Books by Laura Ruiz de Elvira

Charities and Politics in Bashar al-Asad's Syria, 2024
The book analyses the renewal and revival of the role of Syrian charities during Bashar al-Asad’s... more The book analyses the renewal and revival of the role of Syrian charities during Bashar al-Asad’s first ten years in power (2000-2010) in order to understand the political engineering deployed by the Syrian regime in the decade prior to the uprising. Based on extensive ethnographic fieldwork undertaken between 2007 and 2010, as well as on more than fifty interviews and other secondary sources, this book is the first comprehensive study of the country’s poorly known sector of associations and charitable organisations at the beginning of the 21st century. It provides first‐hand accounts of crucial issues that did not receive scholarly attention before the uprising – such as the shift in state–society relations, the opening of the civic arena, the partial outsourcing of welfare provision and social responsibilities and, eventually, the unravelling of the old social contract, which the protest movement dramatically brought to the forefront in 2011. By carrying out a unique analysis of the management of civil society by state institutions and the First Lady’s Governmental Operated – NGOs, it also provides keys to understanding both the resilience of Bashar al-Asad’s authoritarian regime in the 2000s and the simultaneous weakening of its credibility amongst the population.

Charité, philanthropie, solidarité, aide humanitaire, care, … les pratiques du « bien » sont au c... more Charité, philanthropie, solidarité, aide humanitaire, care, … les pratiques du « bien » sont au cœur du fonctionnement de nos sociétés. Interdisciplinaire et comparatiste, cet ouvrage propose de les analyser dans leur pluralité et leurs diverses histoires politiques, sociales et religieuses, de la Judée antique à la France contemporaine, en passant par la Tunisie et l’Iran du XIXe siècle. Il explore les mondes de la bien-faisance au prisme des représentations qui leur sont associés, de leurs fondements moraux, des formes organisationnelles qu’ils adoptent, mais aussi – et surtout – à partir des investissements concurrentiels du social qu’ils produisent. Ce faisant, il met en lumière le caractère construit, voire conflictuel, du partage des tâches et expose en quoi et comment celui-ci contribue au maintien de l’ordre social et de ses hiérarchies, ou bien à sa recomposition et à sa critique.

Karthala, 2019
Depuis le déclenchement du processus révolutionnaire en Syrie, en mars 2011, de nombreuses analys... more Depuis le déclenchement du processus révolutionnaire en Syrie, en mars 2011, de nombreuses analyses ont été publiées sur le mouvement protestataire, l’État islamique ou encore le régime de Bachar al-Assad. En revanche, la décennie précédant le soulèvement a été peu traitée. Or, on ne saurait comprendre la crise actuelle sans connaître les transformations sociales et politiques subies par le pays durant cette période.
Cet ouvrage est fondé sur un travail de terrain mené entre 2007 et 2010 dans des conditions d’enquête difficiles en raison de la surveillance, du contrôle social et de la censure imposés alors par le système autoritaire ba‘thiste. En étudiant l’inscription des associations de bienfaisance dans le paysage sociopolitique syrien des années 2000, il interroge la redéfinition du rôle de l’État et l’ingénierie politique du régime sous Bachar al-Assad. Ce faisant il ne révèle pas seulement les pratiques de la bienfaisance et du monde associatif, il met aussi en lumière les relations État/société dans les contextes autoritaires, la conception de l’action publique dans les pays du Proche-Orient, ainsi que le binôme société civile/autoritarisme souvent dépeint à tort comme antagonique. Rompant avec les approches purement événementielles et spontanéistes, ce livre a pour ambition d’apporter un éclairage original sur la Syrie d’avant-guerre.

Edited volume: Clientelism and Patronage in the Middle East and North Africa. Networks of Dependency. Routledge, 2018
One common demand in the 2011 uprisings in the MENA region was the call for ‘freedom, dignity, an... more One common demand in the 2011 uprisings in the MENA region was the call for ‘freedom, dignity, and social justice.’ Citizens rallied against corruption and clientelism, which for many protesters were deeply linked to political tyranny. Yet, little is known of how the socio-political transformations, resulting from the economic reform and authoritarian ‘upgrading’ of recent decades, have altered what we call networks of dependency: What impact did the changing dynamics within and between clientelist and patronage networks before 2011 have on the configurations that led to the uprisings and protests in the Arab countries in 2011? And vice versa: What impact are the socio-economic and political changes after 2011 having on these networks? Finally, how can we better grasp the political relevance of clientelist and patronage networks, and the often overlooked agency of the clients?
This edited volume looks to fill the gap with a broad set of original case studies covering Morocco, Tunisia, Egypt, Jordan, Lebanon, Turkey, and the Gulf monarchies. They analyse the reconfigurations of patronage and clientelist networks and the corresponding emergence of contentious politics targeting these very networks, while exploring the interaction with specific political transformations, including changes within and of regimes. The volume also addresses major debates in comparative politics and political sociology by offering networks of dependency as an interdisciplinary conceptual approach that can ‘travel’ across place and time.

Syrian charities have become key actors within the Syrian civil society during the last ten years... more Syrian charities have become key actors within the Syrian civil society during the last ten years. Actually, in the context of the economic liberalization, charities – as other kind of NGOs – have experienced an important growth and a significant renewal in terms of the methods and the projects being undertaken. The aim of this paper is to provide a deeper analysis of the state / Charities relation during Bashar al-Asad‟s first decade. We will argue that the development of this sector has been actively encouraged by the Syrian authorities, who conceive these social structures as an efficient way to partially “off-load” the state from, at least, a part of its welfare responsibilities. We will show indeed throughout which mechanisms this support has been regularly provided (registration facilities, land donations, official visits, etc.). Notwithstanding, we will argue, the state / charities relation does not limit itself to the reinforcement of these organizations by the public administration. On the contrary, we will demonstrate how the expansion of this sector has been accompanied by the attempt to redeploy the state and to upgrade the mechanisms that permit to control and disciplinarize these activities (registration of previous non-registered charities, creation of GO-NGOs, etc.). Finally, we will supply some examples of the repressive and the coercive measures that can be extraordinary undertaken against charities (banning religious leaders from the boards of directors, dissolution of boards of directors, etc.).
Editing of journal issues by Laura Ruiz de Elvira

Cultures & Conflits, 2024
Que font les crises politiques aux individus ? Comment les affectent-elles ? Le présent dossier d... more Que font les crises politiques aux individus ? Comment les affectent-elles ? Le présent dossier dialogue avec les travaux sur le protagonisme et ceux sur les bifurcations et les reconversions militantes, pour étudier les incidences de tels moments sur les trajectoires biographiques. Qu’il s’agisse de militants « aguerris » ou d’individus ordinaires politisés dans et par l’évènement, les articles croisant histoire, sociologie et sciences politiques, permettent tout aussi bien de saisir ce qui se joue dans ce moment de fluidité, que d’étudier comment celui-ci se traduit par la suite dans des réarrangements biographiques partiels ou globaux. Dans une perspective micro-sociologique attentive aux expériences, aux subjectivités et aux trajectoires, c’est le « je » du participant engagé dans la crise, et son inscription dans un « nous » collectif qui se prolonge au-delà de l’événement, qui sont mis en question ici. En entamant un dialogue entre la « petite » et la « grande » histoire, c’est la crise elle-même et son épaisseur sociale que nous proposons d’appréhender autrement.

Critique Internationale, 2018
Dans un Proche-Orient depuis longtemps traversé par de fortes tensions et où la guerre est plus q... more Dans un Proche-Orient depuis longtemps traversé par de fortes tensions et où la guerre est plus que jamais présente, populations civiles, institutions et gouvernants doivent s'adapter à un quotidien fait en partie de violence et d'incertitude. Ce dossier se propose d’aborder la question du « quotidien économique » dans ce contexte régional particulier à travers quatre contributions portant sur le Liban, la Syrie et la bande de Gaza. La problématique de l’économie dans la guerre s’articule ici avec le débat relatif aux possibilités d’adaptation, de normalisation et de routinisation dans les situations de conflit. Plus précisément, les auteurs interrogent la transformation, la résilience et l’autonomisation de sociétés vivant de graves crises politiques, et analysent la façon dont leurs pratiques économiques quotidiennes sont affectées directement ou indirectement par la guerre.
Ce numéro de Critique Internationale porte sur « Le quotidien économique dans un Proche-Orient en guerre ». Les coordinateurs, Thierry Boissière (anthropologue, chercheur à l’IFPO) et Laura Ruiz de Elvira (politiste, chargée de recherche à l’IRD), ont réuni des auteurs qui interrogent la transformation, la résilience et l’autonomisation de sociétés vivant de graves crises politiques. Taher Labadi (économiste, post-doctorant à l’IFPO) aborde cette question du quotidien économique à Gaza, à travers trois études de cas : celui, peu connu, du développement d’une agriculture urbaine, celui, assez médiatisé, des marchandises acheminées par des tunnels depuis l’Égypte, et enfin celui de la création d’un système financier alternatif. Leïla Vignal (géographe, maîtresse de conférences à l’université Rennes-2) explore le devenir du quotidien économique – produire, consommer, vivre – dans le chaos des destructions, de l’effondrement du cadre collectif et des logiques partisanes, militaires ou miliciennes, de la Syrie en guerre. Jamil Mouawad (politiste, chercheur au Robert Schuman Center for Advanced Studies) propose une lecture historique des principales transformations de la vie économique – en temps de paix comme en temps de guerre – dans la région libanaise de Wadi Khaled, à la frontière nord avec la Syrie, et ce à travers les fluctuations incessantes des démarcations territoriales entre ces deux pays. Thierry Boissière et Annie Tohmé Tabet (anthropologue, professeure à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth) analysent la façon dont les réfugiés syriens prennent place dans Nabaa, quartier populaire de la banlieue est de Beyrouth, et les types de dispositifs, notamment résidentiels et économiques, sur lesquels ils s’appuient au quotidien.

Le parti-pris de ce numéro de Confluences Méditerranée est de refuser
les discours médiatiques qu... more Le parti-pris de ce numéro de Confluences Méditerranée est de refuser
les discours médiatiques qui tendent à réduire le « conflit syrien » à deux parties, ou au mieux trois : le régime, certes brutal mais « protecteur des minorités », l’« État Islamique », groupe jihadiste « obscurantiste et sanguinaire », et les Kurdes, qui seraient les seuls à avoir un projet laïc non confessionnel, en oubliant les Syriens, réduits à un ensemble indifférencié de victimes de la violence d’un régime criminel d’un côté, de la barbarie jihadiste de l’autre. Or, ces derniers, que l’on renvoie tantôt à des identités confessionnelles irréductibles, tantôt à l’état de victimes passives, déploient une énergie sans limite pour tenir bon, organiser la solidarité et les secours, éduquer leurs enfants, sans attendre l’aide d’ONG internationales souvent empêtrées dans leurs contraintes bureaucratiques. Depuis 2011, ils font preuve d’une inventivité et d’une imagination extraordinaires, tant pour résoudre les problèmes de la vie quotidienne que dans le déploiement de multiples formes d’expression culturelles, pour raconter ce qu’ils vivent, dire leurs espoirs, résister moralement à la tragédie, et ouvrir des voies vers un nouvel avenir.
En écho à une précédente livraison de Confluences Méditerranée
sur « La tragédie syrienne » (n° 89, Printemps 2014) qui avait privilégié
la dimension politique et les enjeux régionaux de cette crise, notre
objectif est ici d’apporter un éclairage sur ce que vivent les Syriens
depuis 2011, ce qu’ils font et inventent comme modes d’organisation,
de communication et d’expression, en Syrie et dans les pays de l’exil,
en laissant de côté un instant les enjeux géopolitiques d’un conflit qui,
hélas, leur échappe largement. Notre hypothèse est que la fragile société civile syrienne qui avait commencé à émerger avant 2011 se développe, s’invente et se réinvente dans l’épreuve, en adoptant des formes tant originales que variées, façonnées par la nécessité et les contraintes mais aussi par une liberté retrouvée et par un engagement profond et responsable, et que ce faisant, c’est aussi l’avenir de la Syrie et des Syriens qu’elle prépare. Sans sous-estimer les risques induits par la violence, le sectarisme et l’intolérance, il nous paraît essentiel de rendre justice et visibilité aux efforts des Syriens de tous bords et à leur capacité de résilience et de résistance face à l’adversité. Des Syriens qui sont dès lors appréhendés non pas comme des sujets passifs mais comme des agents dotés d’une « capacité d’agir » réelle.
Il nous a semblé enfin important, dans cet esprit, de faire appel à des
voix syriennes (y compris en faisant l’effort d’une traduction de l’arabe)
et d’associer des témoignages et des réflexions d’acteurs, parfois à l’état brut, à des contributions plus analytiques et réflexives de jeunes chercheurs ayant une connaissance approfondie du terrain – qu’ils soient ou non originaires de la région – et s’exprimant en français et en anglais. Le soutien du programme européen WAFAW (When Authoritarianism Fails in the Arab World), dirigé par François Burgat, a été précieux dans cette entreprise.
Papers (in journals and edited volumes) by Laura Ruiz de Elvira

Cultures & Conflits, 2024
Que font les crises politiques aux individus ? Comment les affectent-elles ? Le présent dossier d... more Que font les crises politiques aux individus ? Comment les affectent-elles ? Le présent dossier dialogue avec les travaux sur le protagonisme et ceux sur les bifurcations et les reconversions militantes, pour étudier les incidences de tels moments sur les trajectoires biographiques. Qu’il s’agisse de militants « aguerris » ou d’individus ordinaires politisés dans et par l’évènement, les articles croisant histoire, sociologie et sciences politiques, permettent tout aussi bien de saisir ce qui se joue dans ce moment de fluidité, que d’étudier comment celui-ci se traduit par la suite dans des réarrangements biographiques partiels ou globaux. Dans une perspective micro-sociologique attentive aux expériences, aux subjectivités et aux trajectoires, c’est le « je » du participant engagé dans la crise, et son inscription dans un « nous » collectif qui se prolonge au-delà de l’événement, qui sont mis en question ici. En entamant un dialogue entre la « petite » et la « grande » histoire, c’est la crise elle-même et son épaisseur sociale que nous proposons d’appréhender autrement.

Cultures & Conflits, 2024
Si la « crise révolutionnaire » syrienne de 2011, et la guerre qui s’en est ensuivie, ont été étu... more Si la « crise révolutionnaire » syrienne de 2011, et la guerre qui s’en est ensuivie, ont été étudiées par de nombreux chercheurs au niveau macro et meso-sociologique, peu de travaux se sont en revanche penchés sur la façon dont cette longue conjoncture critique a façonné les trajectoires biographiques et les carrières militantes des citoyens ordinaires de ce pays. À partir de l’étude de cas d’un parcours de vie à la fois singulier et emblématique – celui d’Asma, une jeune révolutionnaire alépine – nous proposons d’étudier comment les crises politiques violentes transforment la vie personnelle, militante et professionnelle de leurs protagonistes àcourt et à moyen terme. Suivant une approche biographique longitudinale combinant l’attention à l’agentivité et aux structures, notre réflexion se décline en trois temps : le premier consacré au moment révolutionnaire comme fabrique de l’engagement et de politisation, le deuxième dédié à la crise politique comme fabrique de mobilités, et enfin le troisième portant sur l’engagement révolutionnaire comme fabrique de savoir-faire et de nouvelles opportunités professionnelles.

The sociology of political emotions has undergone a revival over the last twenty years. Most auth... more The sociology of political emotions has undergone a revival over the last twenty years. Most authors have, however, focused on affects and emotions as they unfold in collective action. Less has been written about the 'emotional legacies' of activism, understood here as 'the emotional residue that emerges from the remembered past, including regret, pride, resentment, nostalgia, and tiredness' (Nussio, 2012). We aim to contribute to this understudied topic by focusing on two case studies -Egypt and Syriawhere the politics of affect has been generally disregarded. More precisely, we seek to provide some responses to the following questions: How do participants in extraordinary events such as revolutions recall these moments and what affects and emotions do they mobilize when remembering them? And how do they experience the aftermath of these disruptive processes emotionally? Based on a Syrian-Egyptian comparative perspective and a microlevel approach, we study the 'emotional legacies' of revolutionary activism, which entailed a multitude of ambivalent emotions. We argue that this ambivalence has persisted across the years, and that conflicting memories and narratives about the revolutionary experience are entangled with affective ruptures, continuities, and transformations of activists' present. Our paper is based on biographical material collected in Lebanon and Turkey (for the Syrian case) between 2014 and 2022, and in Egypt and Lebanon (for the Egyptian case) from 2011 to 2023.

Critique sociale et résistance en contextes arabes. Enjeux théoriques et études empiriques (dir. Ridha Ben Amor), 2025
En mars 2011, dans le sillage des processus révolutionnaires tunisien et égyptien, les Syriens so... more En mars 2011, dans le sillage des processus révolutionnaires tunisien et égyptien, les Syriens sont descendus dans les rues pour protester contre l'« humiliation » et la « corruption » et exiger la « liberté » et la « justice sociale ». S'initie alors une période de soulèvement où la désobéissance civile fleurit et des centaines de réseaux et de structures se développent partout dans le pays. Toutefois, au fur et à mesure que la révolte se militarise, que le nombre de victimes et de déplacés s'accroit, et que les activistes de la première heure sont soit assassinés, soit emprisonnés, soit contraints de fuir, les structures consacrées à l'« aide humanitaire » prennent le dessus. Ce chapitre vise à mettre en lumière d'une part, les trajectoires et les univers de sens des acteurs engagés dans ces structures et, d'autre part, les modalités d'action collective de résistance que s'y déploient. Nous faisons l'hypothèse que ces structures de l'« aide humanitaire » peuvent être pensées comme des espaces de prolongement de l'engagement et du travail révolutionnaire et donc comme des lieux où les Syriens ont continué à résister activement, collectivement et de manière organisée au régime d'al-Assad.
Refugee Activism
Elgar Encyclopedia of Global Migration. New Mobilities and Artivism (eds. Laura Oso, Natalia Ribas-Mateos, Melissa Moralli), 2025
Faire face aux transformations des terrains : retours sur des expériences contrastées
Critique internationale, 2023
Guerres (civiles), pandémie mais aussi types de financements, nouvelles réglementations des unive... more Guerres (civiles), pandémie mais aussi types de financements, nouvelles réglementations des universités et des organismes de recherche, autant de facteurs qui pèsent sur l'accès au terrain dans une partie du monde et conditionnent la production scientifique. Ce dialogue entre des chercheur·es de générations, statuts, genres, institutions, nationalités et pays de rattachement différents revient sur des expériences contrastées voire opposées en montrant que, pour elles et eux, il n'y a pas de lien univoque entre contextes politiques et activités de recherche. Il pose également la question presque taboue de la division (internationale) du travail scientifique.

Critique Internationale, 2021
L’articulation des émotions et des sentiments moraux avec les logiques d’engagement est désormais... more L’articulation des émotions et des sentiments moraux avec les logiques d’engagement est désormais bien documentée, en revanche, elle l’est moins avec les processus de désengagement et de démobilisation. Ce sont ces deux articulations interdépendantes que j’explore dans le contexte syrien post-mars 2011, marqué par une « crise révolutionnaire » qui a débouché sur une guerre civile internationalisée toujours en cours. Pour ce faire, je m’appuie sur une enquête de terrain effectuée en 2019 à Gaziantep (Turquie) au cours de laquelle j’ai conduit une série d’entretiens biographiques auprès de six anciens combattants reconvertis dans l’action humanitaire. Suivant une perspective interactionniste et de carrière, j’interroge les parcours de ces anciens combattants et l’expression de leurs émotions et sentiments moraux. J’analyse leur imbrication avec des formes de légitimation et de justification de l’action et avec des références axiologiques dans la (re)présentation du conflit, de la cause et du militantisme. Ce faisant, je mets en lumière la centralité des registres de la corruption, de l’injustice, de la responsabilité et de la culpabilité, ainsi que l’existence d’un continuum entre l’engagement révolutionnaire, armé et humanitaire.
English
From Armed Engagement to Humanitarian Engagement: Activist Trajectories, Emotions and Moral Sentiments in Post-2011 Syria
The manner in which emotions and moral sentiments interact with dynamics of engagement has been well documented. This is not the case, however, in what concerns processes of disengagement and demobilization. It is the latter that this paper explores, focusing on the post-2011 Syrian context, where a “revolutionary crisis” led to an internationalized civil war, one that is still underway. To do so, I draw upon fieldwork conducted in 2019 in Gaziantep (Turkey), where I conducted a series of biographical interviews with six ex-combatants now involved in humanitarian action. Adopting an interactionist and career perspective, I consider the trajectories of these ex-combatants and the manner in which they express their emotions and moral sentiments. I examine the ways in which they legitimate and justify their actions as well as the values to which they appeal in representing the conflict, the cause and their activism. In so doing, I shed light on the central role played by the frames of corruption, injustice, responsibility and guilt as well as on the existence of a continuum spanning revolutionary, armed and humanitarian engagement.
Engagements et désengagements combattants. Les émotions comme outil d’analyse
Critique Internationale , 2021
in Les mondes de la bien-faisance. Les pratiques du bien au prisme des sciences sociales, 2021
* Dans cet ouvrage chaque auteur a choisi le système de translitération qui lui a semblé le plus ... more * Dans cet ouvrage chaque auteur a choisi le système de translitération qui lui a semblé le plus adéquat. 2. Chargée de recherche à l'IRD, CEPED. 3. Chercheuse post-doctorante, Marie Curie-ULB, chercheuse associée IRIS-EHESS.
Associations de bienfaisance et prise en charge du social en Syrie. De l ’ étatisme à la «décharge»
in Les mondes de la bien-faisance. Les pratiques du bien au prisme des sciences sociales, 2021

Beneficence and Welfare: Notes for the Comparative Study of “Doing Good” Practices (‘amal Khayr) in the Islamic World
In Social Policy in the Islamic World (ed. by Ali Akbar Tajmazinani), 2020
Since the 1990s, in the context of states’ reconfiguration, beneficence has become a powerful eth... more Since the 1990s, in the context of states’ reconfiguration, beneficence has become a powerful ethic and repertoire of action that spans all social spaces. A growing number of actors resort to this notion while claiming to act for “the good” of “the poor”, “the weak” or “the dependent”. In this chapter, we argue that the study of beneficence, understood as a socio-historically constructed realm of encounters and conflicts, offers a stimulating point of entry into understanding contemporary social policies in the Islamic world. We first highlight the complex and ever changing relations between the “doing good” actors and practices and the State and then explore the multiple logics that their everyday interactions may generate.

Cultures & Conflits, 2020
Le combat entre le régime syrien et ses opposants s’est en partie joué sur un plan interprétatif ... more Le combat entre le régime syrien et ses opposants s’est en partie joué sur un plan interprétatif et discursif. Loin d’être anodins, les termes et les expressions employés, ainsi que les cadrages des événements proposés par les différents acteurs de la crise révolutionnaire, sont porteurs de significations sociales et politiques situées. L’objectif de cet article est de les analyser en contextualisant les moments de leur émergence et en évoquant l’imaginaire collectif avec lesquels ils font résonance. Il montre tout d’abord la forte prégnance du local, malgré le travail d’alignement permanent qui cherche à les unifier et les universaliser ; ensuite, leur résonance avec des récits historiques qui facilitent leur diffusion et les inscrivent dans la longue durée ; enfin, leur articulation avec une réalité du terrain changeante. La production langagière des acteurs de la crise participe ainsi à la construction de cette dernière pour en devenir une partie constitutive fondamentale.
The struggle between the Syrian regime and its opponents has played out, to a certain extent, through the various interpretations and discourses applied to it. The words and expressions used by different actors have indeed framed perceptions of reality and, consequently, affected the social and political signification of events as they unfold. This article aims to analyze these words and expressions by contextualizing them and by highlighting the collective memory they evoke. It will begin by demonstrating the importance of the local context despite continual efforts to unify and universalize slogans. It goes on to show how these discourses resonate with historical narratives, allowing for their dissemination and inscribing them into long-term historical trends. Finally, the article explores the connection between the ever-changing reality on the ground and the way vocabulary has evolved. Through language, actors build discourses that create a certain reality.
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Books by Laura Ruiz de Elvira
Cet ouvrage est fondé sur un travail de terrain mené entre 2007 et 2010 dans des conditions d’enquête difficiles en raison de la surveillance, du contrôle social et de la censure imposés alors par le système autoritaire ba‘thiste. En étudiant l’inscription des associations de bienfaisance dans le paysage sociopolitique syrien des années 2000, il interroge la redéfinition du rôle de l’État et l’ingénierie politique du régime sous Bachar al-Assad. Ce faisant il ne révèle pas seulement les pratiques de la bienfaisance et du monde associatif, il met aussi en lumière les relations État/société dans les contextes autoritaires, la conception de l’action publique dans les pays du Proche-Orient, ainsi que le binôme société civile/autoritarisme souvent dépeint à tort comme antagonique. Rompant avec les approches purement événementielles et spontanéistes, ce livre a pour ambition d’apporter un éclairage original sur la Syrie d’avant-guerre.
This edited volume looks to fill the gap with a broad set of original case studies covering Morocco, Tunisia, Egypt, Jordan, Lebanon, Turkey, and the Gulf monarchies. They analyse the reconfigurations of patronage and clientelist networks and the corresponding emergence of contentious politics targeting these very networks, while exploring the interaction with specific political transformations, including changes within and of regimes. The volume also addresses major debates in comparative politics and political sociology by offering networks of dependency as an interdisciplinary conceptual approach that can ‘travel’ across place and time.
Editing of journal issues by Laura Ruiz de Elvira
Ce numéro de Critique Internationale porte sur « Le quotidien économique dans un Proche-Orient en guerre ». Les coordinateurs, Thierry Boissière (anthropologue, chercheur à l’IFPO) et Laura Ruiz de Elvira (politiste, chargée de recherche à l’IRD), ont réuni des auteurs qui interrogent la transformation, la résilience et l’autonomisation de sociétés vivant de graves crises politiques. Taher Labadi (économiste, post-doctorant à l’IFPO) aborde cette question du quotidien économique à Gaza, à travers trois études de cas : celui, peu connu, du développement d’une agriculture urbaine, celui, assez médiatisé, des marchandises acheminées par des tunnels depuis l’Égypte, et enfin celui de la création d’un système financier alternatif. Leïla Vignal (géographe, maîtresse de conférences à l’université Rennes-2) explore le devenir du quotidien économique – produire, consommer, vivre – dans le chaos des destructions, de l’effondrement du cadre collectif et des logiques partisanes, militaires ou miliciennes, de la Syrie en guerre. Jamil Mouawad (politiste, chercheur au Robert Schuman Center for Advanced Studies) propose une lecture historique des principales transformations de la vie économique – en temps de paix comme en temps de guerre – dans la région libanaise de Wadi Khaled, à la frontière nord avec la Syrie, et ce à travers les fluctuations incessantes des démarcations territoriales entre ces deux pays. Thierry Boissière et Annie Tohmé Tabet (anthropologue, professeure à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth) analysent la façon dont les réfugiés syriens prennent place dans Nabaa, quartier populaire de la banlieue est de Beyrouth, et les types de dispositifs, notamment résidentiels et économiques, sur lesquels ils s’appuient au quotidien.
les discours médiatiques qui tendent à réduire le « conflit syrien » à deux parties, ou au mieux trois : le régime, certes brutal mais « protecteur des minorités », l’« État Islamique », groupe jihadiste « obscurantiste et sanguinaire », et les Kurdes, qui seraient les seuls à avoir un projet laïc non confessionnel, en oubliant les Syriens, réduits à un ensemble indifférencié de victimes de la violence d’un régime criminel d’un côté, de la barbarie jihadiste de l’autre. Or, ces derniers, que l’on renvoie tantôt à des identités confessionnelles irréductibles, tantôt à l’état de victimes passives, déploient une énergie sans limite pour tenir bon, organiser la solidarité et les secours, éduquer leurs enfants, sans attendre l’aide d’ONG internationales souvent empêtrées dans leurs contraintes bureaucratiques. Depuis 2011, ils font preuve d’une inventivité et d’une imagination extraordinaires, tant pour résoudre les problèmes de la vie quotidienne que dans le déploiement de multiples formes d’expression culturelles, pour raconter ce qu’ils vivent, dire leurs espoirs, résister moralement à la tragédie, et ouvrir des voies vers un nouvel avenir.
En écho à une précédente livraison de Confluences Méditerranée
sur « La tragédie syrienne » (n° 89, Printemps 2014) qui avait privilégié
la dimension politique et les enjeux régionaux de cette crise, notre
objectif est ici d’apporter un éclairage sur ce que vivent les Syriens
depuis 2011, ce qu’ils font et inventent comme modes d’organisation,
de communication et d’expression, en Syrie et dans les pays de l’exil,
en laissant de côté un instant les enjeux géopolitiques d’un conflit qui,
hélas, leur échappe largement. Notre hypothèse est que la fragile société civile syrienne qui avait commencé à émerger avant 2011 se développe, s’invente et se réinvente dans l’épreuve, en adoptant des formes tant originales que variées, façonnées par la nécessité et les contraintes mais aussi par une liberté retrouvée et par un engagement profond et responsable, et que ce faisant, c’est aussi l’avenir de la Syrie et des Syriens qu’elle prépare. Sans sous-estimer les risques induits par la violence, le sectarisme et l’intolérance, il nous paraît essentiel de rendre justice et visibilité aux efforts des Syriens de tous bords et à leur capacité de résilience et de résistance face à l’adversité. Des Syriens qui sont dès lors appréhendés non pas comme des sujets passifs mais comme des agents dotés d’une « capacité d’agir » réelle.
Il nous a semblé enfin important, dans cet esprit, de faire appel à des
voix syriennes (y compris en faisant l’effort d’une traduction de l’arabe)
et d’associer des témoignages et des réflexions d’acteurs, parfois à l’état brut, à des contributions plus analytiques et réflexives de jeunes chercheurs ayant une connaissance approfondie du terrain – qu’ils soient ou non originaires de la région – et s’exprimant en français et en anglais. Le soutien du programme européen WAFAW (When Authoritarianism Fails in the Arab World), dirigé par François Burgat, a été précieux dans cette entreprise.
Papers (in journals and edited volumes) by Laura Ruiz de Elvira
English
From Armed Engagement to Humanitarian Engagement: Activist Trajectories, Emotions and Moral Sentiments in Post-2011 Syria
The manner in which emotions and moral sentiments interact with dynamics of engagement has been well documented. This is not the case, however, in what concerns processes of disengagement and demobilization. It is the latter that this paper explores, focusing on the post-2011 Syrian context, where a “revolutionary crisis” led to an internationalized civil war, one that is still underway. To do so, I draw upon fieldwork conducted in 2019 in Gaziantep (Turkey), where I conducted a series of biographical interviews with six ex-combatants now involved in humanitarian action. Adopting an interactionist and career perspective, I consider the trajectories of these ex-combatants and the manner in which they express their emotions and moral sentiments. I examine the ways in which they legitimate and justify their actions as well as the values to which they appeal in representing the conflict, the cause and their activism. In so doing, I shed light on the central role played by the frames of corruption, injustice, responsibility and guilt as well as on the existence of a continuum spanning revolutionary, armed and humanitarian engagement.
The struggle between the Syrian regime and its opponents has played out, to a certain extent, through the various interpretations and discourses applied to it. The words and expressions used by different actors have indeed framed perceptions of reality and, consequently, affected the social and political signification of events as they unfold. This article aims to analyze these words and expressions by contextualizing them and by highlighting the collective memory they evoke. It will begin by demonstrating the importance of the local context despite continual efforts to unify and universalize slogans. It goes on to show how these discourses resonate with historical narratives, allowing for their dissemination and inscribing them into long-term historical trends. Finally, the article explores the connection between the ever-changing reality on the ground and the way vocabulary has evolved. Through language, actors build discourses that create a certain reality.