Il  y  a  un  mot 
hadrai  dans  Lobet,  234,  traduit  par  «  baille,  baquet  fait  de  la 
moitié  d'un  tonneau  scié  en  deux,  bail  lotte,  baquet  de  bois, 
tonneau  défoncé  d'un  côté  ».  Gggg.  II,  533,  n'a  fait  qu'abréger 
Lobet;  Body,  Voc.  des  tonneliers,  etc.,  B.,  4°.  P-  a57<  définit  de 
façon  équivalente  :  «  moitié  d'un  tonneau,  tinette  de  brasseur  ». 
C'est  ce  qu'on  appelle  communément  on  côpé.  —  Il  semble  bien 


—    202    — 

que  l'idée  de  couper  en  deux,  diviser,  soit  inhérente  au  n°  2;  dès 
lors  il  doit  être  de  même  racine  que  le  miia.  hader  «  zerrisznes 
Zeugstiick  »,  que  le  w.  hade,  étriqué,  et  hadrène.  (î'est  un  dimi- 
nutif. Mais  le  n°  1  est  adjectif;  le  chaudron,  qu'il  qualifie,  est  un 
objet  en  fer.  —  3°  hadrai  d'  boûre,  une  assiette  chargée  de  beurre. 
Malmedy,  Body,  Voc.  des  agriculteurs,  B.,  t.  20,  p.  8(5.  Est-ce 
l'assiette  qui  s'appelle  hadrêl  est-ce  la  motte  de  beurre  trop 
grosse  ? 

halerasse,  lorrain  du  pays  messin,  prune  du  prunus  j'ruticans 
Weihe.  Rolland,  Flore  pop.,  V,  p.  383.  Le  sens  est  :  (prunes)  a 
ha  1er  (secouer),  propres  à  être  secouées,  donc  liai  erè ces. 

hatcherê,  lie». ;  hètcherê,  verv. ;  hatcherê,  gaumais;  couperet 
de  cuisine  à  deux  poignées,  parfois  à  une  seule  Hervé),  propre  à 
hacher  la  verdure  ou  la  viande  sur  le  tàveli  ou  plantche  hatche- 
rèce.  —  Le  hachereau  de  God.  est  un  faux  diminutif,  de  même 
que  couperet. 

hatchrèce,  liég.,  nam  ;  plantche  hatcherèce,  ard.,  Spa,  Body, 
Voc.  des  charrons,  B.,  t.  8,  p.  128;  planche  épaisse  munie  d'un 
rebord  sur  trois  côtés,  sur  laquelle  on  hache  la  viande  ou  la 
verdure.  —  2°  hatcherèce  signifie  aussi  le  couperet  à  Liège,  d'après 
(Jggg.,  v°  hatcher.  Alors,  au  lieu  de  sous-entendre  un  nom  géné- 
rique masculin,  comme  fer  ou  couteau,  qui  explique  le  masc. 
wall.  hatcherê  comme  le  franc,  couperet,  il  faut  sous-entendre 
un  nom  fém.,  par  ex.  lame  on  serpe.  —  3°  hache  ou  couperet 
qui  sert  à  couper  les  os  et  à  les  casser,  ainsi  qu'à  fendre  les  bêtes 
en  deux.  En  France,  pour  ce  dernier  usage,  on  se  sert  de  la 
«  feuille  à  fendre  ».  Semertier,  Voc.  de  la  boucherie,  B.,  t.  35, 
p.  46.  —  4°  tranche,  outil  en  acier  qui  sert  à  enlever  les  scories 
des  parois  des  chaudières,  Jean  Lejeune,  Voc.  des  chaudron- 
niers, B.,  t.  4°>  p.  4J4« 

hausseret,  anc. -franc.,  chemin  de  halage,  Godefroy.  Syn. 
hausserée. 

haverèce,  wallon;  en  général,  outil  propre  à  hauer  (excaver, 
râper,  racler).  i°  pic  des  bouilleurs,  plat  et  tranchant,  avec  un 
manche  en  bois,  servant  à  ouvrir  des  héues  (rainures)  dans  les 
couches  pour  faciliter  l'abatage,  Bormàns,  Voc.  des  houillcurs 
liég.,  B.,  t.  6,  p.  201;  Gggg.,  I.  283.  —  2°  plantche  haverèce, 
grosse  planche  appuyée  d'un  côté  sur  deux  pattes,  ce  qui  en  fait 
une  espèce  de  chevalet  bas,  dont  on  se  sert  en  tannerie  pour 
aplanir  les  peaux  en  leur  donnant  partout  la  môme  épaisseur 
pour  haoer  et  ravaler),   Bormans,    Le  bon  métier  des  tanneurs, 


-    2o3  — 

B..  t.  5,  pp.  363.  367,  38i.  —  L'ancien  wallon  écrit  xhavresse  : 
(Jggg.  II,  607  «  manges  de  by  et  de  xhavresses  »  (manches  de 
pics  et  de  h.)  —  Cf.  Thomas,  p.  108,  v°  eschaverece. 

heneri,  Vosges,  patois  de  la  Bresse,  baguette  de  coudrier,  de 
laquelle  on  détache  régulièrement  les  éclisses  appelées  lierions, 
.)  IliNGKi:,  ]'oc.  de  la  Bresse,  dans  Bull,  de  la  Soc.  philomatûjue 
vosgienne,  t.  32,  p.  90.  Ce  mot  serait  eu  wall.  *hinerê,  baguette  à 
hiner  (détacher  des  éclisses). 

hènistrèce,  wall  .  grive  draine  ou  haute  grive,  turdus  visei- 
oorus  L.,  Defrecheux,  Vocabulaire  des  noms  wall.  d'animaux, 
H.,  t.  25,  p.  55.  I/adj.  a  été  fabriqué  sur  la  forme  plus  pure 
hènistê  (eichenmistel)  plutôt  que  sur  hènistrê,  gui.  Le  sens  ne 
peut  être  que  :  (grive)  relative  au  gui. 

heûrèce,  wall.,  dans  fotche  heùrèce,  fourche  à  secouer  le  foin. 
BD  1907,  p.  37.  Pour  heûrerèce.  Cf.  cheûverèce. 
hêyerèce,  wall.,  outil  pour  hêyî,  chantourner  les  lames  de  scies. 
hièrtcherèce,  wall.  liég.,  croc  pour  attirer  le  panier  à  l'orifice 
de  la  bure,  Bormans,  Voc.  <les  houilleurs  liég.,  p.  2o3.  —  Dans 
le  sens  de  femme  qui  traîne  les  paniers,  il  faut  écrire  hièrtche 
cesse  :  c'est  un  autre  mot,  le  féminin  de  hièrtcheù. 

hiterê,  wall.,  raioche.  A  rapprocher  du  gaumais  chiteré,  qui, 
se  disant  d'un  papier,  ne  peut  impliquer  l'action. 

hoterèce,  anc. -wallon,  trouvé  dans  le  Cartulaire  de  Fosses, 
par  Borgnet,  i°,  p.  110  :  <c  item,  et  toutefois  que  on  reboutte 
ledit  vivier,  il  doit  avoir  ou  ventisea  ung  trou  de  tarière  hot- 
terecht  (variante  terrer  hottererck,  peut-être.'Uiollerecht, 
ajoute  la  note)  jectant  eawe  par  la  maistresse  buze,  et  en  tout 
temps,  pour  servir  la  bonne  ville  ».  2°,  p.  142-143  :  «  Item  ont 
déclaré  encor  par  icelle  dite  lettre  que  quand  l'eawe  est  détenue 
et  remise  dedans  le  vivier  l'Evesque,  que  ou  ventiseau  ou  ven- 
telle  doit  avoir  ung  trou  de  tarrier  hottereche  jettant  eawe 
par  la  maistresse  buze  dudit  vivier  ».  Le  sens  est  tarière  destinée 
à  boucher  la  bote.  C'est,  d'après  M.  Aug.  Lurquix,  ce  qui 
s'appela  plus  tard  à  Fosse  li  pilot  do  grand  vèvî  et  la  hôte  est 
li  trô  do  pilot.  Il  s'agit  d'un  étang  intermittent  dont  l'eau  était 
évacuée  à  certaines  époques. 

hottereau  et  hotteret,  franc.,  cf.  Dict.  gén.,  Gon.,  v°  hotterel, 
exemple  de  i359  :  «  sis  hoteraus  ».  Hotteret  est  dans  Trévoux, 
1762.  Sens  :  petite  hotte  grossière.  Ces  mots  en  -ereau,  -eret 
décèlent  d'anciennes  formes  à  suffixe  -erez,  où,  -ères  n'étant  plus 
compris,  les  terminaisons  tournent  folles  et  finissent  par  s'atta- 


—  204  — 

cher  tantôt  à  -ère/,  tantôt  à  -eref.  Le  sens  doit  s'interpréter  : 
panier,  etc.)  ressemblant  grossièrement  à  une  hotte 

hoûlerèce  et  hoûdrèce,  ane. -wallon.  M.  René  Dubois,  auteur 
des  Rues  de  Huy,  a  relevé  les  inentions  d'une  tour  qui  faisait 
partie  des  fortifications  de  la  ville  de  Huy.  Nous  tenons  de  lui  les 
tonnes  suivantes,  que  nous  rangeons,  pour  ne  rien  préjuger, 
dans  l'ordre  chronologique  :  i"  (tour)  hullereche,  i4<>7,  de 
Schoolmeesters,  Notice  hist.  sur  lu  seigneurie  de  Marchin  et  son 
église  (dans  Bull,  de  l'Inst.  arch.  liég.,  1873,  p.  62);  2"  (tour) 
houlereiche,  i4^4  :  ((  moulin  aux  papiers  appelé  aile  devant-renne 
fosse  sis  devant  la  thour  houlereiche  »,  Archives  de  la  Ville  de 
Huy,  vol.  19,  p.  173;  3"  t.  hourlerece,  1461,  Schoolmeesters, 
ibid.  ;  4"  t-  houdresse,  i54o  :  «  mollin  as  papiers  sis  sur  le  Hoyoux 
en  dessous  de  la  tour  houdresse  »,  Archives  de  la  Ville  de  Huy, 
vol.  19,  p.  173;  5"  t.  houldresse,  1624,  Schoolmeesters,  ibid.; 
6°  t.  houdresse,  i663,  Schoolme esters,  ibid.  —  Gggg.  nous 
permet  d'identifier  ces  formes  dissemblables  en  enregistrant, 
t.  T,  p.  3i3,  les  formes  synonymes  hoûremen,  hoûdemen,  hoûle- 
nien,  hoûnemen,  éehafaud.  Toute  question  de  phonétique  réservée, 
il  est  évident  que  hoûlerèce  est  à  hoùlemint  comme  houdrèce  est 
à  houdemint,  et  que  nous  avons  affaire  à  des  variantes  d'un  même 
mot.  Ce  mot  est  dérivé  de  hourd,  hourt,  que  Godefroy  définit 
en  général  par  retranchement,  palissade  de  claies,  et  en  parti- 
culier, d'après  Viollet  le  Duc,  par  a  ouvrage  en  bois,  dressé  au 
sommet  des  courtines  ou  des  tours,  destiné  à  recevoir  des  défen- 
seurs, surplombant  le  pied  de  la  maçonnerie  et  donnant  un 
Manquement  plus  étendu,  une  saillie  très  favorable  à  la  défense  ». 
Nul  doute  que  la  tour  hoûlerèce  ou  hoûrdrèce  de  Huy  ne  fût  une 
tour  à  galerie  en  bois  ou  encorbellement  de  cette  nature.  Nous 
traiterons  ailleurs  les  questions  d'origine,  de  filiation  et  de 
sémantique  relatives  à  hourd,  hourder,  hourler,  hourlê,  etc. 

houmerèce,  wall.  liég.,  verv.  ;  choutnerèce,  ardennais;  cheume- 
rète,  ehestrolais,  Dasnoy,p.  140;  keumerèce  et  keumerète,  gaumais, 
Liégeois,  Lex.  gaum.,  p.  162;  kémeroce,  vosgien,  dans  Thomas, 
p.  107,  qui  rapporte  à  tort  kémeroce  à  eremerece;  chimerece, 
Charleroi;  scumète,  escumète,  écumète,  rouchi,  JSigart,  Del- 
motte,  p.  224.  Le  sens  est  écumoire,  littéralement  passoire  pour 
écumer  le  bouillon,  etc.  Il  y  a  changement  de  suffixe  dans  les 
formes  en  -de.  Liégeois  définit  keumerète  par  petite  écu- 
moi  re  ,  et  keumeresse  par  écumoire,  mais  la  distinction  de  sens 
es1  sans  fondement.  —  Cf.  Thomas,  p.   108,  v"  escumerèce. 


—    205    — 

houperf,  gaumais,  Liégeois,  Lex.  gaum.,  p.  142,  houperê, 
chestrolais,  Dasnoy,  p.  267.  Meulon  que  l'on  fait  à  la  fin  de  la 
première  journée  de  fanage. 

houteré.  wa.ll.  liég.,  terme  de  mineur.  Bormans,  Toc.  des 
houilleurs  lié»-.,  B..  t.  G,  p.  206,  définit  le  mot  :  «  bâtiment  qui 
recouvre  une  bure  aux  bras  ou  petite  fosse  »,  et  en  fait  un  dimi- 
nutif de  honte,  butte  Gggg.,  i.  3i4,  donne  les  sens  de  magasin 
et  lieu  «l'attente,  puis  il  revient  sur  le  sens  au  t.  II,  p.  xxxv  ; 
alors  houterai  signifie  :  en  général,  selon  Simonon,  butte,  abri; 
en  particulier,  l'ensemble  des  bâtiments  qui  entourent  la  bure 
dans  les  petites  exploitations,  ce  que  l'on  nomme  aussi  butte  en 
terme  de  mineurs.  Enfin,  au  Gloss.  de  Vanc.  wall.,  Gggg.  donne 
la  forme  boutreau  :  «  ens  boutreaux  de  fosses  et  builleries 
(houilleries)  »,  1687.  En  dépit  de  cette  forme  en  -eau,  j'interprète 
le  mot  par  bâtiment  propre  à  se  mettre  a  honte  (à  l'abri),  à 
s'ahouter. 

«  jottrait,  (hors  d'usage),  pièce  de  bois  vertieale  adaptée  aux 
extrémités  des  hamindes,  et  qui  descend  jusqu'au  poitrail  des 
chevaux  »,  Bormans,  l'or,  des  houilL,  p.  208.  La  dernière  partie 
est  destinée  à  justifier  I'étymologie  que  l'auteur  fournit  ensuite  : 
«  pour  diso-traitl  ».  ,Vy  vois  un  j  osterez,  en  wallon  *  fyosterè. 

lamerê,  wall.,  bois  attaché  transversalement  au  front  ou  au  cou 
d'un  animal  (vache,  chien,  porc,  etc.)  pour  l'empêcher  de  traverser 
les  haies.  Renier,  Hist.  du  ban  de  Jalhay,  II,  p.  69  :  ordre  «  de 
munir  de  billots  ou  lamrays  tous  chiens  de  berger,  mâtins  de  cour 
et  autres,  à  peine  «le  les  voir  tuer  »,  17 15.  —  M.  Randaxhe  signale 
dans  une  communication  manuscrite  qu'à  Thimister,  Clermont, 
etc.  (pays  de  Hervé),  lamerê  désigne  la  toile  épaisse,  dite  aussi 
oantrin,  mise  sous  le  ventre  du  taureau,  du  bélier,  pour  empêcher 
la  copulation.  Ce  mot  est-il  identique  au  précédent?  Il  peut 
être  aussi  une  déformation  de  lanerè,  facilitée  par  ce  fait  que 
l'idée  d'empècber  est  commune  aux  deux  objets.  —  Ce  sens 
écarté,  lamerê  paraît  dérivé  de  lame  syn.  de  lamé.  Gggg.  II,  10, 
v"  lamai,  cite  un  exemple  précieux,  qui  montre  que  le  sens 
premier  de  lamai  est  palonnier,  et  que  le  billot  mis  au  cou  des 
animaux  est  seulement  dit  «  en  forme  de  lamay  ».  Si  lame  prend 
aussi  ce  second  sens,  c'est  par  comparaison;  le  mot  propre  est 
bâton  lamerez,  substantivement  lamerê 

laneret,  anc. -franc.,  pour  1  a nerez;  dans  Godefrotd  :«  cardon 
laneret,  peigne  laneret  »  :  cardon  ou  carde  pour  la  laine,  pour 
peigner  la  laine.  Thème  nominal  :  lana  +  -aricius.  —  Mais  le 


—     206    — 

IV.  laneresse,  fém.  de  lanier,  ouvrier  qui  travaille  la  laine,  est  un 
substantif  en  -erèsse. 

larèce,  gaumais,  Liégeois,  Lex.  gaum.,  ifâ;  lérèce  à  Chrny; 
côté  d'une  maison  qui  se  trouve  entre  deux  pignons.  Ans  è  abatu 
la  lêrèce,  èlë  <•</<>/  fadue,  on  a  abattu  le  mur  de  côté,  il  était 
lézardé.  De  latus  -f  -a  ri  ci  a.  Bien  entendu,  la  lârèce  est  le  mur 
de  côté  quand  le  pignon  donne  sur  la  rue,  suivant  l'ancienne 
façon  de  bâtir.  —  Godefroy  donne  laresse,  arêtier.  Ce  sens 
est-il  exact  ?  Les  exemples  qu'il  fournit  sont  conformes  au  sens 
wallon  ci  dessus. 

lassèt,  wallon,  Lobet,  =  franc,  laceret,  «  aujourd'hui  rem- 
place par  lacet,  piton  à  grosse  tète  percée  dans  laquelle 
passe  et  pivote  un  corps  mobile,  tel  par  exemple  qu'une  tige 
d'espagnolette  »  :  Manuel  Roret  du  serrurier.  Le  Dict.  gén. 
donne  laceret  et  lasseret,  piton  à  vis.  La  vraie  forme  est 
loceret  =  locerez,  clou  qui  est  percé  en  forme  de  /oce  (louche). 
En  wallon,  je  ne  me  trouve  que  laset  (  =  lassèt  )  dans  Lobet,  826. 
—  Cf.  Thomas,  78  et  86;  Godefroy,  loceret. 

laterê,  wall.  de  Cherain  (N.  du  Luxembourg),  «  petite  »  latte 
employée  dans  le  plafonnage,  dit  A.  Servais,  Voc.  de  Cherain, 
dans  le  journal  l'Annonce  de  Stavelot,  n°  du  3o  avril  1905. 
S'agit-il  vraiment  de  petites  lattes,  ou  de  bois  plats,  refendus, 
destinés,  dans  la  pensée  du  menuisier  ou  du  préparateur,  à  être 
utilisés  comme  lattes?  Laterez  existe  en  anc. -franc,,  sous  les 
formes  laterech,  laterat  (lateret  dans  Godefroy),  mais 
qualifie  clou  :  cleus  lateres,  cleu  laterech,  cloz  laterat. 
Dans  notre  sens  wallon,  ce  serait  bois  laterez. 

lâterèce,  gaumais,  dans  goule  làterèce,  épanchement  de  lait, 
soit  de  la  femme,  soit  d'un  animal,  surtout  de  la  vache,  Liégeois, 
Compl.  du  lex.  gaum.,  p.  80.  De  lacté  -f-  -aricia. 

laverê,  lavrê,  wall.,  torchon,  lavette,  proprement  linge  des- 
tiné à  laver  (la  vaisselle,  etc  ).   — Gggg.,  II,   17;   Lobet,  328. 

lèherê,  wallon,  n'est  plus  guère  usité  que  dans  l'expression 
fyône  lèherè.  Remacle,  i,e  édition,  p.  204,  traduisait  lèhrai  par 
«  jeune  homme  imberbe  »  et  geônn  lehrai  (excusez  l'orthographe) 
par  «  jeune  évaporé  ».  Gggg,  II,  20,  insère  cet  article  et  fait  du 
mot  un  dérivé  du  verbe  1ère,  lé  ho  n  (lire,  lu)  Tout  porte  à  croire 
qu'il  est  un  dérivé  de  lèhe,  lice,  chienne,  et  que  le  sens  premier 
est  <c  jeune  chien  ».  Defreciieux,  Vocab.  des  noms  wall.  d'ani- 
maux, 2'  éd.,  p.  79,  note  le  mot  sous  la  forme  lèhrèt,  fém.  lèh- 
rètte,  avec   le  sens  de  jeune  chien,  jeune  chienne.  Le   mot  n'est 


—  207   — 

resté  qu'au  figuré,  dans  fyône  lèherê,  qui  ne  signifie  ni  jeune 
évaporé  (Rm1),  ni  jeune  important  (Rm2),  mais  jeune  garçon  en 
quête  d'amourette.  Lobet,  p.  339.  le  traduit  ridiculement  par 
«  bacehant,  qui  court  les  bacchantes  »,  mais  il  a  la  perception  que 
le  mot  n'est  employé  (pie  relativement  au  sexe.  Disons  que  le 
sens  premier  est  «  propre  a  la  lice,  relatif  à  la  lice  »,  (pic  tjônes 
lèherès  signifiait  jadis  petits  d'une  lice,  Cjône  étant  le  substantif 
et  lèherê  l'adjectif.  Quand  l'expression  ne  fut  plus  employée  qu'au 
figuré,  on  crut  que  fyàne  était  l'adjectif  et  lèherê  le  substantif.  On 
pourrait  objecter  qu'il  est  bien  plus  simple  de  considérer  lèhrai 
comme  un  diminutif  en  -ellum.  dont  le  féminin,  avec  change- 
ment de  suffixe,  sera  lehrète.  Mais  a-t-on  réfléchi  à  l'étrangeté  de 
désigner  le  jeune  chien  mâle  par  un  nom  tiré  de  la  lice  et  qui  ne 
pourrait  signifier  que  lice  en  petit,  petite  lice?  11  est  beaucoup 
plus  logique  d'admettre  que  tous  les  petits  de  la  lice,  mâles  et 
femelles  sans  distinction,  étaient  désignés  par  les  éleveurs  et  les 
chasseurs  du  nom  générique  de  licerez,  —  comme  d'autres  objets 
relatifs  à  la  lice,  —  de  même  que  les  petits  de  la  louve  sont  des 
louverez,  en  wall.  leiwerê.  Il  faut  ajouter  que  les  substantifs 
féminins  lèherète  et  louverèce  ne  doivent  avoir  été  employés  que 
quand  le  sens  générique  se  fut  éteint;  le  genre  de  ces  noms  en 
-erez  dépend  uniquement  du  substantif  sous-entendu,  non  du 
sexe  de  l'objet  désigné.  —  Le.  mot  est  souvent  déformé  :  Lucien 
Colsox,  dans  Andrî  Mâlâhe,  dit  lès  fyônes  lèvres;  Gggg.,  dans 
ses  extraits  de  Villebs  (B.,  t.  6,  p.  58),  note  on  tyône  havrai  ou 
ha w rai,  un  jeune  blanc-bec.  A  moins  que  hawerê  ne  vienne  de 
hawer...  —  Scheler  a  note,  dans  le  Catholicon  de  Lille,  le  mot 
leceresse,  qui  est  le  féminin  de  notre  lèherê  :  «  ganea,  lece- 
resse,  putain  ».  Lèhe  a  le  même  sens  en  wallon. 

lèperê,  wallon,  i°  grosse  lèvre;  20  morceau  de  chair  ou  de 
viande  semblable  à  une  grosse  lèvre,  Gggg.,  II,  221,  v°  lèpe,  et 
29,  v°  lipète;  id.  dans  Semkrtier.  Voc.  de  ta  boucherie,  B.,  t.  35, 
p.  61.  —  3°  pince,  languette  ménagée  sur  le  devant  du  fer  à 
cheval  et  s'appliquant  contre  le  devant  du  sabot,  Lohet,  p.  33o. 
4°  «  toyère,  pointe  au  devant  [?]  d'une  hache,  qui  entre  dans  le 
manche  et  la  soutient  »,  Lobet,  p.  669. 

leûverê.  wallon,  louveteau,  Defrecheux,  Voc.  des  noms  wall. 
d'animaux,  v°  leùvrai.  —  loverèce,  dans  lovresse- fosse,  1.  d.  à 
Francorchamps,  noté  aux  Archives  par  M.  Jean  Lejeune.  — 
louverèce,  loverèce.  louve,  Rm2,  Dkfrecheux,  o.  c.  On  ne 
trouve  pas  leùverèce.  La  suite  des  sens  a  dû  être  :  relative  au  loup, 


—    208    - 

ou  aux  loups  ;  louveteau  femelle,  jeune  louve.  Cf.  lèherê.  — 
Loverèce  a  aussi  Le  sens  de  coureuse,  <m;gg.,  II,  42.  Cf.  lècerèce, 
v°  lèherê. 

|leuverê,  wall.,  lucarne,  Gggg.,  Il,  25  et  614.  Dérive  par  le 
suffixe  -el.lum  de  l'anc.-franç.  luver,  louer  (?),  Godefrov  : 
lovier,  lucarne),  d'après  la  note  de  Scheler  à  Gggg.,  II,  614  ; 
celui-ci  en  fait  un  diminutif  de  leuue,  larmière.] 

■lèverez.  Gggg.,  11,  3og,  v°  riliurese,  note  l'ancien  levairitz, 
au  sens  de  accoucheu(se?).  Si  mal  que  soit  graphie  ce  levai- 
ritz,   il  est  difficile  de  ne   pas  y  reconnaître   un    levaricius. 

lignerê,  wall.,  lange.  Gggg.  II,  28,  écrit  limerai,  qui  n'est  pas 
cou  forme  à  la  prononciation.  11  le  fait  venir  de  lin  eus,  qui  a 
donné  linge,  comme  laneus  adonne  lange,  d'abord  adjectif. 
Lange  substantif  a  son  adjectif  en  -aricius  :  lamerez,  Gode- 
i'kov.  Je  conjecture  donc  drap  lignerez,  pièce  ou  carré  de  lin, 
pour  emmaillotter. 

lingeret,  anc. -franc,.,  celui  qui  porte  de  beau  linge,  Godefroy. 
Sens  premier  :  qui  aime  le  linge.  Cf.  armerez. 

liseret,  wall.  de  Neufchâteau,  Dasnoy,  pp.  3o2,  128,  liseré. 
Le  Dict.  gén.  fait  de  liseré  le  participe  de  1  i  serer,  dérivé  de 
lisière,  qui  est  donné  comme  d'origine  inconnue.  Mais  on  pour- 
rait faire  de  liseré  un  dérivé  de  *lise,  radical  de  lisière  et 
de  l'anc.-franç.  lisiette  (lisière).  Le  verbe  liserer  se  serait 
développé  du  substantif  compris  comme  un  participe  passé.  Dans 
cette  hypothèse,  le  sens  premier  de  liseré  serait  :  pour  servir  de 
*lise  :  fil,  tissu,  cordon,  ruban  liseré.  Quant  au  thème,  je  note 
simplement  que  l'ardennais  dit  lèstre  et  que  17  n'est  peut-être  pas 
primitif. 

lîstrê,  wallon  ard.,  liég.,  verv.,  stavelotain  ;  à  Namur  listia, 
Pirsoul,  Dict.,  I,  385;  lissoir,  palette  de  plafonneur,  qui  sert  à 
lisser  les  murs  recouverts  de  plâtre  ou  de  ciment.  Je  trouve 
listriau  dans  Gggg.,  II,  6i5,  dans  un  texte  de  i58i  :  «  ceux  qui... 
useront  du  listriau  couvrant  et  placquant  édifice  ».  Gggg.,  qui  ne 
connaissait  pas  le  mot  d'autre  part,  traduit  par  mortier.  .le 
conjecture,  en  dépit  de  la  forme  listreau,  qui  me  paraît  être  une 
francisation  maladroite,  que  la  forme  première  est  listerez,  avec 
le  sens  de  :  (outil,  palette)  pour  lister  Mais  qu'est-ce  que  liste]? 
Ce  verbe  manque  dans  les  dictionnaires;  cependant  le  fr.  liste, 
listel,  l'ail,  leiste,  l'ital.  lista,  m'empêchent  d'y  voir  un  simple 
synonyme  de  lisser;  je  lui  attribue  le  sens  de  façonner  les  bords, 
délimiter  des  filets. 


—  209  — 

lîterê,  gaumais  et  ehestrolais  :  litre  a  Prouvy,  litre,  lîtriè  à 
Virton,  d'après  Maus,  Dict.  manuscrit;  litre  à  Neufchâteau,  Das- 
noy,  p.  85,  et  à  Chiny.  Le  mot,  au  singulier,  signifie  :  châssis 
d'une  charrette,  les  deux  «  longues  pièces  de  bois  [reliées  par  des 
traverses]  qui  forment  a  la  l'ois  le  fond  de  la  charrette  et  les  bran 
cards  »,  Dasnoy.  Vous  tarerez  lu  litre  d'  la  tchèrète  et  vous  métrez 
l'  burù  (la  caisse  du  tombereau)  s'  lès  rues  (roues),  Chiny.  On  dit 
aussi  lite,  qui  est  létê  dans  le  Nord,  Body.,  Voc.  des  charrons, 
B.,  t.  8,  p.  loi.  Les  deux  mots  paraissent  dérives  de  lectum, 
lit,  au  sens  de  base  ou  châssis  de  la  charrette.  L'un  est  un  dimi- 
nutif en  -ellum,  L'autre  un  dérivé  en-aricium  au  sens  de  :  pour 
former  le  lit,  pour  servir  de  lit  ou  base. 

*liverê,  une. -wallon.  On  trouve  dans  Bormans,  Le  bon  métier 
des  drapiers,  B.,  t.  9,  p.  271,  les  textes  suivants  :  c<  livrea,  poids 
de  12  livres  servant  autrefois  «l'unité  pour  vendre  la  laine  »  ;  — 
«  les  pessants  condist  livreaux...  »,  1627,  i56G  ;  —  «  avoir  poisé 
26  livrars  de  laynes  »,  i58o.  —  Pourquoi  un  poids  de  12  livres 
serait-il  désigné  par  un  diminutif  de  livre,  et  pourquoi  ce  dimi- 
nutif serait-il  au  masculin?  J'en  conclus  que  livreaux,  livrars, 
et  même  livrea,  sont  des  graphies  maladroites  et  contradictoires, 
qui  interprètent  un  terme  livré  ou  plutôt  liverê,  déforme  de 
livrerez  =  libraricius  par  superposition  des  deux  r.  Les 
pesants  livrés,  comme  on  devait  prononcer  en  1027,  sont  les  poids 
métalliques  qui  comptent  par  livres,  consistant  en  livres, 
par  opposition  aux  poids  d'une  horloge,  d'un  tourne-broche  ; 
puis  livré  a  signifié  tout  seul  cette  espèce  de  poids,  et  enfin  une 
unité  de  poids. 

lîverète,  wallon,  forme  en  bois  pour  mesurer  le  beurre  en 
livres,  Gggg.,  II,  3o.  —  Inventaire  de  17^8  de  Mainvault  (Ath), 
comm,  de  M.  J.  Dewert.  Liverète  s'emploie  encore  aujourd'hui  à 
Ath  dans  le  sens  donné  par  Gggg.  On  dit  même  une  liverète 
de  cerises,  désignant  une  forme  semblable  à  une  liverète  a  beurre 
retournée,  et  le  contenu  de  cette  livei'ète,  les  cerises  elles-mêmes. 
Comme  liverète  n'est  pas  une  petite  livre,  j'y  vois  une  déformât  ion 
de  liverèce  (au  sens  de  forme  livrerèee)  analogue  a  celle  de 
escumerète,  etc. 

liveriche,  anc. -wallon,  d'une  livre,  consistant  en  une  livre. 
«  .1.  Michelo.  boulanger,  veut  qu'on  distribue  aux  pauvres  a  ses 
anniversaires  :  decem  panes  seu  miche  in  vulgari  dicts  miches 
liveriches  »,  i4i5  :  Bormans,  Documents  divers  dans  B.,  t.  6, 
p.   io5.    «Item,  du  pain  de  iiij.  muis  spelte  en  miche  livriche  », 

14 


—    210    — 


[132  :  Bormans,  ibid.,  p.  no.  «  l'n  muid  de  blé  (lèvera  donner 
[20  miches  liueriches  »,  Chartes  I,  [i3,  3  :  Semertier,  Voc.  des 
boulangers,  !>..  t.  •  >{.  p.  ^;4-  •'<*'  trouve  encore  liuriche  dans  une 
ordonnance  <lu  Prince-Évêque  de  i-u  relative  à  Verviers.  11 
paraît  résulter  de  ces  textes  que  liveriche  =  liuerèche  livre- 
rèche.  i"  11  y  a  eu  dans  ce  mot  superposition  des  deux  r,  phéno- 
mène expliqué  par  M.  Thomas,  o.  c,  p.  69.  2°  On  trouve  -icAe 
pour  -èche  dans  brasser  i  eh  (Thomas,  p.  9:3  et  74).  peut-être 
dans  bourriche  ;  dans  l'anglais  (normand)  butter  i  s  (Thomas, 
p.  roi)  :  sont  ce  des  restes  de  la  l'orme  à  i  long  -arfcius?  ou 
tau t -il  expliquer  liveriche  par  allitération  avec  michel 

lomberê,  wallon  Gggg.,  II,  35,  écrit  tomberai,  griblette  de 
porc  échinée.  Semertier,  Voc  de  la  boucherie,  B.,  t.  35,  p.  61, 
donne  lombrai  et  longrai,  avec  le-  même  sens,  et  ajoute  en  note 
cpie  le  mot  se  dit  aussi  d'un  petit  morceau  de  viande  adhérent  en 
partie  à  l'épine  dorsale  du  bœuf.  Comme  il  ne  s'agit  pas  de  petits 
lombes,  on  est,  bien  forcé  d'interpréter  par  lomberez,  morceau 
ayant  rapport  aux  lombes. 

longuerèce,  ane.-wall.,  terme  d'extraction  d'ardoises,  est  dans 
Delmotte,  Essai  d'un  gloss.  wall.,  p.  4o5,  v°  longueresse,  et  dans 
Littré.  On  taille  dans  la  carrière  d'ardoises  des  prismes  rectan- 
gulaires allongés;  on  débite  ces  masses  par  le  clivage  dans  une 
hutte  en  dehors  de  la  mine.  Ce  sont  ces  masses  prismatiques 
allongées,  avant,  la  mise  en  œuvre,  qui  s'appellent  longnèrèces. 
Le  sens  primitif  doit  être  adjectival,  comme  pour  panerèce  : 
r°  relatif  à  ia  longueur,  2°  entaille  on  face  dans  le  sens  de  la  lon- 
gueur, 3°  bloc  détaché  en  longueur.  —  Thomas  ajoute  que  Mozin 
connaît  seulement  longuesse  («  partie  de  la  carrière  qu'un  ouvrier 
travaille  »),  ce  qui  nous  fournit  un  mot  en  -itia  du  type  paresse, 
grossesse. 

lozeré,  wallon,  cordonnet  brodé  au  chef  d'une  étoffe  pour  l'em- 
bellir, Martin  Lejeune,    Voc.  de  Vapprèteur  en  draps,   B.,  1.  4(>- 

makerê.  anc. -wallon.  Instrument  en  forme  de  râteau  avec  lequel 
on  allonge  le  drap  en  le  battant  (muker  .  Bormans,  Le  bon  métier 
des  drapiers,  B.,  t.  9,  p.  272,  croit  que  ce  uiot  est  le  même  que 
makerê,  sorcier,  fr.  maquereau.  Partant  de  là,  il  s'évertue  bien 
inutilement  a  montrer  que  la  sorcellerie  consiste  ici  à  tromper  en 
allongeant  le  drap  indûment.  On  trouve  macrea  dans  une  charte 
de  r527,  dont  Bormans,  o.  C,  p.  l33  et  272,  donne  cette  phrase  : 
«  On  ne  peut  dorénavant  plus  employer  l'instrument  appelé 
macrea  pour  attacher  la  tète  de  l'étoffe  à  la  wende  ».  —  Le  sens 


—    211    — 

primitif  doit  être  :  instrument  pour  maker.   Il   a  sonné  ensuite 
comme  un  diminutif  de  makeû. 

monterèce,  anc.-wall.,dans  xhalles  montresses  :  «hereirs,  mair- 
nis,  xhameaux  de  ehaer,  xhalles  montresses  et  xhalles  d'aoust  » 
(i382),  Remkr,  Histoire  du  ban  de  Jalhay,  II,  p.  33.  Le  sens  es1  : 
échelles  propres  à  monter,  servant  a  monter,  par  opposition  aux 
échelles  des  charrettes  ou  î-idelles,  etc. 

moteret,  anc. -franc.,  «  aux  motterets  de  la  rivière»  :  mottes 
ou  monticules  formés  par  érosion  le  long  d'une  rivière,  Godefkoy. 
Diminutif  en  -er-et ? 

moudresse,  gaumais,  destiné  a  moudre  ;  dans  «  pierres  mou- 
dresses  »,  12J4,  charte  d'affranchissement  de  la  communauté  de 
Limes  (eomrn.  de  Gérou ville,  arr.  de  Virton,  prov.  de  Luxem- 
bourg), dans  Tandel,  Connu,  lux.,  t.  [II,  p.  178.  Déformation  de 
m  o  ûd  rerè c e  . 

moûnerê,  walh,  nom  de  la  mésange  à  longue  queue,  Acredula 
caudata  L.,  Defrecheux,  Voc.  de  la  faune  wall.,  v°  masinfye, 
(H.,  t,  25).  Le  sens  premier  est  :  relatif  au  meunier  (suffixe 
-aricius),  ou  :  pet i t  meunier  (suffixe  -ellus),  parce  que,  comme 
le  meunier,  cet  oiseau  a  la  tète  et  le  haut  du  corps  blancs.  Le 
synonyme  moîïni  milite  en  faveur  d'un  moûnerê  diminutif. 

mousseré,  gaumais  (Chiny,  Etalle)  ;  moussiré,  chestrolais, 
Neufchàteau,  Dasnoy;  mosserê,  ardennais,  Laroche  (mossê  dans 
le  N.-E.  wallon,  mosset  et  mossîa  à  Xamur,  Pirsoul;  moussé, 
mousset  en  rouchi).  Si  le  namurois  mosseria,  que  donne  Defre- 
cheux, est  confirmé,  il  faut  admettre  un  suffixe  diminutif  dans 
mosserê.  Sinon,  il  est  permis  de  l'interpréter  dans  le  sens  primitif 
de  litière,  tapis,  etc..  formé  de  mousse,  ou  encore  lieu  abon- 
dant en  mousse.  Je  trouve  en  effet  un  lieu  dit  «  pré  le 
mousseré  »  à  Breuvanne,  commune  de  Tintigny,  prov.  de  Luxem- 
bourg (Tandel,  Comm.  lux.,  t.  III,  p.  741):  or  ce  nom  ne  peut 
signifier  «  pré  mousse  »,  mais  «  pré  bon  pour  produire  de  la 
mousse,  pré  trop  humide  ». 

muré  ou  muret,  wall.,  giroflée  de  muraille,  Cheiranthus 
cheifi  L  —Variantes  :  Gggg.,  II,  148,  donne  pour  le  liég.  et  le  nain. 
muré,  pour  le  rouchi  muré.  Sigart  (Mons)  a  muret  et  meiiret. 
Hécart  (Pas-de-Calais)  a  muret.  Lezaack  (Spa)  meuret.  Syno- 
nyme muralyer.  Comme  un  diminutif  muret  ou  muré  signifierait 
petit  mur,  je  vois  dans  muret  un  primitif  murerez,  propre  aux 
murailles. 


—    212    — 

muserèce,  wall.  de  NTeufchâteau,  Dasnoy  42i>  miserète,  G<ua;., 
Il,  i  _>o,  v"  tnizuèle.  Musaraigne.  De  mus,  souris.  Sens  primitif  : 
animal  des  champs  ressemblait  a  la  souris. 

nokerê.  wall.,  r"  broiissin,  excroissance  d'une  plante  ligneuse, 
IIimui.i:  ',  233,  el  Remacle  -,  II,  35o,  v°  nokrai;  Gggg.,  II. 
166.  2°  nokerè,  noukerê,  pointe  spéciale  du  clou  de  féru  cheval, 
TaiLLET,  Toc.  de  lu  j'nbric.  des  clous...,  !>.,  t.  5o,  p.  633.  Le  sens 
primitif  est  :  qui  ressemble  à  un  nœud,  qui  a  dés  analogies  avec 
un  nœud. 

[noyerèce  Dr  Cange  a  tiré  d'un  ancien  glossaire  latin-français 
la  phrase  «  natrix,  noerresce,  un  serpent)».  On  doit  évidem- 
ment comprendre  noerrese  comme  une  traduction  de  natrix, 
nageuse,  donc  comme  le  féminin  en  -esse  de  neor.  nageur.  Peut 
être,  comme  nom  de  l'hydre  ou  d'un  serpent  d'eau,  le  mot  est-il  en 
-erèce  :  serpent  destiné  à  nager,  capable  de  nager.] 

panerèce,  wallon,  i"  face  de  la  brique  destinée  à  l'extérieur  du 
mur.  ("est  le  long  côté  par  opposition  an  côté  court,  appelé 
boutisse.  Le  pareils'  (Fine  briquetirèye  sont  fuites  u  boutisses  et 
panerèces,  G.  Halleux,  Supplément  nu  doc.  du  briquetier  (inédit). 
2°  pierre  ou  brique  employée  en  parement,  c'est-à-dire  île  façon 
que  son  coté  long  soit  dans  le  surface  du  mur,  pour  former  le 
pnn  de  la  muraille.  La  boutisse  est  celle  dont  le  coté  court  reste 
visible.  —  Gggg.,  II,  190;  Thomas,  p.  91.  —  Ces  mots  paneresse 
(avec  ss)  et  boutisse  sont  français  au  sens  2;  cependant  le  sens 
primitif  doit  avoir  été  adjectival  :  face  panerèce,  face  bou- 
tisse; puis  face  a  été  sous-entendu;  puis  le  nom  a  passé  de  la 
face  a  la  brique  placée  d'une  certaine  façon. 

passerète,  wall.  chestrolais  et  gaumais,  Dasnoy,  Dict.  wall.- 
frunc..  p.  387,  145,  ustensile  pour  [tasser,  passoire.  Il  y  a  change- 
ment de  -èce  en  -ète  ou  formation  analogique  d'après  cheumerète, 
nord-wallon  choumerèce,  houmerèce,  écumoire. 

pateurr\  gaumais,  Liégeois,  Lex.  gaiim.,  p.  i55,  rustre,  homme 
mal  élevé.  Le  même  a  aussi  pateureau,  terrain  inculte,  prairie 
sèche  où  l'on  ne  récolte  pas  de  foin,  et  où  l'on  se  contente;  de 
faire  pâturer  les  betes.  Ce  dernier  doit  être  un  mot  étranger"; 
sinon,  le  suffixe  eau  n'y  existe  qu'en  apparence.  Quant  a  pateuré, 
j'y  vois  un  primitif  past(r) erez,  relatif  au  pâtre. 

*  pescherez,  anc -français.  On  trouve  dans  Dr  C,  Gloss.  franc., 
p.  239,  l'expression  bat  tel  et  pescheret,  nacelle  pour  pécher. 
A  rapprocher  de  pesé  h  ère/,,  oiseau  qui  pèche,  donné  par 
Thomas,  p.   io5. 


—    2l3   — 

pèserê,  wall.,  balance  romaine,  à  Liers  ;  «  balance  américaine 
servant  à  éprouver  la  force  d'un  ressort  »>,  Closskt,  Voc.  de 
l'armurier,  B..  t.  34,  p.  iii5.  C'est  donc  un  instrument  qui,  sans 
ressembler  à  la  balance,  sert  a  peser.  En  liég.  pèse,  Forir,  Hubkrt, 
franc,  peson. 

pèterê,  wallon,  i"  bâton  ferré  pour  frapper  (peter)  sur  la  glace. 
etc.;  svn.  de  piquerê,  (  rGGG,  Il,  2i5.  —  -2°  bâton  garni  d'une 
pointe  de  fer  et  qui  sert  de  canne  aux  paysans,  Body,  Voe.  des 
tonneliers,  etc.,  p.  280.  -  3°  pèterê,  gaumais,  Virton,  Mus: 
putere.  Tintigny,  Liégeois,  Lex.  gaum.,\).  161  :  puterè,  chestro- 
lais,  Neuf  château,  Dasnoy,  p.  3o,  sorbier  des  oiseleurs,  sorbus 
aucuparia  L.  —  M.  Maury,  de  Chiny,  me  dit  qu'on  grille  ce  bois 
pour  en  l'aire  des  manches  d'outils,  et  qu'il  pétille  beaucoup 
à  cette  opération.  De  là  son  nom.  Le  rouchi  &pétriau,  le  cham- 
penois pétreau,  au  sens  de  genévrier,  parce  que  les  branches  de 
genévrier  pétillent  beaucoup  quand  on  les  brûle.  —  4°  pèterê. 
ardennais,  Cherain,  petite  poire,  ce  que  l'on  appelle  aussi  pour 
la  même  raison  craqueté.  —  5"  nom  de  lieu  à  Sprimont  :  «  item 
demy  journal  ou  environ  d'orge  niellé  a  petteray  [=  à  pèterê]  », 
1699.  Œuvres  de  Sprimont,  reg.  4^,  fol.  7  v°  (Connu,  de  M.  Jean 
Lejeune,  de  Jupille).  —  6°  pètrèles,  Genappe,  petites  poires. 
pommes,  pommes  de  terre  (comm.  de  M.  J.   Dew.ert). 

pîcerê,  wall..  traverse  en  bois  qui  porte  les  lames.  Martin 
Lejeune,  \'oe.  de  Uapprêleur  en  draps,  B.,  t.  4°.  écrit  piss'rai 
comme  pise  perche,  et  différemment  de  picège  pinçage.  .J'en 
conclus  qu'il  faut  écrire  pire  perche,  pîcerê  petite  perche.] 

les  piètresses,  lieu  dit  à  Jupille.  Doit  s'écrire  piètrèces  et 
signifie  :  terres  propres  aux  perdrix.  M.  Haust,  qui  me  signale  ce 
mot,  ajoute  :  «  Dans  mes  notes  sur  la  Toponymie  de  Jupille  de 
MM.  Lejeune  et  Jacqueutotte,  j'explique  ce  mot  comme  dérivé 
de  piètri  à  l'aide  du  suffixe  -èsse,  lat.  -ici  a.  Je  crois  maintenant 
que  piètrèces  est  une  simplification  de  piètrerèees.  Comparez 
bè  près  se  ». 

pincheriau,  rouchi,  picard,  Vermesse,  p.  386:  pince  de  paveur, 
ciseau  de  maçon  pour  couper  les  murailles.  Faux  diminutif, 
semble-t-il,  par  substitution  de  suffixe. 

[pinerèsse.  anc.-wall.,  peigneuse.  Privilège  des  drapiers 
d'Ath,  dans  Bormaxs,  Le  bon  métier  des  drapiers,  B..  t.  9,  p.  278, 
v°  peigne.  En  l'absence  du  texte  de  la  charte,  j'avais  cru  bon. 
dans  la  première  édition  de  ce  travail,  d'interpréter  peigneuse 
par  instrument  pour  peigner  la  laine.  M.  J.    Dewert,  d'Ath,  m'a 


—    2l4  — 

envoyé  la  phrase  du  texte,  qui  supprime  toute  équivoque  :  14G1, 
.  Item  el  sour  le  fait  des  pineresses,  garderesses  et  filler esses 
d'icelle  dicte  ville...]. 

piquerê,  wall.,  bâton  pointu,  propre  à  piquer.  Spécialement: 
i°  les  deux  bâtons,  ai'incs  de  pointes  de  1er,  dont  les  enfants  se 
servent  pour  faire  avancer,  leur  traîneau.  (Verviers,  Jupille).  — 
20  aiguillon  pour  piquer  les  bœufs,  Semertier,  Voc.  de  la  bou- 
cherie, I».,  t.  35,  p.  78.  -  3°  pointe  carrée,  pliée  d'équerre, 
-rivant  a  élargir  les  trous,  Jacquemin,  Foc.  du  serrurier,  B., 
t.  16,  p.  207.  -  -  4°  fyoUs  piquerês,  bâtons  feuillus  et  ornés,  de 
processions  et  de  fêtes.  —  5°  piquerê  a  bayonète,  piquerê  a 
maclote,  Lobet,  424-  ~~  Faut-il  comprendre  :  petite  pique?  ou 
bâton  dispose  de  façon  à  piquer  (la  glace,  le  bœuf,  etc.)  ou  à  être 
piqué  (en  terre)?  —  On  trouve  dans  la  Flore  de  Rolland,  I,  p.  54, 
le  mot  piquerau  (-ot?)  en  Anjou  et  Poitou  pour  désigner  le 
ranuiiculiis  arvensis  L.  —  Comparez  piqueret  de  Goi>.,  dont 
l'exemple  est  «  clans  piquerês  »,  clous,  non  pointus  comme 
traduit  God.,  mais  destinés  à  piquer. 

planerê,  wall.,  sîtèlle  d'Europe,  syn.  grimpereau  bleu,  pic 
bleu;  nanmrois  plaueria  (?),  d'après  Defrecheux. 

[piastre,  wallon,  pâtée,  Gggg.  II,  233.  ("est  un  diminutif  dont 
la  traduction  par  pâtée  ne  rend  pas  tout  le  pittoresque.  D'abord 
plâstrer  et  plàsse  sont  dits  comiquement  de  la  nourriture.  Un 
piastre  est  un  bon  petit  papin  qu'on  se  colle  dans  l'estomac!] 

platrèce,  Pirsoul,  II,  149,  outil  pour  étendre  le  plâtre. 
Le  mot  doit  être  emprunté;  sinon,  il  aurait  la  forme  plausterèce. 
Au  reste,  cette  forme  empruntée  (au  rouclii?)  doit  être  elle-même 
pour  plâtrerèce,  par  superposition  des  deux  re. 

plazeré,  gaumais  :  Buzenol,  Sainte-Marie,  i°  petite  place  en 
général,  petit  terrain  bien  plat  :  v'ia  in  vilatje  qu'est  bâti  su  in 
bé  plazeré.  2°  pelouse  devant  la  maison  pour  y  étendre  le  linge  au 
soleil  (mêle  a  la  rive).  3°  clairière.  Le  mot  a  mieux  conservé  que 
le  primitif  place,  lat.  platea,  le  sens  de  terrain  plat.  Mais 
est -il  un  diminutif,  comme  le  sens  1  semble  l'indiquer,  ou  un 
1  ocu  s  ]>  1  a  tear  i  ci  us? 

plènerèce,  wallon,  outil  de  tourneur  servant  à  planer  les 
cylindres  de  laminoirs,  planeuse.  Jean  Lejeune,  Foc.  du  fabri- 
cant de  fonte,  fer  et  acier,  dans  B.,  t.  43,  p,  209. 

plonkerê.  wall.,  syn.  plonkèt,  plonkeû,  pionkerou,  grèbe  casta- 
gneux,  Podiceps  (Juviatilis  minor  Gm.,  plongeon  de  rivière. 
Diminutif  signifiant  petit  plongeur?] 


—    2  in    — 

pokerê,  wallon,  orgelet  :  selon  Hubert,  Diet..  «  poireau  », 
e'est-à-dire  verrue,  Gggg.,  II,  242.  Le  sens  premier  doit  être  : 
bouton  ressemblant  aux  pokes  ou  pustules  de  la  petite  vérole. 
Xi  l'orgelet  ui  la  verrue  ne  sont  plus  petits  que  les  pokes  de  façon 
à  justifier  un  diminutif. 

Porcheresse.  commune  de  la  prov.  de  Luxembourg,  arrondisse- 
ment <le  Neufchâteau,  Porcaritias  en  902,  puis  Porcereclie 
dans  les  actes  romans:  commune  de  la  prov  de  Naniur,  arrond. 
de  Dinant.  11  faudrait  écrire  Porclierèce,  de  porcaricia, 
car  il  lie  s'agit  pas  ici  de  pwatcherèsse,  gardeuse  de  porcs,  mais 
d'Une  place  pour  les  pores,  soit  comme  étable,  soit  pour  la 
glandée.  Connue  ce  nom  appartient  à  une  quinzaine  de  lieux  dits 
et  communes  de  France,  d'après  le  relevé  de  M.  Thomas,  p.  92,  je 
pense  qu'il  s'agit  plutôt  d'un  endroit  coutumier  où  le  porcher 
d'un  village  menait  jadis  son  troupeau  de  pores  (sanre)  à  la 
glandée. 

pordjèterèce,  wall.,  truelle  destinée  â  gobeter  ou  rejointoyer 
(porfyèter,  litt1  pro-jeter),  Pirsodl,  II,  167.  Rifyèterèce  a  le  même 
sens.  Lobet,  449<  définit  ainsi  :  petite  truelle  qui  n'est  mise  en 
usage  par  le  plafonneur  que  pour  les  ornements  en  relief,  |par]  le 
maçon  [que  pour  crépir.  De  plus,  il  appelle  porfyètèdfe  un  crépi 
laissant  les  pierres  ou  briques  apparentes  et  ne  couvrant  que  les 
joints. 

poterèce,  rouchi.  Vermesse,  Dict.  du  patois  de  la  Flandre 
française  ou  wallonne,  p.  4°4-  fournit  l'article  :  «Potresse, 
potasse,  terre  à  poterie».  La  première  de  ces  formes,  dont  la 
seconde  n'est  qu'une  déformation,  signifie  évidemment,  dans  le 
sens  adjectival,  propre  à  faire  des  pots;  terre  est  sous-entendu. 

purerèce,  wallon,  dans  banse  purerèce,  manne  ou  panier  d'osier 
destiné  à  laisser  égoutter  les  écorces  qu'on  retire  des  bassements 
ou  coûvelâs.  Bormans,  Le  bon  métier  des  tanneurs,  v  purresse, 
p   382,  365,  870. 

pwèterê.  wallon.  i°  bâton  destiné  à  porter  deux  seaux  sur 
l'épaule,  palanche,  Gggg.,  II,  241,  v°  poirter  ;  Body,  Voc.  des 
tonneliers,  etc.,  B.,  t.  10,  p.  284,  syu.  coiibe.  20 pwèterê  d!  l'anseû, 
traversier,  bâton  pour  porter  les  cordes  dans  un  métier  de  tisse- 
rand. 3°  pwèterê  d'  mèstî,  i°  bâton  porte-lames,  destiné  â  hausser 
et  baisser  alternativement  les  lames  du  métier;  2*'  cassin,  châssis 
situé  au-dessus  du  métier  â  tisser,  destiné  à  porter  les  poulies. 
D'après  Bormans.  Le  bon  métier  des  drapiers...,  dans  B.,  t.  9, 
p.    281.    —   4°  au  plur.,   deux  bâtons  croisés  derrière  la   nuque, 


—    2l6    — 

(lesi  inés  ;i  porter  un  panier  on  quelque  autre  fardeau  sur  le  dos.  — 
5"  deux  perches  parallèles  portées  horizontalement  par  deux  per- 
sonnes, destinées  à  transporter  connue  sur  un  brancard,  du 
foin,  etc.,  S.  Kandaxiik,  BD  1907,  p.  io5.  —  Le  thème  est  verbal. 
Un  diminutif  en  -ellum  n'aurait  aucune  raison  d'être. 

qwârerèce,  wallon,  dans  hèpe  qwârerèce,  hache  destinée  à 
qwârer  (équarrir),  A.  Body,  Voc.  des  charrons,  etc.,  dans  B.,  t.  8, 

p.  93- 

rac'têrèce,  wallon  nain  mois,  Pirsoul,  II,  i85  :  «  chaîne  que 
Ton  attache  au  timon  d'un  chariot  ».  Le  sens  générique  est  : 
chaîne  destinée  à  retenir;  je  n'ai  pu  préciser  la  définition  insuffi- 
sante de  Pirsoul. 

rafilerèce,  wallon,  pierre  de  rémouleur,  pour  affiler  les  tran- 
chants, Body,  Voc.  des  charrons,  etc.,  B.,  t.  8,  p.  m,  et  Voc.  des 
tonneliers,  etc.,  B.,  t.  10,  p.  287. 

recevrèce.  nom  d'un  édicule  du  xve  siècle  bâti  à  côté  de  la 
remarquable  église  gothique  d'Avioth,  près  de  Montmédy.  Cette 
chapelle  détachée  servait  à  recevoir  les  offrandes  apportées 
par  les  paroisses  voisines  le  jour  de  la  décollation  de  saint  Jean- 
Baptiste.  LTn  fac-similé  de  ce  curieux  monument  se  trouve  au 
musée  rétrospectif  du  Trocadéro.  Viollet-le-Duc  .lui  a  consacré 
une  monographie  dans  son  dictionnaire  d'architecture.  Une  étude 
complète  sur  l'église  d'Avioth  a  paru  dans  le  Bulletin  de  l'Institut 
archéologique  aVArlon.  Enfin  Jean  d'Ardenne  la  décrit  dans  son 
guide  du  touriste  Y Ardenne,  t.  I,  p.  278-276,  édition  de  igo3. 

rejoindrèce,  montois,  varlope,  long-  rabot,  Delmôtte,  Essai 
d'un  gloss.  wall.,  p.  58g. 

rèperèce,  wallon,  sarcloir,  nom  que  prend  la  bouterèce  à 
Lineent  lez-Hannut.  Dérivé  de  rèper,  franc,  riper,  gratter. 

ricèperèce,  wallon;  ruciperèce,  gaumais,  Liégeois,  Compl., 
p.  n5;  grande  scie  pour  ricèper,  c'est-à-dire  pour  scier  transver- 
salement un  tronc  d'arbre,  Gggg.,  II,  3i4-  S'appelle  aussi  fier 
a  r'ccpc,  ricèpe,  ricèpeù.  côperèce,  Pirsoul,  II,  207  :  Body,  Voc.  des 
(haïrons,  etc.,  B..  t.  8,  p.  119. 

ricranerèce,  wallon,  espèce  de  scie  destinée  à  ricraner,  c'est- 
à-dire  à  scier  suivant  une  ligne  courbe.  Elle  sert  surtout  dans  la 
préparation  des  bois  de  fusil,  GGGG.,  II,  3()2  ;  THOMAS,  107  et  109. 
—  Cf.  crèneri ■ce. 

ridjèterèce.  wallon,  petite  truelle  pour  rifyèter  (récrépir), 
Gggg.,    IL  307,  d'après  Lobet,  489*  qui  ajoute  :  truelle  qui  n'est 


-    2I7    — 

mise  en  usage  que  pour  de  menus  ouvrages  de  maçons,  de  pla- 
fonneurs.  Cf.  porfyèterèce. 

rifenderèce,  liég.,  dans  sôye  rifinderèce,  Mathelot,  ]'<>e.  de 
l'artisan  maçon,  B.,  t.  n,  p.  124;  re/endrèce,  rouchi,  a  scie  à 
scier  de  long  »  :  Delmotte,  Essai  d'un  gloss.  wallon  (montois), 
p.  58;. 

rilîverèce,  liég.,  verv.;  reléverèce,  rouchi,  garde  de  couches, 
Gggg.,  II,  3og.  —  Cf.  lèverez. 

riparerèce,  wallon  namurois,  outil  pour  recrépir,  riparer, 
Gggg.  II,  3 12  ;  Pirsoul,  II,  220;  Thomas,  109.  Gggg.  a  en  outre 
un  article  réparerèce,  namurois,  à  qui  il  donne,  comme  premier 
sens,  le  sens  précédent,  comme  second  sens  :  partie  de  la  machine 
appelée  brôye,  qui  sert  à  élever  les  bois,  La  brôye  est  un 
élévateur  à  levier.  Que  faut-il  penser  de  ces  deux  formes?  Le 
Namurois  Pirsoul,  faisant  un  dictionnaire  namurois,  s'est  contenté, 
comme  il  lui  arrive  souvent,  d'enregistrer  les  notes  du  Liégeois 
Grandgagnage  sous  le  titre  ripar'resse. 

ripasserèce,  wallon,  carde  1res  fine  pour  «  repasser»  la  laine 
déjà  cardée,  Bormans,  Gloss.  du  métier  des  drapiers,  B.,  t.  9, 
p.   283. 

sabouré,  picard,  Vermesse,  453;  sable  grossier,  sable  à  écurer. 
Je  conjecture  sablerez  avec  le  sens  de  :  gravier  ressemblant  à 
du  sable. 

[samerèsse,  wallon  liég.,  cigale  à  l'écume  (saine),  sauterelle 
enveloppée  d'une  sorte  d'écume,  Gggg.,  II,  338.  Sans  doute  il 
faut  ici  comprendre  que  cette  cigale  fabrique  son  écume,  elle  fait 
l'action  :  le  mot  est  en  -erèsse.] 

1.  sèmerèce,  (aussi  sèm-,  sinm-),  pierre  à  aiguiser.  Gggg.. 
II,  355,  v'sème;  Thomas,  p.  no. 

2.  sèmerèce,  wallon,  dans  banse  sèmerèce,  manne  destinée  à 
recevoir  les  graines  à  semer,  plus  simplement  manne  ou  panier 
pour  semer.  Body.  Vocab.  des  tonneliers,  etc.,  B.,  t.  10,  p.  294, 
l'appelle  aussi  sèmeu  panier  en  paille  à  forme  évasée  et  anse). 
Je  ne  doute  pas,  cependant,  que  sèmerèce  ne  soit  formé  avec  le 
suffixe  -aricius  :  les  mots  en  -erèsse  ne  restent  pas  accompa- 
gnés de  leur  substantif. 

septembreche,  adj.,  Godefroy,  forme  picarde.  (Notre  Dame) 
de  septembre.  C'est  la  fête  de  la  Nativité  de  S.-D..  qui  se  célèbre 
le  8  septembre. 

sîzerèsse,  sîzènerèsse,  sîzerète,  wall.,  var.  sîzeû,  sizète,  col- 
chique d'automne.  Fleur  relative  aux  sizes,  lougues  soirées  d'au- 


—    2l8    - 

fcomne,  c'ést-à-dire  apparaissanl  avec  elles?  ou  fleur  veillons»1. 
comme  l'indiquerait  son  nom  wallon  de  sizeû;.  veilleur,  e1  son 
nom  français  de  veilleuse? 

i.  soperèce,  wallon.  Dasnoy,  p.  85,  écrit  sous-presse  (!)  et 
définit  «  lisoir,  pièce  de  bois  qui  recouvre  l'essieu  de  derrière  et 
dans  laquelle  sont  implantés  les  moulons  (bras)  ».  Bokmans,  Voc. 
des  houilleurs  lié  g  ,  p.  239,  écrit  :  «  sopressex  s.  f.,  (hors  d'usage), 
pièce  de  bois  taisant  partie  d'un  herna  a  fy'vâ,  dans  laquelle  est 
fixée  la  pêlète  ou  le  bousson  jpivotj  de  l'arbre  qui  tourne  ». 
Enfin  G<;<;<;.,  II.  ,'>7:ï,  donne  le  mot  comme  usité  en  Condroz  avec 
cette  définition  :  «  partie  d'un  chariot,  pièce  de  bois  transversale 
sur  laquelle  repose  et  pivote  le  hamè  ».  Body,  Voc.  des  agric, 
B.,  t.  20,  p.  181,  reprend  le  mot  comme  existant  en  Ardenne  et 
reproduit  la  définition  de  Gggg. 

-2.  soperèce,  namurois,  ardennais.  Le  sens  de  levain  que 
donne  Gggg.  est  erroné;  celui  que  donne  Pirsoul  :  «  action  de 
préparer  la  pâte  pour  faire  le  pain,  puis  de  la  laisser  [action  de 
laisser!)  lever  »  ne  convient  pas  à  un  substantif.  On  dit  fé 
soperèce,  préparer  la  pâte,  à  Namur,  à  Sprimont  :  c'est  une  défor- 
mation de  fé  s'  soperèce,  car  à  Laroche  on  dit  tji  m'  va  fé 
m'  soperèce.  La  soperèce  n'est  pas  la  levure,  ni  le  levain;  c'est  la 
première  pâte  résultant  du  levain  dilué  dans  de  l'eau  tiède  avec 
un  peu  de  farine.  On  laisse  lever  cette  base  de  la  pâte  avant  de 
la  mêler  à  la  masse  de  farine  à  pétrir. 

sotcherî,  Montbéliard,  Contejean,  la  sarriette,  =  sécherez, 
herbe  pour  sécher  (sotchi). 

[spiterê,  wall.,  saumoneau  à  l'âge  de  spiter,  propre  â  spiter. 
Ce  verbe,  qui  signifie  au  sens  propre  éclabousser,  jaillir,  est 
pris  ici,  comme  dans  l'adjectif  spitant,  au  sens  de  faire  des  mou- 
vements vifs,  des  sauts  et  des  bonds.  —  Gggg  ,  II,  388.] 

spouseroû,  anneau  de  mariage,  Faymonville,  dans  J.  Bastin, 
\'oc.  de  Faym  ,  p.  59.  Nous  avons  affaire  à  un  *espouserez, 
destiné  à  épouser,  qui.  à  l'époque  de  la  désorganisation  de  -erez 
est  devenu  sposereul-  en  français,  spouseroû  en  Wallonie  prus- 
sienne. On  trouvera  peut-être  ailleurs  sposeré.  sposerè  mieux 
conservé. 

stèssinerèce,  wall.,  cuiller  pour  èstèssiner  (arroser  un  rôti  à  la 
broche  ,  Gggg.,  II,  099.  De  èstèssiner  ou  tèssiner,  que  Gggg.,  I, 
196,  donne  sans  étymologie. 

[tastrê,   wall.   de   Malmedy.    Yillers.  Extraits  de  Gggg.   dans 


—  219  - 

B.,  t.  6,  p.    87,  donne  «  tastrai,  solive,  soliveau  ».  C'est  un  dimi- 
nutif de  tastre,  poutre,  dont  Goi>.  donne  deux  exemples.] 

tchak'terèce,  wall.;  i°  pierre  plate  servant  à  une  espèce  de 
jeu  de  billes.  Djouwer  al  tchak'terèce,  c'est  jouer  à  retourner,  avec 
une  bille  qu'où  laisse  tomber  d'une  certaine  hauteur,  des  pièces 
de  monnaie  mises  à  plat  sur  une  pierre.  Littéralement  :  pierre 
propre  à  tchak'ter.  Le  verbe  signifie  produire  des  bruits,  des 
tchak,  en  heurtant  la  pièce  avec  la  bille.  Voy.  Delaite,  Glossaire 
des  jeux  wallons  de  Liège,  dans  B..  t.  27,  p.  142.  —  20  filet  pour 
pécher  au  choc  pour  tchak'ter,  A.  Jacquemin,  Voc.  du  pécheur, 
B.,  t.  29,  p  253.  Le  sens  donné  dans  BD  1909,  p.  28,  s'éloigne 
beaucoup  de  celui-là  :  pèchi  al  tchak'terèce  signifierait,  à  Andenne, 
pêcher  avec  un  poisson  d'étain  ou  de  plomb  comme  amorce.  On 
agite  ce  faux  poisson,  qui  tchik'tèye,  c'est-à-dire  qui  avance  par 
tchikèts,  par  courtes  étapes.  Ce  rapprochement  de  mots  rend 
louche  la  définition  elle-même.  -  3°  Au  contraire,  tchak'terèsse, 
grive  qui  t'ait  tchak-tchak,  semble  bien  être  d'un  adjectif  en 
-eresse. 

tchanteryè,  gaumais  de  Virton;  tchanteré,  gaumais  du  nord; 
tchanterè,  chestrolais  :  i°  grillon,  Maus.  Dict.  (manuscrit)  ; 
Liégeois,  Lexique  g-aum.,  p.  ni;  Dasnoy,  p.  275.  20  tchanterè 
dès  bruyères,  alouette  pipi,  Dasnoy,  p.  372.  —  Est-ce  un  vrai 
diminutif  de  chanteur,  ou  un  faux  diminutif,  produit  par 
méprise  de  suffixe,  comme  doit  l'être  l'anc. -franc,  chanterel, 
livre  d'église,  qui  n'est  ni  un  petit  chanteur,  ni  un  chanteur, 
mais  un  livre  chanterez-  '(  Le  président  de  Brosses  dit  encore 
adjectivement  des  alouettes  chanterelles  (voy.  Dict.  gén., 
sub  v°). 

[tchapitre  gaumais,  salle  en  avant  de  la  tour  à  l'église  parois- 
siale de  Jamoigne  (Luxembourg  méridional).  Comm.  manuscrite 
de  M.  L.  Roger.  Il  existe  un  chapitre  au  en  dialecte  normand 
(cf.  Goi).,  v°  c  ha  pi  tel)  qui  signifie  auvent,  porche  d'église.] 

tchèdjerèçe,  wallon,  «  fourche  à  manche  long,  plus  gros,  à 
dents  plus  larges  que  la  fotche  d'awous'  ».  BI)  1907,  p.  37.  Elle 
est  à  deux  dents  et  sert  à  enfourcher  et  à  charger  le  foin. 

tinderê,  wall.,  défini  par  Bormans,  Voc.  des  bouilleurs  liégeois, 
B.,  t.  VI,  2e  partie,  1862  :  «  pièce  de  bois  que  l'on  chasse  entre 
deux  autres  pour  maintenir  celles-ci  en  place.  De  fini  (tenir)  ». 
Je  crois  plutôt  que  ce  mot  vient  de  tinde  (tendre),  car  le  d  ne 
s'explique  point  par  le  verbe  Uni  ou  tinre,  et  qu'il  faut  y  voir 
une  simplification  d'un  tindreré,  pièce  pour  tendre. 


—    220    — 

tonderèce,  wall.  de  Clermont-Thiniister,  dans  hèpe  tôderèce, 
serpe  destinée  à  tondre  les  liaies,  c.-à-d.  à  couper  les  grandes 
branches  qui  dépassent,  la  cognée  étant  réservée  pour  les  tiges 
el  les  arbres,  s.  Randaxiie,  dans  BD  1907,  p.  19. 

toûnerèce,  wallon,  dans  pire  toùnerèce,  meule  de  moulin,  meule 
a  aiguiser  ;  proprement  :  pierre  taillée  et  disposée  de  façon  à 
tourner. 

truicerèce,  anc. -franc.,  dans  <<  plaie  truieeresse  »;  adj.  que 
GrODEFROY  traduit  par  perforante  Le  thème  est  un  dérivé 
de  *traucum,   trou.  Le  sens  est  :  propre  ou   destiné  à  perforer. 

Vacherèce,  1.  d.  du  Luxembourg  méridional:  voy.  Faverèce. 

|vanterê,  wallon,  vantard,  Gggg.,  Il,  4^°-  Groi).  a  un  ex.  où 
ventereaulx  rime  avec  trompereaulx  :  ee  sont  des  dimi- 
nutifs de  trompeur  et  v auteur.] 

«  vantresse  »,  anc.-frane.,  Goi>.;  eensive  de  vingt  deniers  pour 
livre.  Le  mot  est  tiré  des  Archives  du  Loiret.  Il  s'agit  d'une 
eensive  vinterèce,  à  vingt  deniers. 

venteresse,  ane.  wallon.  Mon  ami  Lin.  Fairon,  des  Archives  de 
Liège,  me  communique  ee  mot  avec  le  texte  suivant  :  Pacquea  le 
meunier  cède  à  Pirotte  le  Rossea  et  Gabriel  Delbrouek  la  ((  thour 
délie  follerie  »  à  Sauheid  et  une  place  alentour...  «  pour  y  faire  par 
les  dits  prendeurs  ung  fornea  pour  fondre  le  fer  on  aultrement 
en  uzer  à  leur  volunté,  ensemble  eulx  aissesier  (s'a/ies.sz)  derivaige 
joindant  à  l'eawe,  ossy  avant  que  ledit  Paequea,  pour  charger  et 
desehargier  densrées  et  marchandises  au  deseur  des  venteresses 
et  uzine...  ».  Document  sur  parchemin  émané  des  Lehevins  de 
Liège,  de  l'an  i56*2.  Le  mot  est  évidemment  de  même  racine  que 
ventail,  w.  uinta.  Le  texte  montre  qu'il  s'agit  d'une  digue  ou 
vanne  munie  d'un  ventail  pour  mesurer  l'écoulement  de  l'eau. 

?  vèterê,  wall.  ardennais  de  Marche,  loggia.  Comm.  manus- 
crite de  M.  Louis  Bragard,  qui  écrit  uetetrai.  .Je  conjecture  un 
*  vertariei  us.  destiné  à  tourner.  Comparez  à  vèrtîre,  porte  de 
fenil  (pii  peut  faire  un  demi-tour  complet,  le  gond  étant  à  l'exté- 
rieur (Manhay,  comm.  de  M.  A.  Gilkinet).  S'agit-il  bien  d'une 
loggia,  chose  toute  moderne  en  notre  pays,  ou  d'une  vitrine 
mobile  V 

voiturais,  ane. -franc.,  dans  "  porte  voituraise  »  donné  par 
Godefroy;  destiné  aux  voitures.  Semble  bien  être  un  voiturerèce 
méconnu. 

^wauferê,  gauferais  en  ane.  rouehi  de  Tournai,  (fer)  qui  sert 
a   faire  des    gaufres.   Sept  ex.  de  Godefroy,  v"  waufret,  sont 


—    221 


de  la  région  tournaisienne.  Il  y  a  donc  un  waufcrè  à  rechercher 
dans  cette  région  de  la  Belgique  romane.  Voyez  fererez,  même 
signification.  Cf.  Thomas,  p.  69. 


3    JLe  préfixe  be- 

Le  préfixe  latin  bis-  (deux  fois)  a  passé  en  roman  sous  les 
formes  bes-,  ber-,  bar-.  Actuellement  il  est  représenté  en  français 
par  bes-,  ber-,  bre-.  be-,  &';  par  bis-  dans  des  mots  de  création 
savante  on  en  vertu  d'une  réaction  étymologique.  Presque  toutes 
ces  formes  se  retrouvent  en  wallon,  par  exemple  dans  bublou, 
hafyowe,  balancî  et  birlanci,  birlance,  barlafe,  barloque  et  bir- 
loqiié,barloquer ;  bèrôler,  bèroter,  bertauder,  berwète,  berlanguer, 
bèsèce,  bisègue,  birouler,  birlôzer,  birouche.  Aussi  ce  n'est  pas 
sur  la  question  phonétique,  cette  fois,  que  nous  voudrions  attirer 
l'attention,  c'est  sur  la  façon  dont  l'évolution  de  sens  a  été 
présentée. 

Grandgagnage,  a  la  suite  de  Die/.  (l),  pose  à  la  base  la  signifi- 
cation de  de  travers,  en  biais.  Darmesteter,  dans  le  Traité  qui 
accompagne  le  Dict.  gén.  (2),  s'exprime  ainsi  :  «  L'idée  de  dualité 
amenant  à  celle  de  séparation,  de  déchirement  et,  par  suite, 
à  celle  de  peine  et  de  mal,  bis-  a  une  valeur  péjorative  dans...  ». 
L'évolution  de  sens,  en  cas  d'aboutissement  à  une  valeur  péjo- 
rative, serait  donc  :  i°  dualité,  20  séparation  et  déchirement, 
3°  peine  et  mal,  4°  mauvais  état. 

Nous  ne  croyons  ni  à  l'idée  première  d'obliquité  de  Diez,  ni  à 
l'idée  de  séparation  et  de  peine  de  Darmesteter. 

Le  sens  péjoratif,  à  notre  avis,  est  amené  beaucoup  plus  facile- 
ment. Il  provient  de  mots  comme  bévue,  berlue,  barlong-.  Ce  qui 
est  double,  quand  il  doit  être  simple,  est  mauvais.  Ainsi  la  pre- 
mière qualité  d'une  bonne  vue  est  l'unité  de  vision  :  celui  qui 
voit  deux  tableaux,  deux  images  dont  les  traits  ne  se  superposent 
pas  à  cause  de  l'asymétrie  de  ses  yeux,  celui-là  est  afflig'é  d'une 
espèce  particulière  de  mauvaise  vue,  qu'on  ne  pouvait  mieux 
dénommer  que  bes-vue,  ber-lue.  Un  manteau  qui  est  de  deux 
longueurs  différentes,  plus  long  d'un  côté  que  de   l'autre,   n'est 


(1)  Diez,  Gramm.,  II,  p.  4o3  et  Dict.  étym.,  s0  bis.  —  GGGG,  Dict.  étym.. 
y"  barlafe.  barloker. 

(2)  P.  82,  auS  196.  n°  5. 


—    222    — 

guère  «'on  forme  à  L'esthétique  du  vêtement,  et  c'est  ainsi  que  le 
français  bar-long  devienl  attributif  péjoratif  quand  il  s'agit  d'un 
manteau. 

Le  sens  péjoratif  ne  se  produit  que  dans  les  cas  où  la  dualité 
signifiée  par  le  préfixe  est  mauvaise.  Dans  les  autres  cas,  be  et  ses 
variantes  peuvent  avoir  un  sens  fréquentatif  :  bèrôler,  bèroter, 
birouler  (bis-rotulare)  ;  ou  marquer  un  mouvement  de  droit»;  à 
gauche  et  de  gauche  à  droite  :  balance,  balancer,  balanci,  bir- 
lance,  birlancer.  Mais,  si  ce  qui  balance  ne  doit  pas  balancer,  ou 
le  fait  sottement  et  avec  ostentation,  de  nouveau  l'idée  péjorative 
apparaît,  birloque,  bêrloqne,  barloquer,  bien  qu'elle  ne  soit  pas 
inhérente  au  sens  du  suffixe. 


4    L,e  prétendu  préfixe  péjoratif  ca-  en  français 
et  en    wallon. 

Dans  son  ouvrage  sur  les  Mots  composés,  p.  112,  Darmesteter 
disait  :  «  La  particule  ca-  doit  être  d'origine  germanique  ou 
Scandinave,  ou,  ce  qui  est  moins  vraisemblable,  basque  ».  Il  a 
renoncé  à  cette  opinion  romantique  dans  le  Dictionnaire  général 
et  dans  son  Cours  de  grammaire  historique,  III,  p.  29.  En 
effet  le  Traité  de  la  formation  de  la  langue  française,  qui  sert 
d'atrium  au  Dictionnaire  général  de  Hatzfeld-  Darmesteter- 
Thomas,  dit  au  ^  196,  6,  p.  82,  que  ca-,  cal-,  cali-,  coli-,  chari- 
sont  différentes  formes  d'un  suffixe  d'origine  obscure  et  propres 
au  français  et  au  provençal  ;  que  ce  suffixe  a  en  général  une 
valeur  péjorative.  On  y  cite  cabosser,  calembour,  calembredaine, 
califourchon,  camouflet,  charivari,  colimaçon.  Dans  les  Mots 
composés,  il  citait  en  outre  calorgne,  caborgne,  caliborgne, 
caloure,  calouche.  Enfin  le  Cours  de  grammaire  historique  con- 
sacre à  ca-  un  paragraphe  qui  contient  sans  doute  l'opinion 
dernière  de  Darmesteter  et  qui  mérite  d'être  cité  en  entier  : 

((.  Cal,  particule  d'origine  inconnue  qui  se  présente  encore  sous 
les  formes  cal.  car,  chai,  char,  gai,  gar,  —  cali,  gali,  chali,  chari, 
—  ca,  ga,  cha. 

«  Elle  a  une  valeur  péjorative  et  forme  un  certain  nombre  de 
composés  d'un  caractère  populaire  d'après  le  type  20  a  (')  : 
califourchon    ;     calorgne    (caborgne,     caliborgne,    caliborgnon. 


Lequel   est   décrit   S  mji    :    «  La  particule   est   adverbe  et   produit   un 
juxtaposé  :  bienheureux .  déloyal,  mésaventure,  non-sens  ». 


—    223    — 

caloure,  calouche  «  louche,  myope  »)  ;  ralimande  (espèce  de 
limande);  colimaçon  (anc.  calimaçon);  cabosser  (=  déformer  en 
bossoyant);  charivari  (vari  signifie  ((tumulte»);  calembredaine 
(dans  certains  dialectes  calembour  daine,  où  bourdaine  est  un 
dérivé  de  bourde);  calembour  masculin  du  précédent  ;  galimatias 
(forme  corrompue  de  l'ancien  mot  galimafrêe  «  ramassis  de 
viande,  plat  grotesque  »,  dont  elle  a  le  sens  figuré  «  ramassis  de 
sottises,  discours  incohérent  »),  etc.  » 

L'auteur  donc  ne  part  point  de  ca-,  mais  de  cal-;  il  se  contente 
de  noter  le  sens  péjoratif,  comme  Diez  et  Littré  l'avaient  noté, 
sans  pouvoir  dire  s'il  est  primitif  ou  s'il  s'est  développé  postérieu- 
rement; non  seulement  il  supprime  les  conjectures  étymologiques, 
niais  il  va  jusqu'à  l'affirmation  que  ce  préfixe  est  propre  au 
français  et  au  provençal.  Bref,  l'article  est  rédigé  avec  une 
extrême  prudence.  En  faisant  table  rase  de  toutes  ses  conjectures 
antérieures,  l'auteur  montrait  qu'il  n'avait  plus  confiance  en  elles, 
mais  aucune  conjecture  nouvelle,  aucun  essai  de  démonstration 
n'est  venu  les  remplacer. 

Nous  voudrions  nous  servir  des  dialectes  du  Nord,  du  picard  et 
du  wallon,  pour  tenter  de  résoudre  ce  mystérieux  préfixe,  le  seul 
de  la  langue  courante  que  les  romanistes  n'aient  pas  réussi  à 
élucider. 

Mais  par  où  commencer  l'étude  d'un  préfixe  qui  se  présente 
sous  des  formes  aussi  variées  qu'énigmatiques?  Sait-on  môme  s'il 
y  a  là  un  préfixe  ou  plusieurs?  Les  philologues  ont  tiré  sans 
doute  le  sentiment  de  cette  unité  de  doublets  comme  caborgne, 
ealiborgne,  mais  cette  unité  reste  a  prouver  sérieusement.  D'ail- 
leurs, qu'on  ait  affaire  a  un  préfixe  unique  en  plusieurs  formes 
ou  à  plusieurs  préfixes  indépendants,  il  n'y  a  pas  de  différence 
au  point  de  vue  de  la  méthode  :  il  faut  instituer  les  mêmes  compa- 
raisons. Etudier  ca-  isolément  serait  se  condamner  d'avance  à  ne 
pas  aboutir.  Il  faut,  sur  des  listes  copieuses,  observer  les  mots  a 
variantes,  les  comparer,  tenter  la  résolution  des  formes  dissylla- 
biques du  préfixe  avant  d'arriver  à  ca-  lui-même;  car  il  y  a  plus 
de  chance  de  découvrir  quelque  chose  si  on  s'attaque  aux  formes 
les  plus  complètes.  Même  parmi  ces  mots  en  eali-,  coli-,  chari-, 
cal-,  etc.,  il  y  a  encore  une  sélection  à  faire:  il  sera  bon  de  choisir 
ceux  dont  le  second  terme  est  reconnaissable,  afin  d'opérer  sur 
une  inconnue  au  lieu  de  deux. 

Ces  listes  préalables,  nous  ne  les  consignons  pas  ici,  pour  éviter 
des  répétitions.  Elles  trouveront  place  ailleurs  et  sous  forme  de 


—   224   — 

lexique  :  nous  ne  mettons  ici  que  ce  qui  est  strictement  nécessaire 
à  la  démonstration. 

Notre  premier  effort  doit  donc  consister  à  prouver  l'équivalence 
on  l'identité  de  toutes  les  variantes  données  du  préfixe.  On  y 
arrivera  en  comparant  des  variantes  dialectales  qui  soient  mani- 
festement de  même  racine  et  de  même  sens.  Ainsi  :  i°  le  wallon 
dfoli,  bigarré,  vair,  tacheté,  bariolé,  de  couleur  pie,  nous  fournit 
à  l'évidence  la  racine  de  catyolé  (usité  à  Chiny),  de  carfyolé 
(Virton),  de  crafyolcye,  (vache)  bigarrée  noire  et  blanche.  Voilà 
doue  car-,  cra-  et  ca-  attachés  à  la  même  racine  sans  différence 
appréciable  de  sens.  Résistons  au  désir  d'attribuer  cette  variété  a 
une  intrusion,  compliquée  de  métathèse,  de  r.  Attendons  plutôt  les 
suggestions  de  nouveaux  exemples. 

2°  En  face  de  fougni,  fouir  et  fougnis ',  fouillis  que  le  sanglier 
ou  le  porc  font  en  fouissant,  il  existe  des  composés  cafougm, 
liég.,  nain.,  cafougner,  ard.,  chiffonner,  crafougner,  racrafou- 
gner  et  racrafougneter,  ard.,  même  signification.  Cet  ensemble 
de  formes  nous  permet  d'isoler  et  de  considérer  comme  pratique- 
ment synonymes  les  préfixes  ca-,  cra-  et  même  racra-. 

3°  On  retrouve  la  même  alternance  de  préfixes  dans  le  gaumais 
carabossi,  bossuer  (Virton,  Maus),  à  côté  de  l'adjectif  cabossi 
(Virton),  bossue,  et  du  substantif  crabosse,  variante  carabosse, 
état  d'être  courbé,  travail  qui  exige  cette  disposition  du  corps.  En 
français,  Carabosse  est  le  nom  d'une  vieille  fée  méchante  et 
contrefaite. 

4U  L'escargot,  qui  est  appelé  à  Liège  caracole,  est  à  Chiny 
nommé  carcole,  à  Nivelles  caricole,  en  picard  carcaillou,  en 
berrichon  carcalou. 

5°  Au  français  caramboler  correspond  en  wallon  verviétois 
caraboler  (Lobet);  et,  d'autre  part,  j'ai  entendu  à  Dison  (lez 
Verviers)  l'expression  lu  caribolètye  dès  navètes,  le  jeu,  le  va-et- 
vient,  le  virement  des  navettes. 

6°  L'équivalence  de  cari-  et  tara-  est  fournie  par  les  formes 
herviennes  caribôdias  et  caraboutchas  (épaississement  d'une 
variante  caraboudias),  par  carimatyôyes  et  earamatjoyes  que 
M.  Haust  a  étudiées  (dans  les  Mélanges  Kurth,  II,  p.  3i6). 

7°  Mais  la  plus  belle  série,  au  point  de  vue  de  la  variété  des 
formes  est  celle  de  carmoussi,  fureter  (liég.,  verv.,)  qui  nous 
fournit  :  a)  le  simple  ca-  dans  le  rouchi  cainousseaii,  le  gaumais 
camussète,  le  picard  eamuche,  le  verviétois  camoiisscr,  le  namu- 
rois    camoussi,    eamoussafye  ;  b)    la    forme    car-    dans    le   wallon 


—     223 


carmousser  ou  carmoussî,  carmoùsse,  carmoussètye,  carmoussète, 
Le  picard  carmuchote;  c)  la  l'orme  ra/-  dans  le  wallon  calmousser 
ou  calmoussi,  calmousse,  calmoussète,  calmoussète,  calmousse- 
rèye,  le  chestrolais  se  calmusser  ;  d)  cas-  dans  casmoussî  que 
donne  Grandgagnage,  i,  98,  casmoussèfye,  que  donnent  Grand- 
gagnage, ibid.,  et  le  journal  liégeois  te  Mestré,  n°  49,  p.  2;  e)  enfin, 
exceptionnellement,  caA-  dans  cakmoussèfye,  variante  fournie  par 
Hubert,  p.  121. 

Arrêtons  ici  cette  énumération  de  variantes  pour  tirer  nos  pre- 
mières conclusions. 

i°  Conclusion  relative  à  cari-,  citru-. 

Du  simple  moussî,  en  français  musser,  on  peut  former  les 
composés  anwussi,  entrer  chez  quelqu'un  en  se  unissant,  ramoussi, 
rentrer  en  se  mussant,  en  gaumais  ramuchîr,  rôder  sournoise- 
ment, où  le  préfixe  va-  est  compose  de  re  -f  ad,  comme  en  français 
dans  ramener,  rafraîchir,  rafistoler.  Or,  le  préfixe  latin 
re-,  sans  ad-,  donne  seulement  ri-,  ru-,  exemples:  rimoussî,  usité 
dans  le  sens  particulier  de  rhabiller;  ripwèrter,  qui  diffère  de 
rapwèrter  comme  le  français  reporter  diffère  de  rapporter. 
Souvent,  il  est  vrai,  on  ne  perçoit  point  de  différence  appréciable 
de  sens  entre  ra-  et  /•/-.  11  nous  semble  donc  logique  d'admettre 
que  cari-  et  cura-,  pratiquement  synonymes,  diffèrent  étymologi- 
quement  comme  ri-  et  ra- 
il0 Conclusion  relative,  a  cari-,  car-. 

Le  préfixe  ri-  se  réduit  à  r  quand  le  mot  précédent  se  termine 
par  un  son  voyelle  sur  lequel  r'  peut  s'appuyer.  On  dira  po-l 
rimoussî,  mais  po  r'moussi.  Il  nous  semble  donc  logique  de  croire 
ipie  la  variante  car-  vient,  non  de  cara-  par  suppression  insolite 
de  a,  mais  de  cari-  susceptible  d'être  simplifié  en  car. 

3°  Conclusion  relative  à  car-,  cra-. 

D'où  viendrait  alors  la  variante  cra-'t  Elle  doit  être  composée 
de  la  même  façon.  Nous  n'acceptons  pas  l'hypothèse  d'une  méta- 
thèse  de  r.  Si  car-  vient  de  cari-,  cra-  doit  venir  de  kira-,  et  le 
préfixe  ki-  n'est  pas  à  chercher  bien  loin  :  c'est  simplement  le 
préfixe  latin  co-  qui  devient  co-  en  namnrois,  ki-  en  liégeois, 
eu-  en  verviétois,  etc.,  et  qui  peut  s'abréger  en  A-'  si  le  mot  précè- 
dent se  termine  par  une  voyelle  :  po-l  kitoûrner,  po  k'toûrner. 

Si  le  même  mot  passait  par  toute  la  série  de  ces  préfixes  a-,  ri-, 
r\  ra-,  cara-,  cari-,  car',  kira-,  kiri-,  c'ra-,  le  phénomène  éclate- 
rait à  tous  les  yeux.  Mais  il  n'en  est  pas  ainsi.  Mouwer  ne  donne 
que   rimouwer,    r'mouwer    et  kir'mouwer,   (uèl  cur'mouwéz   né 

i5 


—    226    — 

tant,  Verviers).  On  trouve  les  verbes  moussî,  amoussî,  ramoussî, 
rumoussî,  car* moussî,  mais  point  caramoussî  ni  c'ramoussî.  11  a 

donc  fallu  établir  des  comparaisons  partielles,  en  sériant  les 
phénomènes.  Néanmoins  les  conclusions  prée  (lentes  apparaissent 
tellement  simples  en  leur  symétrie,  si  exemptes  de  complications 
et  d'accidents  phonétiques,  qu'on  s'étonne  de  ne  les  avoir  vues 
formuler  nulle  part. 

4°  Conclusions  relatives  aux  autres  variantes. 

Les  autres  variantes  sont  rares  et  sonnent  comme  des  déforma- 
tions. Ici  les  accidents  phonétiques  entrent  en  scène.  Caram-  de 
carambole  a  sa  voyelle  nasalisée;  cal-  vient  de  car-  par  permu- 
tation de  liquide  (');  de  même  pour  cali-  qui  vient  de  envi-;  cak'- 
et  peut-être  caïf-  sont  de  vraies  corruptions  de  car-;  cas'-  pour  car1- 
est  analogue  à  bes-jber-,  bis-jbir-.  sauf  que  la  permutation  s'est 
faite  a  l'inverse.  Nous  n'avons  pas  épuisé  le  nombre  de  ces  chan- 
gements :  que  l'on  compare  le  wallon  calfurti  avec  le  français 
galef retier,  le  wallon  caspoye  avec  le  bressan  garbouye,  le 
wallon  crabouyî  et  grabouyî;  mais  il  vaut  mieux  renvoyer  au 
lexique  tout  ce  qui  n'est  pas  nécessaire  à  la  démonstration. 

5°  Il  y  a,  dans  cette  analyse,  quelque  chose  que  nous  n'avons 
pas  encore  atteint  :  c'est  ca-  lui-même. 

11  existe  sur  ca-  une  opinion  devenue  classique,  tellement  ancrée 
qu'on  préférerait,  je  crois,  lui  donner  à  priori  une  origine  celtique, 
ou  basque,  ou  Scandinave,  que  de  renoncer  à  l'essence  péjorative 
de  ca-.  Essayons  d'examiner  ce  point  capital  sans  préjugé. 

Une  première  observation  s'impose.  Que  le  préfixe  ca-  vienne 
du  Nord  ou  du  Midi,  s'il  est  aussi  ancien  qu'on  le  croit,  s'il  a 
existé  dans  le  Nord  au  moment  où  la  syllabe  initiale  ca-  se  pala- 
talisait  dans  le  Nord,  il  a  dû  devenir:  en  français  cbe-  ou  eba-, 
comme  dans  chemise,  chemin,  chêne,  cherté,  cheval, 
chef,  cheveu,  charité;  en  picard  et  notamment  dans  le  patois 
rouchi  du  Ilainaut  ke-,  k'  ou  ca-,  comme  dans  kemiche,  kemin, 
kêne,  kèrté,  kevau,  keveu,  cacher  (chasser),  caine  (chaîne),  caleur, 
(chaleur),  calit  (châlit),  cambre  (chambre),  camoussé  (moisi),  can~ 
chon  (chanson),  candeler  (chandelier),  candèle  (chandelle),  canger 
(changer),  cantiau  (chanteau),  capèle  (chapelle),  capiau,  (chapeau), 
car  (char),  cat  (chat),  etc.;  en  wallon  tchè-,  tchi-,  tchu-.  Or  le  ca- 
préfixe  péjoratif  n'est  pas  devenu  palatal  en  wallon  comme  le  ca- 
des   mots   précédents.   Les  exemples  caboùre,    cabolèye,   cadjolé, 


1  )   Permutation  inverse  dans  le  namurois  carculer,  carcul,  curculeû. 


—    227    — 

enfourner,  capôtier,  capére,  capîche,  cafouyi,  camousser  l'in- 
diquent suffisamment.  Donc  le  ca-  préfixe  est  postérieur  à  la 
période  de  palatalisation. 

Mais  comment  un  préfixe  postérieur  à  cette  ère  de  transforma- 
tion, c'est-à-dire  passablement  récent,  nous  serait-il  venu  d'une 
langue  étrangère  sans  qu'on  en  eût  pu  contrôler  la  provenance? 
Pareille  intrusion  n'aurait  pu  rester  mystérieuse. 

Donc  ca-  ne  vient  pas  de  l'extérieur.  Il  s'est  formé  à  l'intérieur 
du  roman,  par  quelque  déformation  de  ce  qui  existait  avant  lui  ; 
il  n'est  pas  primit  if. 

A  la  vérité,  ce  ca-  ne  peut  pas  être  très  postérieur  à  la  transfor- 
mation de  ca-  en  che-.  Nous  en  trouvons  la  preuve  dans  l'exemple 
camoissié,  couvert  de  plaies  (picard,  Corblet)  et  camoisi,  moisi 
(picard,  Corblet),  qui  est  en  rouchi  camoussé,  gravé  de  la  petite 
vérole,  moisi  (Vermesse);  ce  mot  reste  bien  camoussé  en  gaumais, 
mais  il  devient  tchamossî,  tchamossé  en  wallon.  Si  on  accepte 
que  ce  verbe  est  décomposable  en  ca-  plus  une  l'orme  identique  au 
français  moisir,  nous  avons  là  un  bel  exemple  de  ca-  existant  à 
l'époque  du  changement  susdit,  mais  sans  doute  assez  tard  et  sur 
la  fin  du  phénomène,  puisque  la  transformation  n'est  pas  générale 
et  que  le  gaumais  es1  en  désaccord  avec  le  wallon.  Cet  exemple 
n'infirme  donc  pas  notre  observation,  il  la  conditionne  :  il  nous 
avertit  que  la  production  de  ca-  préfixe  ne  peut  être  assignée 
pour  tous  les  mots  à  la  même  date  et  qu'il  y  a  des  avant-coureurs, 
comme  camoussé-ichamossî,  et  des  formations  postérieures. 

Si  ca-  n'est  pas  emprunte  a  l'étranger,  s'il  dérive  d'autre  chose 
préexistant  sur  place,  il  ne  doit  pas  être  très  difficile  de  déter- 
miner son  origine.  Ce  n'est  pas  le  c,  vraisemblablement,  qui  a 
subi  la  déformation,  ce  doit  être  la  voyelle.  (Quelle  était  la  voyelle 
primitive?  Puisque  c  devant  e,i  devient  sifflant,  la  voyelle  primi- 
tive ne  peut  être  que  o  ou  u.  Une  seconde  élimination  viendra 
compléter  la  première  :  eu  n'existant  pas  comme  préfixe,  il  est 
naturel  de  se  rabattre  sur  le  préfixe  co-  bien  connu  et  immensé- 
ment répandu. 

Voilà  où  l'observation  et  le  raisonnement  nous  amènent.  Il 
reste  à  étudier  les  faits  non  examinés  jusqu'ici,  à  vérifier  par  des 
expériences  multiples  cette  première  proposition.  Si  la  thèse  se 
confirme,  il  y  aura  lieu  en  outre  de  rechercher  la  cause  ou  les 
causes  du  changement  constaté. 

Soutenir  que  le  préfixe  ca-  vient  de  co-,  c'est  s'astreindre  à 
étudier  d'abord  les  destinées  de  co-  dans  nos  dialectes  du  Nord. 


—    228    — 

Les  desl  inées  du  latin  co-. 

Dans  l'Est-wallon,  co-  devient  ki-  en  liégeois  el  en  ardennais, 
cil  en  verviétois,  cœ  dans  la  Wallonie  prussienne,  mais  il  est  co- 
en  namurois,  cou-  en  roucbi  et  en  gaumais.  11  y  a  exception  a 
cette  règle  :  i°  lorsque  co-  ne  sonnait  plus  en  roman  comme  pré- 
fixe, ainsi  dans  coslcùrc  (eosiitura,  couture),  costri  (couturière, 
namurois;  ardennais  constîre,  verviétois  costi),  coster  (coûter), 
cos'  (coût),  costinfye  (coût);  2°  lorsque  les  mots  sont  empruntés  au 
français,  que  l'emprunl  soit  ancien  ou  récent.  11  est  ancien  dans 
aconqwèster,  consî  (conseiller),  consieû  (conseilleur),  acoustii- 
mance,  comugnî  (communier),  confyi  (congé),  com'sèfyî  (com- 
messagier),  com'siè/jes  (coin-messages,  coumèssèfye  dans  Gggg., 
Il,  XVI),  convoyé  (fém.,  convoi),  compère,  comére,  etc.  11  est  plus 
récent  dans  comprimle,  compter,  corompe,  constant,  complaire, 
condition,  concubinètje,  conoeni,  corèhfi  (corriger),  etc.  ;  3"  Il 
arrive  que  les  deux  formes  existent  côte  à  côte,  mais  venues  évi- 
demment par  des  voies  différentes  et  avec  des  sens  différents, 
kirompe  et  kirompi,  participe  kirompou,  crompou.  a  le  sens  de 
«  briser  en  plusieurs  endroits,  émier  »,  mais  corompe,  corompou, 
du  français  corrompre,  corrompu,  conserve  la  même  signifi- 
cation qu'en  français.  De  même  kisinti,  kibate  n'ont  certainement 
pas  le  même  sens  que  consinti,  combale,  qui  sont  chez  nous  des 
néologismes,  des  emprunts  nécessités  par  l'élargissement  des 
idées  et  de  la  mentalité  wallonnes.  A  part  ces  exceptions,  le  pré- 
fixe co-,  malgré  sa  voyelle  plus  sonore,  a  rejoint  dans  tout  le 
Nord-est  wallon  les  deux  autres  préfixes  latins  re-  et  (te-. 

Mais  quand  nous  assimilons,  au  point  de  vue  étymologique,  co- 
el  eu-,  en  tout  ou  en  partie,  nous  ne  prétendons  point  que  la  forme 
ca-  soit  sortie  des  formes  actuelles  ki-,  eu-,  cœ-  :  il  est  bien  évident 
que  c'est  de  la  forme  co-  (pie  doit  provenir  ca-,  si  telle  est  son 
origine;  que  le  Nord-est  wallon  a  employé  co-  avant  de  l'atténuer 
en  ki-,  eu-,  C0&-.  Le  liégeois  pourrait  fournir  au  besoin  telle  forme 
attardée  où  eo-  est  resté,  par  exemple  le  mot  comineye  qu'emploie 
Simonon,  mot  qui  ne  peut  être  emprunté  au  namurois,  puisque  le 
namurois  dirait  comwinrnéc. 

Phonétiquement,  ca-  pour  co-  a  la  syllabe  initiale  n'est  pas  un 
phénomène  extraordinaire.  Le  latin  avait  déjà  une  tendance  à 
-nli-t  il  11er  a  a  une  aut  re  voyelle  a  l'initiale  :  c  a  1  i  c  e  m  correspond 
au  grec  v.jLv/.-j..  Mais  les  langues  romanes  et  les  dialectes  en  offrent 
de  nombreux  exemples.  Le  français  eagouillc  (volute  au  liant 
de    l'éperon     des    grands    navires)    est    emprunté    de    l'espagnol 


—    229    — 

cogollo  (volute  du  chapiteau  corinthien),  qui  est  le  latin  cucul- 
lus,  capuchon.  Le  français  cagoule  est  une  forme  méridionale 
issue  du  féminin  cuculla.  Le  français  calandre  vient  du  grec 
xûXivopov  par  le  latin  c  u  1  i  n  d  r  uni  ;  c  a  n  a  p  é  vient  du  grec  xwvwTretov 
par  le  latin  conopeum;  calèche  du  hohémieu  kolesa  (Die/.. 
I».  78)  ou  du  polonais  koluska  (Dict.  gén.).  En  wallon,  si  le 
latin  cauda,  coda  reste  cowe  en  liégeois,  par  contre  le  vervié- 
tois,  l'ardennais  et  tout  l'Est  disent  cawe.  Le  gaumais  lui-même  a 
cawière,  cawelet  (Virton,  Macs).  Verviers  a  cowète  en  regard  de 
cawe,  mais  Spa  et  l'Ardenne  prononcent  cawète.  Lobet  traduit 
cocarde  par  kacâde  (p.  262);  Forir  cacophonie  par  caçafo- 
leic,  où  la  déformation  provient  d'une  étymologie  populaire  sus- 
citée par  l'assimilation  fa  ile  de  co-  à  ca-.  Que  l'on  mette  en  regard 
cagne  et  cougnot,  français  quignon,  ou  les  variantes  couye, 
coye,  cave  (lat.  pop.  *colia,  de  c  oie  us)  dont  le  verbe  cayi  n'est 
pas  exclusivement  vervictois  et  ne  peut  être  attribué  à  l'alpha- 
cisme  de  cette  région:  inversement  que  l'on  note  les  substitutions 
fréquentes  de  o,  ou  à  a  :  poupa,  popa  au  lieu  de  papa  dans  l'Ouest- 
wallon  et  en  Ardenne;  mou  m  an  an  lieu  de  maman  en  Ardenne; 
comarade  pour  camarade  en  rouchi  (Vermesse,  p.  i53);  les  dou- 
blets mougner  et  magner  ou  mougnî,  magnî;  toùbac,  dont  Vou 
ne  provient  pas  de  la  forme  espagnole,  car  ni  le  français  ni  le 
flamand  n'ont  ou;  le  picard  cantour  pour  contour  (Corblet); 
le  picard  condamine  qui  vient  de  campus  domini,  champ  du 
seigneur;  on  sera  bien  forcé  de  conclure  que  la  barrière  entre  o 
et  a  est  bien  fragile  et  qu'elle  a  souvent  été  franchie. 

Si  donc  nous  pouvons  trouver,  dans  des  dialectes  voisins,  des 
variantes  du  même  mot  offrant  co-  d'un  côté,  ca-  de  l'autre,  il  n'y 
aura  aucune  difficulté  phonétique  à  poser  l'équivalence  ca-  =  co- 
dant les  dites  formes,  et  il  sera  légitime  de  rechercher  lequel  est 
primitif  de  ca-  ou  de  co-.  Procédons  ainsi. 

.le  vois  que  le  français  colimaçon, le  picard  col imachon (Corblet, 
p.  317)  a  pour  correspondant  calimichon  dans  la  Seine-inférieure, 
(Delboulle  dans  Rolland,  Faune  popul  ,  t.  III),  calimacon  dans 
le  Calvados,  l'Orne,  la  Seine-infér.,  Seine-et-Oise,  le  Loiret 
(Rolland,  Faune  pop.,  t.  XII,  p.  26),  calimachon  dans  la  Manche, 
le  Calvados,  la  Seine-inf.,  la  Somme  (Rolland,  ibid.),  calémuchon 
dans  le  Pas-de-Calais  (Rolland,  ibid., p.  27),  calimacon  dans  Duez, 
Dict,  ital. -franc.,  1678.  Le  suffixe  n'est  pas  ici  coli-  ni  cali-,  et 
nous  ne  voyons  pas  d'autre  part  pourquoi  le  Dict.  général  décom- 
pose le  mot  en  cal  +  limaçon.  Les  faits  ne  nous  montrent  que 


—    2.3o   — 

limaçon  précédé  de  co-  ou  ca-.  Des  formes  comme  cârmuçon  (dans 
la  Somme)  el  carmichon  (dans  l'Oise,  cf.  Rolland,  ibid.,  p.  27)110 
peuvent  s'expliquer  que  par  substitution  de  liquides;  elles  doivent 
être  ramenées  à  câlmuçon,  calmichon  et  décomposées  en  câ- 
'muçon,  ca-l'michon,  ce  qui  nous  ramène  de  nouveau  à  co-etca-. 

Le  français  compère,  commère  a  de  curieux  correspondants 
dans  le  Nord  :  1"  compère  garçon  fort,  vigoureux,  déluré  :  20 
kipére,  dans  les  Noëls  :  kipére  Bièt'mé,  kipére  Ernou  ;  3°  copêre 
ou  copére  en  namurois,  pour  désigner  les  originaux  naïfs  de 
Dinant  dont  les  bêtises  légendaires  défrayent  le  folklore,  d'où 
copérerie,  extravagance,  naïveté;  4°  dans  le  même  sens  on  dit 
coupère  à  Virton  en  pays  gaumais,  capère  à  Rossignol,  également 
en  pays  gaumais.  Depuis  Stavelot  jusqu'à  la  Semois,  on  appelle 
Rosières,  près  de  Sibret  (prov.  de  Luxembourg),  le  pays  des 
coupères  ou  des  capères,  ou  des  copères,  à  cause  de  la  même  répu- 
tation de  naïveté  que  celle  des  anciens  Dinantais.  Ce  mot  nous 
donne  donc  pour  le  préfixe  latin  com-,  co-,  les  formes  com-,  co-, 
cou-,  ca-  et  ki-.  Commère  nous  donne  comére,  kimére,  cumérc, 
coumére  (Givet),  mais  camére  ne  se  rencontre  pas. 

Un  bel  exemple  de  l'alternance  ca-j  co-!  cou-,  c'est  le  mot  qui  se 
prononce  en  namurois  copiche,  fourmi,  à  Givet  coupîche,  à  Bour- 
lers  (pointe  sud  du  Hainaut)  coupiche,  mais  capîche  en  gaumais 
et  en  chestrolais.  De  même  fourmilière  se  dit  copicherie  en  namu- 
rois, capichiè  en  chestrolais  (Dasnoy,  p  63,  273).  Le  verviétois 
piheran,  fourmi,  contient  la  seconde  partie  du  mot,  dont  la  racine 
est  la  même  que  celle  du  wall.  pici,  ou  du  franc,  pincer  qui  est  pour 
picer,  ou  du  franc,  piquer.  Donc  le  mot  doit  être  divisé  en  co-  ou 
ca-  plus  piche  et  nous  fournit  de  nouveau  ca-  =  co-. 

C'est  d'une  des  formes  germaniques  pfatte,  pfote,  pote,  qui  ont 
produit  vraisemblablement  le  provençal  pauta,  le  français  patte, 
pote,  potelé,  tripoter,  patiner  et  l'argot  fr.  tripatouiller,  que  vient 
aussi  le  wallon  ardennais  capôtier.  Exemple  :  ni  capôtèye  nin 
t'chapê  ainsi  .',  ne  tripote  pas  ton  chapeau  de  la  sorte.  Le  liégeois 
ne  connaît  que  la  l'orme  à  préfixe  ki-  :  kipôti  ;  de  même  nous  avons 
relevé  à  Stavelot  cnpôtî,  à  Faymonville,  en  Wallonie  prussienne, 
coepôlier',  mais  le  namurois,  si  nous  en  croyons  Grandgagnage, 
emploie  la  forme  capôtyî  (que  Gggg.,  I,  100,  a  écrite  capôchî  pour 
capôtchî,  qui  sérail  une  forme  épaissie  de  capôtyî).  Il  n'y  a  point 
d<-  différence  de  sens  entre  capôtyî  et   kipôti. 

Du  latin  bulla,  qui  a  donné  au  français  boule,  bouille,  et  par 
emprunt  bulle;  qui  a  donné  en  wallon  bouye,  bosselure,  bouyote, 


—    23l    — 

bulle  à  la  surface  de  l'eau,  bosse,  ampoule,  vient  le  verbe  kibouyî, 
cubouyî,  et  le  dérivé  kibouyeter  ;  mais  l'ardennais  dit  cabouyer, 
le  naintirois  et  le  gaumais  cabouyi,  bossuer,  bosseler,  par  le  pré- 
fixe ca-  et  sans  différence  de  sens. 

De  hossî,  franc,  hocher,  secouer,  le  liégeois  forme  kihossi,  ex: 
i  f;i  k'hossî  pu  (l'on  pà,  j'ai  secoué  plus  d'un  pieu  ;  mais  l'arden- 
nais et  le  chestrolai  s  ont  cahosser,  an  sens  actif  de  secouer  et 
au  sens  passif  de  vaciller,  ex.  gn-a  Vtàve  qui  cahosse,  litt.  :  il  y 
a  la  table  qui  vacille. 

Invoquons  enfin  un  argument  d'autorité.  Grandgagnage  a  eu 
l'intuition  que  ca-  est  identique  à  ki-.  En  recueillant  des  exemples 
pour  cette  démonstration ,  nous  avons  eu  le  plaisir  de  rencontrer 
sur  ce  point  une  affirmation  caractéristique.  Elle  a  échappé  aux 
romanisants  et  à  nous-mème,  d'abord  parce  qu'elle  est  enfouie 
dans  une  note  an  mot  cafougni;  ensuite  parce  qu'elle  passe  là 
comme  une  proposition  en  l'air,  sans  preuve,  qui  n'empêche  pas 
l'auteur  de  formuler,  aussitôt  après,  une  autre  étymologie  de  cafou- 
gni. Néanmoins  citons  le  texte  (I,  S9)  :  «  ca  est  une  forme  de  la 
particule  inséparable  et  intensitive  ki  (celle-ci,  il  est  vrai,  est 
presque  la  seule  en  usage  a  Liège  :  toutefois  cf.  caboûr  et  le 
suivant  [cafouma]  ;  mais  ca  se  dit  encore  [?]  en  N[amurois],  et 
précisément  selon  Z[oude]  devant/),  f  ou  p,  suivis  de  o  ou  ou  ; 
or  beaucoup  de  formes  et  de  mots,  jadis  communs  aux  deux  idi- 
omes LFiégeois]  et  \[amurois],  se  sont  conservés  seulement  dans 
ce  dernier)...».  Laissons  de  côté  les  erreurs  partielles,  à  savoir 
que  l'usage  de  ca-  aurait  été  plus  étendu  jadis  en  liégeois,  que  les 
mots  en  ca-  apparaissent  ainsi  comme  des  survivances,  il  reste 
néanmoins  que  les  faits  ont  inspiré  à  un  moment  donné  à  Grand- 
gagnage l'idée  que  ca-  est  une  forme  de  ki-. 

Dans  tous  les  exemples  qui  précèdent,  il  nous  est  impossible  de 
percevoir  une  différence  de  sens  entre  co-  et  ca-.  Nous  constatons 
simplement  que  le  Nord-wallon  a  rarement  la  forme  ca-,  que  celle- 
ci  se  rencontre  plus  souvent  dans  le  namurois,  l'ardennais,  le 
chestrolais,  le  gaumais.  Si  on  n'a  pas  reconnu  cette  identité  do 
co-  et  ca-,  cela  provient  de  ce  que  ca-,  donné  comme  péjoratif, 
considéré  d'autre  part  comme  une  simplification  de  cul-,  était  par 
là-même  éloigné  davantage  de  co-.  Or  i°  rien  ne  justifie  l'hypo- 
thèse que  la  forme  primitive  est  cal-;  20  co-  a  des  sens  qui  condui- 
sent graduellement  à  cette  interprétation  de  ca-  péjoratif.  Pour 
le  premier  point,  nous  avons  montré  que  cal-  n'est  qu'une  trans- 
formation  de  car-  qui   contient  deux  préfixes  et  non   un    seul  ; 


—    232    — 

pour  le  second  point,  il  es1  nécessaire  d'étudier  d'une  façon  un 
peu  plus  analytique  qu'on  ne  le  l'ait  d'ordinaire  la  sémantique  du 
préfixe  co-. 

Sémantique  du  préfixe  co-. 

Co-  marq  le  jonction,  réunion,  disent  les  manuels.  11  est  adverbe 
el  dépendant  du  terme  principal  dans  confrère,  compère,  com- 
mère, consœur,  collègue,  coaccusé.  Mais  tout  n'est  pas  dit,  cepen- 
dant, au  point  de  vue  psychologique.  Deux  sœurs  sont  consœurs 
au  même  degré,  chacune  est  sœur  avec  l'autre,  mais  il  n'en  est 
pas  toujours  ainsi.  Le  compère  est  père  avec  le  père,  mais  seule- 
ment père  spirituel  ou  parrain.  La  commère  est  une  mère-mar- 
raine, Le  colimaçon  esl  limaçon  avec  un  autre  ;  mais,  par  le  l'ait 
même  qu'on  le  compare,  on  le  subordonne  ;  ainsi  le  colimaçon 
n'est  pas  le  vrai  limaçon,  il  n'esl  qu'un  adjoint.  Mes  co-proprié- 
taires  ne  m 'apparaissent  pas  aussi  propriétaires  que  moi  ! 

Co-  devant  un  verbe  joue  aussi  le  rôle  d'adverbe  et  dépend  du 
terme  principal.  Mais  que  signifie-t-il  ?  Conjoint  a  le  sens  de 
«  joint  avec  »,  mais  il  faut  tenir  compte  des  éléments  contingents 
(pii  modifient  le  sens  :  dès  lors  conjoint  se  définit  :  (personne) 
jointe  avec  (une  personne  de  l'autre  sexe,  par  mariage).  La 
consonne  sonne  avec  (la  voyelle).  Conjuguer,  c'est  réunir  par 
couple,  l'un  avec  l'autre,  donc  ensemble,  deux  éléments,  De  l'idée 
de  avec,  ou  d'accompagnement,  on  passe  à  l'idée  de  ensemble  ou 
réunion.  Ce  n'est  pas  la  même  chose  :  les  conjoints  sont  ><  joints 
ensemble»,  un  conjoint  n'est  pas  un  «  joint  ensemble»  ;  il  con- 
jure signifie  «  il  jure  avec  d'autres  »,  ils  conjurent  signifie  «  ils 
jurent  ensemble».  Au  contraire  ils  compatissent,  même  au  pluriel. 
signifiera  :  ils  partagent  la  souffrance  (d'un  autre)  et  non  :  ils 
souffrent  ensemble.  Un  verbe  a  tantôt  les  deux  sens,  tantôt  un 
seul  des  deux. 

Que  «le  choses  restent  encore  dans  le  vague!  Consterner  ou 
plutôt  le  latin  consternere  signifie  étymologiquement  «abattre 
avec».  Mais  ce  n'est  pas  abattre  avec  un  bâton  ou  une  autre 
arme.  Le  préfixe  con-  n'est  pas  instrumental,  il  marque  l'accom- 
pagnement. Quelle  sorte  d'accompagnement?  Il  peut  marquer  que 
i<-  sujet  abat  ce  avec  un  autre»  :  il  y  a  réunion  des  sujet- 
auteurs  de  l'action,  donc  multiplicité  du  sujet.  Mais  il  peut 
marquer  le  fait  que  le  sujet  abat  une  chose  en  même  temps  qu'une 
autre,  plusieurs  choses  ensemble:  il  y  a  multiplicité  de  l'objet 
et  simultanéité  des  actions  partielles  ;  enfin  il  peut  encore  indi- 
quer que  !<■  sujet  abat  une  chose  immédiatement  après  une  autre, 


—  233  — 

plusieurs  choses  à  la  file,  successivement:   il  y  a  multiplicité  de 
l'objet  et  succession  des  actions  partielles  jointes  dans  le  temps. 

Il  y  a  des  verbes  avec  lesquels  la  multiplicité  d'action  ne  peut 
s'entendre  aussi  simplement.  Dans  consumere,  il  ne  s'agit  pas 
de  plusieurs  actions  de  prendre  simultanées  ou  successives  et 
virtuellement  égales  ;  il  s'agit  d'une  action  unique,  mais  multiple, 
complexe,  décomposable  en  une  quantité  de  menus  actes.  L'esprit 
qui  conçoit  cette  complexité  indique  par  eon-  la  multiplicité  des 
parties  de  l'action  totale.  Contenir  est  tenir  par  tous  les  côtes  ; 
comprendre  est  prendre  dans  son  ensemble,  dans  son  entier,  par 
tous  les  côtés  a  la  t'ois  ;  confondre  est  meurtrir  par  plusieurs 
chocs  ou  blessures  partielles  ;  la  contusion  est  le  résultat  total  de 
•  •es  meurtrissures  partielles  et  rapprochées  :  contrister  n'est  pas 
attrister  une  autre  personne  avec  soi,  c'est  la  rendre  toute  triste. 
dans  son  entier,  aussi  complètement  qu'elle  peut  l'être.  Bref,  le 
verbe  marque  alors  une  action  complexe  faite  de  mouvements 
synergiques  contribuant  à  produire  une  action  totale.  L'idée  de 
l'intensité  d'une  action  remplace  l'idée  de  multiplicité  de  l'action, 
ou  plutôt  la  multiplicité  est  dans  le  détail,  l'intensité  dans  l'en- 
semble ou  le  résultat. 

Tel  est  le  cas  de  la  plupart  de  nos  verbes  wallons  composes 
avec  co-,  ki-,  etc.  Co-  n'est  pas  chez  nous  un  préfixe  mort  comme 
en  français,  il  est  très  vivant,  il  peut  s'adjoindre  à  tout  verbe  en 
qui  il  est  possible  de  marquer  l'intensité  de  l'action  par  répétition 
de  l'acte  initial.  Si  bouyi  existait,  il  signifierait  faire  une  bosse. 
mais  kibouyî  a  le  sens  de  bossuer  partout  un  même  objet.  Brôdi 
signifie  brouiller,  chiffonner;  mais  kibrôdî  sera  brouiller  totale- 
ment, chiffonner  d'un  bout  à  l'autre.  Twèrtchî  veut  dire  tordre 
dans  le  sens  d'une  torsion  simple,  d'un  quart  de  tour,  d'un  demi- 
tour  ou  d'un  tour  de  torsion;  exemple  :  si  twèrchî  l'  pi.  se  faire 
une  entorse;  mais  kitwèrtchî  désigne  une  action  totale  faite  de 
plusieurs  torsions  :  kitwèrtchî  on  vantrin,  c'est  tordre  un  tablier 
comme  une  corde.  La  particule  devient  donc  intensive  dans  kita- 
per,  jeter  de  ci  de  la  à  plusieurs  reprises  :  dans  kidjèter,  kiheùre, 
secouer  quelque  chose  ou  quelqu'un  en  l'empoignant  de  partout  . 
kitchèssi,  chasser  quelqu'un  de  partout  où  il  se  réfugie;  kitoùrner, 
retourner  dans  tous  les  sens  :  kipiter,  repousser  par  de  multiples 
coups  de  pieds;  kipôti,  prendre  et  malaxer  dans  ses  «pattes 
kiminer,  mener  partout,  d'un  endroit  a  l'autre. 

On  peut  encore  augmenter  l'expression  de  l'intensité  en  ajoutant 
le  pronom  tôt  :  i  m'a  tôt  k'brôdi  ou  k'bouyî  ou  kipôti  nf  tehapê,  il 
m'a  tout  cabossé  mon  chapeau. 


—  234  — 

On  admettra  <|ii<'  cette  action  intensive  peut  produire  sur  l'objet 
qui  la  subit  des  résultats  déplorables.  Un  chapeau  tôt  k'bouyi  est 
un  chapeau  hors  de  service.  Il  s'attache  donc  assez  facilement  à 
cette  idée  «l'intensité  une  idée  péjorative.  Nous  arrivons  ainsi  au 
terme  de  l'évolution  sémantique  de  co-,  11  n'y  a  point  de  différence 
réelle  entre  le  sens  de  co-  et  celui  de  ca-,  Capôtier  ne  signifie  pas 
autre  chose  que  kipôtî.  Ce  que  l'on  veut  percevoir  de  péjoratif 
dans  le  wallon  cabouyer,  catoûrner,  cafouyer,  cafougner,  cabir- 
lancer,  dans  le  français  cabosser,  vient  de  la  nature  de  l'action  et 
non  du  préfixe.  Nous  avons  montré  jadis  la  même  chose  pour  le 
préfixe  bis-,  bes-.  Des  mots  en  ca-,  tels  que  caracoler,  caram- 
boler, cajoler,  ne  contiennent  rien  de  péjoratif  ;  des  mots  en 
co-,  tels  (pie  le  français  com  pisser,  le  wallon  kibrôdî,  kichèrer 
i  ardenn.,  déchirer)  passeront  facilement  pour  avoir  un  sens 
dépréciatif.  Donc,  pas  plus  an  point  de  vue  sémantique  qu'au  point 
de  vue  phonétique,  nous  ne  voyons  de  différence  entre  ca-  et  co-. 

Mais,  dira-t-on  avec  raison,  pourquoi  tous  les  mots  qui  ont  pris 
le  suffixe  latin  co-  ne  le  changent-ils  pas  en  ca-  ? 

D'abord  il  faut  considérer  que  le  changement  de  co  en  ca-  n'est 
pas  le  résultat  d'une  loi  phonétique  :  c'est  un  accident,  comme  la 
métathèse  ou  la  permutation  de  deux  liquides.  Les  variations  de 
voyelles  dans  les  syllabes  atones,  dans  les  syllabes  initiales,  ne 
sont  pas  soumises  à  des  lois  aussi  rigoureuses  qu'à  la  tonique. 
Est-ce  en  vertu  de  lois  que  le  français  dit  qvEnouille  de  c  o  n  u  cula 
i\v.  kinoyé)  ou  d\me  de  domina?  Nous  n'avons  donc  pas  affaire 
ici  à  une  dérogation  aux  lois  phonétiques,  pas  d'exception  à 
expliquer.  Nous  avons  les  mains  libres  pour  chercher  ce  qui  peut 
avoir  favorisé  parfois  la  production  de  ca-  au  lieu  de  co-. 

Plusieurs  phénomènes  concomitants  ont  pu  exercer  une  action 
analogique. 

i.  D'abord  le  redoublement  enfantin  ou  péjoratif  qu'on  trouve 
formé  par  la  voyelle  a  précédée  de  la  première  consonne  du 
radical  :  babaye,  cheval;  bablame,  galant  enflammé;  babètch,  bec: 
cacayes,  joujoux;  cacouyes  on  cacoules  (Vebmesse),  plaisanteries; 
tchâtchoûle,  pleurnicheuse,  etc. 

2.  ca-  vient  dans  certains  mots  de  co  a-  et  peut  s'être  répandu 
par  analogie  sur  d'autres  mots.  Le  français  cacher,  wallon 
catchî,  catcher,  est  expliqué  par  Darmesteter  comme  issu  de  co- 
a  e  t  i  ca  i-e,  fréquentatif  de  eo-agere.  Le  verbe  caill  er  vient  de 
co-agularc.  L'ancien  français  (abuser,  trompe)-,  séduire,  vient, 
selon  moi,   de   eo-abuser.     Il   ne   faut  pas    s'entêter   à   vouloir 


—  235  — 

rendre  compte  de  l'a  dans  tons  les  mots,  mais  peut-être  quelques- 
uns  des  mots  wallons  et  picards  en  ca  viennent-ils  de  co-a.  Il  se 
peut  que  le  namurois  ca-pougnî  vienne  plutôt  de  co-apougnî  que 
de  co-pougnî,  eu  extourner  de  co-atoûrner,  niais  la  démonstration 
sera  souvent  impossible.  Je  soupçonne  le  rouehi  cagner,  mordre 
en  parlant  du  cheval,  d'être  une  contraction  de  co-agner  où  agner 
est  le  même  que  1*'  liégeois  hagnî,  mordre  (Cf.  le  liég.  cagnesse). 
Je  serais  tenté  d'expliquer  le  gaumais  cachonée,  ribambelle,  par 
co-achonée,  du  gaumais  achonée,  assemblage,  dont  le  verbe  est 
achoner,  wall.  assonner  ou  assonler.  français  assembler.  Mais 
si  on  le  t'ait  identique  à  cochonnée,  portée  d'une  truie,  j'y 
verrai   un  nouvel  exemple  de  ca-  =  co-, 

3.  Voici  encore  une  source  inattendue  de  ca-  péjoratif.  Il  existe 
en  Ardenne  une  poignée  de  mots  comme  Calùtche,  Cafame, 
Cafkn'r.  Djivisse,  qui  sont  des  noms  de  personnages  imaginaires 
d'une  mythologie  nouvelle.  Voici  des  phrases  qu'on  peut  entendre 
en  Ardenne  :  Conte  i  mougne  !  vos  dîrîz  Cafame  !  —  Qui  est-ce 
qui  v1  l'a  dit  ?  —  C'est  Cafkœr.  —  Ây,  mais,  Djivisse  est  la  !  Pour 
avoir  la  clef  de  ce  langage,  il  faut  voir  dans  ces  mots  des  noms 
fabriqués  d'une  expression  syntaxique  par  méprise  ou  par  plaisan- 
terie. Souvent  la  plaisanterie  est  chez  celui  qui  articule  la  phrase 
et  la  méprise  chez  celui  qui  la  comprend.  Vos  dîrîz  Cafame  doit 
être  interprété  vos  dîrîz  qu  a  fa  me,  vous  diriez  qu'il  affame  (au 
sens  intransitif,  c-à-d.  est  affamé).  Que  l'auditeur,  un  enfant,  croie 
qu'il  s'agit  d'une  personne,  comme  c'est  le  cas  d'ordinaire  avec  vos 
dîrîz,  et  voilà  Monsieur  Cafame  inventé  !  J'ai  connu  des  gens  qui, 
de  bonne  foi,  ne  corn;  remuent  pas  le  mot  autrement  que  comme 
nom  propre.  La  transformation  en  nom  propre  est  complète  dans 
d'autres  tours  de  phrase.  Au  curieux  qui  pose  des  questions  indis- 
crètes :  qui  est-ce  qu'a  o'nou  ?  qui  est-ce  qui  v'  l'a  dit  ?,  qui  est-ce 
quo  Va  fait?,  on  répond  :  c'est  Cafkœr,  avec  l'intention  de  forger 
un  nom.  Or,  il  faut  comprendre  q u'ave  kére?  de  quoi  avez-vous 
cure?  de  quoi  vous  mêlez-vous?  On  répond  encore,  moins  poli- 
ment :  c'est  Cafkifoute.  Comprenez  qu'ave  ki  foute/  interrogatif 
de  â/i  n'ai  qu'  foute.  On  peut  aussi  unir  les  deux  personnages  : 
Avon  qui  fjàsiz-ve?  -  Avon  Cafkœr  et  Cafkifoute.  Djivisse  est 
un  rôle  de  surveillant,  d'espion.  A  l'enfant  qui  va  commettre  une 
farce  ou  un  mauvais  coup,  la  mère  apparaît  soudain  en  s'écriant  : 
Djivisse  est  là!;  comprenez  :  J'y-vise  est  la!  (j'y  regarde).  En 
namurois  les  galants  sont  appelés  des  kivons  :  il  faut  interpréter 
par  dès  qui-vont,  de  ceux  qui  vont  faire  leur  cour.  Le  fanfaron,  le 


-  2.36  — 

Tartarin  ardennais  est  Galûtche.  Alûtcher  signifie  viser  avec  uno 
arme.  Voilà  Monsieur  Qui  uise  élevé  au  rang  de  héros  mythique  ! 
On  répond  à  un  vantard  :  /  ravise  Caliïtche,  qu'a  touwé  sept'  leùs 
il'on  côp  </'  tchapê  à  coron  d'on  pwace  !,  il  ressembla  à  G.  qui  a  tué 
sept  loups  d'un  coup  de  chapeau  au  fond  d'un  porche  (ou  vestibule  . 
Dans  le  recueil  de  pièces  wallonnes  anciennes  de  Bailleux  et 
Dejardin,  un  vers  de  la  p.  r33  crée  deux  personnages  semblables  : 
Cafaim  et  Mâsô  i  èstiiil.  11  faut  comprendre  qu'a-faim  et  Mâ-sô, 
«  qui  a  faim  »  et  t<  mal-saoul  ».  Le  picard  connaîl  Marie  Cafoule, 
femme  qui  veut  tout  faire  et  ne  fait  rien  qui  vaille  (Corblet).  Je 
propose  de  comprendre  qu'afouïe,  bien  qu'il  existe  un  verbe 
caf'ouler,  remuer  et  mêler  des  objets  en  cherchant.  On  pourrait 
trouver  d'autres  créations  de  ce  genre  :  Canaro,  qui  signifie 
«  du  nauan  »,  doit  provenir  d'une  phrase  c'est  vous  qu'an-aroz, 
c'est  vous  qui  en  aurez,  et  le  mot  est  probablement  d'origine 
enfantine  ('). 

On  fera  peut-être  accepter  plus  facilement  la  transformation  de 
co-  en  ca-  si  on  peut  faire  constater  d'autres  transformations 
parallèles  de  co-,  plus  étonnantes  et  d'ordinaire  moins  reconnues 
par  les  étyinOlôgistes. 

Co-  peut  se  réduire  à  ki-  en  wallon,  où  1'/-  est  notre  minimum  de 
voyelle.  Nous  avons  vu  (pie  ki-  à  son  tour  peut  se  réduire  à  A*',  si 
une  voyelle  précède  sur  laquelle  A'  puisse  s'appuyer.  Supposez 
que  le  verbe  simple  de  ce  composé  en  A'  soit  tombé  en  désuétude, 
que  le  A'  soit  suivi  de  /  ou  r,  alors  il  peut  arriver  que  ce  A'  ne  soit 
plus  senti  comme  préfixe,  s'agglutine  avec  la  consonne  suivante 
en  cl,cr,  et  que  l'alternance  syntaxique  ki  j  A'  tombe  en  désuétude. 
Le  verbe  prend  alors  l'aspect  d'un  verbe  simple,  (/'est  ce  qui  est 
arrivé  au  français  cracher,  que  le  Dict.  gén.  se  contente  de 
donner  comme  germanique  sans  toucher  à  la  difficulté.  Or.  le 
wallon  liégeois  et  verviétois  est  rètchi,  le  picard  raquer,  le  pro- 
vençal racar,  l'aneien-français  rucher  11  en  résulte  que  le  français 
cracher  est  issu  de  c'rcaher,  pour  co  racher,  et  de  même  le 
wallon  ardennais  cratcher,  cratchot,  cratchote,  qui  existent  a  coté 
de  râkion,  nord-wallon   rètehon.  Le  mot   vient  d'une  racine  ger- 


(';  De  jeux  de  mots  ou  de  méprises  analogues  ont  été  formés  :  legauinais 
Djmi  Rabat,  littéralement  et  étymologiquemeni  «j'en  rabats»,  personnage 
fictif  qui  rabat  les  prétentions:  l)j;in  Rabat  passerai  (déjà  inséré  par  moi 
dans  le  Complément  du  lexique  gauinais  de  M.  Liégeois,  p.  771:  Pardennais 
Tchan-d'â-uint,  Jean  du  Vent,  qui  souffle  dans  les  cheminées  et  qui  hurle 
dans  tous  les  interstice-,  des  maisons,  par  jeu  de  mots  pour  .<  chant  du 
vent  ». 


—  237  — 

manique  hrax,  dont  le  nordique  kraekian,  cracher,  est  un  com- 
posé. 

Autre  exemple.  Une  plante  rampante  ou  grimpante,  qui  est  le 
lierre,  ou  la  clématite  des  haies,  ou  le  chèvrefeuille,  ou  le  liseron 
suivant  ies  régions,  s'appelle  en  wallon  fouye  <li  rampe  (ard.), 
rampioûle  (nord-w.),  mais  dans  le  Dict.  liégeois  de  Fouir  cnun 
pioûle  (Cf.  J.  Feller  dans  Bull,  de  Folklore  wallon,  t.  I,  p.  i58). 
Il  est  évident  que  cette  dernière  l'orme  est  apparentée  aux  deux 
autres  et  composée  de  co  +  rampioûle.  L'agglutination  a  pu  être 
facilitée  ici  par  la  ressemblance  du  mot  avec  crampe,  mais  son 
origine  est  indiscutable 

Le  français  croler,  croller,  crouler  est  de  la  même  racine 
(pie  rouler  :  il  y  a  le  co-  en  plus.  Si  le  Dict.  gén.  avait  admis 
cette  origine  avec  conviction,  la  sémantique  de  crouler  en  eût 
été  de  beaucoup  simplifiée  :  croulant  la  tète  aurait  corres- 
pondu au  wallon  kirôlani  /'  tiesse:  la  bête  croule  la  queue 
s'expliquait  par  li  bièsse  kirôle  H  cowe.  Crouler  signifie  donc 
primitivement  rouler  à  droite  et  a  gauche,  remuer  dans  tous  les 
sens  en  conservant  un  certain  mouvement  circulaire  qu'indique 
le  simple  roui  er. 

Le  français  creux,  malgré  son  apparence  de  mot  simple,  vient 
de  *corosum,  corrosum,  corrodé,  rongé,  excavé. 

Mais  ce  serait  empiéter  sur  un  autre  travail  que  de  rechercher 
tous  les  mots  français  et  wallons  où  le  c,  môme  le  g  initial,  cachent 
le  préfixe  latin  co-,  ou  le  préfixe  germanique  ga-,  ge-,  comme 
gaspiller.-  caspouyi,  ga lefretier  -  calfuriî  :  nous  ne  voulions 
ici  que  dégager  ca-  de  son  mystère  et  le  placer  a  côté  de  ses 
coffnats  dans  sa  vraie  famille. 


S.    JLe  préfixe   far-   du    franc,    farfouiller 

Farfouiller  est  un  terme  du  Xord  qui  est  entré  dans  le 
Dict.  français.  Il  existe  en  picard,  en  champenois,  en  berrichon 
(Corblet,  p.  4o3)  ;  le  Hainaut  a  farfeyer,  mais  farfouyeur 
(Sigart,  p.  175);  le  ganmais  a  farfouyi  (Liégeois,  Compl.,  p.  6b). 
En  présence  de  fouiller  et  trifouiller  (picard,  Corblet),  il  n'y  a 
pas  d'hésitation  quant  à  la  partie  capitale  du  mot.  Mais  le  Dict. 
gén.  déclare  ne  pas  savoir  l'origine  du  préfixe  far-. 

Far-  n'existe  en  effet  en  français  que  dans  ce  mot.  Nous  en 
avons  trouvé  un  second  exemple  en  ganmais,  qui,  par  bonheur, 
semble  être  assez   transparent.    C'est  farnowèy,   faire   un    ncfcud 


-  238  - 

impossible  à  dénouer  (Liégeois,  CotnpL,  p.  60).  Le  messin  dit 
enférnower,  l'ardennais  dil  fèrnoke,  noker  ses  soles  ;i  fèrnoke, 
nouer  ses  souliers  à  nœud  (noke)  double  et  impossible  à  dénouer. 

Le  verviétois  a  déformé  l'expression  en  ftvêrnoke  :  par  étymo- 
logie  populaire,  il  v  voit  fwêrl  noke  <l),  (jn'il  traduit  en  son  fran- 
çais par  fort  nœud.  Mais  comme  fort  se  dit  en  ardennais 
fwart,  il  n'y  a  aucune  vraisemblance  que  cet  adjectif  soit  dans  le 
mot  fèrnoke.  De  plus  la  région  gaumaise  de  Prouvy-Jamoigne 
dit  fournawèy.  Oette  fois-ci  c'est  \'o  de  nowèy,  nouer,  qui  est 
altéré,  mais  four  est  intact  comme  dans  fourboure,  fourdormi, 
fourmougni,  fourpougni,  etc.  Il  nous  représente  four-  =  latin 
Tu  ri  s  =  franc,  for-.  Le  Dict.  gén.  a  d'ailleurs  accueilli  le  verbe 
technique  l'ornouer,  dont  il  donne  un  exemple  de  Duhamel 
m    Monceau,  Arts  de  la  Draperie. 

Nous  ne  doutons  pas  que  ce  soit  la  môme  forme  dialectale  de 
for-,  qui  se  trouve  dans  farfouiller.  Le  sens  exact  du  mot  est 
donc  fouiller  en  excès.  Ce  n'est  pas  le  seul  exemple  français 
où  la  particule  for-  se  présente  altérée  :  il  suffit  de  citer  faubourg 
pour  forsbourg,  faufiler  pour  forsfiler  et  faux-mai'cher  pour 
forsmarcher. 


6.  L.e  suffixe  toponymique  -han 

Les  noms  de  lieux  en  -han  n'ont  guère  attiré  l'attention  des 
linguistes  ni  même  des  géographes.  Ils  appartiennent  à  des 
villages,  a  des  hameaux,  à  des  bois  localisés  le  long  de  quelques 
rivières  ou  de  ruisseaux  peu  importants.  Ils  n'apparaissent  guère 
dans  les  atlas  généraux.  Ainsi,  par  exemple,  dans  le  vieil  Atlas 
de  Blaeu  (1639-1640),  la  carte  intitulée  Lutzenburg  Dùcatus  ne 
donne  que  Bolian  pour  toute  la  Semois,  et  encore  le  mot  est-il 
écrit  Bohain;  sur  l'Ourtbe.  elle  donne  Grand-IIan,  Petit-IIan  et 
Bolian.  Les  eût-on  remarqués  d'ailleurs,  on  les  aurait  assimilés 
sans  hésitation  aux  noms  en  -hain  de  la  Belgique  wallonne  ou 
aux  noms  bretons  comme  Rolian  et  Morbihan. 

1)«-  archéologues  luxembourgeois,  De  la  Fontaine  et  Prat,  ont 
totalement  identifié  han  ou  hain  avec  heim.  Chotin  a  traduit 
d'abord  hum  par  «  pacage,  pré,  enclos  »,  sans  justifier  son   inter- 


('i  J'écris  a  présent  noke  avec  e  final,  parce  que  je  le  crois  issu  de 
'noc'lum  pour  'nod'lum  (comparez  'vec'Ium  pour  vet'lum),  de 
même   que  tike,   taie,   vient  de  tecula  et  non   de    toc  a. 


—  23g  — 

prétation  (').  plus  tard  par  «  demeure,  habitation  »  (2).  A.  de  Pré- 
morel,  dans  un  livre  sur  la  Semois  (3),  explique  han  par  a  trou  », 
et  cette  opinion  a  été  reprise  par  Grandgagnage  dans  son  diction- 
naire  (4)  et  par  Jean  d'Ardenne  dans  son  estimable  guide  (5), 
Citons  ie  passage  caractéristique  de  Jean  d'Ardenne  :  «  La  mon- 
tagne de  la  grotte  île  Han]  (boëme,  baume  ou  balme  ,  couverte  de 
taillis,  élève  son  large  mamelon  qui  domine  le  paysage.  A  son 
flanc  septentrional,  tourné  vers  nous,  s'ouvre  le  fameux  trou  du 
Han  (ce  qui  revient  à  dire  «  trou  du  trou  »,  le  mot  «  han  »  assez 
commun  dans  la  terminologie  géographique  du  pays,  ne  signifie 
lui-même  pas  autre  ebose  que  trou  dans  tous  les  lieux  qu'il 
désigne,  soit  seul,  soit  composant  un  nom  :  Dohan,  Poupehan, 
Martehan,  Bohan,  Frahan,  Hau-sur-Lesse,  Han-sur-Meuse,  Han- 
sur-Heure,  Manelian,  etc.,  il  exprime  l'idée  de  gouffre,  d'excava- 
tion ou  de  dépression  profonde),  soupirail  énorme  par  lequel  la 
rivière,  en  nappe  tranquille,  soit  de  la  montagne  sous  une  arcade 
rocheuse  ».  Je  ne  doute  .  as  que  cette  opinion  ne  soit  une  inter- 
prétation de  celle  de  De  Prémorel,  que  l'auteur  connaissait  et 
dont  il  cite  l'ouvrage  ailleurs. 

D'autre  part,  M.  Kurth  dans  la  Frontière  linguistique  (I,  207)  a 
cité  incidemment  la  finale  toponymique  -han.  ("est  à  propos  des 
noms  en  -heim  :  «  Je  n'ai  pas  davantage  »,  dit-il,  «  admis  [parmi 
les  noms  en  -heim]  le  noms  wallons  terminés  en  -han  (Han, 
Bohan,  Dohan.  Frahan,  Grand-Han,  Marbehan,  Mortehan,  Petit- 
Ilan,  Poupehan)  dans  lesquels  le  suffixe  est  positivement  distinct 
de  -heim  ».  M.  Kurth  apporte  aussitôt  une  preuve  de  son  asser- 
tion :  <c  Dans  un  document  de  636,  on  mentionne  une  villa  Chambo 
secia  (=  siia)  super  Orlho  fluviolo  (Beyer,  Urkundenbuch,  t.  I, 
p.  7);  il  s'agit  de  Grand-Han  ou  de  Petit-Han  sur  l'Ourthe.  On 
peut  sans  témérité  conjecturer  que  le  même  vocable  est  contenu 
dans  tous  les  -han  ».  Telle  est  la  première  opinion  motivée  «pie 
l'on  puisse  enregistrer.  Elle  est  d'ailleurs  prudemment  négative; 
elle  conclut  simplement  à  ceci  :  hun  représenté  par  Chambo  en 
636  n'est  pas  un  heim. 


(')  Études  étymologiques  sur  tes  noms  [de  lieux    du  Bràbant,   1809,  p.  XII. 

(2)  hl.  du  Haiiuud.  1SG8.  p.  35  et  366. 

(3)  Un  peu  de  tout  ù  propos  de  lu  Semois,  p.  209. 

(4)  Dans  le  supplément  du  Dictionnaire  étymologique  de  lu  langue  luullonne. 
t.  II,  p.  534. 

1"     L'Ardenne.  t.  I.p.  3oa  (édition  de  Bruxelles,  Rozez,  1903). 


—    24°    — 

Plus  récemment,  M.  L.  Roger  (')  rejette  l'interprétation  de 
M.  Kmtli,  pour  en  revenir,  —  semble-t-il,  car  il  ne  dit  rien  de 
catégorique,  —  à  heini.  Mais  il  ne  voit  pas  clair  dans  les  phéno- 
mènes phonétiques  sur  lesquels  il  prétend  s'appuyer,  ou  nous 
n'avons  pas  réussi  a  comprendre  son  argumentai  ion  (8). 

A\ant  tout  examen,  l'opinion  la  plus  plausible  consistai!  à 
croire  -han  identique  au  -hain  de  Dolhain,  Rechain,  formes 
wallonnes  de  D  al  hem,  Ric-heim,  c'est-à-dire  au  heim  germanique. 
Les  traductions  de  Chotin,  De  Prémorel,  Jean  d'Ardenne,  l'exis- 
fcence  de  la  l'orme  Chambo  viennent  détruire  cette  sensation  de 
l'ident  iie  des  deux  finales.  Cette  croyance  ébranlée,  l'examen 
s'impose.  11  y  a  donc  lieu  d'étudier  de  près  ce  suffixe,  d'en  recher- 
cher les  traces  partout  OÙ  il  est  possible,  soit  dans  la  toponymie, 
soit  dans  le  langage  courant,  soit  dans  les  anciens  textes,  d'en 
fixer  le  sens,  l'aire  d'emploi,  de  le  distinguer  des  homonymes, 
enfin  d'examiner  s'il  n'y  a  point  d'enseignement  à  retirer  de  cette 
recherche  au  point  de  vue  historique. 


La  première  constatation  que  nous  avons  faite  est  d'ordre 
topographique.  En  parcourant  les  cartes  à  la  recherche  des  hun 
de  toute  espèce,  nous  avons  été  frappé  d'une  particularité  étrange. 
C'est  que  la  plupart  des  localités  qui  portent  le  nom  de  han  ou  un 
composé  de  ce  nom  sont  situées  à  des  courbes  de  rivières.  Serait- 
ce  par  une  circonstance  tout  à  l'ait  fortuite  qu'il  en  est  ainsi  poul- 
ies -han  de  la  Semois,  qui  sont,  en  suivant  le  cours  de  la  rivière, 
Marbehan,  Mortehan,  Dohan,  Morsehan,  Briahan;  Poupehan, 
Frahan,  Bohan,  Nohan  (:i)  ;  pour  H an-sur- Lesse;  pour  Grand- 
Han  et  Petit-Han  sur  l'Ourthe  en  amont  de  Durbuy,  Bohan  entre 
Durbu}r  et  Barvaux,  Ham  dépendance  d'Esneux;  pour  Ham  sur  la 
Meuse  entre    Commercv  et   Saint-Mihiel,    le   Ham   sur  la    Meuse 


Recherches  sur  la  toponymie  du  pays  Gaumais,  dans  les  Annales  </<■ 
V 1 Ustitut  archéologique  du  Luxembourg,  t.  XI,V.  1910,  p.  257. 

D'abord  l'alternance  mb/mm  n'a  pas  d'importance  après  la  tonique  eJ 
devant  une  voyelle  autre  que  a  (exemples  :  pltfmbum,  plomb;  campum, 
champ;  rumpit,  rompt:  ensuite  si  panem  en  gaumais  devient  /><-.  pèy,  et 
planicam,  plétche,  les  motsdu  type  campum,  tantum  (a  |  nasale  ;  consonne: 
prennent  a  nasal  et  non  ô.  Cf.  J.  Fki.i.kk.  Phonétique  du  gaumais  et  du  wallon 
comparés,  §§  7-9. 

1  Pour  le  P.  Goffinet  'dans  Tandki,.  Comm.  lux..  VI.  877),  c'est  le  mot 
Cugnon,  de  Congidunum,  qui  exprime  fort  bien  la  courbure  faite  par  la 
ri\  ière  ! 


—    2^1    — 

entre  Aubrives  et  Givet;  Hamwez,  bois  au  confluent  du  Bocq  et 
de  la  Meuse:  pour  Ham  devant  Marville  sur  l'Othain,  Ham  lez- 
Juvigny  sur  la  rivière  Loison  :  pour  Ham-sur-Heare,  Ham-sur- 
Sambre,  Ham  sur  la  Somme  entre  Péronne  et  Saint-Quentin: 
pour  flamme  sur  la  Dnrrae  ;  pour  Hambach  au  S.-E.  de  Juliers, 
Hamme  au  X.  «le  Brème,  Hamm  au  S.  de  Dusseldorf,  Haam  sur 
la  Prum,  Hamm  sur  l'Alzette  à  l'E.  de  Luxembourg,  Ham  sur  la 
Moselle  à  l'E.  de  Thionville,  Hamm  sur  la  Saar  au  S.  de  Saar- 
burg  et  Hamm  sur  la  Saar  au  S.  de  Conz,  et  d'autres  encore 
dont  les  noms,  moins  probants,  ont  besoin  d'être  examines  à 
loisir? 

Cette  constatation  topographique  est  devenue  pour  nous  une 
obsession  dès  que  nous  eûmes  étudié  les  -han  du  cours  de  la 
Semois.  Dès  lors,  en  parcourant  les  cartes  pour  rechercher  des 
noms  en  -han,  nos  veux  se  portaient  instinctivement  sut'  les 
sinuosités  des  cours  d'eau  et  ont  eu  maintes  fois  le  plaisir  de  voir 
apparaître  le  Ham  confirmant  notre  conjecture;  ou  bien,  réci- 
proquement, une  liste  de  noms  nous  offrant  un  Ilam,  en  nous 
reportant  sur  la  carte,  nous  découvrions  la  boucle  el  la  petite 
presqu'île  qu'elle  enserre.  Parfois  la  localité  dénommée  est  en 
dehors  de  la  boucle  et  non  en  dedans:  mais  comme,  dans  notre 
hypothèse,  le  nom  qualifie  réellement  l'accident  de  terrain  et  non 
les  habitations,  il  peut  passer  au  groupe  de  maisons  qui  occupe 
la  convexité  aussi  bien  qu'a  celui  qui  occupe  la  concavité.  Au 
reste,  la  tyrannie  de  cette  hypothèse  ne  nous  a  pas  empêché  de 
noter  des  han  qui  ne  semblent  pas  obéir  à  cette  condition.  Car,  à 
supposer  qu'il  y  ait  quelque  chose  de  vrai  dans  le  rapport  entrevu, 
nous  ne  savons  pas  si  le  mot  han  désigne  le  phénomène  de  la 
courbure,  ou  la  concavité,  ou  la  convexité,  ou  l'eau,  ou  la  pres- 
qu'île enserrée  par  la  rivière,  ou  le  promontoire  qu'elle  contourne, 
ou  la  cavité  qu'elle  crée  dans  la  montagne.  Nous  n'avons  qu'une 
vague  indication,  qui  sera  détruite  ou  précisée  par  les  recherches 
étymologiques. 

11  nous  semble  aussi,  maintenant,  après  réflexion  sur  cette 
suggestion  de  la  topographie,  que  De  Prémorel  avait  une  concep- 
tion analogue,  lorsqu'il  assignait  à  han  le  sens  .le  trou:  mais  elle 
est  restée  plus  vague  et  il  n'a  pas  su  la  traduire.  En  effet  le  mot 
trou  dont  il  se  sert  ne  signifie  pas  nécessairement  une  caverne 
comme  le  Trou  de  Belvaux,  mais  une  cavité  ou  plutôt  une  conca- 
vité. Tel  est  bien  le  sens  du  wallon  trô,  et  c'est  une  disposition  de 
la  nature  en  concavité  qui  a  fait  donner  à  un  coin  de  la  Vesdre  le 

16 


—    2^'2    — 

nom  de  Trooz  si  bizarrement  écrit  (').  En  français  aussi,  le  mot 
trou,  dans  le  langage  du  peuple,  est  un  de  ces  mots  complaisants 
qui  dispensent  d'en  connaître  une  foule  d'autres  :  il  signifie  ouver- 
ture el  cavité,  lacune,  intervalle,  chatière  et  tanière,  petite  ville 
et  petit  logement.  La  traduction  de  han  par  trou  pourrait  s'appli- 
quer a  une  étable  a  porcs  comme  à  un  village  de  la  Semois.  C'est 
a  la  linguistique  de  préciser  davantage. 


L'étude  des  formes  anciennes  vient-elle  vérifier  le  sens  suggéré 
par  la  topographie?  Pour  aboutir  à  quelque  chose  de  probant  par 
ce  moyen,  quand  il  s'agit  de  noms  peut-être  antérieurs  à  la 
domination  romaine,  il  faudrait  trouver  des  formes  très  anciennes 
de  ces  noms.  Mais  les  cartulaires  et  les  archives  en  sont  fort 
avares.  Nous  avons  déjà  noté  le  Chambo  du  VII'  siècle  (636). 
Cette  bonne  fortune  ne  s'est  pas  reproduite.  Voici  le  peu  que  nous 
avons  trouvé  en  glanant  dans  les  cartulaires  :  ce  sont  des  nota- 
tions de  formes  peu  variées,  ou  qui  achèvent  de  compliquer  le 
problème  au  lieu  de  l'éclaircir. 

i.   Chambo,  (536  (voir  ci-dessus). 

2.  «  Hamnia  super  fluvio  Marsbeke  in  pago  tnempisco  »,  877, 
(Guérard,  p.  129)  est  Hem,  dans  un  coude  de  la  Marcq,  commune 
de  Lannoy,  dép.  du  Nord.  Ce  hamina  à  forme  féminine  peut-il 
être  assimilé  au  heim  germanique?  Oui,  si  on  le  considère  comme 
une  traduction  latine  du  moyen-néerlandais  heime,  féminin  de 
heim.  Mais  comme  on  admet  que  dans  le  Boulonnais,  de  même 
qu'en  Angleterre,  l'anglo-saxon  -hêm  aboutit  à  -hum  dans  les 
noms  de  lieux,  ce  croisement  de  formes  nous  promet  de  belles 
confusions. 

3.  «  Godefridus  et  G-elindis  domini  de  Ham  dederunt  nobis 
decimam  de  Malen  apud  Eprave,  anno  MC111  »  (De  Reiffenberg, 
Moi),  pour  servir  à  l'histoire  des  prov.  de  Namur,  Hainaut  et 
Luxembourg,  t.  VIII.  p.  55).  Il  s'agit  de  Han-sur-Lesse. 

4.  Dans  le  Cartulaire  de  Saint-Hubert  (éd.  Kurtb.  p.  107/,  le 
Hun  de  la  Lesse  est  écrit  Ham  en  11'ip.  —  On  trouve  de  même 
Godefridi  de  Ham  entre  1 189  et  1 19G  (ihid  ,  p.  173). 

5.  Han-sur-Lesse  est  aussi  Hnni  en  n39  dans  la  bulle  d'Inno- 
cent II.  que  rapporte  le  Cantatorium  S''-Hubei-1i,  éd.  K.  Ilanquet. 


('j    Voyez  dans  le  Dict.  des  Communes  belges,  de  JOURDAIN  et   Y.\.\  Stai.i.i.. 
deux  colonnes  de  lieux  dénommés  trou. 


—  243  - 

Le  même  ouvrage   donne  au   personnage   cité  plus   haut   le  nom 
de  Godofridus  de  Ham  (p.  2671. 

6.  Un  Coun  de  Ham  est  cité  en  n53  et  1172  dans  le  Cartulaire 
d'Orval,  et  serait  bien  mal  cité  si  le  Supplément  de  Deleseluse 
n'était  venu  rectifier  le  texte  du  P.  Goffinkt,  éditeur  du  Cartu- 
laire d'Orval. 

7.  «  Rupem  du  Ham  »  1173,  est  le  Ham  au  sud  de  Givet  (Goffi- 
net,  Cari.  d'Orval.  —  «  Rambaldo  de  Ham  »  est  témoin  en  u83 
(ibid.  p.  91,  92). 

8.  Dans  le  même  Cartulaire  d'Orval,  on  trouve  maintes  fois 
Hans,  en  1209,  I2i3,  I23i,  1317.  Nous  n'attachons  pas  d'impor- 
tance à  cette  s,  souvenir  de  la  forme  du  nominatif. 

9.  Bouhang  dans  le  Cartulaire  de  S'-Hubert  est  Bohan,  dépen- 
dance de  Barvaux  lez-Durbuy.  Mais  la  forme  ancienne  ordinaire 
est  Bohon.  Une  famille  noble  de  cette  région  avait  adopté  la 
graphie  Bohon. 

10.  En  i359,  Ham-devant-Marville  est  écrit  Hams  et  Hans 
(Supplément  de  Deleseluse  au  Cari .  d'Orval). 

11.  Dans  le  Cart.  d'Orval,  Marbelian  est  nommé  Mabrehan 
en  i3 1 4-  Mabrahan  en  1 3 1 4  (  >  fois),  en  i3i5  et  i3i6. 

12.  Hambrui  de  la  Chronique  de  1^02  est  aujourd'hui  Hom- 
broux.  Voyez  plus  haut  Bohon.  n°  9. 

i3.  On  trouve  Boheang  en  i326,  pour  désigner  Bohan  de  la 
Semois,  sur  une  pierre  tombale  (Tandel,  Comm.  lux.,  t.  VI, 
p.  566).  Voyez  plus  haut  Bouhang,  n°  9. 

i4-  On  trouve  une  fois  Mortehaine  pour  Mortehan,  en  1600: 
une  fois  Bihan  pour  Bihain,  en  i555,  qui  est  Busanch  en  895. 

11  serait  facile  de  triompher  de  ces  disparates  pour  en  conclure 
que  Ifam  et  Hem  à  l'Ouest,  Han  et  Hain  à  l'Est  sont  un  seul  et 
même  mot.  Pourtant,  si  on  examine  les  formes  anciennes  et 
modernes  des  noms  composés  de  -heim,  dont  il  existe  des  listes 
copieuses  dans  l'ouvrage  de  M .  Kurth  (1), 011  arrivera  à  cette  consta- 
tation que  les  noms  en  -heim  aboutissent  à  -cm,  -om,  -um  en 
pays  resté  germanique,  à  -hain,  -en.  -in,  en  pays  roman;  que  deux 
ou  trois  confusions  dues  à  des  scribes  ignorants  ou  étrangers  ne 
peuvent  infirmer  les  résultats  généraux.  Sans  doute,  dans  le 
détail,  il  y  a  toujours  lieu  de  se  défier.  De  même  (pie  l'on  trouve 
dans  les  actes  Orban,  Urban  pour  Urbain,  de  Urbanum,  de  même 


('j  Frontière  linguistique,  t.  I,  pp.  259-280. 


-  m  - 

que  panem  a  donne  pan  dans  certains  dialectes  wallons,  de  même 
hi  toponymie  pourrait  avoir  transformé  -hem  on  -hain  d'un  côte, 
en  -han  «le  l'autre.  Mais  celle  confusion,  qui  est  à  craindre  pour 
l'explication  de  quelque  nom  en  particulier,  est-cale  à  craindre 
pour  la  masse  en  général?  S'il  faut  accorder  quelque  créance  aux 
lois  phonétiques,  il  est  difficile  que  les  noms  eu  -cm,  -uni,  -om  se 
rencontrent  mélangés  dans  la  même  région  avec  des  noms  en 
-Jiuin  qui  auraient  la  même  origine.  De  même  pour  han  et  hain. 
Manaihan  et  Rechain,  qui  sont  voisins,  n'ont  pas,  en  principe,  le 
même  suffixe.  Stockem  près  d'Arlon  ne  me  paraît  pas,  phonéti- 
quement, avoir  le  même  suffixe  que  ses  voisins,  Marbehan  près 
de  la  Semois  en  pays  wallon  et  Ham  sur  l'Alzette  en  pays  alle- 
mand. Les  noms  en  -inghem ,'donl  l'origine  ne  peut  être  contestée, 
pourraient  servir  de  critérium  :  mais  il  n'y  en  a  pas  un  de  cette 
nature  dans  la  région  orientale  wallonne  et  lorraine;  point  d'  En- 
ghan  ou  Encan  qui  corresponde  à  Enghien  de  Hainaut  ou  Inghem 
de  l'arrondissement  de  Saint-Omer.  Mais,  en  revanche,  on  peut 
tirer  argument  de  ce  que  Ham  se  présente  si  souvent  sans  déter- 
minatif.  On  ne  comprendrait  guère  que  heim,  signifiant  la  maison 
d'un  fondateur  germain,  lût  exprimé  sans  indication  de  propriétai  e 
ou  sans  qualification  :  ham-,  avec  le  sens  que  nous  lui  supposons, 
peut  aller  seul.  Enfin  les  heim  sont  des  noms  de  demeures,  de 
lieux-  habités  :  ce  fait  ne  se  vérifie  pas  toujours  pour  les  han,  qui 
peuvent  désigner  des  bois,  des  promontoires  escarpés  inhabi- 
tables. Nous  tenons  donc  malgré  tout  la  différence  pour  légitime, 
et,  devant  l'insuffisance  des  textes  historiques,  nous  allons 
recourir,  pour  démêler  cet  écheveau,  à  la  méthode  comparative. 

lit. 

Le  mot  han  ne  peut  appartenir  qu'à  l'une  des  trois  sources 
suivantes  :  germanique,  celtique,  latine.  Le  latin  ne  nous  offrira 
rien  de  satisfaisant,  sans  quoi  l'étymologie  serait  transparente. 
Reste  donc  à  chercher  du  côté  celtique  et  du  côté  germanique. 

D'abord,  pour  ne  pas  commettre  la  faute  d'investiguer  bien 
loin  en  dédaignant  ce  qui  est  à  portée  de  la  main,  est-ce  (pie  han 
ne  peut  pas  être  assimile  à  quelque  nom  wallon  d'origine  germa- 
nique? 

Le  wallon  et  le  lorrain  possèdent  en  effet  un  substantif  han, 
peu  connu  et  encore  très  obscur,  qu'il  convient  d'examiner. 

Le  Dict.  wall.  de  Lobet  (p.  i<So)  avait  inscrit  un  mot  et  han, 
qu'il    traduisait    par  des    verbes    :    mettre   en    train,   commencer, 


—  245  — 

encourager,  etc.  Trop  peu  défiant  des  habitudes  graphiques 
de  Lobet,  Grandgagnage  a  inséré  ethan  dans  son  dictionnaire 
étymologique  (11,  523),  sans  comprendre  l'énigme.  Il  s'agit  d'une 
impression  mèie  è  han,  qui  signifie  :  mettre  en  place,  met  lie 
en  train  (qqch.),  mettre  (qqn)  au  courant,  mettre  (deux  personnes) 
en  rapport.  Han  a  ici  le  sens  général  de  lieu  à  soi,  lieu  qu'on 
connaît  bien,  qu'on  aime,  où  l'on  est  à  son  aise  et  dont  on 
sait  user  à  sa  jouissance:  puis  celui  de  :  état  de  la  maison, 
ses  recoins  et  ses  êtres,  l'usage  familier  de  ce  qu'elle  contient  : 
par  extension  le  trantran  journalier  des  choses,  la  pratique  facile 
d'une  opération.  Ritoumer  è  han  signifie  :  se  remettre  dans 
le  train,  dans  le  cours  des  choses,  reprendre  le  pli  (l).  Ainsi 
interprété,  han  représente  bien  le  mot  heim,  qui,  décidément,  ne 
veut  point  nous  lâcher. 

A  l'ouest  de  Liège,  cortr  lès  hons,  qu'on  pourrait  traduire 
vaguement  par  «  courir  la  prétantaine  »,  doit  aussi  se  ramener  a 
han.  Le  sens  réel  est  «  aller  hunier  (courtiser  les  filles)  de  maison 
en  maison  ». 

Le  lorrain  a  possédé  han  au  sens  de  «  fréquentation  »  : 

Elle  ooûreût  dédjè  nue  so  bel  émorous 
tchârtcheuse  vitemant  d'awè  lo  han  tcheuz  ous  (2). 

Au  reste,  en  wallon,  le  mot  n'existe  plus  guère  que  dans  deux 
cas  :  i°  comme  expression  toponymique  :  Han  des  pôrcês  (enclos 
des  porcsj,  dépendance  de  Steinbach,  connu,  de  Limerlé  ;  Hun 
des  leûs  à  Ensival  lez-Verviers ;  Han  des  vès  (parc  des  veaux), 
près  de  la  Barrière  de  Champion;  autre  Han  des  ors  a  Roy  (prov. 
de  Lux.,  arr.  de  Marche,  sur  la  hauteur  qui  domine  Liguières  du 
côté  de  Chéoux  et  de  Hodisteri;  2"  au  sens  de  poulailler,  et 
surtout  de  soue  ou  bauge  du  pore,  vulgairement  toit  de  porc  :  hun 
d'  pores  à  Fayinonville,  Wallonie  allemande  (J.  Bastin,  Vocab., 
p.  52),  han  ou  hà  d'  pourras  à  Polleur,  à  Solwaster,  à  Stavelot. 
Ailleurs  on  dit  ran,  notamment  à  Namur,  mot  que  nous  trouvons 


11)  Le  mot  passe  donc  ainsi,  insensiblement,  du  sens  de  l'objet  au  sens 
de  l'action.  C'est  de  la  même  façon  que  main  finit  par  signifier  maniement. 
Le  peuple  11e  fabrique  pas  beaucoup  de  mots  abstraits,  il  se  serl  de  ses  mots 
simples  :  avoir  la  main,  perdre  la  main  aux  cartes),  la  main  de  l'artiste, 
avoir  une  belle  main,  la  main  d'œuvre,  main-levée,  main-mise. 

(*)  «  Elle  voudrait  déjà  (pie  son  bel  amoureux  cherchai  vite  a  obtenir  ms 
entrées  chez  eux  ».  Poème  de  Tchan  Heurlin,  édition  de  Darras,  i865,  p.  l5. 
J'ai  dû  modifier  l'orthographe. 


—  246  - 

écrit  erronément  rang  dans  des  annonces  de  journaux  (  «  dalles 
pour  rangs  de  porcs  »  ).  Enfin,  en  pays  gaumais,  on  dit  aran  : 
«ène  tchambe  coume  èn-aran  <T  pouchés».  Nous  croyons  que  han, 
r;m  e1  aran  sont  de  même  origine  :  i°  le  han  des  loups  est  le  lieu 
hante  par  les  loups,  le  heim  ou  le  home  des  loups,  et  /ian  doit 
être  ramené  au  wallon  et  français  hanter,  fréquenter;  2°  ran  est 
un  substantif  composé  du  préfixe  re  et  de  han  dont  le  h  s'amuït 
dans  le  Sud;  3°  aran  est  le  lieu  où  on  met  les  porcs  à  r'han  ou  en 
r'han.  Faymonville  a  même  le  verbe  sœ  r'hém'ter,  retourner 
dans  son  «  home  »  (.1.  Bastin,  Vocab.). 

Mais  hanter  nous  t'ait  remonter  au  heim  g-ermanique,  de  même 
que  hameau;  et  ainsi  cette  racine,  éconduite  une  première  fois, 
nous  revient  par  un  détour.  Accordons-lui  donc  l'attention  qu'elle 
réclame.  Le  substantif  heim  existe  au  sens  de  maison,  habitation, 
demeure,  maison  paternelle,  quelquefois  village,  dans  le  gothique 
sous  la  l'orme  haims,  en  ancien  et  moyen  haut-allemand  sous  la 
forme  heim,  en  moyen-néerlandais  sous  les  formes  heime. 
heim,  en  ancien-saxon  sous  la  forme  hem,  en  ancien-frison  sous 
les  formes  hdm,  hem  ;  en  anglo-saxon  on  trouve  hdm,  qui  devient 
en  anglais  home,  mais  hdm  est  resté  dans  les  noms  de  lieux  en 
Angleterre  et  dans  le  Boulonnais  (Pas-de-Calais).  En  pays  flamand, 
heim  suffixe  est  devenu  -hem,  -em,  -ani,  -om.  -uni.  En  pays 
wallon,  il  suffit  de  citer  Dolhain,  qui  est  parfois  nommé  Dalhem 
dans  les  documents  de  langue  germanique,  Reehain  qui  est 
Richeim  en  888  (( Irandgagnaol;,  Mémoire...,  p.  5o,),  Houtaing 
(Hainaut)  qui  est  Hultheim  en  847  (Duvivier,  Ilainaut  ancien, 
p.  299),  Herhain  (commune  de  Flamierge,  Luxembourg).  Sauf 
ce  dernier,  les  noms  en  -hain  appartiennent  au  Nord  de  la 
province  de  Liège,  au  Brabant  wallon,  au  Nord  de  la  province  de 
Ilainaut;  ils  sont  la  continuation  du  flot  des  heim  d'origine 
franque. 

Mais  on  peut  objecter  qu'au  Sud  le  mot  a  pris  une  autre  forme 
et  que  c'est  parce  que  nous  refusons  de  le  reconnaître  dans  han 
que  nous  nions  son  existence.  Soit,  admettons  l'objection.  Nous 
ne  nions  pas  que  le  han  substantif  wallon  signifiant  enclos  ou 
étable  à  porcs,  qu'il  faut  bien  distinguer,  ne  fût-ce  que  momenta- 
nément, du  suffixe  toponymique,  ne  soit  de  même  racine  que 
hanter  et  que  -hain.  Mais  si  han  et  -hain  coexistent  au  même 
endroit,  ils  s*1  sont  rejoints  par  des  voies  différentes  :  -hain  vient 
du  Nord,  han  et  hanter  avec  leur  voyelle  a  nous  viennent  proba- 
blement, par  un  emprunt  ancien,  du  Sud-ouest.  Le  français  a  pris 


-  247  - 

hanter  (')  au  ham  normand,  et  de  même  hameau.  Nous  devons 
sans  doute  à  la  même  région  nos  termes  hanter,  han,  hametê, 
hametia,  hamoûl,  dont  les  derniers  existent  encore  dans  les 
noms  de  localités  wallonnes  Hamptêau  sur  l'Ourthe,  Hampteau 
dépendance  de  Opheylissem  (Brabant),  Hamoul  dépendance  de 
Rendeux  sur  l'Ourthe  (Lux.),  Eamtia  dépendance  de  Floreffe 
Namur).  La  phonétique  n'empêcherait  donc  pas  -han  suffixe  topo- 
nymique  d'avoir  la  même  origine  ;  c'est  la  topographie,  c'esl 
l'histoire  qui  nous  les  montrent  autrement  situés  et  pins  anciens, 
et  qui  nous  font  croire  que  l'identification  serait  superficielle  et 
fausse.  D'autres  racines  d'ailleurs  que  heim  réclament  aussi  un 
examen  :  tant  que  eet  examen  n'est  pas  t'ait,  il  serait  prématuré 
de  conclure.  Passons-les  donc  en  revue. 

En  Allemagne,  il  y  a  des  noms  en  -hain  d'autre  origine  que  les 
nôtres  :  -hain  y  provient  d'une  contraction  de  hagin,  hagen,  au 
sens  de  bois  sacré,  bosquet  (').  Aucun  rapport  visible  avec  notre 
-han. 

Puis  il  y  a  le  flamand  hain,  luxembourgeois  hâm,  qui  est  en 
anglais  ham,  en  allemand  hanune.  Ce  dernier  a  d'ailleurs  plu- 
sieurs sens  qu'il  nous  importe  de  noter  :  i°  kniebug',  pli  du 
genou,  jarret;  hinterkeule,  jambon  de  derrière;  3°  dos  d'une  faux. 
Dans  le  dialecte  d'Eupen,  hainin  signifie  vorderschinken,  jam- 
bon de  devant.  Retenons  ce  sens  général  de  courbure  ou  chose 
arrondie. 

L'allemand  haintnel,  mouton,  est  un  ancien  adjectif  signifiant 
châtré.  Il  a  pour  dérivé  hàmling  ou  hàmmling.  De  la  le  wallon 
hameler,  châtrer,  et  hamelète,  couteau  à  châtrer,  a  lame  émoussce, 
mauvais  couteau.  Aucun  rapport. 

Il  y  a  trois  hamen  :  l'un  signifie  truble,  filet  de  pécheur  dont 
les  bords  sont  attachés  à  un  cercle  de  fer  muni  d'un  manche, 
moyen  haut-ail.  ham.  haine,  néerlandais  haam  :  le  second  est  bra 
duit  par  tonnelle  dans  Mozin;  le  troisième  est  défini  par  hangel- 
hacken,  crochet  de  l'hameçon,  en  flamand  haam.  Ce  troisième 
est  peut-être  un  mot  différent  apparenté  an  latin  h  a  m  uni.  fran- 
çais haim,   hain,   dérivé  hameçon,  wallon   hain   prononce  in 


(h   Ce  verbe  doit   être   un  fréquentatif,   «le   la   forme   'hamitare,  ou  un 
dérivé  du  diminutif  *hami  ttum,   nécessaire  d'ailleurs  pour  expliquer  le 
«r.  hametê.  hamètia.   Le  p  «le    Hampteau   a    la    même   origine   que   celuj  de 
dompter,  domitare. 
-    (2)  Cf.  Fôbstemann,  II,  63o  :  Weigakd,  v°  hain. 


—  248  — 

à  Laroche  on-in  d'anglais  =  un  hameçon  anglais).  Si  l'on  noie 
({lie  /ia/n-truble  signifie  aussi  involucre,  coque,  peau  ou  sac 
enveloppant,  qu'il  a  pour  dérivés  par  exemple  le  wallon  hamelète 
coiffe,  l'allemand  hemd  chemise,  on  reconnaîtra  dans  tous  ces 
mots  une  idée  commune  :  celle  d'enveloppement  et  d'incurvation. 
C'est  encore  l'idée  renfermée  dans  les  termes  suivants  :  ham,  m. 
(dialecte  d'Eupen),  collier  de  cheval,  flamand  haam,  n.;  hammer, 
cuissot  ^\c  sanglier;  le  flamand  inharii,  anse,  baie,  golfe;  l'alle- 
mand hàmisch  défini  par  Mozin  :  malin,  subtil,  qui  contient  la 
même  image  (pic  le  français  retors,  le  wallon  toùrsiveùs.  Au 
contraire,  il  faut  éliminer  le  ham  de  l'allemand  hambrei  qui  est 
une  déformation  de  hahnbrei,  celui  de  hambuche,  déformation  de 
haguebuche,  celui  de  hambutte,  déformation  de  haguebutte.  J'ai 
trouvé  la  même  assimilation  à  Heusy  (lez-Verviers)  dans  un  nom 
propre  germanique  :  Youmblut  pour  Jungblut.  Kiliaan  fournit 
encore  Hamme  :  pars  abscissa  rei  cibariœ,  frustum  esculentum, 
où  je  vois  l'idée  de  coin,  languette.  Enfin  Du  Cange  transcrit  un 
Hanuna,  franc,  hamme,  qu'il  définit  portio  et  modus  agri;  mais 
cette  définition  probablement  imparfaite  doit  être  éclairée  par 
les  exemples  :  i°  «  Terrain  suam...  cum  omnibus  domibus,  quaj 
in  ea  sunt,  et  cum  duabus  hammis,  qua»  sxxntjuxta  font  cm  Chante 
et  pertinent  ad  praedictam  terrain  »  ;  —  2°  «  Tenet  in  dominico 
unum  messuagium,  et  in  Le  Hamme  16  acras.  .  Tenet  juxta 
Hamme  duas  acras  ».  Le  Hamme  est  une  localité  dont  le  texte 
n'indique  pas  la  situation  ;  mais,  dans  la  première  phrase,  si 
hammis  ne  désigne  pas  deux  masures  de  moindre  importance  que 
les  domibus,  on  peut  comprendre  qu'il  s'agit  de  deux  languettes 
de  terrain  dévalant  à  une  source.  En  dépit  de  tout  ce  qui  peut 
rester  d'indéterminé  dans  le  détail,  il  paraît  évident  que  nous 
pouvons  dégager  de  ces  exemples  une  racine  ham  dont  le  sens 
général  correspond  exactement  à  ce  que  nous  cherchions. 

Il  ne  faut  que  se  poser  la  question  pour  retrouver  ce  ham  en 
latin  dans  la  racine  cam-  de  caméra,  et,  si  elle  existe  en  celtique, 
c'est  aussi  sous  la  forme  cam-  que  nous  devons  la  retrouver, 
parce  «pic,  au  h  initial  germanique  correspond  en  phonétique  indo- 
européenne,  un  c  en  grec,  en  latin  et  en  celtique  Comme  ce  sens 
cadre  merveilleusement  avec  la  situation  topographique  de  nos 
localités  en  -ham,  il  vaut  la  peine  de  pousser  plus  loin  l'étude  de 
cette  racine. 

Le  précieux  Alt-keltischer  Sprachschatz  de  Holder  restitue  un 
adjectif  celtique  *cambos,    f.   camba,  n.   cambon,  qu'il   tra- 


—  249   — 

■  luit  par  krunun.  Cette  restitution  est  basée  sur  l'existenee  de 
l'ancien-irlandais  camm,  nouvel-irlandais  cam,  le  kynirique  camm, 
le  moyen-breton  cam,  kam,  breton  de  Léon  kamm,  le  comique 
cani,  et  sur  des  dérivés  nombreux  qui  ne  peuvent  s'expliquer  sans 
cet  adjectif. 

La  forme  *cambâ  a  donné  au  latin  de  Vegèce  gamba,  d'où  le 
français  jambe.  Le  Dictionnaire  général  l'ait  venir  gamba  du 
grec  y.y.y-r,  courbure;  c'est  sans  nécessité  :  xap/rcr,  est  bien  de  la 
famille,  mais  l'ancêtre  du  mot  latin  est  plutôt  gaulois.  Quoi  qu'il 
en  soit,  jambe  ne  signifiait  donc  pas  le  gros  de  la  cuisse,  ou  le 
membre  en  longueur,  mais  la  courbure  du  membre,  et,  primitive- 
ment, la  seule  courbure  du  cou-de-pied,  comme  le  montre  un 
passage  de  Vegèce  Ci  et,  bien  plus  tard,  la  définition  de  Sau- 
maize  (2). 

*Cambâ  est  aussi  traduit,  ce  qui  nous  intéresse  particulière- 
ment par  radki'iimmiing,  felge,  c'est-à-dire  jante.  Le  mot  jante 
lui-même  doit  venir  d'un  dérive  gambïta,  d'où  aussi  le  wallon 
tchame  et  son  dérivé  ardennais  tchamelon  (qui  a  les  jambes 
arquées). 

Le  celtique  camb/tos,  avec  assimilation  cammïtos,  courbure 
d'un  objet,  a  donne  au  latin  canthus,  au  français  chant  et 
chanteau  (poser  une  brique  sur  chant,  poser  une  médaille  de 
chaut).  Ce  mot,  d'ordinaire  écrit  champ  par  confusion,  le  Dict. 
gén.  le  fait  venir  du  grec  xâvOoç,  coin  d'un  objet,  par  le  latin 
canthus,  cercle  de  fer  de  la  roue;  mais  l'emprunt  pourrait  s'être 
fait  à  l'inverse,  ou  encore  il  pourrait  ne  pas  y  avoir  eu  d'emprunt 
du  tout,  la  même  racine  se  retrouvant  à  la  fois  en  gaulois,  en 
latin,  et  en  grec.  A.  la  racine  cam  appartiennent  encore  les  mots 
caméra,  chambre,  cambrer,  cambrure,  cambiare,  changer. 
change,  camion,  camus  et  camard,  cant,  canton,  cantine,  chan- 
tier, chantourner,  chambranle,  cam  in  us,  chemin,  cheminée. 
Ce  serait  un  jeu  d'aligner  encore  plusieurs  douzaines  de  mots 
grecs  et  latins  qui  procèdent  de  la  même  racine.  Nous  renvoyons 
aux  dictionnaires  et  nous  retournons  en  pays  celtique. 

Un  grand  nombre  de  noms  de  lieux  en  camb-  sont  disséminés 
dans  toute  la  région  que  les  Celtes  ont  occupée  avant  l'inva- 
sion germanique  en  Europe.  Nous   nous  contenterons  d'en   citer 


(')  Veget.  Mulom.  12,  uK,  'JS  :   inflexione  geniculoruin  atque  gambarum. 
(')  «  Articulation  qui  relie  le  tibia  au  pied  ».  S.umaizk  dans  Dr  C.vvu.. 


—  25o  — 

quelques-uns,  renvoyant  pour  le  détail  à  la  copieuse  e1  si  pré- 
cieuse collecl  ion  de  Holder. 

Avec  le  thème  (h/non  est  formé  le  gaulois  cambo-dwnon,  arx 
curva,  burg  dans  une  anse  de  cours  d'eau.  D'Arbois  de  Jubain- 
ville,  qui  voit  partout  des  noms  gentilices,  le  traduit  à  tort  par 
Cambi  castriim.  Ce  fui  1<'  nom  :  i°  d'une  ville  des  Brigantes  en 
Bretagne,  que  Ptolémée  (II,  3,  to)  nomme  Camoulodounon,  le 
géographe  de  Ravenne  Camulodono,  et  Bède  (Hist.  cales.,  2,  14) 
Carapodono;  20  d'une  ville  de  Vindélicie,  aujourd'hui  Kempten 
auf  dem  Lindenberg,  en  Souabe,  sur  Piller  supérieur  (Strabon, 
IV,  6,  8);  3°  il  y  a  aussi  un  Kempten  à  l'embouchure  de  la  Xahe 
dans  le  Rhin,  dont  nous  ne  connaissons  pas  les  noms  anciens; 
4"  de  Camulodunum,  Colchester,  dans  l'Essex  (Pline,  //.  N  ,  11, 
77,  187;  Tacite,  Ann.,  XII,  32).  A  ces  formes  celtiques,  Ernaull 
compare  les  formations  germaniques  Hambden,  Hambourg. 

A  l'aide  du  thème  ronno,  ronna,  cours  d'eau,  ont  été  formés  les 
Cambron,  les  Chambron  et  Chambrun,  les  Cambronne, 
noms  qui  signifient  «  cours  d'eau  à  méandres  »  avant  de  passer  à 
l'une  ou  l'autre  localité  habitée  sise  sur  ces  cours  d'eau.  Citons  en 
témoignage  la  mention  ancienne  relative  à  notre  Cambron  du 
Ilainaut  :  «  in  loco  qui  appellatur  Cambaronna  super  fluvium 
Asbra  »  (')  (Duvivier,  Hainaut  ancien,  p.  3o6). 

Cambrai  est  le  celtique  Camaracus.  La  Camargue  est  le 
celtique  Camarica  (insula).  Les  Chambord,  Chainbort, 
Chambourg  viennent  de  Camborîtus,  gué  de  la  courbe.  Les 
Chambéry  sont  issus  de  Cambariâcus;  Chaingy  (Loiret)  et 
Changy  (Allier)  de  Cambiâcum.  Citons  encore  Chambyge, 
Chambourcy,  Chamboulive,  Cli  ambouchard,  Cham- 
brecy,  Chandeuvre,  en  France,  d'après  l'ouvrage  de  Holder. 
Des  cours  d'eau  ont  retenu  ce  nom;  la  Cambre,  entre  le  Mans 
et  Avranches;  le  Câmm,  en  Bretagne;  le  Chamh,  affluent  du 
Regen ;  le  Kembs,  affluent  de  gauche  du  Rhin  au  X.  de  Baie; 
!•'  Kamp,  cours  d'eau  de  la  Basse-Autriche.  Au  même  radical 
semblent  se  rattacher  la  Cambre,  aux  portes  de  Bruxelles; 
aleCambe,  1.  d.  à  Dottignies,  Fl.occ.  (Kurth,  F.  L.,t.  1,  p.  218); 
Cambrehout,  Pas  de  Calais,  S'-Omer  (Kurth,  F.  L.,  t.  I,p.  372); 


('  Ancien  nom  d'une  «les  branches  de  la  Demlre,  de  Asb-uva^  qui  a  laissé 
son  nom  au  village  d'Arbre.  —  M.  Kurth  range  indûment  Cambronne  dans 
les  noms  à  suffixe  -bvoiuie  source  {Front,  ling.,  t.  I.  p.  353)  et  ajoute  en 
note  que  Cambron  n'a  rien  à  voir  avec  Cambronne. 


—    25l    — 

les  deux  Comblain,  sur  l'Ourtlie;  Chambralle,  sur  l'Am- 
blève;  Cambrouille,  1.  d.  à  Fauvillers;  la  Combroux,  L  d.  à 
Halanzy  (Kurth,  ibid..  t.  I,  p.  46):  Combroye,  I.  d.  à  Longvilly 
(ibid.,  p.  79):  sur  les  Cobrues,  1.  d.  à  Limerlé  (ibid.,  p.  87). 
La  Cabre.  1.  d.  à  Pussemange  (Tandel,  Comm.  lux.,  t.  VI 
p.  664). 

11  a  pu  se  faire  aussi  que  maints  Chamb  ont  été  écrits  Champ, 
comme  s'ils  venaient  de  campus,  et,  lorsque  l'on  n'est  pas  eu 
possession  de  quelque  texte  ancien  fournissant  la  forme  réelle,  on 
ne  peut  rien  soupçonner  de  leur  origine.  De  ce  genre  serait  Le 
Champ-près-Froges,  département  de  l'Isère,  arrondissement  de 
Grenoble,  qui  est  (ïambe  en  739  11),  Champ-hâ,  aux  Tailles  (Lux.  . 

Sera-t-il  téméraire,  après  ces  nombreuses  analogies,  de  conjec- 
turer que  le  nom  de  la  villa  Chambo  super  Ortho  fluviolo  de  636, 
—  que  déjà  M.  Kurth  refusait  d'assigner  aux  -heim  sans  avoir 
pourtant  de  solution  positive  qui  le  sollicitât  en  sens  inverse,  — 
se  rattache  à  cette  racine  indo-européenne  qui  se  présente  en 
celtique  sous  les  formes  camb,  camm,  cam,  en  germanique  sous 
les  formes  hamm,  ham?  Ensuite,  puisque  ce  Chambo  ne  peut  être 
que  Grand-Han  ou  Petit-Han  sur  l'Ourthe,  ne  faudra-t-il  pas 
assigner  aux  autres  han  la  même  origine? 

Mais,  en  acceptant  cette  hypothèse,  la  solution  reste  encore 
indéterminée.  Lst-ce  au  domaine  celtique,  est-ce  au  domaine 
germanique  qu'on  assignera  le  suffixe?  D'un  côté,  Chambo  avec 
son  ch  initial  a  bien  l'aspect  celtique  ;  mais  il  n'en  est  pas  de 
même  des  autres  han,  avec  leur  h  initiale  et  l'absence  du  b. 

La  contradiction  n'est  pas  impossible  a  résoudre.  Le  Chambo  du 
vne  siècle  s'explique  facilement  si  on  se  rappelle  que  l'aspiration 
initiale  des  noms  germaniques  à  l'époque  mérovingienne  était  si 
rude  aux  oreilles  latines  que  les  chroniqueurs,  pour  représenter 
ce  son  en  leur  latin  où  h  n'avait  plus  de  valeur,  l'ont  figure  le 
plus  souvent  par  ch.  Ils  écrivent  Chlodovecus,  Chlotarius, 
Chlodomir,  «le  la  racine  germanique  hlodo.  Cec/i  ne  représente 
pas  du  tout  la  palatale  chuintante  ch  du  français,  mais  une 
spirante   gutturale    sourde.    C'est   de   pareilles   graphies    latines. 


(MHoldek.  d'après  Pakdkssis.  Diplom.,  n"  55g,  =  t.  II.  ]>.  372.  -  De  ce 
genre  serait  encore  Camba  in  Dionante,  que  Holder  rapporte  à  Champ. 
dépend,  de  Champneuville  1  Meuse),  d'après  Pardessus,  Diplom.,  ti°  325, 
année  656,  =  t.  II.  p.  io3.Mais  cette  identification  est  repoussée  par  Kurth, 
Frontière  linguistique,  t.  I.  p.  4<i;.  qui  rapporte  Dionante  à  Dinant. 


—    252    — 

mal  interprétées,  que  nous  sont  venues  les  traductions  modernes 
Clovis,  Clotaire,  Clodomir,  qui  sont  purement  livresques.  Dans 
les  noms  de  lieux,  M.  Kurth  nous  fournit  encore  deux  autres 
mots  qui  sont  figurés  par  ch  au  lieu  de  h  :  ce  sont  Choio  pour 
Hoio,  Huy,  et  Chandregia  pour  Handreia,  la  ILedree,  affluent  de 
la  Loinme.  Note/,  (put  l'Allemand  a  encore  aujourd'hui  l 'habitude 
île  représenter  diverses  spirantes  par  ch  :  ich,  dich,  noch,  Tuch. 
pliant  a  mb  de  Chanibo,  on  peut  dire  que  mb  alterne  si  souvent 
avec  mm  dans  les  langues  les  plus  diverses  qu'on  ne  saurait  tirer 
aucune  conclusion  sérieuse  de  la  présence  du  b  pour  assigner  la 
forme  chambo  au  celtique  plutôt  qu'au  germanique.  Donc  :  i°  nous 
ne  voyons  pas  de  discordance  irréductible  entre  cette  forme  et  les 
autres  noms  en  han;  2°  la  phonétique  nous  force  à  dire  que  han 
porte  la  marque  germanique". 

VI. 

On  voudrait  pénétrer  plus  avant  dans  le  problème,  savoir  à 
quelle  époque  ces  noms  ont  été  créés,  en  d'autres  termes  savoir, 
au  profit  de  l'histoire  de  la  colonisation  de  notre  pays,  quel 
peuple  a  fondé  les  villages  en  -han  de  la  Semois  et  d'autres  cours 
d'eau  de  notre  région  transrhénane,  et  vers  quelle  époque.  Ques- 
tion délicate  et  complexe. 

Nous  invoquerons  d'abord  des  arguments  d'ordre  historique. 
On  a  relevé  tant  de  traces  d'habitation  celtique  dans  notre  topo- 
nymie ardennaise  :  à  qui  fera-t-on  croire  que  la  Semois,  l'Ourthe, 
la  Lesse,  la  Chiers,  la  Sambre  ont  attendu  les  Germains  pour 
recevoir  des  habitants  dans  leurs  plus  belles  anses  de  rivière? 
Cette  considération,  qui  ne  serait  pas  probante  pour  une  localité 
isolée  comme  Laroche  ou  Rochefort,  est  invincible  quand  on 
table  sur  un  ensemble  comme  celui  des  -han  de  la  Semois.  D'autre 
part,  si,  au  sud  de  la  frontière  linguistique  et  de  la  zone  d'occupa- 
tion germanique  en  niasse  compacte,  des  seigneurs  germains  ont 
pu  imposer  parfois  aux  populations  environnantes  un  nom  germa- 
nique pour  leur  habitation,  ce  phénomène  n'a  pu  se  produire  en 
aussi  grande  proportion  que  le  feraient  supposer  le  nombre  et  la 
dissémination  des  -han. 

La  linguistique  nous  offre  encore  un  moyen  d'investigation  : 
c'est  de  voir  à  quels  ternies  han  est  préfixé  ou  suffixe. 

Le  l'ait  que  la  plus  grande  partie  de  ces  lieux  portent  le  nom  dé 
Han  on  Ram  tout  court,  sans  être  précédé  d'une  détermination, 
nous    t'ait  croire   que   nous  avons  affaire  en   ce  cas  à  de  vieilles 


—  253  — 

formes  déjà  devenues  noms  propres  a  l'époque  de  la  composition 
germanique,  à  des  mots  figés,  n'étant  plus  susceptibles  de  rece- 
voir une  détermination  individuelle.  Ces  déterminations  sont 
parfois  venues,  mais  beaucoup  plus  tard,  inventées  au  fur  et  à 
mesure  que  les  distinctions  s'imposaient.  Dans  la  dénomination 
Han  devant  Marville,  l'addition  devant  Mai-ville  ne  tient  pas  plus 
au  nom  que  lez-Spa  ou  lez-Verviers  accolés  à  Sart  ou.  à  Lamber- 
mont;  elle  est  une  spécification  géographique  récente.  De  même 
dans  Grand-IIan  et  Pelit-Han,  il  est  évident  que  grand  et  petit 
ne  sont  nullement  contemporains  de  Han.  Il  en  est  de  même  si 
l'on  rencontre  quelque  part  un  niederham  et  un  oberham.  De 
pareils  déterminatifs  ne  nous  enseignent  rien  sur  l'origine  de  han. 
Il  faut  étudier  des  formes  de  composition  plus  intime. 

On  trouve  han  suffixe  a  un  premier  terme  dans  Bohan,  Dohan, 
Nohan,  Lohan,  Bienhan,  Briahan,  Poupehan,  Dornhan,  Libé- 
han,  Reméhant,  Erlehan,  Daviha.  Quelques  uns  de  ces  noms 
nous  suggèrent  une  explication  plausible,  sinon  exacte  :  Dornhan 
a  bien  l'air  d'être  le  han  aux  épines,  Erlehan  le  han  des  aunes. 
11  y  a  peut  être,  un  nom  de  possesseur  dans  Bienhan  (comparez 
J?er/ie ville),  Poupehan  (Poppo),  Libéhan  (Libert),  Reméhan 
(Remy),  Daviha  (David):  toutefois,  en  l'absence  de  formes  assez 
anciennes,  ces  explications  demeurent  spécieuses.  Mais  que  faire 
d'éléments  aussi  laconiques  que  Bo-,  Do-,  No-,  Lo-1  Frahan 
semble  composé  avec  l'adjectif  gaumais  fra  —  froid  :  ce  han  est 
en  effet  orienté  vers  le  nord.  Morsehan  et  Mortehan  paraissent 
aussi  des  formations  romanes,  seulement  plus  anciennes  que 
Grand-Han,  avec  les  participes  féminins  morse,  mordue,  corrodée, 
et  morte.  Le  substantif  han  serait  ici  employé  au  féminin  comme 
encore  dans  le  lieu  dit  la  vieille  han,  que  note  M.  Roger  ('), 
phénomène  qui  ne  se  produit  jamais  pour  han  nom  commun  signi- 
fiant demeure  et  issu  de  heim.  Quant  à  Marbehan,  qui  est  en  i3oo, 
Marbehayn,  en  i3i4  Mabrehan,  Mabrahan.  Maberhan.  sans  parler 
d'un  hypothétique  Mambrant  de  1270.  nous  ne  savons  s'il  faut 
l'expliquer  par  inabru  (malum  brogilum,  mau-breuil)  ou  par  Mar- 
bay,  qui  doit  avoir  été  un  ancien  nom  de  la  rivière  de  Mellier. 
Cet  examen  d'un  premier  terme  annexé  a  -han  nous  montre  deux 
sortes  de   mots;   les   uns   échappent    aux    règles   de  composition 


(!)  L.   Roger,  ouv.  cité.   p.  275.  L'emplacement  n'est  pas  spécifié.   C'est, 
d'après  Tandel,  la  place  primitive  de  Han-lez-Tintigny. 


-  254  - 

germanique,  Vieille  Han,  Morte-han,  Morse-han,  peut-être  Fra- 
han  ;  les  autres  sont  de  formation  assez  ancienne  pour  que  le  déter- 
minant ne  se  laisse  plus  pénétrer. 

Voyons  maintenant  si  les  formes  qui  se  servent  de  han  comme 
déterminai  il'  ou  premier  terme  ne  nous  apporteront  pas  quelque 
lumière.  La  liste  n'en  est  pas  longue  :  ce  sont  bach  (bay,  ba), 
berg,  burg',  boek,  boni,  bosch  (beux),  braine,  brouck,  brui  ibru), 
buch,  hof,  weiler,  wez.  Presque  tous  sont  d'origine  germanique 
et  de  ceux  qui  ont  servi  pendant  longtemps  dans  la  nomenclature 
toponymique,  de  sorte  que  l'on  ne  pourrait  rien  induire  de  la 
plupart  sur  l'ancienneté  du  ham  ou  han  qui  y  est  annexé.  Les 
plus  anciens  de  ces  termes  sont  ceux  qui  ont  servi  à  dénommer 
une  rivière,  une  montagne,  parce  que  de  pareilles  désignations 
sont  le  fait  des  premiers  habitants  ou  des  premiers  envahisseurs 
qui  se  sont  peu  à  peu  substitués  à  l'antique  population  :  Iluni- 
bach,  Ilamba,  Hamberg,  Hamburg,  Hambosch,  Hambeux.  Mais  on 
peut  objecter  contre  cette  présomption  d'ancienneté  que  hambach 
n'indique  pas  nécessairement  le  ruisseau  d'un  Ham  dénommé  et 
connu,  de  fondation  antérieure,  mais  peut  signifier  ruisseau 
sinueux,  ruisseau  aux  méandres  ou  hans,  à  la  façon  du  gaulois 
cambaronna  :  dans  cette  hypothèse,  han  est  un  terme  vivant,  de 
la  langue  courante,  qui  est  employé  comme  qualificatif  du  second 
terme,  il  n'indique  pas  un  lieu  dénommé  antérieurement.  Ce  sera 
bien  là,  en  effet,  le  cas  ordinaire.  Mais  il  y  a  un  cas  intermé- 
diaire :  hambosch  n'est  pas  obligé  de  signifer  «  bois  de  Ham  »  ni 
«  bois  sinueux  »,  mais  bois  du  han,  situé  an  han  ou  sur  le  han, 
c'est-à-dire  à  la  courbe;  hamwez  sera  le  ce  gué  du  han  »,  non  le 
«  gué  de  Han  ».  Mais  cette  considération  n'est  pas  de  nature  à 
rejeter  han  dans  un  lointain  passé,  il  suppose  au  contraire  l'exis- 
tence d'un  han  nom  commun,  masculin  ou  féminin,  qui  a  été 
employé  dans  la  zone  romane  soumise  à  l'influence  des  Germains. 
Soit,  mais  ce  nom  a  été  assez  rare  et  assez  localisé,  il  s'est  éteint 
assez  tôt  pour  ne  pas  avoir  été  recueilli  par  les  lexicographes. 
A  l'époque  des  manuscrits  et  des  chartes  que  dépouille  Du  Cange, 
ce  han  est  bien  mort,  on  ne  le  trouve  plus  que  dans  des  noms 
propres  où  Du  Cange  le  confond  avec  ham  issu  de  heim.  11  n'est 
donc  pas  vrai  de  dire  que  han  est  contemporain  de  burg,  berg, 
weiler,  wez,  etc.  11  lui  est  antérieur,  et,  après  avoir  servi  à 
dénommer  une  foule  de  lieux  sans  autre  détermination,  il  a  été 
employé  comme  terme  déterminatif.  Mais  la  réciproque  n'est  pas 
vraie  :  han  n'est  plus  assez  vivant  pour  qu'on  s'en  serve  comme 


—  255  — 

terme  unique  ou  comme  terme  fondamental.  Si  on  trouve  han- 
weiler,  a  le  village  du  han  »,  on  ne  trouve  pas  wei/e/-  han,  «  le  han 
du  village»;  si  on  trouve  hambach,  «le  ruisseau  du  han»  ou 
u  aux  hans  »,  on  ne  trouve  point  bach-ham,  «  le  han  du  ruisseau  ». 
C'est  que,  depuis  des  siècles,  la  sinuosité  du  ruisseau,  la  courbe 
d'un  promontoire,  d'une  colline  boisée,  ne  s'exprime  plus  par  ce 
mot.  On  ditcoin,  boucle,  courbe,  ecke,  hoek,  krnmm,  cron,  jamais 
han.  Ajoutons  d'ailleurs  qu'aujourd'hui  l'habitant,  le  voyageur, 
et  même  le  topographe,  sont  moins  frappés  qu'on  ne  l'était  jadis 
par  les  méandres  d'une  rivière.  Ils  n'ont  qu'à  les  admirer  en 
passant,  ils  n'ont  pas  a  en  souffrir,  a  chercher  leur  chemin  dans 
les  huiliers.  Des  routes  commodes  et  des  ponts  solides  détournent 
leurs  esprits  du  cours  d'eau  folâtre  qui  revenait  barrer  le  chemin 
au  piéton  et  de  la  muraille  de  pierre  qui  se  dressait  brusquement 
sur  l'autre  rive.  La  rivière  apparaissait  jadis  comme  le  grand 
obstacle  et  ses  sinuosités  formaient  des  unités  qui  avaient  un 
nom. 

Sans  vouloir  affirmer  (pie  les  noms  en  han  sont  plus  vieux  que 
les  chemins,  deux  hypothèses  cependant  se  présentent  à  la 
pensée  :  i"  Ou  bien  cette  belle  vallée  de  la  Semois,  dont  la  rivière 
porte  un  nom  celtique,  qui  avait  une  ville  celtique  à  sa  source, 
l'antique  Orolaunum,  a  été  colonisée  par  des  Celtes,  et  les  boucles 
de  la  Semois  fuient  dénommées  par  eux,  en  tout  ou  en  partie; 
•2"  ou  bien  elle  a  été  colonisée,  graduellement,  par  des  colons  ger- 
mains qui  sont  descendus  de  la  source  de  la  Semois  jusqu'à  son 
embouchure;  ou  enfin,  3"  (die  a  eu  successivement  des  colons 
celtes  et  des  colons  germains.  Or,  si  ham  est  évidemment  de  forme 
germanique  et  atteste  l'influence  germanique  dans  la  vallée  de 
la  Semois,  je  ne  serais  pas  étonné  qu'il  existât  déjà  sous  la  forme 
camb  ou  cuni  dans  le  langage  des  populations  celtiques  île  nos 
rivières  ardennaises.  Dans  cette  hypothèse,  ham  pourrait  avoir, 
parfois  du  moins,  une  origine  celtique  et  avoir  été,  dans  cette 
zone,  à  la  lisière  germanique,  transformé  et  traduit  par  les  bouches 
de  ces  Germains  qui  reconnaissaient  dans  camb  un  mot  a  eux, 
un  mot  qu'ils  avaient  en  commun  avec  les  Celtes.  Cette  conjecture 
mettrait  d'accord  l'histoire,  la  topographie  et  la  linguistique;  elle 
expliquerait  la  tournure  germanique  des  noms  et  elle  cadrerait 
avec  la  certitude  que  les  beaux  méandres  de  la  Semois  n'ont  pas 
attendu  l'invasion  germanique  pour  recevoir  des  habitants  et 
des  noms. 


-  256  - 

Si  l'on  s'en  référait  aux  vues  de  M.  Camille  .Jullian  ('),  les 
tribus  belges  rencontrées  par  César  auraient  été  germaniques  ou 
semi-germaniques.  11  se  représente  ees  premiers  Germains  venant 
par  les  cours  d'eau  <lu  Nord,  remontant  la  Meuse  et  ses  affluents, 
jusqu'à  Mézières,  s'échelonnant  dans  les  «  couloirs  de  culture  » 
qui  longeaient  les  rivières,  dans  le  pays  de  Hervé,  la  Hesbaye,  le 
Condroz,  la  Iranienne,  les  Hautes-faunes.  Le  versant  de  la  Semois 
aurait  été  leur  limite  méridionale  (*)  :  «  Lorsqu'apparaissent,  à 
l'est  de  l'Aa  [limite  méridionale  des  Ménapes  vers  la  mer]  ou  aux 
approebes  de  la  Semoy,  les  espaces  des  marais  et  des  forêts  sans 
fin,  d'autres  manières  de  vivre  se  montraient  et  le  nom  gaulois 
reconnaissait  à  peine  les  siens  dans  ces  Barbares  des  régions 
tristes  ».  La  Meuse,  de  la  Semoy  aux  bois  en  amont  de  Duii, 
dépendait  des  Rèmes  (3).  Ainsi  la  toponymie  de  notre  région  con- 
tiendrait une  couebe  germanique  antérieure  à  César,  si  l'on  en 
croyait  le  système  de  M.  Jullian,  qui  ne  l'ait  ici  que  rajeunir  un 
peu  l'ancienne  interprétation  des  Commentaires.  En  adoptant  ce 
système,  nous  pourrions  mettre  en  présence  à  une  époque  reculée 
le  diinb  gaulois  et  le  ham  germain.  Néanmoins  nous  nous  refuse- 
rons le  bénéfice  de  cet  argument;  nous  ne  parvenons  pas  à  voir 
d'autres  Germains  dans  la  Belgique  préromaine  que  les  Adua- 
tiques  ;  nous  ne  pouvons  donc  faire  remonter  la  germanisation, 
toute  relative  d'ailleurs,  de  nos  Ardennes  qu'à  l'époque  de  la 
décadence  de  la  domination  romaine  dans  le  Nord  de  la  Gaule,  et, 
greffés  ou  non  sur  des  formes  celtiques  antérieures,  les  premiers 
noms  en  ham  de  notre  pays  appartiennent  à  cette  époque. 

Ces  conclusions  peuvent  servir  aussi  pour  les  ham  des  lies 
britanniques.  Quant  à  la  date,  comme  ils  ne  se  rencontrent  que 
dans  les  régions  germanisées,  on  peut  affirmer  qu'ils  sont  tous  le 
résultat  de  la  conquête  anglo-saxonne  et  de  la  conquête  normande. 
Mais  à  quoi  bon  invoquer  ici  ces  noms  en  -ham,  que  tous  les  topo- 
rrymistes  donnent  comme  issus  de  -hfim  =  -heim't  A  notre  avis,  il 
suffit  d'étudier  les  cartes  et  les  indications  topographiques  d'un 
Baedeker  pour  s'apercevoir  que,  là  aussi,  il  y  a  deux  sortes  de 
-ham,  comme  sur  la  côte  française.  Nous  sommes  mal  outillés  pour 
en  faire  le  départ  exact,  mais  on  peut  raisonner  sur  l'ensemble. 


(l)   Histoire  de  la  Gaule,  t.  II,  p.  9  et  $65,  4*4- 

(*)  Ibid.,  t.  II.  p.  10. 

(  :;   Ibid.,  t.  II.  ]>.  483,  note  9. 


—    257  — 

,Ie  dis  qu'on  trouve  en  Angleterre  Ham  ou  The  Ham  sans  déter- 
minatif,  phénomène  qui  n'existe  pas  pour  heim;  qu'on  le  brouve 
employé  identiquement  de  la  même  façon  que  le  celtique  cam, 
camb,  amibe  ou  combe  en  Cornouaille,  en  Galles,  en  Irlande  et  en 

Ecosse,  de  la  même  façon  que  le  ham  ou  inham  néerlandais  et 
allemand;  que  ham  ou  des  composés  de  hum  y  désignent  des 
boucles  de  rivière,  des  promontoires  arrondis,  des  anses  de 
rivage.  Sans  doute  ces  accidents  du  sol  ne  sont  pas  interdits  aux 
heim,  mais  nous  avons  remarqué  aussi  que  les  plaines  et  le  plat 
pays,  très  séduisants  pour  des  cultivateurs,  contiennent  bien  moins 
de  noms  en  -ham  (pie  les  régions  tourmentées  des  rivières  et  des 
côtes.  Admettons  qu'il  ne  faille  asseoir  l'étymologie  de  chaque  nom 
particulier  que  sur  des  titres  fournis  par  les  cartulaires  locaux; 
mais,  quant  a  l'ensemble,  nous  croyons  apporter  assez  d'argu- 
ments pour  faire  réviser  le  jugement  porté  jusqu'ici  sur  l'origine 
uniforme  des  hum  anglais  ('). 


4.  Le  suffixe  -ir  à  l'infinitif 
de  la  première  conjugaison  en  g-aumais  (2). 

La  majeure  partie  des  verbes  gaumais  issus  de  -are  précédé 
d'un  yod  a  l'infinitif  en  z'bref,  au  lien  d'aboutir  à  yé  (transcrit  iev), 
comme  dans  le  pays  messin  au  sud,  ou  comme  dans  les  Ardennes 
luxembourgeoises  au  nord.  Mais  nous  avons  trouvé  un  nombre 
assez  respectable  de  verbes  en  y-are  qui  ont  en  gaumais  l'infinitif 
en  -ir  et  présentent  en  outre  certaines  particularités  connexes 
de  conjugaison.  C'est  là,  que  je  sache,  un  fait  qui  n'a  pas  été 
signalé  jusqu'ici.  Le  wallon,  pris  en  général,  possède  un  seul  de 
ces  verbes,  tchîr,  cacare,  mais  il  a  passé  inaperçu.  La  Wallonie 
prussienne  a  de  plus  crir,  crier.  Le  gaumais  en  a  une  centaine. 
Quels  verbes  en  y-are  sont  en  -ir,  et  pourquoi?  voilà  ce  qu'il 
faudrait  déterminer. 

Alignons  quelques  infinitifs  de  verbes  en  ir  avec  leurs  corres- 
pondants wallons  ou  lorrains  : 


(')  Le  lexique  des  noms  en  -han  et  en  -ham  paraîtra  prochainement  dans 
le  Bulletin  de  la  Société  veroiéioise  d'archéologie  cl  d'histoire,  t.  XI.  2e  partie. 

(2)  Remaniement  du  S,  90  de  mon  étude  sur  la  Phonétique  du  gaumais  et 
dn  wallon  comparés,  p.  Gi-65. 


—  258  — 

Lorrain.  "Wallon. 

Messin         Gaumais                 Ardeunais  Nord-Wallon 

encramié     acrèmîr  ècramié  ècramî 

—         s'aheûkîr  s'aheûkié 

engrahié     ègrâjir                —  — 

ècafîr  scafié  — 

[guètî  (Verviers) 
cokie  gatir  quelle  ,„  ._  .. 

"  n  /<•«//  (Liège) 

natié  nètir  nètié  nètî 

s' rafir         .s' rafiyé  .s'  rafiyî 

\  rasèrsé  (Neufchâteau)    l  rasèrsî  (Liège) 
rasersir  v  v       fe 

/  rasèrsié  (Laroche)  (  rasièrsi  (Maluaedy) 

roublîr         roûvié  roûvî 

On  ne  distingue  qu'une  chose  à  première  vue,  c'est  que  les 
verbes  gaumais  en  -îr  correspondent  à  des  verbes  liégeois,  arden- 
nais,  messins  soumis  à  la  loi  de  Bartsch-Mussafia.  Mais  tous  les 
verbes  en  y-are  ne  l'ont  pas  l'infinitif  en  -îr.  Au  liégeois  d'ployî, 
ardennais  d'ployé  correspond  en  gaumais  dèplouyî',  à  tchèrfyî, 
tchèrdjé  correspond  le  g.  tchèrfyi.  Qu'est-ce  donc  qui  distingue  par 
exemple  le  g.  nètir  de  aneûti,  ou  nachir  de  abat-hit 

Si  on  examine  le  reste  de  la  conjugaison,  on  trouvera  (pie  les 
verbes  en  -//•  ont  au  participe  passé  -î  pour  le  masculin,  -iye  pour 
le  féminin  :  gatî,  gatîye.  Au  contraire  abachi  fait  au  participe 
passé  abachi,  abnehiye.  Voilà  une  première  différence.  11  y  en  a 
d'autres  à  l'indicatif  présent,  qui  deviendront  sensibles  si  nous 
comparons  diverses  sortes  de  verbes  en  -are. 

I.  II.  III.  IV. 

t^mèy  abachi  s'aneûti  s' rafir 

fyu  tn'ine  Sf  abache  fy' m' aneûtî  ïju  m'  rafîye 

tu  firmes  t'abaches  tu  V  aneûtîs  tufrafîyes 

i  firme  il  ubaehe  i  s' aneiiti  i  s'  rafîye 

tf  twmnns  <f  abachans  tf  nous  aneûiyans  fy  nous  rafiyans 

v'  tii'mèy  y'  abachèy  nous  v'aneûtyèy  vous  />'  rafiyèy 

i  tœmant  i-abachant  i  s'  aneûtyant  i  s' rafiyant 

X  l'examen  de  ce  tableau,  les  différences  se  dessinent.  11  y  a 
dans  le  radical  du  n"  iv  quelque  chose  qui  manque  au  n°  m  : 
•  'est  17  de  rafiyans.  Il  y  a  dans  le  n°  ni  quelque  chose  qui  manque 
aux  types  i  et  n  :  c'est  le  y  de  aneûiyans.  Le  n"  n  avec  son  infi- 
iiitil'  en  -i  représente  évidemment   la  classe  des  verbes  qui  ont  en 


—   259   — 

français  -ger,   -cher,   -sser;  les  consonnes  palatales  ont  absorbé 
17,  qui  n'est  plus  visible  qu'à  L'infinitif  ;   autrement  dit,  abacham 
est  un  épaississement  de  abassyans,  comme  le  français  aba  i  sson  s 
vient  de  abaissyons.  Donc,  si   i  représente  les  verbes  on  -are 
précédés    d'une    consonne,    n    et    m    représentent    des    verbes   en 
-y -are,  iv  îles  verbes  en  i-  y-are.  Le  y  ici  est  purement  théorique 
et  représente  évidemment  «les  phonèmes  palataux  à  rechercher. 
Les   verbes  en   y- are   donnent   ier  en  ancien   français,    yé  en 
ardennais,  i  en  nord-wallon   par  une  contraction  tout  ordinaire, 
1  bref  en  gaumais,  ce  qui  doit  provenir  d'un  abrègement  subsé- 
quent de  î.  Donc  les  verbes  en   i -y-are   auraient  dû  donner  en 
ancien  français  i-ier,  en  ardennais  i-yé,  i-yi  en  nord-wallon,  i-yi 
eu   gaumais.    Par  conséquent  s'  rafiyi,  s'  rafiyé,   ou  spiyi,   spiyé 
sont  parfaitement  réguliers;  mais  guètyé,  guèti,  ou  nètyé,  nèti. 
ou  roûvyé,  roûoi,  en   regard  «le  gatir,  nètir,  roublir  apparaissent 
maintenant  comme  ayant  t'ait  subir  au  radical  verbal  une  contrac- 
tion :  guèti  est  contracte  de  guèliyi,  l'ardennais  nètyé  de  nètiyé. 
Le  gaumais  gatir,   nètir  a  aussi  fait  la  contraction,   mais  il   a  de 
plus  retenu  l'/\  et  c'est  ce  qui  fait  l'originalité  de  ces  verbes. 
A  quelles  terminaisons  latines  effectives  correspond  ce  théorique 
i-y-are?  D'abord  il  faut  devant  -are  un  premier  élément  palatal, 
lequel  est  constitué  par  c,  g  le  plus  souvent,  mais  peut  l'être  par 
li  (cou  siliar  e),  par  cl   somnic(u)Iare),  par  ti  (*c  umi  ni  tiare). 
Ensuite  il  faut  (pie  ce  y  soit  précédé  d'un  second  clément  palatal 
i  ou   e.   A  ces  conditions  même  on  n'est  pas  sur  d'aboutir  à  un 
infinitif  en  -ir  en  gaumais.  11    faut  encore  que  ce  second  élément 
palatal  /  ou  e  soit  persistant;  or  cet  /  ou  e  est  atone  et  disparaît 
souvent   en    roman,  laissant   en   présence  deux  consonnes  qui  se 
combinent.  Ainsi  castigare  devenant  casti-y-ar  donnera  au 
français  châtier,   au  gaumais   tchètir;   mais  excorticare  per- 
dant 17  avant  l'altération   du   c  devient  escort'car,  qui   donne 
au  français  écorcher,   au  gaumais  ècôchi;   fabricare   devenu 
fabregar,    faurgar,    donne   au    français  forger,  au   gaumais 
fordji;  impedicare  devenu  emped'car  donne  à  l'ancien-fran- 
çais empeg  ier,  au  gaumais  apifyi;  *e  umi  ni  tiare  devenu  cumin- 
tiar  donne  au   français  commencier,  commencer,  au  gau- 
mais coumaci  ou  coumèci.  L'existence  persistance  «les  deux  clé- 
ments palataux  est  la  condition  nécessaire  pour  aboutir  a  la  finale 
-ir  en  gaumais.  Communicare,  dont!'/'  subsiste,  devient  comu- 
nîr,  precare  donne  prîr,  negare  nir,  *nitidicare  ou  plutôt 
netticare   nèiir.    Si    fricare,    secare,    plicare    n'ont     pas 


—  a6o  — 

donné  en  gaumais  frir,  sîr,  plir,  mais  frouyi,  souyi,  plouyi, 
c'esi  que  la  première  voyelle  avait  cesse  d'être  palatale.  Si  au 
contraire  eaeare  a  donne  tcllir,  même  en  wallon,  c'est  parce  que 
la  transformation  du  ca  initial  en  che  a  précédé  l'autre  et  fourni 
la  \  oyelle  palatale  e. 

Les  verbes  en  -iliare  ou  en  -iclare,  en  français  -ciller, 
i-ller,  donneront  donc  -ir  en  gaumais,  et  la  ]>lus  grande  partie 
de  notre  liste  se  compose  effectivement  de  verbes  qui  corres- 
pondent aux  verbes  fiançais  en  -iller  :  anc. -franc,  gatiller, 
gaumais  gatir. 

Il  s'agit  maintenant  d'expliquer  certaines  exceptions  appa- 
rentes. Le  verbe  roublir,  oublier,  doit  provenir  de  re-oblityàre, 
c'est-à-dire  de  re-oblitare  dont  le  /  a  dégagé  un  yod.  Pour  que 
sternutare  donne  tarnir,  il  faut  que  le  latin  -utare  soit 
devenu  dans  cette  région  -iityare  ou  -itrare.  Cependant  le 
traitement  analogue  «pie  l'abbé  Rabiet  a  signalé  a  Boni  berain 
pour  les  verbes  en  -urare,   -i  rare  (')  ne  se  retrouve  pas  ici. 

Voici  une  liste  des  verbes  gaumais  en  -ir  issus  de  i -y-are  que 
nous  avons  pu  recueillir  : 

abèrzîr,  enchevêtrer,  emmêler,  brouiller;  Liégeois,  Compl.  du 
lex.  ççaum.  —  Cf.  abèrzilié  à  Bourlers,  Iïainaut,  brouillé  par  la 
boisson,  un  peu  gris. 

abir,  habiller  ;   à  Jamoigne  abir  in  pignan,  crépir  un  pignon. 

acramîr,  acrèmir,  emmêler.  Cf.  messin  ancremié,  ard.  ècramyé. 

agavîr,  gaver  (la  volaille),  littéralement  engnviller. 

s'aheûkir,  s'envelopper  la  tête  d'un  voile,  nommé  heûke.  Cf.  ard. 
s'aheûkyé. 

atortîr,  entortiller. 

atrâtîr,  habituer  un  poulain,  un  bouvillon  aux  traits. 

bauskîr,  brouter,  paître,  Jamoigne. 

bèguîr,  bégayer;  ard.  bèg'iiyé. 

boquir,  v.  intr.,  faire  un  travail  de  boquillon  ou  bûcheron.  Liég. 
Complément  du  lex.  ganm. 

brîr,  briller. 

bwatîr,  boitiller,  boiter. 

cahîr,  se  dessécher,  en  parlant  de  la  terre;  se  déjoindre,  en 
parlant  des  ais  :  Dasnoy,  p.  61. 

canîr,  chipoter,  toucher  à  tout  sans  nécessité. 


('  |  Revue  <lcs  Patois  gallo-romans,  I.  p.  267 . 


—    26l    — 

canr.  se  pavaner,  se  carrer,  a  Virton,  Mais,  Dut.  man.;  se 
dandiner,  se  donner  de  grands  airs,  a  Tintigny,  Liégeois,  Compl., 
p.  3o. 

cawir,  remuer  la  queue,  frétiller;  ard.  cuivré. 

chorir,  défini  dans  Liég.  Lex.  :  tourner  autour  d'un  lieu,  d'une 
reunion  avec  de  mauvaises  intentions.  Cf.  messin  échorié  :  écouter 
clandestinement,  et  chorié,  qui  a  l'oreille  coupée,  essorillé.  Donc 
de  *ex  a  u  r  i  c(u)  lare  avec  le  sens  particulier  de  mettre  oreilles 
dehors. 

comunir,  réunir  des  pâtes,  des  liquides;  communier. 

confir,  confier.  De  *eon  f  id  va  r  e  . 

contrâlir,  contrarier. 

copîr,  copier. 

côtîr,  côtoyer,  suivre  pas  a  pas. 

crankir,  recroqueviller,  faire  Iriser  un  cheveu.  Chiny. 

cusmir,  d'après  Liég.  Lex.  :  muser,  tripoter  autour  du  feu. 
Cl',  messin  keusmeillé,  faire  un  travail  de  peu  d'importance.  De 
c  o-  s  oui  n  ic  (u  )1  a  re  .  Le  wallon  somi  =  sommeiller  :  il  y  aurail 
lieu  de  rechercher  un  verbe  gaumais  soumir. 

cuvir,  écouvillonner.  De  :r:scopiliare . 

ciinir,  cuire  doucement,  Chiny. 

dècaf'ir,  ôter  les  cosses  (café  ou  cafié  a  Virton,  cafiètes  a 
Chiny).  Virton,  Mais.  Cf.  ècaf'ir. 

dècrèmir,  démêler;  ard.  discramyé. 

dèfir,  défier. 

dègatir,  chatouiller;  ard.  diguètyé,  verv.  duguèti. 

ilègobir,  dégobiller. 

dènakir,  mordiller,  grignoter,  Liég.   Compl.  p.  <)2.  Ci.  nâtchir. 

dètortir,  détortiller. 

écafir,  ôter  les  écales  {cafu,  cafiotes,  ard.  châfes).  En  ard. 
sicafyé.  Cf.  dècafîr. 

ècarquir,  écarquiller. 

s'èg-osir,  s'égosiller. 

èo-rajir,  étendre  les  cendres  d'un  brasier;  messin  angrahié. 

èparpir,  éparpiller. 

èscofir,  subtiliser,  dévorer,  détourner.  Tarait  être  un  doublet 
de  ècafir,  car  Tard,  scafyé  signifie  a  la  fois  ôter  les  écales  de 
quelque  chose  et  l'absorber  subtilement,  d'où  faire  disparaître. 

ètrir,  et,  par  suppression  de  l'e  initial,  fréquente  en  gaumais, 
trîr,  étriller. 

ètudir,  étudier. 


—    262    — 

fêtir,  fêter,  cajoler,  Jamoigne,  Ste-Marie. 

su  /'//•.  se  fier. 

flambir,  flamboyer. 

froumir,  fourmiller,  avoir  des  démangeaisons. 

gaspîr,  gaspiller. 

gatir,  chatouiller,  ard.  guètyé,  verv.  guèti,  liég.  catî,  nain. 
kèki,  messin  cokié,  à  Bourberain  guètoyé.  De  *ca1  ulyare,  et  non 
de  eatuli  re  comme  disent  les  étymologistes. 

grawir,  gratter,  touiller  en  grattanl  ;  ard.  grawyé,  n.-w.  grawi, 
messin  growillé. 

grîr,  griller. 

hàrir,  faire  tourner  un  «attelage  de  droite  à  gauche  et  de  gauche 
à  droite,  .Jamoigne. 

hosquîr,  bégayer. 

houspîr,  houspiller. 

maquîr,  faire  le  maquignon,  maquignonner,  Jamoigne. 

màtrir,  maîtriser;  le  wall.  mêstri,  kimêstri,  tyranniser,  mal- 
traiter a  passé  à  la  conjugaison  en  -?. 

mawîr,  mâchonner,  ard.  mawyé. 

.s'  mèfîr,  se  méfier. 

morfîr,  mâchonner,  mordiller,  litt1  morfiller. 

mouchîr,  émoucher.  De  *exm  uscicare. 

musquir,  muser,  s'oecuper  de  menus  ouvrages,  Rossignol, 
Sainte-Marie. 

naquîr,  Liég.,  Compl.  92,  mordiller,  grignoter;  parait  être  le 
même  (pie  nâtchîr,  Liég  ,  Lex..  i52,  manger  du  bout  des  dénis, 
sans  appétit  :  messin  naquéillé. 

nètîr  nettoyer;  su  nètîr,  expulser  l'arrière-faix;  ard.  nètyé, 
n.-w.  nètî,  messin  natié. 

nîr,  nier. 

pètir,  pétiller,  Liég.,  Compl.,  99;  pétrir  à  Jamoigne. 

pîr,  marcher  sur,  fouler  aux  pieds,  ard.  piyé.  De  *pedicare. 

plàdîr,  plaider.  De  plaid  -f-  suff.  -iliare. 

peûcir,  épouiller,  passer  son  temps  à  des  futilités.  Manque  en 
wallon.  Etym.  incertaine  faute  de  formes  comparatives.  J'avais 
propose,  à  cause  de  la  sifflante,  un  dérivé  de  pollicem,  soit 
*p olli  cicare;  c'est  peut-être  simplement  un  dérivé  du  gaumais 
peu,  pou,  avec  nue  consonne  de  liaison  anormale,  un  suffixe 
-iliare  et  un  préfixe  ex  qui  disparait  souvent  en  gaumais  sans 
laisser  de  trace. 

prîr,  prier. 


—    2frt    — 

rabèrzir,  emmêler,  Liég. 

nibir,  rhabiller. 

s'  raçrâtir,  se  ratatiner,  .s'  racrâtè  à  Jamoigne,  s'  racrêtier, 
Dasnoy,  4-9 

racécir,  faire  prendre  le  trais,  syn.  de  rapârèy.  —  su  racécir 
«  se  reposer  quand  on  a  chaud  ».  Jamoigne. 

racÉ'èmir,  emmêler.  Cf.  acramir. 

s' rafir,  se  réjouir;  ard.   si  rafiyé,   n.-w.  s'  rafiyi.   De   rend 
*f  i  dyare. 

ramuchir,  rôder  sournoisement,  Sainte-Marie.  De  re  -f  ad  -j- 
un  fréquentatif  en  -iliare  de  mu  ci  a  re,  mucier,  musser.  ramuchi 
à  Jamoigne. 

rasèrcir,  repriser  des  bas,  ravauder,  rentraire.  En  Chestrolais 
(zone  de  N^euf château)  rasèrcé,  ard.  rasèrcyé  ou  rasèrcé,  liég. 
rasèrci,  Malmedy  rasièrsi.  Cf.  messin  rèssèrcis,  reprise  à  l'aiguille, 
rouchi  rassarcir,  picard  ressercir,  .Jura  resservir.  G-randgagnage 
l'ait  venir  ces  mots  de  sarcire,  mais  pour  le  gaum.  et  le  wall.  il 
faut  poser  re-ad-*sarciliare. 

ratortir,  entortiller,  envelopper.  Cf.  atortîr. 

raug'iiir,  «  être  rauque  «Jamoigne.  Cf.  w.  ranki,  râler,  (Jggg. 
II,  278. 

ravir,  éveiller.   De   r e-ad- vigilare. 

rôchir,  ronger  un  os.  De  *rodilyare.  Cf.  roche,  dévorer,  ;i 
Bourberain. 

roublir,  oublier,  oublir  n'existe  pas;  ard.  roùvyc,  n.-w.  roûvi. 
De  re-*obl  i  tyare. 

ruinercir,  remercier.  Doublet  de  rumèrcièy  et  formé  par  ana- 
logie. En  n.-w.  rimèrcï. 

rucopîr,  recopier. 

riuur,   renier,    Jamoigne;   riinouyi  dans    Liég.,    Compl.,    119. 

sàbrir,  semoncer,  taper  dur  pour  finir  un  ouvrage.  LiÉG. 
Compl.,  122.  Litt1  sabriller. 

sàrpir,  travailler  avec  la  serpe. 

sautrir,  sautiller. 

tarnir,  éternuer,  messin  trènoivé,  ard.  stièrnï,  n.-w.  stièrmî  ou 
stièrni;  à  Spa,  Stavelot,  Wallonie  pruss.,  stiènvï. 

tchambrir,  tituber. 

tchandir,  être  en  chaleur,  Liég.,  Compl.,  p.  34- 

tchèrir,  charroyer,  Jamoigne. 

tchètir,  châtier. 

tchutchir,  chuchoter.  Jamoigne. 


—  264  — 

toupîr,  se  remuer,  litt'  faire  la  toupie;  ard.  toupyé. 

tourbir,  tourbillonner. 

trir,  étriller.   De  *strigilare  pour  strigulare. 

trir,  trier.  I>e  stricare  pour  extricare,  avec  chute  <le 
s  init iale. 

s"  treûtîr,  se  vautrer  dans  la  boue,  comme  la  truie,  en  gauin. 
Inryc.  Je  ne  crois  pas  qu'il  puisse  être  question  ici  de  la  truite, 
qui  ne  recherche  point  la  vase  comme  l'anguille. 

uchir,  ouvrir  et    fermer  les  portes;  litt1  huissiller,  de  ostiuin. 

s'  vétrir,  se  vautrer,  l'aire  le  veltre  ou  vautre,  liég\  si  uoutn, 
s'  kihoûtrï;  ard.  s'  kihoûdriyé,  nain,  si  cohoûtri  ou  cowoùtri,  à 
Sari  s'  cuvètrouyî.  Lobet  donne  pour  Verviers  kvautrî. 

vir,  veiller;  vèyi  à  Jamoigne. 


Le  suffixe    toponymique    -ster  (\.) 

Il  ne  s'agit  pas  ici  des  finales  germaniques  bien  connues -chester, 
-rester,  -caster  (château);  -closter  (cloître);  -munster  (monastère); 
-oster,  -ooster(de  l'est);  -wester  (de l'ouest)  ;-stert (bout,  extrémité)  ; 
mais  d'un  terme  particulier  employé  tantôt  seul,  tantôt  comme 
préfixe,  le  plus  souvent  comme  suffixe,  dans  des  noms  de  lieux 
assez  nombreux  qui  s'échelonnent  le  long  de  la  frontière  linguis- 
tique belge.  Il  suffira  de  citer  comme  exemples,  pour  fixer  les 
idées,  Pepinster,  Jehanster,  Surister,  Herbiester,  Solwaster, 
Thimister,  Ilodister. 

Ce  suffixe  obscur  a  été  expliqué  de  diverses  façons,  les  unes 
plaisantes,  les  autres  vraisemblables  (2).  La  plus  naturelle  est 
celle  qui  a  été  défendue  par  M.  X.  Lequarré,  qui  posait  comme  éty- 
mologie  le  verbe  latin  stare  et  citait  des  articles  de  Dr  ('ange  (3). 
11  faut  d'abord  examiner  cette  explication,  qui  est  en  effet  la  plus 
ordinairement  fournie  et  la  plus  séduisante  par  sa  simplicité. 

Stare  est  devenu  en  français  ester,  ce  qui  est  mi-savant  au  lieu 
de  éter,   en  wallon   ster  (prononcez  ste).   Sins  wê  ster,  dont   les 


(l)  Abrégé  du  travail  intitulé  :  Les  noms  de  lieux  en  -ster,  qui  a  été  publié 
en  i;j(>4  dans  le  Bulletin  de  la  Société  vèroiétoise  d'archéologie  et  d'histoire, 
i.  V,  p.  2i4-35G,  travail  beaucoup  trop  long  pour  être  inséré  ici,  a  cause  de 
-a  marche  analytique.  On  a  dû  aussi  supprimer  le  lexique  des  noms  en  -sic/-. 
qui  s'est  augmenté  de  nombreux  termes  depuis  la  première  publication. 

(~ )  Cf.  Bulletin  précité,  pp.  217  et  i>'53. 

(3)  Bulletin  de  lu  Société  liégeoise  de  Littérature  wallonne,  t.  XLIII  (njoa), 
p.  182. 


—  265  — 

dictionnaires  font  un  verbe  wèster,  signifie  sans  guère  attendre. 
Nous  trouvons  ensuite  dans  Grand  gag-nage,  II,  426,  le  mot  testa, 
expliqué  par  pause,  halte.  La  traduction  est  exacte,  niais  il  n'y  a 
pas  plus  de  testa  que  de  wèster,  je  n'ai  jamais  entendu  que  on  p'tit 
testa,  et  cette  expression  doit  se  comprendre  et  s'écrire  on  p'tit 
esta.  Dès  lors  le  sens  de  arrêt,  j>ause  se  justifie  de  soi-même,  le 
mot  est  de  la  même  racine  que  le  verbe  stare.  Le  mot  est  d'ailleurs 
dans  Godefroy  : 

«  Estât,  arrêt,  station  : 

Desus  la  fosse  s'aresta. 
Longuement   i   fist  son  esta 
Por  esgarder  que  dedans  ot. 

Reiuut,  i>4<07  (MÉON).  » 

Je  trouve  encore  en  vieux  wallon  le  mot  steis,  substantif,  au 
sens  de  obstacle,  retard  :  sans  avoir  steis  ou  difficulté  (').  Ce 
mot  est  évidemment  de  la  même  racine  que  les  précédents.  Il  ne 
peut  y  avoir  place  a  côté  d'eux  pour  un  stèr,  dont  1'/-  se  prononce, 
dont  l'e  est  ouvert,  et  qui,  dans  certaines  régions,  est  susceptible 
de  devenir  stier,  stir  (a  l'ouest  de  Liège),  et  même  sty. 

Du  Cauge  semble  nous  donner  tort.,  Il  cite  un  stare  ou  estare, 
qui  se  décline!  On  eu  conclut  aussitôt  que  c'est  l'infinitif  latin 
stare,  pris  substantivement.  Ce  n'est  pas  impossible;  dans  le 
latin  étonnant  du  moyen  âge,  ce  stare  se  déclinant  comme  mare  et 
doué  d'un  ablatif  stari  pourrait  être,  à  la  rigueur,  l'infinitif  stare: 
mais  c'est  bien  invraisemblable.  Quand  le  moyen  âge  lui-même 
s'est-il  avisé  de  décliner  velle  ou  esse?  Le  latin  manquait-il  de 
mots  pour  signifier  habitation'!  Quand  il  écrit  :  in  domo  seu  stari 
Sancii  Firmini  ('-),  n'est-il  pas  évident  «pie  stari  traduit  domo, 
que  domo  est  le  terme  latin  et  stari  le  terme  barbare  qu'affectionne 
une  population  étrangère?  Enfin  ce  stare  n'est  pas  isole;  il  esi 
flanque  de  variantes  pour  tous  les  goûts  :  starium,  siarrium,  star- 
rum.  En  présence  de  ces  quatre  mots,  il  y  a  lieu  de  se  demander 
i°  :  si  stare,  starrum  n'ont  pas  été  inventes  précisément  pour 
sertir  le  mot  ster  de  la  langue  vulgaire  dans  un  document  lai  in. 
par  analogie  de  mare,  mer.  de  carum,  eber;  20,  si  starium  n'est 
pas  une  traduction  de  stier,  sti,  suivant  l'analogie  de  primarium  : 
premier,  wallon  prèmi  ou  prumi.  An   moyen  âge,  le  latin  a  une 


(')  Casier  et  Crahay,  Coutumes  du  Du  cite  île  Limbourget  itrs  Paysd'Outre 
meuse,  p.   34. 

(2j  Du  CANGE,  Glossarium  mediue  et  infimae  latinitatis,  o°  stare. 


-  266  - 

étonnante  plasticité  ;  il  sait  se  modeler  sur  les  particularités  des 
dialectes  romans  et  les  retraduire.  Précisémentce  luxe  de  variantes 
ne  me  dit  rien  qui  vaille;  et  je  n'en  ai  pas  épuisé  le  nombre! 
On  pourrait  y  ajouter  steria,  du  Steria  monticula  de  961  (1).  La 
forme  s'explique  :  stier  masculin  peut  donner  sterium  puisqu'il 
moutier,  /mm  stier,  //n//7Ster  correspond  /m;/»  a  sterium;  mais  si  le 
stier  de  961  était  féminin,  comme  il  l'est  dans  Géronstère  (lez-Spa), 
on  a  eu  raison  de  substituer  steria  à  sterium.  Nous  concluons 
hardiment  que  les  formes  du  bas-latin  stare,  starium,  starrium, 
starrum,  steria  sont  des  latinisations  de  ster,  stier,  sty,  stère  et 
n'ont  absolument  rien  à  voir  avec  le  verbe  stare. 

La  phonétique  repousse  également  stare.  L'infinitif  stare  en 
vieux  wallon  devient  steir  ;  c'est  la  graphie  ordinaire,  conforme  à 
une  régie  générale  :  -are  et  -atum  deviennent  -eir,  -eit.  Mais  -stier 
et  steir  sont  deux.  La  diphtongue  ie  a  l'accent  sur  i  et  -stier  se 
prononçait  -stir.  En  d'autres  termes,  il  n'y  a  pas  de  variante  orale 
stier  pour  notre  suffixe  -ster,  il  y  a  la  prononciation  -stir,  -sti,  et 
-stier  est  une  pure  graphie  analogique  calquée  sur  l'alternance 
prumîf premier.  Cela  posé,  est-ce  que  le  latin  stare,  devenant 
stér  ou  steir  sans  contestation  possible,  pouvait  devenir  en  même 
temps  stèr,  stir,  sti'?  C'est  contraire  à  toute  loi  (2).  Aussi  les 
scribes  ne  s'y  trompent  pas.  Dans  leurs  francisations  intempes- 
tives, ils  obéissent  pourtant  à  des  régies.  Lorsque,  au  lieu  d'écrire 
bravement  à  la  wallonne  Bouegnistir  ou  Bovegnisty,  ils  se  mettent 
à  imiter,  ils  écrivent  alors  Bovegnistier,  mais  jamais  Bouegnisteir 
sur  le  patron  de  steir  =  stare  (3). 

Enfin  on  peut  tirer  argument  de  la  géographie  linguistique,  en 
examinant  l'aire  d'emploi  du  mot  en  conteste.  Si  le  stare  de 
Du  Cange  était  l'infinitif  latin  stare,  comme  l'a  cru  sans  défiance 
M.  Lequarré,  il  n'y  aurait  aucune  raison  pour  qu'il  ne  fût  pas 
d'usage  général  en  France,  et  en  latin  vulgaire  et  en  roman.  Or, 
nous  voyons  qu'il  n'en  est  rien.  Pour  ce  qui  est  du  latin  vulgaire, 
tous  les  exemples  rapportés  par  Du  (.'ange  lui-même  a  cet  article 
sont  empruntés  à  des  chartes  du  sud-est  de  la  France.  Ce  stare 


(')  Dans  un  diplôme  que  donne  Sigebert  de  Gembloux  (Peut/.,  A/G'//, 
VIII,  029).  Voyez  l'article  Steria  du  Lexique  précité  des  noms  en  -ster,  p.  '$$3. 

(2)  Le  participe  correspondant  au  français  été  est,  en  wallon,  il  est  vrai. 
sti.  stou,  stu,  niais  c'est  une  nouvelle  formation  par  analogie  fies  participes 
d'autres  cou j  u gaisons. 

f3)  Nous  avons  trouvé  une  t'ois  -steir,  dans  Colosteir  signalé  p.  209.  C'est 
une  forme  isolée  qui  n'infirme  point,  pensons-nous,  notre  raisonnement. 


-    267     - 

particulier  n'a  donc  reçu  les  honneurs  du  latin  que  dans  une 
région  restreinte.  On  ne  voit  pas  du  tout  que  meùm  stare  (ma 
maison)  soit  une  expression  usitée  dans  le  latin  de  tous  les  monas- 
tères :  il  en  serait  resté  quelque  chose  dans  les  écrits  du  temps. 
Pour  ee  qui  est  du  roman,  on  ne  dit  pas  mon  ester  ma  maison) 
dans  toute  retendue  du  pays,  on  ne  le  dit  même  pas  du  tout  : 
ester  substantif,  au  sens  du  stare  de  Du  Cange  (domus  ubi  (juis 
stat  seu  manet),  n'est  pas  même  dans  le  dictionnaire  de  Godefroy. 
Cette  absence  de  retentissement  a  travers  la  France,  pour  un  sens 
aussi  ordinaire,  aussi  commun,  d'usage  aussi  prosaïque  que  celui 
de  meiun  stare,  nous  force  à  conclure,  encore  une  fois,  de  la 
môme  façon  :  le  stare  qu'on  invoque  comme  l'original  de  ster  et 
qu'on  croit  être  identique  à  l'infinitif  stare  latin  n'a  rien  de  com- 
mun avec  le  latin  et  est  au  contraire  une  latinisation  de  ster. 

Du  Cange  ne  nous  fournit  pas  l'étvmologie  de  ster:  son  terme 
stare  est  étroitement  localisé  et  il  est  stérile,  il  a  tous  les  carac- 
tères d'un  moi  barbare  introduit.  Cela  ne  nous  dit  pas  encore 
quelle  est  la  patrie  primitive  de  ster,  mais  n'est-il  pas  vrai  que,  si 
Ster  n'est  pas  roman,  il  ne  peut  être  (pie  germanique? 

L'article  de  Du  ('ange  nous  donne  au  moins  un  sens  approxi- 
matif de  ster  et  nous  montre  le  mot  jouant  lerôle  de  nom  commun. 
Dans  cet  emploi,  nous  n'aurons  pas  la  naïveté  de  croire  qu'il  est 
aussi  récent  que  la  forme  Herbiester,  puisque  nous  l'avons  ren- 
contré, semble-t-il,  en  961,  latinisé  sous  la  forme  steria.  Après 
l'avoir  vu  en  traduction  latine,  il  serait  intéressant  de  le  retrouver 
comme  nom  commun  en  roman.  Notre  raisonnement  de  tantôt 
montre  qu'il  faut  renoncer  à  le  voir  franchement  usité  partout, 
mais  faut-il  renoncer  à  l'espoir  de  le  rencontrer  dans  les  mêmes 
régions  où  la  toponymie  et  les  chartes  le  montrent  existant?  Nous 
avons  eu  la  chance  de  le  trouver  au  moins  une  fois  dans  un  texte 
de  la  Wallonie.  Le  texte  est  de  1 3 r 4 :  il  est  dans  un  relief  des  Fiefs 
de  Poncelet  (')  :  «  Jehan  de  Dormale,  1  bonuarium  terre  (  =  terrae) 
entre  Dormale  et  le  stier  condist  au  chaîne»  .Voilà  un  mot  nouveau 
et  un  passage  précieux  qui  manquent  au  dictionnaire  de  Godefroy. 
Ce  stier  serait,  pour  une  région  plus  méridionale  que  celle  du 
wallon,  estier  ou  ester.  Nous  avons  trouvé  dans  Godefroy  un 
estier  qui  a  aussi  toutes  les  apparences  d'un  terme  technique 
localisé,  sans  rapport   avec   stare  (être  debout).   Il  pourrait   être 


(>)   PoNCKLi.T,    Le   livre  des   Fiefs  de   l'Eglise  de  Liège  sous  Adolphe  de  la 
Marck.  p.  1G2. 


—  268  - 

identique  à  notre  ster,  mais  nous  ne  sommes  pas  en  mesure  de 
rien  affirmer  à  cel  égard.  Transcrivons  cependant  l'article,  qui 
esl  illustré  d'exemples  curieux. 

Estier,  ester  canal. 
•  Une  pièce  de  terre...  ensi  comme  «'Ile  se  lievet,  <>  Le  fous  don 
fossé  qui  esl  et  t'iert  a  Veslier  dou  port  dessous  le  chasteau...,  et  se 
commencel  la  dicte  pièce  de  terre  d'un  des  rheps  de  Veslier  que 
l'en  appellet  Veslier  l'eu  (Juill.  Moreau,  ainsi  comme  ledit  estier 
et  le  ditfossése  estahdent  jusquesaus  terres.  i3i5.  Arch.  J.  J.  52, 
f°  80.  r°  (*). 

Comme  les  suppliants  feussent  en  un  vaisseau  nommé  gabarre, 
estant  sur  eaue  en  un  lieu  nommé  l'ester  du  port  de  Corsse  près 
de  la  dite  de  St  Jehan  d'Angely...,  ou  «lit  ester  sur  Veaue  estoit 
aussi  une  autre  gabarre....  et  estoit  en  la  fin  du  dit  ester  à  l'entrée 
de  la  dite  rivière.  1.400.  Arch.  J.  .J.   i55,  pièce  390  (')  ». 

S'il  est  une  ehose  visible,  c'est  que,  dans  aucun  des  deux 
passages,  le  mol  ne  signifie  canal.  Un  fossé  qui  frappe  à  un  canal, 
cela  ne  se  comprend  guère;  un  vaisseau  dans  un  canal  sur  l'eau, 
c'esl  un  singulier  pléonasme.  11  s'agit  bien  plutôt  dans  le  premier 
cas  des  soubassements  en  pierre  d'un  château,  dans  le  second 
cas,  d'une  digue  ou  quai  ou  estacade,  de  part  et  d'autre  d'une 
construction  artificielle  qui  baigne  dans  l'eau  et  qui  est  frappée 
par  les  eaux. 

Dans  la  Frontière  linguistique  (I,  290),  M.  Kurth  a  aussi  ren- 
contré le  suffixe  -ster  et  il  a  exprimé  son  opinion  en  ces  ternies  : 

Reste  enfin  un  suffixe  certainement  germanique,  bien  que 
difficile  a  identifier,  qui  se  trouve  localisé  sur  la  rive  droite  de  la 
Meuse,  vers  les  extrêmes  frontières  de  la  Wallonie  :  c'est  -ster. 
I  >éri  ve-t-il  de  la  même  origine  que  dans  les  nombreux  noms  a 
même  désinence  de:  la  Norwège  et  des  Shetland  (colonisées, 
ajoute-t-il  en  note,  par  les  Norwégiens),  ou  faut-il  y  voir  plutôt  le 
-stalt  allemand,  le  -siede  flamand  devenu  -ster  en  vertu  d'un 
phénomène  linguistique  peu  rare  en  ces  régions?  J 'ai  rapproché 
de  nos  noms  romans,  la  plupart  groupés  dans  PArdenne  liégeoise, 
un  certain  nombre  de  noms  identiques  ou  similaires,  recueillis 
par  Pcerstemann ;  ces  ressemblances  créent    une  présomption   en 

sur  de  la  germanicité  ».  L'auteur  faisait  suivre  ces  lignes  sug- 
gestives d'une  liste  déjà  copieuse,  puisqu'elle  contenait  cinquante 
et    un    noms,  auxquels   il    faut    joindre   deux    noms    nouveaux    qui 

(')  Référence  de  Godefroy. 


-  269  - 

figurent  dans  les  additions  du  vol.  II.  p.  106.  Partant  des  données 
et  des  suggestions  de  M.  Kurtli,  nous  avons  repris  a  nouveau 
l'examen  de  ce  petit  problème  et  tenté  une  démonstration. 

Le  procédé  ordinaire  de  la  consultation  des  chartes  jette  peu 
de  lumière  sur  la  question.  Aussi  loin  qu'où  remonte,  les  noms  de 
lieux  actuellement  termines  en  -ster  y  apparaissent  avec  leur  finale 
ster.  11  faut  ajouter  que  ces  noms  n'y  ai  rivent  qu'assez  tard,  et 
enfin  que  peu  de  noms  en  -ster  y  sont  cités  et  rarement,  faute 
d'avoir  été  portés  par  des  villes  importantes  ou  d'anciens  établis- 
sements monastiques.  S'il  y  a  des  variantes  parfois  lumineuses 
dans  les  chartes,  c'est  pour  la  première  partie  du  nom.  La  meil- 
leure chance  qu'on  ait  de  rencontrer  des  noms  en -ster,  c'est  de  les 
trouver  sertis  dans  les  noms  de  personnes,  parce  qu'un  lieu  peu 
considérable  a  néanmoins  pu  servir  a  constituer  un  nom  de 
famille.  Voici  une  liste  de  formes,  qui  n'aura  guère  d'autre 
résultat  «pie  de  montrer  l'inefficacité  de  la  méthode  ordinaire. 
Xous  choisissons  les  dates  de  première  apparition  des  noms. 
124O.    Winand  de   Uogister  (J.  Cuvelier,  Inventaire  des  archives 

du  Val-Benoit  lez-Liége,  Bulletin  de  l'Inst.  Arch.  liégeois, 

t.  xxx,  Liège,  1902:  p.  82). 
1270.   Henri  Davister,  (Bormans  et  Sghoolmeesters,    Cartulaire 

de  l'Eglise  Saint- Lambert  de  Liège,  t.  11,  p.  209). 

1276.  Jacobus  de  Tiuwiuster,  (Codex  diplom.  Limburg.,  dans 
Ernst,  Histoire  du  Limbourg,  t.  vi,  p.  293). 

1277.  Colebunster  (Liber  rubeus  de  St-Lambert,  f°  173,  aux 
Archives  de  Liège,  cite  par  Kurth,  Frontière  linguistique, 
t.  1.  p.  296). 

i3o6.  Arnoldo  de  Avinster,  {Cartul.  de  Saint-Lambert  cité  ci- 
dessus,  t.  m,  p.  68). 

i3o8(?).  Adam  de  Sallewaster,  (ibid.,  t.  m.  p.  88). 

i3i2.  Jehan  de  Côlonster,  (ibid.,  t.  ni,  p.  n5). 

i3i4-  Laraberto  de  Hodeboster,  (Ed.  Poncelet,  Le  Livre  des 
Fiefs  de  l'Église  de  Liège  sous  Adolphe  de  la  Marck,  Bruxelles. 
1898,  p.  2). 

i3i4-  «  Presentibus  G.  de  Bovignistier,  milite....  »,  (ibid...,  p.  9). 

i320.  «  Apud  Rogister  in  villa  de  Herves  ..  »,  (ibid.,  p.  44)- 

i32i.  Johans  de  Côlonster,  et,  1822  :  Colosteir  {Cartul.  de  Saint- 
Lambert,  t.  m,  pp.  23i  et  236). 

i33o.  Stiers  (comni.  de  Donceel);  i332  :  Lowar  de  Stirs;  1342: 
Henri  de  Stiers,  échevin  de  Donceel.  (ibid.,  t.  m,  pp.  341,  347, 
4o3,  617). 


—  270   — 

.  ;  j.   Sters  (comm.  d'  \nsi,  (ibid.,  t.  m,  p.  439)- 
A.nselme  de  llanduster,  (ibid.  t..  111,  p.  444)- 
,;,,.  ,,  Ou  terroir  de   Hodeboster  ou  ban  de  Herves  en  lieu  c'on 

dist    as    bruyères    »>,   (Registre   de    lu    Cour    féodale  de    Liège, 
archives  de  Liège,  cité  par  KLurth,  o.  c,  t.  1,  p.  297). 
[348.    Pepinster,  (ibid.,  p.  297). 

1  ;si.  t(  Rogister  ou  terroir  de  Herves  »,  (ibid.  p.  298). 
1  ;  s  1 .  o  Thiwister  »,  aujourd'hui  Thimister  (ibid.,  p.  298). 
[382.  c<  En    KLokiestier  »  (comm.  de    Wonck,   tiré  d'une    liste  de 

lieux-dits  fournie  par  Kurtii,  o.  e.,  t.  1,  p.  171). 

Comme  on  le  voit  par  eette  lisst e,  qu'il  est  inutile  de  prolonger 
au-delà  du  xiv  siècle,  le  suffixe  -ster  reçoit  dans  les  documents 
les  formes  stir,  steir,  stier,  star.  Une  l'orme  Avisteit,  de  e45i, 
notée  par  M.  KLurth  (1.  296),  est  intéressante,  mais  911e  l'aire  d'une 
variante  isolée  qui  peut  si  facilement  être  due  à  une  faute  de 
scribe?  ("est  parce  que  l'avantage  de  la  méthode  ordinaire  nous 
manque  que  le  problème  est  difficile  à  résoudre.  Peut-être  y  a-t-il 
des  formes  plus  anciennes  et  plus  suggestives  que  celles-ci;  mais 
alors  elles  sont  si  rares  ou  si  bien  dissimulées  que  le  chercheur  les 
laisse  passer  sans  reconnaître  leur  identité.  11  faut  donc  tourner 
d'uu  autre  côté  ses  investigations,  opérer  par  comparaison,  étu- 
dier d'abord  îles  noms  en  -ster  où  le  premier  composant  est 
immédiatement  ou  facilement  reconnaissable,  afin  qu'il  ne  reste 
qu'une  inconnue  au  lieu  de  deux  et  que  la  connaissance  du  premier 
terme  jette  quelque  lumière  sur  le  second;  étudier  les  premiers 
termes  au  point  île  vue  phonétique,  pour  connaître  la  date  appro- 
ximative de  la  composition  de  ces  noms  ou  de  leur  fixation  sous 
nue  forme  définitive;  étudier  de  même  toutes  les  finales  germa- 
niques contenant  st  en  éliminant  tout  ce  que  la  sémantique  et  la 
phonétique  démontreront  invraisemblable,  peser  notamment  les 
phénomènes  de  la  caducité  du  d  de  -sted  et  de  l'intrusion  de  /•  en 
ster.  Cette  marche  patiente  nous  a  suggéré  des  dissertations  peut- 
être  intéressantes  au  point  de  vue  de  la  méthode,  que  nous 
avons  exposées  dans  la  première  édition  de  cet  article,  mais  cette 
comparaison  ne  conduisait  qu'à  des  probabilités.  Toutefois  les 
inductions  et  le  raisonnement  n'ont  pas  été  inutiles  :  ils  nous  ont 
amené  a  la  découverte  de  preuves  directes,  que  nous  n'aurions 
point  trouvées  autrement,  sinon  par  hasard.  Quoi  qu'il  en  soit, 
ne  retenons  de  ces  recherches  que  la  conclusion  :  il  n'est  pas 
étonnanl  que  sted  soit  devenu  -ster;  r  n'est  pas  même  là  un  intrus, 
mais  un   remplaçant;  pareille  chose  rentrerait  dans  un  ordre  de 


—    27I    - 

phénomènes  tout  ordinaire.  Nous  sommes  en  règle  avec  la  linguis- 
tique sur  ce  point.  Mais,  non  content  de  ce  résultat,  nous  vou- 
drions passer  de  cette  haute  possibilité  a  l'affirmation. 

Si  on  rencontrait  en  abondance  dans  les  chartes,  pour  le  même 
lieu,  des  doublets  en  -ster  et  en  -stet  (ou  -sté,  -stay,  -steit),  la  ques- 
tion serait  résolue  depuis  longtemps.  Si  l'on  en  est  encore  réduit 
aux  conjectures,  c'est  parce  qu'il  est  aussi  difficile  de  découvrir 
quelque  preuve  directe  sur  cette  question  qu'à  un  botaniste  de 
découvrir  quelque  espèce  nouvelle.  Mais  la  discussion  phonétique 
nous  a  armé  d'expérience.  Nous  savons  mieux  quelles  formes  il 
faut  interroger  et  commenter.  Au  lieu  de  chercher  simplement 
dans  les  cartulaires  des  variantes  de  Jehanster  ou  de  Pepinster, 
nous  chercherons  dans  la  prononciation  locale  pour  savoir  si  l'r 
est  bien  solide  ou  s'il  est  adventice  et  purement  graphique.  Puis 
nous  examinerons  le  présent  et  le  passé  des  noms  en  -stat,  en  stet, 
en  -sic.  en  -st,  en  -stay,  voire  en  -steert  et  en  -stert,  noms  que 
nous  aurions  rejetés  avec  dédain  comme  n'étant  pas  de  notre 
ressort,  si  l'étude  en  apparence  trop  longue  de  /•  finale  ne  nous 
avait  ouvert  les  yeux. 

1.  Nous  possédons  au  moins  une  forme  ancienne  en  -steit  pour 
un  nom  qui  a  aujourd'hui  -ster.  C'est  Avisteit  (i4-">i  qui  s'appelle 
aujourd'hui  Avister  (').  Nous  ignorons  quelle  est  actuellement  la 
prononciation  locale  de  ce  nom. 

2.  Il  existe  au  S.  de  Xiaster  illar/.é)  un  bois  dit  de  Wenhister. 
Telle  est  la  notation  des  cartes  officielles  du  dépôt  de  la  guerre 
(feuille  i36,  n°  i5).  Mais  les  autres  caftes  écrivent  Wenhisteit, 
celles  des  touristes  Wenhistet,  d'après  la  prononciation  locale. 

3.  Il  nous  semble  à  Verviers  que  1'/-  finale  ne  peut  être  absente 
d'un  mot  comme  Pepinster,  et  que  l'on  n'a  jamais  pu  dire  Pepinstè. 
Voici  un  cas  destine  a  combattre  cette  illusion.  Il  y  a  un  Hodister 
commune  de  Wegnez,  dont  le  nom  se  prononce  toujours  bien 
franchement  Hodister.  Mais  il  existe  un  autre  Hodister  dans  la 
province  de  Luxembourg  au  X.  de  Halleux  et  de  Vecmont.  Ce 
dernier  est  toujours  Hodistè  dans  la  bouche  des  gens  du  pays. 
Les  chartes  l'écrivent  diversement  :  Hodiester  au  xuie  siècle. 
Hodister  en  i463,  Hodistre,  Hudistel  en  i54i.  Que  signifient  ces 
variantes  graphiques,  sinon  qu'il  y  a  une  consonne  amuïe  et  «pie 
les  scribes  ne  savent  trop  laquelle?  Pour  nous,  nous  n'hésitons 


(')   La  source  est  indiquée   dans  KORTH,  o.  e.  :  Archives  de    Liège,    Liber 
rubeus  de  Sut  ut- Lambert,  p.   J09  v°. 


—    272    — 

pas,  Hodistè  nous  représente  nn  Hodistet,  auparavant  Hodiestet, 
,m  précédemment  encore  Hodierstet. 

a    1 1  \-  a  un  Nantistay  à  Soiron  el   un  Nantistay  a  Goé.  Mais  le 
[ieu-dil  de  Goé  esl  aussi  dénommé  è  Naniister  e1  nous  avons  même 

lu   mie   lois   dans  une  ai QCe   de   notaire    Herlant islcr.   Celui   de 

Soiron  esl  écril  aussi Notaystaue,Notèsta,  Nutonsta.  Ces  variantes 
aboutissent  à  la  même  conclusion  :  il  y  a  une  consonne  am aïe,  on 
ne  sait  plus  laquelle,  ei  on  en  donne  un  équivalent  par  v  ou  r,  en 
s'aidaul  de  suggestions  analogiques. 

5.  11  existe  dans  le  Luxembourg  belge,  commune  de  Morhet,  un 
Remiance  qui  ne  parait  pas  se  rapporter  à  notre  étude.  Mais  il  a 
été  note  Remianster  au  xr  siècle  (').  Ce  l'ait  ne  signifie  pas  néces- 
sairement que  l'on  a  prononcé  IV  haut  et  clair  pendant  des  siècles. 
Nous  croyons  avoir  affaire  à  un  Remianstet,  qui  a  pu  prendre  IV 
dans  certaines  bouches,  qui  a  pu  dans  d'autres  s'obscurcir  pro- 
gressivement en  Remianstè,  Remianste,  Remiansse  ou  Remiance. 
ti.  Entre  Aubier  et  Sehockville,  il  y  a  un  Heinstet,  ainsi  noté 
par  M.  Rolland  ('-).  Les  cartes  belges  appellent  cette  localité 
Heinstert.  La  carte  des  bords  du  Rhin  de  Logerot  l'appelle 
Heistert.  La  forme  en  -stert  est  bien  la  forme  actuelle,  mais  ce  qui 
porte  a  croire  qu'il  y  a  eu  insertion  de1  /•,  ce  sont  les  variantes  de 
Heinstet  recueillies  pour  d'autres  localités.  Foërstemann  a  les 
formes  Heinstat,  Heinstetten  du  \  1 1 1  siècle  pour  désigner  Hains- 
tadl  I  <  rrand  Duché  de  Bade) (3).  Le  cartulaire  de  l'église  Si-Lambert 
de  Liège  (')  nous  offre  pour  1008  un  Heinsteti  à  rechercher  dans 
la  province  d'Anvers  entre  la  Xèthe  et  la  Dyle.  Nous  laissons  de 
côté  les  Eichstet,  les  Heichstet,  les  Heystède,  les  Hemstat,  dont  la 
première  partie  contient  d'autres  radicaux. 

-.  Mais  on  peut  encore  refuser  son  assentiment  à  ces  rappro- 
chements de  noms  de  localités  différentes.  Tant  de  suffixes 
peuvent  se  joindre  a  tant  de  radicaux  que  -stet  et -ster  peuvent  très 
bien  être  étrangers  l'un  a  l'autre  en  s'adj  oignant  des  déterminants 
identiques.  Faisons  donc  bon  marché  des  Heinstet  en  face  de 
Heinstert  et  des  comparaisons  analogues. 


Di.  Ki.ifi  kxbkrc,  Mon.  pour  servir  à  l'histoire  des  provinces  de  Namur, 
Hainaui  el  Luxembourg,  i.  vin,  p.  ">4-  —  Kurth,  Cartulaire  de  Saint-Hubert, 
1>.  i2.  donne  la  date  de  1028,  avec  le  texte  suivanl  :  <<  quinque  uiansos  in 
Iteinianster  et  unum  quartarium  terrae  ». 

llOLLAXD,  Toponymie  namur oise,  1,  p.  i4'>- 

Altdeutsch.es Namenbuch,  t.  11,  col.  786. 
')   T.  1.  p,  uU. 


—  273  — 

Heinstert  n'est  pas  un  mot  de  physionomie  exceptionnelle  dans 
la  toponymie  du  Luxembourg.  En  lisant  les  cartes  du  Grand- 
Duché,  nous  étions  frappé  au  contraire  de  la  quantité  de  mots  en 
-ert  que  nous  rencontrions.  Parmi  eux  se  trouvaient  des  Hostert. 
Dans  beaucoup  de  ces  noms,  /•/  était  expliqué  comme  une  réduc- 
tion de  -rode  (wall.-sart).  M.  Kurtb,  auquel  il  faut  toujours  revenir 
comme  à  un  guide  sûr,  et  qui  connaît  cette  région  luxembourgeoise 
a  fond,  ne  parlait  pas  de  -rode  à  propos  des  Hostert,  et,  sans 
songer  à  les  rattacher  à  -ster,  il  les  expliquait  par  hofstatt.  Voici 
textuellement  ce  passage  :  «  Le  latin  emprunta  à  l'allemand  le 
mot  hofstatt,  dont  le  sens  est  à  peu  près  analogue  à  celui  de 
maceriae,  pour  le  transformer  de  plusieurs  manières.  Dans  le 
français  comme  dans  l'allemand,  le  mot  désigne  les  ruines  d'un 
édifice;  place  de  maison,  mais  surtout  place  où  il  y  a  eu  habitation. 
C'est  avec  ce  sens  exclusif  qu'il  figure  sous  la  forme  hostert  dans 
le  patois  luxembourgeois  »  (').  Ce  passage  devenait  très  important 
pour  notre  thèse.  Etudier  hofstatt  hostert,  c'était  donc  étudier 
statjster,  mais  cette  fois-ci.  c'était  l'étudier  joint  à  un  autre  suffixe, 
ayant  acquis  plus  de  corps  et  moins  propre  à  glisser  entre  les 
doigts.  Si  donc  on  pouvait  démontrer  que  les  hostert  ont  pour 
origine  hofstat,  le  problème  était  résolu  pour  -ster.  Mais  il  fallait 
vérifier  le  sens  des  deux  extrêmes  hofstat  et  hostert.  et  trouver 
des  intermédiaires  nombreux,  probants. 

Une  fois  débarrassé  de  l'idée  de  chercher  rode  à  la  fin  de 
Hostert  comme  il  est  à  la  fin  de  Hannert  (Vance),une  fois  persuadé 
par  les  études  précédentes  que  rt  n'était  pas  un  obstacle  à  la  filia- 
tion présumée,  il  ne  restait  plus  qu'à  chercher  patiemment  des 
preuves. 

D'abord  il  y  avait  une  grande  difficulté  de  sens.  M.  Kurth  affir- 
mait de  la  façon  la  plus  formelle  que  hostert  signifie  ruines, 
maceriae,  en  patois  luxembourgeois.  Mes  amis  du  Grand-Duché 
ne  connaissaient  pointée  nom  à  titre  de  nom  commun  dans  le  patois 
de  leur  pays.  J'en  ai  conclu  que  hostert  n'existe  plus  qu'à  titre  de 
nom  toponymique,  inconnu  à  la  langue  usuelle.  Dès  lors,  le  sens 
était  à  vérifier  par  des  explorations  pénibles  dans  les  archives 
grand-ducales.  Heureusement,  le  problème  fut  plus  accessible  par 
un  autre  bout. 

En  flamand,  à  côté  de  hoeve,  hoef  avec  le  sens  de  ferme,  existent 
les  composés  hofstad.  résidence,  hofstede,  maison  de  campagne, 


(l)  G.  Kurth,  o.  c,  i,  $i[).  18 


—  274  — 

métairie,  hofstedeken,  petite  métairie.  Eu  remontant  dans  le  pas- 
liose  nécessaire  parce  que  ces  mots  de  faine  et  de  métairie 

ont  pris  un  sens  banal  et  imprécis,  nous  avons  trouvé,  dans  le 
livre  de  comptes  de  Guillaume  tic  Kyckel  ('),  des  désignations  plus 
exactes  :  h  une  mansus  (p.  i6o);  curies  sine  areas  sine  hofstat 
(p.  [58);  moneke hofstat,  manse  des  moines  à  Aalburg  (p.  i56). 
("r-i  doue  l'ancienne  curtis  qui  est  désignée  par  hofstat,  aujour- 
d'hui hofstede.  Mais  il  ne  s'agissait  pas  d'une  habitation  en  ruines. 
Quelle  est  la  valeur  de  -stat,  quelle  est  son  opportunité  dans 
hofstat i  Place  de  la  court,  cela  n'a  pas  grand  sens!  Eu  cherchant 
des  cas  analogues,  nous  avons  trouvé  haardstede,  foyer.  Le  pre- 
mier (-(imposant  n'a  point  valeur  de  génitif ,  mais  valeur  appositive 
ou  locative.  Haardstede  n'est  pas  la  pince  du  foyer  purement  et 
simplement:  car,  le  loyer  disparu,  la  place  reste;  c'est  la  pièce 
qui  est  un  foyer,  où  esl  le  foyer.  Eu  wallon  pièce  a  le  même  sens 
concret  que  le  flamand  sfede;  il  signifie  pièce  de  maison  :  è  lu 
p'tite  pièce,  è  l' pièce  du  dri.  Tel  est  aussi  le  sens  dans  hofstede  : 
c'est,  par  opposition  aux  champs,  prés  et  bois,  la  place  où  s'étale 
l'habitation  rurale.  Il  va  de  soi  (pie  l'autre  sens  est  possible  aussi, 
et  alors  hofstat,  hofstede  peuvent  signifier  non  seulement  la  place 
où  est  la  coui-,  mais  encore  la  place  où  elle  fut  et  on  elle  n'est 
plus.  C'est  dans  ce  dernier  sens  (pie  paraît  avoir  été  employé  le 
hostert  luxembourgeois.  Voilà  la  disparité  de  sens  réduite  à  son 
minimum. 

Quant  à  la  forme,  le  premier  composant  de  hostert  pouvait  aussi 
bien  receler  holtz  ou  hoh  que  hoj.  Il  fallait  interroger  le  passé  des 
Hostert  eux-mêmes,  car  accumuler  en  une  liste  les  hovestat  et  les 
hofstat  flamands  ne  faisait  pas  l'aire  un  pas  à  la  question.  Nous 
avons  été  assez,  heureux  pour  trouver  des  faits  probants  dans  un 
1 1  a  vail  de  E.  de  la  Fontaine  < ').  Quoique  ce  soit  un  toponyrïiiste  bien 
crédule,  nous  lui  devons  de  la  reconnaissance  pour  avoir  rassein 
blé,  a  son  insu,  dans  ses  articles,  les  faits  qui  ont  ici  joué  le  rôle 
de  l'étincelle  électrique  au  milieu  des  gaz  mis  en  présence.  Voici 
«os  extraits  de  cet  ouvrage  : 

i.  Hostert,  commune  de  Xiederanwen,  canton  de  Luxembourg 
■•   Le  nom  est  appliqué  a  toute   espèce   de   bâtiments  en   ruines.   - 


•i  II.  I'ikknm:.  Le  livre  île  Vabbé  Guillaume  de  Ryckel,  is^q-ihjz;  Comm. 
roy.  d'Histoire,  \^<^>. 

)  II.  de  la  Fontaine,  Essai  étymologique  sur  les  noms  de  lieux  du  Luxem- 
bourg germanique,  «Unis  les  PUBLICATIONS  DE  [,'Institi  t  ROYAL  oii.wn-nrcu. 
Di    l.i  VEiiBOUiu;,  tomes  XII-XV  et  XVIII. 


—  275  — 

Ce  village  est  à  peu  près  tout  entier  bâti  sur  un  amas  de  ruines 
romaines  ».  Puis  l'auteur  cite  à  titre  d'autorité  un  passage  des- 
criptif de  Wiltheiin  :  «  Squalet  etiamnunc  ingens  et  tuberatiis 
subinde  colliculis  aceruus,  a  quo  nomen  loco  Hostert  seu  Hosteren, 
quod  «ruinas  »  dicimus  (J).  M.  de  la  Fontaine  en  profite  pour 
faire  venir  Hostert  de  hostelleriel  et  cependant,  trois  lignes  plus 
lias,  il  donne  sans  s'en  douter  la  véritable  étymologie,  puisqu'il 
ajoute  :  «  Dans  divers  écrits  extraits  des  archives  de  Saint- 
Maxi min,  nous  avons  trouvé  le  nom  deHostert  écrit  Hovesteden  ». 
Voilà  qui  est  sans  réplique,  et  j'en  crois  un  auteur  qui  cite  une 
tonne  ancienne  avec  tant  de  désintéressement  ! 

'2.  Hostert.  commune  de  Folschet,  canton  de  Pediugen.  «  Sur 
la  croisade  de  deux  grands  chemins  dont  l'un  porte  tous  les  carac- 
tères d'un  deverticulum  romain.  Recèle  des  amas  d'antiques 
ruines...  ».  Puis  l'auteur  cite  une  charte  de  1080,  où  le  nom  est 
écrit  Hossteden,  et  une  autre,  de  1489,  où  il  est  écrit  Hocksteden. 
Dans  cette  dernière  forme,  la  première  partie  est  défigurée  par 
essai  d'étymologie  populaire,  mais  le  suffixe  est  intact  et  cela 
nous  suffit. 

3.  Haster-Haf,  ferme  isolée  sur  la  commune  de  Waldbillig, 
canton  d'Echternach.  «  Nommée  lliiôschterhaf  dans  le  dialecte  du 
pays.  Son  nom  retrace  des  bâtiments  en  ruines  ».  Il  retrace  davan- 
tage, puisqu'il  désigne  une  ferme  moderne  (hof)  sur  l'emplacement 
d'une  ruine  de  maisons  seigneuriales  (hofsted).  C'est  un  mot  gros 
d'histoire  locale. 

4-  Osterbour,  ferme  isolée,  dépendante  de  la  commune  de 
Zolwer,  canton  d'Esch  ;  fort  ancienne;  le  nom  s'écrit,  en  1235  et 
1247,  hosterborn. 

5.  Ostert,  habitation  isolée,  contiguë  au  village  de  Medernach; 
construite  sur  un  sol  autrefois  couvert  par  des  débris  de  bâtiments 
romains. 

Maintenant,  nous  espérons  que  la  conviction  du  lecteur  est  faite 
aussi  bien  que  la  nôtre  sur  l'identité  de  hoster,  hostert  avec 
hofsted,  hosted,  hostet,  et,  par  conséquent,  sur  l'identité  de  -.s/cr 
et  de  -stet.  Qu'on  ne  nous  accuse  pas  d'y  être  arrivé  par  un  chemin 


(i)  Ajoutons  (1ue  V.  GAUCHEZ,  dans  son  ouvrage  sur  la  Topographie  des 
voies  romaines  de  la  Gante  Belgique  (ANNALES  DE  L'ACADÉM.  d'Arch.  DE 
BELGIQUE,  111e  série,  t.  vin,  1882),  décrit  de  la  même  façon  remplacement 
de  Hostert  et  note  les  «  substructions  d'une  mansio  très  achalandée,  à  l'in- 
tersection du  Rœmerwegde  Dalheiin  à  Alttrier  ...  Témoignage  désintéressé 
de  l'archéologue  sans  souci  d'étymologie. 


—  276  — 

bien  long.  Nous  répondrons  que  pour  s'occuper  des  hostert  et  les 
taire  entrer  dans  son  cercle  d'observation,  il  fallait  au  contraire 
une  gestation  intellectuelle  prolongée. 

\,uis  voici  donc  arrivés  au  -stat  germanique.  Mais  quelle  est 
son  origine?  Stat  ne  pourrait-il  pas  venir  du  latin  station,  tout 
comme straat  strasse,  ou  inciter,  ou  casier  chester,  ou  munster,  et, 
par  après,  avoir  débordé  un  peu  sur  la  marche  romane  ?  Non,  il 
11  \  ;i  point  d'exemple  «l'un  suffixe  toponymique  qui  aurait  été 
emprunté  d'emblée  par  les  Germains  aux  Latins  sans  avoir  d'abord 
été  usité  en  terre  romain:.  Ainsi  le  -strée  de  Féronstrée  n'est  pas 
issu  il"'  statut;  pas  plus,  hàtons-nous  île  le  dire,  que  -straat  n'est 
issu  de  la  forme  strée.  ("est  le  latin  strata  qui  a  voyagé,  qui  a 
passé  «le  bouche  en  bouche,  déposant  en  pays  wallon  un  strata  qui 
est  devenu  plus  tard  strede,  puis  strée,  déposant  en  pays  flamand 
un  strata  qui  est  devenu  straat.  Pour  stat/stet,  le  voyage  s'est  l'ait 
en  sens  inverse,  et  stet  s'est  arrêté  un  peu  en-deçà  de  la  frontière 
linguist  ique. 

C'est  donc  au  fond  de  la  langue  germanique,  dans  l'ancien -haut - 
allemand,  dans  le  gothique,  dans  le  vieux-saxon,  dans  le  vieux- 
nordique  qu'il   faut   aller  chercher  l'origine  de  -sler. 

Mais  voila  que  nous  tombons  sur  deux  stat  et  nous  avons 
l'embarras  du  choix.  Lequel  des  deux  se  cache  sous  nos  noms  en 
-sterl 

On  trouve  en  gothique  un  stat  lis,  génitif  stadis,  radical  stada, 
masculin, signifiant  lieu,  place.  Celui-ci  est  en  vieux-haut-allemand 
stat,  avec  un  /,  en  nouveau-haut-allemand  statt  avec  une  variante 
graphique  (tt)  sans  valeur  de  prononciation,  et  une  différence  de 
prononciation  de  l'.s  qui  n'est  pas  indiquée  dans  l'écriture.  En 
vieux-saxon,  la  forme  est  stad  avec  d.  Le  francique  ancêtre  <\\\ 
flamand)  et  en  général  les  autres  dialectes  bas-allemands  avaient 
le  '/.  ce  qui  a  donné  les  formes  stad,  stade,  slede. 

Il  y  a  encore  en  gothique  un  autre staths,  génitif  siathis  (radical 
en  i?),  également  masculin,  signifiant  plage,  rivage.  On  le 
retrouve  dans  l'allemand  gestade,  dont  le  simple,  stad,  a  disparu 
de  la  langue  courante  et  n'existe  plus  (pie  dans  les  noms  de  lieux. 
A  insi,  sauf  les  corrupt  ions  toujours  à  craindre,  stad  en  Allemagne 
doit  -,•  distinguer  de  statt.  Egli  fait  soigneusement  la  diffé- 
.    Il    traduit    staad,    stad,   par   landungsplatz   (place  de 


Egli,  Nomina  geographica,  p.  ~>\i. 


-  277  - 

déchargement)  et  par  gestade  (rivage),  et  il  cite  comme  exemples 
des  localités  riveraines  des  lacs  suisses  :  Walenstad  sur  le 
Walensee,  Altstad  à  Lucerne,  Oberslad,  Niederstad,  Immenstad. 

Dans  les  dialectes  bas-allemands,  ce  second  staths  prenait  aussi 
la  dentale  douce,  de  sorte  que  les  deux  mots  se  confondaient.  11  y 
a  donc  lieu  de  se  demander  auquel  de  ces  deux  mots  il  faut  rap- 
porter notre  -ster,  dans  une  région  dont  les  noms  germaniques  ue 
sont  point  des  créations  de  tribus  parlant  le  haut-allemand,  ("est 
encore  le  hofstatt  allemand  qui  doit  décider.  Quand  bien  même  le 
sens  ne  nous  inviterait  pas  à  choisir,  l'orthographe  de  hofstatt 
nous  décèle  la  présence  de  stait  qui  signifie  locus,  et  non  de  stad 
lui  signifie  ripa.  Evidemment^  il  doit  en  être  de  même  du  flamand 
moderne  hofstede  et  de  ses  variantes  plus  anciennes.  J'en  conclus 
jue  les  hostert,  d'abord,  et  les  autres  noms  en  -ster,  ensuite,  con- 
tiennent comme  suffixe  l'ancien  staths,  stadis  signifiant  lieu, 
place. 

Il  convient  de  se  demander  aussi  d'où  proviennent  toutes  les 
variantes  qu'on  rencontre  dans  les  noms  de  lieux  allemands  et 
flamands  qui  contiennent  ce  suffixe,  et  de  laquelle  est  issu  notre 
•ster.  En  effet,  dans  la  région  flamande,  si  on  consulte  les  chartes, 
>n  trouve  non  seulement  la  finale  stad,  mais  stade,  stede,  stide, 
itadon,  stedon,  stedun;  dans  la  région  allemande,  on  rencontre 
ion  seulement  stat,  statt,  stadt,  mais  encore  stiitte,  stadte,  stette, 
;t  même  stetin,  stettin,  stetten,  steten,  stâdten,  etc. 

L'explication  est  des  plus  simples.  L'e  au  lieu  de  l'a  est  un 
uloucissement(umlaut)  qui  apparaît  régulièrement  au  pluriel  dans 
es  langues  germaniques,  mais  qui  peut  provenir  aussi  de  diffé- 
renciations dialectales.  L'e  final  décèle  un  nominatif  pluriel,  qui  a 
>u  d'ailleurs  ultérieurement  être  pris  pour  un  singulier  collectif; 
s'est  en  quoi  le  flamand  hofstede  (maison  de  campagne)  diffère 
ctuellement  de  hofst ad  (résidence).  Avec  en  final  (anciennement 
»;j,  un),  on  a  affaire  à  un  datif  pluriel,  forme  qui  a  parfois  prévalu 
>arce  que  les  noms  de  villes  sont  souvent  cités  au  datif  locatif. 

Quant  à  décider  de  laquelle  de  ces  formes  germaniques  procède 
Lircctement  notre  suffixe,  nous  ne  nous  y  hasarderons  pas.  Nous 
royons  que  ce  serait  mal  poser  le  problème,  d'ailleurs,  que  de 
echercher  une  forme  unique  comme  productrice  de  -ster  et  de  ses 
ariantes.  Il  est  assez  naturel  de  supposer  :  i°  que  les  formes 
>leines  en  -stert  du  Grand-Duché  proviennent  des  locatifs  -stedden 
m  -sieden  :  l'hypothèse  est  confirmée  par  les  antécédents  de  deux 


—  27B  — 

Eïosterl  pour  Lesquels  nous  possédons  des  variantes  antérieures  ('); 
20  que  l<s  stir  ou  -stier  de  l'autre  extrémité  correspondent  à  une 
prononciation  dialectale  stide;  3°  que  ster,  stère  est  la  forme  nor- 
male correspondant  à  stede.  Au  reste,  quand  on  examine  dans 
Fôrstemann  les  variantes  anciennes  des  nombreux  noms  en  -statt, 
on  s'aperçoit  vite  que  le  nom  de  chaque  localité  a  passé  par 
diverses  désinences  :  il  se  déclinait  comme  les  noms  communs. 
n'étanl  qu'un  nom  commun  à  l'origine.  Cette  inconsistance  nous 
enlève  toute  facilite  et  toute  envie  de  pénétrer  plus  avant. 

Maintenant  que  nous  connaissons,  autant  qu'il  est  possible,  les 
ascendants,  il  convient  d'examiner  aussi  de  plus  prés  quelle  est 
l'amplitude  des  variations  de  -ster.  Nous  avons  déjà  touché  a  ce 
sujet,  mais  uniquement  pour  montrer  que  le  sted  germanique 
n'était  pas  immuable.  Il  y  a  lieu  ici  de  présenter  le  tableau  des 
variations  du  même  suffixe  primitif  des  deux  côtés  de  la  frontière 
linguistique  actuelle,  et  de  montrer  qu'il  s'agit  bien  du  même 
suffixe  primitif. 

1.  L'identité  de  -ster  et  de  -stère  ne  peut  être  contestée  quand 
on  voit  les  mêmes  noms  écrits  indifféremment  Colonstère  ou 
Colonster,  (Jéronstère  ou  Géronster,  Rosistère  ou  Rosister,  (Jil- 
niinster  ou  Gilminstère.  Il  semble  même  que  stère  ait  mieux 
conserve  la  forme  et  le  genre  féminin  de  stede.  On  dit  la  Gérons- 
tère  unanimement  à  Spa,  et  les  annonces  des  notaires  portent 
"  la  Gilminster  »,  «  chasse  de  la  Gilminster  »,  (<  la  Maelster  ». 

•2.  L'identité  de  -steden  ou  -stede  avec  -stert  a  été  assez  démon- 
trée précédemment.  Mais  le  t  final,  si  nous  comparons  à  -ster,  Vr 
qui  précède,  si  nous  comparons  à  stet,  est  un  ennui  pour  le  lin- 
guiste. Peut-être  faut-il  voir  dans  rt  un  essai  de  dissimilation  du 
double  d  ou  /  apparaissant  dans  -stedden  -stetten.  Quoi  qu'il  en 
soit,  l'apparition  de  rt  final  n'est  pas  limitée  à  la  seule  région  du 
Grand-Duché  ni  au  seul  nom  de  hostert.  Rassemblons  ici  quelques 
faits  probants,  lue  vigne  dénommée  en  Jonster  à  Ougrée-Sclessin, 
en  i;V34>  se  trouvait  désignée  en  tiert  de  Justert  en  i433  (-). — 
Haltert,  arrondissement  d'Alost,  était  anciennement  Haltera, 
Haltre  f  ).  —  11  y  a  un  Hostaert  près  de  Genck  (pr.  de  Limbourg) 
•  pie  nous  n'avons  aucune  raison  de  séparer  des  Hostert  luxem- 


(r)  <  ï.  ci-dessus,  p.  -j-j^--2-^. 

1    Ci  velier,  Inventaire  des  Archives  du   Val-Benoit,  \>.  u(>7. 
)  .1.  .1.  ni.  Smkt.  Essai   sur   les  noms   de  villes  el  communes  de  lu  Flandre 
orientale,  p.  u  j.        Dans  Mem.  de  VAcad.  roy.  de  Belgique,  t.  XXIV  =  i85o. 


—  279  - 

bourgeois.  —  Je  trouve  même  IV  s'introduisaut  eiî  double,  dans 
doux  syllabes  successives.  Ainsi,  dans  la  carte  toponymique  de  la 
commune  d'Aubel  dressée  par  le  bourgmestre  Nicoîaï  (*),  il  y  a  un 
Horstert  au  sud  du  village,  dont  le  premier  r  me  parait  repré- 
senter Vf  ou  v  de  hofstede. 

3°  L'alternance  stert  stet,  ster  stet  ou  steit  se  trouve  assez 
démontrée  par  les  exemples  invoqués  plus  haut  de  Avinster  = 
Avinsteit,  Heinstert  =  Heiustet,  Wenhister  =  Wenhisteit  — 
Wenistet,  Hodister  =  Hodistè,  Nantister  =  Nantistay. 

4°  Si  on  prononce  -stier  a  la  française,  comme  le  mot  setier 
(s'tier),  on  sera  gêné  de;  le  considérer  sans  preuves  supplémen- 
taires comme  une  variante  de  ster.  Mais  nous  avons  montré  que 
le  wallon  a  toujours  eu  l'accent  sur  la  première  partie  de  la  diph- 
tongue ie%  que  Ve  n'a  pas  plus  <)e  sonorité  dans  -stier  que  dans 
l'allemand  brief  (lettre),  stier,  (taureau).  Les  vieilles  graphies 
Bovegnisiir,  Boùegnisty  l'indiquent  assez.  Déjà  en  terre  allemande. 
-stier  pour  stedt  a  été  signalé  dans  Pavenstier  par  M.  Kurtli.  En 
voila  plus  qu'il  n'en  faut  pour  faire  admettre  -stier  parmi  les 
variantes  de  notre  suffixe. 

5°  Quant  à  l'identité  de  stet  et  de  sté  ou  ste,  nous  invoquerons 
les  faits  suivants.  On  rencontre  en  1416  un  «  Rennekin  Proiste  de 
Kokeroule  »,  et,  en  i443»  (<  e11  V\eu  dit  Proistet  »  à  Alleur  (2).  — 
Que  peut  bien  signifier  het  gebergste  (3)  sinon  la  place,  c'est-à- 
dire  la  partie  qui  est  du  côte  des  collines  sablonneuses  de  Meer- 
hout?  —  Que  signifie  groote  hofste  (*')  sinon  grande  ferme?  Ce 
nom  nous  présente  hofste  =  hofstede  =  hostert.  —  Que  signifie 
Stedonk  (s)  sinon  :  le  monticule  au  siede,  à  la  ferme  habitée,  par 
opposition  à  d'autres  monticules  émergeant  de  parties  trop  maré- 
cageuses pour  être  habitées?  —  Que  signifie  Wolfsté,  à  Hérenthals, 
sinon  l'endroit,  la  station  du  loup,  ou  la  maison  d'un  nommé  Wolf? 
ce  qui,  dans  les  deux  cas,  nous  ramène  à  notre  suffixe.  —  De  la 
région  germanique  si  nous  passons  en  terre  wallonne,  nous  trou- 
vons, par  exemple,  à  Fauvillers,  à  la  limite  des  langues,  les  noms 


(' )   Bulletin  de  la  Société  liégeoise  de  Littérature  wallonne,  t.  \  il  —  i8G(i. 

(2)  J.  COVELIER,  Inventaire  des  Archives  du   Val-Benoit,  p.  u35  et  i>85. 

(3j  Si  toutefois  la  forme  n'est  pas  fausse.  Le  diet.  de  Jourdain  et  Van 
Stalle  porte  simplement  Gebergte.  la  Carte  de  Belgique  d'après  Ferraris, 
dressée  par  l'Établissement  geographicme  belge  en  i83i.  porte  Gebcrgste. 
La  chute  de  Vs  s'expliquerait,  mais  la  forme  me  parait  plus  douteuse 
qu'autrefois. 

(*)  Au  sud  de  Wendune,  FI.  oce.,  dans  la  même  Carte  d'après  FERKAKis. 

(5)  Hameau  au  sud  de  Helmond  sur  l'Aa. 


—   28o   — 

de  Pasté  et  Warmosté;  à  Dochamps  le  nom  de  Rubiesté;  Fragaste 
au  non!  «le  Sibrel  ;  ions  noms  qu'il  sera  bien  difficile  d'expliquer 
par  un  autre  suffixe.  Loin  de  nous  l'intention  d'affirmer  que  tous 
les  noms  en  -sic  contiennent  le  stede  ou  stett  germanique,  mais 
quelques-uns  le  contiennent  à  l'évidence. 

6°  Nous  sommes  même  persuadé  que  maintes  dénominations 
en  -st  contiennent  notre  suffixe;  mais,  naturellement,  plus  on 
s'éloigne  de  la  forme  originelle,  plus  l'interprétation  devient 
sujette  à  caution.  Nous  n'avons  pas  l'intention  de  passer  en  revue 
tous  les  noms  en  -st ;  ce  serait  déplacer  le  centre  de  notre  étude. 
Bornons-nous  à  quelques  observations.  A  priori,  il  n'est  pas  plus 
étonnant  de  voir  stede  se  réduire  à  -st  que  de  voir  -rode  se  réduire 
à  rt.  Mais,  d'autre  part,  les  dialectes  haut  et  bas-allemands  ont 
un  si  grand  amour  delà  finale  -st  qu'on  est  bien  obligé  d'admettre 
que  tantôt  -st  est  analogique  et  sans  valeur  étymologique,  tantôt 
significatif.  Sans  doute,  quelques-uns  seulement  de  cette  dernière 
catégorie  sont  de  notre  ressort,  comme Beoerst  (séjour  des  castors). 
Ce  qui  doit  nous  mettre  en  garde  contre  le  désir  de  trouver  -stede 
dans  tous  les  -si,  c'est  de  voir,  par  exemple,  certains  dialectes 
flamands  remplacer  alsem  et  la  forme  populaire  els  par  aalst 
(absinthe)  :  bos  (touffe)  par  beust;  brembosch  par  brembust;  mœss 
par  most  (mousse);  rijs  par  rijst(oriza,  riz);  le  wallon  ramonasse, 
qui  vient  du  latin  armoracea,  par  ramenast;  maspruim  syncopé 
de  damaspruim  (prunes  de  Damas)  par  mastpruim;  heulenteer 
(sureau)  par  huilteter;  huis,  qui  est  la  forme  légitime,  témoin  le 
français  Iioux,  le  latin  ilex,  les  composés  flamands  hulzenhout 
(bois  de  houx),  hulzeboom,  hulzenbosch,  est  remplacé  par  hulst, 
h  u  ilst,  b<r7lst,  œlst  ;  varen  (fougère)  par  vaarengst,  varinkst,  varœts  ; 
wiscb  (saule)  et  la  forme  dialectale  wissen  par  wisten  (')•  De  même 
en  toponymie  nous  voyons  les  noms  en  -st  nous  glisser  entre  les 
doigts  :  Reninghelst  est  appelé  Reningens  in  Flandria  en  io65  {"); 
ialst  du  Brabant  septentrional,  canton  d'Eindhoven,  est  dénommé 
Haeslaos  in  pago  Texandri  en  711  (3).  Là  où  le  -st  est  légitime, 
on  s'aperçoit  d'ordinaire  ou  bien  qu'on  a  affaire  à  des  noms  de 
rivières,  genre  de  noms  où  le  sens  de  stede  ne  se  justifie  pas,  et 
qui  sont  déjà  traduits  en  -sta,  nullement  en   stata,  dans  les  chro- 


(')  Anlst  est  dans  le  dict.  de  Callewaert,   les  autres  formes  eu  -st  sont 
dans  K.  PAQUE,Z)e  Vlaamsche  volksnamen  der  planten,  Namur,  189G;  passim. 
')   Gallia  christ.,  III,  83,  cité  dans  Piot,  Pagi,  p.  23. 
(3)  Amplissima  collectif,  I,  col.  18,  cité  dans  PlOT,  Pagi,  p.  -4. 


—    28l    — 

niques  latines  cinq  ou  six  siècles  avant  l'époque  de  la  déformation 
moins  radicale  en  ster:  ou  bien  qu'on  a  affaire  à  d'autres  suffixes 
connus,  comme  dans  les  noms  terminés  par  oorst,  vurst  (  farsi, 
forest,  fr.  forêt)  horst,  hurst,  hirst.  Bref,  bien  que  J.-J.  de  Smet. 
il  y  a  plus  de  quarante  ans,  sans  avoir  pour  se  fourvoyer  le  désir 
de  tout  rapporter  a  -stede,  ait  songé  naturellement  à  expliquer 
Heyst  par  ffeistede  et  Alost  (11.  Aalst)  par  Aelstede,  néanmoins, 
pris  en  bloc,  les  noms  en  -si  nous  sont  devenus  suspects.  Même 
quand  il  existe,  à  côté,  des  formes  plus  pleines  en  -ste  ou  -ster,  il 
faut  se  défier.  Ainsi,  par  exemple,  bien  qu'on  possède  comme 
noms  de  lieux  Ginst,  Gînste  et  Ginster,  cependant  Ginst  nous 
paraît  correspondre  au  latin  genesta,  genista,  et  Ginster  à  genis- 
truin. 

7°  Stede  peut  devenir  -stee,  comme  staden  peut  devenir  stayen, 
comme  stide,  une  autre  variante,  peut  devenir  -stie.  A  tort  ou  à 
raison  nous  expliquons  ainsi  :  Stée  dépendance  de  Braibant(Ciney, 
pr.  de  Xamur):  Stayen  (environ  de  St-Trônd),  qui  est  Staden  dans 
le  Cartulaire  de  Saint-Lambert  (t.  i,  p.  95),  et  dans  Ciiestret  de 
Hammi  i:.  Histoire  de  In  Maison  de  la  Marck  (p.  254):  Staebroeck 
(au  X.  d'Anvers)  devenu  Stabroeck  dans  les  atlas  plus  modernes 
(pie  celui  de  Ferraris;  Houstée,  lieu-dit  cité  dans  le  Cartulaire 
de  Saint-Hubert  (année  i554;  P-  120).  Ces  exemples  ont  ceci  de 
commun  que    les  deux  voyelles  avoisinant  le  d  ont  subsisté. 

8°  Il  existe  à  Stavelot  un  Mâsta,  un  Binsta,  un  Mista  et  un 
Hausta  pour  lesquels  il  y  a  une  étymologie  très  populaire.  On  dit 
dans  le  pays  que  ces  noms  signifient  le  mal-placé,  le  bien-placé,  le 
mieux-placé,  le  haut-placé.  ("est  très  ingénieux,  très  séduisant, 
mais  nullement  solide.  D'abord,  nous  ne  pouvons  accepter  un 
sta  =  status  (placé),  alors  (pie  nous  vo3Tons  status  dans  la  langue 
courante  devenir  esté,  été  en  français,  sté,  siî,  stou,  stu  en  wal- 
lon, c'est-à-dire  évoluer  vers  les  extrêmes  de  l'échelle  vocalique. 
Ensuite,  ces  noms  se  présentent  le  plus  souvent  terminés  en  -staz, 
stat,  ce  qui  leur  donne  déjà  une  autre  physionomie.  Enfin,  dans 
cette  hypothèse,  il  faudrait  détacher  Hausta  ou  Hosta  de  toute 
une  série  d'homonymes  ou  quasi-homonymes,  que  nous  reconnais- 
sons être  des  hofstatt  ou  hofstede.  Nous  nous  croyons  donc  en 
droit  de  compter  -sta,  -stat,  -staz  parmi  les  variantes  de  -ster. 

90  II  y  en  a  d'autres  qui  s'éloignent  davantage  du  primitif. 
M  Kurth  n'a  pas  hésité  à  ranger  dans  la  liste  des  hofstaat  les 
formes  Housteau,  Hocheté,  Houstaches,  et  avec  raison.  La  pre- 
mière présente  une  francisation  sur  le  modèle  de  bê  /  bia  =  beau, 


—    282     - 

la  Seconde  une  déformation  de  la  sifflante  en  chuintante,  la  troi- 
sième un  -slu  augmenté  sans  doute  d'un  suffixe  diminutif  -chen 
ou  -clic  Enfin  si  nous  inscrivons  encore  -stay,  qui  peut  être  une 
variante  graphique  de  -stê  ou  un  changement  analogue  à  celui  que 
nous  avons  vu  dans  Stayen,  nous  aurons,  semble-t-il,  passé  en 
revue  toutes  les  formes  synonymes  de  -ster. 

Maintenant  que  nous  connaissons  l'origine  du  suffixe  en  remon- 
tant même  assez  haut,  il  convient  de  réfléchir  davantage  au  sens 
île  ce  suffixe.  11  ne  s'agit  pas  de  se  contenter  du  sens  de  l'antique 
stat  isolé,  car  rien  n'est  plus  vague  que  ce  sens,  mais  de  l'étudier 
dans  ses  rapports  avec  le  déterminant,  pour  voir  dans  quel  sens 
particulier  il  a  été  employé  sur  notre  sol. 

i"  D'abord  ce  suffixe  peut  être  joint  à  un  nom  propre  de  per- 
sonne. Les  premiers  exemples  que  nous  avons  essayé  d'inter- 
préter étaient  de  cette  nature,  parée  que  nous  avions  choisi  les 
noms  les  plus  transparents  et  probablement  les  plus  modernes. 
Ce  nom  de  personne  indique  le  fondateur  ou  le  propriétaire  ou 
l'occupant.  Le  plus  souvent,  il  sera  le  fondateur,  parce  que  le 
besoin  d'un  nom  se  fait  sentir  aussitôt  pour  désigner  le  nouvel 
établissement.  En  fait,  le  fondateur  sera  d'ailleurs  aussi,  d'ordi- 
naire, le  propriétaire  et  l'occupant.  Le  rapport  est  un  rapport  de 
possession,  plus  ou  moins  vague  évidemment,  car  il  ne  s'agit  pas 
ici  de  propriété  juridique.  Le  suffixe  lui-même  doit  avoir  un  sens 
concret;  il  doit  désigner,  non  la  portion  d'espace  qu'un  objet 
occupe  d'ordinaire  ou  peut  occuper  (la  place  de  mon  livre,  votre 
place  à  table),  mais  le  lieu-terre,  ou  le  lieu-habitat.  A  ce  point  de 
vue,  Jehanster  est  la  place  ou  la  pièee  de  Jean,  lot  reçu  de  la 
communauté  ou  parcelle  achetée  et  défrichée  ou  essartée  ou  mise 
eu  culture  ou  habitée  par  Jean. 

2.  Le  rapport  est  encore  un  rapport  de  possession  quand  le 
déterminant  désigne  un  animal.  Nous  avons  cru  reconnaître  ce 
cas  dans  Beverst  (prov.  de  Limbourg)et  dans  Wolfsté (dépendance 
d'Hérenthals).  Si  Wolfsté  n'est  pas  simplement  la  demeure  d'un 
nommé  W'olf,  il  représente  ce  qu'on  appellerait  en  wallon  li  han 
des  leûps  i  lieu-dit,  eomm.  de  Polleur).  Fôrstemann  rapporte  au 
radical  bera,  ours,  ou  bien  à  ber,  sanglier,  les  noms  de  Èerestat, 
ou  lier ist ut  (ixe  siècle)  devenu  Bârstatt  (dans  le  Nassau),  de  Berstai 
(année  852)  devenu  Berstadt  (in  Oberhessen).  .1.  ,1.  de  Smet.  qui 
a  travaille  longtemps  avant  Fôrstemann,  explique  aussi  Beerst 
FI.  occ.)  par  «  demeure  du  sanglier  ».  11  y  a  un  Berstett  au  N.  de 
Strasbourg  qui  pourrait  avoir  la  même  origine.  On  trouvera  beau- 


—  283  — 

coup  d'antres  interprétations  de  ce  genre  dans  l'ouvrage  tant  de 
fois  cité  de  Fôrstemann,  par  exemple  Rehstett,  de  reh  (chevreuil)- 
Âlahstat,  de  eluh  (élan)  ;  A wisteti,  de  aui  (brebis)  ;  .4 ranstedi, 
de  aro  (aigle);   Eberstat,  de  ebar  (sanglier)  ;  Fussestat,  de  voss 

(renard). 

3.  Le  déterminant  désigne  un  objet  inanimé.  Cet  objet  pourrait 
être  nommé  sans  le  secours  dn  suffixe  -siai.  Le  sens  et  l'opportu- 
nité du  suffixe  sont  alors  plus  difficiles  à  saisir.  C'est  ee  qui 
faisait  dire  à  Grandgagnage  que  l'explication  par  stade  (lieu) 
n'avait  pas  grand  sens  iM.  Quelle  est  donc  sa  valeur  relative  dans 
le  nom  commun  flamand  hofstede  (ferme)?  dans haardstede  (foyer), 
dont  nous  avons  parlé  plus  haut  ?  Que  signifient  exactement 
h  place  du  foyer,  place  de  la  court*.  »  A  quoi  servirait  une  distinc- 
tion entre  le  foyer  et  sa  place,  la  maison  et  sa  place?  Il  faut  évi- 
demment écarter  cette  distinction  qui  n'a  aucune  raison  d'être 
en  toponymie.  Mais  il  restera  encore  plusieurs  interprétations 
possibles.  Ainsi  w  on  peut  comprendre  «  le  lieu  qui  est  la  court  » 
par  opposition  aux  autres  parties  de  l'exploitation,  «  le  lieu  qui 
est  le  foyer  »,  par  opposition  aux  autres  pièces  de  la  maison.  Le 
rapport  en  ce  cas  est  celui  qui  relie  une  apposition  ou  un  attribut 
au  mot  déterminé,  n)  On  peut  concevoir  l'emplacement  comme 
plus  grand  que  la  construction.  La  place  du  moulin,  molensfede, 
n'est  pas  uniquement  le  moulin,  mais  la  région,  la  section  où  gît 
notamment  le  moulin.  Ainsi  quelqu'un  pourrait  être  possesseur 
d'une  prairie  a  la  place  du  moulin,  c'est-à-dire  dans  les  environs 
du  moulin.  Cette  fois  le  sens  est  plutôt  locatif.  Peut-être  est-ce 
dans  ce  sens  qu'il  faut  comprendre  hofstede  :  la  portion  au  centre 
de  laquelle  est  la  maison  rurale.  C'est  en  tout  cas  le  sens  qui  s'im- 
posera quand  le  déterminant  sera  un  nom  de  plante  ou  de  chose. 
Eichstat,  Eeksted  désigne  soit  un  endroit  où  il  y  u  des  chênes, 
une  chênaie,  soit  un  endroit  où  il  y  a  un  chêne  (2).  On  interpré- 
tera de  même  Aspenstide,  l'endroit  aux  trembles;  Tunstettin,  les 
endroits  aux  sapins;  llullisteti,  les  endroits  aux  houx;  StocJiestat, 
l'endroit  aux  stocs  (troncs,  souches,  surtout  d'épine).  Waldenstidi, 
qui  est  devenu  Wallenstedt  (3),  signifie   «  les  lieux  qui  sont  des 


(')  Mémoire  sur  les  anciens  noms  de  lieux  de  la  Belgique  orientale,  article 
Stattk. 

(*)  Comparez  le  t'r.  Place  à  Vaulnoit,  dép.  de  la  com.  d'Ellezelles  (Hainaut). 
De  même  Linthusen  (FôRST.,  o  <•.  Il,  996)  ne  signifie  pas  maison  de  tilleul. 
ce  qui  serait  ridicule,  mais  maison  />rcs  du  eu  des  tilleuls,  maison  aux  tilleuls. 

(3)  Wallenstedt  lez-Gronau.  non  loin  de  la  Leine,  au  S.  de  Hanovre. 


-  284  — 

liois  •>,  par  opposition  à  d'autres  lieux,  ou  bien  a  les  lieux  où  sont 
des  bois,  le  côté  bois  ». 

Le  premier  composait  est  ainsi  détèrminatif,  niais  détèrminatif 
de  plus  ou  moins  grande  importance:  la  place  des chênes  peut 
être  chênaie,  mais  la  place  au  chêne  sera  souvent  un  grand  espace 
distingué  par  coite  particularité  topographique  qu'il  contient  un 

chêne. 

A  Le  déterminant  désigne  un  objet,  mais  cet  objet  a  disparu. 
Quand  une  maison  seigneuriale  a  disparu,  l'emplacement  subsiste 
avec  une  physionomie  particulière,  et  l'endroit  s'appelle  dans  le 
Grand-Duché  de  Luxembourg-  un  hostêvt,  place  de  la  ferme  ou 
du  château  (brûlé,  ruiné,  etc.).  De  même  un  Waldstede  pourrait 
désigner  la  place  de  l'ancien  bois  (essarté,  brûlé,  défriché)  ;  un 
Meulenstede  pourrait  être  la  place  d'un  moulin  ruiné;  un  Wyver- 
ou  un  Woiiversfedc  la  place  d'un  vivier  ou  étang-  comblé.  Bref, 
la  connaissance  des  deux  composants  d'un  nom  semblable  ne 
nous  livre  pas  encore  le  sens  précis  du  nom  :  il  faudrait,  par 
l'histoire,  pouvoir  déterminer  la  valeur  exacte  du  rapport. 

5.  Au  lieu  de  désigner  un  objet,  le  premier  composant  peut  être 
un  adjectif,  et  alors  l'interprétation  est  bien  simple.  L'ouvrage  de 
Fôrstemann  nous  a  permis  de  rassembler  comme  exemples  les 
anciennes  formes  suivantes  :  Aldestede,  Niwerstat,  Blankenstat, 
Gruonstede,  Bredanstidi,Tihrsteti,Tinfstadum,  Heiligenstat,  Sâli- 
genstat,  Hohstat,  où  vous  reconnaissez  les  adjectifs  qui  signifient 
vieux,  neuf,  blanc,  vert,  large  (braid,  breit),  obscur  {dire),  profond 

i  tiuf,  tief),  saint,  haut. 

6.  Enfin,  je  ne  voudrais  pas  négliger  pour  la  connaissance  de 
-ster  les  traductions  ou  synonymies  qui  se  rencontrent  dans  les 
chartes.  Deux  passages  sont  instructifs  à  cet  égard  :  i°  celui  de 
Du  ('ange  que  nous  avons  déjà  cité:  in  domo  seu  siari  Sancti  Fir- 
rhini,  qui  nous  montre  -ster  signifiant  maison  ;  2°  le  passage  suivant 
d'une  charte  de  Henri  de  Gueldre:  pars grangiae  quae  dicitur  ster, 
où  ster  est  une  grangia,  c'est-à-dire  une  villa  rustique  compre- 
nant greniers,  grange,  étables,  remises,  etc. 

Passons  maintenant  de  la  toponymie  à  l'histoire.  Est-il  possible 
;i  l'historien  de  tirer  quelque  profit  de  cette  étude  avant  tout  lin- 
guistique ?  (Quelle  est  l'époque  de  création  des  établissements 
dénommés  d'un  nom  en  -ster't  De  quelle  race  étaient  leurs  fon- 
dateurs? 

Partout  où  se  sont  répandues  les  langues  germaniques,  depuis 
les  temps  les  plus  reculés  jusqu'à  nos  jours,  -stat  est  usité,  sous 


-  285  — 

l'une  ou  l'autre  forme,  arec  un  sens  tantôt  plus  ancien,  tantôt  plus 
moderne.  C'est  doue  sans  succès  que  l'historien  demanderait  à  la 
linguistique  pure  de  déterminer  avec  précision  quand  et  par  qui  un 
établissement  en  -stat  a  été  fondé.  En  est-il  de  même  pour  -ster't 
Faut-il  répondre  par  cette  conclusion  négative  que  -ster  est  un  pur 
accident  phonétique,  sans  intérêt  pour  l'histoire,  et  noyer  défini- 
tivement les  -ster  dans  l'océan  des  -stat'!  II  le  faudrait  si  les  établis- 
sements en  -ster  avaient  existé  auparavant  sous  le  suffixe  -stat. 
Mais  le  contraire  résulte  des  faits  déjà  discutés. 

i.  A  part  les  exceptions,  signalées  plus  haut,  de  Baustert  qui 
est  Bustat  en  893,  de  Hostert  qui  est  Hossteden  en  1080,  les  docu- 
ments ne  nous  montrenl  pas  les  -ster  fondés  sous  des  noms  diffé- 
rent-. 

2.  Fôrstemann,  qui  a  dépouillé  les  documents  jusqu'à  la  fin  de 
l'an  1100,  donc  jusqu'au  seuil  du  xn^  siècle,  et  qui  n'a  pas  négligé 
notre  région,  ne  cite  ni  formes  en  -stat  ni  formes  en  ster  pour  les 
localités  qui  nous  intéressent  ici. 

3.  Xous  avons  pu  lire  les  bonnes  feuilles  du  (lartulaire  de 
Stavelot-Malinedy.  si  parfaitement  édité  par  MM.  Roland  et  Hal- 
kin,  jusqu'à  l'année  1046.  Pas  une  de  nos  localités  en  -ster  n'y  est 
mentionnée. 

4.  Aucun  nom  en  -ster  ne  se  rencontre  parmi  les  noms  de  villas 
royales  carolingiennes;  c'est  sans  aucune  preuve  que  Pepinster 
est  donné  comme  un  pied  a-terre  ou  rendez-vous  de  chasse  des 
fameux  Pépins. 

5.  Aucun  nom  en  -ster  ne  se  rencontre  parmi  les  localités  citées 
dans  les  descriptions  géographiques  des  pagi  des  ixe  et  xe  siècles, 
liemianster  est  du  xr  (1028  et  l'étymologie  desteria  (961)  est  trop 
douteuse  pour  qu'on  puisse  en  faire  état. 

Ce  silence  peut  être  interprété  de  deux  façons. 

Ou  bien  les  établissements  dont  nous  recherchons  l'origine 
n'existaient  pas,  ou  bien  ils  étaient  trop  infimes  pour  avoir  été 
cités  dans  les  chartes. 

Pouvoir  les  déclarer  sans  existence  ou  sans  importance  avant 
1100,  c'est  déjà  un  résultat.  Mais  nous  voudrions  des  conclusions 
historiques  plus  précises.  Peut-être  les  obtiendrons-nous  en  con- 
frontant soigneusement  les  données  de  la  linguistique  avec  celles 
de  la  topographie  et  de  l'histoire. 

Comme  il  répugne,  à  priori,  de  donner  une  existence  relative- 
ment si  récente  à  des  localités  dont  on  explique  d'autre  part  le 
nom  par  des  étymologies  germaniques,  c'est  cette  contradiction 
que  l'argumentation  doit  résoudre. 


-  286  — 

\  i .  l,a  phonétique  a  montré  que  les  établissements  en  -ster  ont 
pu  être  fondés  sous  les  formes  -ster,stir,  stier,  puisque  nous  avons 
même  trouvé  stier  employé  au  xur  siècle  comme  nom  commun. 
Ster  a  (loin-  eu  une  certaine  existence  en  terre  wallonne. 

2.  On  le  trouve  latinise  sous  diverses  formes  dans  Du  Cânge,  ce 
qui  équivaut  a  des  lettres  de  naturalisation  romane. 

3.  11  n'a  pas  eu  une  existence  romane  aussi  répandue  que  d'autres 
suffixes  d'origine  germanique,  mais  il  a  existé  chez  nous,  soit  à 
L'étal  de  suffixe,  soit  seul,  employé  absolument,  ce  qui  prouve  bien 
qu'il  avait  un  sens. 

4.  11  est  suffixe  à  des  déterminatifs  de  forme  toute  romane, 
Jehan,  Martin,  Anseau,  Piron. 

5.  Bovegnister  est  un  nom  surcomposé.  Il  apparaît  en  118G.  Ces 
sortes  de  noms  ne  sont  certes  pas  primitifs  :  ils  doivent  être  rangés 
parmi  les  derniers  venus  de  la  toponymie. 

B.  Le  sens  de  -ster  ne  s'oppose  pas  aux  mêmes  conclusions. 
Ster  n'a  pas  servi  à  désigner  la  sain,  le  laer  ou  le  heim  d'un  nou- 
veau seigneur  franc  installé  en  terre  conquise.  11  indique  quelque 
chose  de  beaucoup  plus  humble,  une  dépendance,  une  ferme,  une 
grange,  une  exploitation  rurale  ou  forestière  quelconque.  Le  sens 
du  mot  est  tellement  large  qu'on  le  trouve  donné  à  des  lieux  qui 
ne  semblent  pas  avoir  jamais  reçu  la  moindre  construction. 

C.  Ceci  nous  achemine  à  considérer  l'emplacement  des  -ster. 
Arnold  (')  pose  en  loi  que  les  établissements  fondés  dans  les  terres 
les  moins  bonnes  sont  plus  récents,  et,  dans  la  suite,  ont  disparu 
ou  n'ont  pas  prospéré.  M.  Kurth  fait  état  de  cette  observation  à 
propos  des  -hausen  (F.  />.,  1,  287).  On  peut  l'appliquer  ici.  Un 
ami  m'a  fait  remarquer  qu'il  n'y  a  pas  un  seul  lieu  en  -ster  dans 
les  terrains  cultivés  de  la  commune  de  La  Gleize.  Les  -ster  de  la 
Grleize  sont  des  collines  boisées.  Il  n'y  a  point  non  plus  de  fagnes 
ainsi  dénommées;  les  fagnes  sont  des  terrains  ingrats  exploites 
par  après,  .le  n'ai  trouvé  d'exception  que  Hargister,  défini  par 
M.  Q.  Esser  de  Malmedy,  dans  ses  cahiers  manuscrits,  «  plaine 
de  bruyères,  fagne  entre  Longl'aye  et  Xhoffray  ».  Souvent  les  -ster 
sont  des  sommets  boisés,  des  plateaux  élevés  (Jehan ster,  Sol- 
waster,  Surister,  Bernister,  Colonster).  Il  y  en  a  pourtant  le  long 
de  la  Vesdre  ou  dans  de  petites  îles  de  cette  rivière.  Nulle  part 
l'emplacement  n'apparaît  très  enviable    Les  ster  furent  fondés  en 


>i  il    Ansiedelungen    und    Wanderungen   deiilscher  Stàmme,    a"    e«l. 
Marbourg     r88 1 .  p.  '<<)<>. 


—  287  — 

terres  ingrates,  donc  après  la  plupart  des  localités  connues.  Et 
ils  ne  se  sont  guère  développés,  pour  la  même  raison.  Pepinster, 
la  plus  connue  des  localités  en  ster,  n'est  érigée  en  commune  que 
depuis  soixante  ans,  et  elle  doit  sa  prospérité  a  un  événement 
tout  moderne  :  l'intersection  de  deux  voies  ferrées. 

Peut-être  est-ce  a  cette  destination  subalterne  des  ster,  à  leur 
simple  valeur  de  désignation  cadastrale  souvent,  qu'il  faut  attri- 
buer la  pénurie  des  noms  en  -ster  dans  les  chartes  et  chroniques 
anciennes,  plutôt  qu'à  une  inexistence  complète.  Constatons 
cependant  que  la  topographie  ne  contrarie  pas  les  constatations 
delà  phonétique  a  leur  sujet. 

D.  Quant  a  l'histoire  proprement  dite,  peut-elle  nous  être  de 
quelque  secours  dans  la  solution  d'un  problème  de  ce  genre?  Si 
l'histoire  de  la  colonisation  sous  les  Carolingiens  en  nos  régions 
était  plus  intimement  connut1,  la  question  ne  serait  plus  à  résoudre. 
Mais  les  historiens  ont  relaté  les  laits  de  guerre  et  les  éclats,  non 
les  faits  journaliers  et  communs,  ("est  précisément  à  la  toponymie 
qu'on  demande  de  remédier  en  ce  cas  au  silence  des  historiens. 
Voyons  cependant  si  l'histoire  m;  nous  offrira  pas  un  certain 
nombre  de  points,  dès  maintenant  acquis,  d'où  l'on  puisse  tirer 
argument. 

Les  Francs,  a-t-on  dit,  eu  terre  romane,  se  sont  emparés  sans 
fonder.  Quelques  seigneurs  firent  la  loi  aux  anciennes  populations, 
s'approprièrent  des  établissements  existants.  Ils  en  fondèrent 
sans  doute,  mais  plus  tard,  quand  les  anciens  devinrent  insuffi- 
sants; mais,  aux  iv  et  Ve  siècles,  ils  ont  si  peu  créé  que  les  cime- 
tières seraient  seuls  à  nous  fournir  des  renseignements  sur  leur 
occupation  première,  si  l'on  n'avait  pas,  heureusement,  la  topo- 
nymie. Ce  qui  nous  intéresse1  surtout  ici,  c'est  leur  action  dans  la 
forêt  des  Ardennes,  le  long  de  laquelle  s'éclielonnent  nos  -ster,  en 
prévision  du  cas  où  il  faudrait  leur  en  assigner  la  fondation.  La 
masse  salienne  s'était  arrêtée  au  seuil  de  l'antique  Arduenna 
silva;  les  Ripuaires  s'étaient  contentés  de  la  côtoyer  à  l'est.  Mais 
ce  que  les  groupes  francs  n'ont  pas  fait  en  tant  que  groupes  et  en 
quelques  années,  les  individus  l'ont  fait  isolément  dans  la  suite 
des  siècles.  Par  malheur,  la  Forêt  a  trop  bien  dérobé  aux  yeux 
des  historiens  le  lent  travail  des  générations  de  défricheurs  et  de 
fondateurs.  Aussi  est-elle  encore  trop  souvent  conçue  comme  un 
bloc,  un  massif  impénétrable  où  il  n'y  avait  que  des  loups  et  des 
sangliers.  Au  contraire,  comme  le  dit  M.  Kurth  (F.  L.,  4>3),  elle 
était  déjà  certainement  «  toute  semée  de  fermes  et  d'exploitations 


—  288  — 

rurales  à  l'époque  celtique  ».  Il  y  avait  en  Ardenne  autre  chose 
que  des  arbres  et  des  fauves.  D'ailleurs,  ai  la  fagne  ni  les  rochers 
nus  de  la  province  de  Luxembourg  n'ont  eu  assez  d'humus  pour 
nourrir  des  bois.  Donc,  après  les  Celtes  et  les  Romains,  nul 
dont.-  que  les  Francs  ne  se  soient  glissés  par  les  interstices  à  l'in- 
térieur de  la  vaste  Forêt,  le  long  des  cours  d'eau  et  des  grandes 
chaussées.  La  toponymie  le  démontrera  de  plus  en  plus.  Plus  lard, 
elle  devient  le  lieu  de  chasse  favori  des  Carolingiens.  Il  faut 
donc  faire  la  part  de  l'amplification  oratoire  dans  le  fameux  texte 
de  la  donation  de  Sigebert  au  monastère  de  Stavelot-Malmedy. 
Le  rédacteur  de  l'acte  y  apparaît  trop  visiblement  préoccupé  de 
justifier  la  donation.  Il  y  a  plus  d'exagération  encore  dans  la  des- 
cription que  fait  de  la  région  de  Stavelot  un  Nieolaus  diaconus 
racontant  la  vie  de  Saint  Lambert  (').  Et  si  Hugues  de  Fleury 
décrit  encore  l'Ardenne  du  xne  siècle  avec  les  termes  de  César  (*), 
c'est  un  cliché  banal  qu'il  emploie.  La  forêt  des  Ardennes  ne 
semblait  pas  diminuer  en  surface,  d'accord,  mais  évidemment  elle 
s'amincissait  peu  à  peu  comme  une  étoffe  qui  montre  la  trame; 
tdle  subissait  des  trouées  intérieures  :  mille  clairières,  mille 
vallées  riantes  s'ouvraient  au  soleil.  La  toponymie  ne  parviendra 
(pie  peu  à  peu  à  démontrer  dans  quelle  proportion  les  établisse- 
ments postérieurs  aux  Romains  sont  dus  aux  populations  gallo- 
romaines  et  aux  Germains.  Et,  pour  ne  pas  être  en  cela  le  jouet 
d'une  illusion,  encore  faudra-t-il  distinguer  ce  qui,  fondé  par 
des  Gallo-romains,  fut  dénommé  pourtant  de  noms  germaniques 
adoptés  et  romanisés  de  ce  qui  est  vraiment  d'origine  et  de  nom 
germaniques.  La  distinction  ne  sera  pas  toujours  facile  à  établir, 
ni  même  possible,  mais  il  y  a  lieu  d'essayer.  Pour  ce  qui  est  des 
noms  en  -ster,  voici  ce  qui,  en  dernière  analyse,  nous  apparaît 
hautement  probable,  et  quant  à  la  nationalité  des  fondateurs  et 
quant  à  la  date  de  fondation  :  i°  11  est  visible  que  -ster  n'a  pas  été 
aussi  familier  aux  bouches  wallonnes  que  heid,  haie,  bourg-,  boix, 
bàix,  falise,  mots  d'origine  germanique  dont  la  moitié  sont  entrés 
dans  le  vocabulaire  français  et  s'y  sont  installés  en  permanence. 
C'est  un  mot  de  cette  lisière  linguistique  où  les  deux  langues  se 
compénétrèrent,  voisinant  dans  une  fraternité  d'usage  et  d'em- 
prunts dont  on  n'a  plus  d'idée  aujourd'hui.  Nous  nous  représen- 
tons les  populations  elles-mêmes  de  cette  zone  aussi   mélangées 


lhapeauville,  i,  383. 
('-')   PiOT,   Pagi,    l'A"). 


-  289  - 

que  les  langues.  C'est  la  linguistique  qui,  en  dernier  ressort, 
constatant  la  l'orme  romane  des  déterminants,  assigne  nos  -ster  à 
des  populations  dont  le  roman  était  la  langue  maternelle.  2°  D'autre 
part,  nous  n'avons  trouvé  aucune  raison  historique  de  les  consi- 
dérer comme  plus  anciens  que  les  -rode,  les  -raet,  les  -snrt,  tous  les 
tard-venus  de  la  toponymie.  Mais  a  quels  siècles  les  rapporter? 
Sous  les  derniers  Carolingiens,  les  populations  étaient  si  malheu- 
reuses, si  éprouvées  par  les  guerres  civiles  et  les  invasions  qu'elles 
ne  cultivaient  plus  la  terre.  Elles  manquaient  de  bestiaux  et  de 
grains  pour  ensemencer,  bien  loin  qu'elles  songeassent  à  déroder 
et  à  augmenter  le>  étendues  labourables.  Nous  croyons  plutôt 
l'existence  des  -ster  liée  aux  défrichements  tardifs  qui  commencent 
au  XIe  siècle,  alors  que  notre  région  cessa  d'être  le  centre  de 
l'Empire,  mais  aussi  de  recevoir  tous  les  coups.  On  doit  aussi 
considérer  comme  une  loi  qu'une  dépendance  de  commune  est  un 
établissement  postérieur  a  la  tête  de  cette  commune.  Or.  qu'on 
examine  a  ce  point  «le  vue  de  la  relativité  des  établissements: 
on  verra  combien  peu  de  lieux  en  -ster  ont  le  titre  de  commune. 
Solwaster  est  une  dépendance  de  la  commune  de  Sart;  Surister 
dépend  de  Jalbay.  qui  était  dénommé  en  allemand  Gellert  (  '  . 
c'est-à-dire  Gel le  rode  ;  Hargister  est  une  dépendance  de  Long- 
l'aye;  voilà  les  -ster  subordonnés  aux  -sart,  -rode,  -faye,  a  des 
localités  dont  les  noms  décèlent  une  origine  bien  plus  récente  que 
les  noms  en  -iaciun  de  la  toponymie  belgo-romaine.  ("est  la  fin 
du  Xe  siècle,  s'il  faut  l'aire  état  de  Steria  (961),  sinon,  c'est  le  XIe 
qui  marque  le  début  du  mouvement  créateur  «les  noms  en  -ster 
de  la  Wallonie 


0)    Communication    orale   .le   M     Quirin    Esser,    le   savant   toponymiste 
de    Malniedy. 

'9 


Articles   détymologie   et  de  sémantique. 


Un  projet  d'article  sur  la  préposition  à 

En  étudiant  les  articles  consacrés  par  divers  dictionnaires  aux 
prépositions,  il  m'a  semblé  que,  si  fines  que  fussent  les  analyses 
présentées,  elles  offraient  pourtant  la  matière  tantôt  d'une  façon 
peu  philosophique  au  théoricien,  tantôt  d'une  façon  trop  compli- 
quée à  celui  qui  cherche  des  renseignements  pratiques.  Cette 
impression,  je  l'ai  «'prouvée  surtout  quand  il  s'est  agi  de  mettre 
la  main  a  la  pâte,  c'est-à-dire,  ici,  dans  le  cas  particulier  qui 
m'occupait,  de  trouver  une  forme  définitive  pour  le  premier  article 
important  de  notre  Dictionnaire  wallon,  article  relatif  à  la  prépo- 
sition à.  Dans  le  Projet  de  Dictionnaire,  forcé  de  courir  au  plus 
pressé,  le  comité  de  rédaction  s'est  borné  au  cadre  que  lui  offrait 
le  Dictionnaire  général  de  Hatzfeld-Darmesteter- Thomas.  On 
n'aurait  pu  choisir  un  meilleur  modèle.  L'article  à  y  est  réelle- 
ment présenté  avec  plus  de  méthode  qu'ailleurs  et  l'on  peut 
mettre  en  un  tableau  séduisant  les  divisions  et  subdivisions  éta- 
blies par  les  auteurs.  Il  suffit  de  comparer  cet  article  avec  celui 
«le  Mo/in  ou  celui  de  Littré  pour  en  apprécier  la  valeur.  Si,  malgré 
ces  qualités,  je  rêve  des  modifications  de  rédaction  et  de  classe- 
ment, je  dois  d'abord  m'excuserde  cette  hardiesse,  je  dois  ensuite 
expliquer  pourquoi  et  en  quoi  je  voudrais  innover. 

1     Les  principes. 

L'article  «lu  Dictionnaire  général  introduit  comme  divisions 
principales  «  destination  de  lieu,  destination  de  temps,  destina- 
tion de  but,  destination  de  personnes  et  de  choses,  destination  de 
moyen  ».  11  subordonne  à  ces  cinq  divisions  celles  de  «  direction, 
proximité,  position;  —  progression  vers  un  temps,  coïncidence, 
accomplissement;  —  tendance  vers  un  but,  conformation  en  vue 
l'un  but,  situation  par  rapport  à  un  but;  —  attribution,  adjonc- 
1011,  appartenance;  --  recours  à  une  chose  qui  sert  à  produire 
un  effet  déterminé,  réunion  d'une  chose  avec   une  autre  qui  con- 


—    2QI      — 

conrl  à  produire  un  effel  détermin  ».  C'est  d'une  symétrie  parfaite 
et  bien  séduisante,  .l'avoue  que  ces  titres  abstraits  me  déroutent 
un  peu;  je  leur  préférerais  'les  phrases  descriptives  des  phéno- 
mènes, niais  c'est  sans  doute  une  infirmité  de  mon  esprit  de  ne 
pouvoir  se  luire  une  idée  claire  du  sens  d'une  expression  comme 
destination  de  moyen.  Glissons  donc  sur  ce  point  pour  aborder  le 
principe  même  de  division. 

Est-ce  que  vraiment  la  préposition  à  signifie  tant  de  choses? 
Vest-on  pas  victime  d'illusions?  Vat  t  rilme-t  -on  point  à  ee  seul 
mot  ce  qui  appartient  a  toute  l'expression  ?  Kt  comment  reeon- 
naître,  dans  toutes  ces  ramifications,  un  tronc  et  des  branches, 
c'est-à-dire  une  signification  Fondamentale  et  une  filiation  de  sens? 

Le  Dictionnaire  général  donne,  il  est  vrai,  a  la  partie  histo- 
rique de  l'article,  des  indication-  sur  le  sens  originel.  On  y  dit 
que  ad  latin  a  pour  sens  propres  direction  et  proximité  ;  que,  dans 
le  latin  populaire,  s  y  SOnl  ajoutes  deux  sens  nouveaux,  {'attribu- 
tion et  la  situation;  qu'en  outre,  un  emploi  spécial  de  au  (coïnci- 
dence) amenant  l'idée  de  conséquence  (ajd  cantum  galli  exper 
gisci),  \i>;i  marqué  l'instrument  (occiderere  a  d  lanceas). 
(  !e  sont  donc  déjà  en  la)  in  presque  toutes  les  significations  recon- 
nues dans  le  français;  la  complication  n'est  pas  diminuée  et  nous 
ne  sommes  guère  plus  avancés.  Nous  apprenons  seulement  par  la 
que  la  diversité  d'acceptions  de  à  remonte  plus  liant  qu'on  ne 
l'aurait   cru. 

Faut-il  se  résigner  à  enregistrer  cette  diversité  s;ms  chercher 
de  filiation?  Mettre  une  singularité  comme  oc  ci  d  ère  ad  lancea  s 
sur  le  inclue  pied  que  ire  ou  mittere  ad  aliquem?  Nous 
croyons  au  contraire  qu'il  est  légitime,  même  pour  un  article  sur 
à  français,  de  critiquer  un  peu  les  données  du  dictionnaire  latin. 
au  est  une  préposition  qui  accompagne  l'accusatif,  c'est-à-dire  le 
cas  de  l'objet  auquel  aboutit  une  action;  ad  signifie  donc  ten- 
dance ou  direction  vers  quelque  chose.  Que  le  latin  ad  ait  servi  à 
d'autres  usages,  nous  en  doutons;  ou  lutôt  la  question  est  mal 
posée,  il  y  a  en  elle  un  malentendu,  le  même  que  quand  il  s'agit 
de  déterminer  les  sens  de  ci  :  on  attribue  abusivement  a  la  seule 
préposition  un  sens  qui  est  celui  de  toute  l'expression;  on  l'ait 
une  analyse  incomplète  ou  superficielle. 

Un  exemple  montrera  le  danger  qu'il  y  a  a  tabler  sur  l'appa- 
rence seule  :  Liftré,  sur  la  foi  d'expressions  comme  arracher  uux 
flammes,  ôter  au  roi  su  couronne,  a  cru  que  la  préposition  à  avait 
une  double  origine,  qu'elle  provenait  tantôt  de  ad,  tantôt  de  au. 


-    202    — 

La  phonétique  s'y  oppose  autant  (pie  le  bon  sens;  mais  la  leçon  à 
tirer  de  cette  méprise,  c'est  que,  si  L'esprit  pratique  se  hâte  de  com- 
prendre  aux   flammes   on    ad   lanceas   en   bloe  d'une  certaine 
façon,  l'esprit  philologique  doit  se  garder  d'endosser  aux  préposî 
t ions   ai»,  à  cette  signification. 

Mais  comment  procéder  pour  créer  une  classification  qui  explique 
et  justifie  la  diversité  actuelle  en  luisant  saillir  la  primitive  unité? 
Poser  îles  exemples  et  les  comparer,  nos  devanciers  l'ont  l'ait, 
et,  si  le  procédé  était  infaillible,  ils  ont  dû  trouver  la  solution. 
Si  nous  jugeons  qu'ils  ne  l'ont  pas  trouvée,  e'est  que  l'analyse  et 
la   comparaison    ne    valent    (pie  par  la  façon   dont  on   les  emploie. 

Nous  devons  donc  nous  contenter  de  la  même  méthode  :  comment 
nous  en  servir  mieux? 

Prenons  au  hasard  deux  exemples,  comme  aller  à  cheval  et  a//er 
à  Paris.  Nous  sentons  dés  l'abord  que  les  compléments  introduits 
par  la  préposition  n  ne  sont  pas  de  même  nature.  Le  premier 
répond  à»  la  question  comme nt'/,  le  second  à  la  question  où'/.  On 
peut  s'en  tenir  là,  créer  des  rubriques  moyen  et  lieu  pour  ces 
deux  cas,  et  procéder  de  même  pour  tmis  les  exemples  divers 
rassemblés.  Mais,  en  agissant  de  la  sorte,  on  n'a  vraiment  l'ait 
qu'une  banale  constatation,  au  point  de  vue  logique  pur;  on  a  fixé 
grossièrement  l'idée,  sans  se  préoccuper  d'étudier  comment  le 
langage  arrive  à  produire  ce  sens.  Pourtant  on  voit  dans  ces 
deux  exemples  que  le  langage  parvient  par  des  éléments  identiques 
à  des  résultats  très  différents.  N'est-ce  pas  là  ce  dont  il  faut 
s'étonner,  ce  qu'il  faudrait  expliquer?  Si  le  vrai  problème  consiste 
dans  la  confrontation  de  la  logique  et  du  langage,  je  n'ai  presque 
rien  fait  en  constatant  que  à  cheval  marque  le  moyen,  à  Paris  le 
lien.  Est  ce  .pie  la  différence  de  sens  proviendrait  des  substantifs 
cheval  et  Parist  Serait-ce  le  petit  mot  à  qui  a  changé  de  signifi- 
cation? ou  le  verbe  a//er?  Décider  à  priori  que  c'est  la  préposition, 
n'est-ce  pas  commettre  un  illogisme?  J'en  conclus  qu'il  est  néees- 
saire  d'examiner  les  choses  de  plus  près,  de  remplacer  l'analyse 
idéologique  de  plus  haut  par  une  vraie  analyse  linguistique. 

Mais  cette  analyse,  par  quel  bout  la  prendre?  Analyser  quoi? 
In  esprit  peut  rester  rivé  à  ces  trois  termes  aller,  à,  cheval  ou 
Paris,  et  ne  pas  saisir  nécessairement  que,  ce  qu'il  doit  étudier, 
ce  ne  sont,  pas  tant  les  mots  que  les  relations  entre  les  mots.  11 
faut  que,  peu  a  peu,  d'autres  exemples  l'y  amènent.  S'il  s'aperçoit 
que  être  à  cheval  et  mouler  à  cheval  ne  donnent  pas  non  plus  le 
même  sens  pour  un  complément  identique;  que  aller  ù  Veau  peut 


—  2g3  — 

signifier  diverses  choses,  comme  se  disposer  à  se  baigner,  faire 
sa  provision  d'eau,  ou  choisir  Veau  comme  boisson;  il  en  conclura 
que  le  sens  est,  souvent,  beaucoup  plus  dans  ce  qu'on  omet  que 
dans  ce  qu'on  exprime,  et,  dès  lors,  il  reconnaîtra  que,  ce  qu'il 
faut  surtout  étudier,  ce  sont  des  rapports. 

Quels  rapports  y  a-t-il  a  étudier  dans  le  cas  présent  delà  pré- 
position à  ?  11  nous  semble  qu'il  y  en  a  deux,  ni  plus  ni  moins  : 
i°  le  rapport  établi  par  l'esprit  entreà  et  son  régime;  2°  le  rapport 
établi  par  l'esprit  entre  ce  complément  et  un  premier  terme  dont 
il  dépend.  Littré  l'avait  bien  reconnu  :  il  noie  que,  comme  toute 
préposition,  à  exprime  un  rapport  et  ne  peut  être  bien  apprécié 
indépendamment  des  deux  termes  qu'il  lie,  aussi  bien  l'antécé- 
denl  (pie  le  conséquent.  Au  lieu  île  la  classification  par  significa- 
tions, ajoute-t-il.  ou  peut  adopter  une  classification  d'après  les 
deux  termes  du  rapport  ou  à  ligure,  le  sens  étant  aussi  bien 
déterminé  en  beaucoup  de  cas  par  le  mot  qui  précède  que  par  le 
mot  qui  suit  ». 

Cependant  il  ne  suffil  pas  encore  de  reconnaître  qu'il  y  a  deux 
rapports  a  étudier,  il  faut  encore  savoir  exactement  où  ils  gisent, 
par  quels  mots  de  la  phrase  ils  sont  représentes,  et,  d'abord,  s'ils 
sont  représentés  dans  la  phrase  par  des  mots.  Ainsi  le  beau 
préambule  île  Littré  ne  l'a  pas  empêché  de  s'arrêter  a  la  superficie 
des  (dioses  et  d'aboutir  a  des  divisions  purement  mécaniques  :  à 
entre  un  substantif  et  un  substantif,  à  entre  un  substantif  et  un 
pronom,  à  entre  un  substantif  et  un  verbe,  etc.  Sans  s'en  aper- 
cevoir, Littré  part  de  cette  impression  que  les  deux  termes  du 
rapport  sont  les  mots  qui  précèdent  et  qui  suivent  a.  Qu'il  en  soit 
souvent  ainsi,  c'est  vrai,  et  c'esl  bien  pourquoi  sa  division  n'appa- 
raît pas  trop  mauvaise;  mais  ce  sont  précisément  les  autres  cas 
qui  sont  intéressants  et  qui  ont  besoin  d'explication.  La  division 
de  Littré  manque  de  profondeur  et  court  le  risque  de  rapprocher 
des  cas  disparates  comme  aller  a  Paris  et  aller  a  cheval  et  de 
séparer  des  cas  identiques  comme  pèche  à  la  ligne  et  pécher  a  la 
ligne.  Cette  division,  Littré  devait  la  faire,  mais  préalablement 
et  uniquement  dans  son  laboratoire  pour  analyser  les  cas  qui  se 
présentaient.  C'était  un  classement  d'attente  lui  permettant  les 
opérations  nécessaires  pour  un  classement  définitif. 

Montrons  qu'il  y  a  des  cas  où  les  termes  du  rapport  ne  sont  pas 
dans  les  mots  exprimes  ou  plutôt  n'y  sont  que  très  indirectement. 

Dans  son  sens  étymologique,  à  marque  la  direction  vers  quelque 
chose.   Quand  l'objet  vers  lequel  tend  le  mouvement  est  un  lieu, 


—  294  - 

un  édifice,  une  personne  ou   un  être  quelconque  établi  dans  un 
lieu,  iiin-  unité  «le  temps  assimilée  par  analogie  à  une  unité  de 
l'espace,    un   objel    même    considéré    par   l'esprit  comme  localisé 
quelque  pari,  alors  le  rapport  entre  la   préposition  et  sou  régime 
apparaîl    très    uettement,   sans  complication;   ("csi   le   cas  de   à 
Paris,  à  la  tuer,  à  la  côte,  à  Uécole,  à  l'abîme,  adieu,  à  demain,  à 
lu  ruine,  à  la  perfection.  L'objet  auquel  aboutit  le  mouvemenl  est 
directement  exprimé  et   le  rapport   est-  clair.  Mais  le  lieu,  l'objet, 
le  temps  peuvent  être  notés  indirectement,  par  des  locutions  indi- 
quant plutôt  la  distance,  l'éloigiiement.  A   quatre  pas  ne  signifie 
point  uers  quatre  pas.  Quatre  pas  n'est  le  régime  de  à  que  par  une 
ellipse  hardie.    L'expression  signifie  vers  un   endroit  ou  un  point 
—  distant  de  quatre  pus.    De  même   remettre  à  huit  jours  ou  ù 
huitaine  signifie  remettre  à   un  moment  —  distant  de  huit  jours. 
L'imagination,    plus  vive  que  la  logique,  a  signifié  un  point  de 
l'espace  ou  du  temps  en  exprimant  la  distance  qui  la  sépare  de  ce 
point.    Ne  pas   tenir  compte   de   eelte   bracliylogie,  c'est   se  cou 
damner   d'avance   a  découvrir    que  ù   marque  la  distance.   Ainsi 
procède  le  Dictionnaire  de  Mozin,  qui  attribue  à  la  préposition  à, 
en  vingt-six  numéros,  les  sens  plus  hétéroclites. 

D'ordinaire,  l'expression  formée  avec  à  est  mise  en  rapport  avec 
un  premier  ternie.  Si  ce  premier  terme  est  un  verbe  on  un  sub 
stantif  verbal  indiquant  aussi,  comme  à,  la  direction  vers  l'objet 
régime,  il  y  a  concordance  parfaite  :  aller  ù  Paris  peut  graphique- 
ment être  figuré  par  -»  —  >  o.  Mais  le  langage  dit  souvent  moins 
que  ce  que  l'esprit  veut  savoir.  Ce  qui  prouve  que  aller  à  l'école 
exprime  seulement  l'action  de  marcher  vers  un  édifice,  c'est  que 
cet  ie  locution  peut  se  dire  à  la  fois,  indépendamment  du  but,  et  de 
l'élève  qui  va  étudier,  et  du  maître  qui  va  enseigner,  et  du  père 
qui  va  demander  des  renseignements  au  dit  local,  et  du  maraîcher 
qui  va  sonner  au  même  lieu  pour  vendre  ses  légumes  à  la  femme 
•  h'  l'instituteur,  et  du  domestique  qui  va  balayer  l'école  et  allumer 
les  feux.  L'esprit  interprète  et  spécifie  suivant  le  contexte  ou  le 
ton  ou  la  personne  qui  parle,  mais  il  ne  faut  point  charger  de  ces 
sens  divers  ni  le  verbe  aller,  ni  la  préposition  à,  ni  le  substantif 
école.  De  menu1  aller  ù  Veau,  mettre  aux  fers,  courir  aux  armes 
peuvent  avoir  des  sens  divers,  précisément  parce  qu'ils  n'expriment 
que  l'action,  la  direction  de  cette  action  et  l'objet  de  cette  action, 
nullement  le  but  de  l'action.  Dans  aller  aux  noisettes,  aux  cerises 
aux  légumes,  le  but  n'est  pas  exprimé.  C'est  notre  esprit,  coutu- 
mier  du  lait,  qui  voit  dans  l'expression  plus  qu'elle  ne  contient. 


-     295    — 

Notre  esprit  sait  que  les  noisettes,  les  groseilles,  les  cerises  ne 
sont  point  abordées  pour  être  regardées  ou  habitées,  mais  pour 
être  cueillies,  mangées,  emportées  :  il  conclut  doue  a  une  tendance 
vers  un  but,  selon  le  mot  du  Dictionnaire  général,  mais  rien  n'ex- 
prime ce  but.  Quand  le  latin  dit  ad  ponia  colligenda,  il  va 
bien  un  mot  énonçant  le  but,  qui  est  colligenda,  il  n'y  en  a  point 
quand  il  se  contente  de  ad  poma.  Veux-je  insinuer  par  là  qu'il 
est  mauvais  de  noter  et  de  classer  les  rapports  si  variés  que 
l'esprit  l'ait  comprendre  avec  des  tours  de  langage  très  simples  ? 
Nullement,  mais  on  gâte  tout  lorsque,  confondant  la  stylistique  et 
la  syntaxe,  on  affirme  que  le  sen>  ou  rapport  perçu  appartient  en 
propre  à  tel  mot  particulier. 

Mais  la  grande  difficulté,  créatrice  des  pires  malentendus  d'ana- 
lyse, provient  de  ce  que  le  premier  terme  peut  ne  pas  indiquer  la 
direction  vers  Pobjet-régime.  Aller  à  table  se  comprend  de  soi, 
comme  aller  a  Paris  ;  mais  que  ïere/.-vous  de  être  a  table,  de  assis 
à  table  ?  ("est  ici  «pie  les  analyses  des  grammairiens  sont  le  plus 
oublieuses  du  sens  primitif.  Nous  touchons  donc  au  point  délicat. 
On  décide  que,  être  ou  assis  marquant  le  repos,  la  situation,  à 
table  marque  donc  aussi  la  situation.  11  n'y  a  plus  de  mouvement, 
plus  de  direction,  la  préposition  à  a  changé  de  sens.  C'est  bien  là 
la  doctrine  ordinaire,  et,  qu'il  s'agisse  du  latin  ad  tabulam  ou 
du  français  à  lable,  on  décide  que  ad,  à  marquent  la  situation.  Il 
nous  semble,  au  contraire,  (pic  à  table  n'a  pas  changé  de  sens,  que 
c'est  le  rapport  entre  à  table  et  cire  ou  assis  qu'on  interprète  mal. 
En  réalité,  à  table  ne  dépend  pas  directement  de  être  ou  de  assis, 
il  dépend  de  l'idée  du  aller.  Ce  qu'on  appelle  en  ce  cas  premier 
terme  n'est  que  dans  un  rapport  indirect  avec  le  complément,  ("est 
un  faux  premier  terme  et  le  vrai  est  inexprimé.  L'analyse  doit  dis- 
socier les  deux  expressions.  Être  à  table,  c'est,  étant  allé  a  table, 
y  rester. 

Il  était  à  pleurer  peut  avoir  deux  sens  :  i°  il  était,  en  train  de 
pleurer,  2°  il  était  (stupide,  sot,  abimé,  mal  arrangé)  an  point  qu'on 
en  eût  pleuré.  Puisque  c'est  le  même  à  pleurer  de  part  et  d'autre, 
et  le  même  il  était,  pourquoi  peut-on  aboutir  a  deux  sens  aussi 
divergents  ?  Parce  que,  si  les  phrases  sont  semblables  par  les 
choses  qu'elles  expriment,  elles  diffèrent  par  les  choses  qu'elles 
n'expriment  pas.  Autrement  dit,  le  premier  terme  de  part  et 
d'autre  est  omis,  et  n'est  pas  le  même  des  deux  côtés. 

Qu'on  ne  m'accuse  point  de  ressusciter  par  là  l'ancienne  doc- 
trine des  mots  sous-entendus,  doctrine  chère  à  Sanchez,  qui  posait 


—    2C)6   — 

on  principe  des  constructions  logiques  bien  sages  et  bien  régu- 
lières  et  qui  notait  les  écarts  de  ces  constructions  idéales  comme 
des  aberrations  et  des  monstruosités,  les  mots  omis  comme  des 
absents  à  l'appel.  On  part  ici  d'un  principe  tout  opposé,  à  savoir 
< l u c  le  langage  est  une  œuvre  de  sentiment  et  de  vivacité.  On  essaie 
seulement  d'expliquer  —  par  des  mots,  il  le  faut  bien  —  tout  ce 
qu'il  y  a  dans  le  discours  d'inexprimé,  d'obscur  et  d'incomplet,  de 
hardi  et  d'aventureux. 

Quand  il  y  a  désaccord  entre  le  sens  du  complément  et  le  sens 
«lu  prétendu  premier  terme,  on  ferait  mieux  de  constater  brave- 
ment qu'il  y  a  désaccord.  L'esprit  a  jeté  un  pont  entre  des  rives 
opposées  :  être  —  à  table,  installé  -  a  la  fenêtre,  demeurant  —  à 
à  Paris,  assis  —  à  l'ombre,  exposé  —  à  la  pluie,  dormir — au  soleil. 
Le  lexicographe,  lui,  définissant  le  sens  de  la  préposition,  invente 
le  titre  proximité,  situation  par  rapport  à  un  lieu,  à  un  but.  Au 
lieu  île  constater  le  désaccord,  il  s'ingénie  à  chercher  quel  rapport 
logique  déniait  exister  entre  les  deux  termes,  et,  le  sens  ainsi 
trouvé,  il  l'impose  à  la  préposition.  Etre  à  table  lui  révèle  qu'on 
n'est  pas  dans  la  table,  mais  à  côté.  Cette  précieuse  différence  lui 
tait  noter  le  sens  de  proximité,  mais  être  lui  rappelle  ensuite  qu'il 
y  a  situation.  C'est  ainsi  que  à  revêt  tour  à  tour  les  couleurs  de 
ses  voisins,  marquant  la  direction  dans  noter  au  feu,  la  situation 
et  la  proximité  dans  être  au  feu,  l'extraction  dans  arracher  au 
feu.  Que  se  produit-il  en  réalité?  Quelle  est  la  vérité  historique  et 
philologique,  qui  est  du  ressort  du  dictionnaire,  en  opposition 
avec  ces  apparences  ? 

Le  langage  a  inventé  une  expression  qui  signifie  la  direction 
vers,  à  table.  Son  emploi  est  naturel  avec  un  verbe  qui  signifie 
aussi  la  direction  :  aller  à  table,  se  mettre  à  table,  uenir  à  table 
On  l'emploiera  de  même  au  passé,  alors  que  l'action  du  verbe  est 
terminée  et  qu'il  en  est  résulté  un  repos,  être  venu  à  table,  et  enfin 
;i  \  ce  des  verbes  qui  indiquent  une  situation  sans  envisager  d'action 
antérieure  :  être  —  à  table.  La  pensée  établit  à  la  longue  entre  le 
verbe  nouveau  et  le  régime  un  rapport  que  le  langage  n'exprime 
pas  réellement.  Mais  on  devrait  se  garder  de  charger  la  préposi- 
tion elle-même,  qui  est  innocente,  de  toutes  ces  significations  de 
rapport  survenues  par  suite  de  l'inexprimé  du  langage. 

c<  La  belle  avance  !  »  dira-t-on.  «  Le  dictionnaire  ne .peut  se  con- 
tenter de  noter  le  sens  premier,  fondamental,  unique  à  votre 
point  de  vue,  de  telle  ou  de  telle  préposition.  Il  doit  avertir  (pic 
tel  rapport  logique  se  rend  par  tel  artifice  de  langage.  C'est  donc 


-  297  — 

une  nécessité  d'en  passer  par  la  complication  et  même  par  les 
disparates.  Vous  devez,  noter  l'actuel  et  vous  faites  de  l'archéolo- 
gie !  Des  rapports  nouveaux  se  sont  établis  dans  la  suite  des 
siècles,  vous  ave/  à  les  enregistrer,  objectivement.  Par  dessus  le 
rapport  primitif,  l'esprit  saisit  d'emblée  ces  rapports  nouveaux  qui 
diffèrent  suivant  la  nature  des  nouvelles  alliances  de  mots.  11 
semble  au  vulgaire  que  c'est  une  humble  préposition  qui  s'est  en- 
richie de  toutes  ces  significations  :  on  doit  lui  donner  raison  si  on 
tient  compte  de  la  différence  des  temps  et  des  points  de  vue. 
Puisque  le  lexicographe  s'attache  au  présent,  l'ait  l'inventaire  du 
présent,  c'est  la  variété  qui  le  frappe,  c'est  elle  qu'il  doit  classer  et 
catalogue!',  si  cette  variété  vous  gène  parce  qu'elle  vous  empêche 
de  voir  l'unité  primitive,  c'est  que  vous  êtes  un  historien,  curieux 
d'évolution  du  langage,  un  étymologue,  bref  un  homme  du  passé 
qui  essaie  de  ramener  la  multiplicité  à  l'unité,  ou  un  homme  d'en- 
seignement qui  espère  pouvoir  faire  mieux  comprendre  la  multi- 
plicité présente  en  la  réduisant  au  minimum  par  comparaison  avec 
la  simplicité  originelle.  » 

Voilà  finalement,  si  je  me  suis  bien  l'ait  mon  procès  a  moi- 
même,  les  deux  tendances,  opposées  l'une  a  l'autre  et  remises  a 
leur  place  :  l'une,  historique,  orientée  vers  le  passé  ;  l'autre,  pra- 
tique, orientée  vers  le  présent.  Voilà  deux  méthodes  en  présence, 
oui  ;  mais  l'une,  purement  descriptive,  serait  celle  de  la  stylistique 
exposant  les  cléments  émotifs  du  langage  et  celle  de  la  logique 
préoccupée  des  idées  avant  tout,  satisfaites  quand  elles  ont  acte 
(pie  telle  idée,  tel  sentiment  se  rendent  par  telles  locutions  dont 
l'analyse  ne  les  intéresse  point  ;  l'autre  prenant  le  problème  à 
revers,  partant  des  mots,  du  mot,  des  éléments  des  mots  et  mon- 
trant comment  les  rapports  et  les  alliances  de  mots  parviennent  à 
exprimer  les  idées,  ("est  cette  dernière  méthode,  ce  me  semble, 
qui  est  celle  du  dictionnaire.  Ou  plutôt,  pour  dire  plus  vrai,  il  n'y 
a  pas  d'antagonisme  entre  les  deux  méthodes,  elles  se  complètent. 
Quand  le  logicien,  partant  de  l'idée  et  aboutissant  aux  expressions, 
veut  mettre  de  l'ordre  dans  les  résultats  nombreux  et  encombrants 
qu'il  aréunis,s'il  invente  une  classification  d'après  les  apparences. 
il  court  le  risque  de  rencontrer  mille  difficultés  sans  en  bien 
résoudre  aucune.  Le  grammairien,  partant  des  mots  et  des  locu- 
tions et  aboutissant  aux  idées,  doit  évidemment  tenir  compte  du 
sens  actuel  des  symboles,  doit  évidemment  dénombrer,  définir  et 
classer  la  sémantique  actuelle.  Son  exposé  serait-il  plus  mauvais 
parce  qu'il  laisserait  entrevoir  la  vraie  genèse  des  expressions  ? 


-  298  - 

[1  en  sérail  meilleur,  j'imagine.  On  étranger  qui  constaterait  le 
sens  presque  invariable  de  la  préposition  à  dans  les  centaines 
d'expressions  soumises  a  son  attention  dans  un  article,  n'aurait 
plus  le  sentiment  d'une  sémantique  protôiforme  et  insaisissable  ; 
il  apprendrait  à  faire  la  part  «le  l'usage,  des  associations  de  termes  ; 
il  sciait  plus  tranquille  en  l'ace  des  rapports  établis  fortuitement 
quand  il  verrait  où  gît  exactement  la  difficulté.  Un  français  n'ira 
guère  chercher  dans  un  article  sur//  des  façons  de  s'exprimer.  11 
est  pins  riche  de  son  fonds  que  l'article  lui-même.  Ce  qu'il  voudra 
connaître,  c'est  encore  une  fois  le  sens  fondamental  et  la  classifi- 
cation. Concluons  donc  de  la  qu'il  n'est  pas  insensé  ni  inopportun 
de  vouloir  introduire  pins  de  rigueur  et  de  vérité  historique  dans 
un  tel  article. 

On  pourrait  objecter  encore  :  ce  Votre  article,  quoi  que  vous 
lassiez,  ne  sera  pas  historiquement  vrai.  Vous  agissez  comme  si 
vous  croyiez  que  chaque  sens  nouveau  a  été  créé,  chaque  fois,  en 
partant  de  la  signification  fondamentale.  Vous  aboutisse/ a  votre 
insu  à  nue  classification  empirique».  —  Non,  répondrons-nous, 
nous  ne  voyons  pas  la  généalogie  de  sens  de  cette  façon  simpliste. 
et  nous  ne  substituons  pas  un  râteau  à  un  arbre.  Il  est  bien  évident 
que  c'est  l'analogie  qui  est  la  cause  de  l'extension  du  sens  d'un  mot 
ou  d'une  expression,  que  l'analogie  a  toujours  exercé  son  action 
de  proche  en  proche,  en  travaillant  sur  les  résultats  déjà  obtenus 
sans  remonter  a  la  source.  Elle  invente  aller  à  bicyclette  parce 
qu'elle  possède1  aller  à  chenal,  et  aller  en  bicyclette  parce  qu'elle 
p  (ssède  a//er  en  voiture  ;  mais  elle  ne  pourrait  passer  directement 
de  l'expression  aller  à  Paris  à  l'expression  char-à-bancs.  8i  on  pou- 
vait faire  le  tableau  exact  des  inventions  analogiques,  on  verrait 
comment,  par  quelles  voies  la  multiplicité  naît  de  l'unité;  on  sau- 
rait le  moment  et  le  lieu  où  chaque  extension  de  sens  est  née,  et 
de  quel  rameau.  Ce  serait  l'idéal.  Mais  ce  qui  est  possible  pour  un 
mot  de  signification  concrète  et  précise  est  radicalement  impos- 
sible quand  il  s'agit  d'une  particule  impalpable  comme  le  brouil- 
lant. D'ailleurs,  ce  serait  encore  trop  simpliste  de  croire  à  une 
monogénèse  de  chaque  sens,  qui  se  répandrait  ensuite  à  travers  le 
monde.  Qui  fera  le  départ  de  ce  que  les  esprits  reçoivent  en  l'ait  de 
sémantique  et  de  ce  qu'ils  recréent ,  après  d'autres,  à  côté  d'autres  ? 
<>r,  si  la  polygenèse  doit  être  admise,  le  tableau  généalogique 
levient  impossible,  et,  tout  ce  qu'il  esi  possible  de  rechercher, 
c'est,  indépendamment  des  circonstances  particulières  et  fortuites 
de  l'apparition  du  sens,  dans  quel  rapport  est  ce  sens  avec  le  sens 


-  299  — - 

fondamental.  Ce  rapporl  existe  toujours.  Est-il  vrai  qu'on  ne 
saurait  rien  d'utile  parce  qu'on  ne  connaîtrait  pas  tons  les  inter- 
médiaires ?  On  ne  peut  dire,  a  la  vue  d'un  fruit,  par  quelle  branche, 
par  quel  rameau,  par  quelle  lambourde  a  passe  la  sève  qui  a  nourri 
ce  fruit;  ou  quel  voisin  il  a  eu  dans  sa  longue  maturité;  ou  a 
quelle  hauteur  il  a  mûri  ;  sous  quelles  feuilles,  par  quels  vents  il  a 
été  bercé  ;  niais  qu'importe  ?  Ce  qui  importe  réellement,  e'est  de 
reconnaître  sou  origine.  Nous  ne  rechercherons  donc  point,  pro 
blême  sans  issue  par  combien  d'étapes,  par  combien  d'esprits  et 
de  détours  le  langage  en  est  arrive  a  dire  pièce  à  tiroirs  ou  pèche 
u  la  ligne.  Puisque  cela  dépasse  le  pouvoir  de  l'investigation 
historique,  nous  nous  ('(intenterons  de  rechercher,  en  raccourci 
et  schématiquement,  comment  tel  sens  final  découle  du  sens 
initial. 

2.  Analyse. 

Pour  construire  un  tel  article,  il  faut  passer  en  revue  tous  les 
cas  difficiles,  c'est-à-dire  tous  ceux  où  les  dictionnaires  enre- 
gistrent pour;*  un  autre  sens  que  celui  de  tendance  vers.  Chaque 
lois,  il  y  aura  lieu  de  donner  une  solution  aux  questions  reconnues 
capitales  :  quels  sont  les  rapports?  comment  les  définir?  quelle 
valeur  assigner  a  la  préposition?  quelle  place  donner  dans  un 
ensemble  à  ce  cas  particulier,  et  sous  quelle  formule? 

Il  est  tout  naturel  de  commencer  cet  examen  par  l'étude  du 
terme  qui  suit  la  préposition  à,  on  peut  dire  du  régime  de  ci.  Le 
mot  est  impropre,  puisque  les  prépositions  sont  d'anciens  adverbes 
qui  ne  régissent  rien,  mais  nous  pouvons  entendre  par  régime  la 
dépendance  qui  s'esl  établie  peu  a  peu. 

Le  régime  forme  avec  la  préposition  à  un  complément  On  se 
servira  du  mot  régime  pour  désigner  le  second  terme  seul,  sans 
la  préposition;  le  mot  complément  désignera  donc  l'ensemble  de 
la  préposition  et  de  son  régime.  Qu'on  me  pardonne  d'insister  sur 
ces  minuties  :  on  a  tant  erré  pour  avoir  attribue  a  l'un  ce  qui 
appartient  à  l'autre  qu'on  ne  saurait  trop  préciser. 

On  ne  peut  d'ailleurs  taire  cet  examen  du  second  terme  que  sui- 
des exemples  qui  n'impliquent  aucune  difficulté  de  la  part  du 
premier  terme.  Mais  il  va  de  soi  (pie  le  rapporl  peut  être  obscur 
d'autre  part.  Dés  lors  ce  cas  doit  être  réservé  pour  un  examen 
postérieur. 


—  3oo  — 

a)   Étude  du  second  ferme. 

Il  \  a  des  cas  tellemenl  simples  qu'il  u'y  a  pas  besoin  de  les 
ctnilier.  Ce  son!  ceux  où  le  complément  ne  dépend  d'aucun  terme 
exprimé,  où  le  régime  est  un  nom  de  lieu,  de  personne  ou  d'autre 
objel  occupant  une  place  dans  un  lieu  :  à  lu  Bastille!,  à  moi!,  au 
voleur!,  nu  feu!,  à  l'eau!,  aux  armes!,  aux  voiles!,  à  lu  potence!, 
n  In  lanterne  !.  On  sent  moins  l'idée  de  direction  dans  les  noms 
d'enseignes;  nu  cygne  blanc,  nu  lion  d'or;  mais  rappelez-vous 
(pie  l'enseigne  est  une  invitation  à  venir,  à  entrer. 

L'objel  peut  être  une  action  :  au  travail!,  ù  l'ouvrage!,  à  l'as- 
saut!, n  l'abordage!,  nu  secours!,  nu  revoir!,  jusqu'à  la  mort. 
Quoique  le  régime  soit  un  substantif,  c'est  bien  une  action  qui 
est  réclamée  du  sujet,  mais  cette  action  est  conçue  et  présentée 
comme  une  substance,  un  objet  localisé.  Ainsi  le  seul  infinitif  de 
cette  liste,  revoir,  est  substantifié  par  l'article.  11  faut  résister  au 
désir  de  voir  dans  ces  expressions, comme  le  Dictionnaire  général, 
des  compléments  do  but.  Aller  n  l'ouvrage  se  rapproche  plus  de 
aller  nu  chantier,  n  l'ouvroir  (pie  de  aller  pour  travailler.  Si  on 
nous  avertit  que  le  titre  tendance  vers  un  but  du  Dict.gén.  réserve 
l'idée  de  tendance  à  la  préposition  et  l'idée  de  but  au  régime  seul, 
nous  demanderons  alors  pourquoi  ces  actions  sont  conçues  comme 
des  buts  plutôt  tpie  comme  des  objets  localisés  dans  l'espace  ou  le 
temps.  L'idée  de  but  implique  terme,  limite,  lieu  à  atteindre, 
plutôt  que  action.  Enfin  je  vais  au  travail  répond  à  la  question 
où  allez-vous  ?,  non  à  la  question  pourquoi,  dans  (juel  but  partez- 
vous  '!. 

L'objet  peut  être  un  temps,  moment  ou  espace  de  temps  :  à 
demain,  à  jamais,  à  la  semaine  prochaine.  Cependant  alors, 
aujourd'hui,  qui  contiennent  à,  ne  répondent  pas  à  la  question 
à  quand,  c'est-à-dire  vers  quel  temps,  mais  à  la  question  tjuand  : 
ils  réclament  une  explication  à  part. 

Supposons  maintenant  (pie  le  complément  soit  lié  à  un  mot 
signifianl  lendance  vers,  ou  impliquant  ce  sens  dans  sa  significa- 
tion. Oe  mot  sera  un  verbe  comme  aller,  venir,  conduire,  mener, 
mettre,  tendre,  arriver,  descendre,  monter,  tirer,  attirer  et  les 
verbes  composés  avec  nd ;  ou  un  substantif  verbal  de  même  nature, 
comme  conduite,  arrivée,  mise,  montée,  descente,  tendance;  ou  un 
adverbe  «le  mouvement.  Si  n  In  Bastille  se  comprend  de  soi-même, 
l'expression  se  comprendra  encore  et  de  même  dans  courons  ù  In 
Bastille,  parce  que  courons  implique  le  mouvement,  et  un  motive- 


—  3oi  — 

ment  dirigé  vers  le  but  qu'indique  le  complément.  Il  n'en  est  pas 
de  même  dans  aller  à  cheval,  qui  ne  signifie  pas  du  tout  aller  vers 
le  cheval  et  dont  il  faudra  examiner  tantôt  le  rapport  entre  les 
deux  termes.  Mais,  pour  le  moment,  restons  dans  le  eas  de  aller 
a  Paris,  courir  au  secours,  conduire  à  bonne  fin,  où  verbe  et 
préposition  indiquent  une  seule  et  même  tendance;  on  peut  dès 
lors  reporter  toute  son  attention  sur  le  second  terme  seul.  Voici 
deux  ou  trois  cas  intéressants. 

Pourquoi  met  Ire  les  bœufs  à  la  charrue  se  trouve-t-il  dans  le 
Dict.  gén.  sous  le  titre  générique  destination  de  choses  et  le  titre 
spécifique  adjonction'!  (§  IV,  2).  Mettre  les  bœufs  à  la  charrue, 
se  mettre  a  la  charrue,  mettre  la  main  à  la  charrue,  c'est  identi- 
quement le  même  cas  que  celui  de  .se  mettre  à  la  fenêtre  (,^  1,2); 
c'est  toujours  mettre  (mittere)  marquant  le  mouvement  vers  et 
le  lieu  ou  objet  auquel  aboutit  ce  mouvement.  Charrue  n'est  pas 
en  rapport  avec  bœufs,  c'est  bœufs  qui  est  complément  de  mettre 
a  la  charrue.  Il  est  doue  bien  inutile  de  voir  là  un  rapport 
d'adjonction  d'un  objet  à  un  autre.  Dégagé  de  ces  complications 
nuisibles,  mettre  a  la  charrue  s'expliquera  comme  mettre  à  table, 
et  il  n'est  pas  nécessaire  de  créer  les  rubriques  spéciales  destina- 
tion de  personnes  et  de  choses  et  adjonction. 

Dans  renvoyer  au  lendemain,  au  dixième  joui-,  aux  calendes,  le 
temps  est  assimile  a  l'espace  par  une  métaphore  datant  des  pre- 
miers essais  du  langage.  Lendemain  désigne  l'espace  de  temps 
vers  lequel  on  l'ait  virer  une  action.  La  préposition  à  marque  donc- 
la  progression  d'une  action  vers  un  autre  temps,  vers  une  durée, 
une  limite  ou  un  point  du  temps.  Entre  renvoyer  au  coin  de  la 
rue  et  renvoyer  au  matin  du  jour  suivant,  il  n'y  a  de  diffé- 
rence que  dans  la  métaphore,  et  le  temps  viendra  prendre  sa  place 
non  loin  du  lieu,  de  la  personne,  de  Vobjet,  de  V action  qu'indique 
le  second  terme. 

Le  but  est  le  terme  qu'on  se  propose  d'atteindre.  Dans  ils 
allaient  à  la  servitude,  est-ce  qu'il  y  aura  but  quand  le  sujet  se 
proposait  d'aller  lui-même  se  rendre  esclave,  et  seulement  direc- 
tion vers  un  état  quand  cet  aboutissement  de  l'acte  était  imprévu? 
de  même,  d'après  le  Dict.  gén.,  marcher  à  la  ruine  indiquerait  le 
but  vers  lequel  on  se  propose  de  marcher?  Et  il  y  a  but  dans 
compter  jusqu'à  cent  francs'!  dans  aller  d'une  chose  à  Vautre'! 
dans  tirer  à  sa  fin  ?  Évidemment  le  Dict.  gén.  a  pris  but  dans  le 
sens  de  aboutissement,  terme,  état  indiquant  la  fin  ou  limite  d'une 
action.  11  reste  que  la  langue  ne  distingue  pas  entre  le  but  et  le 


—    302    — 

terme,  ai  entre  le  benne  el  le  lieu.  Il  sera  plus  prudent  de  ne  voir 
en  ces  expressions  que  le  passage  à  un  état,  à  un  objet,  à  un  lieu. 
Tendre  à  la  perfection,  viser  aux  honneurs,  réduire  à  la  misère, 
u  retendre  à  In  première  place,  toucher  uses  revenus,  aller  jusqu'à 
la  fureur,  réduire  à  rien,  compter  jusqu'à  cent,  ue  me  paraissent 
pas  différer  essentiellement  de  aller  à  la  ville.  Il  s'agil  toujours 
d'un  état,  d'une  qualité,  d'une  quantité  considérés  comme  objets 
i erets  auxquels  aboutit  l'action. 

b)   Étude  du  premier  terme. 

Qu'est-ce  qui  t'ait  que  aller  à  cheval  ne  s'explique  pas  de  même 
que  monter  achevait  Serait-ce  que  à  cheval  a  vraiment  deux  sens 
divers?  Nullement,  mais  dans  monter  à  cheval,  monter  indique 
un  mouvement  dont  le  cheval  est  l'aboutissement.  Il  n'en  est  pas 
de  même  ici  de  aller.  L'expression  ne  signifie  pus  uller  vers  le 
cheval,  comme  il  arriverait  dans  aller  au  cheval.  Aller  est  indé- 
pendant du  complément  ou  plutôt  n'est  lié  à  lui  que  par  un  rapport 
très  indirect.  Entre  aller  et  à  cheval  il  y  a  un  intermédiaire  qui 
esl  le  vrai  premier  ternie.  Le  sens  est  :  étant  monté  à  cheval,  aller 
en  usant  de  ce  mode  de  locomotion.  Le  langage  n'exprime  pas 
tout  cela  :  il  joint  hardiment  ù  cheval  et  uller. 

Ainsi  on  voit  combien  les  verbes  de  mouvement  peuvent  induire 
en  erreur.  Souvent  ils  marquent  un  mouvement  sans  (pie  ce  mou- 
vement soit  une  tendance  vers  Pobjet-régime.  Écrire  implique  un 
mouvement  de  la  main  pour  tracer  des  caractères,  il  ne  contient 
pas  l'idée  de  direction.  Pourtant  dans  écrire  à  son  ami,  à  son 
ami  indique  bien  à  qui  va  la  lettre.  C'est  parce  (pic  écrire  est 
capable  de  se  prêter  facilement  au  sens  de  direction.  Parfois  on 
peut  hésiter  sur  le  point  de  savoir  si  certains  verbes  marquent  la 
direction  ou  non.  Parlera,  enseigna-  à,  marcher  à,  commencer  à, 
sont  des  expressions  si  naturelles  qu'on  est  enclin  à  prêter  par 
anticipation  au  verbe  l'idée  de  tendance  qui  est  dans/*.  D'autres 
l'ois  la  discordance  est  sans  remède  :  ou  il  faut  inventer  pour  le 
complément  un  tout  nouveau  sens,  ou  il  faut  admettre  que  le 
premier  terme  n'est  pas  le  vrai,  qu'il  est  en  rapport  très  indirect 
avec  la  préposition  et  son  régime,  et  qu'il  s'agit  de  retrouver  le 
premier  terme  véritable. 

\uipiel  de  ces  deux  cas  l'aut-il  assigner  dire,  écrire,  s'adresser 
u  qqn.1  Dans  les  deux  premiers  exemples,  les  verbes  n'impliquent 
pas  l'idée  de  tendance  vers,  mais  ils  ne  la  contrarient  pas  non 
plus;   dans   le  dernier,  s'adresser  (se  ad -d  i  r  ee  t  i  are)  exprime 


—  3o3  — 

cette  idée  de  tendance  et  n'exprime  rien  qu'elle.  Le  mouvement 
est  donc  marqué  d'une  façon  manifeste.  Cela  n'empêche  pas  le 
Dict.  gén.  de  renvoyer  ces  exemples  au  $  IV, I,  sous  le  titre  géné- 
rique destination  de  personnes  et  de  choses  et  le  titre  spécifique 
■attribution.  Attribuer,  c'est  assigner  ou  rapporter  quelque  chose 
à  quelqu'un.  L'analyse  des  auteurs  est  donc  exacte,  niais  la  diffé- 
rence entre  le  lieu  et  la  personne  est  grossie  au  détriment  de  la 
ressemblance.  Pour  une  nuance  d'idée  que  la  phrase  n'exprime 
pas,  écrire  à  Paris  et  écrire  au  libraire  seront  placés  très  loin  l'un 
de  l'autre.  De  même  .se  rendre  à  Paris  et  rendre  grâce  à  Dieu. 
On  assigne  au  groupe  E,2  rire  a  la  barbe  de  tj(jn.,  lui  dire  à  son 
nez,  a  s;t  barbe,  mais  rire  a  (j(]U.,  dire  <•/  qqn.  passent  au  groupe 
IV,  i.  Est-ce  que,  par  hasard,  les  auteurs  n'ont  pas  supposé  le 
problème  résolu  et  rangé  sous  la  rubrique  attribution  tout  ce  qui 
pouvait  être  assigné  au  datif  latin?  Le  datif  latin  ne  peut  cepen- 
dant servir  de  critérium  :  scribere  âd  amicum  et  scribere 
amico  ne  sont  q  1e  grossièrement  synonymes. 

Venons-en  a  des  cas  où  le  premier  ternie  n'a  pas  en  réalité  son 
expression  dans  la  phrase. 

Dans  les  locutions  de  nous  à  moi,  de  nation  à  nation,  d'homme 
à  homme,  de  Turc  a  More,  coq-à-l'âne,  de  six  a  neuf,  du  matin 
au  soir,  du  jour  au  lendemain,  le  premier  substantif  exprimé 
n'est  pas  le  premier  ternie.  Dans  le  vers  de  Verlaine  :  De  vous  a 
moi,  quelle  est  la  route'/,  le  complément  à  moi  dépend,  non  de 
nous,  mais  de  route  :  quel  est  le  chemin  partant  de  nous  et  allant 
vers  moi?  Au  reste,  le  premier  terme,  verbe  ou  substantif  verbal 
de  direction,  fût-il  tout  à  fait  sous-entendu,  l'idée  de  mouvement 
est  assez  visible,  puisqu'on  exprime  le  point  de  départ  et  le  point 
d'arrivée,  l'objet  de  départ  et  l'objet  d'arrivée. 

Dans  goutte  à  goutte,  le  premier  ternie  n'est  pas  goutte,  il  est 
inexprimé.  On  indique  un  mouvement  d'un  objet  semblable  à  ou 
uers  un  objet  semblable:  une  goutte  nouvelle  va  s'adjoindre  à  la 
précédente.  C'est  le  cas  de  brin  à  brin,  sou  à  sou,  pas  a  pas, 
mot  à  mot,  petit  à  petit,  peu  à  peu. 

Dans  bec  à  bec  il  va  encore  deux  objets  identiques,  représentés 
l'un  allant  uers  l'autre:  mais,  comme  ce  mouvement  est  réci- 
proque, il  semble  qu'il  y  ait  simple  proximité  au  lieu  du  rappro 
chement  réciproque.  C'est  pourquoi  le  Dict.  gén.  range  côte  à  cote, 
nis-a-nis,  nez  à  nez,  tète  à  tête,  face  a  face,  dos  à  dos  sous  le  titre 
proximité. 

Quelle  différence  3r  a-t  il  entre  homme  à  homme  et  d'homme  à 


-    3o4  - 

homme'!  Dans  le  premier  exemple,  il  s'agit  d'un  objet  mobile  qui 
tend  vers  un  autre:  dans  le  second,  il  s'agil  d'un  objet  immobile 
d'où  part  le  mouvement.  Ainsi  de  petit  à  petit  et  pet  il  à  petit,  de 
mot  ;i  mol  et  mot  u  mot  sont  bien,  il  est-  vrai,  grossièrement 
synonymes,  mais  n'ont  pas  la  même  origine,  et  il  n'est  pas  néces- 
saire de  supposer  dans  la  seconde  expression,  comme  l'ait  le  Dict. 
g-én.,  une  ellipse  de  la  préposition  de. 

Deux  à  quatre,  deux  à  <1eux  et  en  abrégé  deux  à..,  employés 
pour  désigner  les  points  respectifs  des  joueurs,  doivent  s'into. 
prêter  par  deux  s'opposant  à  quatre,  venant  en  face  de  quatre. 
L'idée  de  mouvement  est  la  même  que  dans  bec  à  bec. 

Dans  marcher  deux  à  deux,  il  ne  sera  pas  difficile  à  un  lexico- 
graphe peu  tegardant  de  découvrir  un  complément  de  manière. 
Mais  ce  n'est  pas  deux  à  deux  qu'il  faut  évaluer,  c'est  la  préposi- 
tion à.  Or  l'analyse  donne  :  deux  allant  vers  deux,  c'est-à-dire 
deux  seconds  allant  vers  deux  premiers,  deux  troisièmes  vers 
deux  seconds  et  ainsi  de  suite.  Le  complément  semble  marquer 
le  moyen  dans  les  expressions  du  type  travailler  à  l'aiguille,  mais 
cette  apparence  est  due  à  une  ellipse.  Regarder  qqch.  à  la  lumière, 
c'est  le  regarder  en  allant  ou  étant  allé  vers  la  lumière.  Dessiner 
à  i;i  plume,  c'est  dessiner  en  recourant  ù  la  plume.  Mais  parce 
que  à  lu  plume  n'est  pas  complément  naturel  de  dessiner,  le  sens 
paraîl  changer  quand  on  l'envisage  dans  cette  nouvelle  liaison. 
On  peut  en  dire  autant  de  au  pistolet,  à  grands  pas,  à  regret,  à  la 
Inde,  à  Vétourdie,  à  grand'  peine,  etc.,  qui,  apparaissant  en  gros 
comme  compléments  de  moyen,  nous  donnent  cependant  une  pré- 
position qui  marque  le  mouvement.  Donner  à  la  préposition  le 
sens  du  moyen,  c'est  attribuer  à  la  partie  les  qualités  du  tout. 

Faut  il  désespérer  de  retrouver  dans  char-à-bancs  le  sens  pri- 
mitif de  la  direction?  Mozin  (n°  9)  dit  que  à  en  cet  emploi  «  marque 
la  forme  ».  Le  Dict.  gén.,  plus  judicieusement,  analyse  ainsi  : 
«  réunion  d'une  chose  avec  une  autre  qui  concourt  à  un  effet 
déterminé  >>  (V,  2).  Cette  analyse  conviendrait  pourtant  mieux  à 
l'allemand  mit.  Le  fiançais  n'exprime  pas  la  réunion  ni  l'accom- 
pagnement dans  les  locutions  de  ce  genre.  Il  y  voit,  comme  dans 
le  cas  de  pécher  à  la  ligne  {Dict.  gén.,  V,  1),  un  recours  à  quelque 
chose,  soit  donc  pécher  en  RECOURANT  À  la  ligne,  char  recourant 
À  des  bancs.  Et  l'expression  recourir  doit  être  prise  dans  son 
sens  propre  :  c'est,  pour  aider,  pour  compléter  le  matériel  ou 
l'équipement,  courir  ù  des  bancs.  Que  ces  bancs  soient  mis  dans 
le  char,  ;:'est  bien  ce  que  l'esprit  devine,  mais  c'est  ce  que  le  lan- 


—  3o5  - 

gage  n'exprime  pas.  De  même  un  homme  à  projets  court  de  projet 
en  projet,  n'en  réalise  guère;  mais,  si  cette  opinion  pessimiste  se 
cache  dans  le  commentaire,  elle  n'est  pas  dans  le  texte. 

Ainsi,  le  trait  commun  aux  derniers  cas  examines,  c'est  qu'il 
n'existe  point  de  rapport  direct  entre  le  complément  et  le  terme 
qui  précède;.  11  faut  suppléer  quelque  intermédiaire  :  en  retournât 
à,  en  regardant  à,  en  ayant  égard  à,  tontes  expressions  qui 
impliquent  l'idée  de  direction.  <  >n  pourrait  dire  que  la  préposition 
à,  sans  autre  adjuvant.  >'est  imprégnée  du  sens  de  ces  locutions  et 
les  remplace.  Elle  a  un  sens  prégnant,  comme  disaient  les  anciens 
grammairiens.  Cette  considération  nous  rapproche  de  l'analyse 
•  lu  Dictionnaire  général,  sauf  (pic  sa  formule  plus  abstraite  ne 
laisse  plus  rien  saisir  du  mode  d'imprégnation.  Il  serait  plus  clair 
a  tous  égards  de  rappeler  le  terme  omis  qui  justifie  et  qui  explique 
l'emploi  d'une  préposition  de  mouvement.  Dans  un  livre  plus 
élémentaire,  où  l'on  ne  vomirait  pas  introduire  la  notion  de  premier 
et  de  second  ternie,  il  suffirait  d'expliquer  à  par  les  formules 
allant  a,  étant  allé  a,  s'adaptant  à,  recourant  a,  ayant  égard  à,  etc. 

c)   Les  deux  termes  obscurs. 

11  n'y  a  point  de  premier  terme  dans  grenier  a  foin,  pot  à  eau, 
moulin  à  blé,  terre  a  froment.  On  se  doute  assez  que  ce  n'est  pas 
le  grenier  qui  va  vers  le  foin,  ni  le  moulin  vers  le  blé.  Le  premier 
terme  réel  est  adapté,  destiné,  tendant,  visant.  Le  complément 
n'est  guère  explicite  non  plus  :  on  sait  que  le  latin  y  ajouterait  un 
bon  participe  en  -dus  qui  indiquerait  le  but. 

la;  Dictionnaire  général  réunit,  à  la  fin  du  groupe  III,  2,  cuiller 
a  potage  et  salle  a  manger.  Le  premier  exemple  a  pour  régime  un 
nom  d'objet,  le  second  un  nom  d'action.  Le  complément,  qui  est 
un  complément  de  but,  est  exprimé  en  raison  de  la  tendance  vers 
cet  objet,  vers  cette  action.  De  part  et  d'autre,  le  premier  terme 
est  absent,  mais  le  second  aussi  est  incomplètement  exprimé  !Si 
c'est  l'objet  cpii  est  exprimé,  remarquez  que  cet  objet  fait  ou  subit 
une  action,  laquelle  reste  absente  de  la  phrase,  mais  non  de  la 
pensée.  Si  c'est  l'action  qui  est  exprimée,  c'est  le  substantif  sujet 
de  cette  action  qui  est  absent.  En  ce  cas,  l'infinitif,  dans  sa 
brièveté,  enveloppe  des  choses  assez  distinctes  :  la  tendance  à 
faire  l'action,  la  tendance  à  la  subir.  Dans  fille  a  marier,  conseil  a 
suivre,  maille  à  partir,  les  verbes,  marier,  suivre,  partir  ont,  sans 
crier  gare,  un  sujet  qui  n'est  pas  fille,  conseil,  maille.  Au  contraire, 
dans  un  arbre  à  donner  beaucoup  d'ombre,  une  entreprise  à  vous 

20 


-  3o6  - 

ruiner,  un  homme  à  voler  sans  scrupule,  une  bonne  à  tout  faire, 
c'est  l'arbre  qui  tend  à  donner,  c'est  L'entreprise  qui  est  propre  à 
miner,  etc.  :  il  n'y  a  point  de  nouveau  sujet  à  sous-entendre.  Le 
langage  laisse  ces  deux  cas  confondus. 

Laisserons-nous  de  même  dans  ce  §  III,  2  subsister  côte  à  côte 
des  choses  aussi  disparates  que  fille  à  marier  et  noire  à  faire  peur'! 
Les  deux  exemples  n'ont  de  commun  que  la  ressemblance  tout 
extérieure  de  l'infinitif.  Dans  noire  à  faire  peur  il  s'agit  d'expri- 
mer le  degré  d'une  qualité.  Ce  degré  n'est  pas  énoncé  par  les 
moyens  ordinaires  de  gradation,  mais  par  une  conséquence.  Le 
second  terme  est  donc  indiqué  indirectement,  le  degré  étant  mesuré 
par  la  conséquence  qu'il  entraîne.  Le  sens  est  noire  à  un  degré 
tel  qu'elle  fait  peur  ou  ferait  peur.  Dans  fille  à  marier,  il  n'y  a 
point  de  qualité,  mais  une  personne  ;  donc  point  de  degré  ni  de 
conséquence  :  c'est  à  marier  qui  exprime,  indirectement  il  est 
vrai,  la  qualité. 

Il  faut  encore  distinguer  ici,  au  point  de  vue  du  sujet  de  l'infi- 
nitif, belle  à  ravir  et  belle  à  croquer.  La  personne  dont  on  vante 
la  beauté  est  le  sujet  de  ravir,  mais  elle  est  le  complément  direct 
de  croquer,  qui  a  un  sujet  nouveau  inexprimé.  Ainsi  la  différence 
que  l'esprit  croit  percevoir,  et  dont  il  s'inquiète,  ne  vient  pas  de 
la  préposition 

Pourquoi,  en  dépit  de  la  ressemblance  extérieure  chère  à  Littré, 
pourquoi  consul  à  vie  ne  peut-il  se  comprendre  comme  cuiller  à 
café  ?  Le  consulat  est  une  fonction,  une  suite  d'actes  si  vous 
voulez  ;  la  vie  est  ici  conçue  comme  une  durée.  L'action  suit  cette 
durée  et  avance  concurremment.  L'idée  d'action  parallèle  à  un 
espace  de  temps  a  obscurci  l'autre,  l'idée  plus  simple  d'adaptation 
d'une  chose  à  une  autre  chose. 

Aller  à  son  gré  signifie,  en  gros,  aller  selon  son  gré.  Le  Die 
tionnaire  général  voit  dans  à  la  destination  de  but  et,  parti- 
culièrement, la  conformation  en  vue  d'un  but,  V adaptât  ion.  Que 
faut-il  en  penser?  Puisque  l'expression  ne  signifie  point:  marcher 
\  ers  son  but,  le  complément  doit  être  dégagé  de  ce  verbe  aller, 
qui  n'est  point  en  réalité  le  premier  terme.  On  verra  mieux  que  le 
premier  terme  est  autre  si  on  choisit  un  verbe  indiquant  une 
activité  qui  ne  soit  pas  la  marche  :  1/  fit  l'ouvrage  à  son  gré.  Quel 
esl  le  premier  terme  inexprimé?  Mais  d'abord  que  signifie  le  com- 
plément ?  gré  a  le  sens  de  volonté,  désir,  idée,  plan,  ("est  un  être 
subjectif,  mais  le  langage,  serviteur  de  l'imagination,  ne  fait  point 
de  différence  entre  les  êtres  subjectifs  et  les  objets  extérieurs.  Il 


—  007    — 

dit  a  mon  gré  comme  il  «lit  au  gré  des  uents,  et  il  est  capable  de 
concevoir  une  tendance  vers  un  plan,  une  idée,  un  désir,  une 
volonté,  un  gré  extériorisé.  Le  sujet  agissant  agit  en  se  confor- 
mant, en  s' adaptant  à  ce  plan,  en  langage  pins  primitif  il  tend  vers 
ce  plan.  L'idée  de  conformité,  d'adaptation  est  donc  justement  le 
premier  ternie  inexprimé.  Comme  ce  premier  terme  marque  la 
manière  d'agir,  il  semble  dès  lors,  en  son  absence,  que  le  complé- 
ment exprimé  signifie  la  manière. 

D'ailleurs,  dans  les  phrases  de  ce  type,  le  second  terme  aussi  est 
souvent  de  nature  a  dérouter  l'analyse.  Celui-ci  peut  présenter  par 
son  contenu  la  pins  grande  variété.  11  peut  être  un  objet  concret: 
partir  an  signal  donné  ;  un  objet  mouvant  :  aller  à  la  dérive,  a  la 
remorque  :  un  phénomène  interne  :  à  son  gré,  a  sa  fantaisie,  a  sa 
guise.  Dans  tons  les  cas,  le  sujet  agissant  agit  en  se  reportant  à  cet 
objet,  et  il  faut  comprendre  qu'il  s'y  reporte  aussi  continûment  et 
aussi  fréquemment  qu'il  est  nécessaire  :  continûment  dans  aller  à 
la  dérive,  an  fil  de  l'eau,  au  gré  des  vents,  fréquemment  dans  : 
toutes  les  affaires  marchent  à  ses  désirs.  L'action  évolue  et  se  mo- 
difie donc  selon  cet  objet,  qui  est  un  principe  d'action  et-  non  un 
but  :  mais  cette  multiplicité  de  l'action,  ses  reprises,  ses  retours 
à  l'objet  ne  sont  pas  indiqués  dans  l'expression,  c'est  l'esprit  qui 
les  déduit  de  ha  qualité  des  termes  en  présence.  Avancer  à  l'ordre 
me  fait  comprendre  un  seul  ordre  et  une  seule  action  d'avancer. 
//  avance  aux  ordres  du  chef  me  suggère  soit  un  nombre  fixe  de 
marches  adaptées  à  un  nombre  égal  d'ordres,  soit  une  marche 
unique,  mais  variable,  se  modelant  aux  variations  du  commande- 
ment et  les  suivant,  s'y  reportant  sans  cesse,  tendant  vers  l'objet, 
et,  si  l'objet  est  mouvant,  revenant  chaque  fois  à  lui.  Qu'est-ce  qui, 
dans  toutes  ces  expressions  accumulées  à  dessein,  n'exprime  pas 
la  tendance  vers  ? 

Même  obscurité  des  deux  termes  dans  les  locutions  du  type  à 
ces  mots,  qui  paraissent  être  des  compléments  de  temps,  marquant 
la  simultanéité  ou  quasi-simultanéité.  Aussi  l'allemand  traduit-il 
par  bei  ou  nacli  die  s  en  Worten.  Mais  ni  le  latin,  qui  dit  ad, 
ni  le  français,  qui  a  continue  à  le  dire,  n'ont  perçu  les  choses  sous 
cette  forme  de  la  simultanéité  plate  et  coite  ;  ils  y  ont  vu  le  mou- 
vement, la  direction.  Direction  de  quoi,  se  dirigeant  vers  quoi  ? 
C'est  la  chose  difficile  à  se  figurer,  aujourd'hui  que  toute  la  maté- 
rialité et  la  poésie  du  langage  s'effacent.  Dans  à  ces  mots,  il  s'écria 
il  y  a  deux  actions  :  celle  de  parler,  du  premier  personnage  ;  celle 
de  s'écrier,  du  second.  11  y  a  donc  deux  moments.  Quant  au  sens, 


-  3o8  - 

on  veut  Faire  entendre  < i u<*  ces  deux  moments  coïncident,  à  peu 
M;iis,  quant  à  l'expression,  l'imagination  a  vu  et  signifié  un 
temps  se  rapprochant  d'un  autre  temps.  Au  risque  d'énoncer  lour- 
dement les  deux  termes  que  le  langage  a  seulement  indiqués  par 
mots  et  s'écria,  je  développerais  la  phrase  ainsi:  il  s'écria  dans  un 
temps  approchant  du  temps  de  ces  mots.  Laissons  de  côté  le  point 
de  savoir  si  la  coïncidence  est  complète  ou  seulement  approxima- 
tive, et  s'il  n'y  a  point  plutôt  subséquence  et  même  parfois  causa- 
lité. Ce  sont  des  nuances  que  la  préposition  celles  ne  marque 
point,  que  l'esprit  seul  sait  faire  entendre,  sans  les  exprimer. 
Dans  cette  admirable  chimie  du  langage,  comme  dans  toute  vraie 
création,  le  plus  sort  du  moins  à  chaque  instant.  Seulement  l'ana- 
lyse fera  bien  de  rendre  à  chacun  ce  qui  lui  est  dû. 

3.   Classification. 

La  classification  des  sens  doit  tenir  compte  de  tous  les  éléments 
analytiques  que  nous  avons  mis  à  nu,  et,  de  plus,  établir  une  gra- 
duation ou  une  subordination  entre  eux,  en  allant  du  simple  au 
complexe  et  du  primitif  au  dérive. 

Il  faut  évidemment  partir  des  cas  où  le  sens  de  direction  éclate 
encore  dans  le  complément.  Que  le  premier  terme  soit  présent 
ou  absent,  cela  ne  peut  être  un  principe  de  division.  La  recherche 
du  premier  terme  n'est  organisée  que  pour  rétablir  le  sens  du 
complément  et  elle  est  inutile  s'il  n'y  a  pas  eu  de  perturbation 
dans  le  sens. 

C'est  bien  la  valeur  actuelle  du  complément  qui  doit  servir  de 
guide  dans  le  plan  de  l'article.  Il  faut  procéder  en  cela  comme  les 
auteurs  du  Dict.  gén.,  mais  on  peut  différer  d'eux  parfois  dans 
l'appréciation  de  cette  valeur.  Que  le  régime  de  la  préposition  à 
soit  un  nom  de  lieu,  de  temps,  d'action,  de  personne,  de  ebose,  cette 
différence  ne  doit  pas  nous  amener  à  créer  des  titres  et  des  cha- 
pitres importants  si  elle  n'entraîne  pas  un  profond  changement 
•  le  signification.  S'élever  n  lu  perfection  n'est  pas  très  éloigné  de 
aller  à  lu  ville.  Toutes  les  langues  assimilent  les  rapports  de  temps 
aux  rapports  de  lieux  :  il  n'y  a  donc  point  de  différence  essentielle 
el  capitale  entre  à  Vérole  et  à  demain. 

Les  autres  sens  suivront  en  allant  du  plus  explicable  au  moins 
explicable,  et  ici.  dans  le  détail,  il  est  évident  qu'on  peut  légère- 
différer  d'appréciation.  Nous  ne  savons  encore  si  nous  don- 
nerons la  priorité  aux  prétendus  rapports  de  but,  ou  à  ceux  de 
moyen,  ou  ;i  ceux  d'appartenance.  Le  cas  où  le  résultat  final 
paraîtra  le  plus  opposé  au  sens  initial  doit  être  le  plus  éloigné. 


—  3o9  - 

Nous  ne  distinguerons  pas  proximité  et  situation,  distinction 
classique  entre  ad  et  in,  parce  que  cette  distinction  n'intéresse  à 
que  comparativement  avec  d'autres  préposition-  [dans,  en)  et 
seulement  dans  son  sens  propre.  Entre  se  mettre  a  table  et  demeu- 
rer à  Paris,  la  distinction  importante  n'est  vraiment  pas  de  pro- 
ximité à  situation  dans,  mais  de  direction  à  situation. 

Mais  c'est  surtout  dans  la  rédaction  que  l'article  à  doit  se  trans- 
former. Il  ne  faut  pas  rechercher  la  concision  au  détriment  de  la 
clarté.  Il  n'est  pas  bon  de  confondre  sous  le  couvert  des  abstrac- 
tions ce  qui  revient  dans  la  formation  du  sens  à  des  cléments 
divers  de  la  phrase.  Enfin  il  n'est  pas  très  pédagogique  «l'effacer 
toute  trace  de  la  formation  d'un  sens  nouveau.  Nous  voudrions 
qu'on  vît  mieux  non  seulement  où  aboutit  le  langage,  mais  encore 
comment  il  y  aboutit. 

4.  Projet  d'article  A.. 

à  exprime  la  tendance  ou  direction  vers. 

I.  à  forme,  avec  un  second  terme,  un  complément  marquant 
direction  vers  un  objet. 

||  1°  à  employé  absolument  sans  premier  ternie.  Ce  premier 
terme  peut  exister  sans  influencer  le  sens,  mais  n'existe  pas  quand 
l'expression  est  énoncée  d'une  façon  exclamative,  sous  le  coup 
d'une  émotion.  Le  régime  indique  un  lieu  :  à  Berlin  !.  à  la  Bastille!  ; 
un  objet  localisé  :  au  feu!,  à  l'eau!,  aux  armes!,  aux  pompes!,  aux 
voiles!  à  la  potence!,  à  la  lanterne!;  une  personne  ou  un  être 
animé  :  adieu!,  au  diable!,  à  Molière,  à  bon  chat  bon  rat,  à  trom- 
peur trompeur  et  demi;  une  action  :  a  l'assaut!,  au  secours!  à 
l'abordage!  à  l'ouvrage!,  au  travail  !  ;  une  qualité,  un  état,  un 
objet  abstrait  :  à  la  vie  à  la  mort,  a  la  guerre  comme  à  la  guerre; 
un  temps  :  à  demain,  à  jamais,  a  la  semaine  prochaine.  |  Il  peut 
y  avoir  en  avant  de  l'expression  un  adverbe  coordonné  :  sus  à 
l'assassin!,  vite  au  travail!  |  L'idée  de  direction  est  renforcée  par 
la  présence  d'un  autre  complément  marquant  le  point  de  départ. 
Lieu  :  de  Paris  à  Bordeaux,  l'étape  est  longue.  Personne  :  de  vous 
à  moi,  d'homme  à  homme,  de  nation  à  nation,  de  Turc  a  More. 
Quantité  :  de  six  a  neuf.  Temps  :  du  matin  au  soir,  du  jour  au 
lendemain,  de  temps  à  autre,  d'un  jour  à  l'autre.  État  subjectif '.: 
de  gré  à  gré. 

||  2°  à  employé  avec  un  premier  terme  marquant  la  même  ten- 
dance ou  direction  que  la  préposition  :  aller,  venir,  conduire, 
mener,  mettre,  tendre,  arriver,  descendre,  monter,  tirer;  verbes 


—    v)IO    — 

composés  avec  le  préfixe  ad-  :  attirer,  appliquer,  apposer,  ap- 
prendre, adapter;  substantifs  verbaux  :  la  course  à  ...,  la  montée 
à  ...,  la  mise  à  ...,  etc.  |  Le  régime  indique  un  lieu  :  aller  à  Paris, 
aller  à  l'école,  venir  à  bord,  monter  au  ciel,  mener  à  terre,  mettre 
à  son  coté;  voyage  à  Rome,  sa  fugue  à  Genève,  la  fuite  à  Lyon, 
la  retraite  du  roi  a  Gand  :  arriver  au  sommet,  appliquera  l'orifice», 
atteindre  à  la  limite,  j  Le  régime  indique  un  objet  :  un  triste 
spectacle  s'offre  à  mes  yeux,  parvenir  aux  oreilles,  attacher  au 
brandies,  aller  d'une  chose  à  l'autre,  conduire  au  bois,  passer  au 
premier  rang,  mettre  à  la  charrue,  ajouter  à  la  somme.  |  Le  régime 
indique  une  personne,  un  être  animé  :  venez  à  moi,  attirer  à  soi, 
mieux  vaut  s'adresser  à  Dieu  qu'aux  saints,  tendre  la  main  à  qui 
le  mérite,  cet  argent  revient  à  l'État  |  Le  régime  indique  une 
action  :  marcher  à  la  mort,  venir  à  résipiscence,  au  repentir, 
recourir  à  la  ruse,  s'adonner  à  la  boisson;  arrivera  ne  plus  penser. 
tendre  à  monter,  tendance  à  monter,  se  mettre  à  parler,  en  venir 
à  voler,  aspirer  à  descendre,  s'acharner  à  faire,  son  acharnement 
à  mentir,  s'apprêter  àmourir.  |  Le  régime  indique  un  état  :  tendre 
à  la  perfection,  réduire  à  la  misère,  réduire  à  un  petit  volume", 
venir  à  bien,  mettre  à  mal,  tourner  à  la  honte,  tirer  à  sa  fin, 
mettre  à  prix,  la  mise  à  prix,  le  retour  au  néant,  les  aspirations 
à  l'idéal,  son  passage  à  la  dévotion.  |  Le  régime  indique  un  temps  : 
remettre  à  demain,  remise  à  jeudi,  ajourner  à  l'an  prochain. 
L'expression  du  lieu  et  du  temps  est  fournie  indirectement  dans 
aller  à  quatre  pas,  venir  à  portée,  ajourner  à  huit  jours  on  à 
huitaine,  remettre  à  trois  heures  (—  à  un  endroit  distant  de  quatre 
pas,  à  un  endroit  où  le  coup  de  fusil  porte,  à  un  moment  distant 
de  huit  jours,  à  la  troisième  heure  ou  au  moment  où  l'horloge 
marque  trois  heures). 

||  3°  à  employé  avec  un  premier  terme  n'impliquant  pas  direc- 
tion ou  tendance  vers  l'objet-régime.  mais  se  prêtant  à  ce  sens 
et  n'empêchant  pas  le  sons  illatif  de  la  préposition  :  écrire,  dire, 
parler,  enseigner,  rire,  donner,  prêter,  passer,  se  conformer.  | 
L'objet-régime  est  un  lieu  :  écrire  à  Paris,  se  rendre  à  Paris, 
téléphoner  à  Liège,  câbler  une  nouvelle  à  New-York;  |  une  per- 
sonne: écrire  à  son  ami,  dire  à  quelqu'un,  enseigner  à  quelqu'un, 
rire  aux  anges,  rendre  grâce  à  Dieu,  se  rendre  au  vainqueur,  qui 
donne  au  pauvre  prête  à  Dieu;  |  un  objet  :  marche  à  l'étoile.. 
parler  au  cœur,  rire  à  la  barbe  de  quelqu'un,  s'installer  à  table, 
lier  les  boeufs  à  la  Charrue;  |  un  état  :  se  vouera  la  prêtrise,  tomber 
a  la  misère,  dégringoler  au  vice,  marcher  à  la  gloire,  renoncer  au 


—    oïl    — 

monde  ;  !  une  action  :  partir  à  la  recherche  du  pôle,  à  la  décou- 
verte, se  préparer  à  taire,  commencer  à  travailler,  continuer  à 
lire,  se  décider  à  parler,  s'ingénier  à  l'hypocrisie.  Dans  ce  dernier 
cas  on  peut  dire  que  le  complément  marque  le  eut  de  l'action. 

II.  Par  absence  du  premier  terme  et  mise  en  rapport  du  com- 
plément avec  une  autre  expression  (pie  le  premier  terme  naturel, 
à  forme  avec  son  régime  un  complément,  qui,  au  lieu  de  marquer 
nettement  la  direction  vers  un  objet,  semble  marquer  uniquement 
un  autre  rapport. 

i°  Le  complément  marque  un  rapport  de  lieu,  mais  c'est  la 
situation  dans  ou  auprès  au  lieu  de  direction  vers  (Question  où  — 
ubi  i.  j  H  parait  dépendre  d'un  substantif  par  suppression  d'un 
verbe  de  direction  :  l'épée  au  coté  (=  étant  mise,  missa,  au 
côté),  le  juron  à  la  bouche,  la  canne  à  la  main,  l'arme  au  pied, 
une  profonde  blessure  à  la  tète.  |  Il  paraît  dépendre  d'un  verbe 
de  repos  ou  situation  :  être  à  table,  demeurer  à  la  campagne,  être 
à  sa  place,  les  étoiles  brillent  au  ciel,  s'asseoir  au  soleil.  |  Par 
extension,  le  rapport  de  situation  est  exprimé  par  à  quand  même 
il  ne  découle  pas  d'une  direction  antérieure  :  notaire  à  Paris, 
négociant  a  Lyon,  conseiller  à  la  cour  d'appel. 

2°  Le  complément  marque  un  rapport  de  temps,  mais  c'est  la 
situation  dans  un  temps  au  lieu  de  la  direction  vers  ce  temps 
(Question  quand?  :  j'irai  à  midi,  il  revient  aujourd'hui,  alors  (=  à 
l'ors).  |  Le  régime  indique  le  temps  indirectement  dans  :  à  trois 
heures,  à  ces  mots,  à  sa  vue,  à  ce  coup,  à  vingt  ans. 

3"  Le  complément  n'a  point  d'emploi  à  lui  seul,  il  est  mis  en 
rapport  indirect  avec  un  substantif  et  l'ensemble  forme  un  com- 
plément de  manière  (Question  comment'/,  de  quelle  manière?), 
mais  le  sens  de  la  préposition  est  visiblement  la  direction  :  goutte 
à  goutte  (goutte  tombant  ou  allant  après  goutte),  brin  à  brin,  sou 
à  sou,  feuille  à  feuille,  mot  à  mot,  pas  à  pas,  fil  à  fil,  homme  à 
homme;  petit  à  petit,  peu  à  peu;  un  à  un,  deux  à  deux.  |  Le 
mouvement  est  réciproque  dans  nez  à  nez.  bec  à  bec,  face  à  face, 
vis-à-vis,  tète  à  tète,  corps  à  corps,  côte  à  côte,  bout  à  bout,  porte 
à  porte,  manche  à  manche:  deux  à  quatre  (terme  de  jeu).  |  Au 
complément  de  manière  se  rattache  le  complément  d'intensité 
d'une  action  ou  de  quantité  :  pleuvoir  à  seaux,  à  torrent,  à  verse; 
distribuer  à  poignées,  à  pleines  mains,  à  profusion  (en  recourant 
a  des  poignées,  etc.). 

4°  Le  complément  marque  un  rapport  d'appartenance  (Question 
a  qui?,  à  quoi?),  mais  le  verbe  appartenir  (pertinere  ad)  décèle 


—   3l2   — 

encore  bien  l'ancien  rapport  :  appartenir  à  la  reine,  ce  hameau 
appartient  à  la  commune  de....  ;  |  par  analogie  :  ce  livre  est  à  moi, 
avoir  à  soi;  |  sans  verbe  :  la  fille  à  Nicolas,  la  femme  a  papa,  la 
flûte  à  Siebel. 

5  Le  complément  est  en  apparence  un  complément  qualificatif 
ou  déter mi natif.  11  indique  la  qualité  ou  spécifie  la  détermination 
d'un  objet  d'une  façon  indirecte,  en  exprimant  la  destination  ou 
la  conséquence  ou  le  but.  ||  C'est  la  destination  dans  :  pot  a  eau 
(=  destiné,  adapte,  approprié  à  l'eau),  moulin  à  blé,  terre  a 
froment,  grenier  à  foin,  fer  à  gaufres,  pompe  à  incendie,  étui  à 
aiguilles,  chasse  a  la  bécasse,  cuiller  à  café,  cuiller  a  bouche;  et, 
par  extension,  cuillerée  à  bouche.  ||  La  destination  est  indiquée 
par  une  action  et  peut  s'appeler  but  dans  :  arbre  à  planter,  bois  à 
brûler,  tabac  a  fumer,  avoir  maille  à  partir,  lettre  à  écrire,  conseil 
a  suivre,  pièce  à  dire,  fille  à  marier.  Dans  ces  exemples,  l'objet 
exprimé  par  le  substantif  subit  l'action  exprimée  par  le  verbe  : 
on  brûle  le  bois, on  marie  la  fille,  etc.  |  Dans  les  exemples  suivants 
l'objet  énoncé  est  agent  ou  moyen,  et  non  patient  :  fer  à  friser, 
Ici'  a  repasser,  cire  à  eacbeter,  brosse  à  cirer.  |  L'objet  est  le 
lieu  de  l'action  dans  :  salle  à  manger,  chambre  à  coucher.  ||  La 
qualification  est  exprimée  par  la  conséquence,  c'est-à-dire  par  une 
action  possible,  consécutive.  La  préposition  marque  tendance 
vers  cette  action.  C'est  un  arbre  à  donner  beaucoup  de  fruits 
(  destine  à  donner,  prêt  ou  propre  ta  donner,  approprié  ou 
adapte  à  donner),  une  entreprise  à  vous  ruiner,  une  maladie  à 
vous  entraîner  (m  terre,  un  homme  à  vous  voler  sans  scrupule, 
une  bonne  à  tout  faire,  il  est  homme  à  vous  trahir,  un  jeu  à  faire 
-aiiter  la  banque,  un  vent  à  décorner  les  bœufs;  le  sujet  de  l'infi- 
nitif est  différent  dans  :  un  conte  à  dormir  debout.  La  qualité  est 
exprimée  par  un  adjectif  dans  ;  noire  à  faire  peur,  gonflé  à  crever, 
rempli  à  déborder,  belle  à  ravir,  belle  à  croquer.  |  C'est  une  action 
dont  la  modalité  ou  l'intensité  est  exprimée  par  la  conséquence 
dans  :  aimer  a  en  perdre  l'esprit,  verser  à  faire  déborder  le  vase; 
frapper  à  mort,  aimer  à  la  folie  (=  aimer  à  ce  point  d'en  perdre 
l'esprit,  l'amour  tend  vers  ce  point  extrême).  La  qualification 
est  exprimée  par  un  complément  de  but  qui  a  l'air  d'être  un  com- 
plément direct  ou  attributif  dans  :  aimer  à  rire,  apprendre  à 
parler,  enseignera  lire,  donner  à  écrire,  donner  à  penser,  verser 
à  boire,  chercher  a  tromper,  trouver  à  redire;  être  à  dormir, 
c'est-à-dire,  c'est  à  savoir  (=  donner  qqch.  afin  ou  en  nue  qu'on 
l'écris  e,  etc.  ). 


-  3i3   - 

6°  Le  complément  est  en  apparence  un  complément  de  moyen 
du  mot  précédent,  nom  ou  verbe  (Question  avec  quoi?,  par  (jucl 
moyen?,  avec  quel  accessoire:'  .  Le  premier  terme  sous-entendu 
est  un  verbe  recourir  à  marquant  la  direction  vers.  |  Ou  bien  c'est 
une  action  qui  recourt  à  un  objet  ou  instrument  comme  moyeu 
effectif  :  pêcher  a  la  ligne,  au  filet,  à  la  mouche,  pêche  a  la  ligne, 
chasser  au  chien  courant,  aller  à  cheval,  se  battre  au  pistolet, 
travaillera  l'aiguille,  charger  a  mitraille;  |  ou  qui  recourt  à  un 
mode  d'action  :  se  sauver  a  la  nage,  à  tire  d'aile,  aller  à  pied, 
marcher  à  reculons,  sonner  à  toute  volée,  parler  à  cœur  ouvert, 
combattre  à  outrance,  reconnaître  à  sa  démarche,  à  l'œuvre  on 
connaît  l'artisan.  !|  Ou  bien  c'est  un  objet  recourant  à  un  objet 
accessoire,  a  un  mode  particulier  d'action  :  panier  à  anse,  char  à 
lianes,  costume  a  carreaux,  habit  à  grands  revers,  manche  à  gigot, 
chapeau  a  plumes,  filet  aux  champignons,  omelette  au  lard,  chasse 
au  basset,  homme  à  projets,  à  prétentions,  abonnes  fortunes;  | 
chasse  a  courre,  lutte  a  outrance,  achat  a  crédit,  poulet  à  la  finan- 
cière, chapeau  à  la  mode,  habit  à  la  française. 

7"  Le  complément  est  en  apparence  un  complément  circonstan- 
ciel d'extraction,  de  provenance,  d'éloignement  (Question  d'où?, 
hors  de  quoi?,  (te  qui?).  En  réalité  il  ne  dépend  pas  du  verbe  pré- 
cédent, mais  d'un  verbe  illatif  inexprimé  :  arracher  aux  flammes; 
voler  sa  montre  à  quelqu'un  ;  soustraire,  prendre,  enlever  à  quel- 
qu'un ;  ôter  à  un  roi  sa  couronne;  emprunter  à  quelqu'un  :  prendre 
a  l'un  pour  donner  à  l'autre  (Pour  arracher  des  flammes,  il  faut 
aller  aux  flammes  :  le  complément  indique  le  premier  mouvement 
et  le  verbe  le  second.  Compare/  :  la  fille  de  Nicolas  et  la  fille  à 
Nicolas,  e.vciter  à). 

w.  âbète,  /'r.  aubette;  w.  houbote;  dihobier  ;  huvéte,  houvirète. 

Aubette  est  un  mot  particulier  au  français  du  nord.  11  figure 
déjà  dans  le  dict.  fr.-all.  de  Mozin.  Littré  &  Scheler  l'ont  admis, 
mais  le  Dict.  gén.  l'ignore.  Mozin  définit  le  mot  :  «  corps  de  garde 
des  bas-officiers  »,  Littré  :  «  bureau  où  les  sous  officiers  d'une 
garnison  vont  à  l'ordre  ».  Ce  dernier  le  fait  venir  de  aube,  par  la 
raison  singulière  qu'on  va  prendre  les  ordres  de  bon  matin.  Bien 
que  nous  ayons  trouvé  aubette  en  picard  avec  le  sens  de  aube 
(Corblet,  s.  v°),  nous  n'en  sommes  pas  plus  enthousiaste  de  l'éty- 
mologie  de  Littré;  il  sacrifie  le  sens  à  une  fallacieuse  identité  de 
forme.  En  réalité  aubette  désigne  un  petit  kiosque,  une  eonstruc- 


—  3i4  - 

tion  en  bois  de  quelques  pieds  carrés,  installée  sur  le  bord  du 
trottoir,  à  un  coin  de  place  publique,  ou  même  à  l'intérieur  d'un 
édifice  plus  grand;  vraie  cage  servant  pour  la  vente  des  journaux, 
la  distribution  ^\c  tickets  ou  de  billets,  ou  comme  salle  d'attente 
de  tram,  bureau  de  voitures  de  louage,  débit  populaire  de  bois- 
sons. Il  existe  aujourd'hui  pour  ces  divers  usages  des  pavillons 
parfois  très  élégants,  que  le  liégeois  dénomme  abète,  d'après  le 
pseudo-français  aubette.  Mais  autrefois,  quand  il  n'y  avait  guère 
que  des  échoppes  de  passeurs  d'eau  et  de  bergers,  une  baraque 
de  ce  genre  s'appelait  en  liégeois  houbète,  en  verviétois  houbote, 
en  gau  niais  hobète,  en  namurois  et  en  rouchi  obète.  Ce  nom  est 
resté  à  la  niche  du  chien  ou  de  l'écureuil,  à  la  guérite  on  à  la 
baraque  improvisée:  seule  la  houbote  de  luxe  est  devenue  une 
iibète. 

Le  sens  ainsi  fixé,  il  me  paraît  certain  que  le  mot  aubète  n'est 
autre  chose  (pie  hobète  débarrassé  de  l'aspiration  initiale.  Celui-ci 
est,  un  diminutif  du  mot  hobe,  déjà  connu  en  a.-frane.,  lequel  est 
simplement  l'ail,  haube,  aha.  Imbu,  mba.  luïbe.  Comparez  robe, 
de  rauba.  Or  haube  signifie  chaperon,  par  ext.  toit  qui  pro- 
tège, dôme,  coiffe  d'un  clocher  ou  d'un  moulin,  ce  qui  entoure 
une  lumière,  toute  cage  protectrice  :  «  in  vielen  Gewerben,  ein 
liber  etwas  angebrachtes  Dach  »,  dit  Sanders.  Rien  d'étonnant 
donc  à  ce  (pie  notre  dérivé  hobète  signifie  chez  nous  l'échoppe  du 
gagne-petit  et  ait  produit  aubette.  —  De  même  racine  est  le  verbe 
si  d'hobier  (Laroche,  Lux.)  inconnu  aux  lexiques  wallons,  qui 
signifie  «  sortir  de  son  enveloppe,  de  ses  couvertures,  de  son  lit». 
Djans  donc,  dihobiez-ve  !  dit-on  au  dormeur  paresseux.  —  De 
même  racine  encore  le  rouchi  huuéte  «  sorte  de  coiffe  de  nuit  », 
que  donne  Gggg.  (I,  3i3),  et  le  wallon  houvirète,  coiffe  que  l'enfant 
a  parfois  en  naissant.  L'allemand  haube  a  le  même  sens.  Mais 
l'emprunt  est,  en  ce  cas,  d'une  région  où  le  b  s'est  transformé  en 
v,  /'.  Eupen  dit  h ///'/',  le  néerl.  huif. 

w.  ac'mwède;    ac'mwèsse. 

I.  Le  verbe  wallon  ac'mwède  signifie  acclimater  une  personne, 
un  animal,  l'habituer  à  un  milieu,  à  une  maison,  a  un  métier,  à  un 
patron  nouveaux.  On  trouvera  dans  le  Vocabulaire-questionnaire 
AC-  (')   un  groupe  assez,  complet  de   variantes  dialectales;   mais 


('     A»  premier  volume  <ln   Bulletin  du  Dictionnaire  wallon.  i<)o<»,  p.  126. 


—  3i5  — 

toutes  n'ont  pas  la  même  valeur  :  on  peut  en  résumer  l'essentiel 
en  constatant  que  le  sud-wallon  prononce  -mwade,  lorsque  le  nord 
dit  -mwède,  et  aco-  au  lieu  de  ac-.  Cette  alternance  aco-  :  ac-  nous 
révèle  la  présence  de  deux  préfixes,  ad-cum  ;  ensuite  l'alter- 
nance wc  :  wa  nous  décèle  un  ancien  o  entravé  comme  dans' 
stwède  :  stwade  (ane.-fr.  estordre).  Que  la  consonne  disparue  est 
r  et  que  -nuvède  répond  au  français  -mordre,  c'est  finalement 
démontré  par  l'existence  d'un  infinitif  ac'mwèrder,  refait  sur  la 
première  conjugaison,  qui  est  signalé  en  Condroz,  et  par  le  parti- 
cipe liégeois  ac'mwèrdou,  namurois  acoimvardii. 

Le  participe  passé  ac'mwèrs,  ac'mwè.sse,  est  issu  directement 
de  morsus,  morsa.  La  forme  féminine  n'a  été  rencontrée  jusqu'ici 
que  comme  substantif,  au  sens  de  accommodation,  acclimatation, 
mais  on  la  retrouvera  sans  doute  quelque  part  avec  sa  valeur 
participiale.  En  attendant,  tablant  sur  une  forme  du  participe 
féminin  ac'mwède,  qui  nous  apparaît  maintenant  refaite  sur  l'in- 
finitif, on  avait  a  tort,  dans  le  Vocabulaire  précité,  imprimé 
aç'mwért  au  lieu  de  ac'mwèrs,  comme  s'il  s'agissait  d'un  composé 
de  mwért  (mort). 

Ce  qui  empêchait  d'y  reconnaître  d'emblée  un  parent  du  franc. 
mordre,  c'est  d'abord  que  le  composant  mordre  n'existe  pas  en 
pays  wallon,  où  l'on  emploie  le  verbe  hagnî  (*);  c'est  ensuite  la 
grande  différence  de  signification. 

<c>ue  vient  faire  dans  ac' mwède  et  ac'mwèsse  l'idée  de  mordre":' 
Elle  y  joue  le  même  rôle  que  dans  le  français  amorce.  L'amorce 
est  d'abord,  non  l'appât  qui  fait  mordre,  comme  dit  le  Dict.  g'én., 
mais  l'appât  mordu,  je  dirais  volontiers  admordu;  puis,  la  dis- 
tinction temporelle  se  perdant,  elle  est  l'appât  à  mordre.  L'idée 
de  mordre  peut  devenir  métaphorique  comme  dans  «  mordre  au 
latin  ».  Si  «  mordre  au  latin  »  se  comprend  aisément,  on  eut 
compris  de  même  en  français  «  amordre  au  latin  »,  et  comordre  et 
acomordre,  et  enfin  s'acomordre,  où  le  pronom  .se  s'expliquerait 
comme  dans  «  se  saisir  ».  Or  telle  est,  identiquement,  la  composi- 


te1 )  En  liég.  hagnî,  verv.  hègni,  ard.  hagner,  nain,  ligner.  L'origine  de  ce 
mot  est  encore  à  découvrir.  Il  est  hors  de  doute  que  sa  provenance  est 
germanique  :  l'existenceen  \v.  du  nord  et  de  l'est  d'un  h  initial  qui  disparait 
en  namurois  et  en  rouchi,  le  démontre  assez.  Mais  GGGG.  n'a  rien  trouvé  de 
décisif.  La  forme  "excauia  re  proposée  jadis  en  passant  par  M.  Wilmotte 
dans  la  Revue  des  patois  gallo-romans,  II,  \o,  ne  pourrait  signifier  (pie  «  ôter 
les  chiens  »  ;  ensuite  un  primitif  en  exe-  ou  se-  exigerait  dans  nos  dialectes 
du  sud  un  eh-  ou  se-  initial,  que  hagner,  agner  ne  fournissent  nullement. 


—  3i6  -      . 

tion  de  l'expression  wallonne  s'ac'mwède  us'  noix''  mèsiî,  s'adapter 
à  son  nouveau  métier. 

II.  Si  celte  explication  est  juste,  il  sera  difficile  de  maintenir 
l'étymologie  proposée  par  M.  A.  Thomas  pour  le  mot  êquemôdre, 
(|u"il  ;i  trouve  dans  Contiïjkan,  Glossaire  du  patois  de  Montbé- 
liard,  p.  to6  (').  Cet  êquemôdre  nous  apparaît  absolument  iden- 
tique a  notre  ac'mwède  et  il  devrait  être  écrit  èc'môdre.  Consta- 
tons d'abord  la  similitude  de  sens.  L'auteur  du  glossaire  le 
définit  :  <<  habituer  uu  animal  qui  va  aux  champs  pour  la  première 
l'ois  a  suivre  le  troupeau  ».  Nous  dirions  de  même  ac'mwède  ine 
bièsse. 

Cependant  le  savant  philologue  a  vu  dans  êquemôdre  «  nue 
forme  refaite  du  verbe  médiéval  escomovoir  »,  et  il  faut  bien 
vérifier  cette  hypothèse.  Deux  objections  déblayeront  le  terrain. 
En  premier  lieu,  il  a  fallu  supposer  un  type  latin  vulgaire *excom- 
movere,  qui  peut  avoir  existé  en  provençal  et  en  italien  sans 
jamais  avoir  pénétré  jusqu'au  pied  des  Vosges.  En  second  lieu,  il 
est  impossible  d'accepter  que  ce  *movëre  ait  pu  produire  -môdre. 
Pour  justifier  l'ingérence  de  d  dans  des  proparoxytons  en  -vëre, 
il  faut  une  consonne  devant  le  v  du  latin  :  puluërem  >  poldre 
(poudre),  solvére  >  soldre  (-soudre);  mais  vivëre  devient  vivre  et 
non  vidre,  bibere  devient  boire.  On  ne  peut  non  plus  assimiler  le 
cas  de  movëre  à  celui  de  exmolere  devenant  esmoldre,  esmoudre 
cl  esmeudre  (émoudre).  Y  a-t-il  dans  -môdre  un  cas  exceptionnel 
qui  m'échappe?  Je  crois  plutôt  que  l'auteur  a  été  trompé  par  une 
graphie  mauvaise  et  par  le  manque  de  formes  comparatives.  S'il 
avait  eu  en  main  notre  mot  wallon  et  connu  son  sens  exact,  ni  lo 
faux  air  de  cet  e  initial  de  êquemôdre,  ni  la  suggestion  des  formes 
méridionales  ne  l'auraient  emporté.  C'est  en  quoi  nos  modestes 
études,  même  défectueuses,  pourront  rendre  service  aux  linguistes 
français  :  elles  apporteront  un  indispensable  contrepoids. 

âsses. 

G au   t.   11,  p.  xi,  enregistre  un  mot  iizes  avec  le  sens  de 

■  débris  île  foin  et  de  fourrage  qu'un  cheval  à  l'écurie  laisse  tomber 
;i  terre  »,  H  ajoute  le  proverbe  suivant  :  qwand  i  tone  è  mas',  è 
may  on  magne  ses  Âsses  »,  c'est-à-dire  qui;,  la  saison  étant  retar- 


A.   Thomas.  Nouveaux  essais  de  philologie  française.  Paris,  i<)o.">. 


-  3i7  - 

dée,  on  est  forcé  en  mai  de  manger  les  déchets  d'abord  dédaignés. 
A  Liers.  Le  proverbe  s'énonce  ainsi:  «  qwand  i  tone  è  mas',  H  cinsi 
r'inagiie  ses  asses;  en  avri  (_=  qwand  i  tone  en  avri),  i  s'  ré- 
fyouwit  ».  —  Ce  mot  doit  être  identique  à  l'ail,  aas,  asz,  pâture, 
«  Viehfutter  .  aha.  uz  «  repas  »,  en  général.  11  y  a  encore  un 
autre  aas,  aha.  as,  qui  signifie  ,  appât,  viande  corrompue  pour 
appâter  ».  ('es  deux  mots  d'ailleurs  se  rapportent  à  essen,  et  les 
dicfc.  ail.  et  flam.  les  confondent  sons  le  même  article.  —  Le  sens 
de  (c  restes  on  déchets  de  repas  »  que  donne  Gggg.  ne  peut  être 
un  obstacle  a  cette  filiation,  car  ce  sens  n'est  qu'apparent  : 
/•'  tnagni  ses  âsses  signifie  simplement  a  remanger  ses  repas  », 
façon  énergique  de  dire  «  manger  ce  qui  a  échappé  la  première 
fois  ». 

gaumais  beuilli. 

Le  g.  beuilli,  feni.  bciiillite,  qui  ne  nous  est  connu  que  par  le 
dict.  manuscrit  de  Mans,  signifie  c<  bossue  ».  Nous  ne  savons  s'il 
faut  prononcer  ill  ou  y.  ni  si  ce  participe  passe  a  un  verbe  complet. 
11  doit  être  rattaché  a  l'ail.  Heule,  bosse,  aha.  biula,  biilla,  mha. 
billle,  plutôt  (pi'a  la  famille  latine  bitlla,  bullire  dont  tous  les 
dérivés  ont  o,  ou  en  gaumais  comme  en  wallon,  à  l'atone  comme 
à  la  tonique  (bouye;  bouyète  ou  bouyote;  bouyeter;  boûre;  bolant, 
g.  boulant;  boli,  bouli;  bolèye,  g.  boulie). 

hièbe  du  bon. 

Lezaack,  Dict.  des  noms  u>.  des  plantes  des  environs  de  Sj)a  (dans 
Hull.  de  la  Soc.  de  Litt.  wall.,  t.  20  (i885),  p.  1221  et  248),  donne  ce 
nom  d'hièbe  du  bon  pour  la  véronique  officinale.  Aucun  commen- 
taire, le  dict.  de  Lezaack  n'étant  d'ailleurs  qu'une  simple  nomen- 
clature. Dans  nos  empiètes  de  flore  populaire,  nous  n'avons  nulle 
part  retrouvé  ce  nom,  ni  du  reste  aucun  nom  pour  désigner  spé- 
cialement la  véronique  officinale.  Depuis  lors,  M.  l'abbé  Bastin 
a  retrouvé  le  nom  à  Faymonville-Weisines  (Cf.  Bull,  de  la  Soc.  de 
Litt.  wall.,  t.  5o,  (1909),  p.  55o).  Au  reste,  L'attribution  pouvait 
avoir  été  faite  légèrement  sans  que  le  mot  devînt  pour  cela  suspect. 
D'autre  part,  il  ne  semblait  pas  que  bon  pnt  être  l'adjectif  fr.  et 
\v.  bon.  Partant  de  là,  nous  avons  cherché  parmi  les  noms  assignés 
aux  diverses  espèces  du  genre  oeroniea,  et  nous  sommes  tombé 
sur  le  mot  becabunga,  qui  désigne  une  espèce  voisine,  la  véro- 
nique grasse  des  fossés  et  des  ruisseaux.  Ses  tiges,  qui  sont  cylin- 
driques, chose  rare  chez  les  scrophularinées,  présentent  souvent 


—  3i8  - 

des  nodosités  ou  renflements  à  chaque  entrenœud.  Ce  sont  ces 
nodosités  <| ue  désigne  le  mot  germ.  bunge.  Le  mha.  bunge, 
ulia.  pungo,  dit  le  Dict.  de  Weigand  (5e  éd.,  col.  i34),  signifie 
Pflanzenknolle».  Bécabunga  est  emprunté  du  néerl.  becke-bunge, 
eu  ail.  bache-bunge  (Diez,  p.  47)»  c.-à-d.  «  bung  des  fossés  ».  Nous 
croyons  que  le  w.  /><>/;  représente  ee  mot  germanique  et  que 
l'expression  wallonne  s'applique  mieux  à  la  veronica  becabuhga. 
—  Diez  fait  observer  avec  raison  que  le  fr.  bécabunga  n'est,  guère 
un  mot  français,  qu'il  a  conservé  la  marque  du  latin  des  officines 
et  n'est  pas  populaire.  Si  notre  explication  est  exacte,  la  partie 
importante  de  ce  mot  aurait  au  moins  vécu  dans  un  coin  de 
Wallonie,  mais  elle  est  détrônée  par  des  désignations  plus  popu- 
laires, comme  cresson,  sàuadje  cresson,  cresson  du  dfvô,  tripes 
dès  pores.  —  .le  ne  crois  pas  que  la  bécabunga  soit  ainsi  dénommée 
«  wegen  der  Fruclitknôpi'chen  »,  comme  le  dit  Weigand.  mais  à 
cause  des  renflements  très  visibles  de  sa  tige. 

#-.  bore,  bôrer,  bôru  ;  w.  beûre  ;  /'/•.  bure,  burin. 

Le  dict.  gaumais  manuscrit  de  Maus  nous  donne  encore  boor, 
creux,  et  booré,  creuser,  que  nous  écririons  bore,  bôrer.  Dasnoy 
a  bore,  terrier,  et  l'adjectif  bôrru,  «  creux,  (arbre)  creux,  (dent) 
creuse  ».  Liégeois,  p.  100,  définit  bore  «  trou  servant  de  retraite  à 
certains  animaux,  particulièrement  grenouilles,  poissons,  écre- 
visses  »;  il  ajoute  l'exemple  «  bore  des  fàyes,  caverne  des  fées  ». 
En  wallon,  Gggg.  donne  bor,  bonr,  tronc  d'arbre,  et  Forir  bôr, 
hangar,  abri.  —  Il  faut  écarter  le  bor  de  <tu<;<;.,  qui  doit  être 
rattaché  au  celtique  (?)  bour  de  bourg-épine,  bourgène  ou  bour- 
daine. Les  autres  formes  sont  apparentées  à  l'ail,  bohren,  percer, 
creuser,  fl.  booren,  aha.  borôn,  mha.  boni.  C'est  également  l'ori- 
gine du  liég.  beûre,  puits  de  mine,  du  fr.  bure,  du  fr.  burin.  Seul 
le  bôr  de  Forir  semble  assez  éloigné  au  point  de  vue  du  sens. 
Mais,  d'une  part,  il  ne  peut  se  rapporter  au  bas-allemand  bord, 
franc,  bord,  forme  féminine  borde,  cabane,  qui  serait  en  wallon 
Inverti;  d'autre  part,  le  prétendu  hangar  qu'il  désigne  peut  être  un 
simple  trou  creusé  dans  le  schiste  derrière  la  maison. 

w.  bricelèt. 

Nous   avons  rencontré  le   mot  bricelèt  d'abord  dans  une  vieille 

chanson  verviétoise  :  «  avou  on  bon  brislet  —  po  niète  è  vosse 

café»,   puis  dans   les  A  musettes  de  Michel  Pire,  excellent  chan- 


-  3ig  — 

soimier  verviétois  :  «  Fâie  du  brislet  />o  s'  forer  l'  boke,  -  djèl 
régule  du  p'titès  tchansons  ».  Ce  mot,  aujourd'hui  peu  connu  ù 
Verviers,  se  retrouve  sous  une  forme  légèrement  différente,  dans 
Remacle  et  dans  Lobet,  deux  lexicographes  verviétois.  Remacle 
(2e  éd.,  1. 1,  p.  259)  définit  breslet  comme  ceci  :  <c  i°  bracelet».  (En  ce 
cas  l'étymologie  est  claire  et  l'auteur  aurait  dû  écrire  brècelèt) ; 
2"  pâtisserie  qui  a  la  forme  d'un  bracelet  et  dont  les  Wallons 
doivent  conserver  le  nom  à  cause  de  la  ressemblance  ».  Lobet, 
de  son  côté,  outre  le  sens  de  bracelet,  donne  aussi  a  breslet 
(p.  117)  le  sens  de  :  «  giniblette,  petite  pâtisserie  dure  et  sèche  en 
anneau  sépare  ».  Le  liégeois  Forir,  qui  a  soigneusement  utilisé 
les  œuvres  de  ses  devanciers,  néglige  le  second  sens,  comme 
inconnu  à  Liège.  Grandgagnage,  lui.  a  omis  le  mot  dans  son 
Dict.  étym.,  sans  doute  parce  que  l'étymologie  lui  en  semblait  si 
évidente  que  le  mot  devenait  sans  intérêt  a  ses  yeux.  Il  eût  changé 
d'avis  s'il  avait  connu  la  variante  brislet  et  les  suivantes. 

A  la  suite  d'un  premier  article,  d'aimables  correspondants  nous 
ont  signalé  l'existence  du  mot  sur  d'autres  points  de  la  Wallonie 
et  à  l'étranger.  M.  Henri  Angenot,  bibliothécaire  de  la  ville  de 
Verviers,  a  noté  la  prononciation  brislet  à  Soiron,  breslet  à  Cler- 
mont (pays  de  Hervé).  A  Soiron,  il  s'agit  d'un  gâteau  qui  peut 
affecter  diverses  formes  :  il  ressemble  à  un  ('  dont  les  deux  extré- 
mités seraient  recourbées  jusqu'au  dos  de  la  lettre,  de  manière  à 
composer  deux  anneaux  irréguliers  ;  on  bien  le  cordon  de  pâte  a 
été  replié  en  un  seul  anneau  dont  les  extrémités  sont  croisées  l'une 
sur  l'autre  et  débordent  en  croix;  ou  enfin  c'est  un  simple  rec- 
tangle de  pâte  A  Clermont,  le  brislet  n'est  plus  qu'un  vulgaire 
gâteau  rectangulaire,  de  vingt  centimètres  sur  quinze,  a  sez  épais, 
vendu  quinze  centimes  ("est  la  pâtisserie  qu'on  offre  au  «  café  » 
des  funérailles.  D'après  M.  le  Dr  Randaxhe,  à  Thimister,  non 
loin  de  Clermont,  ce  gâteau  s'appelle  brice.  M.  Eugène  Monseur, 
professeur  â  l'Université  de  Bruxelles,  nous  signale  pour  Hervé 
la  forme  briksèl  et  ajoute  que  cette  pâtisserie  est  un  gâteau  con- 
tourné en  8.  A  Malmedy,  d'après  mon  collègue  Joseph  Boyens, 
le  mot  est  britsèl.  C'est  aussi  la  prononciation  que  nous  donne 
M.  l'abbé  Pietkin,  curé  de  Sourbrodt.  Voilà  déjà  une  liste  respec- 
table de  variantes  dialectales  dont  l'ensemble  n'est  point  favorable 
;i  l'étymologie  suggérée  par  Remacle  et  par  Lobet. 

Poursuivons  notre  enquête  en  pays  étranger.  A  Eûpen,  d'après 
l'excellent  petit  Worterbuch  (1er  Eupener  Spruche  de  MM.  Tonnar 
et    Evers  (Eupen,    1899,  p.   27),  il   existe   un    substantif   bretzel, 


—    Ô20    — 

féminin,  (é  intermédiaire  entre  e  el  i  d'après  l' Introduction,  p.  5), 
el  un  verbe  brêtzele,  qui  est  traduit  par  Snôrkel  maçhen,  décrire 
des  crochets,  des  lacets.  -  En  feuilletant,  par  amour  du  folklore, 
un  petit  livre  de  dist  riblltion  de  prix  ('),  nous  avons  trouvé  la  note 
suivante  :  bretzelle  [à  Stuttgart]  est  un  «  petit  gâteau  sec  en  forme 
île  huit  évase  par  le  haut  ».  Ne  cherchons  pas  comment  l'auteur, 
dans  un  gâteau  de  cette  forme,  distingue  le  haut  et  le  bas,  mais 
constatons  que  l'identité  d'objet  avec  notre  bricelet  est  incontes- 
table. Partant  de  là,  nous  avons  découvert  le  même  terme  allemand 
dans  les  dictionnaires  de  Mozin,  Rottek,  Sanders,  Sachs- Villate. 
Rottek  l'écrit  brâzel,  Mozin  brâtsel,  bretsel,  brezel,  Sanders  brêzel. 
Nous  avons  comparé  les  définitions.  Mozin  dit  :  «  diurnes  hartes 
Backwerck,  in  (Jestalt  zweier  ineinander  verschlungener  Ringe, 
craquelin  ».  Sanders,  1,  21^,  est  plus  explicite  encore  :  «  Gebiick 
ans  weissem  Mehl,  in  Gestalt  zweier  in  einander  geschlungener 
Arme,  oder  eines  in  einem  doppelten  Ring  zusammengelegten 
Stricks  »,  (deux  bras  entrelacés,  ou  une  corde  disposée  en  double 
anneau).  Sanders  note  encore  que,  à  la  plupart  des  devantures  de 
boulanger,  se  trouve  une  brezel  peinte,  soutenue  par  deux  lions  ; 
que,  dans  la  forme  de  cette  pâtisserie,  on  voit  une  allusion  aux 
liens    du    Christ.  Les   romans    d'Erckmann-Chatrian    men- 

tionnent souvent  les  bretzel  d'Alsace  parmi  les  mets  traditionnels 
de  ce  pays.  —  D'après  Tandel,  Communes  luxembourgeoises, 
t.  II,  p.  47»  à  Luxembourg,  le  premier  dimanche  de  Carême,  les 
jeunes  gens  qui  se  sont  mariés  dans  l'année  envoient  à  tous  leurs 
parents  et  amis  une  sorte  de  pâtisserie  en  forme  de  w  fermé  par 
le  haut  ou  de  8  renversé(co  ),  bien  connue  dans  cette  région  et  en 
Alsace  sous  le  nom  de  bretzel.  —  M.  Monseur  a,  d'autre  part, 
retrouvé  notre  bricelet  assez  loin  d'ici,  à  Vevey  sur  le  lac  Léman. 
C'est,  dit-il,  un  biscuit  très  mince,  très  sec,  assez  dur,  carré,  d'en- 
viron  cinq  centimètres  de  côté,  portant  en  anneau  l'inscription  : 

BRICELET   DE   VEVEY. 

Si  on  pouvait  déterminer  le  symbolisme  primitif  de  cet  humble 
petil  craquelin,  on  arriverait  facilement  de  l'origine  de  la  chose  a 
l'origine  du  mot.  Mais  quelle  variété  d'interprétations!  D'un  côté  on 
rapporte  que  ce  mets  sert  au  repas  des  funérailles,  de  l'autre  c'est 
un  préseni  que  les  mariés  de  l'année  envoient  au  début  du  carême 


La   Grotte  merveilleuse  suivie  de  Le  premier  voyage  de  Cordula,  deux 
nouvelles   d'Ottilie   Wildermuth,    traduites    par    Em.  Tandel  :    Bruxelles. 
m.    Collection  nationale).  Cl',  p.  76. 


—    321    — 

à  leurs  parents  et  amis;  tantôt  il  représente  des  bras  entrelacés, 
tantôt  les  liens  dont  on  a  enchaîné  le  Messie.  Un  auteur  allemand, 
D1'  Paul  Kleinpaul,  Deutsches  Fremdwôrterbuch,  voit  dans  la 
brezel  la  représentation  d'un  bracelet.  Les  bracelets  accompagnent 
les  morts  dans  le  tombeau  :  les  brezel  en  sont  le  symbole  et  se  rap- 
portent au  temps  de  carême  et  an  culte  des  morts  ').  Voilà  un 
joli  problème  de  folklore  religieux  pour  mon  ami  Eugène  Monseur, 
spécialiste  en  cette  matière;  quant  à  moi,  je  suis  forcé  de  me 
contenter  d'une  remarque  sur  la  forme  du  bricelet.  Il  semble  bien 
que  la  forme  carrée  n'est  pas  primitive  et  que  le  biscuit  de  Vevey 
avec  son  inscription  en  cercle  représente  l'intermédiaire  entre  les 
formes  en  anneau  et  celles  en  rectangle  dont  nous  avons  parlé. 
Mais  le  gâteau  primitif  est-il  en  deux  anneaux  ou  en  un  seul,  nous 
ne  saurions  le  dire,  et  nous  sommes  obligé  d'aborder  le  problème 
étymologique  avec  cette  indétermination  de  sens. 

Les  lexicographes  allemands  donnent  comme  étymologie  de 
brezel  l'italien  bracello.  En  effet,  on  trouve  en  italien  :  bracciello, 
sorte  de  craquelin:  bracciatello,  «  sorte  de  gâteau  fait  de  fleur  de 
farine  paîtrie  avec  des  œufs,  fait  en  cercle,  brasselet  de  pâte  » 
(Veneroni,  Dict.  ital. -franc.,  1710).  Mais  cette  concordance  ne 
prouve  pas  encore  que  le  terme  allemand  vient  de  l'italien  et 
les  formes  wallonnes  de  l'allemand.  On  peut  tout  aussi  bien 
songer  au  latin  bracel  lus,  qui  est  dans  Du  ('ange  avec  le  double 
sens  de  bracelet  et  de  gâteau  et  qui  a  l'avantage  de  ne  pas  déter- 
miner avant  examen  le  lieu  de  l'emprunt.  L'ancien-français  nous 
offre  bracel  seulement  avec  le  sens  de  bracelet,  mais  il  y  a  un 
doublet  dialectal  bresseau  dans  Godefroid  qui  est  défini  «  sorte 
de  pâtisserie  ».  Entre  bresseau  et  bracel  il  y  a  cette  différence  que 
l'a  de  brachium  est  transformé  en  è  comme  dans  le  wallon 
brès',  brès,  mais  le  français  connaît  aussi  e  dans  bressin,  variante 
brécin,  dérivé  de  bras.  Rien  n'empêche  d'identifier  bresseau  à 
bracel  par  un  intermédiaire  *breeel. 

L'enquête  semble  donc  nous  ramener  au  point  de  départ.  Cepen- 
dant elle  permet  de  constater  que  le  problème  n'est  pas  aussi 
simple  qu'on  aurait  pu  le  croire.  D'où  viennent  nos  variantes 
wallonnes,  qui  sont  toutes  de  la  frontière  linguistique?  S'il  n'y 
avait  que  brècelèi,  on  en  ferait  un  dérivé  de  brècel  diminutif  de 
brès';   mais   bricelet  semble   bien   influencé  par   les    formes   alle- 


(!)  Connu,  de  M.  Paul  Scharff. 


—    322    — 

mandes,  britsèl  de  la  Wallonie  prussienne  est  franchement  alle- 
mand, le  liervien  briksèl  est  une  déformation  de  britsèl;  reste 
brice,  auquel  on  trouve  des  correspondants  germaniques  dans  les 
formes  plus  simples  breze,  brctz  que  donne  WEIGAND. 

Les  faits  concordenl  si  bien  de  la  sorte  que  nous  écartons 
d'autres  étymologies,  pourtant  séduisantes,  proposées  par  deux 
de  nos  correspondants.  L'un  suggère  Brod  +  le1  suffixe  sel  de 
Wechsel,  et,  quant  à  la  voyelle,  il  la  voit  se  transformer  comme 
dans  Brôdchen  on  dans  l'anglais  bread.  L'autre  explique  britsèl 
par  ]>  re  t  i  o  1  n  ni  :  dans  les  anciennes  écoles  de  couvent,  dit-il,  on 
donnait  comme  «  prix  »  aux  enfants  des  pâtisseries  qui  avaient 
souvent  la  forme  de  lettres  de  l'alphabet.  De  là  l'expression  cou- 
rante :  c<  Er  will  sieh  einen  Bretzel  verdienen  »,  il  veut  se  faire 
bien  voir,  il  l'ait  des  dénonciations  ou  des  platitudes  pour  avoir 
une  bretzel  en  récompense.  Le  Wôrterbuch  (1er  Elberfelder  Mun- 
dart  récemment  paru  (Elberfeld,  1910)  a  un  verbe  brétzeln  qui 
correspond  au  néerlandais  brijzelen,  réduire  en  miettes,  usité 
seulemenl  dans  cette  expression  :  «  dann  lot  eck  meck  brétzeln  », 
icli  lasse  midi  totschlagen.  Nous  renonçons  à  discuter  ces  trois 
hypothèses  pour  ne  pas  allonger  cet  article  outre  mesure,  mais 
combien  nous  voilà  loin  de  la  sérénité  de  Remacle  et  de  Lobet! 

brosder  et  broster  ;  brosse  ;  broussin  ;  breûsse,  breusti. 

En  note  d'un  article  sur  le  w.  crètelê,  dans  \a,Zeitschrift  fur  franz. 
Spr.  uiul  Litt.,  1907,  Abhandl.  p.   287,    M.    Behrens   est  amené   à 
citer  une  phrase  de  Grggg.,  II,  562,  ine  erète  di  mitches po  brosder 
sètehes,  et  demande  un  éclaircissement  sur  brosder.   Ce  mot  peut 
se  traduire  ici  par  ((grignoter».  Il  se  dissimule  dans  le  Dict.  étym. 
sous  la  forme  broster  (I,  80).  En  deux  autres  endroits  (I,  338  et  II, 
p.  xv),  Gggg.  note  que  broster  est  une  forme  namuroise  et  brosder 
une  forme  liégeoise,  et  cela  concorde  avec  ce  qu'on  trouve   dans 
Forir  et  dans  Pirsoul.   —  Ce  mot   est  le  verbe  correspondant  au 
substantif  brosse  très  usité  en  Ardenne  :  aler  kî  dol  brosse  po  les 
gades,  aller  chercher  de  la  brousse  pour  les   chèvres,   c'est-à-dire 
■mimités  de  jeunes   branches,  parties  tendres  que  les  chè- 
vres mangent  avec  avidité.  À  Tellin,  brossegade  sert  à  désigner 
la  spirœa  ulmaria.  —  Je  suis  étonné  de  ne  pas  trouver  «  brousse  » 
ans  le  Dict.gén.,  alors  que  des  voyageurs  et  des  écrivains  ont 
isécenora    pour   désigner  les   halliers  africains.   Je  suis 
'tonne  encore  d'y  voir  la  brosse  à  brosser  confondue   avec  la 
"Miter.  Ce  dernier  sens  n'est  indiqué  qu'à  la  fin  de  l'ar- 


—     )2.î    — 

ticle,  comme  un  sens  analogique  de  l'autre  et  vieilli.  Vieilli,  peu 
nous  importe  ;  mais  analogique,  il  y  a  lieu  de  protester.  Enfin 
notre  brosse  se  dissimule  encore  sous  la  forme  brout,  anc.  franc. 
brost,  jeunes  pousses  des  arbres  au  printemps.  Le  fr.  brouter 
venant  du  germ.  bruston,  j'en  conclus  que  broster  est  en  w.  la 
tonne  correcte  et  que  brosder  a  changé  le  /  en  d  sous  l'influence 
de  brosder  =  broder.  -  Le  \v.  et  fr.  brosse  est-il  une  forme  fém. 
de  broust  dans  laquelle  st  s'est  réduit  à  ss,  comme  dans  crosse 
(croûte),  gos'  (goût)?  Si,  pour  s'en  assurer,  on  rassemble  les  mots 
prétendument  de  même  origine,  on  s'apercevra  bientôt  que,  dans 
ce  cas-ci,  deux  familles  de  mots  ont  dû  se  rencontrer  et  s'entre- 
croiser. Le  latin  du  moyen  âge  fabriqué  d'après  les  formes  popu- 
laires existantes  donne  brossa,  brossia,  broça,brocellum,  brocaria, 
brocare  :  puis  bruscale,  bruscia,  bruscus  ;  puis  brustia,  brustio, 
brustum.  Ainsi  le  rouchi  bruscale  (broussailles),  que  donne  Gggg., 
et  l'anc.  fr.  bresque,  que  cite  Du  ('.,  le  fr.  broussin,  broissin,  sont 
apparentes  au  latin  bruscum  (broussin  d'érable).  Mais  en  présence 
de  brustio  «  duinet  uni.  minor  boscus  »,  de  brustum  «le  broust, 
pastio  animaliuin,  bine  brouster  »,  nous  concluons  que  le  \v.  brosse 
représente  un  type  bas-latin  brusta  et  que  la  première  série  en  «s 
et  eu  ç  n'est  qu'une  reproduction  grossière  des  formes  dialectales. 
—  Quant  au  franc,  brosse  et  brosser,  le  picard  brouesse  et  le  w. 
breûsse  montrent  (pie  c'est  un  tout  autre  mot.  On  le  fait  venir  du 
germ.  burstja,  aha.  bursta,  ail.  borste,  t..  qui  signifie  cheveu  raide, 
soie.  Le  t  en  effet  se  ravive  dans  le  w.  breùsti  que  donne  seul 
Lobet  iv"  breusseti),  où  la  brève  -ij  prouve  qu'on  n'a  pas  affaire  a 
un  dérive  en  -eter,  mais  a  un  verbe  en  -tir  tiré  d'infinitif  germa- 
nique en  -tjan. 

w.  cabossî. 

Le  franc,  et  wall.  cabosser,  cabossi  en  gaumais,  signifie  bossuer, 
couvrir  de  bosses.  Mais  on  trouve  dans  Bormans,  Tanneurs,  p. 
36o  et  3;2,  un  autre  verbe  cabossi,  enlever  les  émouchets,  châtrer, 
émasculer.  Ce  sens  ne  cadre  guère  avec  celui  de  cabosser  qui  pré- 
cède. Je  suis  persuadé  que  ce  mot  vient  par  déformation  de  sca- 
bossi,  c'est-à-dire  du  préfixe  ex  +  cabossi.  La  peau  brute  que  doit 
travailler  le  tanneur  est  toute  «  cabossée  »  ;  il  s'agit  de  l'eac-cabos- 
ser.  Je  n'avance  pas  cette  disparition  de  s  initiale  devant  c  sans 
argument  :  cramer,  écrémer,  est  déformé  de  la  même  façon,  et  il 
y  en  a  d'autres.  (l)  Au  reste,   ce  qui  est  encore  plus  probant,   la 


(l)  Cl',  ci-après,  article  consîre,  p.  'ô-2~. 


—  324  — 

forme  scabossi  existe  à  Marilles  (Brabant),  habossi  à  Huy,  etc., 
hanbossî  à  Jupille,  avec  h  résultat  naturel  et  ordinaire  deexc-,  au 
sens  de  décolleter  les  betteraves,  en  rabattre  les  cimes  ;  puis  ces 
formes  régulières  sont  remplacées  par  cabossî  à  Cras-Avernas, 
Noduwez,  Pellaiues,  c'est-à-dire  à  l'ouest  <le  Liège  et  dans  la  par- 
tie adjacente  du  Brabant.  Voyez  Bull,  du  Dict.,  5e  année  (1910), 
l>.  M,  v"  abossî. 

w.  caca-laids-oûys. 

C(!i  te  forme  caca-laids-oûys  est  donnée  par  Pirsoul,  Dict. 
namurois,  1,  91.  Elle  n'a  rien  de  logique,  et  sa  singularité  néces- 
site une  explication. 

<;< 1.  96,  a  un  article  «  caiz  ouiez.  bigle,  myope,  vue  mau- 
vaise •>.  Mais  il  parle  d'après  autrui,  Dejardin  et  Simonon  ;  il  ne 
connaît  pas  le  moi  par  lui-même.  De  là  sa  graphie  caiz,  qu'il  faut 
prononcer  câyîs,  cl  qui  est  de  la  même  origine  que  le  franc,  cailler. 
D'ailleurs  Gggg.  connaît  le  verbe  câiî  (prononcez  câyî),  se  couvrir 
de  chassie,  et  dicâiî,  qu'il  traduit  par  déchassier,  décrotter.  Cette 
traduction  est  erronée,  car  dé-  signifie  en  ce  cas  :  de  haut  en  bas, 
complètement,  et  des  yeux  dicâyîs  (namurois  discauyis)  sont  des 
y.-ux  tout  chassieux.  11  est  vrai  que  le  même  verbe  pourrait  signi- 
fier, par  le  second  sens  de  di,  dé,  se  décrotter  les  yeux.  Gggg.  a 
rectifie  au  mot  dicâiî,  I,  p.  167,  où  il  dit  que  le  sens  habituel  du 
participe  passé  dicâyi  est  «  gâté  par  la  chassie,  de  là  chassieux  ». 

Nous  pouvons  maintenant  en  revenir  à  l'expression  namuroise 
inscrite  au  début.  Il  semble  que,  à  côté  de  câyî  et  dicâyi,  il  a 
existé  un  participe  cacâyî  ou  cacàyé,  avec  préfixe  ca-,  qui  a  servi 
a  créer  une  expression  cacayés-oûys,  ou  plutôt,  avec  //  mouillé 
antérieur,  cacaillés-oûys.  C'est  cette  forme  qui,  par  étymologie 
populaire,  a  pu  devenir  caca-laids-oûys. 

gaumais  calôgne. 

Liégeois,  Lex.  gaumet,  p.  29,  définit  ce  mot  par  «  personne  non- 
chalante »  et   fournit   l'expression   ène  grande  calôgne.  C'est  en 
•Net  uniquement  comme  injurequele  mot  estemployé  aujourd'hui. 
1    combien    ces   mots   du   dictionnaire  poissard   ont  laissé 
s'oblitérer  leur  sens  primitif.  Il  n'est  donc  pas  du  tout  certain  que 
a lôgne  signifiai i  jadis  nonchalante.  Faisons  appel  à  l'étymologie. 
s  gaumais  donnant  ô  pour  or  devant  consonne  (ex.  bôgne, 
!<■.  m  bôgne  clô,  ardennais  on  bwagne  elù),  je  rétablis  la  forme 
<-  calorgne.  Or  calorgne  a  des  parents  ailleurs  :    en   nor- 


J2D     


mand  catougnard,  louche,  en  une.  !i\  calorgne,  qui  n'a  qu'un  œil. 
Le  mot  est  composé  de  la  prétendue  particule  péjorative  ca  e\  de 
lorgne,  louche,  d'origine  inconnue,  w.  Iwègne,  Iwagne.  Le  scn> 
noté  par  M.  Liégeois  se  rapporte  à  l'adj.  grande  autant  qu'au 
subst.  calôgne  :  il  évoque  l'image  d'une  grande  femme  lourde  qui 
s'attarde  à  lorgner  tantôt  à  droite,  tantôt  à  gauche. 

w.  chèrbin,  hèrvê  ;  f'r.  escarbille. 

Chèrbins,  m.  pi.,  à  Laroche  (Lux.),  signifie  tas  de  tessons, 
d'écaillés,  débris  de  vase  ;  hèrbin,  m.,  à  Sprimont  (Liège),  désigne 
L'ardoise  grossière  dont  on  se  sert  encore  en  Ardenne  pour  taire 
des  toitures  économiques  ;  /erbin  à  Stavelot  signifie  à  la  fois, 
suivant  le  dict.  ms.  de  Detrixhe,  tesson  et  grande  ardoise  de  toi- 
ture. —  Guuu.  ne  connaissait  que  hèrvê,  tèt,  tesson,  qui  existe  en 
liégeois  et  en  verviétois. 

On  ne  peut  douter  que  chèrbin  ne  représente  l'ail.  Scherben, 
tesson  ;  quand  à  hèrvê,  comme  b  germanique,  précédé  d'une  con- 
sonne ne  donne  pas  v  en  roman,  il  ne  semble  pas  issu  directement 
de  la  variante  scherbel,  il  vaut  mieux  le  considérer  comme  un 
diminutif  de  la  forme  dialectale  schârv  constatée  à  Eupen  (Tonnar 
et  Lvers,  Wôrt.  (1er  Eupener  Spr.,  p.  i65).  —  Malgré  le  Dict.  gén., 
je  suis  tenté  d'assigner  la  même  origine  au  fr.  escarbille.  Ce  serait 
plus  simple  :  cela  dispenserait  de  postuler  en  français  la  conser- 
vation de  se  à  la  mode  du  rouchi,  dans  un  mot  qu'on  fait  venir  du 
latin  carbonem,  sans  se  préoccuper  d'autre  part  de  la  suppression 
insolite  de  la  finale  on. 

w.  cirion,  claus  d'  cirion. 

Dans  le  t.  XVIII  de  Wallonia.  p.  i3i,  M.  Alph.  Maréchal 
demande  ce  que  signifie  clan  de  Sirion  qu'il  a  trouvé  dans  un 
couplet  du  chansonnier  namurois  Lagrange.  Sans  connaître  l'ex- 
pression par  d'autres  voies,  je  pense  qu'il  faut  écrire  cirion  et 
non  sirion,  ou  encore  Sirion  comme  nom  propre;  que  les  clous 
de  cirion  sont  les  larmes  tombant  ou  plutôt  coulant  de  cierges 
allumés  à  l'église. 

Il  faut  savoir,  quant  au  fond,  que  les  larmes  des  cierges  bénits, 
du  cierge  pascal  notamment,  étaient  réputées  pour  la  guérison 
de  divers  maux  et  maléfices.  En  ce  qui  concerne  le  mot,  cirion 
paraît  bien  être  de  la  même  racine  que  le  français  cire  et 
cierge.  Cire  vient    de  cera,   cierge  de   cereum  (de  cire. 


—  3u<>  - 

adjectif)  :  noire  cirion  diffère  par  le  suffixe. Ou  y  distingue  d'abord 
m,  suffixe  -on  (mii  bien  connu;  mais  d'où  vient  1'/'  qui  précède  -ont 
Comme  un  primitif  "cereonein  aurait  donné  ciri/on,  il  l'aul 
admettre  que  cel  i  provient  d'un  suffixe  diminutif  qui  est  en  latin 
-ili-,  en  français  -ill-,  lequel  en  wallon  se  réduit  à  y  (écrit  i 
après  consonne).  Exemples  français  :  tourbillon,  corbillon, 
moinillon,  cendrillon,  grésillon,  Ancillon;  wallons  :  toii- 
bion,  vôtion,  dwèmion,  niguion,  ôbion  ou  âbioh,  cramion,  hoû- 
bion,  brôdion,  roudion,  wandion,  hûfion,  troufion,  ohion,  nokion, 
ploumion,  hayon,  poyon,grusion,  pètion,  awyon,  sàvion,bawyon, 

fyowyon. 

Ces  mots  en  -ion  désignent  un  objet  qui  est  le  diminutif  d'un 
autre.  s«>it  parce  qu'il  est  plus  jeune  (poyon),  soit  parce  qu'il  est 
plus  petit  {ohion,  fyowyon,  nokion),  soit  parce  qu'il  est  un  frag- 
ment de  la  (diose  totale  (hayon,  ploumion,  troufion).  Quelquefois 
il  est  possible  d'attribuer  deux  sens  au  même  mot  :  ploumion  est 
une  petite  plume  ou  un  fragment  de  plume;  Ancion  est  un  petit 
Anse  ou  un  jeune  Anse  (Anselme);  mais  d'ordinaire,  en  ce  cas, 
les  deux  sens  coïncident  presque  et  se  confondent. 

.l'estime  donc  (pie  cirion  doit  être  expliqué  comme  troufion 
(petit  fragment  de  troufe,  tourbe)  :  cirion  est  une  «  petite  cire» 
dans  le  sens  de  fragment  de  cire  ('). 

clintch-bowe. 

Le  supplément  du  Dict.étym.de  Grandgagnage  (II,  5n) contient 
l'article  suivant  :  «  cl  i  n  ge-bo  w  e ,  Malm.  (jower  a  cl.  :  jower  a/ 
luis/  =  jouer  au  bâtonnet)  Sim.  2,  mél.  ».  Cet  article  nous  fournit 
un  nom  particulier  du  jeu  bien  connu  des  bâtonnets,  appelé  jadis 
en  français  jeu  de  la  briche  (Cf.  briche  dans  Goi>.),  appelé  en 
wallon  brisse,  cherat,  cayèt  burnè  (Cambresier),  tchùl,  kinî- 
kinaye,  bâdèt  (Delaite,  Gloss.  des  jeux  wallons).  Celui-ci  vient 
de  clintch,  gauche,  fr.  esclenc,  et  de  l'indic.  prés,  du  verbe 
bawî,  regarder  de  côté,  lorgner,  épier,  ard.  bawyer.  La  forme 
bowe  est  étonnante,  mais  je  la  connais  d'autre  part  dans  une 
vieille  chanson  du  pays  de  Hervé  :  ci  ^>rand  lourdaud  qui  m'  louke, 
qui  m'  bowe,  ci  grand  lourdaud  qui  m'  louke  todis... 


n<'|>uis  la  rédaction  de  cette  note,  nous  avons  retrouvé  un  mot  presque 

identique  eu  rouchi.  Vermessk  a  a  chiron,  cierge  ».  et  il  cite  un  exemple  de 

un  ON,  L's  épistoles  kaimberlotes  (=  de  Cambrai),  p.  °.i>.  que  voici. 

sauf  l'orthographe  :  «  Qu'  Noter-Dame  d'  bon-S'cours  nos  perde  (nous  prenne) 

tous  deûs  in  compassion  :  /"  li  aleume  in  chiron  uni  bout  de  cierge)  ». 


—  327  — 


consire. 


Dans  le  Projet  de  Dictionnaire  général  de  la  langue  wallonne, 
il  y  a  un  article  consacré  à  un  mot  rare,  consire,  d'origine  incon- 
nue, qui  est  défini  provisoirement  «  place  où  le  vent  amoncelle  la 
neige  ».  On  y  hasardait  comme  étymologie  une  forme  *consi- 
daria.  M.  Antoine  Thomas,  le  maître  français,  auteur  des  Essais 
et  des  Nouveaux  essais  de  Philologie  française,  dans  le  compte 
rendu  qu'il  lit  du  Projet  de  Dict.  ('),  proposa  *congeria  pour 
congeries.  Sans  être  partisan  île  *considaria,  qui  ne  s'appuie 
pas  sur  un  substantif  antérieur,  il  nie  semblait  d'autre  part  que 
'"cou  ge  ri  a  ne  couvrait  pas  les  formes  précisément  les  plus 
importantes  du  mot  wallon.  Il  fallait  donc  maintenir  ce  terme  en 
observation. 

La  difficulté  de  fixer  l'étymologie  de  consire  provient  de  deux 
causes  :  absence  de  formes  comparatives  extra-wallonnes,  igno- 
rance du  sens  exact.  Quanl  au  sens,  les  exemples  recueillis  font 
hésiter  entre  «  amas  de  neige  »  et  «  fondrière  remplie  de  neige  ». 
Cependant,  puisque  le  mot  consire  a  besoin  d'un  complément  qui 
signifie  «  de  neige  »,  c'est  un  signe  «pie  l'idée  de  neige  n'est  pas 
inhérente  à  ce  mot;  mais  rien  ne  nous  dit  s'il  implique  l'idée  du 
contenu,  l'amoncellement,  l'amas,  soit  en  hauteur,  soit  en  profon- 
deur, ou  l'idée  du  contenant,  la  fondrière.  Le  sens  exact  ne  sera 
donc  déterminé  que  par  L'étymologie,  et  c'est  la  question  phoné- 
tique qu'il  faut  examiner  d'abord. 

Dans  la  mémoire  des  hommes,  les  traits  d'un  mot  peu  employé 
risquent  de  s'atténuer  et  d'être  infidèlement  reproduits.  11  faut 
donc  déterminer  la  forme  la  mieux  conservée.  L'article  du  Projet 
nous  enseigne  que  consire  est  généralement  usité  dans  la  province 
de  Liège,  la  Prusse  wallonne,  l'Ardenne.  Si  l'on  trouve  côssi  à 
Dison-lez-Verviers,  c'est  par  dénasalisation  de  on  et  par  réduction 
de  ire  à  -i  comme  dans  fowi,  fondri,  brouwi,  goti  (l'oyèr-e,  fon- 
drière, bruyère,  gouttière).  Les  formes  en  -ière  qu'on  trouve  dans 
la  zone  voisine  du  patois  gaumais  achèvent  de  montrer  à  l'évi- 
dence que  le  suffixe  de  notre  mot  est  le  latin  -aria,  fr.  -ière.  — 
A  la  place  des  consonnes  fortes  c  et  s,  on  trouve  parfois  les  douces 
g  et  z,  ensemble  ou  séparément.  C'est  une  déformation  à  écarter, 
car  la  régression  de  la  faible  à  la  forte  est  rare  :  fèrou,  qu'on  ren- 
contre çà  et  là  pour  vèrou,  est  influencé  par  fier  (fer).  —  an  de 


(')  Romania,  janvier  1905. 


—  3a8  — 

ganeière  à  Neufchâteau  est  une  transformât  ion  de  on  fréquente 
en  gauiuais  el  en  chestrolais,  où  tnancé  correspond  à  monceau, 
fanténe  à  fontaine,  Ranpancé  à  Romponcel  (rond-ponceau),  com- 
mune de  Jamoigne.  —  An  sud-est,  à  Porcheresse,  Malvoisin, 
Gedinne  [l),  c'est  sconsîre  qui  est  employé  :  cne  suconsîre,  dès 
sconsîres  du  nîve.  Cette  s  initiale  fait  partie  de  la  racine  ou  pro- 
vient d'un  préfixe.  Or,  dans  les  deux  essais  d'étymologie  pré- 
rappelés, «>n  est  parti  de  la  forme  consîre.  Mais  si,  par  hasard, 
cette  forme  esl  le  résultat  d'une  apocope  de  s,  c'est  en  vain  qu'on 
cherchera  une  famille  à  consîre.  Il  est  donc  plus  sûr,  dans  nos 
recherches,  de  partir  de  sconsîre,  dont  Ys  ne  peut  être  une  super- 
fétation. 

Si  nous  sommes  bien  orientés,  le  problème  revient  à  chercher 
dans  l'ancien  français  ou  dans  d'autres  dialectes  voisins  des 
tiares  d'un  mot  sconsière  ou  plutôt  esconsière.  Or  nous  trouvons 
tout  de  suite  esconser,  se  cacher,  dans  les  expressions  so/ei7 
esconsant,  li  solaus  est  esconsés  (Perceval);  puis  esconserie,  action 
de  celer  qqch.  ;  esconsail,  abri  où  l'on  peut  se  cacher;  esconse, 
dans  le  sens  spécial  de  lanterne  sourde.  C'est  évidemment  le  par- 
ticipe *escons,  f.  esconse,  du  latin  abseonsus  (caché),  qui  a 
donné  le  jour  à  ces  divers  mots.  Au  reste,  esconser  n'est  pas  mort  : 
encore  aujourd'hui,  dans  la  Bresse,  «  soleil  couchant  »  se  dit  selô 
yconsiant  ou  /cousant  f2),  et  le  verbe  yconsier  ou  yconser  signifie 
disparaître,  se  cacher,  en  parlant  des  astres  (')  Delmotte, 
Glossaire  wallon,  t.  1,  p.  i55,  enregistre  la  forme  montoise  solaus 
cousant,  inconnue  à  Sigart,  où  cousant  semble  avoir  perdu  l'.s 
comme  consîre.  Notre  sconsîre-consire  apparaît  si  bien  dans  sa 
famille  au  milieu  de  tous  ces  mots  que  nous  croyons  en  avoir 
trouve  l'origine,  si  tout  peut  s'arranger  au  point  de  vue  de  la 
phonétique  et  de  la  signification. 

La  difficulté  n'est  pas  de  rattacher  sconsîre  au  latin  abseonsus, 
c'esl  de  faire  accepter  que  sconsîre-consire  existe  avec  ces  étranges 
initiales  dans  une  région  où  l'on  prononce  choùter-hoùter  (ascol- 
tarej .  11  n'y  a,  pour  se-,  heureusement,  qu'à  mieux  examiner  les 
faits.  Oui,   il   est  vrai,  l'ardennais  et  le  namurois  disent  chaîne, 


Localités  des  provinces  de  N'anuir  et  de  Luxembourg,  au  N.  de  la 
Rémois,  à  l'E.  «le  Fumay. 

Nous  figurons  par  un  y  grec  la  consonne  qui  correspond  au  ch  alle- 
mand de  ich. 

I.  Hingre,  Voc.  ,/u  putois  de  la  Bresse  (Vosges^,  dans  Bulletin  de  la  Soc. 
philomatique  vosgienne,  XXXIIe  année,  1907,  p.  86. 


-   3ag 


chaper,  chârder  ou  chaurder,  chète,  cheûre,  chôpier  ou  chôpi, 
choûter,  chooer,  chnme  ou  ehoiune,  ruais  a-t-ou  dressé  en  regard 
la  liste  des  mots  en  sc-1  II  y  a  moins  de  se-  dans  l'ardennais,  mais 
beaucoup  dans  le  namurois,  qui,  en  cela,  tend  la  main  au  rouchi  et 
dont  on  peut  dire  qu'il  connaît  à  dose  égale  les  deux  traitements. 
Les  exemples  suivants  le  montreront  à  suffisance  : 


Namurois. 

scadia  (bassin  à  beurre) 

scafia  (cosse,  gousse) 

scafi  (écosser) 

scafiote  (gousse) 

scamia  (à  Meux,  escabeau) 

scaye  (ardoise)  et  ses  composés 

scayon  et  chayon  (écbelon) 

seau f ion  (gousse) 

se augne  (écale) 

seauyi  (se  fendre  outre  mesure) 

sclauchî  (claquer) 

skète  et  chète  (éclat  de  bois) 

sclide  (traîneau) 

scot  (écot) 

scochi  (ébraneber) 

scwèle  (écuelle) 

sewarner  (écorner) 

scoriye  (écourgée) 

scorion  (lanière) 

scotia  (gousse) 

scramer  (écrémer) 

scrabîye  (escarbille) 

scrèper  (racler) 

serôles  (copeaux) 

scroter  (ex-crotter) 

scru-fièr  (fonte) 

scùre  (ex-cuire) 

squére  (équerre) 


Ardennais. 

chàfe  (écale) 

scafier  (écosser,  dépenser) 

ehafiote,  seafiote  et  cafiote 

chaîne 

chaye 

chayon 


châyer 

chlaquer 

chète 

scliyon 

scot 

scocher 

chète 

chivarner 

score  y  e 

scorion 

cramer 


croies 

scroter 

crou-fièr 


La  chute  de  Vs  initiale  est  un  accident  dont  on  a  des  exemples 
dans  larégion  qui  nous  intéresse  ici.  Legaumais  dit  keume  (écume, 
aha.  scîlm),  kieiile  (scutella),  cotchreuy  (écorebeur),  coûter 
(écouter),  couchû  (  an  e. -franc,  escourçuel,  tablier),  cuvian  et  cuvir 


—  33o  - 

écouvillon,  écouvillonner)  ;  le  messin  a  cwéle  (écuelle),  côrchous 
écorcheur,  ronchons  (écosses);  bien  que  d'ordinaire  ils  conver- 
ti se-  en  ch-  i1).  Dans  le  nord-wallon,  c'est  //  qui  correspond 
au  c/<  de  l'ardennais  et  du  gaumais.  (Jne  forme  en  c  est  la  forme 
simple,  une  forme  corrélative  en  h  est  composée  :  clore  signifie 
clore,  mais  hlàre  éclore;  cron  signifie  cru,  mais  hrou  écru  ;  crouler 
signifie  tamiser,  mais  hroûler  l'aire  sortir  en  tamisant.  Un  examen 
approfondi  ue  fail  que  diminuer  le  nombre  des  cas  supposés 
d'abord  exceptionnels.  Ainsi  corîhe,  que  nous  croyions  être  a 
priori  une  déformation  de  scorihe,  en  face  du  namurois  scoriyé, 
de  l'ardennais  scorèye  et  du  français  écourgée,  correspond  plutôt 
en  réalité  à  l'anc. -franc,  corgèeei  n'a  probablement  pas  le  préfixe. 
D'une  liste  provisoire  d'exceptions  dressée  pour  montrer  s  dispa 
rue  laissant  à  nu  le  r,  il  nous  reste  trois  ou  quatre  mots  : 

i.  carcèle  Rem.,  l'r.  escarcelle,  de  l'adj.  esebars.  Le  mot  est 
boni  à  fail  d'emprunt  et  la  déformation  purement  individuelle. 
Carcèle  ne  peut  pas  compter  comme  mot  wallon. 

■j.  cramer,  fr.  écrémer;  cramèù,  fr.  écrémeur.  drainé  lèssê  ne 
signifie  pas  •■  lait  crémé,  couvert  de  crème  »,  mais  «  lait  écrémé  ». 
Le  -impie  a-t-il  remplacé  un  hramé  qui  a  disparu  comme  trop 
difficile  a  prononcer? 

"-..  calbote,  barbote,  nam.  scarbote,  compartiment. 

j.  clintch,  gauche,  qui  nous  paraît  un  simple  doublet  de  hlintch, 
anc.-franç.  esclenc,  de  l'ancien  francique  slink,  ail.  link.  Com- 
parez sclinbwagne  à  Marche  (qui  lorgne  de  travers)  et  clitchepate 
.1  Laroche  (gaucher).  J'écarte  le  composé  mha.  gelink. 

5.  cabossi,  scabossî,  habossi,  étudié  ci-dessus,  p.  323. 

ii.  Enfin  il  y  a  le  solaus  consant  rappelé  tantôt,  du  montois 
Di  i  motte,  sans  correspondant  connu  en  wallon. 

Si  on  a  répugnance  à  joindre  consîre  à  cette  liste  comme  ayant 
perdu  l's,  il  reste  encore  une  ressource.  On  trouve  dans  Du  Cange 
le  doublet  consa  à  cote  de  sconsa  et  esconsa  (lanterne  sourde).  On 

! "''.lit    donc   s'autoriser   de   consa   pour  imaginer  un  participe 

-latin  consus  sans  préfixe  abs-,  et  un  verbe  anc.-franç.  '  cotiser 
nnsicr.  Notre  consîre   serait  alors  un  mot  simple  régulière- 

ent  formé  à  côté  du  composé  sconsîre.  Pourtant,  si  j'ai  le  droit 


urra  trouver  d'autres  exemples  dans  notre  Phonétique  du  gaumais 
comparés,  §8a  (dans  le  Bull,  de  la  Soc.  liég.  de  Litt.  walt.,  t.  3;). 
imer  de  ce  paragraphe  l'exemple  messin    h  coué,  «jiii  doit  être 
rappon  avec  le  gaumais  ;i  chuay,  à  l'essui,  de  exsugare. 


—  33i  — 

d'exprimer  une  appréciation,  au  risque  qu'elle  soit  entachée  de 
subjectivisme,  je  dirai  que  consa  et  consire  m 'apparaissent  comme 
des  formes  isolées  qui  ont  perdu  Vs  initiale. 

Il  est  temps  d'arriver  au  sens.  Du  Gange  ne  cite  pour  esconsc 
qu'un  sens  tout  spécial,  lanterne  sourde;  mais  il  est  évident  que 
absconsa  :  esconse  a  dû  signifier,  en  général,  comme  participe 
passé  :  caché,  comme  substantif  :  chose  cachée,  dérobée 
aux  yeux,  puisque  c'est  de  là  que  provient  le  verbe  esconser 
qui  a,  lui,  une  signification  générale.  Notre  sconsîre  a  un  suffixe 
-ire  désignant  l'endroit  ou  l'objet  contenant;  il  signifie  donc  :  le 
lieu  aux  absconsa.  Mais  le  mot  absconsa,  choses  cachées,  peut 
être  pris  dans  deux  sens  qu'il  importe  de  démêler  ici.  Le  soleil 
descendu  sous  l'horizon  est  un  absconsum,  une  chose  cachée, 
dérobée  aux  yeux;  mais  le  fond  où  il  semble  être  descendu  est 
aussi  un  absconsum  Ce  fond  est  l'invisible,  l'abîme,  l'inaccessible. 
Plus  vulgairement  on  peut  donner  le  même  nom  à  une  fosse,  a  un 
trou  que  la  mousse  ou  la  bruyère  dissimulent  dans  la  fagne,  à 
toute  cavité  que  la  neige  comble  en  hiver.  Bref,  sconsîre  est -il 
l'endroit  aux  neiges  dissimulées  ou  l'endroit  aux  trous  dissimulés 
par  la  neige?  Forcé  de  choisir,  il  nous  semble  que  ce  sont  les 
cavités  ou  la  hauteur  des  neiges  qui  sont  dissimulées,  non  la  neige 
elle-même;  sconsîre  est  à  nos  yeux  le  réceptacle  aux  cavités  dissi- 
mulées et  traîtresses.  Le  meilleur  synonyme  serait  fondrière,  mais 
fondrière  connote  l'idée  d'affaissements,  sconsire  l'idée  de 
fonds  que  la  neige  remplit  et  partant  dissimule.  Lorsque  le  vent 
nivelle  la  neige  (iviler),  celle-ci  comble  les  fosses,  et  le  marcheur, 
incapable  de  distinguer  les  inégalités  du  fond  sous  cette  belle 
surface  unie,  va  s'enliser  dans  quelque  mauvais  trou. 

On  peut  donc  maintenant  préciser  le  sens  du  mot  :  i°  Il  ne  s'agit 
pas  d'amas  de  neige  en  hauteur,  mais  en  profondeur;  2°  Notre 
mot  ne  désigne  pas  proprement  le  contenu  :  la  neige  entassée, 
mais  le  contenant;  3°  Le  contenant  ne  peut  être  un  talus,  un 
rebord  (hoûrlê),  mais  un  creux,  soit  ravin  ou  fondrière,  soit  simple 
fossé  le  long  de  la  route.  Les  autres  significations,  que  nous  ne 
songeons  pas  à  nier,  sont  obtenues  par  extension. 

franc,  crayer. 

Le  Dict.  gén.  donne  un  subst.  masc.  crayer,  qui  est  un  terme 
technique  pour  désigner  la  v  cendre  de  charbon  vitrifiée  par  un 
feu  ardent  ».  11  le  présente  comme  d'origine  incertaine  et,  toute- 
fois, propose  dubitativement  craie.  Mais  le  wallon  possède  dans 


-  332  — 

le  Maman;  '!  le  Namur  le  moi  craya,  dans  les  deux  provinces  de 
l'Esl  crahè,  qui  signifient  braise  éteinte,  charbon  de  bois,  par 
extension  scories.  Ces  deux  mots  sont  de  simples  variantes, 
■  lunt  la  terminaison  liégeoise  -ê  et  la  terminaison  namuroise  -ia 
dénoncent  un  diminutif  en  -ellum.  Le  h  germanique,  très  percep- 
tible en  liégeois,  s'affaiblit  ou  disparait  en  namurois  et  peut  être 
remplacé  par  y  euphonique.  Le  wallon  a  encore  crayi,  se  cliar- 
bonner,  en  namurois;  crahelî  en  verviétois,  marchand  qui  allait 
vendre  du  charbon  transporté  à  dos  de  cheval  dans  les  villages; 
crayon  en  Hainaut  (Sigart,  i35)  houille  vitrifiée,  mâchefer.  Donc 
pour  le  français  crayer,  la  sémantique  milite  en  faveur  d'une 
origine  wallonne.  Ce  mot  est  un  collectif  formé  comme  pailler,  tas 
de  paille,  poussier,  bourbier,  cendrier.  Il  a  probablement  été  pris 
à  la  langue  populaire  et  utilisé  par  les  ingénieurs  de  charbonnages 
du  Nord  dans  leurs  rapports  et  autres  écrits  technologiques. 

w.  dizi,  d'zi. 

Dizi  est  enregistré  par  Gggg.  sans  étymologie  (I,  178).  C'est  le 
nom  de  l'orvet  commun,  anguis  fragilis;  par  extension,  il  est 
quelquefois  don  né  au  lézard  (Defrecheux,  Voc.  des  noms  wal.  d'ani- 
maux, 3e  éd.,  p.  57).  Ce  mot  étant  particulier  au  Nord-wal.,  c'est 
dans  le  domaine  germanique  qu'il  faut  en  rechercher  l'origine.  Or 
le  flamand  donne  hagedis,  lézard,  l'ail.  Eidechse,  aha.  egidëhsa, 
mha.  eg'edëhse.  Quelle  (pie  soit  la  valeur  du  premier  composant 
egi-,  hage-,  nous  n'hésitons  pas  à  identifier  le  \v.  dizi  avec  dëhse. 

djâwan. 

M.  Jos.  Marichal,  deWeismes,  nous  a  transmis  ce  mot  fyàwan 

avec  le  sens  de  «  l'autre  jour  ».  M.  l'abbé  J.  Bastin  l'a  inséré  dans 

son  Vocab.  de  Faymonville,  p.  14  (=  Bull,  de  la  Soc.  de  Litt,  wall., 

'•  L,  p.  546).  Mot  rare  et  ancien,  survivant  au-delà  des  Fagnes,  où 

a  conservé  tant   de  termes  curieux;  nous  ne  l'avons  jamais 

utendu  en  A.rdenne,  ni  en  pays  gaumais,  ni  nulle  part  dans  la 

province  de   Liège.  Autant  qu'on  peut  en  juger  sans  autre  forme 

tive,  nous  y  voyons  une  locution  adverbiale  composée  de 

deux   mots. 

premier  sérail  fya,  latin  jam,  français  ja  dans  jadis,  jamais, 
retrouve  à   Stavelot,  par  exemple,  dans  des  phrases 
x  n'iriz  fya,  i  n'  sâreût  fya,  où  il  n'est  pas  nécessaire  de 
voir  dans  //.•,  une  réduction  de  d'fya,  dètya. 


-  333  - 

Le  second  élément  est  plus  problématique.  Avant,  qui  s'offre 
tout  d'abord  à  la  pensée,  doit  être  rejeté,  par  deux  raisons.  Pour- 
quoi le  v  de  avant,  eu  admettant  même  que  la  phonétique  du 
wallon  connût  ce  changement,  se  serait-il  modifié  en  w  dans  le 
composé  t/awant'i  D'autre  part,  pour  marquer  l'antériorité  dans 
le  temps,  le  wallon  n'emploie  pas  avant,  mais  clivant  :  divant-z-ir 
(avant-hier),  a-d'uant-z-îr  (ard.,  même  si  g n.),  diuant  qwatre  eûres. 
Avant  signifie  «  profond,  profondément  ». 

Mais  il  existe  en  ancien  français  une  expression  adverbiale  oan, 
ouan,  provençal  ogan,  du  latin  hoc  an  no  =  cette  année,  qui  se 
prête  parfaitement  à  expliquer  t/àivnn  pour  la  forme  et  pour  le 
sens.  Le  simple  atvan  existe  encore  comme  mot  isolé  dans  la 
Wallonie  prussienne  (.1 .  Bastin,  0.  c,  p.  14):  mais,  quand  même 
il  ne  se  rencontrerait  plus,  on  serait  toujours  en  droit  de  décom- 
poser (fnwan  en  tja  -f-  oan.  Le  sens  primitif  de  «  déjà  cette 
année  »  se  sera  obscurci  peu  à  peu,  comme  il  est  arrivé  à  l'alle- 
mand morgen,  au  gaumais  èchwa,  littéralement  «  hier  soir  », 
réduit  au  sens  de  «  hier  »,  au  gaumais  ancu,  ardennais  ènè,  une. 
franc. anuit,  littéralement  hac  nocte,  réduit  au  sens  de  «  aujour- 
d'hui ».  Dans  le  même  ordre  d'idées,  signalons  aussi  l'expression 
diivanl  autan,  qui  a  Stavelot  et  à  Malmedy  signifie  «  l'année 
dernière  »  (l)ict  malin,  de  Villers)  et  à  Faymonville-Weismes 
«  il  3'  a  deux  ans  »  (d'après  M.  l'abbé  J.  Bastin),  de  même  que 
l'anc.  franc,  avant  nnlan,  naguère. 

fr.  estaminet  —  //.  stammenee  —  w.  staminé  —  w.  stamon. 
stamonîre,  staminée. 

L'origine  du  mot  français  estaminet  est  obscure.  On  y  distingue 
bien  une  racine  stam-;  mais  stam-  existe  à  la  fois  dans  les  langues 
classiques  et  dans  les  langues  germaniques  :  pour  lequel  se 
décider  (')?  D'autre  part,  estaminet  n'est  pas  très  ancien  dans  la 
langue  française  :  quels  sont  ses  antécédents?  On  le  voit,  il  faut 
invoquer  ici  d'autres  raisons  qu'une  vague  ressemblance  phoné- 
tique pour  résoudre  cette  question  d'origine  et  de  filiation. 


(')  Le  grec  nous  offre  TTx;j.t;  ou  <rcau.îv,  gén.  crcafjJÉvo;,  poutre  verticale 
formant  la  membrure  du  vaisseau  ;  tttjjxï,  fil  de  chaiue  (la  chaiue  était  ver- 
ticale), filameut,  étamine  ;  <tti};jicov,  la  chaîne.  —  Le  latin  a  slamen,  chaiue, 
fil,  tissu.  —  L'allemand  a  stamm,  tronc,  tige,  lut.  Tous  ces  mots  ont  la 
même  racine,  qu'on  retrouve  dans  laxTj;j.t,  stare,  sistere,stehen.  —  Le  français 
en  a  tiré,  notamment,  étaim,  estaim  ou  estame,  estamet,  estamette,  étamine, 
du  latin  stamen  ;  — estaminois,  étamoi.  étains.  étambot,  étambraie  de  la  racine 
germanique  stamm. 


—  :v\\ 

()n  se  doute  bien  que  les  savants  ont   hasardé  des  conjectures 
Sl  -    Voici   quel  esl   Total   de  la  question.  Diez  n'a  point 

,.,.,,, tré  le  mol   dans  ses  recherches,  mais  son  fidèle  éditeur  et 

son  émule  Scheler  a  recueilli  diverses  conjectures  dans  les  trois 
éditions  de  son  Dictionnaire  d'étymologie  française.  Voici  les  plus 
-.•ri. -use-,  qu'il  il  laisse  subsister  dans  la  dernière  édition  :  i"  celle 
de  Bescherelle,  <|ui  l'ait  venir  estaminet  «  du  flamand  stamenay, 
dérivé  de  stamm,  souche  ou  famille  »,  en  ajoutant  une  longue 
explication  fantaisiste;  2°  celle  de  Littré,  qui  en  fait  un  dérivé 
d'étamine  el  suppose  que  los  tables  étaient  couvertes  d'étamine; 
|  celle  que  nous  retrouvons  aussi  dans  Kôrting,  à  savoir  que  les 
estamentos  <>u  assemblées  des  Cortès  espagnoles  auraient  servi  à 
désigner  plaisamment  les  assemblées  de  buveurs  flamands.  — 
Grandgagnage  n'a  point  rencontré  le  mot  wallon  correspondant 
staminé,  ou  bien  il  l'a  négligé  volontairement,  le  jugeant  sans 
doute  identique  au  français  et  peu  intéressant.  —  Le  Dictionnaire 
•  ■encnil  <!.•  Hatzfeld  et  Darmesteter  affirme  en  sa  concision  obli- 
gatoire  que  le  mot  français  est  emprunté  du  wallon  staminet, 
d'origine  inconnue.  —  Enfin  M.  J.  Vercoullie,  professeur  à  l'Unir 
ver  si  té  de  <  iand,  dans  son  Dictionnaire  étymologique  de  la  langue 
néerlandaise  (2e  éd.,  1898)  considère  la  forme  néerlandaise,  qui 
est  aussi  estaminet,  comme  un  emprunt  au  français  parlé  en 
Belgique.  A  son  tour,  le  terme  belge  estaminet  proviendrait  d'un 
dérive  flamand  de  stam,  avec  la  même  signification  qu'-en  allemand 
stammgast,  stammtisch.  11  aurait  été  formé  sous  la  domination 
espagnole  par  l'influence  de  l'espagnol  estamfijcnto.  assemblée.  — 
\1 .  Vercoullie  est  revenu  sur  cette  question  dans  un  article  récent, 
para  dans  le  Supplément  de  la  Flandre  libérale  du  6  décembre 
1906.  11  ne  parle  plus  d'influence  espagnole.  Le  mot  français, 
<iui  devrait  être  estaminai,  lui  paraît  répondre  à  un  type  bas-latin, 
«le  suffixe  -etum,  et  dérivé  du  germanique  stamm.  L'auteur  semble 
vouloir  attribuer  1'//  de;  estaminet  à  l'état  ancien  de  la  racine, 
stuiitn;  du  moins  il  écrit  plusieurs  fois  estamfijnet.  Enfin  il  conjec- 
ture que  le  mot  bas-latin  a  vécu  dans  le  latin  des  étudiants  alle- 
mands et  aurait  été  importé  en  Belgique  flamande  par  des  troupes 
suisses  ou  alsaciennes. 

Au  moment  de  livrer  notre  article  à  l'impression,  nous  recevons 

un   troisième   état,   en   flamand,  de  l'article  estaminet  du   même 

•  Extrait  des  Bull,  de  l'Acad.  royale  de  Belgique,  classe  des 

;,  n°    6.    pp.  425-35.    C\\    p.  43a).  L'auteur  ajoute    à 

journal  :  i°  une  citation  curieuse  contenant  la  forme 


-  335  — 

française  estaminette  :  20  la  citation  de  Hécart  contenant  l'expres- 
sion être  de  staminet  :  3°  nu  post-script  uni  dans  lequel  il  rapporte  : 

a)  une  suggestion  venant  de  M.  II.  Pirenne  (estaminet,  rapproche 
de  est  ami  ne,  fil  de  chaîne,  serait  un  terme  de  l'industrie  drapière 
avec  li-  sens  originaire  de  scheringschool);  —  cette  étymologie 
sourit  tant  a  L'auteur  qu'il  la  déclare  meilleure  que  la  sienne, 
notamment  parce  qu'elle  explique  la  présence  de  /  entre  m  et  n  ;  — 

b)  un  renseignement  de  M.  Hoffmann,  à  savoir  que  l'expression 
correspondant  a  op  stammenee  gaan  signifie,  aux  environs  d'Ech- 
ternach  (Grand-Duché  de  Luxembourg),  aller  à  lu  veillée,  la 
veillée  désignant  une  reunion  d'hommes  «t  de  femmes,  chez  un 
particulier  et  non  dans  un  cabaret,  pour  causer  et  réveillonner. 

Tel  est  l'état  de  la  question.  Les  articles  de  M.  Vercoullie  nous 
ont  excité  à  pousser  les  recherches  du  côté  wallon.  11  nous  a 
semblé  qu'on  était  faiblement  documenté  sous  ce  rapport.  A  tort 
ou  à  raison,  ces  recherches  nous  ont  éloigné  des  conjectures  de 
nos  devanciers. 

Pour  nous  orienter  dans  cette  étude,  il  faudrait  d'abord  déter 
miner  l'aire  d'emploi  du  mot,  ensuite  dist  inguer  la  forme  original»; 
des    forme-,  empruntées  :    alors  seulemenl    on    pourra    songer   à 
rechercher  l'étymologie. 

Le  mot  est  connu,  sous  des  formes  variées,  dans  les  dialectes  de 
la  Belgique  wallonne  et  flamande,  l'ans  ceux  des  départements 
français  limitrophes  de  la  Belgique.  Sans  affirmer  qu'il  soit  popu- 
laire en  Hollande,  il  existe  dans  le  dictionnaire  néerlandais  de 
Kramers.  Au  midi,  il  s'est  introduit  dans  le  dictionnaire  de  l'Aca- 
démie française,  ce  qui  lui  assure  un  emploi  assez  général. 

Pour  ce  qui  concerne  les  dialectes,  il  faut  entrer  davantage  dans 
le  détail.  En  pays  de  langue  flamande,  nous  trouvons  les  formes 
estaminet,  stammenee,  (pie  donne  M.  Vercoullie;  stamenay,  que 
donne  Bescherelle,  on  ne  sait  sur  quelle  autorité;  staminée  dans 
un  vocabulaire  du  Hageland  (').  —  En  Hainaut  et  dans  la  région 
française  voisine,  le  mot  existe,  et  il  y  est  populaire,  car  nous  le 
trouvons  dans  les  journaux  et  des  chansons  en  patois  :  «.  d'  (lins 
V fond  du  staminet»,  dit  le  journal  le  Ropieur  de  Mons  (XII, 
n°  26,  p.  2,  col.  3);  Maubeuge  prononce  estaminet  (voyez  l's  èsta- 


(')  D.  Ci.aes,  Bijooegsel  aan  de  Bijdrage  tôt  een  Hagelandsehe  idioticon  van 
J.  F.  Tuerltnckx,  Gand,  1904.  —  Le  Hageland  est  la  région  du  Brabant 
belge  située  entre  Louvaïi),  Tirlemont,  Léau,  Diest  et  Aerschot. 


—  33G  — 

minets,  d's  estaminets  dans  G.  Dubut,  Maubeuge  en  chansons, 
pp.  24,  4»'.  87).  —  Dans  les  provinces  wallonnes  proprement 
dites,  le  mot  n'est  plus  d'un  usage  courant;  il  n'apparaît  guère 
mir  les  enseignes  des  cabarets;  cependant  il  n'est  pas  aussi  inconnu 
que  le  croit  M.  Vercoullie.  Les  vieillards  l'emploient,  mais  leurs 
tils,  dans  la  bourgeoisie,  prêtèrent  le  mot  café,  dans  le  peuple 
cabaret.  One  preuve  de  la  vogue  de  ce  mot  au  temps  jadis,  c'est 
(pi'il  existe  dans  presque  tous  les  dictionnaires  wallons  :  sous  la 
forme  staminet  dans  les  deux  éditions  de  Remacle,  ce  qui  est 
contraire  aux  citations  de  M.  Vercoullie,  mais  Rem.2  a  en  plus  un 
ait  ici.'  estaminai,  auquel  les  citations  de  M.  Vercoullie  se  rap- 
portent :  sitaminai  dans  Fouir,  avec  les  exemples  :  /  n'est  mày 
foû  <lc  staminai  et  Uni  staminai;  staminai  dans  Lobet  et  dans 
Ih  bert.  Mais,  comme  les  dictionnaires  peuvent  se  copier,  voici 
une  seconde  preuve  beaucoup  meilleure  :  nous  trouvons  le  mot 
dans  uw  noël  très  populaire  qui  doit  remonter  au  moins  au 
x\  111'   siècle  : 

Tint-on  cial  on  staminai, 

Qiïons  i  tenante  et  cju'ons  i  brait/ 

Nous  la  trouvons  encore  dans  une  pasquèye  de  1714  (Annuaire 
de  la  Soc.  lié»-,  de  Litt.  wall.,  III,  p.  104)  : 

Pinses-tu  qiïi  vonse  a  staminay 
Magnî  dèl  tripe,  ine  qwâte  di  bire  '.' 

(Penses-tu  qu'ils  aillent  au  cabaret  manger  du  boudin,  (boire) 
une  quarte  de  bière?) 

Je  trouve  même  staminea  beaucoup  plus  tôt,  en  i373,  dans  une 
liste  de  lieux-dits  de  la  commune  de  Petit-Hallet  (N.-O.  de  la 
prov.  d<-  Liège)  (').  La  finale  -ea  correspond  d'ordinaire  au  latin 
-ellum,  wallon  moderne  -ê,  et  devait  se  prononcer  êè  ou  êa,  comme 
les  voyelles  de  l'ancien  grec  affectées  de  l'accent  circonflexe,  en 
baissant  le  ton  sur  la  seconde  partie  de  la  voyelle;  mais,  quant 
au  sens,  on  n'oserait  affirmer  que  le  mot  signifie  déjà  cabaret. 

Au  sud  de  la  Semois,  le  mot  a  conservé  sa  vogue,  et  môme  on 
le  lit  fréquemment  sur  les  enseignes  des  cabaretiers. 

1  1rs  formes  concurrentes  en  présence.  Laquelle  est  née  la 
première  et  a  servi  de  type  aux  autres?  L'histoire  nous  montre 


')   Ki  1:111,  Frontière  linguistique,  t.  I.  p.  1S9. 


—  337  — 

que  le  français  estaminet  est  d'introduction  récente.  On  ne  le  ren- 
contre sous  aucune  forme  dans  les  vastes  répertoires  de  DuCange, 

de  Lacurne  h  de  Godefroy.  Il  y  a  bien  dans  une  addition  des 
Bénédictins  au  Glossaire  de  Du  Cange  un  estaminet  a,  diminutif 
évident  de  estamina,  étamine,  ayant  d'ailleurs  le  même  sens  d'éta- 
mine,  et  qui  doit  être  une  latinisation  de  étaminette  comparez 
satin,  satinette  et  moire,  moirette).  Estaminet  pourrait  être  une 
tonne  masculine  de  ce  mot,  désignant  :  i°  la  table  de  cabaret 
tendue  d 'étamine;  2°  la  salle  même,  par  une  métaphore  identique 
a  celle  de  bureau.  Telle  est,  rendue  aussi  vraisemblable  que  pos- 
sible, l'opinion  de  Littré.  Mais  cette  opinion,  comme  toutes  celles 
qui  rapprochent  estaminet  d"  étamine,  se  heurte  à  des  difficultés  : 
i°  estaminet  ne  pouvant  être  formé  «le  étamine,  mais  de  estamine, 
doit  de  ce  chef  remonter  au  moins  au  xi î*  siècle.  Or  les  lexiques 
ne  citent  aucun  texte  antérieur  au  \\  m  siècle;  —  2°  si  le  mot  est 
contemporain  de  estamine,  on  ne  voit  pas  pourquoi  il  n'aurait  pas 
évolué  de  conserve,  lue  forme  en  est-,  mi  savante  et  exception- 
nelle comme  celles  de  esprit,  estampe,  ne  serait  guère  vraisein 
blable  quand  il  s'agit  d'une  chose  populaire  comme  le  cabaret,  et, 
d'autre  part,  le  primitif  étamine  subsistait  toujours  pour  lui 
imprimer  une  similitude  de  forme.  Dira-ton  que  c'est  une  illusion 
de  croire  ce  terme  si  populaire,  qu'il  est  plutôt  bourgeois,  formé 
par  des  étudiants  ou  des  basochiens  pour  qui  le  latin  n'était  pas 
langue  morte  et  qui  pouvaient  se  plaire  a  créer  un  mot  estaminet 
d'après  un  type  latin  stamina  ou  stamineta,  par  un  archaïsme 
semblable  à  celui  qui,  de  nos  jours,  a  donné  naissance  au  mot 
estudiantinl  Cette  explication  ingénieuse  viendrait  toujours  se 
heurter  au  silence  des  textes;  —  3°  on  n'a  point  prouvé,  ce  qui 
devait  être  le  point  de  départ,  que  les  tables  de  cabaret  aient  été 
tendues  d'étamine.  Le  luxe  a  imagine  des  tables  recouvertes  de 
toile  cirée  facile  à  essuyer,  des  tables  de  marbre;  l'étamine  est 
bien  ce  qui  convenait  le  moins  dans  un  lieu  de  beuverie  sous  les 
verres  et  les  brocs. 

En  réalite,  donc,  c'est  dans  un  texte  du  xvn"  siècle  que  Del- 
boulle  l'a  trouvé  mentionné  pour  la  première  fois  (').  llécart  le 
cite  dans  un  texte  de  1702  (").  Le  dictionnaire  de  Trévoux  l'inscrit 


(')   HATZFELD-DARMESTETER,  Dict.  ffén.,  v°  estaminet. 

(2)  «  ...  se  plaint  que  le  jour  d'hier  vers  les  six  heures  et  demie  de  relevée, 
étant  de  staminet  chez  le  nommé  Ghislain,  cabaretier  demeurant  sur  le 
marché  au  poisson...  ». 

Citons  ici,  d'après  le  dernier  article  de  M.  Vercoullie,  la  forme  curieuse 

22 


—  338  — 

,mi  insinuanl  une  origine  flamande.  Le  mot  fait  son 
entrée  dans  la  j  édition  du  dictionnaire  de  l'Académie  en  1762, 
ri  ,,n  lui  assigne  aussi  une  origine  flamande.  On  avait  donc  la 
sensation  que  le  mol  venait  du  Nord,  et  on  assignait  sans  doute 
aU8si  la  même  origine  à  la  mode  des  estaminets  ou  tabagies  qui 
était  implantée  a  Taris  des  cette  époque. 

Mais  quelle  région  du  Nord  a  créé  le  mot?  En  picard  comme  en 
français,  il  est  ■-ans  famille  et  sans  histoire.  S'il  avait  existé  depuis 
des  siècles  en  pays  picard,  on  l'aurait  retrouvé  dans  les  chartes, 
d'où  il  auiait  passe  dans  les  recueils  des  lexicologues.  Enfin,  en 
Picardie  aussi,  le  st-  initial  se  serait  transformé  en  et-  en  menu; 
temps  <pie  dans  une  foule  d'autres  mots.  Doue,  là  aussi,  sa  forme 
insolite,  son  isolement,  le  silence  des  textes  le  dénoncent  comme 
récent  ci  introduit. 

Faut-il  donner  la  priorité  au  néerlandais,  qui  insère  dans  ses 
dictionnaires  un  mot  estaminet  (Krame rs,  Vercoullie)?  Mais  la 
pi'ésence  de  e  initial  devant  si,  phénomène  tout  roman,  et  la 
finale  -et  suffisent  pour  dénoncer  l'emprunt.  Quant  au  flamand, 
on  chercherait  en  vain  à  donner  une  origine  indigène  à  ses  mots 
en  ee.  Stamenee  ou  staminée  sont  empruntés,  comme  eadee  = 
cadet,  pree  —  prêt  (argent  de  poche  qu'on  donne  à  un  enfant)  ('), 
coin  me  bjee  biais, rabbee  =  rabais,  portemonee  =  portemonnaie, 
zjuzj  (U-  !><•<■  juge  de  paix  (2).  Ces  mots  ont  l'accent  sur  -ee;  ils 
sont  visiblement  fabriqués  de  façon  à  imiter  les  finales  romanes 
en  ê  (-ais,  -ai,  -ait,  et),  quelquefois  en  -et  bref,  comme  le  prouve  le 
mot  cadee  cite  plus  haut  (3). 

Ainsi,  par  élimination,  c'est  au  wallon  que  revient  la  priorité, 
c'est  a  la  forme  steminê.  Nous  aurons  à  voir  si  l'observation  directe 
favorise  cette  conclusion.  Mais,  en  attendant,  le  fait  que  c'est  le 
flamand  qui  a  emprunté  le  mot  aux  provinces  du  Sud  suffit  pour 
ruiner  celle  idée;  (pie    les  gouvernants  espagnols   seraient    pour 


\minette,  tirée  des  Mémoires  du  graveur  J.-G.  Wille,  mort  eu  i>4°  : 
Les  artistes  --e  rassemblaient  ordinairement  au  Panier  fleuri,  vue  de  la 
uchette,  chez  un  marchand  «le  vin  célèbre,  pour  y  souper  dans  une  chambre 

qui    leur  nuit   < stammenl   réservée    et    qu'on   nommait    l'estaminette   >'. 

1:  an  ki  in  .  Diil.  Iiisl.  îles  mis,  métiers  et  professions,  1  <)<>(>,  v°  estaminets). 
tirer  arguinenl   «le  cette  forme  féminine  dans  divers  sens  ;    nous 
seulement  i<i  en  noter  la  date. 

dans  ieHageland;  cf.  Ci,.\i:s.  ouvr.  cité. 
iar  M    \  ercoullie. 

1    pourtant   qu'apparente  :    cudee  a   dû    être   emprunté 
;   wallonnes  de    l'Ouest,    •  j  11  i   allongent    la   finale   -et  des   mois 


-  339  - 

quelque  chose  dans  la  création  <lu  mot  (M.  L'action  espagnole  en 
Belgique  s'est  exercée,  dans  le  langage  comme  dans  l'architecture, 
sur  lu  population  flamande  (-),  on  citerait  difficilement  un  mot 
wallon  qui  nous  vienne  directement  de  leur  influence  (:i).  C'esl 
que  la  Principauté  de  Liège,  qui  s'étendait  tout  le  long  de  la 
.Meuse,  leur  échappait. 

Si  c'est  le  wallon  staminé  qui  a  rayonne,  déjà  il  y  a  présomption 
que  la  racine  est  le  stamm  germanique.  .Mais  quel  est  le  rapport 
logique  entre  slamin,  tronc,  et  staminé,  cabaret?  Que  signifie  le 
suffixe  -et  D'où  provient  -in-  de  staminé! 

M.  Vercoullie  pose  comme  forme  germanique  non  starn  on 
stamm,  mais  stamn.  <>n  peut  lui  objecter  que  c'est  partir  d'une 
forme  trop  ancienne  et  qu'il  y  a  en  wallon  des  mots  issus  de  la 
même  racine,  plus  anciens  assurément  (pie  celui-ci,  comme  dési- 
gnant des  choses  plus  nécessaires  et  plus  anciennes,  qui  n'ont  pas 
trace  de  n.  Staminé  n'est  donc  pas  un  stam  né  avec  voyelle  inter- 
calaire; c'est  stamin-  qu'il  faut  expliquer. 

Le  premier  de  ces  mots  plus  anciens  est  stamon,  que  ne  donnent 
point  les  dictionnaires  wallons,  mais  (pie  nous  avons  relevé  à 
Trois-Ponts  ('),  à  Solwaster  | "■),  à  Faymonville  (6),  c'est-a  dire  à  la 
frontière  linguistique.  Stamon  désigne  le  montant  en  bois  qui  se 
dresse  à  côté  de  l'auge.  Chaque  crèche  ou  auge  est  donc  entre 
deux  poteaux  ;  une  vache  est  séparée  de  sa  voisine  par  le  sta- 
mon  (:).    La   finale   -on   n'est  pas   un   suffixe  :   c'est  la   finale  de 


(')  Vov.  Scheler,  Kôrïing,  Vercoi  [..lie.  Koktim.  suggère  à  L'article  s  tu  men- 
tit m  de  son  dict.  du  latin  vulgaire  que  «  le  mot  français  estaminet  usité  eu 
Belgique  pourrait  bien  venir  de  là  ».  Ce  stamentum,  qui  vient  de  stare,  a 
donne  à  L'espagnol  estamentos,  les  Etats,  assemblée  des  chambres  réunies. 
et  le  doublet  estamiento,  état  de  quelque  chose.  Les  Espagnols  en  Belgique 
auraient  comparé  les  assemblées  de  buveurs  et  fumeurs  à  leur  assemblée 
des  Etats.  C'est  trop  spirituel  pour  ne  pas  induire  en  défiance.  De  plus  ou 
ne  nous  explique  point  comment  estamento  produit  staminée  ou  estaminet. 
C'est  estament  ou,  comme  diminutif,  estamentet  qu'on  devrait  avoir. 

Voir  dans  le  Soir  du  10  septembre  1911,  un  curieux  article  de  M.  II. 
van  VRECKOM,  intitulé  :  Le  Marollien,  souvenirs  et  mots  lègues  pur  les 
Espagnols. 

(3)  Pas  même  le  mot  toûbac  ,  Âdios'  semble  bien  espagnol,  mais  il  serait  ha- 
sardeux d'imaginer  dans  quelles  circonstances  cette  locution  fut  empruntée. 

(*)  Au  confluent  de  l'Amblève  et  de  la  Salm.  (■"')  Au  X.-E.  de  Spa.  (H)  A 
l'E.  de  Malmedy. 

(T)  Ces  renseignements  ont  été  confirmés  depuis  par  l'excellent  Vocabulaire 
de  Faymonville  de  l'abbé  Joseph  Bastin.  Cf.  p.  3G  :  lès  oatches  sœ  galet  conte 
lès  statuons  dol  contêne  [Les  vaches  se  frottent  contre  les  piliers  de  l'auge 
(cantine)]  ;  p.  Ho  :  «  stamon,  montant  'de  bois  qui  sépare  deux  vaches  à 
l'étable;  espace  compris  entre  deux  statuons;  dans  ce  dernier  sens  on  dit 
aussi  stamounîre  ». 


—  34o  - 

l'accusatif  germanique  à  la  déclinaison  faible  comme  dans  bacon, 
k'fenon  (gonfanon),  fyiron,  héron,  sporon ,  wazon. 

I..,  crèche  elle-même,  un  bac-mangeoire  assez  bus  pour  les 
vaches,  porte  un  nom  dérive  de  stamon,  dont  voici  les  formes 
dialecta  i 

stamoilnîre  à  Faymonville  (Prusse  wallonne). 
stamonire  dans  Body,   Yoc.  des  agric.  {Bull.  20,    i85);    dans  le 

dict.  ms.  de  Baillei  \. 
stâminire,  recueilli  à  Jupille;  a  amené  par  contamination  de  sta, 

é  table. 
stâminire,  Gggg.,  II,  3g3. 
staminî,  recueilli  à  Grand- Rechai n;  id.  à  Verviers  (Lobet,;  id. 

dans  Gggg.  ;  mais  s(i)tâminî  dans  Forir,  sous  l'influence  de 

stâ,  étable.  Les  auteurs  ne  disent  pas  si  le  mot  est  masc.  ou 

t<  ni.  En  vervieiois  il  est  fém.,  -î  étant    une  réduction  de  -ire, 

comme  dans  fowî,  brouwt. 
staminéye  à   Cherain,   à  Lavacherie-sur-Ourthe,   à   Neufchâteau 

(  Dasnoi  i,  à  Trois-Ponts. 
staminée,  fém.  avec  amuïssemënt  de  e  final,  à  Solwaster,  Francor- 

champs,  cl  dans  Body,  Yoe.  des  charrons  (Bull.  8,  125). 
staminéye,  à   Villettes-Bra,  et  ailleurs  en  Ardenne  dans  le  nord 

du    Luxembourg,    si  j'en   crois    ces    deux   vers    d'une    vieille 

chanson  entendue  dans  mon  enfance  : 

8}'a  dci'is  vatches  ('  in  sitaminèye, 

ci  sèrè  /«>  fé  </rs  livrèyes  (des  habits,  des  livrées). 

Staminée  est  formé  avec  le  suffixe  -ata;  il  signifie  d'abord 
l'auge  a\  ec  ses  poteaux,  puis  toute  la  charpente,  enfin,  comme  dans 
les  deux  vers  cités,  l'étable  des  vacbes.  Stamonire  est  formé  avec 
c  sut  fixe  wallon  -ire,  i'r.  -ière,  signifiant  :  ce  <jui  est  adapté  à,  ce 
qui  est  corrélatif  de.  comme  menton  :  mentonnière,  bouton  :  bou- 
tonnière, etc 

On  ne  scia  pas  étonne  du  changement  de  o  en  i  à  l'atone  dans 

stâminire,  staminée,  ni  par  conséquent  dans  staminé. Les  exemples 

s    ne   manquent   pas.  Citons  mohon  :  mohinète,  bordon  : 

dîner,    //'  ac'done  :    ac'diner,   forgon   :  forguiner,  mangon  : 

se.  D'ordinaire  cependant,  Vo  s'affaiblit  en  e  et  cet  e 

b  plus  syllabe  :    abandon  :  abandener,  bwèsson  :  abwès- 

boton  :  abotener,  botenîre,  etc.   Des  formes  comme  malonî, 

sont  récentes  :  elles  sont  refaites  sur  des  formes  fran- 

»H  sur  les  mots  simples  wallons. 


—  34i  - 

Nous  proposons  donc  staminé  comme  un  dérivé  de  stanwn, 
eomme  un  mol  de  l 'Est-wallon  issu  d'une  racine  germanique.  Il 
reste  a  contrôler  cette  hypothèse  :  le  suffixe  s'explique-t-il  ? 
l'objet  s'accorde-t-il  avec  pareille  origine?  le  rayonnement  du  mol 
vers  les  autres  régions  ne  se  lieurte-t-il  pas  à  des  impossibilités? 

Si  on  recherche  d'abord  le  sens  du  suffixe  -ê,  il  faut  choisir 
•  'litre  -ellum  et  -et  uni.  Le  premier  est  un  diminutif  qui  ferait 
de  staminé  un  petil  pilier,  puis  un  pilier,  par  la  perte  du  sens  dimi- 
nutif, puis  au  besoin  une  salle  soutenue  par  un  pilier.  Le  second 
est  un  collectif  qui  nous  donnerait  le  sens  de  colonnade,  salle  à 
colonnes.  Au  point  de  vue  phonétique,  il  y  a  présomption  en  fa\  eur 
de  -ellum.  Ce  suffixe  devient  bonjours  -ê  en  wallon  de  l'Est; 
-etum  y  donne  ordinairement  -ce  au  Nord,  -ce,  è (souvent  écrit  -et) 
au  Sud.  La  toponymie  milite  aussi  en  faveur  de  -el  lu  m ,  s'il  faut 
avoir  égard  a  la  forme  staminea  de  l'an  i373  notée  plus  haut.  Si 
on  se  place  au  poinl  de  vue  de  la  transmission  du  mot  d'une 
région  à  Tant  re,  pour  répondre  à  une  forme  en  -ellu  m  le  namurois 
devrait  avoir  st  ami  nia,  le  rouehi  stamineau.  Or  ils  ont  la  forme  de 
l'Ouest.  Tour  résoudre  cette  difficulté,  il  faut  admettre  que  le 
mot  a  passé  sans  changement  de  l'Est-wallon  à  l'Ouest,  parce  que, 
dans  l'Ouest, s/aminé  étant  isolé  de  sa  famille,  c  n'y  était  pas  senti 
comme  un  suffixe.  Le  rouehi,  lui,  a  pu  transcrire  le  mot  avec  une 
finale  -et,  parée  que,  ayant  l'habitude  bien  connue  de  prononcer  -ê 
ee  que  le  français  écrit  -et,  il  a  réciproquement  écrii  -et  ce  qu'il 
entendait  prononcer  -ê.  Enfin  cette  graphie  du  rouehi  explique 
bien  que  le  français  n'ait  pas  estaminai  :  il  a  emprunté  la  trans- 
cription au  rouehi  ou  au  picard  et  il  prononce  -et  bref  par  analogie. 
Aucune  difficulté  par  rapport  au  flamand,  que  le  mot  lui  vienne 
du  Ilainaut  ou  du  Brabant  wallon  onde  la  province  de  Liège. 

11  nous  faudrait  maintenant  le  secours  de  l'archéologie,  per- 
mettant de  confronter  le  mot  avec  l'objet.  Mais  les  archéologues 
ci  les  folkloristes  ont  négligé  de  nous  renseigner  sur  la  forme  des 
vieilles  salles  enfumées  des  cabarets.  Peut-être  pourrait-on  se 
documenter  dans  les  anciens  tableaux  de  genre,  mais  les  Brauwer 
et  les  Teniers  n'ont  guère  fleuri  dans  la  région  wallonne,  où 
précisément  il  faudrait  voir  la  forme  de  l'ancien  staminé.  Faute 
de  ce  secours,  nous  hasarderons  une  observation  sur  le  point 
capital.  On  dit  de  celui  qui  fréquente  trop  ou  trop  longtemps  le 
cabaret  qu'il  est  un  pilier  d'estaminet.  Pourquoi  cette  dénomina- 
tion si  l'estaminet  n'avait  pas  de  piliers?  Cette  expression  serait- 
elle   formée  par  analogie  sur  une  autre?  Remarquez  cependant 


—  342  — 

n  ,|lt  de  quelqu'un  qu'il  est  un  pilier  d'église,  un  piïier 
l'antichambre,  c'esl  bien  parce  que  l'église,  parce  que  l'anti- 
chambre on1  des  piliers.  11  y  a  comparaison,  certes,  mais  non 
comparaison  avec  quelque  chose  d'inexistant.  On  ne  s'avise  pas 
de  dire  un  pilier  de  salon  ni  un  pilier  de  cuisine.  Nous  croyons 
donc  que  l'expression  c'est  un  pilier  d'estaminet  correspondait  à 
quelque  chose  de  réel,  signifiail  primitivement  :  il  ne  bouge  de 
ami  net  pas  plus  nu' un  de  ses  piliers,  il  est  un  des  supports  ou 
des  soutiens  de  Vestaminet.  Nous  présumons  donc  que  le  staminé 
étail  une  s;illr  à  un  ou  plusieurs  stamons,  peut-être  en  bois  à 
l'origine  comme  dans  l'étable.  Cette  pièce  n'était  pas  la  première 
salle,  où  se  trouve  le  comptoir,  encombrée  de  rouliers  et  de 
p  ts8ants  qui  boivenl  debout.  Elle  est  une  annexe,  un  agrandisse- 

ni  du  débil  primitif  ajouté  plus  tard  à  la  maison  en  faveur  d'une 

clientèle  spéciale.  Si  on  consulte  les  dictionnaires,  l'estaminet  est, 
dans  un  cabaret,  une  salle  particulière  réservée  aux  fumeurs. 
«  > 1 1   appuie  avant    tout    sur    l'idée   de   tabagie,    et    l'encyclopédie 

Laroussi itienl   même  un  article  historique  intéressant  sur  les 

premiers  estaminets  parisiens,  qui  montre  bien  qu'il  s'agit  de 
salle  réservée  aux  fumeurs.  Ce  sens  ne  doit  pas  être  primitif.  Nos 
cabarets  de  villages  n'avaient  pas  de  consommateurs  si  vite  gênés 
de  la  fumée,  ni  des  salles  en  si  grand  nombre.  Il  faut  plutôt  s'atta- 
cher à  l'idée  de  salle  réservée,  salle  d'habitués  ou  de  sociétés  : 
ons  /  tchante  et  ons  î  brait.  11  n'était  certes  pas  défendu  de  fumer 
dans  la  pièce  commune,  mais  les  clients  n'y  étaient  pas  à  l'aise 
pour  siroter  leur  verre,  fumer,  jouer  aux  cartes,  chanter,  causer, 
tenir  leur  séance  de  société  artistique  ou  littéraire,  passer  la 
soirée  bruyammenl  dans  l'intimité. 

w.  furloricos,  floricosse. 

•'■  ,  extr.  de  Villeks,  p.  53,  inscrit  sans  autre  explication  : 

furloricos  :  bon  compagnon,  homme  sans  souci  ».  Le  vrai   sens 

être  :      homme  qui  dépense  a  fonds  perdus  ».  En  effet  ce  mot 

itique  à  un  terme  assez  fréquenl   eh  toponymie  wallonne  : 

Malmedy,    à    A.ndrimon1    lez-Verviers,     floricots   à 

iïuy,  etc.  Or  ce  mot   correspond  à  Verlorenkost  du 

.qu'on  trouve  à  Adinkerke,  Iloogstraten,  Liedekerke, 

Chourouf  :  a  Verlorenkost  «  maisons  éparses 

ine  haut. -m-  dominée  par  un  des  forts  extérieurs 

■'■    la   Fontaine,  Essai  et ym.  sur  les  noms 

'u..  dans  !>ubl.  de  l'Inst.  roy.  grand-duc.  de 


-  343  — 

Lux.,  t.  XIV,  p.  57).  11  signifie  «  terrain  ingrat,  où  l'on   perd  ses 
peines 

Il  y  a  égalemenl  des  verlorenbrood  pain  perdu  =  peine  perdue), 
des  uerlorenhoek,  verlorenhof  en  pays  flamand  :  des  floriheid, 
florival,  florivaux  en  pays  wallon;  mais,  si  l'on  peut  a  la  rigueur 
accepter  pour  fLoriheid  l'étymologie  de  verlorenheid  parce  (pie 
le  second  composanl  esl  germanique,  il  ne  peut  en  être  de  même 
pour  florival  qui  doit  signifier  val  fleuri.  J'interprète  verloren 
(perdu)  par  sans  valeur  »,  non  par  «  écarté  ■  comme  dans  le 
français      coin  perdu  ». 

/'/■.  grimaud. 

Le  Dict.  gén.  n'ose  se  prononcer  sur  l'origine  de  grimaud. 
[1  suggère  toutefois  qu'il  est  peut-être  dérivé  du  radical  de  gri- 
moire. Mais  grimoire  n'est  qu'une  variante  dialectale  de  gram- 
maire, et,  vraiment,  il  faut  être  complaisant  pour  accepter  qu'il 
existe  une  analogie  de  sens  entre  grimaud  et  grammaire. 

Le  mot  grimaud  n'est  pas  isole;  il  a  des  dérives,  grimaudage, 
grimauderie ;  il  a  des  collatéraux  :  grime,  grimelin,  grimeliner, 
peut-être  grimace.  Examinons  ces  mots  de  plus  prés. 

Grimaud  est  défini  par  Gattel  :  -  écolier  des  basses  classes  », 
parle  Dict.  gén.  :  «  écolier  qui  en  est  aux  «déments  ».  Peut-être 
le  désir  de  voir  grimoire  dans  grimaud  a-t-il  conduit  à  cette  idée 
d'éléments.  Mais  grime  esl  défini  aussi  «  petit  écolier  »  dans 
Gattel,  «  méchant  écolier  -dans  le  Dict.  gén.  Il  y  a  donc  une 
parente  évidente  entre  ces  deux  mots,  parenté  (pie  le  Dict .  gén. 
résout  en  disant,  contre  toute  vraisemblance,  que  grime  est  tiré 
de  grimaud.  On  trouve  ensuite  grimelin.  petit  garçon  (Gattel), 
petit  écolier  (Dict.  gén.).  Voilà  donc  trois  mots  évidemment 
parents,  qui  tous  trois  désignent  le  gavroche  du  moyen  âge. 
Est-ce  en  tant  qu'écolier?  en  tant  qu'ignorant  et  rebelle  aux  élé- 
ments? C'est  à  examiner. 

Il  ne  s'agit  certainement  pas  d'écolier  dans  le  passage  suivant, 
qui  est  du  dialecte  lorrain  : 

D'on  p  tiot  grima u   que  tient  venin   su   1ère. 

IJACLOT),   Les  passe-temps  lorrains,  1834,   1».   22), 

je  le  traduirais  en  wallon  par  :  (l'on  p'tit  gnêgnê..  .  Mais  grime  a 
aussi  le  sens  de  «  vieillard  comique  ».  L'idée  d'enfant  n'est  donc 
pas  plus  inhérente  a  ces  mots  que  celle  d'écolier. 

Cette  critique  nous  dégage  les  mains.   D'abord  elle  nous  permet 


-  344  — 

.  sans  désir  préconçu  de  justifier  un  sens  particulier, 

imaud  e\  grimelin  comme  des  dérivés  de  grime.  Ensuite  elle 
excite  à  rechercher  le  sens. 

[/adjectif  qu'on    rencontre  le  plus   souvent    accolé   à  ces   mots 

..  La  première  classe  des  petits  grimaulx»  dit  Rabelais, 

il    . .  ..  allez,  petit  griinaud,  barbouilleur  de  papier  !»  dit  Molière, 

Femmes  savantes,    III,    3;    «   petits   grimelins  »  dit    Tabourot; 

moindres  grimauds  »  «lit  Boileau,  sat.  4-  Or  ()"  sait  (llie  les 
termes  dont  la  signification  s'oblitère  se  chargent  facilement  de  la 
signification  des  mots  qui  le  déterminent  d'ordinaire.  Voilà  d'où 
\  ient  l'idée  de  petit,  laquelle  est  à  retrancher  du  mot. 

-t  dans  le  germanique  grim-,  base  du  mot  grimace,  qu'il 
faut  aller  chercher  le  sens  réel.  Lui  seul  résout  toutes  les  diffi- 
cultés. Grime  désignera  la  figure  mobile  ou  ravinée,  soit  de  l'en- 
fant, -oit  du  vieillard,  soit  de  tout  autre;  grimace  sera  le  nom 
de  ces  singeries;  grimaud  et  grimelin  désigneront  le  petit  être 
grimaçant,  écolier  ou  non,  mais  on  comprend  que  ce  soit  à  l'école, 
.m  le  maître  d'autrefois  exigeait  un  silence  d'autant  plus  absolu 
que  ses  oracles  interessaient  moins,  que  les  contorsions  des  enfants 
détonnaient,  étaient  sévèrement  réprimées  et  le  gamin  sévèrement 
qualifié.  Tons  les  textes  précédents  s'expliquent  aussi  bien  par 
ce  sens  et  la  filiation  devient  plus  claire. 

.l 'écarte  pour  grimaud,  qu'on  ne  peut  isoler  des  autres  termes, 

l'idée   de    I msidérer  comme  issu  du  nom  propre  germanique 

Grimaud  Grimoald,  écrit  dans  Philippe  Mouskès  Grimaus 
(au  vers  t  [90),  Grimot  (v.  it>5()),  Grimols  (v.  1696),  vers  où  il  s'agit 
du  fameux  maire  du  palais  de  Sigebert  II.  L'adjectif  possède  bien 
leux  mêmes  éléments  que  le  nom  propre  :  il  lui  est  identique, 
mais  il  n'en  provient  pas. 

w.  groubié,  roubié  ;  groubiote,  groubieûs. 

H  existe  ;i    Laroche  (Lux.)  un  adjectif  "rouble,  auquel  corres- 
pond  an    -ml   de   l'Amblève,  a    Chevron,  roubyi,  à  Villettes-Bra, 
'  ri  boù  est  lot  roubié  d'mohes,  le  bœuf  est  tout  couvert  de 
•he-.;   i-gn-a  des  crompîres  tôt  groubié  l'terrain,  il  y  a    des 
pommes  de  terres  tout   plein  le  terrain;  H  têre  est  co  tote  groïi- 
i  nioaye,   la  terre  est    encore  toute   chamarrée   de  neige. 
luctions   "«■  rendent    pas  bien  l'idée,  difficile  à  traduire. 
'm  ardennais,  cherchant  des  fraises,  s'écrie  :  i  'nnè 
bié,  il  entend  par  la  (pie  le  sol,  par  places,  en  est  tout 
fraisiers  se  présentent  en  agglomérats  un  peu 


-  345  — 

partout.  On  ne  trouve  rien  en  roman  qui  paraisse  de  même  origine, 
rien  même  qui  traduise  cette  image  :  couvert  et  plein  sont  des 
pis-aller;  grouillant  marque  un  mouvement;  varié,  bigarré, 
la  couleur;  chamarré,  marbré,  des  traînées  et  des  vides.  Nous 
avons  donc  cherché  du  côté  germanique.  Il  faut  découvrir  un  mot 
qui  remplisse  deux  conditions  :  i°  il  doit  satisfaire  l'esprit  pour 
le  sens;  2°  il  doit  avoir  une  racine  simple  en  r-  et  une  forme  en 
gr-,  ce  qui  est  possible  si  g--  représente  le  préfixe  ge-.  Or  le  grand 
Idiotieon  suisse,  II,  691,  nous  fournit  grubig  =  «  narbig»,  c'est- 
à-dire  grenu,  chagriné,  dont  la  surface  présente  des  aspérités. 
Ce  mot  doit  être  un  dérivé  du  nlia.  grob,  rude,  raboteux,  non  poli 
au  toucher.  <>r  grob  est  en  aha.  et  en  nilia.  gerop.  Le  dialecte 
d'Eupen  possède  encore  le  snbst.  rubbele  «  Erhôhung  auf  IIolz  », 
et  les  adj.  rubbeleg,  rubbelteg  traduits  par  «  uneben,  rauhe 
Flâche  ".  En  Westphalie,  on  trouve  rubbel  aspérité,  et  rnbbelig. 
Rien  donc  ne  parait  s'opposer  a  ce  que  groilbié  soit  un  dérive 
roman  de  grob. 

11  faut  y  rattacher  l'adj.  groubieùs,  qui  est  dans  Vil lers (Mal- 
medy),  et  groubiote  qui  signifie  à  la  fois  excroissances,  aspérités, 
grumeaux  de  farine  (sur  un  Fond  de  pâte  claire,  sur  un  délayage), 
durcies  du  sein. 

/>•.   grouiller,   rouiller. 

Le  phénomène  qui  vient  de  nous  offrir  l'ensemble  des  variantes 

groabié,  roubié  se  retrouvera  plusieurs  fois  en  roman.  Il  peut 
servir,  croyons-nous,  à  expliquer  le  franc,  grouiller,  dont  on  n'a 
pas  encore  d'étymologie  satisfaisante.  Le  Dict.  géu.,  répondant  à 
une  vieille  opinion  qu'on  trouve,  par  ex.,  dans  Genin,  Lex.  de  la 
langue  de  Molière,  déclare  ce  mot  différent  de  crouler  et  le  rap- 
proche du  provençal  groua.  Scheler,  à  la  suite  de  Diez,  p.  6o5, 
invoque  l'aha.  grubilon,  creuser,  fouir,  ce  qui  n'est  guère  satisfai- 
sant au  point  de  vue  sémantique.  Sans  prétendre  énoncer  le  der- 
nier mot  sur  la  question. nous  ferons  remarquer  que  Sigart,  p.  319, 
nous  donne  le  verbe  rouchi  rouiller,  rouyer  «  remuer,  frétiller  », 
et  le  participe-adjectif  rouillant,  rouyant  «  remuant,  frétillant, 
indocile  ».  De  même  Vermesse,  p.  4^0.  a  le  participe  roullant 
«  remuant  »  ( Valenciennes).  Le  Dict.  géu.  lui-même  a  un  verbe 
rouiller  1.  ex.  comme  il  rouille  les  yeux  !  Dès  lors,  au  lien  de  rap- 
procher grouiller  de  crouler,  il  faut  le  rapprocher  de  rouiller  1. 
On  peut  admettre  que  grouiller  =  co-rouiller  (co  +  *rotelliare). 


—  346  — 

Poul.  co  réduil  à  c,  cf.  cracher,  w.  rètchi  (')•  Pour  c  devenant  g, 
,.L  reine-Claude,  grotte,  grotesque,  graisse,  grappe,  gratter,  gri- 
blette,  gril,  grincer,  groseille,  glaire,  glas,  glisser  (?),  glui.  Dans 
le  même  ordre  d'idées,  voyez  encore  en  rouchi  (Sigart,  p.  319) 
royer  gronder,  gargouiller,  que  je  rapproche  de  grouyer,  même 
significal  i<>n. 


w. 


harkê,  gaumais  harke,  harcot;  w.  coûbe. 


Hàrkê  esl  un  mol  qui  a  toujours  intrigué  les  Wallons.  Ils  n'en 
savent  pas  l'origine  e1  ils  sont  embarrassés  pour  le  traduire  en 
français.  Ils  liésitenl  entre  palanche,  joug  à  porteur,  porte-seaux, 
courge,  cerceau,  gorge  (-),  etc.,  faute  de  connaître  la  valeur 
exacte  de  ces  mots  français.  11  faudra  doue  commencer  par  des 
définitions. 

L'instrument  appelé  en  liégeois-verviétois  hàrkê,  en  ardennais 
hàrkê,  esl  une  pire-  en  bois,  élargie  et  évidée  an  centre  de  façon 
.1  s'emboîter  autour  de  la  nuque,  reposant  de  part  et  d'autre  sur 
les  épaules  el  les  dépassant  un  peu  en  longueur.  Aux  extrémités 
sont  attachées  des  cordes  ou  des  chaînettes  terminées  à  hauteur 
des  genoux  «lu  porteur  par  un  crochet.  On  suspendu  ces  crochets, 
à  droite  el  à  gauche,  les  fardeaux  à  porter,  deux  fardeaux  bien 
équilibrés,  ordinairement  deux  seaux  ou  deux  paniers.  Le  meilleur 
hârkê  esl  celui  qui  s'adapte  le  mieux  aux  épaules  sans  les  blesser, 
comme  une  bonne  selle  doit  s'adapter  parfaitement  au  corps  du 
'•hc val.  Il  n'a  pas  seulement  la  qualité  de  diviser  la  charge  et  d'en 
faire  supporter  le  poids  au  centre  du  corps;  il  tient  encore  à 
distance  des  hanches  el  des  cuisses  les  fardeaux  gênants,  par 
exemple  deux  seaux  remplis  d'eau.  Pour  le  rendre  moins  eneom- 
branl  à  transporter  quand  il  n'est  pas  sur  les  épaules,  il  est  parfois 
partagé  en  deux  parties  égales  qu'on  peut  replier  l'une  sur  l'autre 
aide  d'une  charnière  en  fer.  Division  et  charnière  tombent  donc 
au  milieu  de  la  niupie. 

Cette  description  correspond  au  mot  français  (dialectal)  gorge, 
qu'on  trouve  dans  le  Dictionnaire  analogique  de  Boissière.  Dans 
égion  française  au  sud  du  Hainaut,  on  appelle  souvent  cet 
iiistiu  .  cm  un  porte-seaux. 


e  étude  plus  récente  sur  les  préfixes  co-etca-,  insérée  ci- 
sur  cracher,  v.  p.  236;  sur  crouler,  p.  287. 

I   pas   une  altération    par    étymologie   populaire   de 
1 4 1  « > )    devenu   courget  En  effet,   l'instrument   s'applique 
Bur  la  nuque  (derrière)  et  non  sur  la  gorge  (devant). 


-  347  - 

Le  français  palanche  a  un  autre  sens.  Il  désigne  nne  pièce  de 
l>oi-  qui  se  place  sur  une  épaule  et  perpendiculairenient  à  l'axe 
des  épaules.  Ici  «loue  plus  d'échancrure  pour  le  cou  ;  il  y  a  seule- 
ment une  entaille  a  chaque  extrémité.  Le  but  esl  bien  aussi  de 
portci'  Me-  -e.uix  et  de-  panier-,  mais  l'avantage  de  cet  instrument 
est  de  permettre  au  porteur  de  cheminer  avec  son  double  fardeau 
dan-  de-  sentiers  étroits,  souvent  niontueux.au  milieu  des  buis- 
sons. Au--!  les  Lrdennais  en  font-ils  bon  usage.  Ils  l'appellent 
coùbe  d'ein.i.  du  latin  classique  curva  devenu  en  latin  populaire 
curba.  En  effet,  la  pièce  est  infléchie  en  are.  -oit  a  dessein,  soit 
-mi-  l'action  des  fardeaux.  J'ai  recueilli  ces  renseignements  et 
examine  l'objet  a  la  gare  de  Gendron-Celle,  ligne  de  la  la —  . 
Au  reste,  le  français  emploie  aussi  le  mot  courge,  qui  a  la  même 
origine  {curbia.  Voy.  le  Dicl.  g'én.)  (*). 

Ce  qu'on  appelle  eu  français  cerceau  est  un  cercle  de  bois  dans 
lequel  entre  le  porteur  et  qui  esl  maintenu  a  la  hauteur  des  cuisses 
par  des  courroies  attachées  aux  épaules.  11  est  destine  a  tenir 
écartés  des  jambes  les  -eaux  remplis  que  le  porteur  transporte. 

Le  -eus  et  la  synonymie  étanl  élucidés,  quelle  est  maintenant 
l'origine  du  mot  hârkê1  II  ne  faut  pas  se  laisser  entraîner  aux 
propositions  de  Grandgagnagr,  qu'il  déclare  lui-même  peu  pro- 
bables au  point  de  \  ue  «le  la  |  de  met  i  (  pie.  Pour  restreindre  l'aire 
de  nos  recherches,  constatons  d'abord  que  la  finale  ê  doit  être  le 
suffixe  -ellum.  Cela  nous  permet  de  restituer  un  primitif  wallon 
qui  a  dû  être  hark  en  forme  masculine  et  harke  en  forme  fémi- 
nine. De  fait,  harke,  f.,  existe  en  gaumais  avec  le  sens  de  démê- 
loir, et  harcot  y  désigne  uu  râteau  à  dents  de  fer;  mais  la  diffé- 
rence de  sens  ne  nous  permet  pas  d'affirmer  de  prime  abord 
l'identité  des  mots. 

De  ce  que  le  h  de  hârkê  subsist  e  en  pays  ardennais,  il  est  prouvé 
qu'il  ne  provient  pas  de  se-  comme  dans  hume  :  chaîne,  du  latin 
scammum;  il  est  bien  le  //  aspiré  d'origine  germanique. 

Harke,  t.,  en  allemand  du  nord,  signifie  râteau.  Ce  sens  parait 
très  éloigné  de  celui  (pie  nous  nous  attendrions  a  trouver.  Mais. 
si  on  se  1-appelle  qu'en  Hesbaye  une  sorte  de  râteau  se  nomme 
fotche  (furca),  on  en  conclura  que  ce  qui  a  été  dénommé  à  l'origine 
dans   ledit   instrument,  ce    n'est  pas   du   tout  la   partie  pourvue 


(!)  lie  mot  coûbe  a  été  retrouve  depuis  dans  GGGG.,  I.  $4—  sous  la  forme 
coupe,  et,  avec  un  autre  sens  (manivelle  coudée  .  dans  BORMANS,  Voc.  des 
houilleurs  liégeois. 


—  348  - 

t8    |  ,.  râteau  à  retourner  le  foin  n'est  souvent  qu'un  bois 
l,u  |  ),.  |e  premier  sens  de  hârkê  paraît  si  bien  être  «  fourche, 
.   fourchu    ■  que  Gggg.   a    proposé  l'anc.-h.-all.   liacco  (croc, 
fourche)  e(   le  lat.  furca  comme  étymons.    En   latin  aussi,  furca 
,,,.  „,,  bois  ù  deux  manches  pour  porter  des  fardeaux  sur  le 
comme  il  appert  d'un  dessin  de  la  Colonne Trajane;  le  porteur 
un  furcifer.  Le  horcado  espagnol  (lat.  furcatum)  a  la  forme 
(1  nI11.  fourche  on  d'un  râteau.   Enfin  Gggg.  a  lui-même  note  un 
dérivé   hârkêye,  qu'il    écril    horkeie,    signifiant  «  fourche  pour 
appuyer  la  carabine    .  En  raison  de  ces  analogies,il  n'est  donc  pas 
étonnant  que  le  même  mol  wallon  signifie  :  i"  joug  qu'on  met  au 
cou  d'un  animal  (vache,  porc)  pour  l'empêcher  de  traverser  une 
hnie,  (synonyme  lamé,  billot);  2°  gorge  ou  porte-seaux  (')•  H  est 
probable  que  la  forme  actuelle  du  hârkê  est  le  résultat  d'un  per- 
onnemenl  :  à   l'origine,   ce  pouvait   être  simplement    un    bois 
fourchu,  disposé  sur  les  épaules  de  façon  que  la  partie  simple  fût 
derrière,  les  deux  branches  enserrant  le  cou  et  se  dirigeant  plus  ou 
moins  obliquemenl   de  manière  à  pouvoir  être  soutenus  par  les 
mains.  Quoi  qu'il   en   soit   «les  détails  de  cette   filiation,  nous  ne 
«louions  pas  que  hârkê  soit  un  diminutif  delà  racine  hark  germa- 
nique. 

w.  mâvi. 

gg.  donne  un  mâvi  2  {èsse  muni  =  être  mort),  où  il  suppose 

que  ce  mol  est  le  même  que  mâvi  merle.  Esse  màvi  serait  un  jeu 

de  mol  provenant  de  la  ressemblance  entre  mâvi  merle  et  ma  vike 

1  vit   mal.  A   notre  avis,  mâvi  vient  simplement  de  maie  oiiws, 

formé  avec  la  demi-négation  maie  comme  le  lr.  maussade,  maus- 

.    maupiteux,    le   \\ .    mâssaive,   mâssi,  màhaitî   et  monsain 

Dasnoj    -"<7  .  qui  est  pour  maussain.  Le  jeu  de  mot,  dont  je  ne  nie 

stence,  car  c'est  probablement  lui  qui  a  sauvé  l'expression, 

donc  que  subséquenl  et  suggéré  par  étymologie  populaire.  — 

.l'expliquerais  de  même  le  paysan  mauvi&e  Sigart,  p.  230,  qui  me 

gnifier  paysan  misérable,  et  non  grossier. 

w.  mèsblotch;  mèsplègi  ;  mesbrudjî. 

connaissons  on  dialecte  de   Laroche  (Lux.)  un  adj.  mes- 
■  I  caduc,  estropié,  en  parlant  d'une  personne.  On 


-  dit  qu'à  Viesville  (Hainaut)  goria  siguifie  «le  même 
•-     -'■'      a    gorge  oii   porte-seaux,    liég.   hârkê.  De 
es  M.  A.  Maréchal. 


-  349  - 

retrouve  ce  mot  en  patois  gaumais  sous  la  forme  mèploch  (tch  ?) 
que  Liégeois,  Lex.,  définit  par  «  perclus,  privé  momentanément 
de  l'usage  d'un  membre,  par  ext.  maladroit  de  ses  mains  ». 
D'autre  part,  Gggg.,  II,  110,  a  noté  le  namurois  mèsplègî  (fy?) 
«  cassé  par  l'âge  ou  le  travail  ».  Cette  forme  nous  amène  au  ver- 
viétois  mèsbrufyi,  cumèsbrufyi ,  liégeois  mèsbrutyi ,  namurois  mês- 
bri//i,  (pii  signifie  mutilé,  éreinté,  perclus,  impotent,  cassé,  etc., 
d'après  Forir:  mutiler,  rompre,  d'après  Pirsoul.  Ces  mots,  que  la 
sémantique  rapproche  si  bien,  sont-ils  de  même  origine? 

Pour  partir  de  ce  qui  semble  le  moins  contestable,  la  première 
série  de  formes  paraît  contenir  le  préfixe  péjoratif  germ.  misz-,  en 
pays  rhénan  mesz,  et  le  participe  de  l'allemand  dialectal  blotsclte, 
usité  à  Aix-la-Chapelle,  à  Eupen,  blôtschen,  en  Suisse,  meurtrir, 
froisser,  écraser.  Le  Wôrt.  <k>r  Eupener  Sprache  traduit  le  subst. 
Blôtsch  par  Beule,  bosse,  au  sens  de  bosse  concave  «  eingedriickte 
Stelle  an  Gegenstânden  ».  et  le  rapproche  du  fr.  blet. 

Mèsbrud/î  parait  bien  formé  du  même  mesz  et  d'un  verbe  à 
déterminer.  Ce  verbe  ne  peut  être  le  fr.  briser,  qui  serait  en  wall. 
brihi,  ni  le  germ.  brikan,  qui  a  donné  le  fr.  broyer,  le  wall. 
broyi.  La  finale  -tji  correspond  a  une  forme  fr.  en  -gier,  -ger. 
Or  Carpentier,  dans  Du  Cange,  cite  des  exemples  d'un  verbe 
bruger,  qui  signifie  pousser,  heurter,  d'origine  inconnue.  Godefroy 
donne  la  forme  bnrger,  qui  correspondrait  au  \y.  (mes)burfyi,  que 
M.  liaust  m'assure  avoir  noté  de  auditu.  Voilà  ce  que  nous  avons 
pu  trouver  de  mieux. 

Quant  à  mèplègî ,  nous  ne  pouvons  accepter  l'étymologie  de 
Gggg.  Son  a  mèsplégié,  mal  cautionné  »  est  aussi  séduisant  au 
point  de  vue  phonétique  qu'il  paraît  éloigné  sous  le  rapport  du 
sens.  Nous  croyons  qu'il  appartient  soit  à  la  première  série  de  nos 
formes,  soit  à  la  dernière,  mais  il  faut  attendre  d'autres  variantes 
dialectales  pour  décider. 

w.  napê,  napion,  nawê,  canawê,  carnawê.  cârpê,  cârpion. 

Tous  ces  mots  signifient  gamin,  espiègle.  On  m'a  donné  le 
second  comme  venant  du  grec  vy'-*.ov  !  En  réalité  napè  et  napion 
ont  bien  l'air  d'être  des  diminutifs  du  germ.  knabe,  garçon,  qui 
aurait  perdu  le  k  parce  que  le  groupe  kn  est  inconnu  en  roman. 
La  Wallonie  prussienne,  moins  rebelle  aux  groupes  de  consonnes 
germaniques,  a  le  mot  knab,  noté  par  J.  Bastix  dans  son  Vocab, 
de  Faymonville,  p.  44  (Bull,  de  la  Soc.  de  Litt.  wall.,  t.  5o,  p.  576). 
—  J'attribue  la   même  origine  à   nawê,  gamin,   qu'on   pourrait 


—  35o  — 

dentique  à  nawê,  ooyau,  s'il  n'y  avait  pas  la  forme  paral- 
anawè,  notée  par  Detrixhë  à  Stavelot.  Nawê  doit  être  une 
,,,,.,,,,.  réduite  par  suppression  du  A-  du  dialectal  knave,  knafe,  et 
canawê  une  forme  amplifiée  par  insertion  d'une  voyelle  entre  A"  et 
n  comme  dans  le  français  canif.  —  On  trouve  aussi  carnapê,  Bull., 
i.  ;..,  p.  [21,  (du  l>'  Martin  Lejeune,  Dison),  à  plus  forte  raison 
devrail  on  trouver  canapé.  Ce  carnapê  doit  être  le  produit  d'une 
contamination  entre  <-;irpc  et  napè  qui  signifient  tous  deux  gamin. 
Cependant   il  n'y  a  point  de  rapport  étymologique  entre  ces  deux 

mots,    car   les    lermes    rurpr   (GGGG.    roi,    LiOBET,    27 1)   et   cârpioil 

Diikimii,    Stavelot)    sont    des    diminutifs    qui   ne    désignent    le 

gavroche  espiègle  el    remuant  que  par  comparaison  avec  le  «  car- 

pilloil 

w.  porsome. 

\  oici  un  vieux  mot  que  nous  n'avons  trouvé  que- dans  la  région 
de  Stoumont-Malmedy  et  dont  la  forme  elle-même  est  devenue 
très  douteuse.  Nous  avons  entendu  à  Stoumont  :  nu  mètoz  nin 
uosse  nrrc  sol  porsome  (lui  tâve,  ne  mettez  pas  votre  verre  «  sur 
le  bord  >  de  la  table.  A  Trois-Ponts,  à  Mont-de-Fosse,  on  dit 
porsome  ou  forsome.  A  Stavelot,  èsse  so  /'  foi-son  signifie  être  sur 
le  bord,  être  dans  une  position  douteuse  ou  hasardeuse.  Nous 
croyons  avoir  retrouve  le  mot  dans  la  Chronique  de  Philippe 
Mouskès  : 

vers   877   :    Toutes  mes  gens  et  tôt  mi  orne 
M'ont  relenqui  à  la  parsoume. 

Heiffenberg,  en  note,  traduit  par  :  à  la  fin. 

3  25n  :  A  la  persome  de....  Traduction  :  afin  de. 
vers  642g  :  Jusqu'à  sum....  Traduction  :  jusqu'au  bout  (*). 

Mouskès  nous  donne  ainsi  le  mot  simple,  sum,  qui  est  le  latin 

summum   au   -eus  de  extrémité  ("-);   et    persome,  parsoume   sera 

donc,  s,, us  une  forme  féminine,  la  toute  dernière  extrémité.   On 

disait  .■/  la  parsoume  comme  à  la  parfin.  11  ne  semble  pas  téméraire 

■  le  conclure  à  un  masculin   wallon  porson,  dont  forson  serait  une 

me  corrompue,  el   à  un   féminin  wallon  porsome,  dont  forsome 

fait  une  forme  corrompue.  A   moins  qu'on  ne  songe  à  des  dou- 

l'un  composé  avec  per;  l'autre  avec  for  (foris),  tel  qu'on  le 


emenl  :  en  soin  le  tertre,  par  soin  l'aube  (G.  Bourg.  1281). 
■  I.  119;  III,  137.  —  Godefroy,  sometparsome. 


—  35i  - 

trouve  dans  les  verbes  for pou g ni,  formagnî,  fordiner  et  cent 
autres,  dans  les  substantifs  ou  adjectifs  forfant,  forpâl  (fém.,  ard., 
talon  du  jeu,  de  foris  —  partem),  forsôlé.  Mais,  s'il  faut  choisir 
entre  les  deux  solutions,  je  fournirai  encore  en  laveur  de  la 
première  les  doublets  forboûre,  porboûre  (Rem.1),  /br-bouillir. 

Pràyon,  proyê,   etc. 

C'est  le  nom  d'un  hameau  de  la  commune  de  Forêt  lez-Chaudfon- 
taine,  province  de  Lieue.  Dans  l'orthographe  officielle  :  Prayon, 
dans  la  prononciation  locale  :  Prâyon  ou  Pràyon,  dans  les  chai  tes 
Prailhon.  Le  sens  de  ce  nom  ressorl  bien  du  passage  suivant  de 
rji ">  :  «  dedi  monasterio  Belli  fageti  (=  Beaufays)  silvam  meam 
que  dicitur  Bellum  fagetum,  sicul  adjacel  a  domo  predicti  monas- 
terii  usque  ad  prata  que  dicuntur  prailhon.  Miraeus,  IL  ^4 \. 
Le  dit  prailhon,  au  sens  restreint  du  mot,  devait  être  un  pré  le 
long  de  la  Vesdre.  Le  suffixe  -on  avait  sans  doute  en  ce  cas  un 
sens  dépréciatif  :  quelque  chose  qui  ressemble  a  un  pré. 

Pratum  et  ses  dérivés  ont  fourni  beaucoup  de  noms  à  notre 
toponymie.  Le  neutre  pratellum  se  retrouve  dans  préa u  (comm. 
de  ET.arcb.ies,  de  Willemau,  en  Hainaut),  Préal  (connu,  de  Liège), 
Proyê  (En  si  val),  Préaix  a  Floriheid  (Malmedy).  Le  plur.  neutre 
pratella  se  retrouve  dans  Préalle  [comm.  de  Comblain,  de  Hol- 
logne-aux-Pierres,  prov.  de  Liège),  Prayale  'Mous  lez-Liège); 
avec  contraction  de  voyelles  dans  Praile  (Nalinnes,  H";  Seilles, 
Ls«),  Praille  (Laissant.  11).  Prudes  (Rozée,  X'),  les  Pralettes 
(Leuzedez-Dhuy,  X'),  Prêle  (Tarcienne,  X1 1,  Prelle  (Flamierge, 
Lux.),  Presles  (comm.  du  H'i,  Praule  Ham-sur-Sambre,  X'.i. 
Presles  est  l'endroit  où  le  patriotisme  des  archéologues  belges  a 
voulu  localiser  la  bataille  de  César  contre  les  X'erviens  :  on  a  cru 
que  ce  mot  venait  de  praeliuml  et,  seconde  énormité,  on  a  cru 
qu'un  lieu  pouvait  s'appeler  «  combat  »  ou  a  bataille  »  !  C'est 
pourquoi  tout  Belge  qui  a  passé  par  l'école  primaire  connaît  la 
célèbre  bataille  de  Presles!  Sic  vos  non  vobis...  agmina  fertis, 
agri. 

w.  qwaqwa. 

Ce  mot  est  usité  en  verviétois,  exemple,  t>o/a  /'  qwaqwa,  voilà 
l'affaire,  le  dessous  de  l'affaire,  le  fin  mot,  le  pot  aux  roses;  en 
liégeois,  on  d'  hovra  V  qwaqwa,  on  découvrit  le  pot  aux  roses;  en 
namurois  :  exemple  donné  par  Grandgagnage,  I,  145,  i-ny-a  do 
(jwatjwa,  il  y  a  anguille  sous  roche.  Grandgagnage  écrit  quaqua, 


-  352  — 

selon  sa  coutume,  mais  il  faut  lire  qwaqwa.  On  prononce  de 
même  en  ardennais  Deux  formes  dissidentes  n'apportent  aucun 
éclaircissement  :  j'ai  trouvé  quaka  (à  lire  qwaka)  dans  une  pas- 
, mille  wallonne  <lu  xvna  siècle  que  publiera  prochainement 
M.  Guillaume  Eiennen,  et  caqua  (à  lire  caqwa)  dans  les  extraits  de 
Villers  faits  par  <  ;<.<■«.. 

Le  Bens  précis  et  l'origine  de  ce  mot  ne  me  sont  apparus  qu'avec 
iinr  troisième  variante,  en  lisant  dans  le  Dict.wall.  manuscrit  de 
Detrixbe  la  forme  usitée  à  Stavelot.  Detrixhe  écrit  a  c'ès  V  ka- 
kiuet  et  tiatluit  <  le  hic  ».  Nous  ne  doutons  pas  qu'il  ne  l'aille 
interpréter  l'expression  par  c'est  /'  cas  qwè,  littéralement  «  c'est 
le  cas  quoi  ».  Mais  cette  étrange  tournure  a  besoin  d'être  justifiée. 

On  dit  aus-i  eu  \ervietois  :  c'est  V  cas  po  qwè,  vola  V  cas  po  <jwè. 
on  disail  «le  même  jadis  en  français  :  «  la  raison  pourquoi,  le 
sujel  pourquoi...  ».  Au  point  de  vue  de  la  syntaxe,  li  cas  po  qwè 
D'à  guère  besoin  d'explication,  mais  U  cas  qwè  en  a  besoin.  Nous 
ne  voulons  pas  du  tout  insinuer  que  le  second  provient  du  premier. 
11  doit  y  avoir  eu  là  contamination  de  deux  tournures  :  tji  v  va 
dire  qwè,  < fi  v'  va  dire  li  cas  auront  été  combinés  en  une  seule 
phrase.  Ce  qui  corrobore  cette  explication,  c'est  que  qwè  a  bien  la 
forme  tonique  de  l'interrogatif  et  non  la  l'orme  atone  du  relatif. 
I  omparez  la  différence  entre  pour  quoi  et  pour  que  en  français, 
po  qwè  ei  po  qui  en  wallon. 

Quant  a  la  forme,  si  cas-qwè,  cas-qwa  ne  sont  pas  restés  bien 

distincts,  c'est   parce  que  la  prononciation  cas-qwa  de  certaines 

régions  a  créé,  chez  ceux  qui   ne  comprenaient  plus  cet  étrange 

ri  asm  e,  une  confusion  entre  les  deux  syllabes  :  de  MK/waka  et 

qwaqwa. 

Singote. 

Il  y   a  dans  le   Voc.  (te  Faymoiwille   de   M.    l'abbé   Bastin   un 

article  ainsi   libellé  :  «  singote!   excl.   À  votre  santé!  je  —,  boire 

;i  la  -ante  île  1)1111.  ».    (Quelqu'un  m'a  demandé  si  ce  mot  signifiait 

-ans  goutte,  boire  sans  laisser  tomber  une  goutte  »,  ou  encore 

gouttes  ».   Xi   l'un  ni    l'autre.    Il    paraît  évident  que  cette 

ition  est  un  souhait  emprunté  a  l'allemand,  un  segneGott, 

qu'on  prononce  en   levant   son  verre.  Segnen  vient 

çnare  au   sens  religieux  de  «  faire  le  signe  de  la  croix  ». 


-  353  - 

w.  sîr  (*). 

I.  Voici  un  mot  énigniatique,  qui  n'est  renseigné  dans  aucun 
dictionnaire.  Nous  l'avons  trouvé  employé  dans  un  certain  nombre 
d'expressions  qu'il  sera  bon  d'énumérer. 

Ci  n'est  qu'  sîr  boton  (ou  botons?)  so  /'  rôsî,  on  ne  voit  que  bou- 
tons sur  le  rosier  (Jupille). 

Çu  n'èsteût  qu'on  sîr  boton  (Verviers). 

Çu  n'èsteût  qu'ô  seur  botô  (Hervé  . 

Ci  n'est  qu'  sîr-è-botons  (Henri  Simon  ). 

Çu  n'est  qu'  sîr  galon  (ou  galonsT),  son  habit  est  tout  galonné, 
ce  n'est  qu'un  galon  i  Verviers). 

Mu  stoumac'  n'èsteût  qu'one  sîre  plâye,  ma  poitrine  n'était 
qu'une  plaie  (Concours  du  Tout-Veroiers,  chanson  intitulée  Sote- 
rêyé). 

I  fait  clér,  çu  n'est  qu'one  sire  suteûle,  on  ne  voit  qu'une  seule 
et  même  étoile  (  Verviers). 

Ci  n'est  qu'ine  sire  nîoaye,  on  ne  voit  que  neige  partout,  c'est 
une  plaine  de  muge  (Liers,  Verviers). 

Ci  n'est  qu'ine  sîre  fleur,  ine  sîre  peiïre,  on  ne  voit  que  des 
fleurs,  que  des  poires  sur  l'arbre  (Liège). 

Auâ  I'  oinave  ci  n'est  qui  sir  drapeaus,  dans  le  quartier,  ce  n'est 
que  drapeaux  partout  (V.  Carpentier,  Toutou  V  macrale,  p.  19). 

Et  tôt  auâ  nosse  rowe  ci  n'est  qu'  cires  tchèrètes,  (Vrindts, 
Pâhules  rimes,  11 4)- 

Çu  n'est  <{ii'  sir  him-ham.es,  on  n'a  (pie  des  embarras  (Verviers, 
Henri  Raxhon). 

L'èfant  a  /'  tièsseplêne  du  hèyes,  çu  n'est  qu'on  sir  hèyis',  l'en- 
tant a  la  tète  pleine  de  pellicules,  c'est  une  pure  desquammation 
(Verviers). 

la  s'  pantalon  qui  n'èsteût  (ju'ô  sir  pleû,  n'était  qu'un  pli 
Verviers). 

Esse  sir  bocâ}  avoir  des  habits  en  lambeaux,  criblés  de  déchirures 
(Ch.  Gothier,  Ijoisirs  d'un  Liégeois). 

On  dit  aussi  a  sîr  (boton,  etc.).  Le  dictionnaire  manuscrit  de 
Dethier  donne  même  en  un  seul  mot  acire,  ado.,  suivi  d'un  mot 
malheureusement  illisible. 


(l)  Cet  article,  paru  dans  le  Bull,  du  Dict.  toall.  (190G)  a  pu  être  augmenté 
ici  grâce  à  des  exemples  nouveaux  recueillis  personnellement  ou  communi- 
qués par  MM.  Al  pli.  Maréchal,  Fréson  (instituteur  à  Glons).  Charles  Havet 
(Grivegnée). 

23 


-  354  - 

Peut-être  y  a-t-il  aussi  dans  le  Dict.  étym.  de  Gggg,  quelque 
oliose  qui  se  rapporte  à  ce  mol  :  i"  On  y  trouve,  II,  364,  un  s  ires /a- 
vani  du  dialecte  inalmédieu,  interprété  provisoirement  par  «  si  et  si 
avant  .  el  qui  signifie  en  bloc  «  tout  autant,  aussi  copieusement, 
ni  plus  ni  moins  »;  2°  Au  t.  II,  p.  568,  v°  commines,  l'auteur  note 
un  passage  d'une  charte  de  i534  :  «  cire  weaze,  waranee,  crapes 
el  commines  pareilles  »  Plus  loin,  p.  6^,  Scheler,  dans  une 
note  au  mot  weaze,  traduit  ce  mot  par  le  wallon  wais',  français 
iruesde,  guède,  el  propose  de  séparer  par  une  virgule  cire  et  weaze. 
Il  fail  donc,  sans  le  «lire  explicitement,  de  cire  le  premier  terme 
de  l'énumératiou  el   un  nom  de  marchandise  comme  les  suivants. 

Tels  sont  les  éléments  recueillis  sur  la  question.  Ils  sont  obscurs 
ou  contradictoires.  On  ne  peut  même  établir  d'emblée  par  eux  si 
le  mol  sir  est  substantif,  adjectif  ou  adverbe. 

II.  Plusieurs  personnes  m'ont  certifié  que  c'est  le  mot  cîr  = 
ciel  qu'elles  voient  dans  cette  expression.  Certains  exemples 
paraissent  leur  donner  raison  :  «  On  in  poléve  bin  dire  qui 
Vamour  —  N'èsteût  qu'  cîr  et  caresses  (Chanson  liég.,  de  Joseph 
Mi  dard).  L'auteur,  influencé  par  une  interprétation  populaire,  a 
pu  voir  ici  ciel  et  caresses  dans  une  expression  qui  signifie  pures 
caresses,  rien  que  caresses. 

In  autre  correspondant,  très  affirmatif,nous  écrit  que,  à  Glons, 

le   mot   en   question  es1  (//•signifiant  ciel;   qu'il  ne  s'emploie  que 

dans  l'expression  :  ce  n'est  que....;  qu'il   est  toujours  suivi  de 

la  particule  è  ;  (pie  l'on  n'emploie  pas  l'article  devant  le  mot  cîr. 

Il   orthographie  et  traduit   ses  exemples  ainsi  :  ci  n'est  qu'  cir-è- 

botons  (ciel  et   boutons),  ...  cir-è-galons  (ciel  et  galons),  ...  cfr-è- 

niuaye  (ciel  et  neige),  ...  cîr-è-fleurs  (ciel  et  fleurs),  ...  cir-è-peùres 

eiel  et  poires),  ...  cîr-è-drapeaus  (ciel  et  drapeaux).  Il  insère  même 

des  remarques  explicatives  ingénieuses  :  «  Pour  signifier  qu'il  y 

a  abondance  de  boutons,  on  l'ait  abstraction  de  tous  autres  objets, 

*''  l'on  ne  voit  «pie  le  ciel  et  les  boutons  ».  «  On  n'a  pas  le  véritable 

•mploi  du  mot  cir  dans  ci  n'est  qu'  cir-è-galons  so  si  stoumac;  les 

res  exemples  indiquent  mieux  et  suffisamment,  je  pense,  l'usage 

ici  de  ce  mot  ».   Là-dessus  l'auteur  nous  laisse  libre  de 

yraologie,    sur   laquelle    il    se   défend   d'exercer    aucune 

nte.  comme  si  le  problème  étymologique  était  sans  rapport 

■    problème    semant  i. pie,  !    Disons    à    notre    correspondant 

ous  exemples  coulés  dans  le   même   moule  et  qu'il  se 

ication  en   écartant  tel  exemple  qui  h;  gène.  Tous  les 

i   pas  un  particulier  admirant  le  nez  en  l'air  des 


—  355  - 

fleurs  de  pommiers,  des  boutons  on  des  fruits  avec  le  ciel 
comme  fond.  Il  ne  s'avise  pas  non  plus  qu'on  pourrait  considérer 
cirés  comme  un  adjectif  au  féminin  pluriel.  11  ne  sait  pas  que 
cîr  existe  sans  è  final  et  avec  l'article.  L'explication  doit  embras- 
ser tous  ces  cas. 

Ce  n'est  pas  à  Glons  seul  qu'on  voit  le  ciel  dans  ces  expressions. 
On  l'y  voit  aussi  ailleurs,  niais  sous  l'orme  de  comparaison. 
On  a  le  sentiment  ou  l'illusion  qu'on  a  affaire  à  un  nom  composé, 
cîr-nivaye  par  exemple,  et  qu'il  y  a  comparaison  de  l'objet  avec 
un  ciel  chamarré  ou  étoile 

D'abord  de  quelle  nature  serait  la  composition  cir-boton,  cîr- 
galon,  cîr-nîvayel  [mpossible  de  songera  un  type  roman  comme 
hôtel-Dien,  puisque  l'article  s'accorde  avec  le  second  terme  :  ine 
cire-nîuaye.  S'il  y  a  composition,  elle  doil  être  de  type  germanique. 
Mais,  outre  qu'on  ne  trouve  pas  himmel  en  allemand  dans  des 
expressions  analogues,  il  nous  semble  (pie  ciel-bouton,  ciel-galon, 
ciel-ptaie,  ciel-neige  i  bouton,  galon,  plaie,  neige  en  chamarrure, 
comme  un  ciel  ),  si  séduisante  que  l'explication  paraisse,  ne  sont 
pas  conformes  aux  rapports  qui  peuvent  unir  un  substantif  déter- 
minant à  un  substantif  déterminé.  En  allemand,  la  comparaison 
se  rencontre  bien  quand  le  déterminé  est  un  adjectif  (himmelblau, 
himmelhoch,  himmelschôn),  mais  là-même  le  rapport  est  infini- 
ment plus  simple. 

Pour  tout  espi'it  non  prévenu,  dans  ine  sire  nîoaye,  sir  est 
adjectif.  Evidemment  il  se  pourrait  que,  au  lieu  d'être  primitif, 
cet  accord  de  l'article  avec  le  dernier  terme  fut  analogique.  Mais 
c'est  bien  peu  vraisemblable,  et  la  présence  de  l'article  féminin 
milite  contre  l'hypothèse  de  cîr  substantif  et  signifiant  ciel  (1). 

Enfin  nous  voyons  qu'à  Hervé  sir  prend  la  forme  seùr,  ce  qui 
n'arrive  pas  à  cîr  =  ciel. 

J'en  conclus  que  l'explication  par  ciel  est  simplement  d'étymo- 
logie  populaire,  ("est  par  cette  influence  de  l'étymologie  prétendue 
que  sirès,  légitime  au  féminin  pluriel,  a  passé  au  masculin  (sirès 
fleurs,  sirès  botons). 

III.  Dans  tous  les  exemples,  sir  s'explique  au  mieux  comme 
adjectif,  avec  le  sens  de  «  pur  »  pris  dans  sa  signification  quanti- 
tative de  «  entier,  au  complet,  sans  restriction  »,  comme  dans 
((  pure  bonté,  pure  nature,  une  pure  sottise  ».  Ainsi  compris,  on 


(')  Il  faut  écarter,  pour  la  même  raison  syntaxique,  tout  rapprochement 
avec  l'ancien  français  serre  =  série. 


—  356  - 

,/,,,,  6H\  un  bouton  d'un  l)oui  à  l'autre»;  ou  ne  distingue 
pas  plusieurs  boutons  de  fleurs  sur  l'arbre,  il  n'y  en  a  qu'un  seul, 
immense.  Ine  sire  nîuaye  signifie  c<  neige  partout  »  :  la  campagne 
,.s,  pleine  de  ueige.  Èsse  sir  bocâ,  o'esl  être,  quant  à  ses  habits, 
un  unique  trou,  avoir  ses  habits  à  claire-voie  à  cause  du  nombre 
des  déchirures  «'i  des  lambeaux  qui  pendent.  L'étymologie  popu- 
laire ne  manque  pas  de  voir  le  ciel  an  travers  de  ce  bocâ,  mais 
R»e8l  bien  ;i  condition  de  uc  pas  analyser  de  trop  près  l'étrange 
expression  <<  ê1  re  ciel-trou  ». 

Dans  cette  hypothèse,  les  deux  expressions  relevées  dans  Gggg. 
8'expliquenl    aussi    beaucoup    mieux  que   par   les  conjectures  de 

(ll oi    .!«•   Scheler.  Sir  ci  si  ;u>;mi  signifie  «purement  et  si 

avant  »  :  il  y  aurait  passage  du  sens  adjectival  au  sens  adverbial, 
comme  dans  bel  ci  bien.  Cire  weaze  signifiera  «  pure  guède  »,  et 
non  •■  cire,  guède  »,  la  cire  n'ayanl  d'ailleurs  rien  à  l'aire  dans 
cette  énumération  de  plantes  tinctoriales. 

IV.  Quelle  sérail  l'origine  de  notre  adjectif?  Rien  dans  les 
langues  romanes  ne  lui  semble  apparenté.  Nous  avons  bien  trouvé 
dans  GooKFiun  un  adjectif  seri,  au  sens  de  «  bien  fourni,  bien 
muni  "  (').  niais  (pie  l'aire  d'un  mot  isolé,  sans  famille,  aussi  énig- 
ma tique  que  celui  qui  nous  préoccupe?  11  ne  peut  servir  à  nous 
éclairer.  Au  reste,  le  l'ait  que  notre  sir  ne  se  rencontre  pas  dans 
I.'  Sud  wallon  et  n'existe  qu'à  la  frontière  linguistique,  fait  sup- 
poser une  étymologie  germanique. 

Or  r  l'allemand  nous  offre  zier,  zierde,  le  flamand  sier,  orne- 
ment. De  la  zierpuppe,  mijaurée?  zieraffe,  singe  d'apparat,  fat; 
nier  plant  plante  d'ornement.  Ce  sens  paraît  un  peu  grêle  et  trop 
particulier  pour  expliquer  le  terme  wallon  dans  tous  les  exemples 
précités. 

:    Il  y  a  l'ancien  adjectif  allemand  scr,   flamand  zeei\  Autrefois 

sêr  signifiait  douloureux,  cuisant,  schmerzlich.  C'est  ce  mot  qu'on 

habitué  a  employer  dans  le  sens  quantitatif  de  heftig,  et  qui 

•  •n   allemand    moderne   n'a    plus   qu'un    emploi   adverbial    sous  la 

■  .se///'.  Mais  le  flamand  zeer,  qui  est  resté  adjectif,  a  conservé 

l'étendue  de  sens  du  .scr  ancien. 

0   M    y    a    l'adjectif    schier,    que    les    dictionnaires    allemands 

luenl  par  k  1  a  r,  lauter,  hell,  rein,  unvermischt,  glat  t, 

ii   était   en  gothique  skeirs  et  qui   est  en  anglais  shecr. 


hordement  ci  de  proece,  —  d'umilitei  ci  «le  larguece  » 

éll.    l'vl.ll-ll.NHKltOj. 


—  357  — 

Dans  la   vieille  langue,  es  ist  schier  Gold  signifie  :  c'est  pur  or, 
rien  que  de  l'or. 

On  voit  que  ce  mot  schier  est  eelui  qui  cadre  le  mieux  avec 
notre  sir  au  point  de  vue  du  sens  Aussi  avons  nous  reçu  maintes 
observations  (')  à  ce  sujet,  parce  que  nous  nous  étions  arrêtés  à 
sehr  dans  la  première  rédaction  de  cet  article,  ("est  que  le  passage 
de  sch  a  .s  ne  nous  semblait  pas  bien  établi.  Outre  cette  difficulté 
phonétique,  nous  avions  découvert  dans  Philippe  Mouskès,  Chro- 
niques, vers  i>462ô,  édition  Reiffenberg,  un  passage  où  nous 
croyions  retrouver  sire  =  sehr  :  «  il  desist  k'il  estoit  lor  sire, 
mais  il  le  noioit  bien  el  sire  ».  Dans  le  dialecte  de  Mouskès,  que 
je  ne  puis  pas  appeler  de  l'ancien  tournaisien,  mais  qui  contient 
des  expressions  du  Nord  roman,  il  existe  donc  un  sire  adverbe 
qui  sert  à  renforcer  bien  comme  dans  l'expression  bel  et  bien. 
Nous  l'avions  assimilé  à  sehr  en  lui  donnant  le  -eus  de  forte- 
ment; mais  on  peut  encore  l'assimiler  à  un  autre  schier,  adverbe 
allemand  qui  signifie  bald,  sogleicb,  schnell,  beinahe(2). 
Comme  l'expression  citée  peut  signifier  aussi  logiquement  «  bien 
et  vite  »  que  «  bien  et  fort  •■,  la  solution  doit  rester  indéterminée 
entre  ces  deux  étymologies  en  attendant  de  nouveaux  faits.  Si 
maintenant  nous  considérons  l'adjectif  wallon  sir  comme  dégagé 
de  l'anc. -franc,  bien  et  sire,  son  cas  dépend  uniquement  d'une 
question  de  phonétique,  a  savoir  ce  (pic  devient  en  wallon  le  sch 
initial  allemand  suivi  d'une  voyelle. 

Tout  wallonisant  sait  que  sk  germanique,  qui  devient  plus  tard 
sc/i,esl  traité  en  wallon  comme  se  latin  issu  de  exs-,exc-,  esc-,  etc.  : 
il  devient  h  en  Nord-wallon,  ch  en  Sud-wallon,  //  mi-mouillé  en 
Wallonie  prussienne.  Forcé  de  nous  rabattre  sur  les  exceptions, 
nous  ne  trouvons  que  le  malmédien  sêrmouze,  recueilli  par  Grand- 
gagnage  II,  3V  et  .'->4<>,  alors  que  le  dialecte  d'Aix-la-Chapelle  dit 
schermull.  Mais  l'exemple  est  bien  pauvre,  car  Verviers  dit  char- 
mante et  l'Ouest  scàrmoye.  On  ne  peut  faire  état  de  la  transfor- 
mation inverse,  visible  dans  choucroute  =  sauer  kraut,  —  où 
d'ailleurs  le  verviélois  prononce  sour  croûte,  —  ni  des  variantes 
chaton  :  satou  (Gggg.II,  342),  sire:  bonne  chère  (Gggg.  LI,  364), 
chopine  :  sopène,  chignon  :  signon  où  l'allemand  n'est  pas  inté- 
ressé. On  ne  peut  faire  entrer  ici  en  ligne  de  compte  les  cas  011  le 
sch  allemand  est  suivi  d'une  consonne:  /,  n,  w,  /,  car  là  les  patois 


(l)  De  MM.  Paul  Seharff,  R.  P.  Grignard,  Jean  Haust. 
(2J  Eunéerl.  schier.  presque. 


—  358  — 

germaniques  voisins  de  notre  région  on1  déjà  réduit  sch  à  s  : 
sùster  :  schwester,  snelle  :  schnell,  snuffen  :  schnuffen,  wall. 
xnoufer.  L'allemand  prononce  schtudiren  en  face  du  wallon  stûdî, 
maie  là  c'esl  l'allemand  qui  a  emprunté  an  roman.  Bref,  pour 
identifier  le  wallon  sir  à  l'adjectif  allemand  schier,  nous  n'avons 
jusqu'ici  qu'une  étonnante  concordance  de  signification. 

Faisons  cependanl  une  dernière  tentative.  Peut-être  le  sch  de 
ce  mol  était-il  déjà  devenu  s  dans  la  zone  germanique  voisine  du 
wallon.  Nous  n'avons  recueilli  aucune  preuve  directe  pour  le 
schier  de  schier  Gold,  mais  la  note  de  M.  Scharff  m'avertit  «pu; 
schier  schnell  se  dit  sir  à  Eehternack,  et  le  petit  dictionnaire 
d'Eupen  (p.  t83)  me  fournit  de  même  sir  non  seulement  comme 
représentant  de  scAr,  mais  aussi  comme  représentant  de  l'adverbe 
schier,  si  j'en  crois  les  deux  traductions  :  sehr,  schnell.  Voilà 
du  moins  mimencement  de  preuve. 

w.  solo. 

Faut-il  écrire  solo  ou  solot  (soleil)?  La  question  d'orthographe, 
incline  en  soi.  repose  comme  toujours  sur  une  question  d'étymo- 
qui   mérite  l'examen.  11  s'agit  doue  de  découvrir  quel  est  le 
suffixe  caché  dans  l'o  final  de  solo. 

D'ordinaire  on  y  voit  le  suffixe  diminutif  -ot,  et  on  est  même 
parti  de  la  récemment  pour  créer  le  verbe  soloter.  Cette  opinion 
repose  sur  une  observation  bien  simple  :  que  la  valeur  de  -o  final 
correspond  souvent  a  -ot  du  français.  On  n'a  pas  recherché  si  -o 
ne  pouvait  avoir  une  autre  provenance,  comme  dos,  gros,  tjofyo, 
/ fino.  Un  supplément  d'examen  paraît  donc  nécessaire. 

Dans  l'état   actuel  de  nos  patois,  le  nom  du  soleil  est  exprimé 
au   moyen  d'un  diminutif.  En  effet  le  borain  salau,  le  namurois 
so//a,  l'ardennais  sole  représentent  solellum,  le  rouchi  solèy  et 
le  français  soleil  représentent  solîculum.  On  peut  inférer  de  là 
que  c'esl  bien   un  suffixe  diminutif  également  qu'on  trouve  dans 
sole,  forme  usitée  a  Gueuzaine  (Prusse  wallonne),  dans  le  gaumais 
s'io,  le  liégeois  et  le  cambrésien  solo.  Mais  il  reste  toujours  à  exa- 
miner si  ce  suffixe  est   nécessairement  identique  au  français  -ot. 
Consultons  sur  ee  point  les  textes  en  ancien  wallon  et  ancien 
ain.  On  trouve  dans  Job,  3oi,   10  la  l'orme  soloilh  :  «  et  ourons 
/.  'le  nostre  pense  as  rai/,  del   urai  soloilh  »,  dans  le  Dialoge 
Grégoire  soloi Ih  et  soleilh  :  129,  21.  «  Etquant  li  hom  i\eu 
dfeiz  cl  mult  chaut  soloilh  »;  io3,  23  :  «  alsi  com  colhiz 
rai  del  soleilh  ».  Dans  les  Sermons  de  carême  en  dialecte 


-  359  - 

wallon  du  XIIIe  siècle,  publiés  par  Emmanuel  Pasqubt,  on  trouve 
sololh  au  cas  régime  (p.  47).  et  dans  la  même  page  on  rencontre 
deux  fois  comme  cas  sujet  soles  (lisez  sol  es).  L'auteur  avertit 
en  note  pour  le  premier  exemple  que  l'état  de  l'écriture  permet  de 
lire  sol  os. 

Soles  ou  solos,  il  n'importe  d'ailleurs;  ce  ne  sont  là  que  les 
formes  solelh  ci  sololh  augmentées  de  Vs  du  cas  sujet,  devant 
Laquelle  disparaît  la  consonne  finale,  ici  /  mouillée.  On  sait  que  e 
fermé  tonique  suivi  dey/,  ly  aboutit  a  -cil,  -oil suivant  les  régions. 
Le  suffixe  -/cul  uni  suffit  donc  à  expliquer  les  formes  précitées. 

Le  wallon  moderne  solo,  sole  peut  provenir  du  cas  sujet,  ou  de 
soloy,  solèy  ayant  perdu  la  palatale.  Le  y  final  en  effet  disparaît 
en  wallon  dans  les  mots  de  suffixe  -cul  uni,  -lium  :  crama, 
traua,  cina,  pion,  vèrou,  fyino,  doù,  tchivroû,  mifou;  il  en  est  de 
même  de  oculum  (œil)  dans  certains  cantons. 

De  la  il  résulte  L°  que  solo,  sole  ont  leur  ancêtre  présentable, 
chose  qui  n'existe  pas  pour  solot,  solèt;  2°  que  l'on  est  dispensé 
de  supposer  l'existence,  dans  un  étroit  espace,  de  nombreux  dimi- 
nutifs du  latin  solem . 

w.  winre. 

Winre,  wêre  est  un  mot  de  la  région  bervienne  employé  seule- 
ment dans  deux  expressions  :  i"  mule  winre,  vaguement  défini 
par  un  correspondant  comme  étant  un  temps  «  vif  »,  un  temps 
<(  malsain  »,  synonyme  de  mule  mane  (mauvais  brouillard)  ; 
'2"  braire  maie  winre,  voir  tout  en  noir,  annoncer  de  mauvaises 
nouvelles.  S'agit-il  de  bise  ou  de  brouillard,  de  vent,  d'un  temps 
gris  et  lourd,  on  ne  sait.  Cependant,  comme  on  ne  parle  jamais 
de  bonne  winre  ni  de  winre  de  telle  ou  telle  direction,  il  faut 
écarter  l'idée  de  vent,  bise,  temps  clair. 

Cherchons  d'autre  part  quelque  indication  dans  l'aire  d'emploi 
du  mot.  11  est  usité  ou  connu,  nous  dit  le  I)1  Randaxhe,  à  Saint- 
André,  Mortier,  Julémont,  W'arsage,  Mortroux,  Charneux,  Aubel; 
inconnu  à  Clermoiit-sur-Berwinne  et  à  Thimister.  C'est  donc  un 
terme  de  la  frontière  linguistique  et  il  est  légitime  de  conjecturer 
que  nous  avons  affaire  ici  à  un  de  ces  mots  qui  enjambent  la 
limite  des  langues  et  qui  sont  bien  reçus  soit  à  cause  de  leur 
forme,  ou  de  leur  couleur  pittoresque,  ou  de  leur  imprécision 
même,  ou  qui  s'imposent  à  l'attention  par  le  fréquent  emploi  qu'en 
fait  le  voisin  flamand. 


-  36o 


I  ne  Fois  orienté  vers  ce  côté,  on  trouve  tout  de  suite  weev,  le 
t <-in [ ->.  pour  weder  (allemand  wetter).  Alors  on  s'explique  pour- 
quoi le  ."-«mis  du  mol  n'est  pas  plus  précis  dans  l'esprit  du  paysan 
aubelois.  11  n  pris  un  sens  péjoratif  par  sou  contact  avec  l'adjectif 
nuVe,  mauvaise,  el  il  est  resté  figé  dans  cette  seule  expression. 


LE   CHAT   VOLANT   DE    VERVIERS. 
Satire  en  dialecte  verviétois  île  164.1  (')■ 


1.  —  Introduction. 

J'entreprends  de  rééditer  au  point  de  vue  linguistique  la  pas- 
quille  wallonne  sur  l'aventure  du  cliat  volant  de  Verviers. 

Elle  a  été  publiée  jadis,  mais  uniquement  comme  curiosité 
historique,  par  M.  Jules  Matthieu,  bibliothécaire  de  la  Ville  de 
Verviers,  dans  un  journal  verviétois,  la  Feuille  du  Dimanche, 
en  1880  (*).  M.  Armand  Weher,  dans  le  Jour,  en  1894.  a  reproduit 
le  texte  de  Matthieu  en  appendice  d'un  article  intitulé  Un  apothi- 
caire verviétois  nu  XVIIe  siècle  et  le  fumeux  chut  volant  (3). 

On  a  le  texte  manuscrit  dont  s'est  servi  J.  Matthieu  :  il  appar- 
tient à  la  Bibliothèque  de  Verviers.  On  peut  donc  contrôler  le 
travail  de  l'éditeur.  La  version  imprimée  m'avait  toujours  semblé 
très  infidèle  :  non  seulement  beaucoup  de  locutions  n'étaient  pas 
conformes  au  patois  d'aujourd'hui,  mais  encore  elles  ne  pouvaient 
pas  avoir  existé  autrefois.  Mis  en  présence  de  la  vieille  copie,  qui 
est  du  xvme  siècle,  je  m'aperçus  (pie  Matthieu  avait  ajouté  beau- 
coup de  fautes  à  son  original  en  voulant  l'interpréter  et  en  corriger 
les  fantaisies  graphiques. 

C'était  immanquable.  Le  regretté  Jules  Matthieu  était  liégeois 
et  les  particularités  du  dialecte  de  Verviers  lui  échappaient  en 
grande  partie.  Bon  historien,  agréable  conteur,  il  n'était  pas  assez 
linguiste  pour  distinguer  où  et  surtout  comment  il  devait  corriger 
les  graphies  fantaisistes  de  l'original. 

Ainsi,  partout  où  le  texte  (M)  présentait  set  (lisez  ces  au  sens  du 


(')  A  paru  dans  le  Bulletin  de  la  Société  veruiétoise  d'Archéologie  et  d'His- 
toire, t.  xi.  J'ai  utilisé  des  notes  critiques  de  M.  Ilaust  pour  opérer  quelques 
légères  retouches  au  texte  et  surtout  pour  renfoi'cer  le  commentaire. 

(2)  En  tirage  à  part  :  Le  Chat  volant  de  Verviers,  par  .T.  M..  Verviers. 
Nautet-Hans,  1880. 

(3)  Cet  article  existe  en  tirage  à.  part,  à  100  ex.  1111m.  et  signés.  Verviers, 
Nautet-Hans,  1894. 


-  36a  - 

ux),  Matthieu  (m)  a  cru  devoir  corriger  en  ci  ou  V  ci,  qui 

n'existe  pas  : 

Vers      3,  M  :  po  set  d'Vervi;     m  :  po  ci  d'Vervi. 
Vers    21,  M  :  tôt  set  d'V.  ;  m  :  tôt  1' ci  d'V. 

\  ers  66,  M  :  conte  toi  set...  ;  m  :  contr'  tos  V  ci. 
Vers  [27,  M  :  set  du  Stainbiet;  m  :  ci  du  S. 
L'auteur  ne  savail  pas  que  la  l'orme  ces  est  très  légitime  et  encore 
usitée  ailleurs,  sinon  à  Verviers;  ni,  d'autre  part,  que  les  expres- 
sion- verviétoises  modernes  sont,  pour  le  singulier  li  ci,  forme 
réduit.-  /'  ci,  pour  le  pluriel  lès  cis,  qui  ne  peut  pas  se  réduire  en 
/•  cis. 

De  même  le  manuscrit  présente  une  l'ois  nel  (lisez  ne  au  sens  du 
français  ni).  L'imprimé  (vers  8)  corrige  en  ni.  C'était  au  con- 
traire une  indication  de  prononciation  ancienne  qui  méritait  d'être 
conservée. 

Les  pronoms  il  et  ils  sont  en  wallon  verviétois  i  devant  une 
consonne.  Le  manuscrit  rend  cet  i  par  il.  L'éditeur  a  corrigé  cet 
il  en  il  : 

M  12  eierreint  ii  (il  est  vrai  ici  que  le  /  final  a  les  apparences 
de  /.  mais  tout  semblable  est  le  premier  t  de  eterreint)  ;  m.  éter- 
reint-il  pour  ètèrint-i. 

M     68  :  qui  serai;         m  :         il  s 'r eut,  pour  i  sèreùt. 

M  1 14  •'  it  grettet;         m:         il  grettet,        pour  /  grètèt. 

M  120  :  itfa.it;  m:         il  fait,  pour  i  fait. 

Mais  il  conserve  au  vers  n  y  prirint  pour  i  prirint. 

Quand  il  corrige  au  vers  n  (levée  en  in'  feie,  il  ne  s'aperçoit  pas 
que  ine  pour  one  est  liégeois.  Quand  il  corrige  au  vers  26  sis 
Luegnrée  en  liquelV  Iwegnrée,  il  ne  s'aperçoit  pas  que  le  texte 
.■tait  bon  et  que  liquéle  est  liégeois. 

Voici  d'autres  singularités  :  fae  du  vers  36  est  interprété  par 
fawe  (hêtre)  au  lieu  de  faye  (feuille);  Ion  5c)  devient  loiva  (louai 
au  lieu  de  loya  (lia);  maue  <\i  est  traduit  en  man\  qui  n'a  pas  de 
-'•h-,  au  lieu  de  may  ou  maye  (jamais);  maue  70  est  rendu  cette 
fois  par  maw  (moue)  au  lieu  de  mây ;  roelée  44  est  travesti  en 
roclei,  qui  n'a  pas  de  sens,  au  lieu  de  rôyelêye  (rayée). 

t  '  esl  cirer  des  graphies  fransquillonnes  contre  le  texte  et  contre 
la  prononciation  wallonne  que  d'écrire  intr'  pour  inte  (vers  10), 
contr'  pour  conte   66),  propres  pour  prôpès  (8G). 

sait   que   le    verviétois    remplace    volontiers   o   tonique   «les 

leetes  par  a,  devant  ;/>,  m,  n,  gn,  l,  r.  Matthieu  corrige 

■  fois  indûmenl  son  manuscrit  en  rétablissant  L'o  liégeois  : 

un,  m  coin';  M    112   val,  m  vol';  M    114  cam,  m  edmm'; 


—  363  — 

M  120  cam,  m  coin,  ("est  l'a  de  fae  36  qui  l'a  empêché  de  songer  à 
foye  et  qui  lui  a  suggéré  juive.  Ailleurs  l'a  est  conservé  :  M  28 
cam,  m  cam;  M  5~  donne,  m  donn' ;  M  78  ra/,  m  ca//'  :  M  io5  caé, 
m  cawes;  M  106  balawes,  m  id.  :  M.  68  lembar,  m  Limbâr. 

Les  variations  de  a  et  de  an  ont  été  conservées  24  fois  sur  27  : 
voici  les  trois  dissidences  :  M  67  quanr,  m  qwarts;  M  70  maue 
(c'est-à-dire  mau-y-e),  m  maiv.  M  101  quaur,  m  quarts. 

M  1128  rarin  devient  dans  m  /■;//■/  et  M  i'5o  n'arin  devient  n'auri. 
Ici  l'infidélité  se  double  d'inconséquence,  puisqu'il  faudrait  ra/'/, 
ft'ârï  ou  rauri,  lïaurî.  Le  ver\  iétois  moderne  dit  le  plus  souvent 
rârît,  n'ârît,  niais  rarît,  n'aril  avec  a  bref  s'entend  aussi.  Quant 
à  la  désinence,  il  ne  fallait  rien  changer  à  in,  qui  était  jadis  la 
terminaison  de  la  3P  personne  du  pluriel  a  l'imparfait  et  au  con- 
ditionnel. Il  n'y  a  pas  une  seule  exception  clans  notre  texte 
manuscrit. 

M  io3  et  104  porte  sïonhe,  ionhe  (s'il  eût,  il  eût);  m  corrige  en 
s'iohe,  i'ohe.  Or  le  on  noté  ici  est  un  o  long  fermé  assombri 
jusqu'à  la  nasalisation  :  i-ôhe,  ionhe.  Le  phénomène  est  régulier 
en  verviétois  et  il  n'y  avait  pas  lieu  de  modifier. 

Que  graphie  singulière  de  m  consiste  à  infliger  les  finales  de 
l'impartait  français  aient  ou  ail  à  la  terminaison  -et  de  nos  verbes  : 

M  4  duf'net  est  corrigé  en  duvnaient,  pour  duv'nèt  (deviennent). 

M  35  meritet  est  corrige  en  méritaient,  pour  mèritèt  (méritent). 

M  37  contet  est  corrigé  en  comptaient,  pour  comptât  (comptent). 

M  48  proiwret  est  corrigé  en  prouvait,  pour  prouvera  (prouvera). 

M  io5  haivet  est  corrigé  en  hawaient,  pour  hawèt  (=  ils  aboient). 

M  106  />o/e/  est  corrigé  en  volaient,  pour  po/ëi  (voient). 

M  125  ratrapet  est  corrigé  en  ratrapait,  pr  ratràpèt  (rattrapent). 

Lu  fin  les  trois  passages  suivants  contiennent  des  corrections 
inadmissibles  :  M  7  du  skiwins  ni  d'  ces  porcureux,  m  ni  du  ska- 
vins  ni  porcureux  :  M  i>3  delluengne  tyre,  m  des  Iwegne  tire,  mais 
le  sens  de  tire  (race,  engeance)  s'oppose  au  pluriel  et  le  texte 
aussi  ;  M  80  si  tassin  transformé  en  //'  Tassin, 

Nous  ne  citons  pas  les  doublements  de  consonnes,  les  apos- 
trophes inutiles  ou  mal  placées,  ces  mille  et  une  infidélités  réunies 
en  i3o  vers  sans  rien  améliorer  au  texte  :  tout  cela  s'explique  par 
l'absence  de  principes  orthographiques  en  1880.  L'original  n'était 
certes  pas  un  modèle  d'orthographe,  mais  iljavait  au  moins  le 
mérite  de  la  simplicité,  de  la  naïveté.  Il  faut  donc  sur  ce  point 
conclure  que  la  petite  publication  locale  de  Jules  Matthieu,  suffi- 
sante  pour  contenter   les   curieux    d'histoire  anecdotique,   —  et 


—  364  — 

i  toute  l'ambition  de  son  auteur,  —  ne  peul  nullement  servir 
études  dialectale 

\  ,,.  point  de  vue  la  satire  est  précieuse  et  mérite  une  nouvelle 
publication.  L'aventure  qu'elle  blasonne  est  de  1641.  A  en  juger 
,,;,,  [os  détails  circonstanciés  qu'elle  contient,  elle  ne  doit  pas 
avoir  été  composée  Longtemps  après  l'événement.  11  suffit  pour  s'en 
convaincre  de  la  comparera  une  pièce  française  du  xvin*  siècle  (') 
sur  le  même  Bujet,  reproduite  par  M.  Weber  dans  l'article  énoncé 
oi-dessus.  L'invention  filandreuse  et  sans  précision,  chargée  de 
pathos  ci  de  mythologie,  de  la  pièce  française,  œuvre  de  quelque 
savant  du  terroir,  contraste  avec  la  narration  sèche  et  toute  en 
faits  locaux  de  l'auteur  wallon.  Cette  pasquille  wallonne  est  la 
plus  ancienne  œuvre  verviétoise  connue.  Le  texte  original  du 
wii  siècle  nous  manque,  il  est  vrai,  mais  les  graphies  d'une  copie 
subséquente,  par  leur  inconséquence  même,  tantôt  rajeunissant 
le  langage,  tantol  copianl  le  modèle  servilement,  nous  permettent 
d'étudier  des  détails  di1  la  phonétique  antérieure. 

Au  reste  nous  avons  eu  la  chance  de  trouver  une  seconde  copie, 
également  du  xvnr2  siècle.  Un  de  nos  collègues  de  la  Société 
verviétoise  d'Archéologie  et  d'Histoire,  M.  le  juge  Prosper  Deches- 
111',  dont  la  famille  est  originaire1  de  Stembert,  découvrit  récem- 
ment dans  des  papiers  anciens  un  texte  wallon  qu'il  me  communi- 
qua. J'y  reconnus  le  chant  burlesque  sur  le  chat  volant  avec 
maintes  variantes,  .le  montrai  la  publication  antérieure  de 
.1.  Matthieu  a  M.  Deehesne,  qui  me  laissa  son  manuscrit  pour 
confrontera  loisir  les  deux  textes.  Grâce  à  l'heureuse  trouvaille 
et  :i  l'obligeance  de  M.  Deehesne,  il  est  donc  possible  de  comparer 
les  deux  copies  anciennes  et  de  se  l'aire  une  idée  plus  précise  de 
l'original.  C'est  maintenant  presque  un  devoir  d'éditer  ces  i3o 
vers  :  les  textes  anciens  en  patois  de  Verviers  sont  trop  rares  pour 
en  laisser  échapper  un  seul,  quelle  qu'en  soit  d'ailleurs  la  valeur 
historique  ou  littéraire. 


1  chai  volant  |  île  la     Ville  «le  Verviers,  |  histoire  véritable  arrivée 
par   Monsieur  Willem   Crac.    --   Imprimé   à  Amsterdam,    chez 
'!"••-   La    France,  à    l'enseigne  du     Chat   Botté,  en    17'^).     Suivi  <le  la  ] 
ou   Les  cousins.        Poème    inédit.   ||   Verviers,   imp.   de 

fils 1  S4 1 .         pour  la  1"    édition,   voyez  WEBER,  Bibliog. 

--■  —  M.  All'in  Bod}    m'écrit   que* le  bibliophile  L.-F. 
v.  en  possédait  deux  copies,  l'une  de  sa  main  en  vue  d'une 
'autre  plus  ancienne,  et  que  cette  copie  plus  ancienne  n'était 
ne  le  lexte  de  l'édition  Angenot, 


-  365  - 

Peut-être  découvrira-t-on  d'autres  versions.  Au  point  de  vue 
où  nous  nous  plaçons,  semblable  découverte  ne  détruira  pas  nos 
constatations  linguistiques,  elle  les  précisera.  La  reconstitution 
littéraire  doit  choisir  parmi  les  variantes,  mais  la  linguistique 
peut  se  contenter  de  les  collectionner.  Or,  dans  le  cas  présent,  il 
s'agit  moins  d'une  œuvre  littéraire  à  ressaisir  dans  son  intégrité 
que  d'un  recueil  de  faits  dialectaux. 

Etudions  maintenant  nos  deux  copies  manuscrites,  que  nous 
appellerons  M  et  1),  du  nom  de  leurs  possesseurs,  en  désignant 
par  m  l'imprimé  dérivé  de  M. 

M  et  I)  sont  deux  feuilles  de  même  hauteur,  papier  officiel 
filigrane  aux  armes  des  princes-évêques.  Aucun  nom  propre, 
aucune  date.  La  feuille  M,  très  fripée,  a  pour  titre,  au-dessus  de 
l'œuvre  même  :  Le  vol  du  chat  de  Vervier,  chant  Burlesque.  La 
feuille  1)  n'a  pas  de  titre,  mais  porte  au  revers,  sur  une  des  faces 
de  la  feuille  pliée  en  quatre,  les  mots  paskée  faite  sur  Veruîer, 
inscription  à  peine  visible  sur  cette  face  extérieure  très  salie  et 
chamarrée  de  chiffres. 

L'écriture  de  la  copie  I)  a  pu  être  identifiée  à  celle  d'un 
manuscrit  que  possède  également  M.  P.  Dechesne.  C'est  le  registre 
du  margnillier  Jean  Quirin  Bouxha,  de  Stembert,  né  a  Stembert 
le  io  octobre  I7">3,  mort  au  même  lieu  le  8  octobre  1828.  Son 
manuscrit  fut  commencé  en  l'année  1781.  De  la  même  écriture  est 
encore  un  «  Règlement  pour  faire  le  Jeux  franc  principalement 
»  pour  le  grand  boursier  dont  on  trouve  tout  ce  qui  est  le  plus 
»  essensielle  pour  tous  les  jour  de  la  dédicace  et  pour  l'octave  et 
»  jour  suivant  écrit  l'an  1774  »■  L'auteur  de  la  copie  est  donc 
J.  Q.  Bouxha,  qui  la  fit  aux  environs  de  1780. 

Malgré  cette  date  relativement  récente,  D  est  plus  archaïque 
que  M  par  l'orthographe  et  par  les  particularités  de  la  phonétique. 
M  s'attache  moins  à  la  lettre  du  modèle,  il  respecte  mieux  la 
grammaire  et  la  prononciation  de  son  temps.  Examinons  ces 
points  de  plus  près. 

M  est  copié  sur  un  autre  texte  et  non  transcrit  de  souvenir  ou 
de  audit  11.  En  effet,  il  contient  des  corrections  qui  ne  s'expliquent 
pas  autrement,  corrections  immédiates  faites  par  le  copiste  recti- 
fiant à  mesure  une  erreur  commise.  Au  vers  23  il  substitue  y  à  i 
dans  tire  ;  au  vers  33  il  substitue  ryrans  à  rirans.  Or  la  logique 
ne  demandait  pas  ces  corrections,  mais  seulement  une  fidélité 
superstitieuse  à  un  texte  antérieur.  Au  vers  36,  après  avoir  mis 
des=sucri  duoen,  il  barre  duven  et   lui  substitue  au-dessus   son 


-  366  — 

lisez  so'ne  faye),  el  la  fin  du  vers  suit  la  direction  déviée  de 
son  nfae.  Vu  même  vers,  le  copiste  avait  d'abord  écrit  paucgmin, 
puis  il  corrige  eu  inscrivanl  un  /»  sur  le  g.  Sans  doute  le  h  du 
modèle  s'étendait  plus  en  aval  par  son  second  jambage  qu'en 
amniii  par  la  Uaste,  et  le  lecteur  avait  pu  le  prendre  d'abord    pour 

H  11    g. 

De  même  l>  est  copié  sur  un  texte  antérieur.  Au  vers  28,  moh... 
est  biffé  pour  y  substituer  moxhet,  afin  d'écrire  xh,  subite  affec- 
lation  .le  science  orthographique  qui  prouve  que  la  personne  copie 
un  texte.  Au  vers  46,  k umen  avait  d'abord  été  transcrit  par  qu. 
Au  ver-  6a,  ahimen  est  précédé  de  auxhe  biffé  ;  le  copiste,  tenté 
d'employer  auhèyemint,  la  forme  usitée  de  son  temps,  s'est  repris, 
évidemment  pour  rester  conforme  à  son  original.  Au  vers  89,  on 
voit  m1"'  pietrau  a  été  ajouté  après  coup,  en  caractères  plus  petits 
h  plus  droits,  laissant  un  intervalle  inusité  entre  lui  et  le  mot 
suivant,  si  l'auteur  avait  entendu  le  mot,  qui  est  Pierrot,  il  n'aurait 
pas  liésité  pour  l'écrire  et  surtout  il  ne  lui  aurait  pas  donné 
cet  te  sotte  graphie. 

Quelle  relation  y  a-t-il  entre  les  deux  copies?  A  certains  en- 
droits, elles  concordent,  sauf  des  différences  fantaisistes  d'ortho- 
graphe. A  d'autres,  elles  apparaissent  si  discordantes  pendant 
troisou  quatre  vers  qu'il  est  visible  qu'elles  procèdent,  non  d'une 
source  commune,  mais  de  traditions  assez  incertaines,  en  partie 
orales.  Comme  jadis  dans  les  chants  épiques  des  aèdes,  ce  que  la 
mémoire  n'avait  retenu  qu'infidèlement  était  refait  plus  ou  moins 
d'après  de  vagues  souvenirs. 

11  serait  insipide  de  reproduire  ces  deux  textes  avec  leurs  agglu- 
tinations et  leurs  fragmentations  absurdes  de  mots,  avec,  tour  à 
tour,  leurs  consonnes  muettes  antiétymologiques  et  leur  nudité 
phonétique,  qui  ne  connaît  aucune  grammaire.  Le  travail  à  faire 
consiste  précisément  à  tirer  un  texte  de  ces  deux  copies,  qui  soit 
lisible,  «pii  soit  correct,  qui  résolve  les  énigmes  au  lieu  de  les 
laisser  résoudre  au  lecteur.  D'autre  part,  il  ne  faut  point  donner 
au  linguiste  un  remaniement  sans  contrôle  possible.  Autant  il 
;  fastidieux  de  fournir  toutes  les  variantes  graphiques  lettre 
par  lettre,  autant  il  est  nécessaire  de  noter  les  variantes  ayant 
me  Importance  au  point  de  vue  de  la  phonétique  et  du  sens.  Au 
paraître  trop  long,  nous  nous  sommes  attaché  à  donner 
ordre  d'idées  plutôt  trop  que  trop  peu.  Ainsi,  lorsque 
rons  un  des  deux  textes,  nous  donnerons  l'autre  en 
iae  la  graphie  exacte  du  texte  adopté.   Si  nous 


—  367  — 

nous  écartons  de  tous  les  deux,  ce  qui  arrivera  plus  d'une  l'ois,  nous 
exposerons  le  cas  en  note.  De  la  sorte,  celui  qui  préférera  une  des 
Leçons  de  la  note  pourra  choisir  en  connaissance  de  cause.  Ce 
système  est  le  seul  mode  de  publication  qui  ne  soit  pas  assujetti  à 
l'arbitraire  de  l'éditeur. 

Si  on  examine  la  texture  de  cette  pasquille,  elle  n'apparaîtra 
pas  très  satisfaisante. 

Il  y  a  d'abord  une  introduction  comparant  l'affaire  du  chat 
volant  reprochée  aux  Verviétois  à  celle  de  la  taupe  enterrée  vivante 
reprochée  aux  Stem bertains.  La  palme  de  la  sottise  revient  aux 
Verviétois.  Ni  Stembeii  ni  Dinant  n'ont  imaginé  rien  de  sembla- 
ble (vers  i-34).  'j(>  la''  mérite  d'être  transmis  par  le  parchemin  à 
la  postérité  (35-36).  En  effet  il  ne  s'agit  pas  ici  d'un  acte  isole, 
individuel  et  sans  portée  :  les  Verviétois  se  croient  très  intel- 
ligents, ils  ont  îles  magistrats  savants,  ils  ont  tous  participé  à 
l'affaire,  ("est  bien  une  bande  de  fous  que  je  vais  vous  exhiber 
(37-4<>>. 

L'initiative  revient  à  Louvegnez  le  bourgmestre.  Éloge  ironique. 
11  avait  depuis  longtemps  médité  et  discute  cette  merveille  :  faire 
voler  un  chat.  Il  avait  consulté  ses  grimoires  pour  conclure  qu'on 
peut  y  arriver  en  lui  attachant  deux  vessies  (4i-53).  La  théorie 
trouvée,  il  s'agissait  de  passer  a  la  pratique.  On  eut  recours  aux 
lumières  du  second  de  la  cite,  Malempre,  le  notaire.  Malempré 
demande  de  la  ficelle,  lie  les  deux  vessies  a  l'arrière-train  (53-56). 

Où  se  passe  la  scène  et  quand  ?  Cela  n'est  pas  dit  jusqu'ici.  On 
ne  nous  indique  bien  que  la  part  prise  par  trois  ou  quatre  per- 
sonnages. Après  Malempré  l'auteur  cite  un  Jean  Michaël  ou 
Michel  (65),  qui  parla  comme  un  vieil  Aristote,  offrant  de  parier 
contre  tous  ceux  qui  étaient  sur  le  marché  (la  scène  a  donc  lieu 
sur  le  marché)  qu'avant  trois  quarts  d'heure  le  chat  serait  à 
Limbourg  ou  au-delà  (65-70).  Puis  il  cite  Colin  le  décimateur  qui 
se  croit  bien  malin  à  parier  que  le  chat  volerait  tout  au  plus 
jusqu'à  Hombiet.  Puis  il  cite  Mangam  :  mais,  désillusion  !  il  cite 
celui-ci  pour  dire  qu'il  a  livré  ou  vendu  le  chat.  C'est  un  peu  tard  ! 

Arrivé  à  ce  point,  on  s'aperçoit  donc  que  l'auteur  n'a  pas  suivi 
l'ordre  chronologique  des  faits.  Mais  il  n'a  pas  suivi  davantage 
l'ordre  logique  dans  lequel  il  aurait  dû  présenter  les  types  qui  ont 
contribué  à  l'événement.  Faut-il  supposer  que  la  pièce  primitive 
valait  mieux,  qu'il  y  a  du  désordre  dans  l'œuvre,  que  ce  désordre, 
existant  dans  les  deux  textes,  remonte  à  une  copie  ancienne  d'où 
procèdent  ces  deux  textes  ? 


—  368  - 

iv,,i  ôtre  aussi  ce  qui  précédai  u'était-il  dil  que  pour  acter  la 
,,.  ,|„   vol  <-i    la    proposition,    mou    pour   raconter   des   faits 
On  le  croirait,  à    consulter  certains    verbes  qui    sont  au 
futur  dans  M  :  [5  no  va  mostré,  \6  poiret,  fô  it  prouuret,  58  qu'on 
ret...saret.  Mais  pourtant  le  vers  suivant,  dans  les  deux   ver- 
rions,éi ce  l'art  ion  effective  :  on  ly  lo{y)a  (5g).  Donc  ces  futurs 

,,ii  pas  un  remède  au  mal  que  nous  constatons;  ils  ne  sont 
qu'une  difficulté  de  plus,  à  laquelle  il  faut  trouver  une  bonne 
-oint  ion. 

Prenons  conseil  <le  la  suite.  Pour  mettre  fin  à  cette  affaire,  dit 
tire,  il  fallait  de  la  «  colle  de  notaire  ».  On  n'explique  pas  à 
i|iK.i  doii  servir  cette  colle  de  notaire,  et  il  semble  que  ce  soit  une 
simple  façon  de  faire  intervenir  le  notaire  en  le  ridiculisant.  Mais 
comment  prendre  la  chose  dans  le  sens  d'intervention  notariale, 
puisqu'on  va  chercher  cel  ingrédient  chez  l'apothicaire  et  que, 
n'en  trouvant  pas,  on  se  contente  de  saindoux,  dont  on  enduit  la 
tête,  les  ailes  (?)  et  les  reins  de  la  pauvre  bête  ?  (77-86). 

<  >n  signale  encore  la  présence  de  deux  personnages  qui  se  disent 
représentants  des  xii  hommes.  Mais  l'auteur  ici,  soit  amitié,  soit 
crainte  de  représailles,  ne  croit  pas  qu'ils  ont  été  des  dupes 
;.  ce  irait  manque  dans  M).  Il  affecte  aussi  d'innocenter 
in,  l'apothicaire  de  tantôt  (92-94).  Colin  non  plus  n'a  fait  que 
donner  des  conseils.  Mais  la  façon  d'excuser  tous  ces  gens  est 
assez  équivoqae  :  l'auteur  les  soutient  comme  la  corde  soutient  le 
pendu  (<)"«- 106). 

on  attend,  pour  aider  au    vol,  que   le  vent    s'élève.    Malempré 

porte   le  chat,  qui,  de    frayeur,    inonde  son  porteur  de  diarrhée. 

arrivée  au  clocher  :  il  lance  le  chat  par  l'étroite  lucarne.  Chute  de 

l'animal,  qui  se  réfugie  aux  environs.  L'auteur  ajoute  un   dernier 

irait  de  satire  sous  forme  de  prédiction  :  gare  si  on   le  rattrape  ! 

30ts  incorrigibles  ne  concluront  pas  à  l'impossibilité  du    vol; 

nplaceront  les  deux  vessies  par  deux  coqs,    c'est-à-dire  par 

deux  volatiles  incapables  de  voler.  La  morale    ou   réflexion    finale 

ramène  a    la    comparaison    du    début;    je    savais    bien    que 

bert  aurait  sa  revanche  ! 

11    résulte  de   cette    analyse    préalable    ou    expectante  que,    si 

r  a  plus  ou  moins  raconté  le  début  et  la  fin  de  l'action,  il  en 

;  la    partie   centrale.    Il    ne   montre  ni  la  foule,  ni  le 

L'intervalle    entre    les    préliminaires   et  le 

it  rempli  par  un  défilé  de  grotesques.    Xe   serait-ce 

fait  le  plan  etl'unité  de  notre  pasquille  au  dévelop- 


-  369  - 

peinent  peu  académique?  Voyons  si  cette  hypothèse  résout  toutes 
les  difficultés. 

D'abord,  s'il  ne  présente  qu'une  collection  de  types,  l'auteur  est 
par  là-même  dispensé  de  la  rigueur  chronologique.  Le  passage 
relatif  à  Mangam  le  boucher  fournissant  le  chat  ne  paraîtra  plus 
trop  tardif  en  ce  sens.  .Mangam  est  un  comparse:  il  fallait  bien 
donner  les  premières  places  aux  grands  premiers  rôles.  Nous 
résisterons  donc  à  notre  désir  de  caser  le  couplet  sur  Mangam 
(72-76)  après  le  vers  54,  entre  l'appel  fait  aux  lumières  deMaîempré 
et  l'arrivée  de  ce  personnage.  Non  pas  que  l'ordre  de  la  composi- 
n'en  dût  être  amélioré;  mais,  dans  ce  défilé  de  fantoches,  l'action 
devient  vraiment  accessoire.  1011e  était  accessoire  aussi  pour  les 
contemporains  de  l'événement,  qui  tous  la  connaissaient  en  détail. 

Même  on  peut  dire  que  ee  (pie  nous  avons  appelé  début  et  fin  de 
l'action  n'est  encore  qu'une  apparence.  Il  ne  semble  y  avoir  un 
commencement  de  récit  que  parce  que  les  premiers  rôles  inter- 
viennent au  début  de  l'action.  De  même  il  n'y  a  de  dénouement 
raconté  que  parce  qu'il  fallait  bien  acter  les  résultats  de  tous  ces 
efforts  combinés,  ("est  moins  un  récit  que  l'orchestration  finale, 
le  ridicule  de  tous  après  le  ridicule  de  chacun. 

Cette  interprétation  résout  encore  deux  autres  difficultés,  celle 
des  verbes  qui  sont  au  futur  et  la  singularité  des  transitions,  qui 
paraissent  au  premier  abord  si  déplaisantes  et  si  pauvres.  C'est  à 
la  lettre  qu'il  faut  prendre  le  vers  42  :  uos  ulez  uèy  one  banne  du 
fous.  L'auteur  se  l'ait  imprésario,  il  annonce  une  suite  de  sil- 
houettes comiques  et  rien  de  plus  :  «  Vous  allez  voir  (42)...;  — 
Lovegné  va  nous  montrer  (45)...;  —  il  prouvera  (48)...;  — je 
crois  qu'ils  prendront  du  saindoux  (84)...;  —  holà  !  tout  doux  ! 
écoutez  bien  tous  !  voici  la  drôlerie  de  ces  gredins  (107-108);  —  le 
chat  va  voler  !  voici  le  conseil  qu'on  va  leur  donner  (109-110);  — 
regardez  bien  comme  il  pirouette  !  (120)  ;  —  s'ils  le  rattrapent,  ils 
le  feront  voler  accosté  de  deux  coqs  !  (120-126)  ».  —  C'est  le  pro- 
cédé tout  subjectif  et  tout  lyrique  de  l'homme  qui  croit  encore 
assister  aux  événements,  qui  les  montre,  qui  les  prédit,  qui  touche 
les  fantoches  de  sa  baguette.  Les  verbes  qui  sont  au  passé,  temps 
du  récit,  et  qui  ont  pu  donner  le  change,  sont  en  réalité  subor- 
donnés aux  autres  et  font  ménage  comme  ils  peuvent  avec  eux. 
Je  les  accuse  d'avoir  jeté  une  grande  indécision  dans  l'esprit  des 
gens  qui  ont  successivement  appris  ou  copié  le  texte.  A  cause  de 
cette  apparence  de  récit,  plusieurs  des  traits  que  nous  venons  de 
rassembler   ont   disparu.  On   ne  retrouve  pas    dans    D   l'annonce 

24 


—  370  — 

„„-.„„.  ,|(.  l'exhibition  :  «  Vousa//ez  voir  une  bande  de  Tous  »  (42), 
„i  Louvegnez  va  nous  montrer  »  (45)...  ni  le  mouvement  de  M 
«  holà!  écoutez!...  voici!...  »,  ni  celui  de  M  109-110: 
a  il  /..-,  voler  !  voici...  »  ni  celui  enfin  de  M  120  :  «  regardez  bien...». 
AJnfli  l'origine  des  principales  différences  entre  les  deux  textes 
pro,  [0Uj  ,ir  cette  difficulté  d'interprétation.  La  difficulté  est  réelle, 
noua  l'avons  éprouvée  aussi  :  qu'on  nous  pardonne  donc  la  longueur 
,1,.  cette  analyse  ci  de  cette  discussion,  sans  lesquelles  il  n'y  avait 
de  reconstitution  du  texte  possible. 
L'auteur  est  naturellement  inconnu.  11  devait  être  Stembertain. 
prouvé  i°  par  le  soin  qu'il  prend  d'opposer  l'action  des 
Verviétois  à  «'elle  des  Stembertains,  pour  en  tirer  une  justifica- 
tion et  une  revanche  en  faveur  dé  Stembert  ;  20  parle  vers  9  :  Nos 
/icres  qui  d'morint  à  Slimbiè.  Peut-être  était-il  le  receveur  ou 
décimateur  de  Stembert  en  1641:  car,  au  vers  96  M,  il  appelle 
Colin  d'dèmieù,  décimateur  de  Verviers,  son  confrère.  Le  fait 
qu'une  copie  ;i  été  retrouvée  dans  les  papiers  d'une  famille  de 
Stembert  est  aussi  une  indication.  Nous  ne  pouvons  cependant 
aller  au-delà  :  Stembert  faisant  alors  partie  de  la  commune  de 
\  erviers  n'avait  pas  d'archives,  et  nous  n'avons  rien  trouvé  non 
plus  sur  ce  point  dans  le  consciencieux  travail  de  M.  A.  Fassin  ('). 

Passons  aux  constatations  phonétiques.  L'ensemble  des  deux 
copies  M  et  D,  grâce  aux  variantes  nombreuses,  nous  assure  un 
total  île  256  vers  a  étudier.  On  y  voit  (pu;  tous  les  traits  linguis- 
tiques distinguant  le  dialecte  verviétois  actuel  du  liégeois  exis- 
taient déjà  nettement  marqués.  Entre  le  langage  d'aujourd'hui  et 
celui  du  xviii''  siècle,  il  n'y  a  vraiment  que  de  minuscules  diffé- 
rences. Pour  remonter  au-delà,  précieuses  sont  les  contradictions 
entre  les  graphies.  Au  lieu  de  s'imposer  une  loi  uniforme,  le 
copiste  sollicité  a  son  insu  par  deux  forces  opposées,  tantôt 
modernise  ses  graphies,  tantôt  suit  la  tradition  de  son  modèle.  Il 
lui  arrive  aussi  d»;  laisser  dans  son  texte  des  indications  sur  l'état 
antérieur  du  dialecte,  sur  le  verviétois  du  xvne  siècle. 

1.   <)n  sait   que  l'a  long  du  wallon    ardennais    est   devenu  a  en 

lis,  0  en  verviétois.  Les  écrivains  verviétois  représentent  ce 

-•mi  par  au  presque  toujours.  Dans  notre  texte,  sur  27  cas,  M  écrit 

i  au,  2  fois  ;<  :  parli  (i  et  malheur  83,  ce    dernier    dans   une 


herches  historiques   sur  les  communes  île   Stembert   et  de 
-.  Remacle,  1890. 


-  37i  - 

expression  plutôt  française:  par  malheur  ;  1)  au  contraire  pré- 
sente 14 fois  a  et  i3  t'ois  au.  11  n'y  a  point  de  système  dans  ce 
départ  opère  par  D;  il  se  contredit  inconsciemment,  écrivant  a  uy 
teins  6  et  au  deu  costé  122,  autou  118,  parly  6  et  paurlez  io5, 
ahimen  62  et  auheemen  110.  Le  modèle  copié  par  I)  avait-il  a 
partout  '.'  ("est  peu  probable,  et,  quand  cela  serait,  le  l'ait  resterait 
sans  importance.  La  graphie  a  s'est  imposée  si  longtemps  par  la 
force  de  la  tradition,  en  dépit  du  changement  qui  s'était  produit 
dans  la  voyelle,  qu'on  ne  pourrait  en  cela  conclure  de  la  graphie 
au  son.  Mais,  quant  au  son,  les  Verviétois  du  \\n  siècle  pronon- 
çaient comme  ceux  d'aujourd'hui.  Les  mots  du  langage  ordinaire 
ne  le  prouvent  guère,  parce  qu'ils  apparaissent  francisés  dans  les 
acte-,  mais  les  noms  propres  conservent  parfois  dans  l'écriture 
la  trace  de  la  prononciation  originale.  Ainsi,  pour  choisir  un 
exemple  du  même  temps  que  notre  épisode,  dans  une  pièce  vervié- 
toisede  i654  (M,  le  même  nom  revienl  deux  fois,  d'abord  sous  la 
forme  Pasquay  Thiry,  puis  sous  la  forme  Thiry  Pauquay.  La 
première  est  étymologique,  la  seconde  est  celle  de  la  prononcia- 
tion courante.  Au  reste  ce  trait  doit  remonter  beaucoup  plus  haut, 
si  l'on  peut  ici  juger  par  analogie,  puisqu'on  trouve  déjà  de  nom- 
breux exemples  de  ;*//  au  \i\  siècle  dans  Henirieourt  (2).  —  Notons 
l'exception  de  gvoV)  117  (dj'vô)  el   cellede  ote  M  34(fr.  autre  . 

2.  Le  traitement  actuel  de  a  entravé  dans  des  conditions  spéci- 
fiées!) ne  se  décèle  que  dans  deux  mots  :  sege  35  1)  et35  M  (fr. 
sage)  et  essé  ."S 7  M,  qui  correspond  a  assez  5g  I).  Les  pièces  ne 
contiennent  aucun  mot  du  suffixe  -aticum  :  èdje.  On  trouve  woigy 
M  65  qu'il  faut  peut-être  prononcer  wèdji  conformément  aux  autres 
graphies  en  oi,  mais  1)  G-  a  en  regard  wogy  qui  est  équivoque, 
Vi  ayant  peut-être  été  omis;  el  d'ailleurs  le  verviétois  actuel  dit 
encore  wadji,  tandis  tpie  Polleur  prononce  wèdji.  Des  deux  seuls 
exemples  surs  on  peut  conclure  que  Verviers  connaissait  déjà  cet 
è  correspondant  à  un  a  liégeois,  mais  non  qu'il  avait  déjà  étendu 
ce  traitement  à  un  grand   nombre  de  mots.  —  Nous  n'avons    pas 


(')  .1.  Lejear.  Fortifications  de  Veroiers,  dans  Bull,  de  la  Soc.  nerniétoise 
d'Archéologie  et  d'Histoire,  t.  II.  p.   128  et   1129. 

(2)  Georges  Doulrepont,  Etude  linguistique  sur  Jacques  île  Henirieourt  et 
sonépoque.  MÉM.  COURONNÉS  ET  AUTRES  MÉM.  p.  p.  l'Acad.  l'oy.  île  Belgique, 
t.  XL VI  (1891),  nos  (i.  S.  120,  78. 

(3)  Georges  Doutrepont  et  Jean  Ilaust,  Les  parlera  du  Nord  et  du  Sud  Est 
de  la  Province  de  Liège,  dans  MÉLANGES  Wu.motti:.  p.   14. 


—  372  — 

cité  tchèt  {cattum),  qui   rentre    dans  la   même   règle,   parce   que 
cette  forme  esl  d'un  usage  beaucoup  plus  général. 

1  ),,  counaîl  l'amour  du  verviétois  pour  le  son  ;i,  qu'il  substitue 
souvent  à  Vo  tonique  ardennais  et  liégeois.  Il  substitue  de  même 
,.,  |ono  à  "  liégeois,  Ô  de  Stavelot,  dans  les  mots  de  suffixe  ura  et 
d'ant  res  analogues.  <  Jhacun  de  nos  textes  contient  quinze  exemples 
de  cette  aature,  en  y  comprenant  ûawe  qui  est  une  forme  d'un 
usage  plus  étendu, el  Limbàr{  Limbourg).  Sur  ces  quinze  exemples, 
M  h  :l  que  trois  lois  0  et  I)  deux  l'ois;  et  encore  on  peut  croire  que 
par  inadvertance,  la  graphie  française  en  mm,  nn  étant  sub- 
stituée à  la  wallonne:  comme  D  28,  D  66,  M  64,  donne  M  57.  Une 
seule  fois  com,  M  97,  contre  cinq  ou  six  cam  dans  chaque  pièce, 
donne  à  penser  que  la  langue  hésitait  entre  corne  et  came,  mais  elle 
l>  fait  encore  aujourd'hui.  Les  autres  mots  sont  cawe  D  28,  107, 
écrit  cae  M  28  et  ca'ê  M  io5,  par  impuissance  a  noter  le  w  ou  pour 
imiter  une  vieille  graphie;  balawe  1)  108  et  M  106;  lenbar  D  70; 
lembar  M  68;  (Inné  I)  5g,  donne  M  57;  cal  (colle)  I)  80  et  M  78, 
deux  mots  particuliers  à  M  :  fae  36  =  faye  (feuille),  et  val  112 
(vole),  qui  dans  l'usage  actuel  est  plutôt  vole  (pie  vale.  On  peut 
doue  dire  que  le  changement  verviétois  de  o  en  a  était  accompli  à 
l'époque  de  la  composition  même  de  la  satire;  sans  quoi  nos  deux 
copistes  n'auraient  pas  atteint  cette  quasi-uniformité  dans  l'em- 
ploi de  a,  et,  surtout  pour  des  formes  d'origine  si  diverse. 

}•  <  bi  peut  en  dire  autant  de  cet  u  atone  qui  remplace  à  Verviers 

l'i  liégeois  dans   les   monosyllabes  proclitiques,  dans   les  préfixes, 

dan-  les  mois  commençant  par  deux  consonnes.  Ici  les  exemples 

nnent  des  //;/,  du,  quu,  su,  lu  (je,  de,  que,  si   et  son,  le). 

Plus   marquants   sont    kiimeii  D  46,    cumin   D  55,   cumen  M  46: 

juhan   D65  (Jean);    sucrit   M  36;  sufaite  M  32,  D  32;  luwengne 

I»    23,    luengne  M   23  (anc.-fr.   lorgne  adj.)  ;    scuvin    ou   skiwin 

(échevin).  Sur  environ  80  exemples,  on  trouve  i  quatre  fois  :  di 

et  1  rois  fois  si  tnssin  I)  82,  94,  M  80,  lequel  est  pour  Sitassin  = 

Stassin,  nom  dérive  «le  Stasse        Eustache. 

.    l'n  cinquième  caractère  de   la  région  verviétoise  est  la  délia- 
ssât ion   partielle   ou    totale   des    voyelles  an,    in,    on.    Elle  se 
l'M'ie  assez  mal  dans  l'écriture.  Actuellement  encore  nos  auteurs 
souvent   des  nasales  qu'ils  ne  prononcent  pas.  11  ne  faut 
s'attendre  a  rencontrer  dans   des   écrits  d'il  y  a  deux 
•   exactitude   qu'on   n'observe   pas    aujourd'hui.    Xéan- 
de  dénasalisation  que  nous  fournissent  nos  deux 
a   -ullisance  que  le  phénomène  est  ancien.  Nous 


—  373  — 

ne  ferons  pas  état  de  même  M  3o,  3i,  D  3o,  3i,  qui  peut  être 
influencé  par  le  français,  niais  de  cam  omohet  M  28  (  =  comme 
on  moxhei  I>  28),  de  ô  foëant  M  11  =  on  foean  D  11),  de  la 
graphie  ridicule  et  pourtant  significative  russol  =  et  sole  M  3g 
(lisez  rassôlé  essaie,  rassembles  ensemble),  de  èssole  D  3g,  de 
Irole  M  et  1)  4"  (tremble),  toutes  formes  qui  nous  montrent  ô  pour 
on;  enfin  de  vaidou  I)  7"),  qui  est  nenriou  dans  M  7  3  (vendu),  et 
de  saifa  D  112.  qui  est  sen/a  dans  M  114  (sentit),  formes  qui  nous 
montrent  a/,  c'est-à-dire  è,  pour  eu  voyelle  nasale  de  ê. 

6.  Le  phénomène  contraire  qui  fait  dire  au  verviétois  actuel 
manhon  pour  mâhon  maison)  se  rencontre  aussi  :  I)  34  donne 
onte  pour  ôte  (autre)  qui  esl  oie  ilans  M  ^4,  et  M  à  son  tour  nous 
offre  si'ohhe  eo3  et  ionhe  104.  qui  demeure  yonhe  dans  I)  io5,  106 
(s'il  eût,  il  eût).  Ces  formes  nous  présentent  l'o  fermé  long- assom- 
bri jusqu'à  la  oasali  ation  parce  qu'il  a  été  prononcé  trop  ferme. 
On  pourrait  y  ajouter  liiwengne  M  23,  luengne  I)  23  (prononcez 
liuegn  si  ces  graphies  n'étaient  en  contradiction  avec  luegnrée 
M  20.  luwogrée  I>  26. 

7.  Le  traitement  ancien  du  suffixe  -nia  s'observe  dans  un  seul 
exemple  :  roelee  \\  M,  en  désaccord  d'ailleurs  avec  I)  44  qui  écrit 
roelaie  (  rôyelêye,  rayée,,  ai  de  roelaie  indiquant  un  ê  ouvert. 
On  trouve  plus  d'exemples  pour  la  finale  correspondant  an  français 
-ie,  qui  est  aujourd'hui  en  liégeois  -èye  avec  è  bref,  et  qui  en 
verviétois  tend  à  se  confondre  avec  -êye  de  -utu.  Ces  finales  sont 
toutes  en  -ée  dans  nos  texte-  :  soirée  M  et  I>  23;  luegnrée  M  26  = 
luwogrée  I)  26;  filosophée  M  47.  D  4<):  vessée  ou  vessées  M.  48,  95, 
120,  I)  ~m>,  61,  [  19 ;  drolrée  M  co8 ;  rouuée  M  95,  I)  97  (j'oublie); 
ajoutons-y,  par  analogie,  uêe  M  4-  (voir)  aujourd'hui  uéy,  /ee  M  1 
(fois)  aujourd'hui  /"ère,  l'énigmatique  d'eoée  M  11  ^  t/e  uee  D  n. 
Un  seul  mot  se  montre  avec  un  accent  grave,  crée  M  121,  mais 
nous  n'oserions  rien  induire  du  plus  ou  moins  d'obliquité  d'un 
accent  ! 

La  prononciation  verviétoise  se  rapprochait-elle  alors  de  celle 
qui  existe  encore  à  l'est  et  au  sud  de  Ver\  iers,  où  l'on  prononce 
-ee  et  même -é?  Ou  bien  était-ce  Stembert,  patrie  probable  de 
l'auteur  de  la  satire,  qui  présentait  des  traits  du  Sud-Est,  comme 
Dison  aujourd'hui,  aux  portes  de  Ver v iers,  a  les  traits  du  pays  de 
Hervé?  Ces  deux  raisons  peuvent  coexister.  Nous  sommes  per- 
suadé, sans  pouvoir  encore  en  fournir  la  preuve  palpable,  que  le 
dialecte  de  Verviers  tend,  depuis  soixante  ans,  à  se  rapprocher  du 
liégeois.  D'autre  part  il  est  reste  dans  une  de  ces  pièces  une  forme, 


-  W  - 

, seule,   qui  est    nettement   du    Sud-Est   :  c'est  ahimen   I)  62 

1  u  regard  de  auheemen  D  eio,  auheimens  M  60  et 
Hiiheimen  M  112,  cel  ahimen,  précédé  d'un  premier  essai  raturé 
indique  un  retour  à  la  graphie  de  l'original.  Or,  comme 
auhèvemint  ne  peul  être  issu  de  ahimint,  bien  entendu  en  ce  qui 
concerne  i  ère,  il  faut  admettre  que  Verviers  et  Stembert,  ou 
gtemberl  seul,  avaient  en  ni^i  cette  forme  âhimint,  et  le  féminin 
â/i/,  et  les  autres  formes  de  féminin  corrélatives  de  celles-ci,  qui 
Boni  aujourd'hui  reléguées  au  sud-est  de  Verviers. 
s.   La  valeur  de  oi  es1  fournie  par  la  rime  de  saq uoi  a,vec  efiet 

I  Stenbiei  l>  3i. 
Dana  le  domaine  de  la  morphologie,  il  y  a  peu  de  différences  a 
signaler. 

1.  Plus  d'imparfaits  ont  l'ancienne  forme  en  -eu.  A  côté  de 
juréve  M  69,  poirtéve  M  1 13,  dhéue  M  102,  /eue  D  i5,  estent,  aveut, 
savent  (passim),  conformes  à  l'usage  actuel,  on  trouve  poleu  I)  17, 
/a/en  M  53,  78,  qui  sont  remplacés  par  poléue,  faléve.  C'est  un 
Bigne  d'évolution  analogique  toute  normale. 

•j.  Aux  trois  personnes  du  pluriel  des  temps  du  passé  (imparfait 
ri   prétéril  de  l'indicatif,  conditionnel,  imparfait  du  subjonctif), 
on  trouve  aujourd'hui  uniformément  r;  la  forme  de  nos  deux  docu- 
ments esl   toujours  la  nasale  in,  sauf  qu'il  n'y  a  pas  d'exemples 
pour  la  deuxième  personne.  S'il  y  en  avait,  je  ne  doute  pas  qu'ils 
ne  fussent   en   i(z).  Voici  les   témoins  recueillis  de  l'ancien  usage, 
qui    s'esl    modifié  a    Liège   à   peu  près  vers  le   même  temps  qu'à 
Verviers   el    qui   existe,  encore   intact   dans  tout   le    Sud   et  l'Est 
wallon.  Imparfait  :   d'  morin  D  9,  M  9,  estin  I)  10,  (>(>,  89,  M  10,66, 
.tnin   M  38,  D  38,  fin  (faisaient)    I)  89.  —prétérit  :  not  leterreins 
nus  l'ètèrins)  M  19,  no  le  terin  I)  19,  pririn  ti  I)  11.  y  prirint 
.  su  h-  terin  ti  (su  V  ètèrint  -i)  D  12,  su  Lettereint-il  M  12,  — 
eonditionnel  :  rarin  (rauraient),  M   128,  I)  124:  narin  (n'auraient) 
D  126. 
''•    Rien  «le  particulier  dans  le  reste  de  la  conjugaison,  saut  que 
a  diphtongaison   de  vierret  (verrai  M  58,  uieret  D  60  a  disparu  a 
\  erviers  en   !';i\  cm-  de  retire. 

'■''    pronom    démonstratif  reit.x    est    aujourd'hui    en    wallon 

.  plus  rarement  ci(s).  La  l'orme  de  nos  textes  est 

rô.  diversement  écrit  :  set  d'Verui  et  set dinant  M  3,  D3; 

P  V.  M  21,  D  21;  se  <li  SI.  D  3i  ;  conte  tôt  set  M  66;  conte 

du  Stainbiet  M  127;  ses!  du  St.  I)  12."-!.  Ces  existe' 

:   ;i  Verviers  même,  il   est    encore   la   seule  forme 

eès-ci,  cès-Ia,  cès-vo-ci,  cès-vo-la. 


—  375 

5.  Le  pronom  ce  est  toujours  su  avec  u,  sauf  une  fois  sou  D  60. 
Aujourd'hui  cou  a  détrôné  eu  presque  complètement. 

(i.  Le  pronom  leur  (datif)  est  lès  et  non  lèzi  :  les  vad'  né  M  110; 
les  r'prochy  M  i3o,  le  rprochi  D  126;  gii'i7  za  vaidou  /'  chet  D  ~5, 
qu'il  zh  vendou  M  7!  (  =  <jui  Us  a.);  <}iïil  za  (F  né  M  74,  ou  bin  il 
za  dné  I)  76. 

7.  Les  pronoms  il,  ils  devant  un  verbe  commençant  par  une 
voyelle,  se  réduisent  à  un  i  qui  ue  forme  même  plus  syllabe,  mais 
se  change  en  semi-consonne  y.  Les  exemples  sont  trop  nombreux 
pour  avoir  besoin  d'être  cités.  Le  compte  des  syllabes  prouve  que 
ce  y  existait  déjà  du  temps  de  l'auteur. 

8.  L'adverbe  ni  a  une  fois  la  forme  ni  M  7,  I)  7,  et  une  fois  la 
forme  ne,  écrite  net  M  10,  I)  10.  Cette  dernière  est  la  prononcia- 
tion ancienne,  aujourd'hui  disparue.  Remarquez  que  ni  et  né  ont 
pu  coexister,  comme  aujourd'hui  du  et  dé  (qu'a-t-i  dé  fé?,  qu'i 
n'est  né  de  duo. 

9.  Signalons  pour  finir  la  forme  diskia  (jusqu'à)  I)  n5,  qui  est 
jusqu'à  dans  M  117.  Le  dictionnaire  de  Lobetne  donne  que  duska 
et  celui  de  Remacle  diska. 

Il  va  presque  sans  dire  que  l'idée  de  soustraire  un  corps  pesant 
à  l'action  de  la  pesanteur  a  l'aide  d'un  gaz  plus  léger  que  l'air 
n'était  pas  une  idée  si  ridicule  en  soi.  L'expérience  ne  réussit  pas, 
parce  «pie  les  conditions  nécessaires  pour  en  assurer  la  réussite 
étaient  inconnues.  Aussi  1  s  rieurs  eurent  beau  jeu.  En  dépit 
des  railleries,  cependant,  il  ne  faut  point  pousser  le  scepticisme 
ou  le  désir  de  justifier  les  Verviétois  jusqu'à  nier  la  réalité 
du  fait.  Notre  satire  croque  trop  bien  sur  le  vif  les  gestes,  les  atti- 
tudes et  les  paroles  des  personnes  qui  participèrent  à  cette  expé- 
rience pour  laisser  aucun  doute  a  cet  égard.  On  a  d'ailleurs 
retrouvé  dans  les  archives  de  l'époque  les  traces  des  personnages 
cités.  M.  Henri  Angenot  dans  Wallonia  xvn,  p.  002,  les  a 
identifiés  d'après  le  manuscrit  De  Sonkeux  et  d'après  Renier, 
Histoire  de  l'Administration  communale  de  Verviers.  M.  le 
Dr  Lejear,  qui  connait  à  fond  le  dépôt  d'archives  de  Verviers, 
m'a  fourni  d'après  ses  notes  les  noms  et  dates  qui  suivent  : 

Lovegné,  qui  avait  déjà  été  bourgmestre  en  i63o,  prête  serment 
comme  bourgmestre  le  25  novembre  ibJfi-  H  est  mort  le  i5  juin 
1649.  La  date  du  24  novembre  prouve  qu'il  est  impossible  que 
l'événement  ait  eu  lieu  à  l'époque  de  la  dédicace,  comme  l'affirme 


—  376  - 
5),  ou  à  la  Pentecôte,  comme  le  dit  la  pièce  française 

No1 1  •■  fête  Bera  de  demain  en  huit  jours  (vers  75). 

11  fallait  se  hâter  à  cause  de  la  fête  (v.  247). 

Quoi  ?  n'est-ce  pus  le  jour  de  votre  dédicace  ?  (v.  4$4)- 

Il  ne  sera  pas  dit  qu'un  jour  de  Pentecôte...  (v.  619). 

Tout  le  monde  venu  à  notre  dédicace...  (v.  663). 
-1  donc  après  le  25  novembre  que  l'affaire  se  passe. 

Jehan  Michel,  cite  seulement  dans  la  pièce  par  ses  prénoms, 
selon  l'ancien  usage,  s'appelait  Jean-Michel  Hanlet.  11  apparaît 
comme  commissaire  à  la  date  du  17  octobre  1637  et  comme 
bourgmestre  au  9  novembre  1637.  Il  est  mort  le  i\  avril  1666. 

De  Sonkeux  cite  Jean  de  Malempré,  notaire  à  VervierS  ;  Jacob 
Mangam,  échevin. 

Colin  le  dèmieu,  appelé  aussi  Colline!   dans  la  pièce  française 

vers  .  \    esl  rite  comme  originaire  de  Sfcembert,  ou,  plus 

exactement,  de   Keusy,  qui  dépendait  alors  de  Stembert  (v.  37). 

lionne  dans  cette  même  pièce  française  comme  l'inspirateur 

«le  l'expérience  :  niais   n'est-ce   pas   un    écho   amplifié  de  la  pièce 

w  allonne  ? 

Detrooz  «lit  que  l'apothicaire  chargé  d'alléger  le  pauvre  chat 
par  des  clystères  se  nommait  Saroléa. 

M.  Weber  ;i  démontré  l'existence. d'un  pharmacien   Saroléa  à 
Verviers.  Comme  celui-ci  s'est  marié  seulement  en  1667  ('),  il  n'est 
pas  impossible,  mais  il  est  peu  probable  qu'en  1641  il  exerçât  déjà 
les    fonctions   de   pharmacien.    M.    Weber  en   conclut  qu'il   faut 
reculer  la  date  de  l'événement.  Mais  la  date  de  1641  est  trop  bien 
établie  pur  les  notes  historiques  qui  précèdent  pour  autoriser  cette 
solution.  S'il  y  a  incompatibilité  entre  la  date  de  1641  et  le  nom 
de    Saroléa,    il    tant   plutôt  renoncer  au   nom,  lequel  n'a   d'autre 
garant  que  l'affirmation  de  Detrooz.    Dans  notre  pièce  wallonne, 
l'apothicaire  est  appelé  Sitassin,  Stassin,  nom  qui   peut  se  défor- 
mer en   Tassin.    Saroléa  portait  le  prénom    de    Toussaint,  écrit 
Vossin    dans   le   compte   que  cite  M.  Weber.   Est-ce  cette  quasi- 
ité  de  prénom  qui  a  créé   sur   le  tard  cette  identification  de 
roléa  ?  C'esl  possible    Ce  point  n'a  d'ailleurs  d'impor- 

mee  que  relativement  à  la  date  de  1641,  que  le  nom  même  de 
isait  contester.  Ce  nom  devenant  pins  difficile  à  admèt- 
rejeter,    nous   sommes  dégagé   vis-à-vis  de  lui   et   nous 


liure  citée  île  M.  \\  eber,  p.  7. 


-  377  — 

plaçons  l'événement  à  la  date  où  Lovegné  était  bourgmestre  et  où 

Jehan  Michel  avait  exerce  des  fonctions  publiques. 

II.    —   Texte. 

LE  VOL  DU  CHAT  DE  VERVIER 
Chant    Burlesque 

Dju  creû  quu  l'diâle  est  fou  d'èfiè, 
Qu'i-aprint  tofêr  des  nous  saqwès 
A  ces  d'Vèrvi  et  ces  d'Dinant.  — 
On  d'vint  tos  lès  djoûs  pu  met  chant  !  — 
5  Â  vi  timps  c'n'esteûl  uin  ainsi  : 


1-4.  II  esl  nécessaire  «le  mettre  on  regard  les  deux  débuts  et  de  les 
discuter  : 

I).  M. 

ju  creu  qul-dial  et  fou  d'efiel  sis  fée  la  L'dial  est  fou  d'aiufair 

(pii  âpre  11  toi  le  jou  de  novai  saquoi  <  >n  L'va  vey,  va  scou  qui  flair, 

a  set  dvervy  et  set  tliuant  Po  set-d'Vervij  po  set  dînant 

Ou  dvin  tôt  le  jou  pu  mechan  Qui  dufnet  to<li  pu  méchant  ; 

Dans  M  le  second  vers  esl  compose  de  deux  chevilles,  puis  le  troisième 
suit  cahin-caha  sans  signification  précise.  Absente  aussi  l'idée  ironique  de 
faire  passer  la  grosse  sottise  des  Verviétois  pour  une  inspiration  malicieuse 
du  démon.  Je  crois  donc  (pie  le  texte  de  M  a  été  refait  sur  ce  thème  :  le  diable 
est  hors  de  l'enfer,  le  seul  qu'une  mémoire  peu  fidèle  eût  retenu,  et  que  I) 
est  plus  proche  de  l'original.  La  forme  èfièt  comparée  à  ainfair  milite  dans 
le  même  sens.  Abstraction  faite  des  graphies,  qui  sont  mauvaises,  èfiè  ou 
înfiè  (inf  ernuin)  avec  sa  diphtongaison  iè  comme  Slimbiè.  Hombiè,  Houbiè, 
l.ambiè,  boubiè,  est  la  forme  ancienne  et  populaire,  détrônée  aujourd'hui 
par  la  l'orme  d'origine  religieuse  infêr.  C'est  donc  inf'êr  qui  a  été  substitué  à 
infiè,  èfiè,  et,  par  conséquent,  la  rime  flair  a  été  fabriquée  à  cause  de  iiifèr. 
Donc  la  leçon  de  I)  vaut  mieux.  —  Mais  le  vers  2  est  trop  long  dans  1). 
Comment  le  rétablir  par  conjecture  ?  ("est  tos  lès  djoûs,  encore  employé  au 
vers  4,  qui  a  dû  se  glisser  là  par  erreur  de  souvenir.  Il  faut  lui  substituer 
todi  ou  plutôt  tofêr  qui  est  si  verviétois.  Enfin,  comme  le  vers  est  encore 
trop  long  et  qu'on  ne  peut  dire  d'nooês  pour  dès  nooês,  je  conjecture  dès 
nous.  —  M.  Haust  propose,  en  supprimant  saquoi  :  qu'i-aprint  tos  les  fyoûs 
de  no  ne. 

3.  ces  (ceux  /  n'existe  plus  a  Ver\  iers,  sauf  en  composition  (cès-ci,  cès-vo-ci). 
C'est  pourquoi  J.  Matthieu  l'a  remplacé.  Aujourd'hui  on  dit  lès  ris,  avec 
l'article.  Matthieu  a  cru  qu'il  pouvait  contracter  en  l'cis,  ce  qui  est 
impossible.  La  concordance  des  deux  mss.  prouve  que  ces  est  la  forme 
usitée  au  xvnC  siècle.  —  Le  rapprochement  établi  entre  les  Verviétois  et 
les  cogères  de    Dinant  est  également  d'une  bonne  ironie. 

4.  Je  choisis  la  leçon  on  d'oint,  qui  imite  comiquement  la  poésie  senten- 
cieuse au  moment  où  la  morale  n'est  pas  en  situation.  II  faut  prendre 
méchant  dans  le  sens  de  malicieux,  diabolique. 

5.  M  au  vy-temps  on  nesteti-n'ainsi.  D  a  vij  lems  on  n'esteu  nin  ainsi.  —  a 
est  une  vieille  graphie  traditionnelle,  mais  la  présence  d'un  seul  au  prouve 
contre  tous  les  ;<  l'existence  de  la  prononciation  â  :  nous  inscrivons  donc 
partout  â.  Cf.  Introd.,  Phonétique.    —    n'ainsi  offre  une  contraction  de  deux 


—  378  - 

on  n'saveûl  çu  quVèsteûi  d'pârlî, 
\,  du  scuvin,  uè  d'porcureû, 
STè  d'fcos  ces  diâles  \  olaDts  d'magneûs. 
\,,-  pères,  qui  d'raorinl  a  Stimbiè, 
Qui-èstinl  scuvius  inte  ces  boubiès, 
De  vrry  prirint-i  ô  foyan, 


....  I!  faudrait,  pour  rétablir  la  mesure,  c'n'èsteût  nin  ainsi.  <>n 
pourrait  croire  que  c'esl  en  mal  lu  qui  a  eréé  on  et  par  suite  nainsi.  On  se 
mihstituail    d'autant    plus  facilement   que  la   phrase  suivante  corrélative  a 

I •sujet  on.  Si  "a  objecte  que  l'auteur  aurait   écrit   snesteu,  je   montrerai 

qu'au  vers  suivant  il  écrit  bien  <•//  et  non  su  pour  ç u. 

\l  (-;/  nsaveu.  I)  mi  saveu.  M  parli.  I)  parly.  —  eu  (ce)  :  les  deux 
textes  donuenl  toujours  eu,  à  lire  çu,  et  jamais  çou,  qui  est  la  forme 
ordinaire  actuelle. 

;  S  M.  I). 

du  -kuviiis  ni  d 'ces  porcureux  «lu  skuvin  ny  d'porkureu 

net  d'tol  ces  dial  volans  d'magueux  net  tôt  se  dial  volant  d'magneu 
7.  il  manque  une  syllabe  dans  I),  mais  il  n'est  pas  probable  que  ce  soit 
de  M;  la  symétrie  de  rémunération  et  d'ailleurs  la  mesure  demandent 
plutôt  ni  du  sfiii'in  ni  d'porcureû.  Mais  nr,  qui  se  trouve  sous  la  forme  net 
au  vers  suivant  dans  les  deux  manuscrits,  doit  être  la  prononciation  de 
l'original.  Comme  il  serait  étonnant  que  l'original  eût  ni  et  ne  dans  la  même 
éuumération,  nous  rétablissons  né  dans  les  deux  vers. 

i!<  volant,  tarare,  où  l'on  engouffre  la  matière  première  à  nettoyer, 
grains,  laine-,,  etc.  Cf.  Lobet,  p.  i">o.  Nous  ne  voyons  rien,  dans  l'affaire  du 
chat  volant,  qui  justifie  ce  développement  contre  les  «  parliers»,  échevins 
et  procureurs.  I, 'auteur  avait  une  dent  contre  les  gens  de  loi. 

1     !•  porte  no  graupére,  qui  est  synonyme,  mais  qui  rompt  la  mesure.  C'est 
sans  doute  une  mise   au  point    d'un    scribe   de  la  génération  suivante,    qui 
ercevait  que  les   pères  étaient   devenus    des  grands-pères.  —  Ce   vers 
montre  que  l'auteur  est    stembertain.   Au   vers   14.  il    parle   de   son  grand- 
parrain  dans  l'affaire  du  foyan  ètèré.  Au  vers  19,  il  dit  w;.s-  Vètèrins. 

10.   I»  i/ui  estin.  M  estin.  La  version  de  I)  paraît  plus    favorable   au   sens, 
ree  qu'elle  déchiqueté  moins  l'idée.  Voici  comment  je  comprends   la  suite 
du  raisonueineut  :    ■  Le  diable   inspire  aujourd'hui   des  malices   infernales 
autrefois  il   n'en  (Mail    pas  de    me  me  ;  on  vivait  naïvement,  ne  ronnais- 
~"1'  »i  avocats,  ni  échevins,    ni  procureurs,    ni    autres  sangsues  (5-g).  C'est 
•    qui  explique    l'aventure  de   la  taupe  enterrée  vivante  par   nos 
Stemhortaius.   Bref  récit,  explicatif  et    justificatif  de  cette  aven- 
Mais  cette  affaire  est  anodine   en   comparaison   de  celle   du  chat 
e  Verviers,  qui  l'ut.  elle,  le  fait   de  savants,  qui  fut  une  sottise   sans 

■'  V  "Il  ~. 

utins  semble    en   contradiction   avec  le    vers   7.    si    on    ne    le    prend 
le  sens  de  chefs,  car  il  n'y  avait  point  d'organisation    municipale 
qui   faisait   partie  de   la  commune  de  Verviers.   Je    comprends 
cul  des  borgnes  dan-  le  royaume  des  aveugles. 

x'    d'eoée.  Je    ne    puis   me   résoudre  a   conserver   ce    texte 
lui  :«  trouvé  aucun   sens,  a  corrigé  en    ine  feye,    correction 
•'  comprendrait  pas  que  l'expression  si  commune  one  fèye 
1  verviétois    se  fût    transformée  en  quelque  chosec  d'in- 

is  dan-  des   copies  aussi    diverses    que  M  et   D.  II  faut 

\   supposer  que  de  née  pût    signifier    t<  en  vie», 

mple,    ce  mot  ferait  encore   double   emploi  avec   tôt 


-  379  - 

Su  Pètèrint-i  tôt  viquant, 
Po  çn  qu'i-areût  fait  bècôp  d'mâ 
A  in'grand  pârain  Lambiè  Rauviaux, 
i5  A  te  dès  hauts  d'têre  è  s'corti, 

—  Bècôj)  pus'  quu  so  leù  plantchî  !  — 


oiquant du  vers  suivant.  Je  conjecture  de  urée,  «à  la  vérité», en  français  «  de 
vrai  »,  locution  qui  a  une  valeur  logique,  marquant  une  concession  et  éclai- 
rant la  suite  des  idées.  Qu'un  copiste  ne  l'ait  pas  compris,  l'ait  estropie,  rien 
d'étonnant.  Cependant  M.  Ilaust  me  suggère  une  interprétation  ingé- 
nieuse :  conserver  iVèvée  au  sens  de  de  iiwidia,  «  de  colère  ».  Je  l'adopterais 
volontiers  si  je  trouvais  des  exemples  d'une  locution  d'enoie  ou  de  inoidia 
avec  le  mot  envie  au  sens  latin  de  ressentiment,  colère. 

—  1)  pririn  ti.  M  y  prirint.  —  I>  on  foean.  M  6  foëant. 

ii>.   M  su  leterreînt-il.  I)  su  le  terin  ti. 

i3.  M  po  sut  quiareu.  1)  po  su  kiaveu.  .le  préfère  le  conditionnel, qui  intro- 
duit une  nuance  de  plus  (parce  qu'il  aurait,  dit-on...)  ci  dont  aveu  parait  être 
une  simplification.  L'affirmation  simple  réparait  au  vers  19. 

—  1)  mau. 

\\.  M  D  paurin.  Le  grand-parrain  doit  être  le  père  du  parrain,  par  ana- 
logie du  sens  de  grand-père. 

—  M  rauoiau.  I)  rauviaux.  Ce  nom  n'existe  ni  dans  l'ouvrage  de  A.  Fassiu 
sur  Stembert  ni  dans  le  Foyau  ètèrré  de  X.  Poulet  1  Huit.  île  In  Sor.  liég.  de 
Littérature  wallonne,  t.  3),  dont  le  récit  est  tout  de  fantaisie. 

1.").  I)  qui  feue  de  ho.  M  au  fé des  lios.  —  nu  fé  continue  mieux  la  phrase,  il 
est  moins  affirmatif;  et  cet  emploi  île  l'infinitif  avec  l'article  était  plus 
répandu  en  ancien  wallon  qu'aujourd'hui. 

i(i.   M  pus  qu  sot I)  pu  qu'so...  Le    sens  de    ce   vers  demanderait  toute 

une  dissertation.  Disons  d'abord  que  plantchî  dans  le  langage  du  paysan  est 
le  plancher  du  premier  étage,  et  par  extension,  la  pièce  du  premier  étage. 
In  enfant  invite  son  condisciple  à  venir  jouer  -<  so  nosse  plantchî  »,  ou  il  le 
repousse  en  disant  <■  va-re-z-è  so  l'  plantchî  !  ».  Quand  il  y  a  deux  étages, 
le  premier  s'appelle  prumi  plantchî,  le  second  est  Vdeûzinme  plantchî.  Mais 
la  connaissance  de  ce  mot  n'élucide  rien.  Que  signifie  leû plantchî ï  Le  plan- 
cher de  (pli  .'  Leur  désigne  plusieurs  possesseurs,  or.  on  n'a  parlé  (pie  d'une 
taupe,  d'un  propriétaire,  d'un  jardin.  Dans  tous  les  cas.  leur  est  donc  mis 
par  syllepsc.  Ou  peut  comprendre  «  le  plancher  des  Rauviaux  »  ou  «  le 
plancher  des  taupes  ...  De  là  divers  sens  possibles  :  i°  «  La  taupe  prison- 
nière avait  fait  beaucoup  de  mal  à  Lambert  Rauviaux  —  à  faire  des  taupi- 
nières dans  son  jardin:  —  (à  part)  évidemment,  elle  en  avait  fait  pins  dans 
son  jardin  (pie  sur  le  plancher  des  Rauviaux  !  »  i>°  «...  à  faire  des  bosses 
dans  son  jardin.  —  (à  part)  beaucoup  plus  encore  qu'il  n'y  a  de  hosses  dans 
le  misérable  plancher  des  Rauviaux.  ce  qui  n'est  pas  peu  dire  !  »  3°  «...  à  faire 
des  taupinières  dans  son  jardin,  ■•■  plus  qu'il  n'y  en  a  dans  leur  plancher  •> 
celui  des  taupes,  la  prairie,  où  l'on  peut  admettre  (pie  les  taupes  sont  dans 
leur  terrain  1.  J'avais,  dans  la  première  édition,  expliqué  l'idée  du  vers  i(i 
en  disant  que  c'était  «  une  de  ces  plaisanteries  genre  La  Palice,  jetée  en 
sourdine  ou  en  «7  parte,  dans  laquelle  le  défenseur  se  dédouble  un  instant 
pour  se  moquer  un  peu  de  celui  qu'il  défend,  par  besoin  de  montrer  qu'on 
n'est  pas  dupe  ».  Cette  explication  peut  s'adapter  aux  sens  1  et  :>.  —  M. 
Haust  me  suggère  une  4e  interprétation.  Pour  lui.  il  n'y  a  point  d'n  parte,  il 
faut  prendre  bècôp  comme  une  reprise  du  vers  i3,  où  il  y  a  bêcôp  d'mâ,  et 
reunir  pus  i/uu  qui  signifiera  puisque  au  lieu  de  /dus  </iie.  De  là  le  sens  : 
«  Beaucoup  de  mal.  puisque,   sur  leur  plancher  (=  sur  le  sol,   plancher  des 


-  38o  — 

I  n'avcut  n in  si  vite  semé 

oiiu  toi  s'corti  'nu'  èsteût  r'inouwé. 

Vola  poqwè  qu'nos  l'ètèrins. 

Après  l'djudjeminl  d'tos  lès  souvins. 

Vola  poqwè  qu'tos  ces  d'Vèrvî, 

Tanl  d'Hodîmonl  quu  d'so  l'Martchî, 

Nos  ont  loumé  dèl  luwègne  tire. 


taupes  .    il  u'avail   pas    plus  tôt  semé  que  tout  son  jardin  en   était  remué 
i  retourué  par  elles)  ». 

Je  ue  puis  me  rallier  à  cette  ingénieuse  hypothèse,  pour  trois  raisons  :  i° 
dans  ce  cas,  le  complément  -  sur  leur  plancher  »  n'a  vraiment  plus  de  sel  et 
n'a  pas  de  raison  d'être  :  20  la  reprise  emphatique  bêcôpet  la  coupe  du  vers 
ainsi  césure  ne  sont  |>as  «hms  les  habitudes  populaires;  3°  je  puis  certifier 
que  dans  M  il  y  ;i  un  point  après  cnrti  et  un  point  après plantchi  ;  le  transcrip- 
teur  de  M  comprenait  donc  bien  :  «  beaucoup  plus  que...  ».  Il  n'y  a  jamais  de 
ponctuation  dans  I).  m;iis  I)  a  écrit  :  »  baico  /m  qu'so...  ».  avec  pu  sans  .s-. 
preuve  que  lui  aussi  comprenait  «  bêcôp  pu  (=  plus)  qu'so  (que  sur)»,  car 
puaqui  ou  pusquu  >  puisque)  ne  peut  perdre  l'a.  M  et  1)  pouvaient  faire  contre- 
sens, mais  telle  est  leur  interprétation,  qui  nie  semble  être  l'interprétation 
traditionnelle.  Le  sens  4  écarté  pour  ces  raisons,  c'est  le  sens  2  qui  me  sourit 
le  plus  parmi  les  trois  autres. 

17.  M  1) 

ii  u'aveu  11  i  11  -i  vite  semé  «pion  poleu  riu  de  monde  semé 

qu  tôt  s'corti I  uesteu  r'moué  qui  n'aveu  co  pu  toi  rmoué. 

Il  faut  interpréter  le  '/(/'de  I)  17  par  au  point  </ne.  Au  reste  je  choisis  la 
leçon  de  M  pour  une  raison  de  style  :  le  vers  suivant  commencera  encore 
par  i/iiu  ;  cela  formerait  une  enfilade  de  subordonnées  horrible. 

is.  11  faut  transformer  D  en  qui  tï  l'aveût  ou  adopter  M  en  traduisant 
nexleti  eu  'un'  estent,  en  était.  Nos  copistes  ne  sentent  pas  bien  la  réduplica- 
tion d'une  consonne,  à  preuve  leur  graphie  set  dinant  pour  ces  d'Dinunt. 

19.  I)  vola pokoi  kno  le  terin.  M  vola  poquoi qu'not  leterreins.  Aujourd'hui 
ètèris.  Cf.  p.    >74 

D  gumen.   M  jugmen.   La   graphie   maladroite  gumen  provient  de   la 
difficulté  de  figurer  les  dj. 

•21.   M  et-oln  poquoi  lot  set. 

as.    Le  lieu  dit  le  Marche  était  si  tue  devant  l'ancienne  église  Saint  Rem  a  cl  e. 

qui  a  disparu,  sur  le  tertre  de  Sommeleville.    où  gisent  aujourd'hui  les  bàti- 

timeuts  de  l'Hôtel  de  ville.  Toutefois  il  y  avait  une   rangée  de  maisons  entre 

la  place  du  Marché  el  celle  de  l'Église.   Hodimont,   l'ancien  faubourg  d'Es- 

n'es(  cité  i'-i  comme  partie  de  Verviers  qu'à  cause  de  sa  proximité   II 

aisait  partie  du  Duché  de  Limbourg,  dépendance  de  l'Espagne.  Ou  peut-être 

-ii  il  que  de  la  rue. le  Hodimont. 

Ilnengne-tyre,  I)  del  luweugne  tir.  m  des  Iwegne  tire.  Traduction  : 

•m    nommes    enfants    de    la    sotte  engeance,  tire  est  un    nom    abstrait 

engeance,  espèce,   sorte  ».  Il  est  encore  usité  à  Liège.   Verviers, 

On  trouve  èfnnt  dèl  sot  tire  dans  les  .[musettes   de  Michel  l'ire  pour 

précisément  «  enfant  de  Stembert  »:  c'est  une  sorte  de  blason  îles 

i.  (pie    notre  texte    rappelle  également.  Il   ne  faut    pas   songera 

11  pluriel  comme  l'a  l'ait  m.   De  plus  Itoègne,  luwègne  (ane.  franc. 

me  du   soie   de  Michel   Pire.  <>n  ne    peut   donc    songer  à 

;.      "îninc    l'a    l'ail  II.  Angenot   dans    Wallonia, 


38i 


Mais  d'pô,  diàle!  n'ont  pus  rin  a  dire! 

a5  I-oiit  biu  fait  one  pus  ôte  soterèye, 

Hoùtez  ô  pô  cisse  luwègnerèye  : 
1-ont  bin  volou  lé  vol'  on  tchèt, 
Sin  éles,  sins  cawe,  corne  ô  mollet. 
Jamây  lès  compères  du  Dinant, 

3o  Qwand  dj'direû  même  tos  leûs  èfants, 

Ne  même  to  lès  ces  di  Stimbiè 
N'ont  volou  le  'ne  sufaite  saqwè. 
Vola  poqwè  nos  è  rîrans 


t.  xvii,  p.  3oo.  -  Quant  à  la  graphie  luengne.  el  1 1*  est  équivoque  :  on  peut 
comprendre  en  -j-  gn  on  e  -f-  ngn.  Aujourd'hui,  bien  qu'on  rencontre  souvent 
les  graphies  Iwingne.  siagne,  bwingne,  je  n'ai  jamais  entendu  que  Iwègne, 
bwègne,  sègne  ou  s agne.  II  faudrait  figurer  le  son  par  ?  surmonté  d'un  a. 

±\.  I)  mai  dpodlal.  M  mais  dpau  :  V  dial.  —  I)  ij  non.  M  i'  nont.  Il  y  a  deux 
moyens  de  rétablir  la  mesure  :  i°  supprimer  dpô  du  diàle;  2"  faire  l'ellipse 
«lu  sujet  i,  qui  n'est  certes  pas  sans  exemple,  bien  qu'assez  dure. 

25.  I)  yon  bin  volou  fé  one  ôte  pu  soirée.  M  i  -oui  bin  fuit  mine  pu  grande 
stotrea  —  volou  fé  brise  la  mesure,  car  le  verviétois  n'admet  pas  la  réduc- 
tion en  vlou.  Il  y  a  eu  confusion  avec  le  volou  fé  qui  est  légitime  au  vers  27 
ou  bien  il  faut  lire  f'one  par  s\  nizese  fé  one.  —  pu,  ajoute  après  coup  entre 
ôte  et  .soirée,  est  mal  placé,  mais  il  garantit  la  valeur  de  ôte  :  car,  là  où  on 
intercale  un  mot,  l'esprit  n'a  pu  manquer  île  l'aire  attention  aux  mots  avoi- 
sinants    Pus  ôte  (plus  autre)  est  d'ailleurs  très  wallon. 

2(i.  I)  mais  honte  est  une  l'orme  initiale  de  phrase  dont  le  mouvement  ne 
cadre  pas  avec  le  sens  du  vers  20.  —  I)  ô  po.  M  on  po.  —  1)  cis  lu  toogree  : 
graphie  maladroite.    M  sis  luegnrée. 

27.  I)  volé.  M  voV.  L'apocope  île  é  à  l'infinitif  devant  la  voyelle  suivante 
est  assez  dure,  mais  elle  n'est  pas  sans  exemples.  —  M  et  D  onehet. 

28.  M  sen  <-ue  sen  zèles.  I)  sen  :el  sen  kaive.  Cawe,  qui  ne  peut  signifier  ici 
que  la  queue  de  l'oiseau  est  expliqué  par  éles.  ("est  pourquoi  sins  éles  doit 
précéder. 

—  M  cain  omohet.  I)  comme  on  moxhet.  Yoy.  note  3i. 

29.  M  jamais.  D  jamauie.  — compère  dans  les  deux  textes. 

30.  I)  qu'an  ju.  —  leùs  èfants  signifie-t-il  leurs  descendants,  c'est-à-dire 
toutes  les  générations  de  eopères  réunies,  ou  bien  leurs  enfants  en  tant 
qu'enfants  et  encore  plus  sots  (pie  les  parents  ? 

3i.  M  ni  même  toi  les  luengnes  du  Stainbiet.  1)  ne  memeto  se  di  Stenbiet. 
J'écarte  lioègne.  car  ce  mot  reviendrait  pour  la  troisième  fois  et  il  est  peu 
probable  que  l'auteur  ait  si  peu  varié  son  boniment,  et  je  suppose  pour  la 
mesure  l'existence  d'une  leçon  primitive  to  le  se.  La  similitude  des  graphies 
le  se  et  la  possibilité  de  dire  tos  ces  aura  l'ait  disparaître  le.  —  On  conserve 
né  comme  forme  plus  ancienne,  mais  on  résiste  au  désir  de  corriger  di  en  du. 
de  même  que  corne  en  famé  au  vers  28.  ne  voulant  pas  introduire  dans  le 
dialecte  de  it>4i  une  uniformité  qui  serait  assez  artificielle. 

3a.    D  fé  one...  M  fénn'  su'  faite. 

33    L)  vola,  M  et  via. 


-  38a  — 

(  >n.    après  l'<>nt<'  durant  cinl  ans. 

èdjès  djins  tnèritèt  bin 
l  )  èsse  sucrits  so'  ne  l'ave  du  pâtch'min, 
Pusqu'i  >'  compté!  les  pus  sûtis, 

Qll'i  a\  int    lès  SCU\  ins  et   p&rlîs. 

\  o-lès-lu    donc]  bourtos  essôle, 

l'or  mi,  dj'n'î  pou  puiser  qu'dju  n'trôlel 
Et,  su  v'  n'  avez  mây  rin  vèyou, 
Vos  aléz  vèy  <>ue  ban-ne  du  fous. 
Siiiioiii  Lovegnez,  grand  philosophe, 
Qui-a  ou  esprit  d'  rôyeléye  sutofe, 

No-  va   LUOStrer  sins  contester 

Cuminl  qu'on  tchèt  pwèrè  voler. 

Rin  qu'à  i-'lompii  s' philosophéye 
L  prouvera  qu'avou  des  vèsséyes 
On  pont  l'wert  bin  le  vol'  on  tchèt 
Toi  ossi  haut  qu'on  vrê  mohèt. 


\1  l  nir.  I)  lonle  :  phénomène  de  nasalisation  de  o  fermé.  —  I)  durant. 
M  duoen.  Il  tant  durant  à  cause  de  onc  après  l'unir  qui  marque  la  succession, 
partant  la  durée. 

.".     0  ce  sege  ci  gen.  M  ces  sege  gens. 

I)  des  sucrit  d'ven  de  pagmin.  M  des-sucri  (duven  biffé)  son  [écrit  au- 
dessus  de  duven)  nfae  du  pauchmin  (li  recouvrant  un  g),  m  so  n'  faute. 

I  •   s'qu'ontet.  M  scontet. 

>  quiavin  skuvin  et  parly.  M  quiauin  les  scuvins  et  paurli. 

i  es  vers  sont  très  différents  dans  les  deux  manuscrits.  Ils  repré- 
sentent deux  traditions  diverses  qui  peuvent  remonter  à  l'auteur  lui-même, 
•  1  ni  peuvent  aussi  provenir  d'une  tradition  orale  incertaine,  dont  les  étapes 
sont  nécessairement  :  oubli  de  certains  passages  de  la  pièce,  invention  en 
sous-ordre  pour  réparer  l'oubli,  transmission  de  la  version  nouvelle.  Pour 
Faciliter  l'intelligence  de  la  discussion,  mettons  d'abord  les  deux  versions 
sous  les  \  eux  du  lecteur. 

I)  M 

kir-tin  la  tourto  essole  [trole  vos  les  la  tôt  rassol-essole, 

o  por  mi  ju   ni  juin  pense  qu'ju   ne  4°   l'"1'  mi  ju  n'y  pense-qu  j'un'   n 
onque  kia  les  prit  cam  t<>  non  et  suf  n'avé maue rin  veous  [trole 

cenaveu  . 

jamais  simou  vos  allé  vée  on'n  banne  du  Tous. 

Igner  n..-  grand  philosophe  sur  tout  Lofgné  grand  philosof 

-prit  du  roelaie  sutofe  qui  a  onn  esprit  d  roelée  sutof. 

onteu  contesté  4">  nos  va  mostré  sen  contesté 
On  (diet  poireu  volé  cumen  qu'on  cliet  poiret  vole. 

•11  toi  sescril 
■  'P.v 

u  philosuphée  47  rin  qu'au  r'iouqui  s'filosophée 
•  ni  deu  xessée  ii  prouvret  quavoudes  vessee- 

"ii  cliet  ..n  pou  foir  bin  te  vol'on  chet, 

ropre  mo*.het  -,,,  totê  ossi  haut  qu'on  vrai  mohet, 


—  383  — 

Ons  ala  houki  Mâlimpré 

<<>iii-èst  1'  pus  grand  diâle  après  Loveguez 

Po  saveur  eu  qu'i  l'aleùt  te 

Po  fé  cisse  bièsse  è  l'air  voler. 

Mâlimpré,  estant  arivé, 

—  Tôt  t'nant  lès  deûs  Inès'  è  costé,  — 

Dit  qu'on  lî  dane  dèl  lisse  èssez, 


Eu  examinant  l'ensemble  des  deux  versions,  on  voit  que  M  ne  contient 
pas  un  seul  vers  faux.  Dans  I).  sur  14  vers  il  y  en  a  6  faux,  faux  sans 
remède,  et  2  qu'où  peut  ramener  par  élisiou  aux  huit  syllabes  réglemen- 
taires. En  général  M  parait  donc  ici  plus  digne  de  foi.  D'autre  part,  au 
point  de  vue  logique,  il  a  été  prouvé  dans  l'Introduction  que  c'est  le  ton  de 
l'imprésario  montrant   des  grotesques  qui  fait  l'unité  «le  la  pièce.  Or  ce  ton 

n'est  bien  conservé  que  dans  M  :  'i<j  vo-lès-la 4-  "os  alez-véye 4")  no  ua 

mostrer 4^  '  proûoeret...  1)  n'a  aucun  de  ces  mouvements,  auxquels  il 

substitue    le    ton    narratif,    ijue   contrarient    d'autres   passages.    C'est    donc 
encore  M  qui  doit  rester  notre  base  a  ce  point  de  vue. 

>!)  I)  se  rapporte  à  ce  qui  précède,  avec  deux  interprétations  possibles  : 
1"  (j)uisj  qu'ils  étaient  là  tous  rassemblés  :  20  qui  étaient  là...  Dans  le  1e1  cas. 
ils  désigne  les  Verviélois;  dans  le  second,  qui  désigne  seulement  les  éche- 
vius  et  avocats.  .'}<)  M  au  contraire  est  orienté  vers  la  suite  :  «  Les  voilà  tous 
rassemblés,  ces  gens  sages  !  —  cette  idée  me  fait  frémir  —  et,  si  vous  n'avez 
jamais  rien  vu,  vous  allez  voir  une  bande  <le  ions!  0  ("est  la  thèse  même  de 
l'auteur,  ou,  si  l'on  préfère,  l'annonce  du  spectacle.  11  faut  donc  ce  semble, 
adopter  ce  texte,  avec  de  légères  retouches.  rassôV  essuie  esi  un  vilain 
pléonasme  compliqué  d'une  vilaine  élision.  Nous  empruntons  tourtos  à  I). 
Peut-être  y  avait-il  rassoies  :  trôler,  niais  rien  ne  nous  autorise  à  risquer 
cette  modification. 

I)  \i  et  42  lie  ressemblent  à  M  41-412  que  par  la  rime.  Ce  sont  deux 
méchants  vers  boiteux.  En  outre,  dans  le  premier,  onk  qui-a  n'est  guère 
supportable;  Vesprit  sera  caractérise  encore  trois  vers  plus  bas.  Le  second 
ne  dit  pas  du  tout  ce  qu'il  veut  dire:  il  faudrait  comme  sens  :  «  son  esprit 
est  tout  neuf,  on  dirait  qu'i7  ne  s'en  est  jamais  servi  »  et  non  :  «  qu'on  ne 
s'en  est  jamais  servi  ». 

D  4">  est  également  corrompu  :  contester  ne  peut  signifier  soutenir,  et 
contester  comment  n'a  pas  de  sens. 

D  4?  et  4^  sont  encore  un  développement  facile  et  pléonastique,  sans 
apparence  de  métrique.   Si  on  les  conserve,  il  faut  les  corriger  comme  suit  : 

i  louqua  d'vins  tos  ses  «  écrits  » 

i  r' passa  tourtos  ses  papis  : 

rin  qu'au  r'iouqui  s'philosophéye... 

5i.   M  5i  poc  mainsy  on  houijue  Maulenpré.^ 
5a.   M  02  qu'  iel.  D  qui  et  V. 

")3.  M  55  su  qui  faleu.  I)  cumen  qui  brise  la  mesure,  cnmen  est  une  mau- 
vaise interprétation  du  en  pourvu. 

5G.  Vers  typique,  retraçant  une  particularité  du  maintien  du  personnage, 
et  qui  prouve  que  l'auteur  connaissait  bien  les  acteurs  de  cette  scène  bur- 
lesque. 

5~.   M  donne.  D  tissez. 


—  384  - 

Qu'on  \  ièrè  <;11  'l11'  s^rr  l('- 

Lî  toya  deûs  srèsséyes  as  reins, 

Ami  qu'  volahe  pus  âkinainl  : 

A.lnn.  an  qualité  d'notaire, 

L  acondjura  <1'\  oler  è  l'air. 

Dj'han  Michaël,  avou  fcos  l'a  mites, 

P&rla  corne  on  \  i  Aristote  ; 

S'm'a-t-on  dit  qu'i  volent  wadjî 

(Jonte  t os  ces  qui-estint  so  l'martcliî 

Quu,  d'vaut  qu'i  s'passahe  treûs  qwôrts  d'eûre, 

sèreût  à  Limbâr  ou  po  d'zeûr. 

Lu  dèmieu  djuréve«  i'wè  qu'dj'a  Diè» 


D  sou  qui  aléoe  fé.  Il  manque  une  syllabe.  M  su  qui  sarelfé. 

...  D  On  li  loea  deux  oessée  so  le  rein  — afin  qui  volahe  pus  ahimen. 
M  "m(  Vilement  on  ly  loa  deux  vessées  sos  les  reins.  60  afin  qu  sis  bies  la 
volahe  pus  auheiemint.  Ces  deux  vers  «le  12  syllabes,  qui  seraient  les  seuls 
île  la  pièce,  doivenl  cire  le  résultat  d'un  allongement  involontaire  du  texte. 
Mais,  -i  "ii  supprime  vitement  du  premier,  qui  est  le  seul  mot  superflu,  le 
vers  reste  trop  long.  Sans  doute  il  y  avait  une  version  à  rimes  vitemint  : 
reins.  et  une  autre  à  rimes  reins  :  âhimint.  D  représente  à  peu  près  la 
s mde,  \1  est  une  contamination  des  deux.  Notre  vers  09  contient  le  mini- 
mum de  changements  :  on  supprimé,   as  reins  substitué  à  so  lès  reins. 

D  ahimen,  précédé  d'un  auhe  effacé,  qui  était  le  commencement  d'une 
graphie  différente  auheiemint.  Si  le  transcripteur  s'est  ravisé,  c'est  évidem- 
ment pour  rester  conforme  à  son  original.  Cette  remarque  n'a  pas  d'impor- 
tance pour  a,  qui  peut  représenter  a  long  (A)  comme  a  bref,  mais  pour  <•</</, 
dont  l'adverbe  serait  aujourd'hui  àhèyemint.  Conséquence,  voy.  VIntr.  p.  '{74. 
•  ■i.  I)  adon.  M  et  puis.  D  qu'alité.  —  an  qualité  est  une  expression 
d'emprunt. 

I>  laconjura  de  noie  el  l'air. 

I»  Juhan  Michaël.  M  Juhan  Michel.    -  M  nvou  L'tot  L'zôte. 

M  paur  la.  1>  parla.  —  M  vy.  I)  pti. 

I>  wogy.  M  woigy.  Prononciation  actuelle,    wadji  ou  wèdji.  dju  wadje. 
26  et   I'  Iulrod..    p.  '{7  1 . 

I)  to  ce.  M  tôt  set. 

G8     M  et   D  qui  sereu.  Ce  qui=qu'i  (qu'il).   La    répétition   de  que  est   assez 

ordinaire  :  mais,  comme  il   \    a  une  syllabe  de  trop,  et  qu'on  ne  dit  pas  en 

verviétois    i  s'reût   pour    i    sèreût,   il    faut    bien    supprimer    qu'i  ou   /<«.    — 

atthieu  avait  conjecturé  Polleur  au  lieu  de  po  d'zeur,  mais  indûment.  Le 

mbiè,  qui  suit,  désigne  un  lieu  qui  est  dans   la   même  direction  que 

»ourg.  Le  veut  soufflait  donc  de  l'ouest  a  l'est  au  moment  de  l'aventure, 

mis   les  détails  du   récit,    qui    ne   semblent    nullement    inventes.    Or 

ur  est  dans  une  autre  direction. 

n  n'est  pas  un  nom  propre,  comme  l'a  cru  .1.  Matthieu,  ("est  le 

-  -  96  Colin  l'dèmieû,  c'est  ledîmeurou  décimateur, 

électeur  de  la  dime  ecclésiastique.  On  nous  le  présente  avec 

tique  de  forme  archaïque  fine  qu' dj'  a  Diè  '.,  toi  que  j'ai 

irte  foi  qu  fat  diet,  1)  foi  qui  adiet  qu'on  pourrait   aussi   iiiler- 

-  qui-  u  Diè.  foi  qu'il  a  en  Dieu  . 


385 


70  Qu'i  n'volereût  mây  pus  Ion  qu'Hombiè. 

Hô,  diâle  !  eu  n'est  nin  co  tôt  fait  ! 
Djâcob  Mangam,  lu  rwè  des  vês  : 
C'a  stu  lu  qui  l's  a  vindou  l'tcbet,  — 
Ou  qui  l's  a  d'né —  po  deûs  braquets,  — 

-5  (C'èst-onk  dès  deûs  :  vos  tchûsih'rez  ! 

C'est  mâgré  mi  qwand  m'fât  boûrdèr  !). 
Mais,  po  raète  fin  a  ciste  affaire, 
I  faleût  dèl  cale  du  notaire. 
Lovegnez  n'saveût  la  qu'i-è  troûv'reût. 

8o  I-ala  d'iez  Sitassin  tôt  dreùt, 

Qui-èst-  apoticaire  a  Vervî, 
Qu'i  lî-acomôdabe  tôt  so  l'pî. 


70.  J'écris  Hombiè  sans  t  final,  comme  venant  de  Hoch-berg. 

71.  M  71  ho  diul  su  net  nen  co  tôt  fait.  I)..  su  nesteu...  a  une  syllabe  de 
trop,  èsteùt  provient  d'une  version  qui  ramené  inconsciemment  tout  à  la 
Corme  narrative  Mais  ce  ver-  est  d'un  auteur  qui  procède  par  saccades, 
passant  d'un  type  a  l'autre  sans  -'occuper  de  l'ordre  chronologique.  Voyez 
V Introd. 

72.  jacob  magam  lu  roi  de  uni.  M   jaucob  mangam...  des  nuis. 

73.  D    sa  stu  lu  qu'il  za  vaidou.  M  vendou. 

74.  t>  ou  bien  il  zadnépo  deu  broquei.  M  ..  br&quet  (c'est  le  dernier  vers 
de  la  page  :  le  coin  est  déchiré,  niais  l'a  reste  visiblej.  Braquet  -ignifie 
couteau-scie  à  manche.  Mâgam,  qui  est  boucher,  a  livré  le  chat  en  échange 
de  deux  instruments  de  son  métier.  Il  est  donc  bien  inutile  d'y  voir,  comme 
J.  Matthieu  p  14.  n.),  des  épées  ou  des  pièces  de  monnaie.  —  lès  a  vindou 
les  u  dné  :  aujourd'hui  on  dit  au  datif  lèzî. 

75.  D  c'est  ontjue  de  deu.  M  ses  t'one  des  deux  76.  1)  ce  matigré...  imfau. 
M  ces  maugré...  m'  faut.  Ces  deux  vers  sout  une  parenthèse  épiloguant  iro- 
niquement sur  la  question  de  savoir  si  le  bouclier  a  vendu  ou  donné  le  chat. 

77.  D  sis  afaire.  M  sis'  afaire.  Je  ne  me  suis  pas  cru  autorisé  à  écrire 
cisse  quand  le  patois  moderne  emploie  encore  ciste  devant  voyelle. 

78.  D  y  faleu  del  cal.  M  it  falleu  d'el  cal. 

79.  D  Lofgné.  M  Louegné.  —  là  que.  pour  où  iuterrogatif  indirect,  est  très 
usité  en  verviétois. 

80.  D  yala  d'ié  si  tassin.  M  ialla  dlé  si  tassin.  si  écrit  par  s  longue  a  été 
pris  pour  fi.  De  là  dans  Matthieu  l'invention  d'un  fi  Tassin  qui  est  devenu 
fi  Tossaint.  qui  est  devenu  Toussaint  Sarolea.  parce  que  le  pharmacien 
Saroléa  portait  le  prénom  de  Toussaint.  Saroléa  est  d'ailleurs  postérieur.  Il 
est  donc  probable  qu'il  n'y  a  pas  de  Saroléa  dans  l'affaire  du  Chat  volant. 
La  forme  si  tassin  revient  encore  au  vers  92.  Il  faut  nécessairement  y  voir 
le  mot  Sitassin,  forme  élargie  de  S  tassin,  comme  siteùle  est  une  forme  élargie 
de  steûle.  Stassin  est  un  dérivé  de  Stasse,  Istasse,  Istas,  qui  n'est  autre  que 
le  franc.  Eus  tache. 

81.  D  quiest  appoticaire.  M  bon  apoticaire. 

8a.  D  qui  liet  n'accommodahe.  M  qu'il  L'iaccomodahe.  -  sol  pi  sur  le 
pied=sur  le  champ.  On  dit  plus  souvent  sol  pi  sol  tchamp. 

a5 


-  386  — 

Mais,  par  malheur,  i  n'  'nn'aveût  nin  : 
Dju  creu  qu">  prindronl  de  sèyin. 
<  \ne  ordona  d'  lî  onde  lu  tièsse, 
Lès  éles,  les  reins,  lès  prôpès  fesses. 
La,  I >,jilt'  Meurice  lu  parmètî 
El  l' grand  Pièrôt,  fcos  deûs  d'  Vervî, 
s'i'int  passer  po  lès  uiaisses  dèz  Doze, 
go  El  mi,  djèl  rind  po  eu  qu'i  m'  cosse! 

Po  ces  deûs  la  dju  nèl  creû  nin  ; 
Princip&lemint,  po  Sitassin, 
hj'  creû  putwèt,  s'i  s'ènn'  a  mêlé, 
Quu  <;'  n'a  siu  quu  po  s'è  moquer. 


I)  po  del  ail  du  notaire  in   naveu  nin.  Nous  avons  choisi  la  leçon  de  M. 
On  pourrait  aussi  mettre  :  mais,  po  dèl  cale,  etc. 

S4.  M  etj'crea.  —  M  et  I>  ont  prendront.  Ce  futur  est  dans  le  système  de 
l'auteur,  qui  voit  ou  qui  annonce  et  prédit  les  actions.  —  M  seyin,  I)  se-in, 
avec  un  irait  séparatif  pour  le  distinguer  de  sein. 

D  on  zordonnat  doute.  M  on  s'ordonna  d'uf  ionde. 

86.  1>  les  zels  le  rein  du  sis  pooe  biesse.  M  les  zèles,  les  reins,  les  propres 
fesses.  Nous  préférons  la  leçon  de  M.  Au  reste  elles  peuvent  provenir 
toutes  deux  de  l'auteur  lui-même.  Mais  (pue  signifie  les  ailes  '!  Il  est  vrai- 
semblable que  l'est  un  mot  ironique  pour  désigner  ici  les  pattes  de  devant. 
— ■  prôpe  csi  très  wallon  dans  le  sens  de  l'adv.  même. 

87-91.  M  D 

gille  meurisse  lu  parmety  yestin  la  pietrau  dvervy 

et  l' grand  pierrot  tôt  deux  d'  vervy        et  gille  meurisse  lu  parmeti 

su  fin  passe  pol  L' mais  des  doze  yon  dit  quiestin  le  maisse  de  josse 

et  mi  1   el  rend  po  su  qu'im  m'  cose.      por  mi  gel  ren  pou  su  quime  cosse. 

La  leçon  de  I),  qui  fragmente  la  phrase,  répète  iestin.  et  qui  ne  sait  plus 
même  ce  que  e'esl  que  les  xu  hommes,  me  parait  inférieure. 

B9.   L'institution  des  xu  hommes  était  encore  florissante  en  164.1,  mais  à 

partir  de  1  i,.,i  elle  déclina  et  elle  fut  supprimée  en  1724.  Elle  n'existait  plus 
a  l'époque  des  deux  copies  M  et  D.  Sur  cette  institution,  v.  J.-S.  Renier, 
Hist.  dr  Vadministr.  communale  de  la  ville  de  Verviers,  1S98,  p.  i46-i5o. 

9]  95.  Les  textes  différent,  ils  représentent  deux  traditions  inconciliables. 
Nous  les  mettons  en   regard  : 

D  M 

po  >•<•  deu  la  gu  nel  creu  nin  Vos  et  creurez  su'  quf  voiré 

principaulmint   po   si  Tassin 

Peu  putoi  sis  na  mêlé  et  même  su  tassin  s'  na  mellé 

u  »na  stu  qu*  po  ce  moqué.  qu  c'esteu  exprès  men  po  rire 

iaveu   pu  d'esprit  con  crompire. 
a  de  M.  avec  un  premier  vers  cheville,  les  deux  autres  boiteux,   le 
•mer  en  réflexion  ironique  d'un  type  déjà  trop  employé  ici.  me  paraît  la 
bonne.  I>  est  ici   plus  régulier,  contient    plus  d'idées  et  mieux   liées 
!l >8-  tl  innocente  les  deux  magistrats  populaires  et  l'apothicaire  lui- 
ne,  réservant  ses  lazzi  pour  les  échevins  et  les  avocats. 
Sitassin,  pour  ce  qui  concerne  S  tassin. 


—  387  - 

g5  Par,  diâle!  dju  roûvéye  lu  mèyeû  : 

C'est  nosse  contre  Colin  l'dèmieû  ; 
I  n'  s'è  mêla,  come  on  m'a  dit, 
Po  aute  tchwè  quu  po  lès  consî. 
Et  s'  djuréve  came  on  d'mé  pièrdou 

ioo  Qu'i-ènn'aveùt  pus  d'deûs  cints  vèyou 

Voler  è  l'air  pus  d' treûs  qwârts  d'eùre. 
I  fout  de  timps  qu'i  d'héve  treùs  eûres, 
Et  s'i-onlie  èco  parlé  longtimps 
1-onhe  bin  fait  creûre  a  totes  les  djins 

io5  Quu  les  tcbins  bawèt  po  lès  cawes, 

Qu'lès  tchèts  volet  came  dès  balawes. 
Hô  la!  doûcemint,  boutez  tos  bin, 
Voci  l'droleréye  du  ces  grèdins. 
Tôt  a  ç'ste  eûre  lu  tcbèt  va  voler, 

no  Et  v'ci  l'consèy  qu'on  lès  va  d'ner  : 

Qu'i-atindèbe  qu'i  fasse  ô  grand  vint 
Afin  qu'i  vole  pus  âhèyemint. 
Mâlimpré,  qui  pwèrtéve  lu  tchèt, 
Siuta  d'abord  came  i  grètèt. 

n5  Xu  s' volant  nin  lèyî  pwèrter, 


95.  I)  ho  dial gu  rouoee  lu  [pu  gros  barré]  meïeux  [au-dessus].  M. par  doit 
sans  doute  être  compris  comme  le  por  liégeois,  par  en  verviétois  :  dju  roû- 
véye pur  lu  mèyeû. 

96.  D  se  nos  conf'rer.  —  De  ce  que  l'auteur  appelle  Colin  le  décimateur  de 
Verviers  «  son  confrère  »,  j'en  conclus  qu'il  était  lui-même  le  décimateur  de 
l'église  de  Stembert. 

97.  D  in  ce  na  mêlé. 

98.  I)  qu  po  le  consi.  M  qu  pot  les  consyt. 
99     D  yjuréve. 

100.   D  qui  et  naveu  pu  du.  M  qu'ien-n'aveu  pu  d'eux. 

io3.  D  si  yonhe.  M  et  si'  onhe.  104  I)  yonhe,  M  ionhe.  a  et  o  longs  liassent 
souvent  en  verviétois  à  a  et  o  mi-nasaux,  par  exagération  du  son  fermé. 

io5.    D  klel  chins.  — po  le  cawe.  M  pot  les  caës. 

107-110.  Ces  quatre  vers  manquent  dans  D,  et  le  vers  suivant  introduit 
une  phrase  nouvelle  :  yon  atteudou  qui  fi  ho  grau  vent  —  afin  qui  volahe  pus 
auheemen.  C'est  la  substitution  du  ton  narratif  au  ton  lyrique  :  ho,  la  .'  voci, 
voci,  i  va  voler... 

114.  M  [se]nta.  le,  coin  inférieur  est  déchiré.  D  saita,  graphie  analogue  à 
celles  de  J.-S.  Renier  et  autres  vieux  écrivains  verviétois.  D  saita  bin  cam 
y  grettet,  le  vers  est  incomplet. 

n5.  M  nus  volan  nin  ley  p.  D  l'chet  nus  voleu  nin  sli  p.  Nous  préférons 
l'irrégularité  syntaxique  de  nu  s'volant  se  rapportant  à  un  autre  sujet  que 
celui  de  fout  à  l'irrégularité  de  nu  s'voleùt  pour  n'su  voleùt  ou  de  n'voleût 
s'  lèyî  pour  n'su  voleût  lèyî. 


-  388  - 

M&limpré  foui  très  bin  d'hité, 
[-èsteûl  d'hité  djusqu'a  V  prôpe  boke  ! 
Qwand  i  Tout  monté  so  lès  clokes, 
Vola  qu'i-èl  djète  fou  po  V  bawète  : 

iao  Loukîz  bin  came  i  fait  djirwète! 

I  borne,  i  crèye  mawô,  mawô, 
\  \  ou  les  cwèdes  âtoû  du  s'cô 
El  les  deûs  vesséyes  so  lès  reins, 
s'  su  sâva-t-i  d'iez  one  boue  djin. 

[25  S'i-èl  ratrapèt,  i-èl  front  voler 

A.vou  deûs  coqs  as  deûs  costés.  — 

l  > j h  saveû  bin  qu'cès  du  Stimbiè 
htarint  leûs-honeûr  po  on  tchèt, 
El  qu'tos  <'ès  bons  messieûs  d'  Vervî 
[3o  N'aiiut  pus  rin  a  lès  r'protchî. 


117.    I)  y  fou...  dis  kia.  M  iesteu  (au-dessus  de  it  fou  barré).  /  fout  est  une 
substitution  du  temps  narratif  au  temps  descriptif  i  èsteût. 
1  iS.    I)  qu'ant  y  fou  monté  le  cloque.  M  qu'an...  sol  les  cloque. 
1  ig-iao  manquent  dans  D.  ma  changé  girouette  en  j>irouette. 

[ai  [sa  :  passage  massacré  dans  D  :  li  chet  tourna  lauvau  (ce  dernier  mot 
ajoute  au-dessus  île  la  Ligne)  to  cam  on  vi  gvo,  —  to  ci  huit  mao  mao  nvon  le 
quoite  autou  de  <<>.  On  a  donc  massé  sans  le  savoir  la  matière  de  quatre  vers 
••h  deux  lignes.  Mais  lauvau  (lava)  ne  rime  pas  avec  djvô,  la  comparaison 
cuuic  (m  vi  dj'vô  est  bien  mauvaise.  Il  faut  donc  adopter  le  texte  de  M. 

[34.    I*  su  sa  la  sauce  udlé  one  bonne  gen.   M   tôt  sauvait  d'ié.  Le  texte  de  M 

il  tombe,  il  crie  en  se  sauvant)  est  peu  logique.  J'ai  remanié  la  version  de  I) 

.mi  conservant   s'    lat.  sic,  et  ainsi)  et  le   singulier  one  bone  djin,  le  pluriel 

donnanl  un  sens  louche  au  vers  qui  suit    s'i-èl  ratrapèt,  si  (les  tortionnaires) 

h'  rattrapent. 

127.   I)  sesi  du  Stinbiet.  M  set  dus  Stainbiet. 

[38.    M  rarin  leu  honneur  avou'  on  chet. 

[39.    1)  et  (/n'Ict.  M  et  qu'tot  set. 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS 


Page  i5,  note  :  lire  «  tome  I  ». 

P.  3o,  ligne  i>5  :  lire  vint  au  lieu  de  vin. 

P.  137,  ligne  3o  :  lire  «  des  décorations  ». 

P   2<)S.  article  liseret,  fin  :  lire  lèsire  au  lien  de  lestre. 

P    212,  article  nokerê,  ligne  3  :  lire  nokerê  au  lieu  de  nokerè. 

P.  230,  ligne  33  :  lire  «  est  issu  de  cracher  ». 

P.  258,  au  milieu  :  lire  «  dèplouyi  »  avec  i  bref. 

P.  261,  lire  ècafîr  au  lieu  de  écafîr. 

P.  281,  ligne  3  ab  fine  :  lire  hofstai  au  lieu  de  hofstaat. 

P.  284,  ligne  5  :  lire  «  une  chênaie  ». 

P.  284.  ligne  23  :  lire  Tirhsteti  au  lieu  de  Tihr... 

P.  33o,  ligue  1  :  il  ne  faut  pas  d'  s  à  corchou  (écorcheur). 

P.  34",  ligne  32  :  lire  scamnum  avec  mn. 

P.  i8(î  :  Bevercé  parait  être  une  transformation  wallonne  de  Beverscheid. 
Comparez  Lorcé,  Borcette. 

P.  19G  :  Nous  ne  pouvons  passer  sous  silence  une  opinion,  d'ailleurs 
phonétiquement  indiscutable,  que  dosserè  viendrait  de  doze,  douze,  parce 
qu'il  y  avait  12  acolytes  chanteurs. 

P.  22i  :  birouche  a  bien  le  préfixe  be-bi,  mais  il  vient  de  l'allemand,  qui  l'a 
emprunté  à  l'italien  ;  voyez  le  Deutsches  Wôrterbuch  de  YVeigand,  5e  éd., 
v°  Barulsche. 

P.  237  :  M.  Haust  donne  une  autre  étymologie  de  fer-,  à  savoir  firmum. 
dans  Romania,  t.  XL  (191 1),  p.  325.  Schnakenburg,  dans  son  Tableau  des 
idiomes  jiopulaires  de  la  France  (1840),  p.  34,  expliquait  se  fercompter  par  le 
préfixe  allemand  ver-.  Il  y  a  donc  lieu  de  faire  un  travail  d'ensemble  sur 
fer-,  far-,  for-,  four-. 

P.  262  :  après  muchir,  insérez  nachir,  fureter,  ard.  nacheter. 

P.  349  :  à  canawè  =  *knawè,  *canapè  =  *knapé,  canif=  *  knif,  ajoutez  le 
wall.  guinàde  =  ail.  gnade. 


—  3go   - 

p  [-  ,,  Nous  avons  omis  de  signaler  les  articles  qui  n'avaient  point 
para  daiis  le  Bulletin  du  Dictionnaire  wallon.  Sont  inédits  les  articles  ca-, 
p,  39u  a '»-  ;  /'■(/•  .  237-238  :  -Aan,  238-257.  Ce  dernier  parait  simultanément 
dans  le  Bulletin  de  la  Soc  verviétoise  d'Arch.  et  d'Hist.,  t  XI,  2e  partie.  La 
majeure  partie  des  articles  d'étymologie  et  de  sémantique  ont  paru,  les  uns 
dans  le  Bull,  du  Dict.  wall.,  les  antres  dans  les  Mélanges  Kurth,  mais  ils  ont 
„,il,i  ici  des  remaniements  parfois  importants.  Sont  inédits  :  clintch-bowe 
6  .  <-i;iyer,  p,  33j  :  napê,  p.  349  ;  '//".•/<///).(,  ]>.  35]  :  sing-ote,  p.  35a. 


INDEX 


[Les  mots  wallons  sont  en  italique,  les  mots  latins  en  romain  espacé,  les 
antres  mot  s  en  romain.  —  lue  indication  de  langue  ou  de  dialecte,  en  abrégé, 
suit  le  mot,  quand  elle  est  jugée  avantageuse  —  Nous  n'ajoutons  de  traduc- 
tion que  pour  distinguer  des  homonymes  ou,  en  vue  du  lecteur  étranger,  pour 
suppléer  à  l'absence  de  traduction  dans  le  texte.  —  Nous  avons  évité  la  frag- 
mentation trop  grande  d'un  index  rernm  en  groupant  L'analyse  des  principa- 
les questions  traitées  >oii>  quelques  chefs  seulement  :  wallon,  dictionnaire 
loullon,  orthograj>he  wallonne,  toponymie,  anthroponymie,  à  préposition,  ca-, 
-Aan,  -ster,  -ir,  Bethléem,  Chat-Volant.  —  Nous  n'avons  pas  repris  les  noms 
d'auteurs  et  d'ouvrages  cités,  ni  les  noms  propres  cités  à  d'autres  points  de 
vue  que  celui  de  l'explication  philologique,  ni  enfin  les  mots  dialectaux  cités 
en  passant  pour  cause  d'orthographe,  ou  comme  traduction,  ou  comme 
exemples  dans  de  rapides  énumérations] . 


à.  prépos.,  290-31 3.  —  1.  Critique  des 
analyses  des  dict.  ;  classification 
des  sens  du  Dict.  gén.,  290  ;  cette 
classif.  s'arrête  aux  apparences  ; 
de  même  celle  de  Littré,  291  : 
réflexion  sur  les  procédés  d'analyse 
et  de  comparaison  :  le  vrai  pro- 
blème consiste  dans  la  confronta- 
tion de  la  logique  et  du  langage, 
il  faut  étudier  des  rapports,  293. 
Deux  termes.  Théorie  de  Littré, 
mal  appliquée  par  lui,  293.  Souvent 
les  termes  du  rapport  ne  sont  pas 
dans  les  mots  exprimés,  293  ;  à 
prouver  par  l'examen  de  cas  allant 
du  sens  local  aux  sens  dérivés' 
294-295.  N'est-ce  pas  ressusciter  la 
vieille  doctrine  de  Sanchez  ?  295- 
296.  N'est-ce  pas  sacrifier  l'actue^ 
à  l'archéologie  du  langage  ?    296- 


297.  Contre  l'objection  que  le 
tableau  des  sens  ne  peut  être  histo- 
riquement vrai,  298-299.  —  II.  Ana- 
lyse des  cas  difficiles.  Définitions 
préalables,  299  ;  étude  du  second 
terme,  3oo-3o2  ;  étude  du  premier 
terme,  3oa-3o5  ;  les  deux  termes 
obscurs,  3o5-3o8  ;  principe  de 
classification  des  sens,  3o8-3og, 
projet  d'article  à,  3og-3i3. 

a  =  i  11,    in  d  e,  89. 

Aalst  =  Haeslaos  ;    aalst,  280. 

abachi,  gaum.,  258. 

abaltrîche,  alb-  ,  182,  18G. 

abandon-abandener,  3$o. 

abastreû,  âb-,  182. 

abaterèce,  -  erèsse,  182-183. 

abèrzir,  -illé,  260. 

âbète,  3i3. 

abir,  gaum.  260. 


392 


-,  ner  60/0/1,  abwèssener  -  bwèsson, 

académie  «  allonne,  \  1 . 

acdiner  acdone, 

aehonée,  acAoner,  -jauni..  23  i. 

omwèce,    acmwède,     ac- 
mioêrder,  acmioérs,  3  1 4- 
aeongivèster,  228. 
./.  ouainmance,  228. 
acquereccia,  ii..  197. 
acramir,  acrèmir,  258,  260. 
adal-,  Adalbert,  122. 

\il.-lin,   !•_;<) 
ltdios\ 
adôraloire,  \'<~. 

;iilv:illt   Z    II'.    333. 

.//';  it  gui,  afin  ce  que,  17"». 

agaoir,  260. 

agner  =  hagner,  235,  3i4- 

Vgnès,  129,  [60. 
ahèsse.  '<-  n  ;  s'ahèssî,  220. 
aheùkir,  aheûkié,  258,  260. 
aide,  aider,  aidier,  i3i. 
afn,    ru,  hameçon,  248. 

ain     :-a  0  a  s,  1 27. 

ain,  suffixe  hydronymique,  n5. 
aisance,  aise,  1 15. 
a  i  n  il  li  a.  aide,  [3i. 
aiut,  aind,  ajnt,  ait,   i3i-i32. 

Uahstat, 

\ll>ii.  120    Albiorix,  122.  Albus,  121. 
Vlciphrôn,  119. 
Aldestede,  284. 
aliso,  ligure  .*.  m  j . 
M. .st.    381. 
Uphonse,  160. 
alsem,  il..  280. 
stad,  277. 
art,  Imelot,  128,  129. 
ameret,  [83. 

Vncillon,  Anselme,  326. 


aneduelh,  aneuil,  4<>. 

aneâ,  333,  aneûtî,  258. 

a  n  g  n  i  s.  anivei,  4<i. 

Anse,  Ancion,  326. 

anthroponymie,  n5-i3o.  Les  noms 
propres  ont  un  sens,  nj  ;  noms- 
étiquettes  dégagés  de  ce  sens.  1  16. 
Objet  désignéel  qualité distinctive, 
ou  connotation  et  dénotation.  Oubli 
du  sens.  Avantage  de  cette  oblité- 
ration <lu  sens,  ii(>.  Importance  de 
l'étude  du  sens,  1 1G-117.  Plan  d'une 
étude  sur  l'origine  des  noms.  Noms 
génériques  et  noms  individuels. 
Quels  êtres  reçoivent  un  nom  en 
propre?  Les  noms  propres  sont-ils 
primitifs?  117-118.  Le  nom  propre 
vient  d'autrui,  1 18.  Noms  de  baptê- 
me, sobriquets,  noms  de  l'état-civil, 
nomen,  praenomen,  cognonien,  118. 
Nommer,  c'est  classer,  119  A  quoi 
servent  les  noms  patronymiques  et 
gentilices  ?  1 19.  Noms  de  clans  ou 
génies,  121.  —  Caractères  des  noms 
propres  chez  diverses  nations  :  poé- 
tiques chez  les  Hindous  et  les  Grecs, 
1  if>  ;  ordinaux  et  satiriques  chez 
les  Romains,  120  :  noms  rustiques 
ou  noms  totémiques  romains,  121  ; 
chez  les  Celtes,  121  ;  chez  les  Ger- 
mains, 122.  —  Origines  des  noms 
modernes.  12M.  Difficulté  de  cette 
étude;  usage  gallo-romain  :  apport 
germanique.  Le  nom  n'est  pas 
indicateur  de  la  race.  Surnom  tiré 
du  fief.  Différence  entre  la  cou- 
tume romaine  et  la  coutume  féo- 
dale. Usage  au  xiie  siècle.  Création 
des  noms  de  famille.  Différences  de 
noms  cuire  les  frères.  Change- 
ments de  nom  du  même  personnage. 
Noms  /•(•c/.s- et  noms  personnels,  124. 
Autres  sources  de  noms  :  fonctions, 
dignités,  profession,  lieux  d'ori- 
gine ou  d'habitat  ;  noms  tirés  de  la 


-  393  - 


nation,  de  la  ville,  de  la  rue,  de 
l'enseigne,  1 24-12').  Valeurs  di- 
verses de  la  particule  de,  12U.  Noms 
provenant  de  sobriquets,  126-127. 
Noms  individuels,  127.  Noms  ro- 
mains et  germaniques  ;  transfor- 
mations qu'ils  ont  subies,  127-130. 
Suffixes  les  plus  usités,  127.  Noms 
mis  au  féminin,  128.  Apocope,  128. 
Nombreux  exemples  wallons  de 
chaque  cas,  127-129.  Noms  réputés 
beaux  ou  laids  :  cause  de  ces  pré- 
occupations esthétiques  el  mora- 
les ;  rénovation  des  noms  en  Wal- 
lonie, 129.  Les  noms  gagnent  des 
attributs,  comme  ils  en  perdent, 
i3o.  —  Vœu  en  laveur  d'un  Recueil 
général  d'onomastique  ancienne  de 
la  Belgique,  1 1">. 

apidji,  gaum.,  209. 

Apollodôros,  Apollônios,  119. 

apoyerèce,    i83. 

aran,  gaum.,  246. 

Araustedi,  283. 

arbalestre,  arbastrie,    182. 

-ard-ot,  suff.  de  n.  pr  .  12S. 

area  =  curtis  —  hofstat,  274. 

arguei,  an  g  uis,  4*>- 

-aricia  =  it.   -ereccia,  19.3. 

-aricius ,  Le  suffixe  —  en  wallon, 
176-221.  Éloge  de  l'article  de  M. 
Axx.  Thomas  sur  ce  suffixe,  17G. 
But  de  notre  travail,  177.  Deux 
suffixes  wallons  confondus  sous  la 
graphie  -erèsse.  Sens  et  origine  des 
noms  en  -erèce,  178.  Comment  les 
distinguer  ?  Cas  douteux.  Causes 
de  la  confusion,  178.  Mots  nou- 
veaux en  -eresse,  179.  Ce  qu'est 
devenu  le  masculin  en  -ercz.  Con- 
fusions avec  -erê,  -ère/,  ereau, 
-eret  ;  création  de  féminins  en-ereZ/e, 
-erette,  179^180.  Remarques  préa- 
lables, 180,    et   lexique    des  mots 


wallons,    etc.,  en    -aricius,    181- 

221. 
Ariste,  Aristobule,  119. 
-ariu  -f-   -issa,  177. 
armerez,  -eret,  [83. 
a  r  m  o  r  a  ce  a  ,  280. 
Arsène,  119. 
Artigenos,  121. 
Asbra,    la  Dendre,  25o. 
-asco,    -osco.    -usco,    suff.  ligures  ?. 

114. 
Asellio,  Asinii.  121 . 
Aspasie,  119. 
Aspenstide,  283. 
âsses,  3i6. 

assonler,  assonner,  235. 
Astanetum,  ti3. 
-at,  127. 

Athenadoros,  1 19. 
-ator-j-issa,    177. 
atortir,  atrâtîr,  gaum.,  200. 
Aubertin,  128. 
aubette,  3i3. 
Aubin,  129. 
avalerèce,  i83. 

avant,  dînant  ;  avant  antan  ;  333. 
avant-ce  que,    170. 
averè,  184. 

aveùr  bon,  —  âhêy,  etc.,  3i. 
Aviuster,    Aviusteit,    Avisteit,     269, 

270,  271,  279. 
«avoir  bon»,  «avoir  facile»,  etc.,  3i. 
aman,  333. 

aweûr,   awoureûs,   32. 
Awisteti,  283. 
aygreret,  etc.,  184. 
ayu-ce  qui,    175-176. 
b-,  préfixe,  221. 
babay,  bablame,  babètch,  234> 
bablou,  221. 
bachebunge,  3 18. 
bachereche,  184. 
bacon,  34o. 
badjowe,  221. 


:.,j 


Bâta  H-,  i  a5. 

l.:n\ 

•ci,  -'■!  i .  ---• 
Balbus,  i 
bald,  bald  .  raa,  127. 

baucherece,  i-s4- 

bannerece,      erèche,    -eresse      eret, 

177.    [80,  i85. 
bar  ,  aai. 

birbi,  barbierecb,  -ieret,  etc.,    [85. 
Barbo,  rao. 
barlafe  :  barlong  ;  barloque,  -quer  ; 

Barstel    Berestat,  Beristat,  Berstadt, 

baterel,  batrel,  bateroûle,  [85. 

Baudouin,  12a. 

bauskir,  gaum.,  260. 

Bausterl        Bustat,  285. 

baoerèce,  -erète, bavette, etc.,  180,  i85. 

batoi,  batoyer,  326. 

Bazin,  [5. 

be  .  étude  sémantique,  221-222.  For- 
mes Franc,  ci  wa.ll.  du  préf  ;  opi- 
aions  de  Diez,  Grrandgagnage, 
Darmesteter  ;  réfutation  par  l'ex- 
plicatiou  de  bévue,  berlue  :  filière 
des  sens  ;  origine  du  sens  péjora- 
tif :  ce  sens  n'existe  pas  toujours  ; 
sens  fréquentatif. 

l kebunge,  3i8. 

Beerst, 

•-.   bèguir,   260. 

belgicus   =  flamand    dans  les  ou- 
es  des  anciens  botanistes,  m. 

1 .;. 

ret,     erois,  -erèce,  i85. 

bert,  [22. 
Berhtraban,     Bertrand, 


berlanguer,    berlue,   221. 

Bernardi,  -dy,  12G  ;  -din,  ius. 

Berneville,  253. 

Bernister,  :jn<;. 

bèrôler,  bèroter,  221,  i>i>i> . 

Berstett,  282. 

bertauder,  221. 

Bertholet,  128. 

bèrwète,  221. 

bès-,  bèr-,  221,    226. 

bèsèce,  221 . 

Bètehèm     ■  Bethléem  mon tois,  1 45  n 

Bethléem  verviétois,  133-174.  Sur- 
vivance d'art  populaire,  i33,  à 
classer  dans  le  théâtre  des  marion- 
uettes.  Origines  païennes  de  ce 
théâtre.  Poupées  et  pantomimes, 
i34-i35.  Il  échappe  aux  foudres  de 
l'Eglise,  [36.  Que  le  théâtre  chré- 
tien des  marionnettes  a  une  origi- 
ne religieuse,  i.'lG-i3!S  :  époque  de 
création  des  statues  chrétiennes, 
137;  «les  statues  mécaniques.,  1 3 8 . 
Leur  introduction  dans  les  céré- 
monies religieuses,  t38-i4o.  La 
crèche  de  Noël  est  le  noyau  du 
Bethléem,  i38-i3g.  Le  Bethléem 
de  François  d'Assise.  i3ç)-i4o  ; 
celui  des  théatins  à  Paris,  1 4 1  ; 
le  B.  polonais,  141  ;  le  B.  napo- 
litain, 1 4-  ;  le  B.  en  Franche- 
Comté,  1 42-1 44-  Drame  liturgique 
pour  marionnettes  à  Besançon, 
i43.  Théâtres  de  marionnettes  à 
Liège,  Dieppe,  Montpellier,  Mous, 
i44-'4")-  Hivers  Bethléem  vervié- 
tois, 145-14^.  —  Analyse  des  élé- 
ments du  Bethléem  :  entablement, 
toile  de  fond,  éclairage,  verdure; 
tableaux  juxtaposés,  spectateurs 
mobiles,  147  ;  les  accessoires, 
décors,  architecture.  figurines, 
costumes,  mécanisme,  (47-i5i.  Le 

langage,  wallon    et    français  mêles 
ou  juxtaposés,  i5i  .  Les  rois  mages, 


395  - 


i5i.  Ilérocle,  141,  i5o,  i53-i54. 
1(19-171.  L'interprète  ou  impré- 
sario, i5i.  L'élément  comique,  i52. 
Les  anaehronismes,  162.  Quelques 
types  :  pûrî  bièrdjî,  i5o,  ir>2.  160, 
ilii  ;  mâle  Magrite.  1'^.  i\\).  102. 
1G0  ;  cuzé  Djîlèt,  102,  1G4.  fré 
Rènou,  161,  162.  L'élément  musical 
tiré  des  noèls.  i5i,  i~>2.  [6i-i63, 
i65,  1G7,  1G9,  174.—  Texte  et  com- 
mentaires :  version  Bourguignon, 
version  Closset.  version  Poetgens, 
texte  recueilli  personnellement  en 
1897.  156-176. 

beuilli.  -ite.  gaum.,   517. 

beust,  bos,  280. 

Beverst,  280-281. 

Bevresse,  bèvrèce,  186. 

Bevercé,  186,  389. 

bévue,  221. 

bia,  beau,   bellum.  89. 

Bienhan,  253. 

Bihain,  Biban,  243. 

Binet.  129. 

Binsta,  281. 

bir-,  birlance,  birloqne,  birlôzer,  bi- 
roùler,  221  ;   birouche,  221.  389. 

bis-  =  bir-,  221,  226. 

Bischoff,  Biscop.  i2">. 

bisègue,  221. 

l>jee,  fl.,  =  biais,  337. 

Blanelie,  11G. 

Blankenstat,  284. 

Blavier,  126. 

blet,  bloetscb,  34<)- 

bloeret,  -erez,  186. 

bluet,  11G. 

Boduognatos,  121. 

bôgne,  gaum.,  324. 

Boban.  -hon,  -bain,  -hang,  -heang, 
238,  240,  243. 

-bois,  288. 

bolant,  boulant,  317. 

boledji,  -irèsse,  177. 

bolèye,  bouillie,  317. 


bon  (yèbe  du  -).  bong,bunge,  3 17-318. 

Bonjean,  126. 

boquir,  gaum.,  2G0. 

bor.    bore,   bôrer,    boni,     iiS:    bord. 

borde  ( cabane),  3i8. 
bordon  bordiner,  34o. 
borste,  bursta,  burstja,  323. 
bos,  beust,  280. 
bosqueret,  -erez,  18G. 
Bosret,  boserez.  etc.,   1X7. 
botî-boterèsse,  177. 
boton-abotener-botenîre,  34o. 
boulant,    bolant  :  boit,    bouli  ;  boulie  ; 

'>■;• 

boule,  bouille,  ltulle.  2^0. 

bout-,  bor  (troue  d'arbre),  3i8. 

bourg-épine,  bourgène,  3i8. 

bourbier,  332. 

bourdaine,  bourde,  223,  3i8. 

bourg,  288;  boùre,   ^17. 

bourriche,  boureschë,  etc.,  182,  186, 
210. 

bousbot,  143. 

bouseret,  -erez,  187. 

boutcheré,  gaum.,  179,  18G. 

bouterèee,  18G,  21G. 

boutisse.  212. 

bouton-boutonnière,  34o. 

bouveret,  -ereux.  -eron,  bouvier,  bou- 
vreuil, 180,  18G. 

bouveret,  -erot,  Le  Bouveret,  187. 

bouioerèsse,  bûrêce,  188. 

bouve,  -ote,  -ète,  -eter,  23o,  017. 

bouyi,  233. 

bovareza,  boverèce,  187. 

Bovegnister,  -stier,  -stir,  -sty,  266, 
269,  279,  28G. 

bowerèsse,  bouwerèsse,  188. 

bozerez,  bozeret,  Bosret,  187. 

bracel,  -elet,  bracello,  bracciello, 
bracciatello,  32i. 

Brahmadatta,  119. 

Brannogenos,  121. 

brasserecb,  -erich.  182,  186,  210. 

brâtzel,  brâzel,  etc.,  320. 


-  39n  - 


i.iv-     :  l»er  .  beo  .  bis  .  aai. 

i  t-bricelet,  3i8  3ai. 
brécin .  1)1*688111,  3a  i . 
Brédaustidi,  28 }. 
breenibosch-brembust,  a8o. 

seau,  bressin,  3ai. 
bretzel,  3  ig  ;  bretzeln,  322. 
breùsse,  i>misti,  322. 
B  ri  ah  an,  a4o. 

brice,  3ig  :  bricelel ,  3  i8-3aa. 
briche-brisse,  3a6. 
brijzelen,  3aa. 
brihi,  briser,  brikan,  3 \<j. 
briksel,  3iq. 
/>/•;/-.  gaum.,  -1'" 
brôdi, 

bronne,  a5o. 

broader,  broster,  brost,  322,  323. 
brossa,   broça,  brossia,  bros- 

-  <•  1  I  11  m  .     brocaria,     brosse, 

brosse-gade,  332,  3a3. 
brosse-brosser,  323. 
bronesse,  323. 
broultea,  187. 
broussin-broissin ,     broust,     liront, 

brouter,  323. 
brâye,  217;  /noyer.  -1.  349. 
bruereche,  erèce,  brurèche,  etc  ,  180, 

187. 
b  ru  sca  1 1< .    bru  se  i  a  .    bruscus, 

bru  -lia,    brustio,    bru  s  tu  m  . 

Bruxelles,  io3. 

Bu  >'  "  I  CUS,     121  ;    B  UCCO,    120 

bucheret,  buchière,  188. 
buerê8se,bûrèsse,  17S.  [88. 
bureau, 

bulle,  boule,  bouilli,  a3o. 
bure,  burin,  '»  1  s. 
butteris,  2  to. 
■ 

I      ■   ! 


ca-  (étude  sur  le  suffixe-),  222-2,37. 
<  (pinioiis  erronées  de  D  armes  te  ter, 
etc.;  citation  du  §  «lu  Cours  de 
gram.  hist.  de  Darm.,  222.  Noire 
thèse,  22.3.  Méthode,  223.  — Exem- 
ples montrant  l'équivalence  de 
car-,  er  a-,  c  a  - ,  r  a  c  r  a- ,  c  a  r  a  - , 
cari-,  car  a  m-,  cal-,  cas-, 
c  a  k  - ,  224-220. —  Conclusions  rela- 
tives à  cari-/eara-,  à  cari- 
/car-,  à  c  ar-  /  cra- ,  aux  autres 
variantes,  225-226.  —  Etude  de 
ca-  :  il  est  postérieur  à  l'époque 
de  palatalisation  de  ca-  latin  en 
che-.  Une  exception.  Ca-  n'est  pas 
emprunté  à  l'étranger,  il  est  le 
résultat  d'une  déformation,  227. 
Ca-  vient  de  co-,  latin  coin-, 
co  - .  —  Les  destinées  du  latin  c  o  -, 

228.  Exemple  de  la  transformation 
de  co  initial  en  eti,  de  o  en  ;>,   228- 

229.  Mots  dialectaux  offrant  ca-, 
co-,  cou-,  229-231.  Intuition  de 
Grandgagnage  à  ce  sujet,  restée 
inféconde.  Cause  de  l'erreur  des 
philologues,  23 1.  La  sémantique 
permet  de  rapprocher  co-  et  ca-, 
23 1.  Analyse  pour  établir  la  séman- 
tique du  préfixe  co-,  232-234.  Ce 
changement  de  co-  en  ca-  est  un 
accident,  234.  Phénomènes  qui  ont 
pu  exercer  une  action  analogique, 
234-235.  Autres  sources  de  ca- 
péjoratif,  235.  Autres  transforma- 
tions plus  radicales  de  co  en  c,  g, 
23(1-237. 

cabaret,  336. 

cabirlancer,   a34- 

caboléye,  22<i. 

caborgne,  222. 

cabosser,   222-3,  234,  323. 

cabossi  =  scabossî,  323-4,  33o. 

caboûre,  22I). 


-    397  — 


cabouyer.  -yi,  2.3 1,  234- 

Cabre  (La),  a5i. 

cabuser,  anc.  franc..  234. 

cacafolèye,  229. 

caca-laids-oâys ,  324- 

câcarète,  191 . 

caca  y  es,  234- 

cacher,  234. 

cachonée,  235. 

caeoules,  cacouyes,  234- 

cadee,  fl.,  =  cadet.  338. 

cafyolé,  224,  226. 

Caesii,  120. 

cafaim,  23<i:  cafame,  235. 

ca/ë,  78,  336. 

cafiote,  2G1,  329. 

cafkeure,  cafkifoute,  2.35. 

caf'oiigner,   -i,  224.  23i,  234- 

ca foule,  236. 

cafouyer,  -yi.  227,  234. 

ca/'»,  261. 

cag-ne.  229  ;  cagner,  -èsse,  235. 

cagouille,  228;  cagoule,  229. 

cahîr,  gaum. ,  260. 

cahosser,  a3i . 

cailler,  234. 

cajoler,  234. 

cacàde  =  cocarde.  229. 

cak'moussêfye,  225. 

calandre  =  xôÀtvSpov,  229 

calbote,  33o. 

calèche,  229. 

calembour,  calembredaine.  — -  boux*- 

daine,  222,  223. 
calfurti,  226,  237. 
caliborgne,  -ou,  222.  223. 
calicem  =  >c>Àixa,  228. 
cali-fourchon,  —  maçon,   —   mande, 

222.  22.3,  229 
ralmousse,    -er,  -i,   -èfy-e,   -ète,   -erèye, 

225. 

calôgne,  calorgne,  222,  223,  324. 
calouche,  caloure,  223. 
calougnard,  325. 
calvaires.  147. 


C  a  1  v  u  s  ,    120. 
(Jalùtehe.  2.35,  2.36. 
cam,  carnm,  etc.,  249. 
Cam,  Carnm  (fleuve),  25o. 
Camaracus;    Camargue;    C  a  ma- 
ri c  a  ;  25o. 
camb-,  cam-,  24<(- 
camba,  249;  C  a  m  ba  in  D  i  on  an  te, 

2ÔI. 

C  a  m  b  a  r  i  a  c  u  s  ,    a5o  ;     Cam  b  a  - 

ronna ,  25o,  254. 
Cambiacum,  25o. 
cambiar e,  249. 
Cambier,  12."), 

C  a  m  b  o  d  u  n  o  n  ;  C  a  m  b  o  r  i  t  u  s  ,  25o. 
cambos,  -a,  -on,  248. 
Cambrai;  la  Cambre;   Cambrehout; 

25o. 
cambrer,  -ure,  249. 
Cambresier,  125. 
Cambron,  -oune,  -ouille,  25o-25i. 
c  a  m  e  r  a  ,  c  a  m  i  n  u  s  ;  camion  ;  248, 

249- 

eamoissié,  -ssi,  camoussé,  -sser,  227. 

camouflet,  222. 

C  a  m  o  u  1  o  d  0  u  non,    25o. 

camousseau,  -sser,  -ssi,  -ssadje,  224. 

Campanie,  io3. 

Camulogeuos,  121. 

cainuche,  camussète,  224. 

camus,  camard,  249. 

eanapé-xtovowreîov,  229. 

canaro,  236. 

canawè,  carnawê,  349- 

Canii.  Canidii,  121. 

canir,  gaum.,  260. 

c  an  i  s  =  liund,  3. 

cant,  canton,   cantine,   canthus,  249. 

capére,  capère,  227,  23o. 

capîche,  capichiè,  227,  23o. 

Capitaine,  124  ;   Capito,  120. 

capôtier,  -tyi,  -tchî,  227,  23o,  234. 

capougi,  235. 

C  a  p  r  a  r  i  i ,  121. 

caqwa,  352. 


—  3o8  — 


tboler,     l'iissc,    -bossi,    -boudias, 
coler,  -mafyôyes;  carambole, 
■boler  ;  224.  aa6,  -"•  (• 
carcaillôu,  carcalou,  224- 

carcole,  aa  \- 

ennui,     tiler,    uleii.   226  U. 

caribùdiiïs,     bolèfye,   -cote,    -mafyoye, 
a»4. 

e.nir.  uamii.,  2*Si . 

Carlemann,  122. 

earmousse,  -sser,  -ssi  -ssèfye,  -ssète, 

carmuchote,  224,  225. 
c&rmuçon,  cannichon,  23o. 
carnapê,  cârpê,  carnaivê,  35o. 
casmoussè  /«.  225. 
caspoye,  caspouyi,  226,  227. 
caster,  276. 

castrètche,  -èfe,  -sse,  1N0,  ig5. 
Catalan,  112*). 

ca/î,  2_>N. 

Catin,  ii2|). 

catoûrner,  227.  2'>4.  235. 

t  latugnatos,    maros,  -rix,  121». 

catware.   83. 

caudrète,    [88. 

came,  corne;  cawelet.  caivière,  22;). 

èfe,     I  ;|  I  . 

cawîr,  gaum.,  261 . 
caye,  cayî,  229. 
câyî,  càyis-oûys,   5^4- 
cendresse,  188;  cendrier,  332. 
châfes,  261,  329;  chafiotes    329. 
Chaingj  .  /m. 

Chai-,   elutli-.    2! 

chamb-,   -"...  ;    Cha  m  bo  .    23g,  240. 

242,  25l. 
Charabéry,  Chambord,  etc.,  2~>o. 
Cbambralle.  25  1 . 
chambranle,  chambre,  249. 
chambrerèce,  -èche,  180,  r88. 

ibron,  -brun,  Chauabyge,  25o. 

p-près-Forges,  25i. 


Champagne,  to3. 

chandelon,  112"). 

Chandregia  =  la  Ilodrée,  2.">2. 

change,  changer,  249. 

Changy,  25o. 

chant    (canto,  -em,  -et),    i32. 

chant,  chanteau,  24;). 

chanterel,  -elle,  219. 

chantier,  chantourner,  249. 

chaper,  329. 

chapitré,  179;  -treau,  219. 

chapuis,  12"). 

char-,  chari-,  charivari,  222-223. 

chàrder,  chaurder,  329. 

chardron,  197. 

Chat  volant,  Le de  Verviers, 

satire  en  (liai.  verv.  de  i(>4i.  — 
I.  Introduction  :  le  ins.  et  l'édition 
Jules  Matthieu,  3Gt.  Critique  de 
cette  édition,  36i-3.  Nécessité  d'une 
édition  nouvelle,  3(54-  Découverte 
d'une  seconde  copie,  304-5.  Com 
]t;iraison  des  deux  textes  anciens, 
365-6.  Mode  de  publication  du 
texte,  3(5(5.  —  II.  Analyse  de  la  pièce, 
367-370.  L'auteur,  370.  Phonétique 
et  morphologie.  370-5.  Note  histo- 
rique, 375-6.  —  III.  Texte  de  la 
satire  et  notes,  377-388. 

chatou-satou,  357. 

chauderet,  -dret,  -derette,-drette,i88. 

chauferette,  180,  189. 

chauder,  chaye,  châyer,  chayon,  chèle, 
329. 

chemin,  cheminée,  249. 

chèrbins,  325. 

chère  (bonne  —  )  -sire,  357. 

chèrmoule,  357. 

-chester,  27(5. 

chète  (esquille),  329. 

cheumerète,  189,  204.  212. 

cheûre,  '>2<). 

cheûoe,  cheûverèce,  189,  2o3. 

cheval-chevaux.  75. 

chignon-signon,  357. 


—  399 


chimerèce.  204. 

Cliin-,  n3. 

chiron-cirion,  32(3  11. 

chite,  chiteré.  -tré.  179.   189. 

chluquer.  3i>f). 

Cklodoniir.  Chlodovecus,  Chlotarius, 

25l  . 

Choio  (Huy).  202. 

chôpî-chôpier,  329. 

chojune-sopène,  357. 

chorir.  2<ii . 

choucroute,  357. 

choume,  329;  choumerèce,  204.  212. 

choâter,  328-9. 

chover,  1 89,    i2(). 

chimie.  329. 

chwarner,  329. 

Cicero.  121. 

cierge,  cire,  cirion,  .'>2">. 

ciergeret,  180.  189. 

<7/i,-/  (ceuail),  3"><t. 

Cingetorix,  122. 

cinsi,  cinserèsse,   177. 

cîr-ciel,  cîr  =  .s//-,  cire  weaze,  3;")4-8. 

cirion,  32  V 

cirquemenage,  93. 

f/.-i  (/  cwaslrê,  1  ;i">. 

Cl  au di us,  les  Claudii,  120. 

clintch,  clintch-bowe,  ">i>(>  :  clitchepate, 

33o 
clore,  hlôre,  33o. 
cloukter, -terê,  -/mi.  179.  189. 
Coblenz.  io3. 
Cobrues  (sur  les-),  a5i. 
cocrai.  cocri\  coijuerè,   17;).   190. 
cohoûtri.  264. 

coi.  coite,  coie,  coiement,  3o. 
cokié.  messin.  208.  2G2. 
Colebunster.    Colosteir,     Colonster, 

269. 
colerèce,-erez.  couleresse.-erette,iS9. 
coli-,  colimaçon,  etc..  222,  22».   229, 

232. 

Colin,  Collin.  128. 
Colonster,  2G9,  278.  286. 


com-.   comararfe,   eombate,    cominêye, 

comsèdji,  etc.,  228-232. 
Comblain,     Combroux,     Oombroye, 

25l. 

comunir.  259,  261 . 

con-,    com-.   ki-    (sémantique),    232 

234. 
condamine,  229. 
(Onde,  io3. 

Condruscus  pagus,  114. 
confir,  261. 
Congidunum,  240  n. 
Conradin,  128. 

c  o  usa.  cousant,  conser.  consier.  33o. 
consi.  consyeû,  cotisinti,  228. 
consire.  327-33 1. 
contrâlîr,  261. 
côpé,  201 . 
copère,  23o. 

côjierèce.  eo/jèsse,  178,  189,  21U. 
côpereu-fiêr,  190. 
copiclie,  cojiicherie,  23o 
copîr,  261 . 

cotjuerez,    -eret,  -erette,   -erel,  etc  , 
180,  190. 

c o q u u s  -  queux,  125. 
c  o  r  -  herz,  3. 

curasse,  corache,  191. 

corbisier,  125. 

côrchou.  33o,  389. 

cure,  côri,  3o,  191,  corète,  cûrète,  191. 

coreû,  coùrerèce,  177. 

corge,  34G. 

corgée,  corihe,  33o. 

Corman,  124. 

corterèce,  192. 

Cor  vin  us,  Cor  vus,  is3. 

cos\  coster,  costindje,  228. 

Coster,    Coister,    Koister,    124  :    cf. 
cuistre  191 . 

costereau,  -erè,    -erèce.    -eret,    etc  , 
179,  180,  191.  194,  190. 

costenre,  custi,  costri,  228. 

cotchreuy,  329. 

cotîf  cotieû,  cotirèsse,  177. 


—  400  — 


.......   ootreal,    eoterel,    i;;i. 

cotret,  coteret.  i  ■.  »  f 

,-,,-       coumére,   coupére,   cou- 
piche,  etc  .  a3o. 

-  i  "•  ■    M  7 

couchiri,  -eriu,  -erieu,  etc.,  190. 
couchons   coss< 
coucha,  32g. 
coudrette   raine),  191. 

COUgllOt,    -^2;|. 

couleresse,    eijette,   erel,  189, 

coumaci-coumèci,  25g. 

Couuotte,  12S 

counwote,  s  1 . 

couperet,  198. 

coupiré,  [79. 

courerèee,  [78,  191,  ig2. 

courge,  346,  '<47 

courseret,  192. 

courterèsse,  courtresse,  -èche,    192. 

oousteret,  191. 

cous  tire,  22N. 

coustre,  cuistre,  191. 

coâterèce,  192. 

couféy   écouter),  'I29. 

couverèsse,  17N. 

couye,  coye,  caye,  22;). 

cooeret,  ig3. 

coujoatri,  u •  '■  4 . 

224   225. 

crabosse,  224. 
craboayî,  226. 
cracher,  236,  346,  389. 
craajolé,  224  ;  crafougné,  224. 
crahê,  crahelî,  ">">^. 
■ 

139   ;    cramerèce, 
crameû,  [g3, 

::i/iir>t'ile.    ;■ 

kir,  2U1 . 

1 77. 
ao. 


cratcher,  -ot,  -ote,  236. 
craya,  crayer,  crayon,  332. 
crènerèce,  ig3,  21  G. 
crèsse,  crèsterèce,  194. 
cresson,  'î  ï  S. 

creux,  237. 

cru*,  257, 

Cri  s  pu  s,  120, 

croie,   329  ;    croler,  croller,  crouler. 

23". 

crom/>ire,  \r>. 

crompou,  22N. 

crosse,  croule.  3o. 

croit,  hrou,  33o. 

croufiêr,  329. 

crouler,    237,  340  ;    crouler,   hroùler, 

33o. 
cuart  =  coart,  i3i. 
cubouyî,  2'ii . 

C  11  CUll  US,    22JJ. 

Cugnou,  240. 

cueilleret,  194. 

cninére,  23o  ;    cumèsbrudjî,   349  ;    ch- 

pdli,  23o. 
ctismir,  2G 1 . 

ciii'niitri.  envétrouyî,  2<i4- 
cuoian,  329  ;  cuvir,  261,  329. 
cwastrê,  179.  181,  191,    n»4  ;  cwaste 

rèce,   195. 
cwèb'hî,  125. 
cwéle  (écuelle),  33o. 
cwèsse,  è  cwèsse,  194  ;  cwèsterê,  etc.. 

191,  194,  195;  cwêstî,  190. 
Dadite  (Marguerite),  160. 
Daghe,  Daghebert,  Dagobert,  dague, 

122. 
Dagodubnos,  121. 
Dullemagne,  12"). 
dame,  234 
dameret,  [83. 
Damnippe,  119. 
Damseau,  124. 

Dardenne,  Dartois,  Davignon,    125. 
Daviha,  253. 
Davister,  269. 


—  4"i 


de,  del,  du,  de,  dès.  ii>(>. 

dè-oii-ce  qui,  i  76. 

<le  Béranger,  de  Bernard.  12O. 

dècafir.  2<i  1 . 

Dechesne,  12J. 

De  c  i  m  us,  Ueci  11  s,  120. 

de  Cock, 12G. 

dècrèmir,  261 . 

Dedoyard,  Defawe,  [)efresne,  1-2',. 

dèf'ir,  2 (il . 

Deflaudre,  Defrance,  Degand,  De- 
gueldre,  112"). 

dègettîr,  dègobîr,  261. 

Dehasse,  Deherve,  n;J. 

De  jong,  Dèdjon,  i2(>. 

De  Keyser,  De  Ivouing,  125. 

Del  aigle,  Del  ancre,  Delauge,  126. 

Delbovier,  Delbrouek,  Delbruyère, 
etc.,  125-6. 

Dêmètrios,  1 19. 

dènaquîr,  2G1 

Denis,  Deniset,  12S. 

Dentii),  120. 

dèplouyi,  258. 

Deru,  Dery,  Deruisseau,  12J. 

Désiré,  n(i. 

Dethier,  Détienne,  1  •->">. 

Detrixlie,  Detry,  12"). 

dêtortîr,  261. 

Devolder,  ia5.   i2(i;  Dewez,  [25. 

Dialectes.  Langue  française  et  dia- 
lectes de  France.  9.  Degré  de  pa- 
renté entre  le  français  et  le  wallon, 
9.  Concurrence  entre  le  français  et 
les  dialectes  romans  de  Belgique, 
11-20.  Dialectes  wallons  :  terme 
impropre  de  langue  wallonne,  8,  62  : 
multiplicité  des  dialectes  wallons. 
9.  Richesse  de  nos  parlers  romans, 
62.  Complexité  du  travail  dialecto- 
logique,  grammaire  des  dialectes 
romans  belges  à  faire.  70.  Glos- 
saires dialectaux,  4°-    Cartes  lin- 


guistiques, 89.  Partie  dialectologi- 
que  du  Dictionnaire  wallon,  08  ;  dif- 
férence capitale  entre  le  diction- 
naire d'une  langue  littéraire  et  celui 
d'un  groupe  de  dialectes,  67-68. 
Travail  de  délimitation  linguisti- 
que, 7,  8,  59.  Monographies  sur  les 
dialectes  wallons.  40.  7,711. Limites 
du  wallon  au  sud  :  le  gaumais,  40. 
Dialecte  liégeois.  54.  Dialecte  11a- 
murois,  86.  Limites  du  rouchi  et 
du  uamurois  dans  le  Ilainaut,  80. 
Phonétique  et  morphologie  des  dia- 
lectes de  l'Ouest- Wallon,  8.5-90  ; 
caractère  composite  de  la  zone  étu- 
diée :  sur  les  zones  de  transition, 
s,i,  90  ;  zone  frontière  et  ligne- 
limite.  90  :  lutte  pour  la  vie  entre 
des  phénomènes  convergents,  90  . 
estimation  des  différences  dialec- 
tales, 86.  Cours  de  dialectologie 
wallonne  à  instituer,  33. 

dicàyi.   discauyi,  324. 

Dictionnaire  wallon.  Sur  l'utilité 
du  —  — .  42-47,  47-^3.  Rapport  sur 
les  travaux  du  —  jusqu'en  191 1, 
53-72.  Prétendues  lenteurs,  53. 
Quand  la  Société  de  Littérature  wal- 
lonne en  a-t-elle  conçu  le  projet  ? 
5457.  Le  vrai  projet  de  Grandga- 
gnage,  son  Dict.  étymologique,  pré- 
face expliquant  son  but,  54-55.  Idée 
de  constituer  une  langue  wallonne, 
55.  Autres  erreurs  de  but,  56-58. 
Recherches  premières,  glossaires 
technologiques  et  dialectaux,  56 
58-6o.  Quand  s'imposa  la  concep- 
tion d'un  dictionnaire  général  ?  60. 
Valeur  des  dict.  wall.  existants,  21, 
47.  Questions  préalables  :  établis- 
sement d'un  système  d'orthographe 
24  (Cf.  Orthographe)  ;  publication 
d'un  Projet  spécimen,  20,  62  ;  pré- 


26 


402    — 


e  l'mjct.  -2o--2ô\  création 
d'une  Commission  du  Dict.  million, 
.  pian  'lu  Dict.,  a3.  Organi- 
sation du  travail  el  «les  enquêtes  : 
littérature  à  dépouiller,  63  ;  sour- 
œe  orales,  64  ;  enquêtes  person- 
nelles "H  par  correspondance,  41 
4'j.  64  65  :  création  d'un  groupe  de 
Correspondants,  24,  (>4  ;  instruc- 
tions aux  Correspondants,  4>"53  : 
qui  peut  être  correspondant  ?  48, 
5o  ;  méthode  d'enquête  à  l'usagedes 
correspondants,  5o-52  ,  sj  stème  de 
riches,  5a.  Questionnaires  alphabé- 
tiques el  questionnaires  synthéti- 
ques sur  des  objets  déterminés,  65. 
1  ontrôle  des  matériaux,  65,  \<). 
Classemenl  des  fiches,  65-66.  Eta- 
blissement des  articles,  67-68. 
Mode  de  collaboration,  71.  Modede 
publication,  70.  Budget  <les  voies 
et  moyens,  70  n.,  71-72.  712  n. 

1  destelle,  Dieweg,  1 13 

il  i  g  i  1  u  m  -doigt,  80. 

dignètier,  2<>i. 

dihobier,  3 i4- 

Diodôros,   Diogenès,  Diodotos,    119. 

diployt,  258. 

diseauyi,  324. 

diseramier,  u< •  1 . 

dismeré,  -eret,  -eresse,  195. 

dja,  ">;•_•. 

djamberèce,  1 95,  200. 

Djan  Rabat,  j'!<<  n. 
■  lène,  [60. 

dj&wan,  332. 

djèrberèce,  i<)<>. 

Djètrou,  129,  [60;  Djihène,  \f><>;  Djîle, 
[ag. 

iljiroii.   ''•40. 
^4- 


djonderèce,  [96. 

Djuhan,  1129. 

dobulrèce,  196. 

Dohan,  i>4<>,  253  ;  Dolhain,  i>4tJ-  -46  : 

Dornham,  253. 
I)  0  rso,  120. 
dosseré,  -eret,   -erèce,  Dosseray,  179, 

196. 
</ot/,  t32  ;  doû,  35g  ;  d'où  -ce  -qui,  175. 
Doucet,  127. 
dour-dwam,  89. 
r/o(i/  (doigt),  84. 
Doyen,  124. 
Drèze,  Dresse,  Dressen,  Dries,  Dries- 

sen,  128. 
Drossart,  124. 
Dubnotalos,  Dubnorix,  121. 
duguètî,  2G1 . 

Dubois,  Dufour,  Dumonceau, Dumou- 
lin, Durieu,  Duruy.  Dussart,  Dutil- 
leul.  Duvivier,  ia5. 
dunon,  200. 
Durbu,  i2;5. 
Dusoleil,  12O. 
duvant  autan,  333. 
dzi,  332. 
c  muet,  83  n. 
-<;, suffixe  -ellum,  34 1. 
è,  suffixe -etum,  341. 
é  nasal  à  Frameries,  78,79. 
-eau,  127. 
eauweresse,  197. 

Eberstat,  283. 

êcafîr,  208,  261  ;  ècarquîr,  261. 

écorcher,  ècôchi,  259,  i^iu. 

écourgée,  33o. 

écumète,  204. 

échardrouner ,  -ête,  196. 

èchwa,  333. 

ècramier,  ècramî,  257. 

Eeksted,   Eichstat,  283. 

èffacerèce,  197. 

eglie,  122. 

egidehsa,  eidehse.   332. 

ègosir,  261  ;    ègràjîr,  258,  261. 


-  4<>3 


-el,  127  ;  -elat.  -elin,  -elot,  128. 

els,  flani..  280. 

empegier,  269. 

encramié,  258. 

ènê,  aneù,  333. 

enfernower,  238. 

Enghien,  244- 

engrahié,  258. 

euunciator,    i35,  14211. 

éou- ce  qui,    i;*J. 

èparpîr,  261. 

Eporedorix,  122. 

èpwèsoner,  3 40. 

êquemôdre,  3iG. 

-ereau,    -erel,     -eria,     -erez.    -erèce, 

-erette,-erète,  -erèsse,  el. -a  ri  ci  us. 
Erlehan,  253. 
êrtchi,  182. 
escarbille.  325. 
eschauferète,  189. 
escofir.  261 . 
e  s  c  o  11  s  a,  33o  ;  esconse,  33 1  ;  escon- 

ser,  etc.,  328. 
escrevicerez,  197. 

escumerèce,  180,  i85  :  escumète,  204. 
esprit ,  116,  337  ;  estampe.  337. 
estât,  esta,  265  ;  estaminet,  etc..  333- 

342. 
ester,  estier,  267-8. 
estessiner,    218. 
estudiantin,  337. 
Esugenos,  Esunertos,  121. 
-et,  127,  180. 

étaim,  étambot,  étamine,  etc.,  333. 
ètrîr  ;  ètudir  ;  2U1. 
Eudes,  126. 
Eugénie,  119. 
èwerèce,  180,  197. 
Fabius,  121  :  Fabri.  125. 
fâche,  fahe,  fahète,  faherèce.  197. 
fagnerèce,  178,  197. 
Fairon,  Féron,  Ferron,  12J. 
falise,  125,  288. 
faneret.  197. 
fanténe,  328. 


far-,  farfèyer.  farfouiller,  farnowêy. 

237. 
faubourg,  faufiler,  faux-marcher,  238. 
Favereau.faveret,  -erez,  -erois,  -erèce, 

fa  vrai  s,  197,  198,  180. 
-fa ye,  289. 
fecheret.  fequeret,  fètcheveû.  fètchire. 

198. 
fènà-meùs,  197. 
fènerèce,  189,  198. 

fererez.  ferrerez,  ferez,  182,  198,  221. 
terme,  s.  f.,  274. 
fèrnoke.  238,  389. 
Feronstrée,  276. 
fercjii.  327. 
fâtir.  262. 
feû.  frèsse,    177. 

finderè,  -eret.  -erèce,  etc.,  179,  198. 
fîr,  262. 
Flaccus,  120. 
fiambir,  262. 
Flandre,  io3,  xi3. 
fleur  di  tonire,  3o. 
Floricosse,    Florilieid,    -val,    -vaux, 

342-3. 
flotcherèce  ;    fioterèce  ;    199. 
folerèche,  tolérez,  180,   199. 
fonderèce,  199  :  fondrière,  33i. 
fùne.  198. 

forboûre,  fordiner,  35 1. 
forceret.  199. 
forfyi,  25g. 

-forest,  -forst,  -vorst,  281. 
forfant,  35 1 . 

forger,  25g  ;  forgeret,  199. 
forgon,  forguiner,  340. 
formagni,  35 1. 
fornouer,  238. 
forpâl  :   forpougni  ;   35 1. 
forserèce,  forsière,  forcière,  200. 
forsôlé,  35 1. 
forsome,  forson,  35o. 
forteresse,  192. 
fotche,  347- 
fougnî,  fougnis',  224. 


-  4o4  - 


Foulon,  i 

four  .   l'otïif.   'lorini.   -mougni,   -pou- 

fourerèce,    fueresse  :   foûre,    fuerre, 

iNj.  200. 

ftillltUlll'iy.    238. 

fourteheré,  199. 
foûsserèce,  foûrser,  aoo. 

".n.    200. 

1         iste,  280. 

Frahan,  •jÎ"  •  253. 

Frai  ki  11,  1  ^ 

France,  Flandre,  7. 

1  rancotte,      Frankin,      Frauquinet, 

128-9. 
Franssen,  Franssînet.  128. 
fré  Reiiou  ou  Ernou,  iiii . 
Frédérici,  1 26. 
-frid,  [22,  127. 
F  ru  m  1 1>.  iao. 
fron.  frwè,  89. 
froumir,  262. 
frouyi,  260 
Fui  vii,  1  20. 
1  m  rc  :t .    [  u  pc  i  f  e  r  ,  34.S. 
furloricos',   >4-- 
Fussestat,  283. 
iw  ane.  i\\  ate  '.'.  189. 
ftoérnoke,   238. 

222. 
fade,  84  :  a'.Wo/.  83. 
gaille,  gaye   gailica   uux),  3. 
^-nll-.  gallus,   gaulois,  vvalh-,  3. 

retier,  226,    237. 
gali-,  -j'ju  :  galimafrée,  -matias,  223. 

'  <  :i  I  I  u  S  ,     121. 

'■•  ré,  gambré,  196,  200. 
consire,  S28. 

gar-,  222. 

iuye,  bressan,  22G. 

-  ispiller,  237.  262. 
201. 


gauferais,  220. 

gaumais  ou  gaumet;  gaumète,  5g  n. 

gebergste  ou  gebergte,  127;). 

Gellerl  =  Jalhay,  289. 

Gemùnd,    io3. 

Geningha  Thriusca,  1 i4- 

genesta.  -ista ,  -istrum,   ^inst. 

giriste,  ginster,  281. 
gent,  gens,  70. 
gen  u  .    genou,  3. 
Géronstère    278. 
Gertrude,  1 29. 
Gestade,  270-,. 

Gilkin,  -inet,  128-9  ;  Gillot,  128. 
Gilmister,  278. 
(J  1  :i  b rio  ,  120. 
Glycère,  1 1<). 
Godefroid,   122. 
gorge.  34<i  ;  goria,  gorê,  348. 
gos%  goût,  3o. 
Gouverneur,  124. 
goy,  goymérez,  200-1. 
grabouyî,  226. 
Grandcolas,  12G. 
Grand-Han  2,38,  240,  253. 
(  rrandjean,  12G. 
g  r  a  n  g  i  a  =  ster,  284. 
grateré,     erez,   -ereau,  -eron,  -erèce, 

180,  200-1. 
grawîr,  grawier,  grawî,  2G2. 
grimace,  grimaud,  grime,  etc.,   343. 
Grimoald,  Grimod,  etc.,  344- 
grimperé,  -erel,    -ereau,    -erez,    iS<>. 

201 . 
grîr,  2G2. 

grob,  de  gerop,  345. 
Grosjean,  Grospierre,  12G. 
groua,  provençal,  345. 
groubié,  -ici) s,  -iule.   344- 
grouiller,    rouiller.     34">  :     grouyer, 

346. 
growillé,  mess. ,  2G2. 
groyerèce,  201 . 
grubig,  grubilon,  345. 
Gruonstede,  284. 


—  A 


400  — 


gruyer,  201. 

guètier.  giwti.  guètoyé,  2">S,  209,  l;(>i>. 

Guillaumet,  Guillemin,  128. 

-gund,  122. 

Gustin,  iiiS. 

ha  =  han,  24"). 

Eïaam,  241,  247.  24.8. 

haardstede,  274.  28.3. 

habossi,  A-2$.  33o. 

hade,  hadrê,  hadrène,   201-2. 

Hagiodotos,  119. 

hagnî,  235,  3i5  n. 

Haeslaos  =  Aa'st,  280. 

hagedis,  l'I..   !32. 

haie,  288. 

liai  m ,  bain,  hameçon,  ^47. 

-hain  =  heim,  240,  243,  244,  24b. 

-hain  =  hagiii,  247. 

halerasse,  202. 

Haltert.   278. 

liant,    Ilainina.    liants,    llans,    Han, 

242-3. 

Hain,  Han,  diverses  localités,  240-1. 

hain,   fiant..  247. 

hâm,  ail.  lux.,  247. 

-hani  des  Iles  britanniques.  250. 

Hamba,   Hainbach,    ^54. 

Harabden,  25o  :    Hambourg,  25o. 

Hambosch,  254. 

Hanibrei,  248. 

Hambrui,  253. 

Hambuche,  2i8. 

hambutte,  248. 

haine,  chaîne,  347- 

hameau,  24b;   hametê,   hametia,  247. 

hameler,  247  ;  hamelète,  248. 

hamen,   247. 

hamisch,  248;  hamling,  247. 

hamm  (Eupen),  247 

Hamm,  diverses  localités,  241. 

h  a  mm  a  ,  248. 

hamme,  ail.,  247. 

Hamme,  div.  localités,  241,  248. 

hammel,  hammling,  247. 

hammer,  fl.,  248. 


Hampteau,  247. 
Hamwez,  241 ,  ^">4- 
Han,  étude  sur  le  suffixe  et  préfixe 
toponymique  han,  238-207  :  inter- 
prétations antérieures  de  Prat,  de 
la  Fontaine,  Chotin,  de  Prémorel, 
Jean  d'Ardenne,  Kurth,  Roger,  238- 
u4o.  Constatation  topographique 
que  les  lieux  de  ce  nom  sont  à 
des  courbes  de  rivières.  240-1. 
Étude  des  formes  anciennes.  24i-4- 
Recours  à  la  méthode  compara- 
tive. Han  nom  commun  wallou  et 
lorrain  ;  ran,  aran.  hanter,  hameau, 
244-7-  Etude  des  mots  germani- 
ques hain,  hain,  hamme,  hammel, 
hamen,  247-N  :  cam,  camb,  kamp, 
en  latin,  en  celtique,  en  grec,  248- 
2~>i.  Ham-han  appartient  au  do- 
maine germanique,  25 1 -3.  Époque 
de  la  fondation  des  localités  en 
han,  253-5  ;  hypothèse  conciliatrice 
des  faits,  255.  Les  ham  des  Iles 
britanniques,  25G-7. 

Han-devant-Marville,  Ilan-sur-Lesse, 
etc.,  240,  253. 

Han  (la  vieille-),  féin.,  253. 

hanbossi,  324- 

Hannert,  273. 

hanter,  245,  24b,  247. 

Hanweiler,  weilerhan.  255. 

harbote,   33o. 

harcot,    347- 

-hard,  122,  127. 

Hardy,  127. 

Hargister,  286. 

harir,    262. 

harke,  hàrkê.  34b  ;  hàrkèye,  348. 

harnais-harnacher,  5o.  n. 

Hasterhaf.  275. 

hatcherê,  -eré,    -ereau,     erèce,    177-9, 
202. 

haube,  ail.,  3i4- 

-hausen,  286. 

hausseret,  202. 


—  4o6  - 


ElauKtn,  281  . 

a  ;    h  a  ue  race,  i  s^,  202. 

heid 
Heillgenstat,  : 

lieim,    hem,  etc.,   to4,  '  '4-  238-246. 
Heinstet,    Btert,  etc.,  272-3,  279. 
in'iiii  .  -helra,  12-2. 
Hein, 

llCIIIll 

hemel,  io4- 

ri    tosg.,  ao3. 
heniatê,    strê,  -strèce,  2o3. 
her  .    lier,  cas. 
Héraklès,  1  19 
Herbiester,  267. 
hèrbin,  325. 
/■.  / on,  'i}"- 
hêroê,  325. 
hem       c  0  r  .  3. 
hètcherê,  -2K-2. 

•Jlin. 

heulenteer,  huilteter,  280. 
heùreci  .   [89,  2o3. 

202. 
hêyerèi  ■  ,  hêyî,  -2i>''>. 
Heyst,  281. 

heû,   erèsse,    erèce,  20';. 
1  22. 
himmelblau,   hoch,  -schôn,  355. 
Iiim  r.  hinerê,  2o3. 
tiir-t.  horst.  hui-si.  28] . 
hiteré,  179,  [89,  2o3.  Cf.  chîtré. 
blode,  blodo,  Hlodovec,  1-2-2.  -",1 . 
hobe,  hobète,  *>  r  4  - 

Hofsté,  281. 
Il-  :ksteden,  27 

!■.  269.  Hodister,  271 .  279. 
-  !   !     !77,  279,281,  -2K\. 
hohstat, 

lion,  corne  les  hons,  245. 
nbronx .  •_• }",. 
■  - 


hossî,  23 1. 

Hostaert,  Hosteden,  Hostert,  Hoste- 

ren,  275,  278. 
hostert  =  hofstat,  104.  1273-4,  277-N, 

284  5. 
Hostert,  Gd-Duché  de  Lux.,  274-5. 
hôte,  -erez,  -ereau,  -erèce,   iSo.  20'!. 
hôtel-Dieu,  355. 
Houard,  128. 
houbote,  '\i\. 

Houbièt,  Houbèrt,  Hubert,  12;). 
houdemint,     -lemînt,     -neznint',     hou- 

drèce,  -lerèce,  -lerèche  ;  hoûrd,  hoûr- 

der.  -2ii\. 
houmerêce,   i9<>.  -20$, -21-2. 
houperé,  -ein-,  179,  2o5. 
hourlé,  hoûrlê,  204.  33i. 
houspîr,  2(>2. 

Houstache,  Housteau,  Houstée,  2S1. 
Hou  tain,  24*). 
hoûter,  '{28. 

houterê,   ho  ut  rai,   -treau,  17;),  205. 
houvirète,    >i4- 
houx,  huis,  etc.,  280. 
hovestat,  274;  Hovesteden,  275. 
hoye,  Jwuye,  45. 

hraban,  hrabe,  rabe,  123  ;  hramn,  122, 
hrode,  122. 
hûba,  hûbe,  3 14. 
Hubert,    129;  Huberty,  120;    Hubin, 

[28,  129. 
Hue,  Hughe,  128;   Hughes,  126. 
huff,  liuif.  3i4. 
bug,  122. 
hullereche,   204. 
Hnllisteti,  283. 

huis,  hulst,  hulzenbout,  etc.,  2P0. 
hund  -  c  an  i  s  ,  3. 
huve,  hove  =  mansus,  274. 
huvéte,  3 1 4  - 
-i  acum ,  289. 
il  ex,   lioux,   huis,  280. 
-illon,  -ion,  3aG. 
immenstad,  277. 
in  I  hameçon).  24.S. 


—  4°7 


-ingen,  n4;  -inger,  127  ;  -inghem,  244- 

-inel,  inet.  -inot,  -inon,    inat,  128. 

inham,  248. 

Iphianasse,  Iphigénie,  119. 

-ir  (infinitifs  gaumais  eu-ir)  257-264. 
Qu'ils  sont  de  première  conjug., 
257.  Que  ce  sont  des  verbes  en 
y-are,  208.  Quelle  espèce  de  verbes 
en  y-are  donne  -/'/•  à  l'infinitif, 
258-260.  Exceptions  apparentes, 
260.  Liste  de  verbes  en  -îr=i-y-a.re, 
260-2(34. 

Istasse,  12S. 

-itia-ezza,  193. 

Jalhay,   289. 

Jau,  Dj'ban.  12;). 

jante,  249. 

Jacquemot,  -otte,  -min,  -minot,  12S. 

Jeanniu,  Jeannot,  128. 

Jehanster,  2S2,  286;  Jonster,  27s. 

Joséphin,  128. 

«  jottrait  »,  20"). 

joug  à  porteur,  346. 

Julsonnet,  12S. 

Justert,  278. 

A:  en  picard,  en  wall.,  81. 

Kamp,  25o. 

Karl,  122. 

kèkî,  262. 

Kembs,  25o. 

kemeroce,  204. 

Kempten,  25o. 

-ken,  -kin,  -quen,  126-7. 

keume,  329;  keumerèce,  -ète,  204. 

keusmeiller,  261. 

ki-  ==■  co-,  228. 

kibate,  228. 

kibouyi,  kibouyetev.  23i,  233,  234. 

kibrôdi,  233,  234- 

kiehèrer,  234- 

kifyèter,  233. 

kieule  (écuelle),  329. 

kifènon,  34o. 

kiheùre,  233:  kihossî,  23 1. 

kihoutri,  kihoûtlriyer,  264. 


kimére,  23o. 

kimêstri,  262. 

kiminer,  233. 

Kinet,  Kinon,  128,  i2<j. 

kinoye,  234. 

kipiter,  233. 

kipôtî,  23o,  233,  234. 

kirmoiiwer,  225. 

kirôler,  237. 

kirompe,  kirompi;  kirompou,  c'rom- 

pou,  228. 
kisinti,  228. 
kitehéssi,  233. 
kitoûrner,  226. 
kitwèrtclii,  233. 
kivont,  235. 
knie  -genu  ,   3. 
Kokiester.  270. 
I  mouillé,  82. 
L abe o  ,    120. 
laceret,  lasseret,  206. 
Lagneau,  127;  Lallemand,  125. 
Lambertz,  Lamberty,   126;  Lambin, 

128,  129. 
lamé,  2o5,  348;  lamerê,  2o5. 
Lamotte,  125. 

latierê,  -eret,  -erèce;  lanier,  2o5,  206. 
Langclaes,   126;  Langlais,  -ois,  Lar- 

dinois,   125. 
Lardot,   129. 
làrèce,  206. 
Laroche,  125. 
lasseret; lasset;  laterè,  -erech, -erat, 

-erez,  206. 
lâterèce,  206. 
Latium,   io3. 
Laurency,  -ty,  126. 
laverè,  lavrê,  lavrai,  179,  206. 
-lé,  104. 
Lebeau,  127;  Leblond,  116;  Lebœuf, 

Lebon,  127  ;  et  autres  noms  propres 

formés  avec  l'article  le,  125-127. 
Legia,   n3. 
lèhe,  lèherè,  179,  206. 
Len  tulus,   121 . 


4o8 


i 

.  leûoerè,  i  7:1.  207,  208. 
Libéhan,  . 
Licvars,  i3o  1 . 

rê,  1  79,  208. 
Ligures,  1  1  i  v 

1  29. 
/  inà,   1  29. 
liugeret,  208. 
Linon,  129. 
liseré,    eret,  lisière,  lisiette,  208. 

listel,    listia,    listrê,    listriau, 
eau,  [80,  208. 
lileréy  litre,  etc.,  1  79,  209. 

linrtr.  livrai*,   li\  IV  ;1.  Ii\  ÎINI  11.  lineielc. 

liveriche,   livriche,    17:1,   180,   182. 

186,  209. 
Li  vi i ,    1 20. 
ii\  pe,  1  iU. 
-lo,   i"4- 
loeeret,  20C 
Lognaj ,  127. 
Lohan,  253. 

lomberè,  ■■  longrai  »,  12 10. 
longues  se,   longuerèce,  i<)2.   193,  210. 
Lorentz,  12G. 

lorgne,  Iwagne,  Iwègne,  3ao. 
Lorint,  129. 

lôroér,  lôrvéj,  on el .  4<>. 
Lonis,  122. 
louroéj,  orvet.  4''. 

louverez,    -erèce,    loorèce,    lovresse- 
■•-. 
y .  210. 
Ludvig,  122. 

lumeineù,  lumeinerèsse,  177. 
Lurco,    i2d. 

1e,  Iwègne,  lorgne,  325. 

ma  te  r  i  stert,  273. 


magner,  -1,  229. 
magnin,  i4:!- 
Hfagrite,  12;),  iiio. 
main,  24">  n- 
maïon,  [60. 
maisse-maître,  '.io. 
maître-queux,   125. 
makerê,  macrai,  210. 
Malmendier,   12"). 
Manaihan,  244- 
mancé,   328. 

mane  (brouillard),  35g. 
mangon,  manguinerèsse,  34o. 
Marbaj',   253;    Marbehan,    240.   241. 
244.  253. 

maquète  (tête),   148. 
maquîr,  2(>2. 

Marcotte,  128. 

Marôye,  12;).  i<;<>. 

marais,  maraîcher,  59  n. 

Marguerite,   129. 

mariole,  -ote,  -ette,  marionnette,  i33- 
134. 

maspruim,  matspruim,  280. 

Massart,  Massin,  Masset,  -illon,  -eau, 
■at,  -enet,  -inet,   128. 

mâssaîve,  mâssî,  mâhaiti,  348. 

mâssô,  23(>. 

Masta,  281. 

Mathijs,    128;    Mathî,     1G0;    Mathi- 
Mathieu,   129. 

matonî,   'i\o. 

m  a  tri  eu  la,    1 13. 

mâtrîr,   2G2. 

Matugenos,  121. 

mau,    >48  :  mauvi,  main,  ,'>48. 

mawîr,  mawyer,  262. 

nieer,  ii3. 

mèfîr,  2<i2. 

Mclanie.  1 10. 

Mélart,  -ot,  -otte,  129. 

M  ento  ,   1 20. 

menton-mentonnière,  ">4o. 

mèplotch,    !49- 

Merchoulj  1 1 3. 


-  4<>9  - 


Merevic,  Mérovée,  122. 

mesz-,  miss-,  349- 

mèsblotch,  mèsbrufyi.  mèsplèfyi,  348-9. 

mèssètfi.  erèsse,    177. 

mes  tri,  262. 

métairie,  274. 

Métivier,  120. 

meulenstede,  284. 

meuret,   211. 

Michelet,  -elot,  -elin,  128,  129. 

mi  fou,  359. 

minteur,  -erèsse.  177. 

miserète,  212. 

Mîsta,   281. 

moess,  most,  280. 

molenstede,  283. 

monekehofstat,  274. 

Monet,  129. 

monsain,  (malsain),  348. 

monterèce,  212. 

Moray,  127. 

Morbihan,  238. 

morfîr,  2G2. 

niorgen.  ail.,  333. 

Morsehan,  Mortehan,   240.  243,  253. 

nwssè,    mosseré,     mousseré,    mossia. 

mossèt,  179,  211. 
moteret,  an. 
mouchir,  262. 
moùderesse,  an. 
mougner,  -i,  229. 
mouman,  229. 
mounerê,  an. 

mounin  (marionnette),  1 43. 
mousseré,  -iré,  pré  le  M — ,  211. 
moussi,  225. 
Mouton,  127. 
mund,  122,  127. 
Munster,  276. 

muralyer,  muré,  muret,  179,  an. 
muserèce,  aia. 
musquir,  262. 
musser,  2a5. 
mystères,  i38,  i53. 
n  guttural  écrit  »,  77. 


nachir,  a58,  38g. 

Naevius,  iao. 

Namur,  ia5. 

Xantister,  -stay,  373,  379. 

napê,  napion,  349- 

naquir,  a6a. 

N  a  so,  120. 

natier,  nèti,  258. 

nawè,  34g-35o. 

né,  ne»,  nin,  76. 

viyTuov,  349. 

Nertomaros,  121. 

nètir,  nèti,  nètier,  a58,  a59,  a6a. 

Neuraj  .127. 

nevi*ospastos,  1 34  ;  -stie,  i36. 

Niaster,  271. 

Nicaise,     Nicodème,    129  ;      Nicolaï, 

ia(i;  Nicolardot,  128;  Nicolas,  129. 
Niederham,  253,  Niederstad,  277. 
N  i  gidii,  120. 
nir,  25g,  202. 
Nisard,  129. 
Niwerstat,  284. 
Xizet,  128. 
Noirfalise,  125. 
noke,    238  n.  ;   nokeré,   nokrai,    179, 

aia. 
Nohan,  a4o,  a53. 
N"  oniu  s,  iao. 
Notesta,  etc.,  27a. 
noukerê,  aia. 
noyerèsse,  aia. 
oan,  ouan,  333. 
Oberham,  252  ;  Oberstad,  277. 
obète,  aubette,  3 14. 
Octavus,  -ius,  120. 
oelst  (houx),  a8o. 
ogan,  prov.,  333. 
oi  pour  figurer  wè,  wé,  wa,  wà,  wo, 

80-81. 
-on  suff.  ethnograph.,  2. 
•on,  137,  139. 
orb,  46. 

Orban,  Urban,  Urbain,  243. 
orfèvre,  4^. 


—  410  ~ 


irix,  122. 
orpimenl .  46. 

Orthographe  wallonne.  I.  Prin- 
cipes, 7a  74,76,  78  n»5,  80.  Défauts 
,1,.  l'anarchie  en  orth.  wall.,  72  ;  but 
:,  atteiudre,  73  ;  cinq  principes  a 
observer,  :>:i  ■  orth.  historique, 
phonétique  el  analogique  :  que  l'orth. 
doil  tendre  au  phouétisme,  74.  83  ; 
atténuations  au  phonétisme,  83  ; 
analogie:  ses  [imites,  7  +  .  80,  83; 
imitation  en  wall.  des  graphies  fran- 
çaises, 73  :\  :  fausses  applications 
de  l'analogie,  711  :  'lu  sentimenta- 
lisme en  orth.,  83  :  conservatisme  de 
l'Académie  française,  s<>  ;  représen- 
tation 'le--  différences  dialectales, 
qu'est-ce  qu'unifier  l'orth.,  73;  point 
.le  système  facile  sans  connaissances 

gri aaticales,   -\.  --  II.  L'orth.    à 

la   Suri, -le   de    Littérature    wallonne  : 
essai  île  .1.    Delbœuf,  58  ;   première 
tentative    «le    l'auteur,  Go  ;  Essai   et 
Règles   il' or  th.  wall.,    60-6 1   ;    écono- 
mie ilu    système  proposé,   61   ;   cri- 
tiques diverses,  * >  1  - — ."> ,  84-85  ;  diffu- 
sion  du    système   adopté,  (5i  ;  Com- 
1 1 1  i - -> "n .  1 1  de  l'orthographe,  60,  62.  — 
111.  L'orth.  du  <  liai  ce  te  do  Prameries, 
74-85  .   critique  de  divers  cas  :  deux 
graphies     pour     un     mot,     73-76    ; 
voyelles    nasales.   76-79;    consonnes 
parasites,    79  ;  la    graphie   oi.  80  ; 
pour  l'emploi  de  10  et  A-,    81  ;  fré- 
quence de  w  el  /.■  en  ancien   picard, 
valeur  de  y,   8i-83  ;    consonnes 
es    et    ,■    muet.    .SS-84  ;    tableau 
iparatif  de  graphies,  84.    —   IV. 
Utilité  de  la  comparaison  entre  fran- 
•■'    w  allon   au    point    de  vue  de 
■    franc.,  exemples  pour  l'ac- 
•  circonflexe,  ".<>. 
u*vet,  4<i. 
rbour,  hosterborn,  275. 
ach,  275. 


-ot,  127  ;  -otte,  128. 

ouan,  333. 

ou  ce  qui,  175. 

O  v  i  c  u  1  a,  O  v  i  d  i  i ,  121. 

P  a  e  t  u  s,  120. 

Paignard,  12"). 

pailler,  332. 

palanche,  >4,i- 

panerèce,  212. 

paradis,  io4- 

Parmentier,  12"). 

Parotte,  129. 

parsome,  parsoume,  35o. 

/msser  les  marionnettes,  147. 

passerèle,  180,  189,  212. 

Pasté,  280. 

Pasteger,  125. 

pateré,  pateureau,  179,  212. 

patte,  pauta,  280. 

Paulet,  128  ;  Paulin,  129. 

Pavenstier,  279. 

pé,  pèy  (pain),  240  n. 

Pedo,  120. 

pee,  flam.  dialectal  (paix),  338. 

Pepinster,  125,  270,  285,  287. 

péronelle,  129. 

personne,  35o. 

pescheret,  -erez,  212. 

pèserê,  pèse,  212. 

pèterè,  pètré,  179,  21 3. 

jiclir,  pétrir,  262. 

Petit-Han,  238,  240,  253. 

Petit-Jean,  Petit-Simon,  126. 

Petit- tier,  io3. 

petriau,  -eau,  -elle,  2i3. 

peu,  pencir,  262. 

Pharamund,  122. 

Philippet,  -in,  128. 

Philologie  wallonne  ;  état  de  la 
—  —  jusqu'en  1905,  34-42  ;  son  uti- 
lité par  rapport  :  à  la  phil.  romane, 
45  ;  à  l'enseignement  de  la  phil. 
classique,  $(i  ;  à  la  phil.  française, 
45-4<>  ;  à  l'enseignement  du  français 
en  Belgique,  25-34-  exhortations   et 


4n 


vœux.  27-34,  46-4~-  La  philologie 
wallonne  à  l'Université,  33. 

Philothée,  119. 

Phlipotte,  128. 

pice,  pieerê,  2i3. 

picrê,  piquerè,  -erez.  -ereaa.  -erot, 
179,  2i3,  214. 

piei,  pincer,  piheraa.  piquer,  23o. 

Pierkin,  Pierrot,  -otte,  -et,  -ette,  128. 

piètrèce,   lès  P — s,  186,  2i3. 

pilier  d'estaminet,  34 1. 

pilot,  2o3. 

pincheriau,  21J. 

pineresse,  2i3. 

piou,  359. 

pir.  gaum. (marcher  sur),  262. 

Pirotte,  128. 

piyer,  pîr,  2t>2. 

Place-à-1'aulnoit,  288  n. 

plâdîr,  262. 

PI  ancus,  120. 

planerê,  214. 

piastre,   179,  2  14. 

plat-boûrd,  -bord,  [95,196. 

platrèce;  plazeré;  plènerèce;  214. 

plétche  (planche),  240  11. 

Plomb  du  Cantal,  n5. 

plniikerê,  -erou,  -et,  -eu,  21 4- 

P  1  o  t us.  120. 

ploumion,  326 

plouyi,  260. 

poke,  pokerê,  pocré,  179,  210. 

Porcheresse,  198,  2i5. 

Porcii ,  121. 

pordjèter,  pordjèterèce.  210,  217. 

porson,  porsome,  35c. 

portemonee,  flam.  dialectal.  338. 

porte-seaux,  346. 

potasse,  2i5. 

pote,  potelé,  23o. 

poterèce.  2i5. 

poupa,  popa,  229. 

Poupehan,  240,  253. 

poussier,  332. 

Praile,  Prailhon,    Prayale,    Préalle, 


Presles,  35 1. 
Prévôt,  124. 
prîr,  262. 
Probst,  124. 
Proistet.  Proiste,  27;). 
Proyè,  35 1. 
purerèce.  178,  2i5. 
puteré,  putré,  21 3. 
pwarlchî,  pwatcherèsse,  177. 
pwaterè,  pwèterè,  179,  21 5. 
qu,  graphie,  81. 
quenouille,  234- 
queux  (c  oqu  us),  125. 
quignon,  229. 
Qui  n  tus,  120. 
qwa-ce  qui,  175-6. 
qwarer,  qwarerèce,  2i<> 
quaqwa,  qwaka,  352. 
l'a-  =  r  e-a  d,  225. 

rabbee,  flam.  dialectal,  rabais.  338. 
rabèrzir;  rabir;  263. 
racar,  prov.,  236. 
racécir,  263. 

ruera,  -fougner,  -fougneter.  224. 
racràtir.  -âtè,  -ètié,  263. 
racrèmîr,  263. 
rad,  122. 

-raet,  -rode,  -rut  (essart)   289. 
raf'ilerèce,  216. 
rafistoler.  225. 
rafiyer,  rafir,  258,  25g,  263. 
rafraîchir,  225. 
râkion,  236. 

ramenast,  ramonasse,  280. 
ramener,  225. 
ramoussi,  225. 
rampe,  rampionle,  237. 
ramuchîr,  225,  263. 
ran  (toit  de  porcs),  245,  246. 
rand, 122. 
Randuster,  270. 
Rarapancé,  328. 
rapporter  -reporter,  225. 
raquer,  236. 
rasercîr,  -ier,  etc.,  258,  263. 


4ia 


ratortir,  s 

rauguir,  a 
ra\ aler,  sou. 

.  |  ciller  .  263. 

;•<•.  ré»,  n'n,  76-77. 
i;..-.\  resse,  216. 
Rechain,  2  i<>.  1244,  -46- 
refendrece,  217» 
rehém'ter,  246. 
Rehstett,  283. 
rejoindrece,  mf». 
Reméhant . 
Reniianster,  272,  2S5. 

n-uc-coi-flf,  -CÔrèce,    1  j)i . 

Renînghelsf .  2X0. 

réparerèce,  2  1 7. 

rèper,  rèperèce,  i8ti,  2i<>. 

reporter-ra  pporter,  22f>. 

rètchi,  rètchoii,  236,  '.\\\j. 

rhabiller,  225. 

Rhin,  Rhône,  io3. 

ri-,  //'-.  225. 

ricèpe,  ricèper,  -eu.  -ercre.  178,  216. 

ricraner,  -erèce,  eq3,  2  i(i. 

ter,  erèce,  2i5-2i6. 
rifindrèce,  217 
rijs,  rijst,  280. 
rik..i22. 

rilntrcs.se.  208,  2  17. 
rnnrrri.  •_• 

riiiHHisst.  riniotiwer,  22"). 
riparer,  -erèce,  217;  ripasserèee,  217. 
riptoerter-rapwèrter,  22"). 
ritoûmer,  233. 
robe,  3i4. 
robèle,  [52. 

Robert}  .  [26  ;  Robin,  12;). 
rôchir,  21 

.  -;;;  rode      rt,  280,289. 

ster,  269,  270. 

k'Hiii-rw  gg1  'J7",ii. 
Romain,  12".. 
romno,  romna,  s 


Rosister,  278. 
Roubaivaux,  16. 

roubié,  ronbyi,  344» 

roublîr,  258,  2.">9,  260,  263. 

rouiller-grouiller,  345. 

rouler,  23~. 

Rousseau,  117,  127. 

roûvî,  roûvier,  208,  259,  203. 

rouyer,  345. 

roj,  (roi),  32. 

rover,  34l>. 

rubbel,  rubbelig,  etc.,   ail.  dialectal, 

345. 
Rubiesté,  280. 
ruciperèsse,  216. 
rucopir,  263. 
R u  f  i  o  ,  R u f  i i ,   Rù f  u s ,  R  u  t  i  1  i  i , 

120. 
rumèrcîr,  -eièy,  2G3. 
runîr,  263;  runouyi,  236. 
s  initiale  de  se-  tombe,  329. 
sabouré,  217. 
sùbrir,  263. 
Saint- Viteux,  ia5. 
S;ïli2;eiistadt,  284. 
Salvador,  jia. 
same,  samerèce,  217. 
S  an  dr  art,  129. 
sanglier,  116. 

Saute,  Zante,  128,  129;  Santkin,  129. 
sârpîr,  263. 
-surt,  104,  273,  289. 
satou,  chatou,  357. 
sautrîr,  2G3. 
Sàvitri,  119. 

se-  de  exs-,  exe-,  se-,  329. 
scabossî,  323,  33o. 
scabinus,   124. 
scafî,  scafia,  -iote,  329;  scafier,   258, 

261. 
scamia,  329. 
scarbote,  33o. 
scarmoye,  357. 

scaufion,  scaugne,  scauyi,  329. 
suhepeu,  124. 


seherbel,  scherben,  325. 

soliier.  356,  35g. 

scluuchî;    solide,    32g  ;    sclinbwagne, 

33o. 
seochi.  3 29. 

sconsa.  sconsîre,  3a8. 
scorie,  scorion,  scorèye.  329.  33o. 
scot,  scotia,  329;  scotons,  io3. 
scrdbîye,  scramer,  scrèper,  32g. 
scrire.     '.2. 

serôles,  scroter,   scrufiêr,  329. 
scumète,   204. 
srùre.  sciuarner.  scwèle,  329. 

seehereccia,  -eresse,  192. 

Sec  11 11  dus.   120. 

sèmeû,  sèmerésse,  217. 

-sen,  -son.  126,  127. 

septembreche,  217. 

Sei)tiinius,  -11s.   120. 

sur,  sein-  :  seri  ;  356. 

sèrmoûze,  357. 

Serwy,  125. 

Sextius,  Sextus,  120. 

sier,  sierplant,  11.,  356 

sigillar-icius,  sigill-aricius 

176. 
signon,   chignon,  'A5~. 
Sinionet,   -in,    128;    Simonis,    y.    Si- 

moiis,  126. 
Sinet,  128. 
single,  116. 
singote,  352. 
sir,  sire,  sîrès,  353-358. 
sir  et  si  avant,  354,  356. 
sir  (schnell),  358  ;  sir  (sehr),  358. 
sire  (bonne  chère),  357. 
sire  (bien  et  — ),  357. 
size,   sîzeû,  sizète,   sizerèsse,   sizène- 

resse,  sizerète,  217. 
skète,  3a4- 

slink,  link,  ail.,  33o. 
snoufer,  358. 

sole,  solelb,  solo,  sololh,  soloter,  358. 
Solwaster,  269,   286. 
sopène,  chopine,  357. 


soperèce,  218. 

Sopliie.    1  iii. 

sorno,    123. 

solcheri,  218. 

sot),  197. 

soiircronte,  357. 

souyi,  soyî,  80,  260. 

spiron,   29. 

spîterê,  spitrai,  179,  218. 

spiyer,  spiyî,  25g. 

sporon,  340. 

sqwére,  32g. 

-sf,  280. 

-*/.-/.  toponymie  fluviale.  280. 

staad,  stad  =  gestade,  276. 

Stabelasco,  1 1 4  - 

Stabroeck,  281. 

stad.  stat,  statt,  etc.,  27<i-7. 

stad,  stade,  sk'de,  stide.  277. 

stade.  2IS 3. 

staden,  stayen,  281 . 

stadon.  stedon,  stedun,  277. 

stiidte,  statte,  stette,  277. 

stadten,  stetten,   steten,  stetin,  277. 

stani-,   333. 

stamm,  333  ;  stainmenee,  -gast,  -tisch. 

334-5. 
s  t  a  111  e  11 ,   333. 
stamenee,  11.,  337. 
creajuv,  (Tcafjitç,  333. 
slaminai,  336  ;   staminea,  336. 
staminée,  335,  337. 
staminée,  -èye,  34o. 
staminèt,  montois,  335;  picard,  337U. 
stamini,  34o. 

stamon,  stamounire,  33g,  34o. 
stare,  starium,  starrium,    star 

rum,  265. 
stare  et  ster,  264-8. 
s  tari  ,  284. 
Stas,  Stasse,  128;  Stasquin,  Stassart, 

Stassin,  12g. 
stat,  cf.  stad. 
stat,  de  bofl'stat,  274. 
statbs,  -dis,  -this.,  got.,  276-7. 


-  4i4  - 


-i.i\  en,  -Si .  282. 
■ste, 
stetle       «  ail.  pièce,  274. 

le,    stett,  stee,  -ste,  -st,  279-281. 
nk.  279. 
-ici-,  une.  vvall.,  265. 

.   Etude  sur  le  suff.    ster,  264- 
ce  qu'il  1:1111  penser  de  L'expl. 
par  stare,  264-8  :  <l«'s  noms  comm. 
stier, ester,  estier,  267-8;  hypothèse 
de    Kurtli,    268  :  liste    de    formes 
tirées  des  chartes,  269.   Autre  mé- 
thode d'investigation,  270:  liste  de 
formes  en    -stè,  -stet,  -steit,  -stay, 
271  :  hoster-hostert démontrés  iden- 
tiques à  hofstet,  127')-");  donc  -ster, 
stert  =  stet,  st./t.  etc.,   270;  staths 
place   ci    staths   rivage,   276;   que 
■«fer  se  rapporte  au  premier,   277; 
phonétique   îles   variantes  de  ste^ 
et  de  ster,  277-282  ;   recherche  du 
-.•11-  exact  de  -ster,  28:2-4  ;  époque 
de  création  des  établissements  en 
■ster,  284-9. 
ster   al  tendre  1,  264. 
ster       g  r  a  n  gi a,  2S4. 
ster,  1 1  3,  27s  .  -stère,  127s. 
Steria,  267,  285,  28.). 
Mer-,  270. 
-stert,  277. 
stessinerèce,  2 is. 
sti,   stou,  stu,  266  n 
-tiilc.  --tic.  2X1 . 
stiènoi,  263. 
-lier,  stir,  278,  27:). 
-lier,  m >in  comm.,  267. 
11,  stiermi,  263. 

-.    Micr-.   269. 

enard,  Stievenet,  128. 

Stil.i.    [20. 

. 

Iiestat,  283  ;  Stockem,  244. 

.     12... 

straat,  strasse,  9trata,  strée   2-0. 


Striiliu.    1  20. 

sfrinde-étreindre,    sfrumer-étrenner, 

32. 

stûdî,  359. 

Su  I  1  a  .    120 

Surister,  286 

sinry  (seuil),  84- 

Swind,     122;     Swindebald,    Zweuti- 

bold,  122. 
szopka  (bethléem  polonais),  141. 
Tanstettin,  283. 
tant-ce  qui,  1  — <i. 
tapeû,  taperèsse,  177. 
tarnîr,  260,  263. 
Tasquin,  12;). 
tasson,  29. 

t astre,  tastrè,  179,  218,  219. 
T  aurus,    121. 

tchak,  tchakter,   -erèce,   -erèsse.   219. 
tchambrîr,  263. 
tchame,  tchamelou,  '2.\\). 
tchamosser,  -i,  227. 
Tchan-dâ-oinl,  236. 
Tchantchè,  160. 
le  ha  nie  ré,  -eryè,-erê,  219. 
tchapitré,  219. 
tchàtchoùle,  234- 
tchaudîr,  263. 
tché.  tchètt,  tchin,  76,  77. 
tchèfyerèce,  219. 
tchèdron,  197. 
tchèrfyi,  -ér,  258. 
tchèrîr,  2(>3. 
tchèrpètî,  tchèp'ti,  88. 
tchètîr,  269,  263. 
tchikèt,  tchiketer,   2i<». 
tchîr,  257,  260. 
tchivrou,  359- 
tchutchîr,  263. 
/c/ie.  tistre,  32. 
tèssiner,  218. 
testa,  esta,  265. 
Textor,  i2.">. 
Theis,  128. 
Thémistoclês,Théodotos,Thérèse,iig. 


-  4i5  — 


Thijs,  This.  Theis,Thissen,Thisken, 

-kin.  -quin,  -quen,  12S. 
Thimister,    Thinwister,     Thiwister, 

125,  169,  270. 

Thomassin,  128. 

tiène,  tièr,  tièrme.  terme,   1  n ~> . 

tike,  238  11. 

Timothée,  1 19. 

tinderé.  tindrê,    179,  219. 

Tirhstetti  :  Tiufstadum,  284. 

tœmèy  (tomber),  258. 

tombeù,  io\. 

tonderèce,    220. 

Tonnart,  129. 

Toponymie.  —  1.  partie  historique  : 
les  diverses  étape-  des  recherches 
toponymiques  en  Belgique,  <)8-io4  : 
glossaires  top.  publiés.  104.-100  :  la 
prétendue  banalité  des  noms  de 
lieux,  io3-h>4  ;  la  prétendue  insta- 
bilité des  noms  de  lieux,  io3  ; 
qu'est-ce  qui  est  important  dans 
l'explication  de  ces  nom-  au  point 
de  vue  historique.  104  ;  importance 
historique  de  la  toponymie  wal- 
lonne, 45  :  noms  géographiques  et 
noms  toponymiques,  iG  ;  toponymie 
d'origine  germanique  en  pays  wal- 
lon. i3;  la  toponymie  démontre  le 
recul  du  thiois,  16.  Des  carte-  : 
cartes  de  l'Institut  cartographique 
militaire,  92:  cartes,  plans,  atlas 
cadastraux,  92.  io3;  cartes  an- 
ciennes, 93  ;  exemples  de  caco- 
graphie  toponymique,  104. 

II.  partie  pratique  :  comment  il  faut 
faire  la  toponymie  d'une  commune. 
90-98;  but  des  concours  de  topony- 
mie créés  par  la  Soc.  de  Litt.  wal- 
lonne, 91  ;  la  top.  relève  de  la 
linguistique,  91  ;  connaissances 
nécessaires  pour  exécuter  le  tra- 
vail, 92  ;  a)  partie  topographique, 
exploration  des  lieux,  92,  102  : 
descriptions  topographiques,  car- 


tes, 92,  108-112;  point  de  vue 
topographique  et  point  de  vue  topo- 
nymique, 107  ;  b)  partie  historique, 
exploration  dans  les  archives,  g3, 
102  ;  contrôle  des  matériaux  :  que 
l'œuvre  doit  être  surtout  documen- 
taire. 106:  mettre  en  garde  contre 
les  jongleries  étymologiques,  g3- 
9")  :  conseil  d'exécuter  le  travail  en 
collaboration,  94  :  conseil  aux  lec- 
teurs d'archives,  94.  Plan  de  la 
topographie  d'une  commune,  96  ; 
pour  et  contre  l'ordre  alphabétique 
des  articles,  9G,  iio-m;  constitu- 
tion de  chaque  article,  96-97,  108- 
1  10  :  contre  les  divisions  trop  nom- 
breuses, m.  Proposition  de  créer 
un  glossaire  général  de  toponymie 
wallonne.  97  ;  le  Dut.  wallon  doit 
faire  une  place  aux  noms  communs 
toponymiques,  97:  vœu  en  faveur 
d'un  recueil  de  toponymie  ancienne 
de  la  Belgique,  1 15. 

Tordeur,  125. 

toûbac,  220. 

toûnerèce,  220. 

toupîr,  1er  :  fourbir,  264. 

toûrsiveûs,  248. 

trait.   11  G. 

traoa,  35g. 

treuye  ;  treùtir.  264. 

trifouiller.  237. 

tripe  dès  poyes,  3 18. 

tripoter,  tripatouiller,  23o. 

trir,  2Gt,  264. 

triuve  (trêve),  81. 

trompereaux,  220. 

troufion,  326. 

truicerèce,  220. 

Tubero.   Turpio,i20. 

twèrtchî,  233. 

û  (oculum),   35g. 

û-ce  qui,  175. 

uchîr,  264. 

Urban,  -ain.  Orban,  243. 


—  4i6 


nos,    l  U  I  • 

\  ucuerosse,  198,  220. 

1  :iill  \.   n.inlr.ti.   I  7!).   220. 

\  «reu,  \  narengsl .  ^s"- 

\  u  i-  ro,  \  a  rus,  120 
uatchi,  oatcherès8e,  ■  77. 

x  .•  h  ère,  \  «■  h  i  c  u  l  u  m,  \\  agen,  3 

\  ■>■  .  \><. 
uenterèci     230 
\  ercingelorix,  i  22. 
\  erken,  127. 

verloreubrod,  -hoek,  -kost,  ^42 
\  ernogenos,  121. 
oèrou, 

r,  rlirc.   220. 

\  en  ier,  1  2"> 

-  .-.  oetrai,  1 79,  ^ï». 

t'ftrir,  --1(14  ;    «ryi.  uîr,  a < i 4  • 

oi-toari,  ui-ioarrease,  177 

\  i;i  h  eg  ;  videre  \\  issen,  3. 

Vidugeuos,  12 1 . 

ville,  u(i  ;    ville,  104 

oindeû,  erèsse,  177. 

rir,  264. 

\  isitatîon,  93 

\  e tell ii,  121. 

\  oi tarais,  220. 

ooteûr,  oolerèsse,  177. 
\  urst,  2S]  . 
-        201. 

voutri,  i^t ; 4 . 

d  ancien  picard,  Si . 
8o-8i 

SVaal     le  wallou  |,  waalscb   (de   Wal- 
lon .  2. 

..  vehieulu  m,  3 
-  lel  ter.  Si . 

•• 

:4- 

e,  283-4. 


Walenstad,  277. 

walhnot.   walnuss,  3 

Wallenstedt,  283. 

Wallon. —  1.  Généralités,  origine  des 
Wallons  et  «lu  wallon,  1-11  ;  senti- 
iiicni  du  public  ;  U'  mot  wallon  au 
-eus  de  patois,  1-2;  Valah,  Gitlli, 
<j;il,il;ii.  Keltai,  12-4  ;  les  sens  eth- 
niques du  mol  wallon,  $-(5  ;  sens 
historique. 7  ;  sens  linguistique  res- 
treint^; li  mi  les  du  dialecte  dit  wal- 
lon. 7-8  ;  3  a-l-il  une  langue  wal- 
lonne.' S.  —  II  La  frontière  linguis- 
tique du  côté  germanique;  cause  de 
la  limite  septentrionale,  flamand  = 
francique,  5,  i2-i3  ;  limite  orien- 
tale, i3  ;  adoption  de  nombreux 
termes  germaniques,  i3  ;  germani- 
sation de  la  Wallonie  allemande, 
17  ;  action  du  flamand  sur  le 
wallon  et  du  wallon  sur  le  fla- 
mand, 22  Lutte  entre  wallon  et 
français  à  l'intérieur  :  préjugé  que 
le  w.  est  du  français  abâtardi, 
2,  2b;  désorganisation  du  w.  et  ses 
causes,  19  ;  compression  du  wallon 
par  l'instituteur,  19,  27  ;  utilité  du 
w.  dans  renseignement  connue 
langue  comparative,  28-33  :  le  w 
supplanté  par  le  français  dans  la 
bourgeoisie,  18-19  >  renaissance 
littéraire  du  wallon.  20.  La  Bel- 
gique bilingue,  deux  sortes  de 
bilinguismes,  i^-iô;  le  mouvement 
flamand  dirigé  contre  le  français 
et  le  wallon,  7,  17-18  ;  causes  (pli 
prolongeront  la  durée  du  wallon, 
9.  —  III.  Caractères  du  wallon,  44  ; 
caractère  concret  de  son  vocabu- 
laire. 27  ;  sa  parenté  avec  le  fran- 
çais, 10.  44  !  s;l  parenté  avec  l'al- 
lemand, 10  ;  son  importance  dans 
le  cercle  d'étude  des  langues  roma- 
ne-.  45. 

Wàlsch,  welscb,  2,  3. 


4i:  - 


Waltrou.  Waltrude,  129 
warechaix,  1 i3 
Warmosté,  280. 
waucrer,  waumoner,  81. 
wauferê,  waufret,  220. 

iv n yen,  N4 . 
wazon,  '>4<>. 
ivé-gué,  81. 
wech-wigch,  122. 
weder-weer,  36i . 
weg  -v  i  a,  ">. 
-weiler,  1 14.  276. 
Weisgerber,  12.V 
Wenbister,  -steit,  271.  279. 
ivêre.  minrc.  '>"»<). 
wérihas',  i<>4- 
Westphal,  1-"'. 

mire.   1  7<>. 


m iler.  33 1 . 

Willemart,  -met,  -mot,  etc..  128. 

Willerieken,  1  i3. 

winre,  wêre,  35g. 

wisch,  wisseii,   wisten   (saule),  280. 

wissen  -videre,  3. 

wite.  Witekind,  122. 

Wolf,  127  ;  Wolfsté,  279.  2S2. 

Wouverstede,  Wyverstede,  284. 

y,  81-82. 

y-  a  i'c.  267,  2")<). 
Yadjnadatta,  119. 
yèbe  di  pores.  29. 
Youmblut,  24s. 
Zabè,  129.  1G0. 
Zander,  Zannequin,  129. 
zeer.  35G  ;   zier.  zierde,  356. 
Zwentibold,  122. 


Table  des  Matières. 


Avant-propos. 

Liste  des  souscripteurs. 

Bibliographie. 

I.  Articles  de  vulgarisation  et  d'organisation  : 

I.   La  race  et  la  langue  wallonnes i 

II.  Le  français  et  les  dialectes  romans  dans  le  Nord-Est.  n 

III.  Avertissement  pour  le  Projet  de  Dictionnaire  wallon.  20 

IV.  Quelle  place   le  wallon   doit-il   occuper  dans   rensei- 

gnement en  Belgique  romane? 25 

V.  Rapport  sur  la  philologie  wallonne 34 

VI.   Discours  sur  l'utilité  du  Dictionnaire  wallon      ...  42 
VII.   Instructions    à    nos   correspondants    du    Dictionnaire 

wallon 47 

VIII.   Rapport  sur  le  Dictionnaire  wallon 53 

IX.  Principes  d'orthographe  wallonne 72 

X.  L'orthographe  du  dialecte  de  Franieries ~\ 

XI.   La  zone  picarde-wallonne 85 

XII.   Pour  la  toponymie  wallonne 90 

XIII.   L'état  des  études  toponv iniques  en  Belgique     ...  98 
XIV     Les   origines   et   la   signification    des   noms  des  per- 
sonnes, spéc.  en  pays  wallon n5 

XV.   Inscription  de  la  Vierge  de  Walcourt i3o 

XVI.  Le  Bethléem  verviétois i33 

II.  Préfixes  et  suffixes 175-289 

Afice-qui,  175  ;  -aricius,  176  :  be-  221  ;  ca-,  222;  far-,  237; 
-han,  238  ;  -ir,  20-  ;    -s ter,  264. 

III.  Articles  d'étymologie   et  de  sémantique 290-3G1 

l'n  projet  d'article  sur  la   préposition  à,  290;  —  àbète,  aubette,  hou- 
bote,  dihobier  :  huvéte,  honoirète,  3i3;  —  acmioêde,  acmwèce,  èc'mô- 

dre,   3i4;   — assez,  3l6;     -   beuilli,   817  ;     —   hièbe  du   bon,  317;  — 

bore,   borer,   boni  ;    beùre  ;  bure,   burin,    3i8  ;    —   bricelet,  3i8;    — 

brosder,  broster,   brosse,  broussin  ;   breûsse,   breùsti,    etc.,  322;   — 

cabossi,  3a3  ;  —  caca-laids-oûys ,   324  i  —  calôgne,    324  !   —  chèrbin, 

hèrvê;    escarbille,    325;  —  cirion,    clans   de  cirion,   325;  —  clintch- 
bowe,   326;  —  cousîre,   327;   — crayer,  33i  ;  d'zi,    332;  — Sjâwan, 


—  42o  — 

estaminet,  staminé,  stamon,  slamonîre,  staminée,  etc.,  333: 
furloricosse,    Floricosse,    3^s  ;  grimaud,    grime,    grimelin, 

groubié,  roubié,  groubiote,  groubieûs,  344  :  —  grouiller, 
rouiller,  345;  hàrkê,  harke,  harcot;  coûbe,  34<i  ;  —  maoi,  348  ; 
mèsblotch,  mèsplègi,  mèsbrufyî,  34^;  —  napê,  napion,  nawê,  canawê, 
carnawê,  cârpê,  carpion,  34<)  ;  —porsome,  forson,  35o  ;  —  Prâyon, 
proyé,  etc  .  35]  ;  qwaqwa,  35l  :  —  si/igote,  352;  —  sir.  353:  — 
*.,/,..  358  ;        winre,  35g. 

|\.     l.i     CHAT    VOLANT    DE    VlKVIKKS 3(>3 

Corrections  et  additions *Wç) 

Index   philologique 3gi 


OCT  1  S  '.567 


PC       Feller,  Jules 

30^2        Notes  de  philologie 

*4  wallonne 


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